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KallyVasco - Page 11

  • Quignard, encore

    Pascal Quignard, auteur prolifique, opportun rééditeur, surgit dans la collection Poésie/Gallimard, que dirige André Velter, avec un volume bifrons : une traduction emblématique, fondatrice, d'Alexandra, de Lycophron (ultime tragédie des anciens grecs) et une somme de fragments parfois intimes, en tous cas qui en apprennent sur l'auteur discret des Petits traités, intitulée Zétès (celui qui cherche, en Grec). Car Quignard cherche constamment. Le sens purement originel -à croire que l'étymologie ne le satisfait guère, est son obsession. Ainsi ce recueil est précieux en ce sens qu'il nous renvoie à la définition, au charnel du mot, à  son essence, à la source du sens.  Au vrai sens de chaque mot prononcé, écrit, crié. A cet essentiel que nous perdons tous en chemin, pressés, téléphoneportablisés, tandis que nous nous plaignons de l'absence de vérité à nos jours; et à nos nuits.

    Il est intéressant de noter le voisinage, "les alliés substantiels" (Char) de Quignard : Celan, Des Forêts, Levinas, Du Bouchet,  Hocquard, Auster, Klossowski, Lambrichs, Veinstein, Vuarnet, Rothko, Caillois, Suied, Deguy, Queneau... Du beau monde, monacal et infiniment créatif, fondateur, même, d'une espèce de XXIème siècle, non?

    L'essentiel, dans Quignard, étant l'observation du silence, à la manière du chasseur à l'affût, nous pensons avec lui à ce silence aussi contagieux que le renouvellement de la voix violente des oiseaux peut l'être, d'espèce à espèce, dans les cris qui visiblement jouissent de la lumière qui revient, du fonds de la nuit et du temps, dans l'aube. J'aime également le Quignard exalté qui remet les choses de l'ordre urbain quotidien dans l'ordre, en rappelant que : L'humanité n'a jamais été aussi inhumaine. Son désensauvagement est plus féroce que la vie primitive. Il faut parler de surensauvagement...

    C'est ce Quignard, qui rappelle aussi que masque se dit persona en latin. Par conséquent, que penser du mot personnage, qui viendrait de  per-sonare, sonner à travers?

    Plus loin, il est souligné que le mot style renvoie directement, en latin, au stylus, à l'épieu, à la pointe, au stylet... Au stylo de la mise à mort.

    Et s'agissant encore de ce silence essentiel, il nous est rappelé que le Juif traduit la voix de Yahvé en loi (torah), que le Chrétien traduit la voix de Dieu en foi (fides), et que le Musulman traduit celle d'Allah en soumission (islam).

    Nous n'en avons jamais fini avec Pascal Quignard, cet éternel chasseur de sens mimétique. Je le soupçonne même, lorsqu'il se rend avec affection au Baratin, fameux restaurant du 20 ème arrondissement de Paris, à la carte des vins (qui comptent) exemplaire, à la cuisine de femme, homérique (de Raquel Carena), de penser à son premier livre, intitulé La catégorie du baratin, mais finalement titré La parole de la Délie par Louis-René des Forêts, car ce dernier trouvait trop lacanien le titre proposé, pour cet essai sur Maurice Scève, que signait un jeune inconnu répondant au nom de  Pascal Quignard...

  • lectures en passant

    Véronique Olmi, dans Le Premier amour (Grasset) prend frontalement un sujet rebattu et nous sert une pochette-surprise pour filles et garçons assez judicieuse : au lieu de retrouver le beau rital qu'elle a perdu de vue depuis un quart de siècle et qui fut sa première love affair, en fondant dans ses bras comme un marshmallow passé au gril, parce que ce fou la rappelle après tout ce temps et qu'elle, folle, part à sa rencontre séance tenante, elle trouve -au lieu des bras du souvenir, fantasmé en route-, la femme d'un bel ado devenu vieil amnésique muet, cloîtré dans un brûlant secret. Bien mené, même si 150 pages, au lieu du double, auraient suffi (en élaguant la vie de la narratrice qui défile en même temps que les kilomètres, dans un road-book ennuyeux), il manque cependant à ce roman l'émotion. On n'y sent jamais un gramme de sincérité.


    Ce qui n'est pas le cas avec La route, de Cormac McCarthy (L'Olivier, et Points/roman), relu attentivement après avoir vu le film, dont l'écriture est sèche, voire coupante (cependant, l'abondance de phrases très courtes mais sans verbe -astuce de traducteur?-, de troublante, devient vite lassante). La force de ce roman est tellurique. Son âpreté vous enveloppe, vous colle, vous poursuit. C'est tout simplement un grand livre de vraie littérature, sur un sujet périlleux. Et pour une fois que McCarthy est tendre! Car ce caddie-movie, dans lequel un père protège obsessionnellement son jeune fils des dangers qui surgissent fréquemment, dans un paysage post apocalyptique où les derniers humains sont devenus de dangereux anthropophages, est à la fois glaçant et chaleureux.

    On parle beaucoup de ru, de Kim Thuy (Liana Levi). J'ai été sensible à la leçon de courage de cette vietnamienne ayant vécu la fuite de Saïgon dans un boat-people, les camps de réfugiés malais, puis la neige québecoise, mille boulots après mille misères, pour atteindre une sérénité de haute lutte, et ce malgré la mise au monde d'un enfant autiste. Premier livre, court, extrêmement sensible car emplumé d'une écriture dépouillée, essentielle, mais jamais froide, ru frappe par sa grande lucidité. Et son éclair dure. Extraits : Elle était très vieille, tellement vieille que la sueur coulait dans ses rides comme un ru qui trace un sillon dans la terre. (...) Les esclaves des Amériques savaient chanter leur peine dans les champs de coton. Ces femmes, elles, (à trimer dans les rizières) laissaient leur tristesse grandir dans les chambres de leur coeur.

    La Correspondance d'Albert Camus et René Char (Gallimard) est un recueil de pépites. Mieux : un mouchoir dont on dénoue les quatre oreilles avant de plonger une main avide et gourmande dans un grouillement de binagates : billes d'agathe, en pataouète piednoir... Où l'on découvre que Char ne cessa jamais d'être poète, où l'amitié, leur rivière souterraine, se construit lettre après lettre et mûrit comme le miel durcit, où Camus s'expose comme il fut : d'une désarmante sincérité et d'une émouvante générosité d'âme. Un livre essentiel, en marge de nos relectures de ces deux grands bonshommes qui vécurent aussi en voisins dans le Lubéron.

    Découvrir tardivement une pièce célèbre de Bernard-Marie Koltès, Le retour au désert (Minuit), et prendre en pleine face une écriture violente qui crépite comme une mitraillette, et où les répliques sont des grenades (à propos de l'impossibilité d'un bonheur calme au sein de la fratrie, sur fond de guerre d'Algérie et de racisme ordinaire -le pire), cloue.

    Relire John Keats et apprendre qu'à la faveur du film de Jane Campion (Bright star, pas encore vu), les ventes du poète enfiévré, mort en 1821, décollent, procure un de ces petits plaisirs d'amateur, qui réchauffent autant qu'une flambée de cheminée. Et cela même si nous n'aimons guère le style ampoulé de l'époque romantique. Extrait du poème Astre brillant :

    ...-mais, puissé-je, toujours immobile, toujours immuable,

    Posséder comme oreiller le sein mûrissant de ma bien-aimée,

    Pour le sentir à jamais doucement se soulever puis s'abaisser,

    Eveillé à jamais en une délicieuse insomnie,

    Pour entendre encore, et encore, sa tendre respiration,

    Et vivre ainsi toujours - ou sinon m'évanouir dans la mort!

    Enfin, petite pensée en apprenant par Ouest-France, la disparition d'un écrivain que j'ai eu le bonheur de connaître. Robert de Goulaine fut un amateur au sens fort. Connaisseur des vins rares et disparus, vigneron lui-même, collectionneur original, chasseur subtil et romancier délicat (je n'eus pas de mal à convaincre tous les membres du jury du Prix François-Sommer, dont je faisais partie, de la nécessité de couronner ses Angles de chasse, en 1998 je crois), Robert de Goulaine était tout cela à la fois. Il vivait au château de Goulaine, à Haute-Goulaine, parmi les papillons,  les livres, les vins et les souvenirs.

  • a whiter shade of pale

    http://www.youtube.com/watch?v=Mb3iPP-tHdA

    L'un des plus beaux slowbraguette de tous les temps, signé Procol Harum, avec une video -la préhistoire du clip-, aussi ringarde qu'actuelle : l'histoire du look et des préséances se répète et donne lieu à de savoureux paradoxes. C'est tellement touchant que le dernier clip à super effets spéciaux de n'importe quel avatar de Madonna me fait bailler tant il veut m'impressionner...

    And, some years later... Ca donne ceci :

    http://www.youtube.com/watch?v=p8jJ1ORIOes&NR=1&feature=fvwp

  • d'un trait

    Sollers, parfois, tire des traits qui font mouche. Ainsi lisais-je dans la dernière livraison du Monde des Livres, un éloge de son Discours parfait, qui vient de paraître et qui est la 3ème compil de ses papiers et préfaces parus dans L'Obs, Le Monde et un peu partout. Il y est écrit que notre Philippe national aime à s'enfermer dans une bibliothèque pour échapper au devenir inessentiel et publicitaire de la culture contemporaine. Mais que c'est juste et beau! Cela renvoie directement à Salinger, qui vient de casser sa pipe, comme chacun sait : il cesse d'écrire en 1965 et l'auteur de L'attrape-coeurs, dont le succès est planétaire, devient au fil du temps une icône, un démiurge parce qu'il ne publie (quasiment) plus rien,  qu'il se terre, a fui le monde des humains comme on anticipe la peste! Légende contemporaine... On s'en étonne, mais on sculpte la statue de l'écrivain parce qu'il n'est pas social, ou médiatique. Etrange époque, quand même, qui m'apparaît trouble puisqu'elle hésite entre l'admiration et le reproche, entre la fascination et l'exigence... Comme si donner à lire ne suffisait pas. Idem pour les Pynchon, Michaux, Blanchot, Des Forêts, Cioran, et autres Char, Gracq, etc. Je me souviens du dernier me répétant qu'un écrivain n'était que ce qu'il écrivait. Point barre! (nous parlions d'Apostrophes et des mèches et autres décolletés si étudiés des invités de Pivot de la grande époque, et j'évoquais une fois de plus ma velléité à vouloir le rencontrer pendant les années de notre relation strictement épistolaire, car je respectais les préceptes de La littérature à l'estomac. Jusqu'à ce que je julien-craque!).
    Par ailleurs, cette sortie de Chamfort, cité par Sollers, encore, dans la dernière livraison de L'Obs, me convainc derechef qu'il faut constamment revenir à tous les fragments et aphorismes de Chamfort, La Rochefoucauld, Lichtenberg, Schopenhauer, Karl Kraus, Cioran, Baltasar Gracian, voire Roger Judrin, ainsi qu'à Georges Perros collant ses papiers, à Jules Renard diariste, à Pessoa intranquille, à Amiel, à... Qui d'autre, de cette veine! (Spinoza et Montaigne, cela va de soi. Le Zarathoustra de Nietzsche, oui, sans doute... ). J'ai envie d'ajouter les Journaux, encore, de Miguel Torga et de Cesare Pavese, les Carnets de Montherlant et de Philippe Jaccottet, les presque haïkus de Giuseppe Ungaretti, Giacomo Leopardi aussi... Tant de vitamines du bonheur de lire, autant de fortifiants à prendre avant de sortir dans la jungle urbaine.

    Chamfort, donc : Quand on veut plaire dans le monde, il faut se résoudre à apprendre beaucoup de choses qu'on sait par des gens qui les ignorent.

    Enfin -mais cela n'a rien à voir avec ce qui précède, je retombe sur cette phrase si fragile de Gracq, et qui m'évoque tellement Schubert. Et l'aile d'un papillon dans le vent de l'aube : Il sentait battre en lui une petite vague inerte et désespérée qui était comme le bord des larmes...


  • Lettre à mon chien

    Cher KallyVasco,

    Un coup d'oeil rapide jeté ce matin sur ton calendrier, à droite, m'a fait rougir. J'ai honte, Kally. Je ne sers plus ta gamelle quotidienne, je te IMG_3032.jpgdélaisses. Je sais qu'en plus ce n'est pas la première fois. Ne m'accables pas. Mais l'avantage avec toi, c'est que tu as des réserves. Ne le prends pas mal, mais tu relèves davantage du labrador sur canapé que du lévrier de course. Tu en conviens, non? Il suffit de plonger dans tes archives pour savoir que l'on peut y puiser des journées de lecture. Bon, cela ne remplace pas la viande fraîche. Ah, les brisures de riz rond mélangées aux morceaux de bourguignon juste saisis aller-retour. Mais voilà, j'écris. Un roman. Un gros roman en plus. Et lorsque j'ai le nez dans un livre en chantier, je t'oublies un peu. M'en voudras-tu? D'ailleurs, ce n'est pas un, mais deux livres que je poursuis. Pas deux lièvres, rassure-toi, mon chien. Et le second est beaucoup plus simple. Alors je repense à un beau passage des Larmes d'Ulysse, de Roger Grenier. Car il en va, un peu, d'un simple blog comme du work in progress. A l'instar du jogging et du marathon. Je te sers ce passage, en attendant. Tu le relis (je pense te l'avoir déjà donné) et après on ira faire un tour, histoire de se dégourdir un peu les guibolles tous les deux...

    Le livre-chien

    Et si la littérature était un animal qu'on traîne à ses côtés, nuit et jour, un animal familier et exigeant, qui ne vous laisse jamais en paix, qu'il faut aimer, nourrir, sortir? Qu'on aime et qu'on déteste. Qui vous donne le chagrin de mourir avant vous, la vie d'un livre dure si peu, de nos jours.

     

    IMG_3039.jpg

    ©Marine Mazzella : afin d'illustrer ce propos, voici -par métaphore-, un vrai chien, le setter fou baptisé Keita, photographié par ma fille dans la barthe d'Orist, Landes, le 30 décembre dernier.

     

  • Lydie Arickx

    Dans le dernier n° du magazine Maisons Sud-Ouest, outre un portrait que j'ai brossé de Claude Cabanes, qui fut longtemps rédacteur en chef de L'Huma, j'ai décrit la maison merveilleuse d'une artiste singulière et immense : la peintre et scultpeur Lydie Arickx. Photos de son atelier  (celles de la maison sont en kiosque!) et texte :

    Une maison de lumières

    La scène se passe quelque part au sud des Landes (pour créer heureux, créons cachés, chuchote l’artiste).  Visite à Lidye Arickx, peintre et sculpteur qui décoiffe, au cœur de sa maison de lumières...

    À l’origine, c’est la matrice, la maison IMG_1850.JPGdes racines adoptives. Des origines flamandes n’empêchent pas l’élection du lieu, le choix du cœur, si fort qu’il dépasse le déterminisme des racines. « Ma mère adorait les Landes et, à force d’y passer des vacances, elle voulut y établir les siens. » Ainsi la famille Arickx vécut-elle là. Dans une petite basco-béarnaise ordinaire, plutôt sombre, étroite, ramassée sur elle-même, entourée de friches gourmandes qui gagnaient du terrain à la manière des végétaux froissés dans les contes fantastiques que l’on raconte le soir à des enfants fascinés. C’est la maison des parents, la maison de famille. Là où Lydie Arickx a grandi avant de s’envoler, de papillonner ici et là : études à l’ESAG (école supérieure d’arts graphiques) de Paris, ville où elle vécut jusqu’en 1991. À partir de ce moment-là, tout bascule : elle part s’installer dans les Landes, à Saint-Geours-de-Maremne, douze années durant, puis elle revient, en 2003, là où elle a passé son enfance, à quelques lieues de là, dans la maison des parents, une fois ceux-ci décédés. Ni son frère ni sa sœur ne souhaitant reprendre la matrice, c’est Lydie, son compagnon Alex Bianchi, photographe qui travaille chaque jour dans l’immense atelier de Lydie à maroufler, monter des châssis, photographier tout, et leurs deux fils Baptiste et César, qui vont faire de la maison de l’enfance de Lydie un chef d’ œuvre de demeure contemporaine ouverte à la lumière comme un corps vivant offert à l’amour, et aux prolongements comme des membres faits pour entourer ceux qui y vivent et y accueillent leurs amis ou des rencontres de passage avec ce qu’il faut de génie naturel pour que chacun s’y sente chez soi, entouré d’art et d’amitié. Le contraire de la pieuvre : ici, nul tentacule, mais que des bras aimants.

    Lydie a tout cassé, tout contrôlé aussi. Avec, toujours, l’œil complice d’Alex, sa moitié au sens premier du terme, son soutien permanent, son châssis fondamental, l’armature d’une femme peintre et sculpteur, célèbre en Europe, et dont les œuvres font partie du fond du Musée National d’Art Moderne de Paris. Du patrimoine. Elle a vécu dans cette maison de l’âge de cinq ans à l’âge de vingt ans. Elle est revenue s’y établir dans les grandes largeurs à l’âge de  quarante-neuf ans. « On a tout agrandi, tout ouvert. Les enfants ont fait pousser des ailes à la maison-mère, à la matrice centrale, au berceau originel. Alex, mon  mur porteur, a veillé à tout à mes côtés. Et je n’ai pas perdu un geste de ce IMG_1857.JPGque chaque personne chargée des grands travaux a fait. »  Lydie a aimé charnellement vivre ce chantier comme si elle avait assisté à la réalisation d’une œuvre gigantesque. Habituée aux immenses toiles, aux IMG_1848.jpgfresques de quinze mètres de long, aux lourdes et imposantes sculptures en bronze, la conduite à distance des travaux de renaissance de la « domus » fut pour l’artiste une jubilation permanente. « Bien sûr, les travaux ont été confiés à un architecte Bayonnais de renom, Patrick Arotcharen et à un maçon exceptionnel qui a pratiquement construit la maison tout seul, Alain Lemonnier, mais j’ai infléchi les actes au fur et à mesure de leur apparition. » Lydie considère qu’il est indispensable d’habiter une maison en chantier. Assister chaque coup de pelle, tout accompagner, épauler sans jamais conduire les travaux, apporter les touches nécessaires à l’harmonie des goûts fut une aventure  formidable pour la famille. Lydie se souvient de cette période de camping sauvage dans un chantier sans fenêtres, sans toit un temps, des intempéries, des difficultés tournées en dérision, comme d’une expérience créative et de plein contact avec la matière de ce qui devenait, au fil du temps, la maison du bonheur. Une telle « performance » -il n’y a pas d’autre mot lorsqu’il s’agit de la maison d’un couple d’artistes, est un incessant ballet de réajustements, un flux constant de personnalisation, de mise en adéquation, de projection dans un quotidien que l’on souhaite parfaitement adapté, sur mesure, fondu enchaîné, souple, en écho à soi-même.

    « Une maison, c’est notre espace du corps », dit-elle. Son père et son frère avaient construit une première fois IMG_1853.JPGcette maison dans les années soixante-cinq. Le corps originel, c’est eux. La maison-mère, ce sont les hommes du clan qui l’ont bâtie. Ses splendides prolongements, c’est la fille qui les a signés, avec l’aide d’une poignée de spécialistes à l’écoute de chaque membre du clan. « Aujourd’hui, c’est une maison de jubilation. Les lumières y entrent différemment à chaque moment de la journée et ne sont jamais les mêmes selon la saison, le temps… C’est aussi une maison de sons et de bruits sympathiques. L’un de ceux que nous préférons, loin d’être désagréable ou inquiétant, est celui de la pluie d’orage qui avance, avec la force variable du vent, en martelant l’étang depuis la forêt jusqu’aux murs et aux verrières. » La maison de Lydie et Alex est un lieu fondamentalement ouvert. C’est un jeu d’interfaces. Dans l’espace, nous voyons toujours ce qui se passe d’une pièce à l’autre, les gens qui y évoluent ne se sentent pas pour autant regardés. « C’est une maison de communication, au sens fort du terme. Car une maison est davantage qu’un simple abri pour le cocon familial, c’est aussi le reflet de ce que l’on vit chacun, et comment nous vivons ensemble ce cocon, ces relations entre nous et notre relation globale au lieu. » De fait, la maison de Lydie est un lieu d’échanges, de vie, un espace de respect et de liberté de chacun, pris dans une communauté de communication. « Chacun s’affaire à son occupation et tous se sentent rassurés car rassemblés. » L’architecture de la maison a considérablement œuvré dans ce sens : on y IMG_1843.JPGévolue, on passe d’une pièce à l’autre en cheminant, en effectuant une sorte de voyage d’une zone commune à un espace privé, et en étant constamment escorté par des œuvres d’art de Lydie, des photos d’Alex, de nombreuses peintures et sculptures d’artistes amis, aussi. Certains meubles sont également sortis des mains imaginatives et adroites d’Alex. Il faut dire que ces deux-là forment un couple insécable d’amoureux réputés fusionnels comme ces oiseaux d’oisellerie nommés inséparables. À la question : êtes-vous attachée  à une galerie parisienne comme celle de Jean Briance, Lydie répond spontanément : « je ne suis attachée à rien, sauf à Alex. » Et lui se plait à dire qu’il a arrêté la cigarette, mais qu’il continue de fumer –uniquement- des Arickx… L’addiction est identique.

    Il y a beaucoup d’angles de murs en verre, afin que le regard de Lydie ne puisse jamais se trouver arrêté, bloqué par une impossibilité de voir à IMG_1849.JPGtravers. Ainsi, la nature est omniprésente, puisqu’on peut l’admirer de n’importe quel endroit de cette grande maison aux multiples prolongements et recoins. « Notre maison est devenue en moins de cinq années, une maison de rencontre qui marche beaucoup à l’instinct. Chacun s’y sent libre, y évolue tout de suite sans crainte, naturellement. Qu’il s’agisse de la famille, des amis proches et fréquemment présents, ou bien d’amis de passage, de rencontres nouvelles. Et c’est un grand bonheur de s’apercevoir de cela, que cette connivence entre le lieu et l’Autre opère facilement. C’est magique et ce n’est pas un hasard. » Pour Lydie comme pour Alex, leur maison est le reflet de leur « posture de vie », de leur attitude face à la vie. « La maison parle d’ailleurs pour nous, enchérit-elle, et la refaire complètement m’a considérablement ouverte. Nous sommes, elle et moi, entièrement tournées vers la lumière. » L’atelier de l’artiste, où elle se rend chaque jour avec Alex, est l’ancienne usine de son père, où étaient fabriqués des socles en béton pour compteurs électriques. Elle est au bout d’un chemin, sur la propriété, et il s’agit d’un espace gigantesque, à la mesure des travaux de Lydie, avec une partie dédiée à la peinture, et une autre à la sculpture. Une hauteur sous plafond de cathédrale –une chance, eu égard à la production incessante de l’artiste-, permet de stocker toiles, dessins et sculptures. « Prendre ce chemin à pied m’est une respiration indispensable. Il me IMG_1844.JPG permet à la fois de lâcher prise et de me préparer à attaquer une œuvre. » La maison de Lydie Arickx n’a pas de nom. « Nous avons pensé à la maison de là-bas, à la maison du bout du rien, à la maison du bout du chemin de là-bas, aussi. Elle n’a en réalité pas besoin d’être nommée. De toute façon, ces choses-là, ce baptême-là ne se décident pas, si elle doit porter un nom, celui-ci s’imposera un jour à elle-même. Et à nous ! Nos chats non plus n’ont pas de nom. » Pas plus que les canards colverts et les oies grises, d’Egypte et bernaches nonettes qui volent, broutent ou barbotent près du magnifique étang. Un étang artificiel qui a une histoire singulière. Il n’a pas cinq ans. Un jour, Alex et ses fils se sont attaqués à la jungle de vergnes qui envahissait le parc devant la maison, bouchait l’horizon, menaçait d’étrangler le terrain. Ce jour-là, un sourcier de la région vint les voir. Personne ne l’avait requis, cependant il avait senti qu’il lui fallait venir. Comme Gérard Gauyat connaissait parfaitement le terrain, il indiqua avec précision la nature du sol de chaque parcelle et la présence de chaque source. Ainsi, une fois le terrain élagué, totalement défriché, puis creusé, il fut relativement simple de le mettre en eau et de faire un étang artificiel. Le rêve de Lydie se réalisa. Et Gérard lui apprit aussi que c’était le rêve secret de son géniteur. Ainsi, la fille accomplît-elle sans le savoir un double souhait profond. Gérard Gauyat est mort peu de temps avant la fin des travaux, il y a bientôt quatre ans. Aujourd’hui, il semble avoir toujours existé, apporte une atmosphère infiniment paisible, qui tranche avec le tumulte des chairs, contenu dans la peinture de Lydie. Entre la maison, l’étang et l’immense atelier, il y a un chemin de paix. Et entre Lydie et son art, il y a l’esprit du lieu. La magie de « la maison de là-bas »…

    © L.M.

    texte et photos

  • palombes

    IMG_1898.JPG

    INVIERNO
    La nieve cruje como pan caliente
    y la luz es limpia como la mirada de algunos seres humanos,
    IMG_0834.jpg
    y yo pienso en el pan y en las miradas
    mientras camino sobre la nieve.

    HIVER
    La neige craque comme du pain chaud
    et la lumière est pure comme le regard de c
    ertains êtres humains
    et je pense au pain et aux regards
    tandis que je marche sur la neige.

    Antonio Gamoneda, Blues castillan, (José Corti).

    Laurie Anderson, Superman :
    http://www.deezer.com/listen-744343
  • les agressions indolores

    j'ai voulu prendre l'air et j'ai pris peur

    en sortant, j'ai pris des affiches plein les yeux, impossible de leur échapper, dans ce couloir, pour des films à la con, au coeur desquelles des gens braquent des armes de poing, bras tendu, regard étudié, noir, sur rien, enfin sur celui qui regarde l'affiche, puis j'ai pris le métro : des affichettes pendouillaient qui disaient : revendez vos cadeaux de Noël, signé Price Minister. Ca m'a fait froid. Alors, après mon achat, je suis rentré, vite, penaud, et j'ai fait du feu dans ma petite cheminée.
    Ca va mieux, là.

  • Pour l'amour d'un platane

    L'air fameux qui ouvre le Serse, de Haendel, Ombra mai fu, évoque l'amour d'un empereur pour un arbre :  Nous sommes en 480 av. JC. Xerxès, traversant la Lydie, s'éprit d'un platane et le fit orner de colliers et de bracelets en or (selon Hérodote). Cela donne, avec Haendel, l'un des plus émouvants arias de la musique baroque.

     

    Frondi tenere e belle
    del mio platano amato,
    per voi risplenda il fato.
    Tuoni, lampi, e procelle
    non v’oltraggino mai la cara pace,
    né giunga a profanarvi
    austro rapace.

    Ombra mai fu
    di vegetabile
    cara ed amabile,

    soave più.

     

    Douces et charmantes branches
    de mon cher platane,
    le destin vous sourit!
    Que le tonnerre, l’éclair et la tempête
    ne troublent jamais votre précieuse paix,
    et le rapace vent du sud
    ne vienne pas non plus vous violenter!

    Jamais l’ombre
    d’aucun arbre ne fut
    plus douce, plus précieuse,
    plus agréable!

    Ci-dessous, ce bijoujoyaudiamantcaillouchougenou, interprété par le génial Gérard Lesne :


    podcast

  • Ellroy, James Ellroy

    XtMrF7ZxRqgjzth5IUHSKiqxo1_500e.jpgJ'ai toujours eu un peu -non : j'ai toujours autant de mal avec le roman noir, la littérature policière, le polar, tout ça (idem pour la SF, voire le théâtre).

    Je n'en lis jamais -enfin si : un, m'a fait lire Fred Vargas un jour : Dans les bois éternels, qui venait de paraître, et j'ai adoré, j'en ai avalé plusieurs. Pareil pour les premiers Arturo Perez-Reverte qui sont à la frontière de l'enquête policière et du roman de facture classique :  je tiens Le maître d'escrime pour un chef d'oeuvre de ce genre hybride.

    Mais depuis que je sais tenir un bouquin en mains, je dois avoir au compteur un demi San-Antonio (Sucette boulevard -oui bon : je sais, mais c'était un cadeau d'ex), le tiers d'un Dashiell Hammett (Le Faucon maltais, à cause du film), un chapitre de Chester Himes (La Reine des pommes), un ou deux Agatha Christie presque entiers mais pas finis (Dix Petits nègres et Le Meurtre de Roger Ackroyd), et basta. Aucun Chandler, aucun Mankell, aucun rien. Je n'y arrive pas. Sans doute à cause de l'environnement urbain (j'aime Vargas parce qu'elle nous fout des Pyrénées et même des animaux sauvages : bouquetins, loups, plein la tronche, ainsi que des personnages très nature, et son Adamsberg marche souvent dans l'herbe, la boue... Bon, c'est pas Giono ni Genevoix, mais ça aide, en tout cas ça m'aide). Et puis le glauque, le crime, l'hémoglobine me révulsent (je manque m'évanouir lorsqu'il s'agit de tendre un bras pour une prise de sang). Alors bon, j'ai conscience de passer à côté d'un genre littéraire capital -mais pour l'instant : rien à faire. Je vis sans ça, et avec déjà beaucoup trop de livres à lire, que j'ai envie de lire donc. Banal. Mais j'envie ceux qui lisent aussi du roman noir.
    Cependant je sens que je vais lire Ellroy. L'enthousiasme, autour de moi, étant unanime -oui je sais : Ellroy, c'est beaucoup plus que du roman noir, c'est de la vraie littérature un poil noire... Je commencerai par le livre sur sa mère, Ma part d'ombre, non? Bon choix?..

  • Un grand blanc

    J'ai beau dire, beau penser, beau tenter de me convaincre qu'un grand bordeaux blanc, un pessac-leognan donc, produit par les plus fameux : Fieuzal, Chevalier, Laville Haut-Brion, voire le rare Haut-Brion blanc, donc issu de sauvignon et de sémillon en quantités variables, parfois inversées (et d'un soupçon de muscadelle), est un immense vin blanc, ce qui est indéniable (il m'est arrivé -sur place, au cours de mes lointaines années bordelaises, de les juger indépassables, ces blancs si racés là), lorsque je tiens un (très) grand blanc de Bourgogne, soit par exemimages.jpgple un chassagne-montrachet 2007, premier cru, ma mémoire olfactive capitule. Il s'agit en l'occurrence d'un produit de Joseph Drouhin, Morgeot, Marquis de Laguiche, pour être précis. Du chardonnay élevé au rang de chef-d'oeuvre. Travaillé, de surcroît, avec une approche biologique et biodynamique. Malgré l'affreux sentiment de commettre un infanticide, ce vin de trois ans à peine, qui aurait pu vieillir longtemps, présente déjà un équilibre serein, entre complexité et élégance, finesse et robustesse, harmonie et caractère, réellement confondant. Il possède, derrière son fruité contenu mais volontiers explosif si on délaisse ce fougueux setter qui n'a pas aimé la voiture, soit un maintien sous le bouchon, il possède donc ce côté force tranquille que l'on aurait surpris, à la dérobée, au fond du regard d'un surdoué solitaire, donc esseulé (et pas l'inverse -chacun l'aura compris), à l'ombre du platane cerné de ciment; à l'heure de la récré... J'en aime l'idée, en arrière-bouche. Cette pudeur, cette puissance aromatique, ce nez féminin et néanmoins herbé comme les bottes d'un gentleman-writer de retour de la chasse et revenu à sa table de travail, cette bouche d'une amplitude insolente, qui semble pouvoir embrasser l'horizon avant d'embraser l'âtre, l'air de presque rien, représentent à mes yeux l'expression même de la séduction, telle qu'un vin peut l'affirmer en douceur. Soit des yeux seulement. Comme savent le faire les femmes de tact. Et silencieusement. Car il convient de le boire à présent...

    Pour écouter tripalement ce textevin, il y a ceci (Qui Tollis Peccata Mundi, Edwin Loehrer). Et rien d'autre. Plat unique, cliquez :


    podcast


  • Le souci du décapage

    De livre en livre, le prolifique Michel Onfray a chaque fois le souci du décapage. Pour notre plaisir de lecteur acquis à son discours spinoziste, libertaire et hédoniste, il se plaît, là, à démasquer les vrais ressorts du christianisme, cette grande usine mortifère dans laquelle l'art et la poésie ne sont que des attrappe-couillons, cette fabrique allergique au désir, au plaisir, qui voue une haine à la femme jamais égalée, qui abhorre le sexe, la vie, le bonheur sur la terre, qui arrose Thanatos comme une plante. La Christianisme Factory (je trouve à l'instant l'expression) sent la mort, pue le cadavre qu'elle cultive, elle nie le corps, exige la chasteté, théorise la misogynie en l'érigeant en haine. Le christianisme célèbre le corps malade, mutilé, avili, il jouit du martyre, interdit le suicide mais recommande de ne pas vivre, d'en finir au plus vite "ici bas" pour connaître enfin la vie dans la mort, appelée l'autre monde réputé meilleur. Ce christianisme que  j'abhorre personnellement depuis toujours, Onfray le dénonce dans un livre jouissif et dopé au verbe et à l'adjectif toniques : LE SOUCI DES PLAISIRS, Construction d'une érotique solaire (J'ai Lu, en version expurgée de ses illustrations, sinon le livre existe en grand format chez Flammarion). Le chrisitanisme, écrit le philosophe nietzschéen, a transformé la sexualité en malédiction, persécuté à mort tout amant de la vie, tout amoureux des corps, il a fustigé l'érotisme, il a décrété l'impureté du sexe féminin, il a inventé un éros nocturne dans la nuit duquel nos corps gisent toujours comme dans un linceul sans aromates... Sa cible préférée est Saint Paul et sa névrose aux répercussions planétaires. Ce sont aussi les oxymores dont le christianisme joue sans être inquiété depuis 2000 ans : l'épouse chaste, la mère vierge, La vierge sera enceinte (Matthieu I, 2, 3). Ou le Christ charnel mais désincarné, sorte d'anticorps (nourriture immatérielle) dont on nous demande de manger la chair et de boire le sang. Le Christ mort et immortel... "Cette secte qui a réussi" voue ouvertement un culte au renoncement de la puissance d'exister. Elle est mortifère, oui, thanatophilique et expiatoire, fait du Calvaire, de la Croix, de la Crucifixion et autres symboles "gore" les étapes pour atteindre un nirvana un peu "space". Par ailleurs, elle prône l'obéissance, la soumission, le renoncement à soi, à l'intelligence, à la raison, elle exige que les "brebis" se contentent d'être la chose de Dieu. Et le pire c'est que ça marche! Que le christianisme continue d'empoisonner les consciences, et ce, malgré Freud et les progrès de la civilisation en tous genres. Le christianisme a un moment "flippé" devant la liberté prise par Eve. La première femme a pensé, réfléchi, agi en conscience, librement. Il en a certes cuit à son sexe, depuis. Parmi les dévôts, exégètes de ce masochisme philosophique aux relents cadavériques, Onfray expose Jacques de Voragine (La Légende dorée fut un best-seller médiéval), le Marquis de Sade et Georges Bataille. Un peu Lacan, aussi, qualifié d'enfumeur, pour son prosélytisme. Onfray dénonce, dans ces oeuvres, l'érotisme de la mort, la nécrophilie, la pédophilie (tiens, tiens...), l'automutilation, le plaisir avec la douleur, le sexe avec la solitude, le désir avec le répugnant, l'orgasme avec la tristesse. Quand je pense que ces oeuvres ont été hissées, adulées, adorées jusqu'au grotesque par des générations d'intellectuels... Parfois, je ne pige vraiment pas mes presque contemporains. Serait-il trop simple, voire simpliste d'aimer les corps, le désir, le plaisir sexuel, la vie, le rire, le soleil lorsqu'il brille dans le ciel, l'aube, la femme!.. Onfray a mille fois raison de souligner que le corps chrétien est schizoïde : d'une part la chair, négative, d'autre part l'âme, positive. Le chrétien doit punir sa matérialité par l'ascèse, la mortification, le mépris et la haine de son enveloppe corporelle. L'Inde, notamment, propose le corps ayurvédique (modalité possible du corps spinoziste) dans lequel l'âme enveloppe le corps. Le conatus (spinozien), le désir, pourrait coïncider avec les prâna, l'énergie, les souffles actifs dans le corps indien. Mais ce n'est pas gagné pour des millions d'âmes paulinisées... Comment déchristianiser les corps d'aujourd'hui? demande Onfray, après avoir passé en revue le catalogue des possibles solutions orientales. Passé Mai 68:  Le printemps de Mai fut suivi par un hiver durable... Après avoir exposé le sexe du surmoi (celui d'Yvonne de Gaulle et de son mari, par exemple) et le sexe du ça (celui de la maman de Michel Houellebecq, par exemple), Onfray propose le sexe du moi rimbaldien. J'y reviendrai bientôt...

     

  • Restaurer Camus

    Odnako-Camus.pngAlbert Camus a trouvé la mort en voiture il y a cinquante ans aujourd'hui; le 4 janvier 1960. Il disait, écrivait simplement les choses réputées compliquées.  C'était le contraire d'un jargonaute à la prose ampoulée, comme celle des faiseurs de son époque, qui ne le reconnurent pas et  l'excluèrent, comme un étranger à la cause. Camus n'était pas un sophiste. Il ne s'écoutait pas écrire. Encore moins parler. La simplicité de ses origines se lit dans ses oeuvres de fiction comme dans ses essais. A l'adresse de ceux qui le (re)liront, à la faveur d'une actualité foisonnante (rééditions, télés, hors-série...), je voudrais dire qu'il ne faut jamais confondre simplicité et simplisme. Camus n'est pas un philosophe pour classes terminales. Et c'est avant tout un prosateur intemporel. Reprenez Noces, L'Eté, L'Exil et le royaume, La mort heureuse, Le premier homme. Et prenez plaisir à son écriture solaire, si belle qu'elle rend encore jaloux nombre de chichiteux nombrilistes autofictionnels et germanopratins qui ne prennent ni l'air, ni la température du monde en dehors de leur quartier, et qui évitent de goûter au travail de l'autre, comme certains vignerons obtus. Un  mot à propos de l'éventuel transfert des cendres de Camus, depuis Lourmarin jusqu'au Panthéon : on a coutume de dire de la collection La Pléiade, qu'elle est le Panthéon des Lettres. Camus, qui y est entré il y a des années, a-t-il besoin d'un second Panthéon? Et un trait de Camus, pour finir cette brève : La bêtise insiste toujours.

     

    Photo peu connue de Camus, piquée sur le Web, où nous nous piquons les uns les autres à longueur de journées et de nuits.

  • Vu par...

    Revue de presse sélective :

    Un papier chaleureux de Joël Aubert, Aqui! :

    http://www.aqui.fr/tempsforts/voyage-en-sud-ouest-entre-adour-et-vautour-bassin-d-arcachon-et-zugarramurdi-l-alphabet-illustre-de-leon-mazella,2688.html

    Cliquez !

    Rappel :

    voir sur ce blog, à la date du 27 novembre, la note intitulée : Une certaine idée du Sud-Ouest, copieuse interview donnée à Christian Authier, L'Opinion indépendante.

    Et la note publiée le 14 décembre : Sud-Ouest de vendredi, un article amical de Benoît Lasserre, Sud-Ouest.



  • La culture finit en volutes

     

    Doit-on laisser disparaître les ours des Pyrénées, Christian Lacroix et le seul cigare français ? Des ours slovènes ont volé au secours des derniers spécimens de souche pyrénéenne. Leur lent sauvetage est en marche. Lacroix a été lâché récemment, onze salariés sur cent vingt sont en sursis. Un repreneur aurait pu permettre au Comptoir des tabacs des Gaves et de l’Adour de continuer d’exister. La justice –si lente d’ordinaire, ne lui en a pas laissé le temps. Ce « comptoir » unique en Europe produit les cigares Navarre. En Béarn, à Navarrenx. Au cœur d’un bourg célèbre pour le saumon et l’artisanat mobilier, le bâtiment des Casernes –ancienne demeure du mousquetaire Porthos-, est devenu en 2004 le siège du Comptoir. C’est d’une singulière aventure, un peu folle, qu’il s’agit, et qui consiste à faire des cigares français aussi bons que des havanes. En y mettant le paquet : recherches longues du terroir le plus proche des conditions climatiques, géologiques cubaines. Personnel spécialisé venu de l’île du Che chez d’Artagnan. Le résultat, après dix ans de sueur, de phosphore et d’huile de coude : Navarre. Une marque, avec une gamme courte de cigares 100% français, reconnus pour leurs qualités dans le monde entier. À la tête, un entrepreneur connaisseur et audacieux : Noël Labourdette. La marque s’installe peu à peu, conquiert les esprits rétifs et acculturés au habanos. En trois ans, le Navarre se distingue dans les dégustations professionnelles. Seulement, la lutte, déjà serrée, découvre de nouveaux challengers : les lois anti-tabac et la crise mondiale. Noël Labourdette prend cela de plein fouet. Chute des ventes à un moment crucial, Noël, l’an passé. Premiers licenciements (seize en tout aujourd’hui), une année 2009 sur le fil. La société est placée en redressement judiciaire à la fin du mois d’avril dernier. Et en ce début du mois de décembre, le verdict tombe : le Tribunal de Commerce de Pau met fin à l’aventure, en prononçant la liquidation judiciaire du Comptoir, celui-ci n’ayant pas trouvé d’investisseur pour couvrir les 600 000 € nécessaires à la continuité de l’activité. Navarre produisait, sur quatre hectares situés à Moumour, soit à une encablure de Navarrenx, 200 000 robustos par an depuis 2005. Le robusto, de calibre moyen, est le cigare le plus demandé sur le marché français. Tous d’une qualité exceptionnelle, notamment pour leur fumage sans rupture, leur douceur raffinée et l’excellente texture de leur cape, enviée par La Havane. Dès lors, une question philosophique se pose : au-delà de considérations macroéconomiques, devons-nous laisser couler entre nos doigts, comme du sable ou de l’eau, un fleuron unique et représentatif de notre savoir-faire, au nom d’une glaciation des plaisirs, d’une politique européenne liberticide et devenue allergique à l’hédonisme ? Car c’est de cela qu’il s’agit. Fumer tue. Faire l’amour peut tuer aussi. À certaines conditions. Rire, aimer les fromages affinés, le gras, les odeurs corporelles et les poils sous les bras de l’aimé(e), deviendront-ils des actes répréhensibles, dans une société aseptisée où la pipe de M. Hulot et la gitane de M. Chirac sont des insultes à la nouvelle bienséance? Le cigare est un plaisir rare, un écho à l’adage peu mais bien. Un luxe aussi, comme la haute couture et les premiers grands crus classés. C’est aussi un produit en voie de disparition, à l’instar d’une espèce animale –condor de Californie, oryx de Libye, goéland d’Audouin. C’est encore l’expression de la beauté dans sa diversité. Une liberté jugée anachronique, enfin. Conscient de la nécessité irrationnelle de l’évanescent dans un monde matériel, j’invite les esprits tournés vers le plaisir à se mobiliser pour sauver le Navarre. Au moins pour la beauté du geste. J’ignore de quelle manière. Pétition, cotisation, manifestation. L’essentiel étant de s’élever contre, au lieu de se taire avec. LM

  • Spinoza... -"Encore!" (oui)

    Ce qui est revigorant avec Spinoza, c'est qu'il ne badine pas, mais préfère se servir de sa badine pour (r)éveiller son lecteur, notamment avec sa conception de l'utile et du nuisible. Tout ce qui est mauvais, souligne Deleuze (pour le génial philosophe du désir et du bonheur comme vertus cardinales, qui doivent gouverner inexorablement le monde et chacun de nos actes), se mesure à la diminution de la puissance d'agir (tristesse-haine), tout ce qui est bon, à l'augmentation de cette même puissance (joie-amour). D'où la lutte totale de Spinoza, poursuit l'exégète parfois totalement abscons (et chiant car incompréhensible, verbeux, jargonaute, branlatoire -un défaut de son époque : 1970 : Vincennes, post-68, Foucault, Reich, baba-cools, Lyotard, Libé1, Sartre icônisé, etc), la dénonciation radicale de toutes les passions à base de tristesse, qui inscrit Spinoza dans une grande lignée qui va d'Epicure à Nietzsche (il ajoute, plus loin dans son livre Spinoza Philosophie pratique, déjà évoqué plus bas ici même, et curieusement à mon sens : Hölderlin et Kleist. Mais bon... Pourquoi pas des poètes en un temps de manque? : Hölderlin : Wozu dichter in dürftiger zeit? -Et de scission, par conséquent. La poésie schismatique, ça change un peu!). Tout ce qui enveloppe la tristesse doit être dénoncé comme mauvais, et nous séparant de notre puissance d'agir : non seulement le remords et la culpabilité, non seulement la pensée de la mort, mais même l'espoir, même la sécurité, qui signifient l'impuissance (Éthique, IV, 47).

    Je trouve cela lu-mi-neux. Spinoza est un anarchiste autogéré qui ne compte que sur ses propres forces et marche sur ses deux jambes (autonome comme dans l'esprit du maoïsme originel, pur).

    ET VOUS?

  • Haro sur les passions tristes!

    L'Ethique, livre majeur de l'oeuvre de Baruch Spinoza, s'impose de jour en jour comme le livre essentiel. Signe : je le range à côté des Essais de Montaigne et de Socrate pêle-mêle (les dialogues divers de Platon). Gilles Deleuze, dont le Spinoza Philosophie pratique (Minuit) constitue, à mes yeux, un complément d'objet direct précieux de cette oeuvre, résume clairement la question des passions tristes, qui pourrissent la vie de l'être humain, quelle que soit sa confession, ou obédiance, soumission, adhésion... Depuis la naissance du premier monothéisme. Depuis l'invention du Politique. Depuis que le pouvoir existe. Donc, depuis longtemps, etc.

    A propos de l'humoriste barbu au regard de cocker Arnaud Guillon, par exemple (et si je puis dire), cible privilégiée d'Eric Besson et, par voie de conséquence, de l'Elysée, et de la méthode géométrique selon Spinoza  : la satire, écrit le génial philosophe de la joie, du désir et de la puissance d'exister, c'est tout ce qui prend plaisir à l'impuissance et à la peine des hommes, tout ce qui exprime le mépris et la moquerie, tout ce qui se nourrit d'accusations, de malveillances, de dépréciations, d'interprétations basses, tout ce qui brise les âmes (le tyran a besoin d'âmes brisées, comme les âmes brisées, d'un tyran).

    Car Spinoza, souligne Deleuze, ne cesse de dénoncer dans toute son oeuvre trois sortes de personnages : l'homme aux passions tristes; l'homme qui exploite ces passions tristes, qui a besoin d'elles pour asseoir son pouvoir; enfin, l'homme qui s'attriste sur la condition humaine et les passions de l'homme en général. L'esclave, le tyran et le prêtre...

    Traité théologico-politique (car, en effet, il n'y a pas que L'Ethique dans l'oeuvre de S.), préface, extrait : Le grand secret du régime monarchique et son intérêt profond consistent à tromper les hommes, en travestissant du nom de religion la crainte dont on veut les tenir en bride; de sorte qu'ils combattent pour leur servitude comme s'il s'agissait de leur salut.

    Deleuze : Le tyran a besoin de la tristesse des âmes pour réussir, tout comme les âmes tristes ont besoin d'un tyran pour subvenir et propager. Ce qui les unit, de toute manière, c'est la haine de la vie, le ressentiment contre la vie.

    Au rang des passions tristes, Spinoza compte -énumère, même, dans cet ordre : la  tristesse, la haine, l'aversion, la moquerie, la crainte, le désespoir, le morsus conscientae, la pitié, l'indignation, l'envie, l'humilité, le repentir, l'abjection, la honte, le regret, la colère, la vengeance, la cruauté. (Ethique, III).

    Spinoza oppose à cela la vraie cité, qui propose au citoyen l'amour de la liberté plutôt que l'espoir des récompenses ou même la sécurité des biens. Car, c'est aux esclaves, non aux hommes libres, qu'on donne des récompenses pour leur bonne conduite.

    Donc, foin des passions tristes! Car, en écoutant Spinoza, et Nietzsche après lui (et les éclairages qu'en a donné Deleuze), il faut dénoncer toutes ces falsifications de la vie, toutes ces valeurs au nom desquelles nous déprécions la vie : nous ne vivons pas, nous ne menons qu'un semblant de vie, nous ne songeons qu'à éviter de mourir, et toute notre vie est un culte de la mort...

    J'attends vos réactions...

  • Tu joues dimanche...

    Extrait, de circonstance, de l'article Rugby de mon livre Le Sud-Ouest vu par Léon Mazzella (Hugo & Cie, novembre 2009) :

    images.jpg« Rugby, école de vie », lancent tous les clubs. Et c’est vrai. Le rugby forme, instruit le môme aux valeurs du don et de la fraternité, ainsi qu’à l’esprit de groupe, celui qui néglige le « moi je », si courant dans la vie quotidienne. Même si le rugby change, se professionnalise, il ne perd pas le fond de son âme. Il est certes révolu le temps où il ne rapportait que des poignées de mains et quelques confits de canard. Mais l’Ovalie demeure ce méridien de Greenwich insaisissable, dont le centre et partout et la circonférence nulle part. Le rugby est un pays de confins qui fiance les caractères, dissout les milieux et embrasse les classes. C’est un sport à part qui ne manque d’ailleurs jamais de classe. C’est le pays de l’amitié et du partage, de la fête et de la belle santé, des rires francs et des regards vrais.

    Une histoire drôle et émouvante en résume la philosophie : Manech et Beñat sont de vieux amis qui ont grandi ensemble. L’un est devenu l’instituteur du village, l’autre son curé. Le rugby les a soudés très jeunes. Ils ont partagé cette passion dévorante jusqu’au bout. Aujourd’hui, Manech est atteint d’une maladie incurable. Il demande, pas dupe, à son vieil ami d’interroger Dieu pour savoir si on joue au rugby de l’autre côté… Le curé interroge le bon Dieu toute la nuit suivante et revient voir son ami mourant le lendemain matin, porteur de deux nouvelles. Une bonne et une mauvaise. Manech ! La bonne d’abord : on joue au rugby de l’autre côté ! s’exclame-t-il. Le mourant sourit, béat, heureux, rassuré. Et maintenant la mauvaise, poursuit le curé : Tu joues dimanche…

  • La beauté

    04_jpg.jpg

    Buste d'Eve

    Détail de l'Agneau mystique,

    triptyque de Jan Van Eyck (vers 1430).

    Cathédrale St Bavon à Gand.

     

    merci au blog :  http://nicephore.hautetfort.com/ de m'avoir donné l'idée de cette note

  • Je ne pourrai pas passer te voir, Léon

    marilyn_monroe_7.jpgUn message de Marilyn, ce matin, au dos de cette photo, m'annonce qu'elle ne pourra pas passer me voir à la librairie bordelaise Mollat, cet après-midi, afin que je lui dédicace mon dernier bouquin.images.jpg

    Megan Fox, tombée en panne sur l'A10 (photo prise avec son téléphone, car je ne voulais pas la croire), sera absente elle aussi  -je le regrette sincèrement, a-t-elle ajouté sur son message...

    Comme il s'agit des deux seuls mots d'excuse qui me soient parvenus, je m'attends à une affluence record...


  • Jacques Durruty

    384a4f4e71_2.jpgIl n'était pas connu hors de ses frontières parce que celles-ci n'existaient pas. Mais à Bayonne tout le monde le connaissait. Jacques Durruty  vient de se barrer. Il a fini par capituler face à un crabe qui avait  établi ses quartiers dans son cerveau. Une saloperie déjà connue de nos services, puisqu'un semblable crustacé emportât mon père il y a trois ans, à quatre jours près. Jacques avait le regard droit comme une ligne de chemin de fer en perspective cavalière dans la forêt landaise, lorsque celle-ci ouvre le temps et creuse l’espace. Sauf que Jacques ne divisait rien et unissait tout ce qui lui semblait agréable et agrégable : les gens, les genres,  les émotions, les vins avec les plats, les mots avec les sentiments, l'entre-temps avec la fumée d'un havane. Jacques le généreux, dont le bouc mousquetaire était constamment prolongé d’un corpulent puro, n'aimât jamais du bout des lèvres. Il a aimé  d'une passion calme, d'une sincérité profonde et d'une conviction aguerrie, sa femme Sissi, l’Amitié, Bayonne, le rugby, Séville, les toros de verdad, le piment de la vie. Il détestait les tristes au sens large, les francs comme des ânes qui reculent, la pluie, les arènes vides et les civettes fermées. Jacques avait le verbe rare, car il observait comme un paysan. Il aimait soupeser et ne se hâtait jamais de conclure. Quand quelque chose le faisait chier, il disait ça me fait chier. Non, mais -réfléchissez un instant-, cela devient rare. Et lorsqu'il appréciait un truc, il le faisait vraiment savoir. J’ai toujours vu les rides de ses yeux exprimer un sourire dispersé en pattes d'oie, qui ne disait jamais je me force. Ces lignes éclairaient son visage d’un halo de bonté, mais pas à la manière de Robert de Niro dans un rôle de composition. Jacques ne jouait pas, il aimait. Nous avions confiance. Ce soir, je fume un  Gigante, le double corona de Ramon Allones. Pour lui.

     

  • l'ève future

    Portrait-Sepia-1-4315.jpgCesare Pavese :

    La mort viendra et elle aura tes yeux.

     

    Henri Calet :

    Ne me secouez pas. Je suis plein de larmes.

     

    Paul-Jean Toulet :

    Vénus hait le soleil. Sous le couvert éclose,

    Jadis à son coeur noir m'enivrait une rose.

     

    Toulet, encore :

    Mourir non plus n'est ombre vaine.

    La nuit, quand tu as peur,

    N'écoute pas battre ton coeur :

    C'est une étrange peine.


    Peinture de Berdugo (voir son site sur : blogs amis)

  • La postérité du soleil

    01067531011.GIFUn quasi inédit de Camus, ça ne court plus les rues. La plaquette, un grand et beau format paru confidentiellement à 120 exemplaires, en 1965, reparaît ces jours-ci chez Gallimard. Il s'agit de splendides photos en noir & blanc de Henriette Grindat, d'aphorismes cinglants comme des haïkus, d'Albert Camus, et d'une postface ainsi que d'un poème, De moment en moment, de René Char, son ami. L'ensemble est magnifique et s'intitule La postérité du soleil. Je me le suis offert ce matin, et l'ai aussitôt dégusté, avec un armagnac de Laubade 1966 et un cigare Navarre. L'équation du bonheur, un dimanche après-midi maussade de fin novembre. Les photos montrent la région natale de Char et choisie de Camus : l'Isle-sur-Sorgue, la Sorgue, les Névons, le Thor, Lagnes, Calavon, Fontaine-de-Vaucluse... Des paysages si souvent présents dans l'oeuvre de René Char, ainsi que dans les Carnets d'Albert Camus. Il y a aussi trois portraits, dont celui d'Henri Curel. La vérité a un visage d'homme... C'est avant tout un livre qui respire l'amitié des deux écrivains. Le paysage comme l'amitié, est notre rivière souterraine. Paysage sans pays, écrivit Char à Camus.

    Voici deux extraits, où apparait une poésie forte. Je garderai longtemps en mémoire la métaphore du platane :

    Face à la photographie intitulée Saule mort et remparts, le Thor :

    Un dieu sourcilleux veille sur les jeunes eaux. Il vient du fond des âges, porte une robe de limon. Mais sous la lave de l'écorce, un doux aubier... Rien ne dure et rien ne meurt! Nous, qui croyons cela, bâtirons désormais nos temples sur de l'eau.

    Face à la photographie intitulée sobrement Platane en hiver :

    De tous ses muscles lisses le platane s'efforce vers le soleil lointain. Panthère de l'hiver, une sueur de givre sèche aux plis de sa toison.

     

  • Signatures

    Couv barrage.jpgCOVER_SUDOUEST02.jpgJe signais hier matin Lacs et barrages des Pyrénées à Bagnères-de-Bigorre, en compagnie de mon co-auteur, Philippe Lhez, aquarelliste de grand talent. Nous étions à la librairie Au pied de Pyrène, chez Marc Besson. Un grand bonheur, simple et amical.

    Jeudi prochain, c'est chez Mollat à Bordeaux que ça se passe, pour Le Sud-Ouest vu par Léon Mazzella (et les Lacs... aussi). Voici le lien : http://www.mollat.com/rendez-vous/leon_mazzella-25811.html

    Le 11, ce sera comme à la maison : à Bayonne, à la librairie La rue en pente. Pour Le Sud-Ouest vu par...

     

    FAITES PASSER!..

  • CompaK

    11101516-ca-ne-pardonne-pas.jpgCompact, dense, plein, intelligent, en observation tendue, nerveux, un rien opportuniste, toujours talentueux, cramponné, extrêmement rapide, immédiat, musculeux, fauve, tactique, le regard droit, profond et long, laissant faire, serein au fond, anticipant, la leçon de rugby des allwhite aura enfoncé avec sincérité et sans effort apparent des blouses qui démarraient pourtant plein gaz. Effet de serre :  je te laisse penser que je te tiens par la peau des c... Mais en réalité, c'était de l'esbroufe, du y'a qu'à de sous-préfecture hexagonale. Le jeu des Blacks m'est apparu ce soir lumineux comme jamais. Une leçon de musique, genre : mate et tu pigeras le coup, mais mate bien, gonze. L'humilité noble, la fulgurance discrète, la beauté d'un concentré de pack en action concertée; une espèce de grâce. La classe, quoi.

  • Laissons-le là!

    L'Eternité à Lourmarin

    Albert Camus

    tombecamus6.jpg"Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit notre affection? Cerne après cerne, s'il approche c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois vient s'appliquer contre le nôtre, ne produisant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n'est nulle part. Toutes les parties -presque excessives- d'une présence se sont d'un coup disloquées. Routine de notre vigilance... Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée...

    Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s'ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant. A l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l'archer, cette fois, ne transperce pas."

    René Char.

    in : La parole en archipel, Gallimard, 1962.

    Photo : la tombe d'Albert Camus à Lourmarin, © Sophie Poirier, avril 2008

  • Camus

    La France moisie, c'est encore la récupération d'Albert Camus par l'instigateur d'une politique on ne peut plus anticamusienne, et qui siège actuellement à l'Elysée. Il serait temps de relancer Combat, le journal de l'auteur de L'Etranger. La France moisie, c'est celle qui affecta une moue dégoûtée de grand bourgeois à la vue d'un pauvre dans son parc, lorsqu'un type du peuple, fils d'une mère analphabète et d'un père mort en 14, né en Algérie, lorsqu'un "petit pied-noir" devient Nobel de littérature à 44 ans. Aussitôt, la bien-pensance lui tourna le dos, ne souhaita pas l'admettre parmi les siens. Elle le déclara faible romancier à la prose facile (le Nouveau roman était alors dictatorial) et, plus douloureux encore, "philosophe pour classes terminales" -l'expression est de feu mon ami Jean-Jacques Brochier. (Sartre régnait alors sur la pensée hexagonale). Jean-Yves Guérin, qui signe un Dictionnaire Camus chez Laffont, a ce mot juste et assassin à propos de l'essayiste : "Camus est à BHL ce qu'Edith Piaf est à Vanessa Paradis" (piqué dans l'Obs paru hier). La belle revanche du fou de foot et de théâtre, c'est d'être plus connu et davantage lu dans le monde entier, que n'importe quel écrivain français depuis l'invention de la plume, ou presque (il faudrait vérifier pour Dumas et Hugo). Et, au risque de me contredire, si ce paramètre ne vaut rien à mes yeux lorsqu'il s'agit d'un Paolo Coelho, d'un Dan Brown, ou d'un Marc Lévy, il me semble posséder une teneur autre, pour Camus.

  • la mano negra

    Le 11 juin 1986, Diego Maradona marque avec la main. On appelle cela la main de Dieu. C'est Maradona.
    Pour Thierry Henry, c'est la main de qui ?..

    (puisque l'actualité de ce matin n'est qu'une chanson d'un geste)

     

    Eric Raoult dans Le Monde daté de samedi, épinglé par Le Nouvel Obs : Réaffirmant que les propos de Marie NDiaye qualifiant de "monstrueuse" la France de Nicolas Sarkozy sont "inadmissibles", Eric Raoult ajoute: "Même Yannick Noah et Lilian Thuram n'en ont pas fait autant qu'elle".
    "Yannick Noah et Lilian Thuram ? Sa critique initiale ne portait donc pas exclusivement sur la liberté de parole des écrivains? (...) Serait-ce donc la couleur de leur peau qui inspirerait ce 'rappel à l'ordre', pas vraiment 'républicain'?", se demande Bertrand Delanoë...

     

     



  • Bu

    La cuvée Clos Victoire (rouge) de Calissanne, en Coteaux d'Aix-en-Provence 2006 est un miracle de fraîcheur et de puissance contenues, et comme maintenues sous le boisseau de saveurs grasses (luisantes), subtiles et complexes, un peu comme ces belles charpentes rassurantes et les tomettes de couleur chaude au sol. Nez floral et herbacé, bouche ample et droite. Belle profondeur. Idéal sur une pâte molle affinée longtemps, et sur une viande rouge servie bleue mais chaude (pavé épais ou magret). Les rosés de cette zone (Lançon de Provence) sont archi connus et plutôt (régulièrement) bons. Les rouges d'exception y sont rares. En voici un. 60% syrah, 40% cabernet-sauvignon de plus de 30 ans, malolactique, macération longue, passage en fûts 14 mois durant, bichonnés par un certain Jean Bonnet. Splendide.

    On me signale à l'instant une cuvée Léon le cochon, signée Matthieu Dumarcher, vigneron bio à La Baume de Transit, dans la Drôme, soit un côtes-du-rhône, semble-t-il très recommandable. Je le vérifierai bientôt, pour vous en dire un mot.

    Mais avant, je veux souligner la rectitude, au nez comme en bouche (dont la longueur est à la manière d'un final d'une ouverture de Beethoven), d'un margaux en pleine renaissance. Nathalie Perrodo est aux commandes, à la suite de son défunt père. Il s'agit d'un troisième Grand Cru classé, encépagé à 65% de cabernet-sauvignon, 30% de merlot et 5% de petit-verdot, en moyenne.  18 mois en barrique, dont 60% sont neuves, le tout constituant une règle souple  (donc trangressable, sinon à quoi servirait une règle, ressemblant en cela à toute Loi?), obéissant aux éléments, lesquels, comme femme, varient. Cela mérite une convergence de spots sur Marquis d'Alesme Becker 2007. Retenez bien ce code. Composez-le chez votre caviste. S'il ne l'a pas, commandez. Puis donnez-moi des nouvelles du petit, que vous aurez choisi gros, soit en magnum : c'est toujours préférable, et là, indéniable. Sachez que le jeune homme (le vin est signé Philippe de Laguarigue, qui oeuvra à Lynch-Bages et  Montrose) excelle déjà sur le rouget barbet comme sur les champignons de sous-bois (cèpes, mousserons, trompettes, girolles) et de sous-sol (truffe noire), ou encore sur le gibier bien sanguin, à plumes et à poil. Ce margaux-là a donc été relooké de l'intérieur : allez-y boire. (Je me souviens du tremolo dans la voix de mon père lorsqu'il en débouchait un, dans les années 70, déjà... Il avait la même emphase lorsqu'il remontait un Labégorce ou un Labégorce Zédé, autres propriétés de Margaux du giron Perrodo). Scoop : Zédé va disparaître en fusionnant... A suivre : pas tout d'un coup, Ho!


  • Langue de soie

    A la question : « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?», posée par le magazine Les Inrocks d'août dernier (à lire sur lesinrocks.com), Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009 (lire plus bas : A quel Prix, 4 novembre, et Rempart, 13 octobre), répond ceci : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey et leurs trois enfants -ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »

    J'a-do-re!  -Et vous?


     

  • Tout faux!

    Bon, j'ai eu tout faux (lire note précédente : A quel Prix?), sur les derniers Prix littéraires d'Etonne (pardon : d'Automne) : Gwen. Aubry prend le Fémina (le Mercure, c'est Gallimard, juste pour info). Guenassia (Albin Michel, qui attendait aussi Besson ailleurs), le Goncourt des Lycéens. Et Liberati le Flore. Reste l'Intergrasset...

    Sinon, j'ai lu le Nobel (Herta Müller) L'homme est un grand faisan sur terre (folio) : de la daube avec paleron seulement et donc sans joue ni queue. Aucune onctuosité. Du sec pour le sec, de l'émotion sèche elle aussi, donc frigide. Un titre finalement explicite, si l'homme lit. Brrrr... Un froid norvégien parcourût ma lecture. Comme quoi, des fois, les Nobel nous sortent de derrière aucun fagot un truc comme çà, attrapé par les oreilles, façon Majax. Et poufpouf! la Planète devrait se le gaver. Moi, je dis non. Ce coup-ci.

  • A quel Prix?

    images2.jpgCi-contre, le logo du grand vainqueur du Goncourt. Jérôme Lindon, fondateur des éditions de Minuit (que sa fille Irène continue de diriger dans le droit fil d'une haute exigence littéraire), avait découvert Marie Ndiaye et publié son premier roman (ainsi que neuf autres livres, dont Rosie Carpe, roman couronné par le Femina il y a huit ans), et Jean-Philippe Toussaint (consolé le lendemain de l'attribution du Goncourt par le Prix Décembre et ses 30 000 €), comme Laurent Mauvignier (j'ai fini par arriver à bout de ses Hommes poussifs et lents à se dire), publient toujours à l'enseigne de la sobre étoile du mitan de la nuit. (Je ne connais pas les livres de Delphine de Vigan, quatrième auteur -Lattès-, finaliste chez Drouant). Or (détail?) c'est Gallimard, éditeur du roman couronné de Ndiaye, qui remporte la mise. Je n'ai pas le coeur à commenter le Renaudot. Je me réjouis pour Pierre Michon, car son Grand prix du roman de l'Académie française couronne un auteur majeur et, indirectement et de manière posthume, le travail éditorial (comparable à celui des Lindon père et fille) de Gérard Bobillier, patron emblématique des éditions Verdier, disparu le 5 octobre dernier. Le Médicis m'indiffère un peu, cette année, même si j'aime la plume abrupte et acide de Dany Laferrière (mais je n'ai pas lu son dernier). Je verrais bien Brigitte Giraud décrocher le Femina, et Jean-Michel Guenassia ou bien Simon Liberati, l'Interallié. Ainsi, ce dernier prix ne serait pas à nouveau surnommé l'intergrasset. Je pense enfin à Jean-Marc Parisis pour le prix de Flore (*). Et après, qu'on nous fiche un peu la paix avec ces coquetèles, comme l'écrivait Roger Nimier, où tout le monde littéraire se déteste en se souriant, tout en grignotant des canapés. Et nous retournerons à nos lectures -n'ayant pas de prix-, du moment : Jorge Amado, Joyce Carol Oates, Michel Foucault, Baruch Spinoza toujours, Virgile (L'Enéide monumentale que publie Diane de Selliers est un chef d'oeuvre de l'édition d'art!), et Marguerite Duras. Des petits jeunes... qui nous aident à écrire. Merci à eux.

    (*) Je note en passant que certains grands favoris, comme David Foenkinos, sont passés à l'intraitable trappe des jurys...

    Et je voudrais enfin rappeler que Tristes tropiques, de l'immense Claude Lévi-Strauss, premier grand traité d'ethnologie moderne, structuraliste, humaniste, et qui commençait par cette phrase célèbre : Je hais les voyages et les explorateurs, avait fait partie de la sélection du Goncourt en 1955. Preuve qu'à l'époque, l'ouverture  au talent était large, puisque les jurés durent voir une sorte de roman dans cet essai majeur au style impeccable, qu'il est toujours tonique de relire.


  • Perplexe 2

    Suite de la note précédente : Sur le site de l’éditeur, se trouvent 56 pages de larges extraits du livre, de l’intéressante  préface d’Arnaud Blin, aux différentes « leçons », allant de l’attitude à avoir au moment de l’achat d’une arme, aux secrets de l’utilisation de l’encre sympathique (la seule chose qui semble l’être dans ce livre, d’ailleurs), en passant par le self-control nécessaire de l’assassin au moment de son exaction, ou bien s’il est lui-même capturé et qu’il subit un interrogatoire « musclé »…

    Extraits de l’avant-propos et de la préface : « Il ne s’agit pas d’un texte philosophique qui poserait les fondements idéologiques du combat mené par les dirigeants d’Al-Qaida. De tels textes existent et ils sont bien connus. Il s’agit au contraire d’un manuel pratique écrit par les dirigeants et les cadres d’Al-Qaida et destiné aux hommes chargés de la mise en œuvre des exactions. »

    « Il s’agit d’un manuel de tactique plutôt que d’un traité de stratégie ou un texte de propagande. »

    « Le Manuel pratique du terroriste est un texte redoutable dont le but n’est ni plus ni moins que d’inciter et de pousser des jeunes hommes –même de très jeunes hommes- à aller perpétrer des attentats et commettre des assassinats contre des innocents un peu partout dans le monde. Ceci avec la caution morale d’une organisation se réclamant d’Allah… »

    « Nous avons pris le soin de supprimer les passages qui expliquent dans le détail comment frapper mortellement un individu, produire des poisons ou fabriquer des explosifs. »

    Je demeure perplexe...

  • Perplexe


    alqaidamanuelweb.jpgJe ne sais que penser de ce livre (je ne l'ai pas encore eu en mains) qui paraît chez André Versaille

    Al-Qaida : Manuel pratique du terroriste

    Présentation de l'éditeur :

    Voici Al-Qaida elle-même, dans sa parole la plus secrète : voilà comment les jihadistes de la Base parlent et se parlent. Dans leur violence la plus crue. Ce manuel rédigé par Al-Qaida explique comment doit se comporter le parfait terroriste. Il détaille, en 18 leçons, comment échapper aux poursuites, recruter, recueillir de l’information, fabriquer de faux papiers, détruire, commettre des attentats, fabriquer des poisons, assassiner, résister aux interrogatoires, s’évader, le tout au nom du Jihad “contre les régimes athées et apostats” peuplés “d’infidèles”…

    Nous avons décidé de le mettre à la disposition du public au nom du principe qui veut qu’on ne se défende efficacement contre un péril que si l’on en comprend la nature.

    Votre avis sur l'idée de publier un tel manuel m'intéresse (hors considérations économiques sur un possible coup éditorial).

    Car cela me rappelle les dégâts réels que fit la publication, au début des années 80, d'un livre intitulé Suicide mode d'emploi, et à côté desquels la vague de suicides romantiques qui suivit la publication, en Allemagne, des Souffrances du jeune Werther, de Goethe, relève de la dérive poétique...

    Car enfin, comment croire au principe douteux (souligné par moi ci-dessus) de l'éditeur, lequel semble vouloir se dédouaner par avance?

    Que m'apporte de connaître, de manière technique, la façon d'agir aveuglément (comme aucun animal n'agit jamais car l'instinct est davantage "guidé" que dans ce cas humain) d'un terroriste animé par l'acte de tuer aveuglément un maxium d'innocents (André Breton et son acte surréaliste pur : descendre dans la rue et tirer dans la foule au hasard, sont -heureusement- restés au stade du fantasme, de la geste esthétique douteuse, bref, de la provocation. Les terroristes, eux, passent à l'acte), pour mieux comprendre les ressorts de sa démarche? Rien, a priori. Tout au plus une satisfaction voyeuriste désintéressée et acquise par effraction. Mais c'est trop mortifère pour me procurer du plaisir comme je l'entends et l'apprécie depuis toujours. Et pour vous?..

    Je pense tout à trac à ces ados de Columbine, et de tant d'autres collèges américains où pénétrer armé n'est même pas une formalité, je pense aux effets d'identification funestes du film Scream, je pense à la dérive profondément abyssale des milliers d'ados qui s'emmerdent à longueur de journée en France. Je frissonne de me voir si frileux, si réac. Mais il m'apparaît que l'idée (éditoriale) n'est pas bonne, parce que je fais de moins en moins confiance en la nature humaine, surtout par temps de crise, favorable, nous le savons, à l'émergence, à l'éclosion, à la renaissance instantanée de la Barbarie la plus horrible. Mais bon...

    A une époque, il y eut le manuel du savoir-vivre. Voici celui du savoir mourir. En tuant. Signe des temps.

  • Si peu de bruit

    Tandis que les jurys livrent leur listes ressérées de candidats aux grands prix littéraires d'automne, et bien que je ne puisse m'empêcher de faire mes propres pronos, comme chacun, j'ai plaisir à lire des livres dont on parle peu, qui ne font de bruit que celui des pages que l'on tourne et qui possèdent pourtant des qualités immenses et insoupçonnées du grand public; ce que je regrette. Et la fureur ne s'est pas encore tue, d'Aharon Appelfeld, par exemple (à l'Olivier), nouveau livre du grand humaniste hanté par les camps, n'est pas un larmoiement à la Elie Wiesel, mais plutôt un hymne à la fraternité, un éloge de la dignité humaine, qui rapproche Appelfeld de Primo Lévi. L'horreur innommable nous est ici décrite calmement, sans haine, car toujours percent le courage et l'espoir à la surface de l'Enfer. C'est d'un grand message d'humanité et d'humilité qu'il s'agit, avec, au bout d'une interminable errance dans la neige et la forêt -avec la peur du nazi, la faim, le froid, les loups, après une évasion d'un camp, le cadre d'un chateau dans la ville de Naples pour havre, ouvert aux survivants, avant le chemin du Retour, si existent encore pour chacun, et ce chemin et des Lieux. Le bonheur de lecture ne vient pas à l'improviste, avec les livres d'Appelfeld, mais il surgit doucement à la faveur d'une sorte de petit miracle : je pense à l'allégorie de la musique de Bach ou Brahms jouée par un trio, et à la lecture du Livre, qui parviennent à transfigurer les visages des réfugiés. Ainsi reviennent-ils à la vie, s'échappent-ils un instant de l'horreur qui les hante et les hantera tout leur vie... Le narrateur au moignon ajoute alors : Tout ce qui n'est pas compréhensible n'est pas forcément étrange.

  • Libérez l'arbitre

    L'homme libre, pour Spinoza, n'est pas l'homme qui ne suit que son bon vouloir, c'est au contraire l'homme qui agit en connaissance de cause, l'homme qui se connaît lui-même, l'homme raisonnable. L'ignorance empêche l'homme d'être libre, et lui fait croire en l'existence du bien et du mal.

    Balthasar Thomass, Etre heureux avec Spinoza (Eyrolles).

    La musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour le désespéré, et ni bonne ni mauvaise pour le sourd.

    Spinoza, Ethique, IV, préface.

    La béatitude n'est pas la récompense de la vertu, mais la vertu même.

    Spinoza, Ethique, V, Prop. XLII

  • Du grille-pain

    Ce matin, il y a deux choses que je ne parviens pas à m’expliquer : pourquoi le grille-pain, et lui seul, fait tout disjoncter chez moi ? Et : comment peuvent bien se supporter ceux qui se savent antipathiques ? S’agissant du grille-pain, je devrais trouver rapidement une explication. Pour la seconde, vous avez sans doute remarqué comme moi, que les gens qui s'estiment supérieurs (mais nous sommes tous > à et < à) utilisaient les outils modernes pour se donner de l'importance à bon compte. Par exemple, en ne répondant plus aux mails que les gens qu'il jugent inférieurs leur adressent. Le phénomène est relativement nouveau dans la « culture d’entreprise ». Ce nouvel habitus (dirait Bourdieu) m’afflige. L’impolitesse du silence, si elle frise parfois l’élémentaire manque de rigueur professionnelle, ne vaut ni approbation ni contestation, mais seulement mépris. C’est humiliant, donc grave;  intolérable. Que se passe-t-il lorsque l’on vient légitimement « aux nouvelles » : d'aucuns –encore jeunots, voire humains, prétendent ne pas avoir reçu le message. D'autres (les faux-culs, qui sont légion) anguillent en disant qu'ils n'ont pas (eu) le temps de vous répondre. Les vrais pros de la suffisance restent murés dans l’inox de leur silence sovietsuprêmiste. Cette attitude, sans doute inspirée d’un manuel de management croquemortel rédigé par un robocop du serrage de vis avec harcèlement indécelable sous carbone 14 prud’hommal, me fait rire. Sauf que je frissonne pour mes enfants, à la réflexion. Lorsqu’ils entreront dans la vie active, l’attirail, le fourbis, le carquois de ces manifestations de jeux de pouvoir (qui ne sont pas en voie de disparition), leur sautera dessus en faisceau. Et à l’idée d'avoir à les blinder, j’oppose dès aujourd’hui un devoir de résistance, voire de renversement de la méthode. Leur proposer de lire Sun Tzu, tiens ! « L’Art de la guerre ». Ainsi que « Les 36 stratagèmes. Traité secret de stratégie chinoise ». Puisque je veux leur paix, je dois les aider à préparer leurs combats.

  • Char inédit

    arton15191-cd4fb.jpg21 ans après sa disparition, voici un nouvel inédit de René Char. Oh, il s'agit de peu, mais Le Trousseau de Moulin Premier, qui paraît ce mois-ci à La Table Ronde, est un ravissant petit livre-objet sous emboîtage, une sorte de fac-similé d'un carnet de cartes postales anciennes de l'Isle-sur-la-Sorgue (point d'ancrage dans le monde durant toute la vie du poète), rehaussé d'une poignée de vers aphoristiques, d'amorces de poèmes  (tous manuscrits) publiés l'année d'avant (le recueil Moulin Premier paraît en 1936) : Fais cortège à tes sources, lit-on par exemple au bas d'une vue du Bassin du village (cet éclat de vers se retrouve dans le fameux poème Commune Présence, II). Char rédigea ce "troussseau" en 1937 donc, au sortir d'une grave septicémie dans laquelle le poète verra la métaphore du Mal en marche (le nazisme ici, la guerre d'Espagne là), et dont il sortira fortifié, accru par la brûlure de phosphore de la poésie. Char offrit ce "trousseau" à Gréta Knutson-Tzara en novembre 1937. Il s'agit bien d'un objet personnel (publié d'ailleurs avec l'autorisation de la Bibliothèque Jacques Doucet, et grâce, encore et toujours, à Marie-Claude Char). D'une pierre de plus à l'édifice qui se construit calmement depuis 1988, et qui donne forme à l'arrière-histoire d'une oeuvre capitale et toujours en marche.

     

  • poésie de la douleur

    Définitions de la douleur : "La douleur lancinante est une douleur proche de la douleur exquise c'est-à-dire comportant des épisodes de lancement survenant par paroxysmes. La douleur fulgurante est une douleur dont l'intensité est particulièrement vive et qui survient de manière spontanée. Les patients la comparent d'ailleurs à des coups de poignard ou à des éclairs. Ce genre de douleur survient au cours de la dégénérescence nerveuse (neuropathie) comme celle apparaissant pendant les complications neurologiques du diabète entre autres. La douleur exquise est une douleur localisée dans des zones bien limitées et qui survient par acmé c'est-à-dire par épisodes pendant lesquelles elle est plus intense. Cette douleur est caractéristique entre autres de l'appendicite ou encore de l'hyperuricémie (goutte). La douleur térébrante est une douleur profonde semblant correspondre à la pénétration d'un corps susceptible de causer une infraction dans l'organisme (vulnérant). La douleur pulsative se caractérise par des élancements sous forme de battements douloureux qui sont perçus dans les zones présentant une inflammation entre autres. La douleur pongitive est une douleur comparable à celle obtenue après pénétration profonde d'un objet contondant . Ce type de douleur est celle de la pleurésie entre autres. La douleur tensive est une douleur s'accompagnant d'une sensation de distension. Cette douleur est celle de l'abcès, de l'inflammation d'une muqueuse digestive ou respiratoire entre autres. La douleur erratique est une douleur labile, qui n'est pas fixe, changeant souvent de place. Cette douleur est caractéristique des rhumatismes. La douleur tormineuse correspond à une atteinte du gros intestin, ou plus généralement d'un viscère abdominal quel qu'il soit (voie digestive, voies urinaires, ...) et correspondant à la colique. Ce type de douleur survient sous forme d'accès. La douleur ostéocope appelée également ostéodynie est une douleur profonde de type aiguë. La caractéristique majeure de ce type de douleur est l'absence de coïncidence avec un symptôme extérieur. La douleur gravative est une douleur qui s'accompagne d'une impression de pesanteur."

    Ces lignes sont extraites de : vulgaris-medical.com , où je me suis rendu par hasard, en googlisant pour voir, savoir, lorsque j'appris ce matin que je souffrais d'une douleur exquise... L'expression m'apparût si splendide, sur le compte rendu hospitalier, qu'elle eut presque un effet soulageant -enfin, dans l'idée que je m'en fis seulement. Tout à coup la médecine me sembla plus douce, plus sensible. En un mot, poétique oui. Ecoutez : Palpation des épineuses cervicales indolore... Pas de signe de la sonnette... Pas de systématisation radiculaire de la douleur... Douleur exquise à la palpation de l'insertion des tendons de la coiffe au niveau de l'humérus. C'est simplement beau (pour désigner une jolie tendinite calcifiée du sus-épineux). J'entends Laurent Terzieff prononcer ces mots, voire Jean Vilar les déclamer. N'était ce : au niveau de -toujours malvenu, l'extrait de cet "examen clinique initial" pourrait s'être échappé d'une page de Ponge. Magie des mots qui surgissent, comme enluminés, là où on ne les attend jamais.

  • Rempart

    Cette France moisie (l'expression est de Sollers) me dégoûte d'un cran chaque jour. Au lieu de m'affliger seulement, ou me mettre en colère, ou encore me faire rire nerveusement, le népotisme de la famille Sarkozy m'éloigne davantage du passage des oiseaux migrateurs et des principes de Jules Ferry. C'est pire. L'arrogance brutale pour carburant d'un cynisme de bulldozer ayant désormais force de loi, j'envie Marie Ndiaye et Jean-Yves Cendrey, son homme, d'avoir eu la force de quitter ce pays vérolé lorsqu'il bascula dans ce que l'on voit, avec le dernier  scrutin présidentiel. Comme paravent, cet après-midi, j'ai trouvé le court et dense roman de Jean-Marc Parisis, Les aimants (Stock). Je le brandis, à présent. La sincérité y sautant à chaque page, je me crus un instant projeté dans un autre monde que celui-ci, vu de ma fenêtre, avec ses sirènes de flics tout-puissants, poussées à leur guise. Là, chez Jean-Marc, et pour écrire -dire à peine, si cela est possible, un tel amour-, tout n'est que regard franc, sentiment cru, pudeur naturelle et rectitude élégante. Le livre refermé, des nouvelles du monde m'ont resauté à la gorge. J'ai alors envié les gnous en migration : la prédation des lions et des hyènes en embuscade ne ralentit pas leur trot.

  • Nos années Beach Boys

    DSCF4468.JPGLes hasards du surf... sur le Net m'ont fait tomber sur le site de mon club de surf dans les années 70 : le O Surf Club * : www.osurfclub.fr La Chambre d'Amour, Peyo, à l'eau toute la journée, toute l'année, sauf à marée haute...

    Ces années insouciantes, ensoleillées, me donnent un vague à l'âme aujourd'hui.

    Mais je porterai le tee-shirt du club lorsqu'il sera disponible.

    Et si les crampes aux mollets, au contact de l'Océan de novembre, me fichent la paix, je resterai à l'eau avec mon fils pendant les vacances de Toussaint, té.

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    * Je l'évoque d'ailleurs à la lettre A comme amour, Chambre d', dans Le Sud-Ouest vu par ma pomme, parti se faire imprimer en Italie et qui se posera dans toutes les bonnes libraiires le 5 novembre.

  • Méfiez-vous de votre Ponto

    images.jpgPonto est un chien tyrannique, despotique, qui absorbe John Limpley, son maître, lequel est monomaniaque : il ne peut aimer qu’un être à la fois. Il voue un amour immodéré, presque indécent, au chien. Puis Betsy, sa jeune femme, attend un enfant. Limpley délaisse donc brutalement Ponto, lequel déprime, puis couve une vengeance terrible. L’enfant naît, c’est une fille, aussitôt adulée, idolâtrée. Ponto cherche la faille : une porte entr’ouverte, un jour, et il bondit sur l’enfant, qui lui échappe de justesse, au prix d’une lutte âpre avec le maître. Sa rage une fois contenue, Limpley se sépare du chien, le confie au boucher voisin. Ponto rôde, mais nul n’y prête vraiment attention. Puis, un jour, plus tard, à la faveur d’un moment d’inattention, le temps d’un thé pris à l’étage, le landau de la petite est laissé un instant. Il dévale inexplicablement le jardin, s’abîme dans le canal proche, l’enfant se noie. Le malheur majuscule s’abat comme une chape de plomb irrémédiable. L’enquête policière ne donne rien. Le mystère a force de loi, et c’est le plus terrible. « Un soupçon légitime », titre de la nouvelle (Grasset), restera à l'état d'énigme, laissera chacun sans voix. Terrible texte très court, où le talent narratif de Stefan Zweig (photo) s’exprime une fois de plus. L’on pensait l’œuvre de l’auteur de tant de petits chefs d’œuvre, pressée comme un citron. Je confesse avoir subodoré -à tort-, le mauvais fond de tiroir en ouvrant ce tout petit livre qui, s’il n’était pas donné -inutilement- en version bilingue, comme le précédent, aurait l’épaisseur d’un chocolat After Eight. Et non. La surprise revient, cette année encore, après le si émouvant « Voyage dans le passé » (lire ici à la date du 3 novembre 2008, « Un inédit de Zweig »). Incroyable Stefan…

    En librairie le 15 octobre.

  • Lacs et barrages

    COUVbarrage.jpgRéservez-le chez votre libraire. Lacs et barrages des Pyrénées paraît dans moins d'un mois chez Privat. Aquarelles splendides de Philippe Lhez (et mes textes). 144 pages.

    Première page :

    "Le courant passe. Au bout de trois heures de marche, au-delà du dernier « ressaut herbeux » indiqué par le topoguide, tandis qu’un couple de milans royaux plane au-dessus d’une clairière plate comme la main ouverte de Gulliver, nous ne nous sentons plus empêtrés par la sinuosité du sentier, les hésitations de la météo et cette semelle Vibram qui menace de se décoller à gauche en nous obligeant à traîner le pied depuis deux mauvais kilomètres de sentier de chèvre. Surgit le barrage. Gigantesque carlingue, longue coque, armure cuirassée de béton, il figure une muraille ne pouvant s’accoupler qu’avec le silence, dans une solitude heureuse, contemplative. Celle qui aide à poétiser la vie en ne faisant rien. Rien d’autre que s’asseoir, le cul sur une pierre à peu près plate. Oublier tout. Sauf ça. Admirer, débarrassé de toute culture, en immersion dans une nature qui tolère ce qui l’épouse avec  beauté. Car un barrage, c’est beau, en altitude. Les pieds cimentés dans l’eau, gagné à ses bordures par une végétation sauvage qui est parvenue à apprivoiser ce monstre dressé au ventre plat, ce chevalier sans tête brise l’horizon pour mieux le faire rebondir dans le regard du randonneur, au-delà du lac et sous les pins à crochets."

  • Le Sud-Ouest vu par

    COVER_SUDOUEST02.jpgRéservez-le chez votre libraire. Il paraît dans moins d'un mois chez Hugo & Cie.

    320 pages pleines de photos et de textes classés en abécédaire.

    4è de couverture :

    "De la Charente à l’Espagne, de l’Atlantique aux pics les plus hauts des Pyrénées, le Sud-Ouest est une planète aux contours souples, une carte du Tendre que chacun dessine à sa guise. Pays de cocagne –c’est entendu, espace où il fait si bon vivre que l’évoquer seulement exprime le bonheur insolent, le Sud-Ouest nous est ici raconté par un amoureux fou de son pays, n’aimant rien comme le décrire pour le faire goûter. Léon Mazzella, viscéralement ancré en Gascogne, est le chantre d’une région dont il connaît chaque couleur, parfum, musique, regard, sourire, pavé, brin d’herbe, vague, rayon de soleil, oiseau, mets. De A comme Adour, fleuve d’amour, à Z comme Zugarramurdi, village de sorcières, en passant par Armagnac, Bordeaux, Chocolatine, Jambon, Palombe, Rugby, Saint-Jean-de-Luz et Surf, voici le dictionnaire secret d’un guide-écrivain qui ouvre grand les portes de la maison Générosité. Le Sud-Ouest vu par Léon Mazzella est le bréviaire du quart le plus épicurien de l’hexagone. C’est un lexique de charme qui nous apprend, dans la joie, à parler le Sud-Ouest comme on tutoie l’art de vivre. Avec chaleur et en partage. Faites passer !"

    www.fnac.com

  • Que boire avec le jambon de Parme?

    IMG_0840.JPGVINS DE CHOIX

    L’Île de Beauté produit d’excellents vins rouges issus du cépages Niellucciu, inféodé à Patrimonio, frère jumeau du Sangiovese toscan qui donne les chianti, et du Sciaccarellu, plus présent au sud de l’île. Les vins blancs corses sont issus du cépage Vermentinu, appelé aussi la Malvoisie de Corse. Volumineux, ample, doté d’une arrière-bouche fruitée (pomme, amande), le Vermentinu est élégant et puissant, parfait sur le Parme dégusté pour lui-même. La foire aux vins annuelle de Luri (Cap Corse) permet de découvrir, au cœur de l’été, nombre de vins rouges et blancs de grande qualité, et d’extraordinaires rosés, lesquels se marient peut-être le plus naturellement du monde avec le jambon de Parme –et la charcuterie corse. Le Clos Fornelli a notre préférence. Sa cuvée Robe d’Ange, déclinée en trois couleurs, donne des vins qui allient force et finesse, nez généreux et bouche longue : une petite merveille. Nerveux et vifs, les rosés Harmonie, du domaine Pero Longo, le sont autant que ceux du Clos Alivu : 100% Niellucciu en pressurage direct. Tout comme les cuvées du Gouverneur (rouge) et Felice (blanc) du domaine Orenga et Gaffory. Citons enfin le rosé du domaine de Piana et, si l’on marie un rouge capiteux à du Parme cuisiné, le formidable Clos Capitoro, avant de quitter la Corse pour l’Italie. Le seul vin sur le territoire de Venise, réintroduit sur l’île de San Erasmo par Michel Thoulouze, s’appelle Orto et il a été élu meilleure malvoisie d’Italie. Ce blanc exceptionnel est issu de Malvasia Istriana. S’il excelle sur l’asperge, ce qui est rare, minéral et architectural, il est souverain sur l’artichaut et le jambon de Parme tel quel. Mais, à la fin, les Chianti de haut-vol, bios de surcroît, de Tenuta La Novella en Toscane, sont « instinctivement » indiqués pour escorter le jambon de Parme avec maestria. Où l’on s’aperçoit que le Parme est un jambon ouvert qui se fiance volontiers avec des vins sudistes à forte personnalité, ayant en commun le désir d’exprimer leur couple puissance-finesse.  ©L.M.

    www.closfornellli.com
    www.domaine-orengadegaffory.com
    www.perolongo.com
    www.domainedepiana.com
    www.clos-capitoro.com
    www.vinsdecorse.com
    www.ortodivenezia.com
    www.tenutalanovella.com

    Papier à retrouver en p.44 de M, mensuel du journal Le Monde paru ce soir à Paris (demain en province)

  • Avis de recherche

    Les Procidiens d'Oran

     

    par Jean-Pierre Badia. L'histoire de l'immigration des habitants de Procida vers Oran et Mers-el-Kébir, au travers d'anecdotes et de faits historiques (ouvrage paru en 1956).

    Si vous l'avez, je vous l'achète volontiers.

     

  • À bord du père fantôme

    wp31352a47_02.jpgLe second roman de Sophie Poirier règle les comptes avec ces pères, jeunes "adultes en chantier" en 68, devenus matznéviens, comme on a pu être hussard ou mao. De ces pères libertins et désinvoltes, amateurs de chair fraîche, cyniques et finalement pathétiques, que le destin –appelé justice par les médisants au regard torve-, rattrape un jour ou l’autre. Ils ont négligé les enfants qu’ils ont faits avant de mûrir, et à côté desquels ils sont passés, préférant courir, égoïstes au cœur d’artichaut sec, après des chimères pour pub Lolita de Lempicka. C’est la fille de l’un d’eux qui parle. Sans concessions. Avec la douleur en elle et au bout du stylo, comme des hameçons plantés au cœur et à la lèvre. Sophie Poirier nous avait déjà donné La libraire a aimé (lire ici à la date du 30 novembre 2008 : En lisant, en bloguant). Là, elle se lâche avec un bref roman admirablement construit, aux accents que je persiste à trouver durassiens, enrichi d’une écriture plus serrée encore, plus sûre, plus dense et sachant rebondir d’une idée l’autre ; à la manière d’un chat. Sujet : le père, encore jeune, n’en finit pas de mourir, sur sa chaise roulante. Sa fille Marianne va avoir quarante ans. En visite chez lui, elle « tombe » sur un carnet contenant une liasse de coupures de presse faisant état d’étranges disparitions de jeunes femmes. Le doute l’étreint. Elle engage un détective pour savoir, davantage que pour faire la lumière, sur une possible et innommable horreur. Stop…

    Comment se construire à l’ombre d’une telle image du père, de l’homme, lorsqu’on est une fille qui porte le prénom du premier amour de papa, et que l’on est devenue femme, puis mère? Sophie Poirier a le tact de ne pas tirer sur l’ambulance. C’est un cri d’amour qu’elle pousse, mais avec une infinie pudeur, le cri d’une qui veut comprendre. C’est un long cri poignant. Car elle en est là : « Avec la peur des hommes. Un manque de confiance impossible à combattre. » Alors Marianne fout le camp à Venise. Pas pour provoquer en duel, et Byron et Casanova. Pour ne plus voir dans la glace, au creux de son visage, « ces minuscules stries, la vie d’avant (...) les rêves, les promesses, les illusions. » Elle y fera le point. Sur elle –pour s’en sortir. Et sur ces pères inachevés. Au lieu d’attendre fébrilement un seul mot d’amour, le mot gentil, la fierté qui viendra, ou pas, de la part du père, ce modèle, elle accuse une génération perdue, victime d’une certaine insouciance de vivre. « Autrefois les hommes, et la solidité des métiers, organisaient la vie de tous. Puis ils sont devenus les premiers chômeurs, les premiers divorcés, et maintenant les premiers à mourir, nos pères se désagrégeaient, incapables de montrer la route. » Il est terrible, ce roman. Et Sophie Poirier, terriblement juste.

    Mon père n’est pas mort à Venise, éditions Ana, 12€

    www.anaeditions.fr  Blog de l'auteur : http://lexperiencedudesordre.hautetfort.com/

  • Des palombes et des femmes


    Un peu de douceur dans un monde de passionnés exclusifs ? Extraits de l'enquête à lire dans la dernière livraison de Pays basque magazine.


    Les femmes qui chassent sont de plus en plus nombreuses. Elles sont plus habiles –plus fines, cela va de soi -, et plus adroites que les hommes. Leur connaissance aussi est plus solide : elles se sont préparées à entrer dans un monde de machos où elles ne sont pas sûres d’être admises. Et au lieu de se faire toutes petites, elles jouent en général la carte de l’égalité, en montrant aux hommes qu’elles n’ont rien à leur envier ni à apprendre d’eux. La chasse est avant tout une histoire de mecs. C’est le pré carré des mâles, leur réserve, leur « privilège de masculinité ». La plupart des modes de chasse interdisent de séjour les femmes, au nom d’une inconsciente méfiance, ou bien pour préserver une niche à la société des hommes entre eux. Parfois c’est au nom de superstitions oiseuses mais respectables qu’elles n’ont aucun droit de cité. Ainsi, les femmes ont-elles été longtemps interdites de palombières lorsqu’elles avaient leur « règles », au motif que ces dernières empêchaient la pose des palombes, voire leur simple passage ! Idem dans l’Est de la France et dans le Bocage, si l’on en croit les sociologues Bertrand Hell et Yvonne Verdier. En gros, la présence des femmes ferait fuir le gibier, selon des croyances que l’on retrouve dans plusieurs régions d’Europe et d’ailleurs. La chasse est une affaire d’hommes passionnés jaloux de leur chose à eux. Pourtant certaines poussent l’audace (selon des chasseurs exclusifs) jusqu’à partager leur passion propre ! Et comme eux, elles aiment attendre guetter, se lever tôt, dresser les filets des pantières des Aldudes ou partir à l’assaut des cols d’Iraty, elles savent braver la ronce et vider un oiseau à la vitesse de l’éclair, écouter la nature et tenir un fusil. Les vraies femmes de chasse expriùent la sagesse, l'adresse, la perspicacité et la modestie. Discrètes, elles savent et ne parlent pas (à l’inverse de ceux qui parlent et bien souvent ne savent pas).

    À Lepeder, la palombière des Aldudes, au Pays basque, c’est un peu spécial : Katixa Ospital, 35 ans dont une trentaine de chasse, dirige cette pantière (filets verticaux) depuis des années déjà. Propriété de sa famille, Lepeder a toujours fait participer le village à la chasse : les filets, les chatars et leurs grands draps blancs agités au bout de longs bâtons, les lanceurs de palettes sensées imitées le vol prédateur de l’autour des palombes, le bien nommé qui attaque par dessous en enserrant sa proie… « Tout le monde y met du sien. Mais depuis les années trente, ce sont des femmes qui dirigent. Et les hommes ne mouftent pas… », dit Katixa, jeune maman qui vit elle-même aux Aldudes. Au début, c’était les grandes tantes de Katixa qui menaient le bal d’une vingtaine de chasseurs. Puis d’autres femmes. Katixa dirige aussi l’association Lepedereko Usotegia (la chasse à la palombe de Lepeder), créée « pour élargir, ouvrir la chasse, trop souvent associée à la famille Ospital, au reste du village. Car Lepeder appartient réellement au patrimoine de la petite vallée des Aldudes ». Au début, le rôle des femmes se limitaient au maintien des filets. Les jeunes filles encore enfants étaient envoyées dans les postes éloignés, ceux des chatars, afin que le bruit n’effraie pas les oiseaux au moment crucial d’abattre les filets sur une volée. Volontiers matriarcale, la chasse de Lepeder vit très bien sa particularité. Les taches subalternes : tuer, plumer, vider, cuisiner, étaient traditionnellement dévolues aux filetiers pour la première et pour les autres, au personnel de maison qui se chargeait également de préparer la cuisine et d’apporter les paniers-repas à l’heure du déjeuner. Aujourd’hui, chacun apporte son casse-croûte et, eu égard aux faibles prises (de 200 à 500 oiseaux par saison !) les palombes sont partagées sur place et préparées dans chaque foyer. « Aujourd’hui, sur la chasse, dit Katixa, il y a toujours 4 ou 5 femmes, sur 13 hommes environ : c’est pas mal ! »…

    Ailleurs, en Gironde notamment, des enquêtes révèlent des cas de divorce pour cause de chasse à la palombe : trop long, trop important, non négociable, passion dévorante… Tout cela a raison de certains couples. Cependant, certaines femmes interrogées démontrent l'évolution des mentalités cynégétiques. Elles aiment suivre leur mari, ne se sentent pas rejetées de la palombière, cette « garçonnière cynégétique », s’y font dorloter, car les hommes deviennent, dans leur résidence secondaire de l’automne, de vraies fées du logis. Pour ces femmes, la chasse c’est la vie, « la palombe » fait partie du quotidien, nul ne songe même à contester son bien-fondé. Certaines tâches demeurent l’apanage des hommes, comme le gavage des appeaux (au bouche à bouche avec du grain mâché par l’homme, puis soufflé dans le jabot de l’oiseau). Finalement, tout est question de tact. Les femmes qui participent ou même qui chassent, n’essaient jamais de prendre toute la place traditionnellement dévolue aux hommes. Ainsi achètent-elles leur droit d’entrée. Katixa est une exception qui confirme la règle.

    © L.M.

    Lire : « Le sang noir », B. Hell, Flammarion/Champs. Et « Façons de dire, façons de faire », Y.Verdier, Gallimard/Folio essais.

    IMG_0329.JPGVoir, dans la même livraison de Pays basque magazine, un papier sur la Venta Burkaïtz, un restaurant niché au Col des Veaux, près du Pas de Roland, après Itxassou, dans la montagne basque (avant-goût) :

    Au fond du restaurant, accroché à un clou, un article élogieux paru dans un hebdo la montre à ses fourneaux. « Parfois, les clients me prennent de haut en entrant dans l’auberge, et lorsqu’ils voient l’article encadré, ils me considèrent soudain avec respect : à quoi ça tient !.. »  Marie-Agnès Riouspeyrous, d’Estérençuby, placide comme l’horizon par les fenêtres de sa venta, règne sur la Venta Burkaïtz depuis 1997 avec son mari Jean-Pierre, originaire d’Anhaux, à côté d’Irouléguy. (...) La palombe flambée au capucin est l’une des spécialités de Marie-Agnès, de la mi-octobre à début décembre. L’oiseau bleu est flambé « au gras de très bon jambon des fermes alentour : c’est capital ! », un xingar que Marie-Agnès laisse fondre donc dans un capucin rougi au-dessus des braises. La palombe cuit sur l’asador environ dix minutes et elle est servie à la goutte de sang. Accompagné de pommes de terre et de piquillos, l’oiseau est également proposé en salmis. Mais les clients accourent pour la déguster flambée. « Il faut pourtant vouloir venir ici ! », dit-elle... Les palombes sont achetées aux pantières (filets verticaux) d’Etxalar, derrière Sare. « Mais je prends seulement celles qui ont été tirées au fusil, derrière les filets, précise Marie-Agnès, car prise aux filets, la palombe est stressée et sa chair est moins tendre. » Puriste, Marie-Agnès ne plaisante pas avec les produits qu’elle cuisine et sert généreusement. Et dans sa venta, à l’heure du coup de feu, elle se sent heureuse comme une palombe en plein vol de migration. Mais elle l’est davantage lorsque, les fourneaux éteints, elle selle l’un de ses chevaux et part galoper sur les cols voisins, ou sur le circuit des contrebandiers qui relie Saint-Palais à Hendaye...    © L.M.



  • coup d'oeil aux stats

    Ca va, ça vient, chaque jour apporte son lot de musardeurs, mais quasiment pas d'acteurs.

    Exemple : le 12 septembre
    262 visiteurs uniques
    2762 pages consultées

    Et...

    Pas un seul commentaire déposé.

    Alors, je m'interroge, à nouveau, sur le bien fondé d'un blog (comme celui-ci).

    Le(a) fermer est peut-être la solution.

     

     

  • Ombre portée dans le temps

    Lire La barque silencieuse, de Pascal Quignard, comme on picore des tapas au comptoir, tout en regardant la mer.
    Y ajouter un Quintet de Schubert, et laisser aller les pensées à partir de la seule évocation, jointe ci-dessous, faite par l'auteur en page treize : Plus d'autre musique dans ce monde que le bruit de l'eau et des barques précautionneuses des pêcheurs qui doucement font glisser l'ancre avant de lancer leurs lignes dans la brume sur l'eau grise. Ou bien garder un index entre les pages du livre, interrompre un instant la lecture pour repenser au coeur de la nuit dernière, fermer les yeux. Quignard, encore : Le corps humain dans le noir est comme une barque qui se désamarre, quitte la terre, dérive. Reprendre cette prose somptueuse, avec un plaisir immense, subtil, comparable à celui de retourner au très précieux
    Ostinato, de Louis-René des Forêts.

    http://www.deezer.com/fr/#music/result/all/schubert%20quintets

    Schubert, Quintet à cordes

    Opus 163 D 956 (2 : Adagio)

    Par le Amadeus Quartet et William Pleeth.

     

  • je ne résiste pas...

    ... à l'envie de reproduire un extrait de la page 40 du "Petit Lapaque des vins de copains" (Actes Sud, lire plus bas) :

    "Qui le croira? Avec Christian Authier et Léon Mazzella, deux amis écrivains qui ont besoin de boire pour croire, nous avons un jour organisé une dégustation-confrontation entre le chardonnay vinifié et pétillant naturel de Pierre Beauger et un champagne de très grande classe. Et c'est le premier qui est sorti vainqueur. Authentique... Après la richesse, la générosité, l'ampleur, les arômes de sous-bois et de sarments de vignes de la cuvée Champignon magique, le champagne avait goût d'eau de piscine." Etc.

     

    Avoir besoin de boire pour croire...
    Je me souviens d'un : Il faut boire contre! d'un autre ami.

    A Méditer.

  • Ne rien faire à Venise

    Ville aimant, ville amante, ville mante, ville menteuse, fardée, ville phare, Venise est un trésor caché sous le manteau, qui éclaire le pas du voyageur. Une flamme fragile. Venise brille sous une pellicule de poussière d’histoires, Venise est une vieille dame qui ne masque plus son âge et dont on devine la beauté enfuie.

    images.jpgByron l’appelait  « le masque de l’Italie ». Derrière le masque, je vois Vénus.

    Là, rien ne presse. Quand je circule sur l’eau, il me semble que je glisse avec le temps et quand je marche, à chaque croisement de rue, surgit quelque chose de nouveau à angle droit, une rupture sensorielle, trois fois rien : un gosse accroupi près d’une rigole, une façade de marbre usée, du linge aux fenêtres, des enfants qui courent (ils sont bien les seuls à le faire dans cette ville) après les pigeons.

    Dans le silence du matin, une gondole semble ouvrir l’eau du canal comme une nappe de tissu et derrière elle, l’eau ne cicatrise jamais tout à fait. Cette impression revient sans cesse à moi. Dans la brume, lorsque l’eau coule comme du plomb fondu, la gondole apparaît comme une maquette de vaisseau fantôme et je pense à Pandora, le film. C’est avec Ava Gardner que j’aurais aimé faire l’amour à Venise, lorsque je m’y suis rendu la première fois. La gondole est un long cercueil de poèmes chuchotés derrière le masque de satin des soirées louches. Moins classe, mais plus agréable, le vaporetto me transporte et plus encore. L’accelerato (le plus lent, curieusement), en hiver, permet de circuler à l’aise dans une Venise prise, en partie paralysée par le letargo, cette léthargie qui donne à la cité la silhouette d’une belle allongée sur les eaux dormantes.

    Les noms des îles principales évoquent un animal monstrueux : Dorsoduro (rond et dur comme le dos),

    Spinalunga (échine longue), Cannareggio (touffes de roseaux dressés sur les eaux). L’animal fétiche de Venise, c’est le lion. Volontiers ailé place Saint-Marc, il balise la ville et certains attribuent l’origine de Pantalone à pianta leone en référence à la manie du marchand vénitien de planter des lions sur toute terre conquise, à compter des années 828.

    Les pigeons vénitiens sont paresseux. Cocteau disait qu’ici, « les pigeons marchaient et les lions volaient ».

    J’aime marcher jusqu’à me perdre dans le labyrinthe des rues et des fondamente cousus de ponts et de sottoportici (passages voûtés) qui images1.jpgcomposent les Sestieri, les six quartiers principaux : Castello, San Piero, l’Arsenal, San Marco, Canal Grande et Canareggio. Certaines rues ont des noms étranges, comme la rue « du soleil qui mène à la cour des ordures ».  D’autres finissent en cul-de-sac, version locale : au hasard de ces rues noires où l’on n’entend que ses propres pas et où nous  ne croisons que des amoureux et des chats, il arrive de trouver un canal pour seule issue. J’aime particulièrement San Michele, l’île cimetière, parce qu’elle sent la résine, la tulipe et la terre fraîchement retournée. L’herbe caresse nonchalamment les tombes comme des anémones de mer et les cyprès, raides comme des morts debout, y figurent un orgue gigantesque et silencieux.

    La meilleure raison d’aller à Venise et de ne rien y faire, de se prélasser à la terrasse du Florian et d’y compter les pigeons –et les canards de l’orchestre qui joue chaque soir des airs vieillots. De marcher le long du Lido, aux charmes comparables, en hiver, aux longues plages landaises et à celle de Biarritz sous les embruns, lorsque l’hôtel du Palais est fermé. Loin du centre très touristique, les Vénitiens vivent leur ville. Le silence habille le geste lent du fabricant de gondoles, le pas du chat et les mouvements de tête de la vieille veuve noire qui se chauffe sur une chaise au soleil.

    Venise elle-même se laisse aller. Elle s’abandonne à son destin sous-marin, mais sans précipiter le cours des choses. Elle s’enfonce de quatre millimètres par an dans la lagune, ai-je appris. L’acqua alta projette à période fixe ce qu’elle sera. Son matelas de bois ne la soutient plus. À Venise, les arbres sont sous les pieds du voyageur : douze millions de troncs venus des Alpes et des Balkans supportent la cité à bout de bras, et sont aujourd’hui à bout de forces. J’aimerais recouvrir Venise d’une cloche de verre pour la préserver encore, ou la piquer à je ne sais quoi pour retarder sa disparition. Au moins l’adoucir. Venise s’engloutit sans se hâter, à la manière d’un transatlantique sombrant vers une cité disparue.

    J’en aime l’idée…

    © L.M.

    Voyageur, un magazine auquel je collabore de temps à autre, publie ce texte, que j'ai écrit il y a des années. Envie, du coup, d'y retourner. Au moins pour aller goûter Orto, le seul vin de la lagune, issu de malvoisia istria, in situ. Et de manger à la Locanda Montin.  Penser à vérifier, d'ailleurs, que la carte du restaurant montre toujours un portrait peint du poète Ezra Pound (enterré à San Michele)...

  • Clin d'oeil à l'Ancestra

    3323325430_d44418f7f5.jpgC'est un gamay nature élevé à Romanèche-Thorins par Karine et Cyril Alonso, lesquels produisent également un beaujolais-villages : Château gonflable, un chardonnay nature appelé Swimming Poule, ainsi qu'un chardonnay perlant, Veau qu'a bu l'R. C'est drôle et bon, tandis que dans de nombreux endroits, surtout vers Bordeaux, ça n'a jamais été drôle et c'est même plus bon.

  • Le Petit Lapaque

    Ils pontifient, font toujours la gueule (ça fait sérieux, ça effraie un peu, ça maintient à distance, donc cela permet d’éviter d’avoir à prouver sa virtuelle compétence), affichent un mépris de serpent dans le regard, pissent du vinaigre froid avec leur voix, saluent à peine leurs confrères, ouvrent leur bec dur pour –eux !-, donner des leçons, apprendre au chef à cuisiner, au vigneron à faire du vin, et pour s’indigner aussi de la miette sur le tapis rouge. Deviennent mimétiques avec la caricature de leur sujet.

    Les Suffisants des déjeuners de presse « vins » me donnent la nausée. Mes congénères se la pètent dès qu’ils ont un centilitre de pouvoir : une pigette ici, une chroniquouille là, un poste là-bas. Aveuglés par leur narcissisme de supérette, ils ne voient plus l’affligeant ridicule qui les habille de cep en cape. Ils portent une morgue sur tout leur être qui fait pitié à voir. Le vin ne leur est jamais source de plaisir, mais strictement sujet d’interrogations oiseuses qui font pro : ça les pose. Les voir déguster donne envie de boire de l’eau, avant de fuir. Jamais un sourire, toujours des mots de la NASA entre leurs dents tanniques, des traits, ou envois, péremptoires, des abréviations d’initiés qui ne se soucient que d’exclure (toi, t’es pas du club Mickey) et jamais de partager, ils goûtent un champagne zéro dosage humblement bien fait, en ayant l’air d’avaler de la pisse de chat aromatisée à l’huile de ricin, tout en affectant une mine d’enterrement. Crachent en se penchant comme on paie son IRPP.

    Mon god, comme je les déteste chaque jour davantage ! Celui-ci, qui ne m’avait pas vu depuis des lustres (je deviens plus ours que par le passé -j’hiberne désormais toute l’année, et pour cause), m’annonce négligemment que c’est lui qui a choisi le restaurant où nous nous retrouvons, et que aussi, il a désormais le poste d’un ex-ponte du pif (comme si le lieu faisait l’homme, la fonction l’organe), le tout avec un air on ne peut plus dégagé, achevant avec pénibilité bien entendu ces deux phrases insipides, d’endive bouillie et non salée, en me tournant la tête, puisque je ne suis qu’un réceptacle de son égocentrisme et puis que, surtout, me sachant lesté de l’info qu’il lui faut déféquer à tout va avant le dessert, il se doit d’affecter un air louis le quatorzième dodelinant à Versailles, merde. Cet autre, au physique de charcutier enrichi déguisé en propriétaire bordelais, les dents du bonheur écartées plus que de raison, pigiste où, je ne le saurai pas puisque le gonze n’a pas daigné répondre à mon « bonjour », en arrivant en retard, à table (ou comment tirer de sa goujaterie une façon de gonfler son importance à l’hélium), parle par onomatopées à la con : « c’est comme à don-pé » (Dom Pérignon, champagne mythique et largement surestimé : voyez Sélosse et Drappier), « vous faites de la malo ? » (fermentation malolactique, la seconde après la fermentation alcoolique, pratiquée surtout sur les rouges), en s’adressant à notre hôte, qui doit, et se fader ces tronches de fiel, et payer grave le taulier. J’étouffe avec peine un fou rire, me crois au théâtre, mais non. Vite, le café !..

    Dans ma banane bien pratique, se trouve mon Petit Lapaque des vins de copains, seconde édition. Je viens d’en achever la lecture. Je me dis d’abord : bon sang, pourquoi suis-je ici, puis : pourquoi n’est-il pas là, le Sébastien, avec l’ami Christian Authier, tant qu’à faire ! On se serait bien marrés. J’ai soudain envie de brandir son précieux bréviaire des vins naturels des gens vrais qui aiment la vie et le vin comme elle, mais ce serait donner de la confiture aux cochons qu’ils sont de toute façon. Donc je rengaine, n’attends pas le café, embrasse mes puissances invitantes (proprio, attachée de presse), et file. Enfin de l’air frais. Respiration à fond. Mes poumons, mon cœur, ma peau, tout ce monde dévasté à la manière d’une plante sensitive repliée, d’une d’antenne d’escargot, sous le doigt d’un gosse, en avait besoin urgemment. L’été fuit. Un premier et timide fond d’air automnal pointe sa fraîcheur, dans la courte rue. Je me pose sur un banc accorte, reprends le bouquin vert, ma lecture annotée partout en marge, du Pitchoun Lapaque (Actes Sud, 16€ : le prix d'un anjou blanc des époux Mosse, d'un morgon rouge, cuvée Corcelette de Jean Foillard, ou d'un moulin-à-vent d'Yvon Métras). Parce que sa lecture est on ne peut plus salutaire, par les temps qui galopent à pas de géant. Une voiture passe à faible allure et par sa vitre avant gauche, s’échappe le timbre d’une voix de ténor qui poursuit l’Ave Maria de Schubert. Je revois tout à trac le regard si doux de mon père lorsqu’il écoutait, à fond, poing fermé sous une joue, la gauche en général, celui de Gounod. Version que nous passâmes dans la cathédrale de Bayonne le matin de son enterrement, il y a deux ans et un tas de poussières. Lapaque, donc. Peu de gens, je crois, peuvent se targuer d’avoir lu comme je l’ai fait, un guide, de la page Une à la page 200, comme on prend un roman à bras le corps, parce qu’ils ne cherchaient pas seulement un nom, une adresse, un conseil, une appellation. Je l’ai fait, et avec un plaisir gourmand, car Sébastien Lapaque est un « page-turner ». C’est le Doug’ Kennedy des guides des vins qui comptent. Dire que son livre est gouleyant seroit une facilité à laquelle je viendrons de céder. Son livre est précieux, à l’heure des Foires aux vinasses, à la sortie des guides fourvoyés, des suppléments pré-achetés par la pube. Il dit tendrement ce que d’aucuns ne diront pas : les vins dopés, la chimie et ses intrants dans les rangs, les chais, partout, la technique qui tue (voyez Ellul, Bordelais d’adoption). Lapaque part en guerre, Jeanne d’Arc sans armure (ce sont ses élytres d’honneur), depuis le velours côtelé des vignes d’un hexagone choisi, jusqu’aux contreforts confits d’orgueil des destructeurs d’intensité, dirait Char, qui ne crachait pas sur le vacqueyras, soit ceux qui espèrent avoir, peu à peu, la peau de l’élégance –puisqu’ils n’y auront jamais accès ; par impuissance. Son credo est celui qui loue les vins simples, ceux qui expriment le fruit, le sol, le soleil, l’accompagnement du vigneron à force de caresses et de « sentido ». Lapaque évoque ces Wagabonds aimant vivre hors des rails, dirait Finkielkraut. Il vante –avec une modestie salutaire et méritoire, les vins de potes, de rigolade et d’anti-grisaille. Dessine au moyen d’un compas qui ressemblerait à un « de gaulle » marin, la géographie nouvelle du goût, la nouvelle cartographie du sang de la vigne. Il ne prêche pas dans le désert. Sait, en sourdine, qu’il a raison. Qu’il est avant-gardiste dans son genre. Humble, le genre. Il défend ce 1% de la population des vignerons, en y croyant dur comme fer. Il met les pendules à l’heure, nous prévient : le bio c’est du flanc, encore, puisque cela concerne (stricto sensu) le fruit appelé raisin, pas encore le produit (à peine !) transformé, appelé vin. Le législateur est à la traîne. Cela ne nous empêche pas de boire. Jeanne d’Lapaque s’en va-t’en-guerre contre ces légions de chimistes appelés wine-makers… Et nous propose de boire des vendanges qui n’exigent pas que nous nous ruinions pour avoir du plaisir. Pour commencer : « Du raisin beau et lent à mûrir honoré du travail d’un jardinier passionné tout au long de l’année, des cépages autochtones plantés sur leurs terroirs d’élection, une vinification non interventionniste sans produits maquillants, un élevage court sans abus de bois neuf. C’est avec de tels vins qu’on retrouve les arômes primaires de la fermentation du fruit pressé. »  Lapaque fait l’éloge des vins vivants et sincères, élaborés par ceux que la morale dominante appelle les « déviants ». Scud bazardé comme une blessure à venir, le projectile est en général reçu comme une flatterie involontaire, souligne Lapaque, lequel conchie  aussi les rats de cave qui contemplent leurs flacons à la lueur d’une lampe de poche. Ils ignorent que, « la cave, c’est ce qui reste quand on a tout bu » (le mot est de Pierre Veilletet, qui fut mon premier rédacteur en chef, à « Sud-Ouest »). Ne vivent pas. Ne rient pas souvent non plus, ou bien de façon snob. Brrr…

    Une autre fois, je reviendrai sur le petit Lapaque pour évoquer certains vignerons dont il fait l’éloge sur 200 pages. En attendant, courez l’acheter. On en reparlera mieux ainsi, ensemble. À la vôtre.

    http://www.deezer.com/fr/#music/claude-nougaro/l-enfant-phare-238944

  • Y rentrer, dedans

    Vous-je-sais-pas-mais-moi, le dernier roman de Laurent Mauvignier, dont j'attendais beaucoup (Des hommes, Minuit), me désole. Je n'arrive pas à y entrer-dedans, comme on entend dire souvent, à propos des romans. De rentrée ou non, d'ailleurs. Je préfère me jeter dans la bio de Flaubert que Pierre-Marc de Biasi (qui doit en être à son septième ou huitième livre sur l'auteur) publie chez Grasset (Une manière spéciale de vivre). Ca foisonne dès les premières pages, ça trucule, ça (se) bouscule, ça me parle. Davantage que le Duras, toujours, compil. d'articles de Dominique Noguez mini-15-11.jpgconcoctée par Laure Adler pour Actes Sud, qui me coud les lèvres. Me cause bien plus Etre heureux avec Spinoza, de Balthasar Thomass (Eyrolles), car c'est un paquet d'érudition jouissive qui ne se la joue jamais : j'adore! Il y a un côté vin naturel, façon Anticonstitutionnellement, cuvée de grenache blanc des Sabots d'Hélène, un vin de pays signé Alban Michel (ça ne s'invente pas), avec du gras, du trouble, voire de l'opaque à l'oeil (il ne manque que les poissons rouges, dirait l'ami Christian Authier) et une belle longueur fruitée en bouche (le nez est pauvre, nothombien : un parfum de fruit surmûri)... Cette manière humble et sûre, de décortiquer L'Ethique, de Spinoza, est infiniment séduisante. Je souligne presque à chaque paragraphe! Comme je me régale du grenache blanc précité à chaque gorgée. CQFB (ce qu'il faut boire) -Et Lire (des fois)...

  • Le chenin dans "Le Monde"

    Dans M, le mensuel offert avec Le Monde, qui paraît aujourd'hui à Paris et demain en province, paraît ma chronique vins, anglée cépages, consacrée au chenin...


    LE CHENIN BLANC, AU FIL DE LA LOIRE

    Les vins du Nouveau monde sont en majorité de monocépage et ceux d’assemblage sont l’apanage de l’Europe. Mais la tendance mondialiste est aux premiers. De nombreux vignerons Français, Espagnols, Italiens se sont mis à produire des vins issus à 100% d’un seul cépage. Le consommateur ne s’en plaint pas, qui trouve là une simplification à ses choix et une meilleure lisibilité gustative : goûter un monocépage, puis d’autres, permet de mieux identifier les raisins, donc les vins entre eux et de mieux « comprendre » les vins d’assemblage et leurs pourcentages complexes de cépages. Le connaisseur et l’alchimiste de la vigne voient dans cette approche monolithique d’un produit magique, une uniformisation du goût et la disparition progressive du travail minutieux du vigneron, qui élabore des vins comme un tableau à partir d’une palette variée. Mais à y regarder de près, nous découvrons que de nombreux vins français sont des vins de monocépage par nature, et pas des moindres. Parmi les meilleurs du monde, La Romanée Conti est un pinot noir et Petrus, un merlot à 95% !

    En Loire, région viticole de premier plan, la plupart des vins sont ainsi issus d'un cépage unique : melon de Bourgogne (autre nom du muscadet) en Pays Nantais, chenin, cabernet et gamay en Anjou, Saumur et Touraine. C’est aussi le cas du sauvignon (blanc) et du pinot noir (rouge), rois en Touraine et dans le Centre, même si l’éventail est riche de cépages marginaux comme les grolleau, pinot meunier, pineau d’Aunis (ou chenin noir), gamay de Chaudeney en rouges, et saint-Pierre, romorantin, arbois, auvergnat gris, folle blanche (ou gros plant), tressalier et malvoisie (plus connue sous le nom de pinot gris) –pour les blancs.

    Prenons l’exemple du chenin blanc, appelé aussi pineau de la Loire, cépage principal en Anjou-Saumur et en Touraine car, sec, il escorte à merveille une volaille rare et raffinée comme la Géline de Touraine.

    Originaire du Val de Loire, le chenin, apparu au IXème siècle à l’Abbaye de Glanfeuil et s’appelait plant d'Anjou. Rabelais popularisa son nom actuel à partir du XVIème siècle*. Cépage tardif, il excelle sur les terroirs ligériens, s'adapte à merveille aux différents microclimats et permet l’élaboration de vins blancs secs racés. Ses capacités sont larges : à la fin de vendanges, lorsque le champignon appelé « pourriture noble » en Sauternes, botrytis cinerea, attaque les baies ou qu’intervient naturellement un passerillage, soit un dessèchement des raisins sous l’effet du soleil et du vent, le chenin –qui produit par ailleurs des pétillants, donne naissance aux grands vins mœlleux et liquoreux du Val de Loire : les vouvray (« vin de taffetas », selon Rabelais), bonnezeaux, quarts-de-chaume, coteaux-de-l’aubance, coteaux-du-layon, montlouis…

    Le chenin, pourtant attaché aux sols calcaires (le tuffeau de Touraine), voyage bien et donne des vins avec des bonheurs forcément inégaux, selon les terroirs où il a été implanté. Il se développe moins bien en Argentine qu’en Australie et en Nouvelle-Zélande, vieillit mal en Californie, prospère dans la province du Cap, en Afrique du Sud, où le steen (son nom vernaculaire), sert à tout, y compris à élaborer xérès, portos et cognacs locaux.

    Pourvu d’une bonne acidité qui masque son sucre résiduel, le chenin, plus floral que fruité, assure une fraîcheur salutaire en bouche et possède des arômes de miel, de coing, de fleurs blanches, d’acacia, d’herbe coupée et de paille. Les vins des appellations savennières et la célèbre Coulée de Serrant sont issus exclusivement de chenin blanc. Ces vins d’exception prouvent à eux seuls les grandes qualités d’un cépage singulier qui continue de donner le meilleur de lui-même sur sa terre natale.  ©L.M.

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    *Le cépage se développa à partir de 1445 chez l’abbé de Cormery, à Mont-Chenin, d’où son nom.

    Voici un choix de jeunes vignerons avisés, audacieux, qui jouent la carte de l’agriculture raisonnée en biodynamie avec succès :

    Anjou

    Coteaux du Loir et Jasnières

    Eric Nicolas joue l’expression totale du chenin sur son Domaine de Bellivière (www.belliviere.com), en proposant à la fois des secs racés : Effraie (Coteaux du Loir) et Calligramme (Jasnières), un blanc tendre original : Les Rosiers (Jasnières), un demi-sec, Vieilles Vignes Eparses (Coteaux du Loir), un moelleux puissant : Haut-Rasné (Coteaux du Loir),  et un liquoreux d’exception : Elixir de Tuf (Jasnières).

    Saumur blanc

    Thierry Germain, du Domaine des Roches Neuves (www.rochesneuves.com), célèbre pour ses Saumur-Champigny rouges (Domaine, Terres chaudes, La Marginale), propose un excellent Saumur blanc, Insolite, issu de chenins de plus de 85 ans.

    3323334476_d8165eb0f8.jpg

    Touraine

    Montlouis

    Valérie Mordelet et Jean-Daniel Kloeckle, au Domaine Les Loges de la Folie (www.les-loges-de-la-folie.com) semblent s’amuser en produisant de grands montlouis secs, minéraux et frais : La Nef des Fous, des liquoreux : Sucre d’Ange, des « fines bulles » : Perles Rares. Et aussi Le Chemin des Loges, sec, demi-sec ou moelleux selon les millésimes, ainsi qu’un intéressant vin de table, Jalousie. Un seul rouge : Velvet, dans une région qui n’en produit guère.

    Coteaux du Layon

    Christine et Joël Ménard, au Domaine des Sablonnettes (http://lessablonnettes.free.fr), outre leurs rouges (Les Copains d’abord, et Les Copines aussi), produisent de précieux liquoreux d’un bon rapport qualité/prix, issus de vieilles vignes : Fleur Erable, Noblesse, Les Erables, Le Champ du Cygne, Bohême, Le Vilain Petit Canard.


    © L.M.

  • Le vin se dévergonde dans VSD

    Dans VSD paru ce matin, mon papier intitulé LE VIN SE DÉVERGONDE, pour parler un peu de ces vins naturels qui ne se prennent pas la tête, qui ont un packaging rigolo et qui sont sacrément bons!

    Leurs étiquettes décoiffent : graphiques, chics, drôles avant tout, elles signent de surcroît de bons vins.

    Fini les étiquettes guindées avec croquis de château, police à l’anglaise, commentaires ronflants et passe-partout sur la contre étiquette. Aujourd’hui, la tendance est à l’humour, au graphisme, au jeu de mots, voire à la gaudriole, à la libre création (en respectant les paramètres obligatoires devant figurer sur l’étiquette). C’est la rupture radicale avec des codes devenus ringards. Ce vent de créativité dépoussière un monde strict qui s’enlisait dans un packaging qui ne disait pas le plaisir, mais plutôt le solennel, le sacré. Or, le vin (consommé avec modération) doit rester un plaisir, sans prise de tête. L’apparition de cette valse d’originalité ne signe pas la consécration du buveur d’étiquettes. Au contraire. La plupart des vins new look sont de bons plans. Certains sont déjà des stars respectées. Chante coucou, d’Elian da Ros, en Côtes du Marmandais, par exemple, ou Claude Courtois, à Soings, en Sologne, avec Les Cailloux du Paradis. Ou encore La Pie colette, un côtes de Duras signé Catherine et Jean-Marie Le Bihan. Et la somptueuse gamme du Domaine Gramenon, de Michèle Aubery-Laurent à Montbrison, dans la Drôme : Poignée de raisin, La Mémé, La Sagesse, Fin septembre, La Sierra du Sud...

    3322493247_5edbd17a1d.jpgLa palme du vin le plus dévergondé (et bon à la fois) revient à Pascal Simonutti, du Domaine du Pré Noir, en appellation Touraine Mesland : On s'en bat les couilles! Vin de bagnole (ou) Boire tue. (un seul vin, mais deux étiquettes au choix).

    Parmi les noms de vins les plus originaux qu’il nous a été donné d’apprécier, citons, pêle-mêle : Dessine-moi un mâcon, Entre chiens et loups, Pour un peu de tendresse, La Glacière à Ferdinand, Grain de peau, Délit d’initiés (fronton) et Délice d’initié, Sang chaud, Le Blanc de Marie, Renard des Côtes, 20 de table, Le Rouge qui tâche (et) Le Blanc qui tente, Le coup de pied à la lune, French wine is not dead,Vent d'Anges (et) L'Ange et l'Hic ; et enfin les excellents Eloge de la Paresse et Eternel antidépresseur, de la cave coopérative de Castelmaure, en Corbières (les « coopé » s’y mettent aussi).

    Ces vins ont tous en commun d’être élaborés par de jeunes vigneron(ne)s très pros : si leur packaging est rigolo, leur travail est sérieux. Ils se rencontrent surtout dans les Côtes du Rhône, le Languedoc-Roussillon, la Loire et l’Alsace.

    Leur production signe le retour des (vrais) vins, au goût de raisin : vins de copains, vins de soif, 3322499815_da3f4b9493.jpgvins canailles, ce sont avant tout des vins naturels. La plupart sont élevés en biodynamie et ne sont donc non filtrés et non soufrés. Ces nouveaux vignerons se fichent des règles drastiques de l’Institut national des appellations d’origine (Inao), qui décide des cépages (et des volumes) selon les régions, préférant « jouer » avec les assemblages et se passer d’une Appellation d’origine contrôlée (AOC). Ils sont ainsi, parfois (dé)classés en « vin de pays » ou en « vin de table ». Cela est vécu comme un gage de liberté, qui n’obère pas un succès grandissant : par chance, la confiance du consommateur ne se limite plus à un mot prestigieux (bordeaux, par exemple), inscrit sur une étiquette, mais davantage au discours relais de leur caviste ou au bouche à oreille. Et via les bistrots à vins et autres brasseries qui les proposent avec enthousiasme. ©L.M.


  • moutons

    pascal-quignard.jpgC'est incroyable le nombre de personnes qui n'ont acheté que deux livres, cette rentrée : le Ndiaye et le Mauvignier, plus, éventuellement, un ou deux autres, comme le Quignard  (photo) ou le Zafon (d'ailleurs j'en fais partie). Plus fou est le nombre de ceux qui lisent le Beigbeder : j'en vois partout dans les transports en commun, et ça me fait peur!

  • canard-vin-négrette

    photos-humour-vaches-chevaux-9_oir.jpgFormidable, la négrette 100% dans un flacon de fronton* 2008 du château de Bouissel!

    Mention spéciale à Thibault de Plaisance 2006, château Plaisance, en Fronton (70% négrette, 25% syrah, 5% cabernet sauvignon).

    Et encore mieux : la demoiselle, les coeurs et l'aiguillette sur l'os, de canard (et son escauton de maïs), d'Alain Dutournier au Trou gascon, pour escorter Délit d'Initiés, un autre fronton (château Laurou, 2008), 100% négrette lui aussi : puissance et rondeur, finesse et corpulence, élégance et rusticité. J'adore (la photo illustre d'une certaine façon, l'effet que cela peut faire, en bouche).

    *lou vignoble toulousain!

  • Despreciado

    Outre la corrida attendue de Victorino Martin, dimanche prochain à Dax, il se murmure que le numéro 41, du fer Victoriano del Rio, et qui ne répond pas au nom qui lui a pourtant été donné, de Despreciado, serait extrêmement vif, leste et large du berceau.

    Si l’on s’intéresse davantage à lui qu'aux cinq autres toros du même lot, c’est qu’en matière de tauromachie, la famille, ça compte : DSC00809_2.JPGc’est la vache qui fait les toros et son sang -donc ses qualités et ses défauts-, circule également dans les veines de ses petits.

    Or, Despreciado* est le frère de Desgarbado, le fameux toro qui fut gracié sur le sable de Dax l'année dernière.

    Et, par les temps qui courent, l'indulto (la grâce du toro pour son excpetionnelle bravoure) est devenu un mythe accessible : ici et là, on brade, en ôtant toute la magie du Graal et tout le mystère du duende dans le même bain.

    A suivre…

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    *A noter qu'il y avait déjà un Despreciado l'an dernier, jour de l'indulto, qui fut sifflé à l'arrastre.

    Photo : A porta gayola, arènes de Puerto de Santa Maria (LM)

  • Septembre à Bayonne

    200909052000_zoom.jpg

    Corridas : El Juli -seul contre six toros de trois élevages différents-, magistral, mûr, un brin esbrouffeur, samedi, mais porteur d'un toreo de verdad. Le lendemain, des figuras (Castella, Ponce) mais pas de toros pour donner le change : ennui. Oublions le fer Valdefresno, s'il vous plaît. Heureusement, il y avait la douceur de septembre sur la Côte basque, les chipirons devant l'Océan au Port-Vieux, le superbe repas d'après match, de Gorka à Xakuta (l'Aviron avait atomisé Bourgoin à Jean-Dauger, entre 15h et 17h. Du Derby : ça compte pas, ou peu. IMG_1825.JPGOn recausera samedi à Anoeta contre le BO). Les chipirons, encore, de Txotx, une certaine movida souple, entre nosotros, dans l'air, dans les rues, dans les regards, qui n'a cours qu'ici, juste après la rentrée. Un truc à part, que Nîmes et même Séville envient. Enfin, je veux le croire.IMG_1818.jpg

     

    El Juli, Bayonne, samedi. Photo © La Dépêche.

    L'Adour, dimanche matin.

    Et cette étrange affiche, sur les quais en bord de Nive...

  • Victor Démé

    Ecoutez Victor Démé (faites connaissance sur deezer.com d'abord) : langueurs, humilité, ingénuité, douceur, franchise des cordes vocales, souplesse des gestes qui caressent les "drums", le reste, tout le Burkina de la brousse est réuni dans sa voix, ses lancers, et c'est salutaire comme le verre d'eau du désert, car ça réapprend à aimer regarder le soleil en face, et la pluie aussi...

    http://www.deezer.com/en/index.php#music/victor-deme

  • J'adore l'ortolan!

    Allain Bougrain-Dubourg, pitoyable militant vieillissant, délaissé par une star de premier choix, Brigitte Bardot, laquelle assurait sa promo perso comme personne, désoeuvré en Médoc faute de ramdam à rejouer chaque premier mai aux pieds des pylônes de chasse à la tourterelle des bois, IMG_0466.JPGs’en prend désormais aux matoles à ortolans de quelques irréductibles hédonistes Landais, au nom d’un légalisme radical. Le scénario est invariable : le président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, bardé de caméras de grandes chaînes de télévision, convoquées pour l’événement planétaire, précédé et encadré d’une confortable escorte policière, fait sa promo, héraut du prime time, en se livrant à un acte d’héroïsme des temps modernes. Et c’est affligeant.

    Par provocation bien sûr, je me définis comme dégustateur d’ortolans sur ma carte de visite. Et je n’aimais rien, un temps, comme aller relever les matoles avec certains amis Landais. J’adore en manger un, voire deux si cela est possible (de plus en plus rare) : le premier me fait la bouche et le second me monte au ciel. Je revendique mon appartenance à la Confrérie de l’Ortolan, qui m’intronisa un soir de novembre 1996 dans la salle des fêtes de Tartas, aux côtés d’autres impétrants : Me Jacques Vergès, Alain Juppé, Pierre Durand (le cavalier), et une ou deux autres personnes de gourmande compagnie.

    Et j’en ai parfois assez de cette hypocrisie : avez-vous « lu » toute la fausseté, l’absence de sincérité dans les yeux de Bougrain à la télé ? Il me faisait penser à la passion qu’un Dechavanne ou un Lepers mettent à exécuter leurs animations débiles… Par ailleurs, les derniers des Mohicans landais, de nobles braconniers (ils ne font que braver la loi), attendent depuis deux ans une étude qu’on leur promet (bizarrement, elle tarde à être pondue), sur l’état réel des populations de bruants ortolans. Car si l’espèce était en danger, il va de soi que les matoles seraient aussitôt rangées.

    Et le nom de cette rue, il faudra le changer, aussi, pour infâme incitation au délit de bon goût?..


    podcast(musique : vino griego)

  • vins, mon carnet de dégustation

    9782812300813-G.jpgoh, ce n'est presque rien, juste un petit livre à remplir soi-même, que j'ai donné aux éditions du Chêne et qui paraît ces jours-ci. Il s'appelle : Vins, mon carnet de dégustation (je me suis rendu compte, en le reçevant ce matin, que je ne l'avais même pas signé, ce "mon" qui est donc le tien, blogeur de passage!). Il s'agit d'un carnet de format moleskine, chic, couleur vin rouge (plus envie d'écrire couleur-bordeaux, car le vin est désormais presque partout, puissamment, ailleurs que "là") et gris pâle avec un élastique pour le maintenir fermé, qui permet de noter ses propres notes de dégustation à toute occasion : au resto, chez des potes, à la maison... avec un tableau des millésimes par grande zone d'appellation jusqu'en 2006, un questionnaire bien pratique à remplir quand on découvre un vin (identité du vin, commentaires de dégustations, notes à l'oeil, au nez et en bouche), et (le plus par rapport à sa première édition il y a deux ans), un glossaire de la vigne, du vin et de la dégustation, que j'ai réduit à une cinquantaine de mots indispensables*. C'est mignon, ça tient dans la poche, c'est pas cher (9,90€ quand même), et c'est une idée de cadeau qui change, je crois, peut-être, de la bouteille achetée, garé en double file, chez le caviste encore ouvert, ou du bouquet de fleurs, lorsque l'on se rend, en ce temps de "rentrée" (je n'aime pas ce mot), à un dîner... Mais bon voilà, ce blog sert aussi à porter à la connaissance d'autrui ce genre de bricoles ludiques et (ici) forcément gaies, propices à l'amour de la vie, provocantes parfois, toujours prêtes à inviter aux plaisirs, et à l'augmentation (axiome!) de votre PUISSANCE D'EXISTER, mon beau souci, comme dirait Valery Larbaud à propos de la lecture (ne lisez pas son énorme Journal, réputé difinitf par Gallimard son éditeur, car ce mecton écrivait bien, très bien même, je reconnais, je relis Barnabooth parfois, mais c'était un horrible réac. Donc beuuaark. Ceci dit en passant, l'air de presque rien, hein... Non?!..). SI.

    *qui n'égale pas le très bon Que sais-je? de Gérard Margeon, chef sommelier des restaurants de l'empire Ducasse, "Les 100 mots du vin", reçu par la poste avant-hier avec une dédicace sibylline de l'auteur, et pas encore l(b)u.31-lpSA0KaL._SL160_.jpg

    en illustration : le nouveau (bicolore) et le précédent (monochrome)

  • Le Bel Antonio

    Marcello : "tu es un don du ciel"

    Claudia : "-je finirai par te croire..."

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    et aussi :

    La scène de la balançoire, dans le film, est bien plus chargée d'érotisme que tout Bataille en poche et tout Sifreddi en dvd collector.

    Claudia, Marcello. Il lui baise le poignet puis le tibia à chaque passage, rythmé par le grincement des anneaux qui retiennent les cordes de la balançoire. Et c'est torride. C'est cela, la magie. La magie du septième art, alliée à celle de la littérature, les deux fondues dans le chaudron de la vie, qui prône le désir et sa satisfaction, mais pas n'importe comment. On n'est pas des beufs.

  • Anoeta

    Historique* :  Le match de ce soir (Aviron Bayonnais - Stade Français, en Top 14, 2ème journée) va se disputer sur la pelouse d'Anoeta, à Saint-Sébastien, San Sebastian, San Seba, Sansé, bref, "de l'autre côté". 30 000 places (sur 32 000) ont déjà été vendues. En plein mois d'août. Il n'y a pas que le surf et les toros... Côté Bleu et Blanc, Beñat Arrayet sera aux tirs au but.

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    *c'est la première fois qu'un match de Top 14 est délocalisé (hors territoire français).

    Le 12 septembre, à Anoeta encore, l'Aviron affrontera le BO (une équipe de jeunes qui s'essayent au ballon ovale, sise à Biarritz, station balnéaire réputée depuis que l'Impératrice Eugénie et nianiania...)

  • Sol originel

    Je suis né sur une terre rendue arable par endroits avec l'aide des amis de mes aïeuls (je ne compte aucun "colon" parmi les miens), et justement rendue aux Arabes, inaliénables propriétaires du sol d'Algérie. Bicot, raton sont des mots haineux, inqualifiables pour quiconque possède un soupçon de discernement, voire d'intelligence, qu'aucun membre de ma famille, d'origines diverses (Andalouse, Napolitaine, Lorraine, Juive de Tétouan), n'a jamais prononcés, même au plus fort des "événements", lorsque les attentats aveugles surgissaient n'importe où. Mon grand-père maternel fut épargné, par une nuit d'embuscades généralisées dans les rues d'un Oran scintillant du reflet de la Lune sur les armes blanches brandies à tout va, au début de l’année 1962 je crois : "Non, pas lui, c'est un Saint!", hurla à temps l'un de ses agresseurs (du FLN), parce qu'il avait reconnu celui qui parlait couramment sa langue et soignait les enfants du bled durant ses week-ends (il était comptable, mais il avait appris les rudiments de la médecine pour ce faire et se rendait en moto dans le Jbel avec sa trousse, sa seringue). Il était fondamentalement humble, il avait compris les conditions -si simples!-, à réunir pour prétendre rester là où il était né (à Laferrière) : parler la langue de son hôte était la première d'entre elles. Mais bon sang, que mon grand-père Bienaimé, et Jules Roy (dans "Les Chevaux du Soleil"), avaient raison, lorsque l'un disait, et que l'autre écrivait : "là-bas, on était tous frères mais rarement beaux-frères"... Mon père, un peu tête brûlée, alors jeune (23 ans) et fougueux, s'enticha mollement des "thèses" sommaires de l'OAS sans grande conviction je sais, donc sans jamais y adhérer. Pour beaucoup, ces trois lettres représentaient un dernier joker, le Baroud d'honneur. Je ne conçois pas cela comme une tache en héritage, car son engagement (très relatif) lui appartint, par définition, en propre. Je ne suis pas de ceux qui subissent le poids des travers paternels ou maternels. J'ai mon existence à moi et elle est depuis toujours affranchie, bien distincte du vécu de mes géniteurs. Pas de mes origines ni de ma culture. Donc rien à cacher. Les équipages des cargos qu'il possédât après 1962, furent toujours composés d'Arabes en priorité, puis de Basques et de Bretons. La "nostalgérie" l'habitât jusqu'à sa mort, il y a deux ans et des poussières. Je ne suis pas encore retourné sur le sol qui m'a vu naître, comme cela se dit dans les romans désuets de Pierre Benoît ou de Louis Bertrand. Et j'ignore pourquoi ces pensées traversent soudain mon esprit, en cette matinée caniculaire d'août, troublée (c’était avant-hier) par le vacarme d’un hélicoptère jaune et rouge qui fait du surplace au-dessus de chez moi et m’empêche d’écrire. Comme je n’en peux plus, au bout d’une bonne heure, j’ouvre une fenêtre et constate qu’un bataillon de policiers a bouclé le quartier. Des membres du GIGN armés jusqu’aux cagoules trottent par endroits. Animé soudain d’une conscience banalement professionnelle, je prends ma carte de presse, mon appareil photo, un carnet et un stylo et je descends, voir. Que se passe-il ? –Motus des flics, qui m’indiquent un point presse improvisé en bas de la longue rue. Sous un soleil de plomb, des caméras s’entrechoquent. Un policier en civil, bronzé, costume gris anthracite à reflets moirés, crâne rasé, deux portables en main, s’avance au bout d’une interminable demi-heure : bousculade sauvage de confrères et de consoeurs (j’ai l’habitude : les technos des télés se croient prioritaires et sont prêts à écraser, de leur arrogance, les indigents de la presse écrite, ces préhistoriques !). L’homme à la démarche soudain chaloupée doit se sentir sur les marches, à Cannes. Il s’arrête contre le ruban de plastique rouge et blanc faisant office de barrière à la meute de sauvages chargés de retransmettre l’info au peuple de France et d’ailleurs, et déclare ceci : « Je ne peux vous communiquer aucune information pour le moment »… L’hélico fait toujours du surplace et un bruit d’enfer. Une heure plus tard, l’homme au costume anthracite nous apprend généreusement qu’un couple de jeunes braqueurs a été interpellé par la 3è DPJ et la PN et qu’une troisième personne est toujours recherchée… Nous connaissons la suite depuis deux jours. Petit fait divers. Je pense davantage à photographier le manège de mes confrères qui se tirent la bourre, et l’hidalgo de western-spaghetti, que l’éventuelle charge de la brigade légère. Puis je me ravise, en me disant que seul "Le Parisien" –forcément surreprésenté, traitera le sujet, et je rentre chez moi. L’hélico se tait enfin... Mais voilà, j’ai perdu le fil algérien. Je le retrouverai plus tard. C’est l’heure de l’apéro.

  • La puissance d'exister

    L'exercice d'une puissance, selon Spinoza, sa fameuse puissance d'exister, provient du conatus (l'effort pour persévérer dans son être -ni physique ni psychologique, mais plutôt expression de l'affirmation de soi. Du verbe latin conari : entreprendre une action*). C'est la structure désirante de l'homme, "l'appétit avec la conscience de lui-même", écrit-il dans L'Ethique. Lisant avec passion, sur le sable d'une plage corse, le précieux hors-série consacré à Spinoza, "Le maître de liberté", que publie Le Nouvel Obs, je me suis arrêté longtemps sur ceci : ce n'est pas pour connaître que l'homme désire, mais c'est pour déployer son être qu'il s'efforce d'imaginer ou de connaître. Ainsi, avec Spinoza (en rupture totale avec des pans entiers de la philosophie depuis Platon), il n'est pas nécessaire de manquer pour désirer. "Nous ne faisons effort vers aucune chose, que nous ne la voulons pas et ne tendons pas vers elle par appétit (appetere) ou désir, parce que nous jugeons qu'elle est bonne; c'est l'inverse : nous jugeons qu'une chose est bonne, parce que nous faisons effort vers elle, que nous la voulons et tendons vers elle par appétit ou désir", L'Ethique (III, prop. IX, scolie). Le désir fonde le désirable. S'attacher aux plaisirs, aux richesses, aux honneurs, détruit davantage notre puissance d'exister (notre joie), qu'elle ne l'augmente. Et notre but est de tendre vers une affectivité heureuse, avec des affects (sentiments : surtout la joie, la tristesse et le désir), épanouis, soit libres de toute culpabilité; notamment. L'un des collaborateurs de ce hors-série, Pascal Sévérac, souligne l'originalité fondamentale de l'éthique spinoziste : "rompre avec l'idée judéo-chrétienne d'un péché originel qui nous condamne à la faute et à la misère". L'Ethique "nous libère des chaînes d'une morale ascétique qui sans cesse nous culpabilise de jouir de la vie", enchérit Balthasar Thomass, lequel qualifie Spinoza "d'antidote parfait pour des époques moroses et anxiogènes comme la nôtre, un Prozac philosophioque à avaler en toutes circonstances." Dès lors, pour lutter contre nos passions tristes et tenter d'atteindre l'ataraxie, cette quiétude absolue de l'esprit, il y a la joie, l'irrépressible joie (de vivre) de Spinoza : une certaine forme de liberté, "un étendard, comme la nomme Thomass, dressé contre toute forme d'aliénation", une joie donc, seule capable d'envoyer bouler les systèmes d'oppression qui manipulent notre tristesse pour nous soumettre (Deleuze) par l'entretien méthodique de nos peurs.

    *Laurent Bove, précise, à propos du conatus : "cet effort de persévérance en acte est une puissance activement stratégique d'affirmation et de résistance de la chose à tout ce qui pourrait entraver sa persévérance indéfinie." (lire : le hors-série Spinoza de l'Obs).

  • Gorgias

    C'est l'un des plus beaux dialogues platoniciens. Socrate y est au plus haut de sa forme, pour exprimer l'art de la réthorique, la tempérance, la bienveillance, la justice (et son mal suprême corollaire : celui de n'être pas puni pour l'injustice que l'on commet); la domination des désirs et donc le bonheur : Qui veut être heureux doit se vouer à la poursuite de la tempérance et doit la pratiquer...

    Tout Socrate y est résumé, jusqu'à la métaphore de l'épisode de la ciguë. L'art de la politique, le rôle du citoyen dans la Cité, la définition du pilote, la vile incapacité pour un homme à se défendre... Bon, évidemment, Platon sépare l'âme et le corps au moment de la mort, et semble curieusement faire l'éloge de la sophistique au détour d'une tirade à l'adresse de Calllicalès. (N'est pas Spinoza qui veut).

    Gorgias ou la lumière sur les sentiments et les comportements. Le relire, c'est prendre un bain de jouvence, plonger dans un jacuzzi électrique. C'est faire le plein de sourire.

  • Marc-Aurèle à la plage

    Ne pas penser aux choses absentes comme si elles étaient déjà là; mais parmi les choses présentes, tenir compte des plus favorables et songer à quel point tu les rechercherais si elles n'étaient pas là. Prends garde aussi de ne pas t'habituer à les estimer au point d'y prendre un tel plaisir que tu sois troublé si elles disparaissaient.

    Fais-toi une parure de la simplicité, de la conscience, de l'indifférence envers tout ce qui est entre la vertu et les vices. Aime le genre humain. Obéis à Dieu.


  • pensées pour la plage

    C'est le propre d'une âme vile et sans énergie de ne s'avancer qu'en terrain sûr : la vertu veut escalader des sommets.
    Sénèque, La Providence.

    Tu me demandes ce que je cherche dans la vertu? Elle-même.
    Sénèque, La Vie heureuse.

    Le vaniteux fait dépendre son propre bonheur de l'activité d'autrui; le voluptueux de ses propres sensations, et l'homme intelligent de ses actions.
    Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même.

    S'ils n'ont pas de part à nos succès, nos amis nous lâcherons quand nous serons dans le malheur.
    Esope, Fables.

    Il est vil et faux de dire : moi, je préfère être franc avec toi. Point n'est utile de l'annoncer; cela apparaîtra de soi-même; cela doit être écrit sur ton front; ta voix doit y faire aussitôt écho; cela se lira dans tes yeux, comme la personne aimée comprend tout dans le regard de ses amants. Bref, il faut que l'homme simple et bon soit comme celui qui pue le bouc, c'est-à-dire qu'en s'approchant de lui on le sente, qu'on le veuille ou non. La pratique de la sincérité est un coutelas. Rien de plus honteux qu'une amitié de loup. Evite cela par-dessus tout. L'homme bon, simple et beinveillant, a ces qualités dans les yeux, elles ne peuvent échapper.
    Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même.

    Aristote se trouva un jour en butte aux interruptions continuelles d'un discoureur qui lui débitait des histoires sans queue ni tête, tout en lui répétant sans cesse : "Epatant, non, mon cher Aristote? -Pas du tout, répondit celui-ci; non, ce qui m'épate, c'est qu'on puisse rester à t'écouter quand on a des jambes."

    Plutarque, Le Bavardage.

  • Rencontre avec Edmond Jabès

    Je tombe sur ce papier, publié en 1985 dans Sud-Ouest Dimanche. L'immense écrivain a disparu depuis longtemps (16/04/12 - 02/01/91). Je le livre tel quel. Car je relisais aujourd'hui l'homme du Livre et du Désert au Livre. Ce fut, je m'en souviens parfaitement, une rencontre rare. Un de ces entretiens qui jalonnent une vie de journaliste.

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    Son œuvre est immense et abondamment étudiée à l’étranger. Les jeunes le lisent de plus en plus.
    Il est inclassable. Je l’ai rencontré alors que j’étais critique littéraire, il y a quelques années, conscient de la rareté de ses entretiens. Jabès était un écrivain difficile et secret, prudent et infiniment bon.
    L’obsession du livre et la réflexion sur le livre, l’obsession du Livre et la réflexion sur le Livre, aussi, ont dominé le travail d’un homme fasciné par le mot et par le langage autant que par le silence de la parole. L’austère travail d’écriture d’Edmond Jabès semblait lui interdire l’usage de la parole orale ; exactement comme s’il avait du toujours respecter le silence. Parler l’effrayait un peu. « Je suis visuel », me dit-il, « mais aussi et surtout à l’écoute du texte. L’expérience fondamentale du désert et de son silence absolu, intolérable, a permis à Edmond Jabès de voir qu’au-delà de ce silence du désert, une parole pouvait émerger du silence de toutes les autres paroles. Une parole non pas appelée, mais reçue. Jabès pensait que son œuvre n’appartenait à aucun genre. Comme l’essentiel de celle-ci, ce qu’il appelle « son » livre se compose du « Livre des questions », en sept volumes, et du « Livre des ressemblances », en trois volumes, on l’appelle « l’homme du Livre » . Lorsque parut son premier ouvrage, un gros recueil de poèmes, « Je bâtis ma demeure », on le qualifia de poète. C’était bien pratique. Pis « Le livre des questions » arriva et Gallimard, son éditeur, fut bien embarrassé pour classer son auteur. « Heureusement », me dit Edmond Jabès, « il y avait la collection blanche, dite de littérature générale… » . Un prestigieux fourre-tout couleur beurre frais. Edmond Jabès n’a jamais eu le sentiment de faire une œuvre littéraire, mais il ne savait pas où son travail s’établissait véritablement. En Egypte, son ambition était d’appartenir à la littérature française. Ses livres le firent entrer dans la famille de ceux qui devinrent ses amis : Max Jacob surtout, René Char, Henri Michaux, Gabriel Bounoure … « Ainsi mes livres existaient bien ;matériellement au moins. Mais à quoi se rattachaient-ils alors ?
    L’université a rapproché le travail de Jabès de l’obsession mallarméenne du livre, mais il s’en distingue dans le sens où l’obsession d’Edmond Jabès est de faire un livre qui se prolongerait dans un autre, exactement comme dans le processus humain de la reproduction. « Je tiens beaucoup à l’ouverture », confiait-il, « c’est-à-dire aux manques par lesquels le lecteur entre dans le livre et grâce auxquels il en fait son livre. Ce sont ces manques qui induisent le dialogue. Son obsession se rapprocherait beaucoup plus de l’obsession du Livre dans la tradition hébraïque. Les livres de Jabès sont profondément juifs. Il se définissait d’ailleurs comme « écrivain » et « Juif », et pas comme « écrivain juif » (mais comme ses livres n’affirment rien, il ne s’est jamais senti investi d’une quelconque mission. Il a écrit : « J’ai, comme le nomade son désert, essayé de circonscrire le territoire de blancheur de la page ; d’en faire mon véritable lieu ; comme, de son côté, le juif qui, depuis des millénaires, du désert de son livre, a fait le sien ; un désert où la parole, profane ou sacrée, humaine ou divine a rencontré le silence pour se faire vocable ; c’est-à-dire parole silencieuse de Dieu et ultime parole de l’homme.
    Son œuvre est l’expression de l’absence de racines, de la non-appartenance, de l’exil majuscule, de la solitude, du désert… D’où la profusion de voix (de rabbins imaginaires) dans ses livres. « J’ai toujours essayé de ne jamais expliciter, mais de donner à voir. Ses rabbins parlent, dialoguent invisiblement.
    Le désert, qui tient une place considérable dans chacun de ses livres, n’est pas une simple métaphore, indissociable de la notion du vide selon Jabès et de la solitude de l’homme devant la page blanche. La leçon du désert est d’abord une parole de l’abîme. « Le désert n’est pas une métaphore, mais un lieu, mon lieu… C’est le silence  nécessaire à toute parole et c’est là où la parole devient subversive », m’a-t-il dit. C’est dans « Le soupçon, le désert », qu’il écrit ceci : « Le désert est bien plus qu’une pratique du silence et de l’écoute. Il est une ouverture éternelle. L’ouverture de toute écriture, celle que l’écrivain a pour fonction de préserver. Ouverture de toute ouverture."
    Edmond Jabès s’est interrogé sans relâche sur l’essence du livre, celui que tout écrivain rêve d’écrire. « Nous avons tous un livre mythique, un livre que nous essayons de faire et que nous ne faisons jamais. C’est une quête qui ne peut se réaliser que dans l’inaccomplissement. Il a écrit quelque part : « Je lis et je relis le dernier livre que je vais écrire », et il commente cette phrase en disant : « on souhaite chaque fois écrire le livre mais en fait nous écrivons toujours sur ce livre.
    arton71.jpgLe livre de Jabès ne ressemble pas au « Livre de sable » de Borgès, c’est-à-dire au « livre-légende », au livre mémoire, au livre anonyme comme un proverbe, même si, comme Jabès le disait lui-même, « mon livre est fait sur du sable et avec du sable. Ce n’est pas non plus tout à fait « Le livre à venir » dans le sens où l’entendait  Maurice Blanchot : « Mon livre », m’a dit Jabès, « se projette toujours dans un autre livre, c’est un nouveau commencement, pas un recommencement. Le livre, c’est la durée. Un projet d’avenir. Un mouvement perpétuel, en somme. A l’instar de ceux qui, comme le poète Yves Bonnefoy, pensent que « l’imperfection est la cime », Edmond Jabès pensait que l’inachevé est la fin et que les chemins qui ne mènent nulle part (chers à Heidegger), valent mieux que ceux qui ont une destination certaine. Citant Valéry : « L’essentiel est de ne jamais arriver », Jabès montrait combien il était convaincu que les seules limites du livre sont nos propres limites. Au fond, cet homme viscéralement incapable de tout enracinement, avait finalement trouvé ses racines dans le livre –en tant que lieu.
    Evoquant un aboutissement possible de sa recherche dans le dialogue, il me dît admirablement : « Le vrai dialogue c’est lorsque l’on se sépare… Car on parle alors réellement avec ce que l’on a retenu. Une autre parole, beaucoup plus profonde, commence alors à circuler… Exactement comme deux amoureux qui, se séparant, s’écrivent aussitôt. Le silence qui s’installa alors entre nous était aussi de lui.
    Après cet entretien, nous sommes allés dîner ensemble, en compagnie de madame Jabès.
    De retour chez moi, je posais ces notes pour un article, et j’écrivais dans mon journal personnel que l’imagination tient une si grande place dans l’amour que nous pouvons parfois avoir hâte de voir partir la femme que l’on aime, car elle nous gêne pour penser à elle…  © L.M.


  • Ostapéouivlove

    Ouiquende (aurait écrit Nimier) à Bidarray, à l'auberge Ostapé. Le bonheur en terre basque, je l'ai déjà écrit ici et là. La sérénité apprivoisée et à peine obérée par le froissement des ailes d'un vautour qui plane au-dessus de la piscine avec vue sur les montagnes dont la douceur rappelle seulement les hanches d'une, ou dune. L'insolent raffinement de la chambre. Et de la table : Claude Calvet, le chef, signe une cuisine franche et noble, caractérisée et audacieuse, mais sage cependant. Les produits basques doivent être, eux aussi, domptés. Splendide déclinaison du cochon d'Oteiza "de la tête aux pieds", extraordinaire pigeonneau... Petit-déjeuner formidable (la charcuterie! le mamia! la vue!).

    Surprise : l'excellence du turbot aux champignons (cèpes, girolles, truffe d'été et champignons nippons dont j'ai oublié le nom) au Blue Cargo, sur la plage de Bidart, eu égard au côté mode/people et donc laissez-aller de l'adresse.

    En revanche, la salade du Paseo Café (à La Chambre d'Amour), est une mezcla de no se que pas très fraîche et hors de prix.
    Enfin, sachez qu'au bar du bout du Port Vieux à Biarritz, à l'emplacement idéal pour regarder le soleil se coucher à la fois sur l'Espagne, la Côte des Basques et le Rocher de la Vierge (à la table du haut à gauche, dans les rochers), la rondelle de citron qui accompagne le Perrier est facturée à  0,20€ sur le ticket. Choquant.

    J'écris depuis la plage des Estagnots, à Seignosse-le-Penon, Landes. Ici, la wifi est au prix de quelques grains de sable fin sur mon nouveau MacBookPro qui n'a que 4 jours d'âge (un café -le plus cher du monde-, ayant tué net le précédent Mac...).
    La houle est souple. Hier, j'avais l'impression de plonger dans la peau d'un dauphin, car un vent de terre s'était levé -rare!- dans l'après-midi, creusant les vagues, lissant la surface de l'eau, éclairant les tubes dans lesquels nous voyions passer des bancs de bars fuselés comme des étourneaux. L'envie de lancer une ligne avec un Rapala au bout me démangea.

    Poursuite de la lecture de Spinoza et de la connaissance du personnage. Savez-vous qu'il exerca, jusqu'à sa mort en 1677, le métier de polisseur de lentilles pour instruments d'optique? Et qu'il excella dans cette tâche qui lui assura toujours l'indépendance financière et la liberté de ne pas se fourvoyer avec l'Université, après son exclusion ou hérem (excommunication) en 1656 -il n'a alors que 24 ans-  de la communauté juive d'Amsterdam?

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  • Le woodland de Gracq

    A lire dans un nouveau magazine de Milan Presse, L'Esprit des LANDES, et dont le premier n° paraît, cette évocation par Julien Gracq de cette « province des arbres » qui le conduisait vers le bonheur. Voici donc le début de mon papier (la suite en kiosque!) :

    La vie est faite de rencontres, de correspondances au sens baudelairien du terme :  il arrive que la connivencia (qui partage avec le duende le talent de surgir quand ça lui chante), apparaisse au détour d’une discussion au sujet des Landes.
    Pendant plus de vingt ans, j’ai eu la chance d’échanger (par lettres et de visu), avec le plus grand prosateur du XX ème siècle (s’il faut inscrire Gracq dans le temps). Au cours de nos conversations, avec la littérature pour sujet principal, Julien Gracq empruntait des chemins de traverse comme il le faisait au volant de sa 2 CV sur les routes de France. En scrutateur du paysage, en entomologiste de l’impression procurée par l’évocation d’un coin de nature, l’entrée d’un village, la lumière d’un couchant. Les deux volumes des Lettrines et les Carnets du grand chemin sont ses livres les plus précieux « sur le motif ». Dans le Sud-Ouest, nous savons qu’il n’aima guère Bordeaux. Des Pyrénées, il retint davantage Prats de Mollo, le Vallespir, que les sommets élancés. « Le Bassin d’Arcachon, me dit-il un jour, comme Noirmoutier et le Gois, je ne les aime pas à cause de ces étendues de sable à marée basse d’où émergent des pignots, des piquets, des barques échouées et des squelettes de bateaux qui m’évoquent un paysage d’après la débâcle. » Curieux de l’autre et soucieux de s’effacer, il me questionnait sur Bayonne, ses corridas (il gardait le bon souvenir d’une), bien que le Pays basque « l’ennuyait ». Les Landes avaient sa préférence : « Parlez-moi de vos barthes de l’Adour ! » Depuis la pièce où il recevait, à Saint-Florent-le-Vieil, et par la fenêtre de laquelle je voyais couler la Loire et devinais des paysages gracquiens, nous évoquions ces prairies humides, ces paysages des confins qui métissent les milieux, et où des eaux étroites se confondent avec une terre chevelue qui les boit. Des Landes, il aimait les odeurs de résine, « de liesse et de vacances », la lumière « jaune et fruitée ». La forêt surtout : « épaisse torpeur végétale », « cuirasse de sous-bois », comme une armée qui « desserre ses rangs vers le Sud »… L’écrivain traversa ce woodland avec gourmandise, via Sanguinet, Parentis, le Pays de Born, Lit-et-Mixe et, loin de le trouver monotone, s’en émut en géographe : « Jamais je ne l’ai prise (la route des Landes) sans être habité du sentiment profond d’aborder une pente heureuse, une longue glissade protégée, privilégiée, vers le bonheur »...  ©L.M.