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Vins

  • Sur le site du Figaro

    Cet article signé Romy Ducoulombier, que je remercie.
    En lien simple : Le "Dictionnaire chic du vin" dans Le Figaro (.fr)

    Et en pdf : Mazzella_Dictionnaire chic du vin_LeFigaro.fr_18 décembre 2015.pdf

    L'occasion de saluer au passage le très bel album de Pierrick Bourgault, consacré aux Vins insolites (éd. Jonglez) : du vin de glace québécois au vin du désert de Gobi, en passant par les vins d'amphore, ou les crus indonésiens... Et qui vient de recevoir un prix prestigieux : le Gourmand World Cookbook Awards.

  • Sud-Ouest, 21 décembre

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  • La gloire, enfin!..

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  • Dans Vigneron magazine

    LIVRES.pdf

    Merci à Orianne Nouailhac, qui pilote Vigneron magazine.vigneron mag.jpg

  • Signatures à venir

    Ce weel-end (5/6 décembre):

    Salon du livre de Boulogne-Billancourt (Espace Landowsky) : présentation - signature du "Dictionnaire chic du vin" (éd. Ecriture), samedi et dimanche après-midi.

    http://salonlivrebb.blogspot.fr/p/auteurs-2015.html

    Puis, signatures-lectures-dégustations la semaine prochaine au Pays basque :

    Jeudi 10 déc., dès 19h, à La Galupe, restaurant-librairie à Urt (au bord de l'Adour, près de Bayonne, "chez Barthes"!..).

    Samedi 12 déc. à partir de 19h à l'Hôtel-spa Regina (Biarritz), et dès le matin, chez Christian Bedat, caviste indépendant à Biarritz-La Négresse : aux Celliers des Docks, donc. Venez nombreux, ça sent Noël, et les cadeaux... Héhé...

    soirée galupe 10-12.pdf

    soirée regina 12-12.pdf

    Et encore, le 22 déc., à la librairie L'Alinéa (Bayonne). 

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  • Dans Gourmets & Co

    http://www.gourmetsandco.com/culture/15320-dictionnaire-chic-du-vin-leon-mazella

     

    Rectif amical, mon cher Patrick Faus : Je n’ai jamais "pris plaisir à ôter la vie" d’un seul animal, évidemment, et n’ai jamais été "fasciné par le sang". Ô grand jamais! D'où peuvent bien sortir ces mots, cette interprétation d'aucun fait? (j’ai plutôt écrit des centaines de pages sur le sujet en disant le contraire : j’approchais, en amoureux de l’approche du Sauvage, et ne tirais que très rarement, et me suis fait toujours traiter d’écolo subliminal par mes pairs…).
    Et aussi, loin de vouloir « détruire ce que nous avions perdu en nous », comme tu l’écris, c’est précisément exactement l’inverse que je me suis employé à faire avec passion durant ces années-là : rechercher la part animale en moi, enfouie dans ma nature humaine "désensauvagée". LMzz
     

     

  • Dans la Revue du vin de France

    Parue ce matin (notule de Michel Dovaz) :

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  • Signature le 19 au Bistrot Papillon

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    6, rue Papillon, 75009 Paris.

     

  • Dans La Dépêche du Midi d'hier

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    Papier initialé J.-M. L. S.

  • Signature

    Confirmez (par téléphone) si vous venez. On mangera et on boira bon. Basque et bon.

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  • Le Manifeste d'Antonin

    téléchargement.pngLe vin sans additif rend addictif et c'est heureux. Antonin Iommi-Amunategui part en guerre contre les intrants, ces ajouts peu amènes qui dopent la vigne en la dévoyant, la chimie aidant. Avec son Manifeste pour le vin naturel (éd. de l'épure), mince (24 pages, 7€) comme une tranche de serrano, mais précieux comme un flacon de The Picrate, ce blogueur (allez surfer sur no wine is innocent), engagé mais calme, fixe correctement les points sur les "i", afin de (tenter de) clouer le bec aux apôtres aveugles du vin chimiquement trafiqué, cela en vissant quelques vérités neuves, ou en cours de développement. Autrement dit, sa plaquette sent le soufre, mais elle n'en contient pas, et son discours est à peine filtré. Camus aurait appelé cela la radicalité de la nuance. Le vin dit naturel, ou vivant, résumé "bio" par commodité, car nous nous perdons encore souvent dans le maquis des dénominations, entre certificat Ecocert, TerraVitis, conversion en trois ans, label AB, et j'en passe, sans oublier l'étage supérieur de la biodynamie, qui n'a rien à boire... Mais ce n'est pas le sujet de ce papier. Le vin naturel, donc, n'est plus un vin à la mode bobo, élaboré à la va comme je te pousse, consommé uniquement dans les bistros parisiens branchés par des gosiers qui ne connaissent que l'épate et capables d'avaler du vinaigre en disant c'est super!, un vin qui, il faut l'avouer, a réservé et réserve encore son lot de mauvaises surprises organoleptiques (l'intervention humaine, au moins a minima, ne remplacera jamais complètement le laisser-faire total de la nature). L'effet prend racine, s'étend, se propage façon puzzle sur l'ensemble du territoire, car les vignerons (pas) réunis se posent question, échangent timidement et agissent ici et là. Le consommateur suit, porté par le souci élémentaire de cesser d'engloutir des saloperies. Aujourd'hui, la consommation de vins plus ou moins purs ne cesse de croître. Le marché du vin bio hexagonal, lisais-je cette semaine, c'est plus de 64 000 ha de vignes (et ça continue d'augmenter, surtout en Espagne et en Italie). Cela représente, en France, en 2015, 11% du marché des produits issus de l'agriculture biologique. Et ce vin-là commence à bien s'exporter vers des marchés dits traditionnels (Allemagne, Royaume-Uni). Un signe. Le phénomène est par conséquent désormais pris au sérieux. Et nous espérons qu'il gardera encore longtemps tout ce qui bâtit sa bienheureuse singularité, à savoir ses côtés artisanal (small is always beautiful), sain, traçable, durable, et non plus seulement rousseauiste, version simpliste, baba, bobo : Ca, c'était avant, soit hier à peine. Antonin l'exprime d'emblée : J'ai pris trop mon pied avec des vins naturels pour ne pas les défendre en tant que catégorie : celle, bancale, polémique, du vin idéal. Un brin utopiste, l'auteur pourrait convaincre son lecteur qu'un vin idéal peut cohabiter dans un monde meilleur, ou bien qu'un monde idéal pourrait voir le jour, où l'on ne boirait que des vins naturels, donc meilleurs (car il est surtout question de goût, avec les vins naturels). Le paradoxe de ce type d'entreprise - que nous partageons à 100% -, est qu'il pourrait à terme noyer (je n'ai pas dit broyer) le vin naturel dans les rouages de la grande distribution actuelle, au lieu de quoi, vécu encore comme une rareté (sa quête procure des plaisirs de copains en vadrouille sur le chemin des zincs), il se recherche et se trouve chez les passeurs que sont les cavistes avisés, et dans les bistrots malins, au coeur desquels le taulier comme le client aiment donner du temps au temps, et de rire et d'aimer le simple, le beau, le bon. Puis, vient le plaisir du partage, en faisant passer. La dissémination agit bien ainsi, façon missi dominici soft. Car, méfions-nous : lorsque la parole est, ne serait-ce qu'un rien imposée, elle sent le diktat et cela n'est historiquement jamais bon, voire contreproductif, à l'instar de certaines révolutions. Brandir des dieux comme Jules Chauvet sent parfois la secte, donc l'exclusion. Condamner sans appel celui qui soufre (son vin) est stupide (et pis, en plus, ne pas soufrer a minima et à la "mise", c'est la garantie de produire de la piquette! CQFD). Ces manières de faire, non seulement divisent, mais font fuir le curieux volontaire. En revanche, militer, répandre la parole, faire goûter, informer en somme, tout bonnement, creuse le sillon, certes à la vitesse de l'escargot (slowly), ou de la tortue de la fable, mais sûrement. Je réfuterai, pour qualifier ce petit livre salutaire, l'emploi du mot combat, trop guerrier, ou bien pas assez pacifique, et donc oxymorique. Le vin nu, selon la belle expression donnée par Alice Feiring, citée par l'auteur, a toujours été là, précise Antonin. Ce n'est donc pas une mode, enchérit-il. Et d'affirmer aussitôt que son avénement est un retour qui est aussi une avancée. Lumineux! Le livre passe également en revue l'oeuvre de personnages emblématiques, de Jacques Néauport (théoricien fondamental à la parole pleine de bon sens : le vin naturel, c'est tout bête, c'est un vin sans intrants, c'est tout) à Eric Callcut (et son vin Graal), en passant par Thierry Puzelat, Pierre Overnoy ou encore Olivier Cousin (vignerons de respect). Enfin, la question qui se pose à tout produit qui prend ainsi de l'envergure, est sa nécessaire réglementation. Certains rebelles la refusent au nom d'une indépendance anti normative. Discours vain, statique, obtus, voire réactionnaire, à nos yeux. Force est d'admettre qu'une reconnaissance légale claire hisserait, distinguerait, identifierait le produit. Et le protègerait des sournoiseries industrielles. Débat en cours. Chacun semble au moins s'accorder sur la nécessité de nommer tous les ingrédients contenus dans une bouteille de vin, puisque le jus de la treille fermenté demeure l'un des derniers produits alimentaires emballés à pouvoir se passer de ces informations capitales, et réputées obligatoires depuis belle lurette. Par bonheur, les gardiens du temple comme Antonin Iommi-Amunategui veilleront toujours au raisin. Prenons-en de la graine. L.M.

  • Greta Garbure en parle, et bien

    http://gretagarbure.com/2015/10/11/nos-mille-feuilles-nos-feuilletages-de-la-semaine-66/

     

    Le début du papier (cliquez ci-dessus pour le lire in extenso) : 

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  • Merci Saveurs, et merci Bruxelles!

    Dans le magazine Saveurs paru hier : 

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    http://www.bruxelles-news.be/dictionnaire-chic-du-vin/

  • Dans Terre de Vins, again

    Mazzella_Dictionnaire chic du vin_Terredevins.fr_7 octobre 2015.pdf

    Après un papier d'Isabelle de Montvert-Chaussy dans le magazine Terre de Vins de septembre (version papier), voici un papier Net + Tweeter de Benoît Lasserre, dans le même support : re-merci à BL qui remet donc le cou-verre, après Sud-Ouest (lire post précédent).

    http://bit.ly/1KZmKHF

    Capture d’écran 2015-10-07 à 11.37.38.png

     

  • Dans Sud-Ouest, ce matin

    Merci à Benoît Lasserre : 

    Mazzella_Dictionnaire chic du vin_SudOuest.fr_7 octobre 2015.pdf

    http://bit.ly/1OXyGgW

     Capture d’écran 2015-10-07 à 11.05.18.png

     

  • Les DNA qui paraissent ce jour

    H-S Passion du Vin. Merci à Sylvie Bodin pour ce papier.

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  • Livres en Vignes

    Au Clos de Vougeot (Bourgogne), le week-end dernier (salon Livres en Vignes) :

     

    IMG_0446.jpgSur le chemin clos qui mène à Vougeot.

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    Une élégante cherche l'auteur... qui la photographie.

     

    Du beau monde venu signer.

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    Le dîner du chapitre (samedi) roboratif à souhait (Livres en Vignes ou l'autre salon du cholestérol)... 

     

  • Dans "Le Monde" daté de demain, vendredi 25 septembre

    Ce joli papier de JP Gené, dans Le Monde ainsi qu'une mention de la collection dans L'Obs qui paraît ce matin. C'est la journée, après Lire (voir le post précédent, ci-dessous), who's next avant ce soir?..

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  • dans LIRE qui paraît ce matin

    Un joli papier signé Christine Ferniot :

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  • Le Rouge & le Blanc

    téléchargement.jpegDans le n°118 qui paraît, le bel article de Jean-Marc Gatteron :

    Rouge&Blanc.pdf

  • Europe1 Social Club

    Si vous n'avez rien de mieux à écouter tout à l'heure (de 20h à 21h), allumez la radio : l'émission de Frédéric Taddei, "Europe1 Social Club", accueille Denis Tillinac, Serge Bramly, Christian Berst et votre serviteur.

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  • Fausse bonne nouvelle?..

    Mon Dictionnaire chic du vin figure dans la première sélection du Prix Renaudot essai, selon le site de L'Obs : bibliobs (cliquer ci-dessous), mais pas sur les listes publiées par les sites du Figaro (lefigaro.fr) et du Monde (lemonde.fr). On se calme : Sherlock-Bacchus mène l'enquête!..

    http://bibliobs.nouvelobs.com/sur-le-sentier-des-prix/20150908.OBS5471/prix-renaudot-2015-la-premiere-selection.html

     

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  • Dans L'Express, ce matin

    IMG_0313.jpgUn papier d'Emmanuel Hecht sur mon dicOchic. Détail : je cherche l'auteur des jeux de mots cités, qui sont anonymes.

    Enfin : le livre paraît le 16. Réservez-le.

    http://www.lexpress.fr/culture/livre/l-homme-des-tavernes-de-a-a-z_1714398.html

  • Spécial Vins de L'EXPRESS

    images.jpegIl est paru ce matin et il est placé, comme toujours, sous la houlette de Philippe Bidalon. J'y invite à découvrir les crus communaux du muscadet (Gorges, Clisson, etc) : de grands vins blancs de garde issus de melon de Bourgogne, un cépage étonnant. Je fais part de très jolies découvertes en IGP Bouches-du-Rhône : des vins modestes, pas chers et excellents. Enfin, une troisième virée, à Gaillac cette fois, m'a permis de vérifier combien les cépages du cru brillaient, tant en blanc qu'en rouge, sur leur terroir originel. Bonne lecture.

    http://bit.ly/1JNBrcY 

    Beth Hart & Joe Bonamassa - I'll Take Care Of You (ça ira bien avec).

     

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  • Dans Livres Hebdo, ce matin

    Merci à (la plume sagace d') Olivier Mony.

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  • Le beaujo de Piron, c'est si beau, si bon

     

    Piron_BasseDef_Les_Cadoles_de_la_Chanaise.pngIMG_3532.jpgDétente, c'est l'heure de l'apéro. Et là, tout est dit sur la contre-étiquette (lire ci-dessous), laquelle est, pour une fois, ni niaise ni superflue ou passe-partout. Dominique Piron est un orfèvre. Un champion à Morgon (avec les Foillard et autre Lapierre).

    Il propose nombre de cuvées, dont ce beaujolais simple. Un gamay
    d'une modestie confondante, qui n'exclut pas la complexité aromatique. C'est gourmand à souhait, frais, ça se croque comme des fruits rouges à pleines mains, lorsqu'on laisse le jus couler sur notre menton. Vous voyez?..

    Les Cadoles de la Chanaise, ou l'expression conviviale d'un cépage - parfois - magicien. Nous tenons là un vin de bons copains par excellence. Un vrai vin de partage. Ce beaujolais de Piron est la red star gouleyante de l'été (6,50€).

     

    ALLIANCE LITTÉRAIRE :

    Petit éloge du temps comme il va, de Denis Grozdanovitch (folio 2€), téléchargement (1).jpegcar l'auteur se moque des influences sur nos humeurs du temps qu'il fait : il s'accommode joyeusement. Il sait en effet se réjouir de la grisaille - sa description de la pluie qui tombe (la friture divine  du grand ruissellement des pluies torrentielles) est un morceau d'anthologie -, il a le mauvais temps enthousiaste, parvient à générer du bonheur au coeur de l'ennui, et du désir sans la satiété... Grozdanovitch est un philosophe au sourire large, qui cite Ellul de surcroît. Il sait faire valoir le droit poétique à ce que d'aucuns perçoivent comme négatif. C'est un poète des nuages qu'il se plait à contempler (à l'instar de L'inconnu sur la terre de Le Clézio). Avec lui, le soleil brille dans les grandes largeurs, et la pluie chantonne, fredonne, flagelle. L'auteur a appris à saisir, comme Charles-Albert Cingria, les instants de furtive éternité. C'est un ralentisseur du temps. Et son petit livre ensoleillé, une ode à tous ceux qui prêtent une attention vétilleuse aux petits riens superflus qui sont le sel de la vieFaites passer! L.M.

     

     

  • Wine not?

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  • Camorra sur Garonne

    Au cœur de la « mafia » bordelaise 

    téléchargement.jpegLoin d’être un brûlot à charge, comme celui qui irrita nombre de propriétaires bordelais, et qu'écrivit Isabelle Saporta (Vino business), l’enquête de Benoist Simmat, journaliste économique est un réel travail d’investigation au cœur de la Bordeaux Connection (*), soit au cœur de la « mafia » des grands crus girondins. L’auteur ouvre la boîte de Pandore en démontant pièce par pièce, après l’avoir pénétré et analysé dans les moindres recoins, un système fonctionnant en vase clos, véritable microcosme de propriétaires de châteaux, négociants, courtiers et autres acteurs-clés, devenus richissimes en sachant imposer avec maestria, et au monde entier, leurs règles en matière de goût, de prix, de marché, comme autant de lois émanant de leurs Ordres à caractère maçonnique, que sont les grandes confréries du « milieu », comme la Commanderie du Bontemps (Médoc, Graves, etc.), et l’Union (des grands crus). Car celles-ci fonctionnent, selon l’auteur, comme les plus belles machines à écouler les grands crus à l’exportation. Ainsi décrit-il comment les acteurs de cette caste ont par exemple vampirisé le marché chinois, aveuglé à coups d’intronisations et de fastueux dîners de gala à l’adresse de nombreux nouveaux multimillionnaires déjà hypnotisés par la culture française, et ont orchestré, de façon artificielle, l’extraordinaire valorisation des grands bordeaux en une poignée d’années. Les pages consacrées au « hold-up des primeurs » par les dégustations « avant-primeurs », et réservées aux membres – très influents sur les marchés -, de « l’Union », sont particulièrement savoureuses. Désignant ces « barons » de la Bordeaux Connection, que sont les Cruse, Castéja, Lurton, Mähler-Besse, Miailhe, de Boüard, Bernard, Pontallier, et une poignée d’autres seigneurs en leurs fiefs, sans oublier le clan des winemakers, Simmat note que, « tous, à leur corps défendant ou non, ont constitué depuis quelques décennies une nouvelle aristocratie des affaires aux codes centrés sur le commerce d’un ancien produit plaisir, les bouteilles de vin de bons Bordeaux, devenus des marques de luxe catapultées dans la compétition économique globale. » Qui l’eut (grand) cru, il y a vingt ans ? Cependant, devant le pschitt de la bulle chinoise auquel nous assistons, l’auteur s’interroge sur l’avenir de ces fantastiques débouchés pour l’élite de l’étiquette (notamment le club très fermé des « Premiers »), devenue spécialiste des magouilles complexes et opaques, sans s’inquiéter outre-mesure : les « têtes chercheuses » du lobby lorgnent déjà vers d’autres horizons, où se trouvent les puissances de demain, du Mexique au Nigeria. L’enquête, avant tout passionnante, est solide, émaillée de très nombreux faits et dires, chiffres et anecdotes révélatrices, mais son titre est racoleur. Il n’y a pas eu mort d’homme. Alors, de là parler de mafia, et donc de méthodes mafieuses… Certes, il y a des parrains. Mais Bordeaux n’est pas Naples, ni Chicago. L.M.

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    (*) Bordeaux connection, par Benoist Simmat (First).

    Texte paru (dans une version raccourcie) dans le n° Spécial Vins de L'EXPRESS du 3 juin dernier.

  • Couv.

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    Couverture avec rabats, non corrigée, du Dictionnaire chic du vin (en librairie le 9 septembre).

  • communiqué2presse

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     cdp Déf DicoChic du vin.pdf

    Photo du bandeau de couverture : © Marine Mazzella (ma fille). 

  • Aurore Casanova

    db-photo-IMG_0593_GF.jpgPapier paru mercredi dans le Spécial Vins et Champagnes (juin) 2015 de L'EXPRESS. (Le sujet fait d'ailleurs la couv.)

    Aux kiosques, citoyens!

     

    LE ROSÉ DE LA BELLE AURORE

    Aurore Casanova est une toute jeune vigneronne qui produit un champagne rosé de caractère sur la montagne de Reims.

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    Au sein de la bannière fédératrice des “Champagnes de Vignerons” (du Syndicat général des vignerons de la Champagne), qui désigne une immense famille de plusieurs milliers de vignerons, offre tout et son contraire, le meilleur comme le pire. Cette diversité extraordinaire est à la fois une chance et un inconvénient. Saisissons-là comme l’opportunité de jouer à la loterie, ce risque douillet qui réserve de jolies surprises. Ainsi, du champagne Aurore Casanova. Le nom, déjà, invite à gober une huître dans le corsage d’une Vénitienne, à l’heure où blanchit la place Saint-Marc... Puisque c’est uniquement ainsi que le célèbre libertin lettré mangeait ses bivalves. Aurore Casanova est le patronyme d’une jeune vigneronne – elle est née en 1987 -,  l’âge des chardonnays de l’hectare cinquante-deux de sa propriété. Les pinot noirs, qui représentent deux tiers de la surface, sont à peine moins jeunes, puisqu’ils ont été plantés en 1968. Après qu’elle ait suivi des études d’oenologie, ce précieux terroir lui a été confié par sa mère – son père n’étant pas intéressé par le sujet. Les premiers résultats sont enchanteurs, surtout sur la cuvée de champagne rosé (le domaine propose aussi un blanc). La robe délicatement saumonée (50% chardonnay, 35% pinot noir et 15% pinot meunier), le cordon mince de ses très fines bulles, son nez vif de fruits rouges comme la fraise fraîche et juteuse, cette touche vanillée au second nez, et puis cette bouche intense, qui possède ampleur et amplitude, et où nous devinons le travail serein du chêne, en font un rosé à boire seul, pour lui-même, d’abord. 400 bouteilles (26€) à peine sortent du domaine – autant dire que l’adjectif confidentiel n’a jamais aussi bien apposé au mot cuvée. La propriété, qui s’inscrit dans une démarche environnementale et durable – Aurore Casanova s’inspire même de certains principes de la culture en biodynamie-, est située sur le vaste et beau terroir de la Montagne de Reims. Cependant, ce flacon à l’étiquette chic, où l’on devine un masque vénitien en forme de coeur percé d’yeux, goûté sur la cuisine très (trop) élaborée du chef Akrame Benallal un soir de février dernier, sait escorter avec maestria certains mets, et il excelle sur les saveurs qui ne s’en laissent pas compter, d’ordinaire. Si le rosé d’Aurore Casanova n’aime en revanche pas se fiancer avec les champignons (on le comprend), il ne déteste pas se frotter à un poisson blanc et ferme comme la lotte, Capture d’écran 2015-06-07 à 11.47.05.pngvoire sur une viande rouge très saignante ) capable de révéler sa puissance. Le rosé d’Aurore Casanova possède autant de caractère que sa jeune propriétaire, ex-danseuse classique et néovigneronne qui sait ce qu’elle veut. Léon Mazzella

    Photo : © Dominique Bruneau

  • Spécial Vins de L'Express

    Il est paru ce matin, avec l’hebdo. 100 pages de plaisir, placées sous la houlette de Philippe Bidalon, auxquelles nous avons ardemment collaboré. Cours vite au kiosque le plus proche, citoyen papivore et amateur de bonnes bouteilles, afin que VIVE LA PRESSE ECRITE!

    IMG_3490.jpgA lire, notamment, des papiers sur le crowdfunding et le vin, les Bordeaux primeurs, un tour de France des vignobles (nous avons abondamment traité la Loire, l'Alsace, le Sud-Ouest, la Champagne, et pas que), les livres, l'Armagnac, les rosés de l'été (tant de flacons dégustés pour une sélection drastique et à haute valeur ajoutée garantie par nos papilles réunies), et encore bien d'autres réjouissances, dans ce numéro très spécial, très goûteux, très gouleyant, salivant, soiffard parfois, profond aussi, sincère toujours.

  • Vivement Nîmes

     

     

    Capture d’écran 2015-05-22 à 11.29.43.pngQuelles affiches, por dios!.. Un mano a mano Morante de la Puebla - El Juli cet après-midi (avec des Garcigrande), une mixte (!) dimanche matin, avec Pablo Hermoso de Mendoza à cheval (2 toros de Fermin Bohorquez) et Enrique Ponce à pied face à 4 autres toros (notamment un Victoriano del Rio), et l'après-midi, c'est le retour à Nîmes des Victorino Martin! Avec deux spécialistes des toros compliqués, voire durs : Rafaelillo, et Manuel Escribano (ce dernier a triomphé à Séville, il y a deux ans), et enfin Paco Urena, qui confirmera son alternative... Et qui a gracié un Victorino l'année dernière. Cela promet - et nous serons dans les gradins (pour les Victorino seulement). "Vivement dimanche!", dirait Miguel El Drouquér II.

    Et vive les vins des Costières de Nîmes, qui organisent ce week-end de fiesta et de feria, aux bons soins de l'agence lyonnaise Clair de Lune. A suivre, pour le compte rendu de la corrida, et surtout des dégustations.

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  • Zanzibar

    Papier paru ce matin dans L'Express, sur Zanzibar, où je me trouvais à la fin de l'été dernier :

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    Il y a des noms qui propulsent dès qu’on les prononce : Samarkand, Tombouctou, Zanzibar possèdent le génie du lieu entre leurs lettres. Ces mots font rêver, et refilent illico une envie d’y aller voir. Alors nous y sommes allés – voir.

    Zanzibar:Mazzella2.JPGZanzibar:Mazzella8.JPGZanzibar:Mazzella11.jpg

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    Si l’archipel tanzanien de Zanzibar (de l’arabe Zinj el Barr : « le pays des Noirs »), désigne trois îles : Unguja, Pemba et Mafia, c’est la première, appelée simplement Zanzibar, qui se visite en priorité, en partant de Dar es Salaam à bord d’un petit avion, ou mieux, par bateau depuis Bagamoyo – « là où meurt mon cœur », en Swahili, petite ville côtière qui fut jusqu’au XIXe siècle la base arrière de Zanzibar, alors plaque tournante du commerce des épices – et notamment du clou de girofle -, de l’ivoire et des esclaves. Stone Town, la capitale zanzibarite, est plus connue sous le nom de Zanzibar City. Cette splendide petite cité, dont l’architecture a subi tour à tour les influences portugaise, allemande, arabe et anglaise, est un lacis de ruelles très étroites, un éparpillement de palais délicieusement décatis, et de marchés aux épices et aux poissons qui enrichissent durablement notre mémoire olfactive. Quelques monuments comme The house of Wonders (la maison des Merveilles), ou le Fort arabe, et les jardins Forodhani, envahis chaque soir d’échoppes proposant des grillades de poissons, justifient une à deux journées de visite, avant de filer vers l’extrême nord de l’île, à une soixantaine de km de là (une heure en voiture, le double en « daladala », le bus local), aux seules fins d’avoir l’Océan indien pour horizon turquoise, en un lieu inouï et loin de tout tumulte, où chacun est prié de laisser ses tracas sur le perron d’un Lodge accorte.

    Zanzibar:Mazzella10.JPGIl n’en manque pas, de part et d’autre du  « mnarani » (phare, en Swahili), sur ce long cordon de plages de sable blanc, où une mer d’une extrême transparence se retire loin, et où, dès l’aube, les femmes pêchent à pied, poulpes, crustacés et divers poissons aux tons chatoyants, échoués dans des vasques rocheuses. A quelques centaines de mètres, une barrière de corail arrête les vagues et offre un contraste de bleus empruntés à une toile de Nicolas de Staël. A pied (plus ou moins) sec, il faut zgzaguer sur un sol hérissé d’oursins aux longs piquants – nul ne les ramasse – et parsemé d’énormes étoiles de mer rouge sang et noir qui semblent issues d’une pluie céleste. L’expression un brin ridicule : « plonger dans la carte postale », vient inévitablement à l’esprit, quoiqu’on s’en défende, en ce « Finisterre » d’une île au nom mythique. Le village de Nungwi, dont la pauvreté contraste avec le luxe des Lodge, comme dans tant d’endroits du monde, possède une curiosité, à même la plage : il s’agit d’un très artisanal chantier naval, où sont fabriqués des « dhows », ces boutres en bois et à une seule voile qui cabotent paisiblement sur ces côtes depuis des siècles. On embarque facilement à bord de l’un d’eux pour quelques dollars, afin de faire une grande balade au-delà de la barrière de corail, escorté par des dauphins, ou de pousser jusqu’à l’île de Mnemba voisine (et privée : elle appartient à Bill Gates, ainsi qu’à la chaîne sud-africaine de Lodge luxueux &Beyond), pour plonger avec masque et palmes dans ce Parc National marin, voire de lancer une ligne à la traîne, au retour, si le vent gonfle fort la voile, tout en observant les pêcheurs, de l’eau à la taille, tendre un grand filet circulaire et meurtrier. Léon Mazzella

     

    ON THE ROCK

    Zanzibar:Mazzella15.JPG« Tout homme se doit d’avoir un jour une bouteille à son nom dans un bar de Zanzibar », déclare Mezz Mezzrow, personnage de Tous les bars de Zanzibar, roman de David McNeil (Gallimard). Si l’on souhaite pousser le bouchon de la sorte, autant le faire dans le bar-restaurant le plus insolite de l’île, The Rock, situé devant la plage de Michamvi Pingwe, sur la péninsule de la côte sud-est (à moins d’une heure de route de Nungwi, et autant de Stone Town). Cette  cabane cernée d’arbustes, occupe la totalité d’un rocher que l’on atteint à pied, ou bien en barque à marée haute. Le coucher de soleil y est anthologique, l’espadon mariné, comme le barracuda braisé, généreusement épicés. Il ne reste alors plus qu’à signer un flacon pour que la vie soit un roman. L.M. 

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    Photos : © L.M.

    Lire : Tanzanie & Zanzibar (Bibliothèque du voyageur, Gallimard)

     

  • Avant-première

    Les sites de vente en ligne annoncent déjà mon prochain livre, qui paraîtra fin août : Dictionnaire chic du vin (Ecriture), c'est 350 pages serrées d'hédonisme, de sérieux et de déconne, d'éloge du bien-vivre et du sang de la vigne - et ses inséparables connotations littéraires, musicales, sensuelles. Voici un aperçu capturé sur le site de la fnac : 

    Capture d’écran 2015-04-14 à 08.42.30.png(avec une belle faute d'orthographe -ZZ- sur la couv. provisoire)
    Capture d’écran 2015-04-14 à 08.48.16.png

  • Julie...

    sur ma page facebook, à l'instant :
    Kally Vasco
    8 min · Modifié · 
     
    Bon, faut arrêter ces conneries : je suis en train de regarder "Les carnets de Julie" (Andrieu) sur la chaîne n°3, parce qu'elle est a casa (au Pays basque). Mais c'est affligeant de poncifs d'un officio touristico en mal d'imagination : le château d'Abbadia, la corniche jusqu'à Hendaye, les tapas à Fontarrabie, le piment d'Espelette (in situ), Arnaga!, le petit train de la Rhune!... Arcé à Baïgorry, aussi institutionnel que Duplessy (Ostalapia à Ahetze), Dominic Lagadec et son cidre de Txopinondo (voir mon reportage dans le dernier n° de "Pyrénées magazine" sur le sujet : "Txotx"),
    et même mon pote Gorka au chant... Mais bon, ça, encore, c'est bien - il y a pire : Ciboure avec 2 "r" sur la carte (on se croirait sur les breaking news en long de BFM), je chipote, je sais, et la chasse à la palombe : au secours! Image : 2 colverts passent dans le ciel, oui, des canards, et aussitôt ça tire... Puis, après une pause taloa ventrèche dans un bar cayolar sympa, deux Dianes chasseresses apportent... des pigeons biset, des pigeons de ferme et d'église, quoi! Même pas des colombins (qui passent juste avant les palombes - c'est-à-dire les ramiers) et abusivement appelés ramiers, d'ailleurs... Ca sent le faisan concocté par une prod° parisienne sans scrupule et surtout sans aucun souci de véracité. Et ça, ça fait mal. Honteux. J'aime mon pays d'adoption, mais lorsque je le vois singé ainsi, j'ai franchement honte. Il y a aussi quelques clins d'oeil non nommés au passage - donc je le fais : les charcuteries de Pierre Oteiza, les vins de Jean Brana (deux potes, je confesse). Bon, Duplessy cite (rattrapage?) en vitesse la poire de Martine Brana. Mais l'ineffable Julie est tellement charmante, dans son rôle d'ingénue qui découvre la province et ses sauvageries comestibles concoctées par des congénères si sympathiques... Ayayaye.

  • Dessins et étiquettes de vin (en hommage)

    Il y en a beaucoup. En voici deux que j'aime particulièrement.

    Capture d’écran 2015-01-17 à 13.35.54.pngCapture d’écran 2015-01-17 à 13.35.09.png

  • Flacons de fêtes (déjà!)

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    Sélection de livres sur le vin (papier paru cette semaine dans L'Express, par L.M.) : 

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    UN CLASSEMENT A LA LOUPE

    Ils sont 87 châteaux du bordelais à pouvoir inscrire la formule magique qui agit comme un sésame pour le monde entier, depuis l’Exposition universelle de 1855. « Le » classement, intemporel, souvent décrié, mais toujours en vigueur, signe les domaines les plus réputés du Médoc, des Graves et du Sauternais. C’est à une découverte de l’esprit et de l’histoire de ces crus d’exception que nous invite cet ouvrage co-signé par Jean-Charles Chapuzet (textes), et Guy Charneau (photos). Au-delà des mythiques Lafite-Rothschild, Latour, Margaux, Yquem, Haut-Brion et autre Mouton-Rotshchild, l’amateur découvre quantité d’histoires d’hommes, de terroirs, ayant forgé une certaine philosophie de la qualité et du prestige. Les Grands Crus Classés se sont d’ailleurs portés candidats, comme un seul homme, au classement au patrimoine immatériel mondial de l’Unesco. A suivre. 

    1855. Bordeaux. Les Grands Crus Classés, Glénat, 49,90€

    ETERNELLE EXTRAVAGANCE

    Fort du succès de « Culture whisky », Patrick Mahé récidive avec « Culture champagne » et nous fait pénétrer dans l’univers de l’extravagance, de l’art de vivre et du luxe accessible, en nous contant de façon didactique mais en souplesse, l’histoire pétillante d’un vin unique au monde, ainsi que les arcanes de son élaboration, sans oublier la grâce, l’élégance, et la part de mystère dont le champagne est auréolé. Nous entrons, autour de Reims, d’Epernay et d’Aÿ, jusque dans les crayères des maisons les plus prestigieuses, escorté par des photos remarquables signées Shoky Van der Horst,  et l’ouvrage, qui évoque entre autres les noces fréquentes du champagne avec les arts, ne manque pas de faire la part belle aux femmes du Champagne (elles ne sont pas toutes veuves) ; ses meilleures ambassadrices.

    Culture Champagne, Le Chêne/ EPA, 35€

    LES CLÉS DE BORDEAUX

    L’Ecole du vin de Bordeaux, émanation du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB), propose aux professionnels et aux particuliers des formations diverses, qui vont de l’initiation au perfectionnement le plus pointu. Elle est devenue une référence, y compris à l’étranger, puisqu’elle inscrit son action au sein d’un réseau de 35 écoles spécialisées. C’est la quintessence du savoir et du savoir-faire de cette prestigieuse école qui se trouve rassemblé dans un ouvrage précieux et ludique à la fois, jamais abscons et cependant sérieux. « L’Essentiel des vins de Bordeaux » fait le tour de la question à la manière d’un guide ludique, en livrant toutes les clés nécessaires à la compréhension du terroir, du vignoble, d’une filière unique en son genre (dans les relations entre les châteaux et le négoce), d’une mosaïque d’AOC, des classements des grands crus, de l’année vigneronne jour après jour, de la vinification, et jusqu’aux alliances gourmandes, en passant par la dégustation. L’ensemble, présenté de façon concise, est agrémenté d’infographies terriblement pratiques et de croquis synthétiques, dans un ouvrage d’une grande clarté qui n’oublie jamais la dimension humaine de l’univers de la vigne. Cerise sur le bouchon : 38 vidéos sont téléchargeables depuis le livre, à partir de QR codes, qui permettent de prolonger la lecture, avant de se rendre sur le terrain. 

    L’essentiel des vins de Bordeaux, éditions de La Martinière, 19,90€

    LA MÉMOIRE DE L’OUTIL

    C’est un véritable musée de la vigne et du vin en 700 photos qui se trouve dans les pages d’un superbe album à dimension historique. Le prolongement de la main du vigneron a en effet toujours été un outil, fruit de l’imagination judicieuse de l’homme. La mécanisation croissante de ce métier tend à ranger au musée cette profusion d’objets utiles, cette mine d’ingéniosité, ces inventions d’une grande beauté aussi, que sont « Les outils de la vigne et du vin ». L’ouvrage est signé par deux passionnés, Sréphane Bernoud (rédacteur du livre) et Dominique Auroy, initiateur du projet. Ce dernier a constitué son propre musée… à Tahiti (ainsi où il a également créé, ex nihilo, un vignoble singulier sur l’atoll de Rangiroa, dans l’archipel de Tuamotu). L’ouvrage rassemble donc la collection privée, riche de plus de mille outils, de Dominique Auroy. Et il a été conçu avant tout afin de transmettre l’image et la trace d’un savoir aux générations futures. Mine d’informations sur les outils ayant servi au travail du sol, à la taille, au traitement de la vigne, au pressurage, aux vendanges, la tonnellerie, sans oublier la cave et la dégustation, l’album est enrichi par ailleurs de quantité de cartes postales anciennes. Celles-ci retracent une belle histoire humaine et l’on sent par ailleurs, en regardant de près ces outils dont l’usure extrême est palpable, la trace des mains des hommes, la beauté de leurs gestes, leur force paysanne et la difficulté de leur travail, aussi. Ce qui augmente l’émotion à la lecture. 

    Les outils de la vigne et du vin, La Taillanderie, 75€

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    Et quelques autres notules (non parues) sur d'autres livres :

    VIN ET NUMÉRIQUE

    La collection des Précis Féret, petits manuels pratiques à l’usage des professionnels de la filière vitivinicole, étudiants compris, et des amateurs éclairés, s’enrichit d’un ouvrage consacré aux relations qu’entretiennent forcément le vin et les réseaux sociaux. Nul ne semble en effet pouvoir échapper à l’avantage qu’il y a à utiliser (intelligemment) ces nouveaux modes de communication, dans le cadre d’un développement marketing, stratégique, commercial ou simplement d’information. Ce précis est ainsi un manuel d’aide à la décision pour des acteurs du monde du vin encore perplexes devant un phénomène relativement récent et complexe dans son utilisation, surtout lorsqu’il s’agit de boissons alcoolisées...

    Les Réseaux sociaux et le vin, par Patrice Malka et Vincent Pétré, Féret, 9,90€

    DÉGUSTATION BIODYNAMIQUE

    « Le Guide des vins en biodynamie », signé  Evelyne Malnic, créatrice par ailleurs du site plusbellelavignebio, en est à sa troisième édition et c’est donc un signe (positif) du succès rencontré par les nouvelles méthodes culturales douces et prônant une certaine symbiose avec la nature, qui touche à une philosophie fondée sur l’amour et le respect quasi absolu de la terre. L’auteur n’hésite pas à parler au sujet de la biodynamie « d’avant-garde de la viticulture française, voire de la viticulture de demain », ici et partout ailleurs. 487 vins bios (français et suisses) ont été dégustés  à la fin de l’année 2013 par un jury composé de 23 dégustateurs professionnels, et sont commentés dans ce véritable guide pratique singulier, qui milite de manière gourmande en faveur de vignerons engagés, passionnés et convaincus par les bienfaits de leur démarche écologique.

    Le Guide des vins en biodynamie, Féret, 22,50€

  • Je préfère le vin

    sur ma page fesses de bouc : 


    Capture d’écran 2014-11-22 à 20.56.04.png

  • Saint-Mont-sur-Seine

    Dégustation gersoise de la gamme de Plaimont producteurs, hier sur une péniche amarrée quai de Montebello (Paris 5), devant une ribambelle de stands dédiés aux produits gourmands du Sud-Ouest. Autant dire qu'il y a pire, comme fin de journée, surtout avec cet été indien, la Seine en bas, Notre-Dame au bout du bras, un pont rutilant de cadenas amoureux au-dessus des yeux - qui prenaient, l'une et l'autre et à mesure, les rayons orangés d'un soleil qui rechignait à aller se coucher, et enfin une charmante dégustatrice passionnée et blogueuse de talent pour croiser le verre à mes côtés. J'ai pu ainsi goûter, tout en discutant avec l'équipe à bérets (notamment Joël Boueilh et Olivier Bourdet-Pees), la fameuse cuvée confidentielle de tannat (clonés à tout va) pré-phylloxériques, ainsi que la non moins confidentielle cuvée de vignes issues de tannat immédiatement plantées après le funeste passage, fin XIXè, du satané phyllo (Madeleine) - il paraît que ces ceps sont larges comme des troncs : il va falloir aller voir cela. Mention spéciale au splendide Monastère de Saint-Mont. Plaimont, ce sont en somme des vins de synthèse et d'équilibre, car ils sont à la fois tendus, profonds, structurés, puissants et élégants, voire raffinés comme peuvent l'être certains gentlemen-farmers hemingwayens sur les bords (bourrus comme des ours et fins comme des papillons) : c'est ça que l'on aime, non? Cette égale distance entre force et finesse que l'on recherche systématiquement dans ces régions, se trouve dans un verre d'Empreinte, dans un autre du Faîte, totalement dans un de Monastère, avec beaucoup de classe dans un verre de Madeleine, et avec plus de légèreté dans Sabazan, et de subtilité facile dans Nature secrète...

    Photos ci-dessous : 1- la (fameuse) vigne préphylloxérique, 2- La Madeleine de Saint-Mont (magnifique), 3- Nature secrète (bio), 4 -Le Monastère (respect), Empreinte (en blanc et en rouge), château Sabazan, 5- Les vignes retrouvées (blanc), Le Faîte, et enfin 6- Rosé d'enfer (superbe!), Hat-Trick (bof, pour les anglo-saxons) et Béret noir (j'adore).

    IMG_1945.JPGIMG_1946.JPGIMG_1947.JPGIMG_1948.JPGIMG_1949.JPGIMG_1951.JPG

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    C'est donc l'occasion de publier, ici, le papier qui est paru dans le hors-série Vins de L'Express en juin dernier :

    La cave de référence : PLAIMONT

    Avec Tain-L’hermitage (Drôme), la cave de Saint-Mont, dans le Gers, fait partie des caves coopératives qui comptent. Pl pour Plaisance, Ai pour Aignan, Mont pour Saint-Mont sont les segments qui résument la réunion de trois caves en 1979. Plaimont Producteurs, alors sous l’égide d’André Dubosc, est aujourd’hui présidée par Joël Boueilh et dirigée par Olivier Bourdet-Pees. La cave s’est enrichie en 1999 de celles de Crouseilles (Madiran, Pacherenc du Vic-Bilh, Béarn) et de Condom (Côtes de Gascogne). Et c’est 1000 producteurs, 5300 ha, 40 millions de bouteilles et 200 salariés. Singulière cave qui possède aussi des IMG_1952.jpgchâteaux prestigieux comme Saint-Go, Sabazan, ou encore Cassaigne. La force de Plaimont est écrasante : 98% de l’AOC Saint-Mont, 55% de celle de Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, 50% de l’IGP Côtes de Gascogne. Avec des fleurons dans le giron : le célébrissime Colombelle (blanc nouveau, léger et légèrement perlant), l’excellente Madeleine de Saint-Mont (rouge puissant), issu d’une parcelle de la renaissance du vignoble, car plantée en 1880, immédiatement après le passage du phylloxéra. Le Passé authentique (St-Mont blanc sec).IMG_1225.jpg Océanide (un St-Mont rosé de caractère). Et le fameux Pacherenc (blanc moelleux) vendangé à Viella dans la nuit de la St-Sylvestre – les premières vendanges de l’année !  Car Plaimont est la cave des coups médiatiques – elle propose depuis peu la confidentielle cuvée Les vignes préphylloxériques, issue de Tannat et de Pinenc « francs de pied » datant de 1871. Ainsi que des partenariats qui décoiffent, comme Jazz in Marciac. Léon Mazzella

    Plaimont, 32400 Saint-Mont.

    J'ajoute ce portrait express d'un jeune vigneron en AOC Fronton qui fait des vins formidables (paru sur la même page, dans L'Express) :

    Le vigneron à suivre : CÉDRIC L'ENCHANTEUR

    Lorsqu’il reprend les rênes de la propriété familiale, Cédric Faure, 5è génération au château LaViguerie de Beulaygue, situé au nord de l’AOC Fronton, a 21 ans, un BTS de viticulture-œnologie en poche et des projets plein la tête. Le domaine vendait en vrac au négoce jusqu’en 1995. Cédric révolutionne tout ça avec ses parents, et crée rapidement une gamme de vins qu’il signe de son empreinte. Sublimer la négrette (et la syrah) est l’impératif. Le vignoble de 18 ha jouit d’un sol de rougets, de graviers et de boulbènes qui donnent à « l’enchanteur », la cuvée haut de gamme, sa complexité aromatique. « C’est le fruit d’un travail de fond sur le vignoble, en réduisant les rendements à 25 hl/ha, sur la taille de la vigne afin de faire respirer la négrette, cépage fragile, et d’une sélection parcellaire selon les sols. J’obtiens ainsi des vins où dominent la réglisse, les fruits noirs confiturés. En bouche, l’enchanteur n’a pas de tanins exubérants, mais une souplesse, de l’ampleur et une belle longueur », dit-il. L.M.

    La Viguerie de Beulaygue, 1650 chemin de Bonneval, 82370 Labastide Saint-Pierre.

  • Irouleguy

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    Capture d’écran 2014-09-06 à 11.52.41.pngPapier paru cette semaine dans le spécial vins de L'EXPRESS, conçu et réalisé par Philippe Bidalon (photo : © Jean Brana) : 

    http://bit.ly/1qo06zL

    UNE AOC BONDISSANTE

     

     

  • Mon livre de cave, 3è

    Mon livre de cave.jpg

     

     

     

     

     

     

    Il est arrivé ce matin, chez moi et sur les bureaux des confrères intéressés par le sujet. C'est la troisième édition, depuis 2007, de Mon Livre de cave (éd. du Chêne). Suit, dans quelques jours, une troisième édition également, de Mon Carnet de dégustation (Chêne). Bon, il n'y a pas de quoi en faire un ardi gasna. Peut-être ouvrir une boutanche tout au plus, mais nada mas. Enjoy!

     

    Publié en septembre 2007, réimprimé et relooké en septembre 2010, le voici en septembre 2014, revêtu d'une 3è couverture assez chic. C'est avant tout un livre pratique pour gérer sa cave, mais qui commence par vous dire tout sur les cépages, les vignobles, les appellations, les arcanes et les règles principales de la dégustation, et surtout qui donne tous les conseils, trucs et astuces pour pouvoir monter sa cave convenablement et sans risque : comment la choisir, la constituer judicieusement, la conserver, la bichonner, la suivre, l'entretenir, la protéger... Il est enrichi d'une série de collerettes pré-remplies et à compléter soi-même avec l'identité de chaque bouteille. 
    En marge de ce livre, j'ai donc aussi rédigé et réalisé pour le même éditeur, un Carnet de dégustation, enrichi d'un glossaire essentiel du vin et de sa dégustation, et conçu comme un carnet moleskine du vin avec son élastique (vendu séparément). 

     

  • LUXE, CANNE ET VOLUPTÉ

    rhum.jpegPapier paru dans le hors-série "vins" de L'Express il y a quelques jours => allez, zou! tous au kiosque! Pour que vive la presse écrite!

    Rhums agricoles

    LUXE, CANNE ET VOLUPTÉ

    Par Léon Mazzella

    Il y a le rhum de mélasse – à la sonorité déjà dégradante, issue de résidus de sucrerie, et dont on fait la plupart des rhums basiques de la planète. Et puis il y a le rhum de canne, issu de la fermentation et de la distillation du vesou, le jus de canne à sucre. Et ça a une autre allure – au nez comme en bouche. Pour cela, il n’y a guère que la Martinique (et la Guadeloupe, bien que celle-ci ne bénéficie d’aucune AOC) qui vaillent. D’aucuns en produisent à La Réunion et à Maurice, mais force est d’admettre que les seigneurs de l’agricole nichent sous les tropiques antillais, rompus depuis des siècles à l’élaboration minutieuse du rhum à base exclusive de jus de canne. Le rhum agricole doit son acte de naissance au Père Jean-Baptiste Labat qui, en 1694, bricola une guildive (eau-de-vie sucrée) afin de soigner la fièvre. Ce qui autorise les guadeloupéens (en créole, « pèrlaba » désigne un esprit fûté) à se considérer comme les inventeurs de cet alcool, car le missionnaire dominicain l’élabora à l’artisanale distillerie Poisson, sur l’île de Marie-Galante. La culture de la canne connut alors un essor considérable qui dura jusqu’à l’aube du siècle dernier. 

    Une AOC pour la Martinique

    Il y a eu les dix commandements, les douze salopards et les sept samouraïs ; et puis il y a les onze rhums. De la Martinique. En obtenant une AOC le 5 novembre 1996, les apôtres de la canne à sucre, plante introduite dans l’île en 1638 par Christophe Colomb, ont hissé le rhum agricole et le rhum agricole vieux au niveau des meilleurs alcools européens. Que celui qui n’a jamais confondu un excellent cognac, voire un armagnac ou un calvados (lire par ailleurs dans ce numéro) avec un rhum agricole vieux en les dégustant à l’aveugle, lève le doigt. Ces liqueurs ambrées répondent aux jolis noms de Depaz, Lamauny, Bally, Clément, Neisson, Dillon et autres J.M. (Crassous de Médeuil, pour les intimes), Trois Rivières, Old Nick, Saint-James, Habitation Saint-Etienne (HSE pour les initiés du rhum de Gros-Morne)… Rappelons d’une ligne qu’il y a peu encore, le rhum entrait dans nos foyers par la cuisine, au placard pâtisserie, et n’en sortait, ni à l’heure de l’apéritif, ni à celle du digestif. Il aura fallu la mode des cocktails pour que le rhum agricole (blanc, d’abord) sorte du bois (et du formica). Le rhum ambré et le rhum vieux attendaient leur heure. Aujourd’hui, ce dernier s’apprécie seul comme une autre eau-de-vie brune, à l’instar d’un armagnac, et escorte à l’occasion son vieil ami le havane. À l’heure où les tourments de la vie quotidienne encombrent notre esprit, un rhum, un cigare, et ainsi soit-il ! Cela permet en effet de tirer un trait sur les soucis tout en faisant apparaître des saveurs de vieux souvenirs, des splendeurs aromatiques où se mêlent soleil et miel, canne et vanille, poivre et cuir, touffeur humide et sourire caraïbe. Avec un couple aussi sensuel, tout est affaire de calme et de volutes. Luxe, canne et volupté, en somme. 

     

    IMG_1225.jpgDU VESOU AU FOUDRE

    Le « vin de canne », ou vesou, titre 5 petits degrés. Il est issu de la fermentation éthylique du jus par l’action des levures naturelles, puis il est distillé (en continu) dans un alambic à colonne, composé de plateaux « d’épuisement » qui reçoivent le vin par le haut. Le résultat titre 70°, qu’il convient de diluer jusqu’à obtenir 55° ou  50°, selon que l’on souhaite faire un rhum ambré, un rhum vieux, ou un rhum paille ou bien un blanc, bien sûr (ils sont tous « agricoles »). Les rhums agricoles passent de un à quinze ans en foudres de chêne. Quatre ans sont nécessaires pour obtenir un VSOP, six pour un XO, et entre huit et douze ans pour qualifier un rhum « Vieux hors d’âge ». L.M.

     

     

     

  • L'ivres-se

    IMG_1225.jpgPapier sur les livres évoquant le vin et autres breuvages paru dans le hors-série vins de L'EXPRESS / L.M.

     

    L’AUTODÉRISION DE L’AMATEUR BOBO

    Mimi, Fifi & Glouglou, par Michel Tolmer, L’épure, 96 p., 22€

    Les habitués de l’hilarant site Glougueule, « pour les hommes et les femmes de glou », créé par Michel Quesnot, connaissent les aventures  - sous-titrées : « Petit traité de dégustation » - de ce trio de joyeux drilles qui n’a qu’une obsession : déguster des vins à l’aveugle. Michel Tolmer, célèbre dessinateur au service de la dive, nous régale en pratiquant l’autodérision avec finesse. Car son trio, loin d’occuper « les territoires de l’arrogance et de la morgue », comme le dit justement dans sa préface Jacques Ferrandez, autre auteur célèbre de BD et compagnon de zinc, se vautre avec joie dans la syntaxe du bobo qui ne désigne un vin que par le prénom du vigneron, ou bien par la parcelle inconnue dont est issu ledit vin. Un grand moment de rigolade à lire à la régalade.

     

    livres vins.jpegLE RUBAN MAGIQUE

    La magie du 45è parallèle, par Olivier Bernard et Thierry Dussard, Féret, 160 p., 19,50€

    Ce ruban planétaire –situé entre le 45ème et le 50ème parallèle -, est une sorte de ligne de démarcation, « une ligne de partage où convergent les équilibres », résume Olivier Bernard (Domaine de Chevalier, dans les Graves), coauteur de cet ouvrage avec le journaliste Thierry Dussard et vingt-six contributeurs aussi prestigieux dans leur domaine propre, que Michel Serres, Alain Dutournier, Jean-Louis Chave et Jean-Robert Pitte. C’est donc à la fois une bonne étoile et un beau mystère, car il permet d’engendrer des vins exceptionnels sur son sillage. Comme il existe ainsi une ligne de partage du vin (à l’instar de celle des eaux), une « ligne à haute tension » qui ne donne « rien de trop », souligne l’écrivain Jean-Paul Kauffmann dans sa préface. C’est le méridien de Greenwich des amateurs du sang de la vigne, « le tracé de l’excellence », « le fil rouge de l’excellence viticole », précise Aubert de Villaine (même si le 45è touche surtout Bordeaux et si la Côte d’Or se situe sur le 47è). Car il faut s’y résoudre : c’est là que ça passe, par ce juste milieu que ça se passe, là que l’équilibre se fait et que l’excellence naît,  par le biais d’une alchimie aussi poétique que scientifique, mais que l’indispensable savoir-faire de l’homme vigneron parachève. Parallèle jacta est, pourrait-on ajouter. 

     

    LA BIBLE EFFERVESCENTE

    Un parfum de champagne, par Richard Juhlin, Féret,  400 p., 54,50€

    L’auteur, réputé être le plus grand expert au monde des vins de Champagne, est un surdoué du nez, un souverain pif ! Il en a dégusté et noté 8000 pour cet énorme livre appelé à faire date. Œnologue suédois, journaliste wine globe-trotter  et conférencier recherché, Richard Juhlin offre cette somme dont l’ambition est d’être, de son propre aveu, « une approche aromatique orientée sur le plaisir de la dégustation, reflétant ma propre philosophie de l’effervescence champenoise ». Une sorte d’autobiographie ouvre le livre, qui se poursuit naturellement par des chapitres évoquant l’histoire, la géographie, le savoir-faire champenois, enrichie d’une galerie de portraits et de l’écho prodigieux du champagne dans nos univers culturels. Il s’agit cependant d’un propos personnel à chaque page, car Juhlin est davantage épicurien que technicien : « je transforme en mots ces instants fragiles de la dégustation où je sens le champagne », écrit-il par exemple. La seconde partie de l’album, qui passe en revue 8000 flacons, force le respect, car non seulement les notes reflètent un talent, mais elles font également écho, avec sensibilité et respect, aux hommes et aux femmes qui élaborent le vin le plus magique du monde. Et l’auteur d’ajouter  « une chose est certaine, après avoir dégusté tous ces Champagne, la vie est trop courte pour boire du cava espagnol ! ». Pop… 

     

    LE VERRE EST UN PASSEUR D’ÉMOTION

    Inspirations, par Gérard-Philippe Manbillard, Glénat, 25€

    L’idée, originale, revient à Christian Michellod, qui créa la Fondation Moi pourlivres vins1 1.jpeg Toit, destinée à venir en aide aux enfants de Colombie. Puis ce livre, pour évoquer les vins du Valais (Suisse) en invitant des stars du cinéma, du sport, de la littérature, de la mode ou de la musique à photographier le plus librement possible un verre de vin. Cela produit un livre estuaire, « dont les histoires se rejoignent comme des rivières qui se jettent à la mer ». De Paul Smith à Sandrine Bonnaire, d’Eric Neuhoff à Viggo Mortensen ou encore de Jacques Dutronc à Zinédine Zidane et Sarah Moon, 56 regards très personnels et redoutablement esthétiques pour la plupart composent un album singulier.

     

    TRONCHES ANGEVINES

    Vignerons d’Anjou, Gueules de Vignerons, par Jean-Yves  Bardin (photos) et Patrick Rigourd (textes), Anovi, 128 p., 22 €

    C’est un livre de douceur. Angevine, pour le coup. La galerie de portraits brut nature de cette pléiade de vignerons d’Anjou est une ode à l’humain qui travaille la vigne avec talent, constance et pugnacité tout en respectant  les lois naturelles et en repoussant l’intrant chimique comme la peste. Il y a des stars : Nicolas Joly, Agnès et René Mosse, Patrick Baudouin, Mark Angeli, Jo Pithon, Vincent Ogereau… D’autres un peu moins connus. La plupart travaillent « en bio » et tous affichent ici leur authenticité, car ces portraits saisis sur le vif comme une côte sur la braise, disent l’Anjou vigneron qui hisse son savoir-faire au plus haut depuis quelques années, et vise les sommets. Feu !

     

    SAKÉ MODE D’EMPLOI

    L’Art du saké, par Toshiro Kuroda, photos d’Iris L., La Martinière, 224 p., 49€

    Toshiro Kuroda est un sakéologue passionné par ce produit japonais méconnu, sorte de « bière de riz », fabriqué à base de riz rond, poli, fermenté, puis pasteurisé et qui exprime une palette aromatique à faire pâlir les vins les plus complexes. L’auteur nous dit tout sur l’élaboration du saké et sur les différentes familles de cet alcool plusieurs fois millénaire : sakés aromatiques, de goûts, de fraîcheur, matures. Sakés namazake (crus), futsushu (de table), junmaï (sans distillat d’alcool), de garde, ou encore kimoto (au levurage naturel). Il nous ouvre également les portes des grandes maisons de saké. Le livre – aux photos splendides, s’accompagne enfin de recettes au saké signées par de grands chefs français. Zen et raffiné

     

    Ô MAGNY !

    Into wine, une invitation au plaisir, par Olivier Magny, 10/18, 250 p., 13,10€

    Le créateur de l’école de dégustation Ô Chateau et du bar à vins parisien éponyme, est un sommelier autodidacte passionné, ayant le beau souci de transmettre son goût pour le sang de la vigne avec humour et fraîcheur. Olivier Magny raconte ici son propre parcours dans le monde joyeux des vignerons du monde entier avec sensibilité et humilité. Il est question dans cet ouvrage un peu fourre-tout de biodynamie, de wine-makers, de bouteilles coups de cœur, des courbes comparées de ventes de pauillac et de Prozac, de l’affligeante propagande anti-vin, de l’art de lire une étiquette ou encore des « terroiristes ». Une saine invitation au plaisir à picorer au hasard.

     

    livrevinn.jpegODE EN BD À LA BOURGOGNE 

    Chroniques de la vigne, par Fred Bernard, Glénat, 152 p., 19,50€

    Auteur de nombreuses BD pour la jeunesse, Fred Bernard, né à Savigny-les-Beaune, fils et petit-fils de vignerons, choisit de raconter le vignoble bourguignon à travers une conversation atypique et chaleureuse avec son grand-père. L’ouvrage est enrichi d’extraits lumineux des « Effets psychologiques du vin », d’Edmondo de Amicis (L’Anabase). Les dessins sont sensibles, et l’approche « tutoyante » du vin par les propos tendrement passionnés du papy, rendent l’ouvrage infiniment touchant.

     

    ALIMENTAIRE, MON CHER…

    Boire sans grossir, sans excès… Et sans nuire à sa santé, par Laure Gasparotto, Flammarion, 230 p., 17 €

    Le vin est un aliment. Il fallait le rappeler et l’hédoniste Professeur Jean-Didier Vincent l’exprime brillamment dans sa préface. Laure Gasparotto prolonge cette tautologie de façon quasi scientifique : dis-moi quel est ton métabolisme et je te dirai quels vins boire, lance d’emblée l’auteure (en précisant d’ailleurs que les vins dits naturels ne sont pas davantage bons pour la santé que les autres). Laure invite à boire avec modération, toujours pour le plaisir et plutôt en mangeant, nous aide consciencieusement à choisir les vins afin de ne pas grossir, établit des « points santé » selon les couleurs, les appellations et même selon les domaines ! Apprendre ainsi que le champagne d’Anselme Selosse est bon pour notre corps, réjouit l’esprit (en taquinant le porte-monnaie), mais bon, tant qu’on a la santé… 

     

    AUBERT DE VILLAINE A DISPARU

    La Romanée contée, Pinot noir contre Dragon blanc, par Simmat & Bercovici, Vents d’Ouest, 64 p., 12,50€

    Le duo a encore frappé. Le journaliste Benoist Simmat au stylo (infos garanties bien « sourcées »), et Philippe Bercovici, « l’homme qui dessine plus vite que son ombre » aux crayons,  nous donnent une nouvelle BD en forme de polar bachique ayant pour thème l’énigmatique disparition, lors d’une soirée donnée à Clos Vougeot, du plus célèbre vigneron français, Aubert de Villaine, « l’homme de la Romanée-Conti ». Et c’est parti !.. Le lecteur se régale, croise Bernard Pivot, François Pinault, Robert Parker et Louis Ng, milliardaire chinois, embarque pour Macao, le tout dans un tourbillon hilarant et captivant comme un thriller. Remettez-nous ça !

     

    SAINT-EMILION VU DE L’INTERIEUR

    Esprit de Saint-Emilion, par Daniel Rey et Geneviève Jamin, photos de Flavio Pagani, Les éditions d’Autils, 264 p., xxx €

    Plus d’un million de personnes visitent chaque année Saint-Emilion, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, mais personne, ou si peu, ne pénètre l’intérieur des châteaux les plus célèbres du cru. C’est à ce voyage que « Esprit de Saint-Emilion » nous convie, en faisant la part belle aux photos. En feuilletant, nous avons le sentiment d’être un instant l’hôte des propriétaires de crus aussi célèbres qu’Angelus, Ausone, Cheval  Blanc ou Troplong-Mondot. Et d’entrer dans le salon de l’un d’eux, d’en investir le canapé, de passer par la cuisine et d’y soulever un couvercle. Pour une fois, nous ne sommes plus les visiteurs des seuls chais. Le lecteur possède les clés, et ici, tout est luxe, calme et volupté, dirait Baudelaire. Raffinement et décoration bourgeoise en disent long sur les habitants des lieux. Peut-être autant que leurs vins eux-mêmes.

  • Le nouveau hors-série Vins de L'Express

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    Il est paru. Outre les Bordeaux primeurs et un tour de France des vignobles (lire deux extraits ci-dessous), ce hors-série de 100 pages piloté par Philippe Bidalon, propose une large sélection estivale de champagnes (blancs et rosés), et de vins rosés scrupuleusement triés. J'y signe par ailleurs un reportage sur le Calvados (à lire plus tard), entre autres réjouissances. On peut également y découvrir une enquête sur le prix du foncier dans le vignoble, ainsi qu'un papier sur ces vins étranges qui vieillissent quelque temps sous la mer... Allez, tous au kiosque! 

     

     

    LA MAISON DE NÉGOCE QUI MONTE LIONEL OSMIN et Cie

    lionel&cie40.jpgBéarnais pur manseng (petit et gros), Lionel Osmin, qui se définit comme un « passeur de vins » - la philosophie du rugby n’est pas loin -, a eu il y a quatre ans l’idée géniale de fédérer la palette des vins du grand Sud-Ouest, vaste région (aux 150 cépages quand même) en créant une société de négoce capable de proposer tous ses crus, de Marcillac à Irouléguy, de Jurançon à Cahors et de Gaillac à Bergerac en passant par Buzet et récemment l'Armagnac! Cette signature transversale fut une première régionale et devint vite un sacré booster pour l’ensemble de la profession, par trop éparpillée jusque là, avec un « chacun dans son coin » en guise de démarche déconcertante. L’idée germait dans la tête de Lionel Osmin depuis que le déclic s’était fait lors d’un stage chez le vigneron du Jurançon Charles Hours, son mentor. Il réunit alors cinq complices (la mention « et Cie » a du sens), dont Benoît Vettorel pour le marketing – l’homme qui a fait le succès phénoménal de Tariquet, et Damiens Sartori (un « faiseur de vins » de haut-vol), plus trois compères pour la force de vente : Jean Alain Ménard, Florian Abadie et Pierre Courdurié. Le pack court vers le succès en chinant, en révélant des talents, en accompagnant les vignerons jusqu’à l’essai entre les potes. Plusieurs gammes figurent au catalogue : Les Villas (vins de cépages, dont le fameux Chambre d’Amour, blanc moelleux -la photo ci-dessus a d'ailleurs été prise a la plage éponyme d'Anglet), les vins d’appellations, les grandes cuvées, qui allient cépages et terroirs, et les cuvées Estela, soit l’excellence des vins du Sud-Ouest mise en bouteilles selon des critères de qualité stricts. Et au premier rang desquels figurent l’authenticité, un sacré caractère, une attitude, une autre dimension en somme : celle d’un Sud-Ouest transcendé. Faites passer ! L.M.

    www.osmin.fr

     

    UNE RÉUSSITE EXCEPTIONNELLE LA FAMILLE PERRIN

    Capture d’écran 2014-06-05 à 09.46.48.pngVoilà cinq générations et plus d’un siècle que la famille Perrin  fait rayonner les vins de la Vallée du Rhône. D’abord dans son propre terroir et à présent dans plus de quatre-vingts pays. C’est d’une famille soudée, nombreuse, où chacun tient son rôle dans l’entreprise  prospère qu’il s’agit. Jacques, le fondateur, avait initié une manière de faire et surtout une façon d’appréhender  la nature et le travail de la vigne dans son ensemble qui semblent visionnaires, à l’heure du tout bio et du tout nature. Le magazine britannique spécialisé dans le vin « Decanter » a d’ailleurs élu en mars dernier la famille Perrin personnalité de l’année 2014, notamment pour son activité pionnière en termes d’agriculture biologique (depuis 1950) et biodynamique (dès 1974). Jean-Pierre et François Perrin, ses héritiers, poursuivent ce travail de respect sur ses terres de l’ensemble de cette merveilleuse vallée rhodanienne, côté sud, de Chateauneuf-du-Pape (avec le château de Beaucastel) à Tavel, de Vacqueyras à Cairanne, des Beaumes-de-Venise à Gigondas (avec le clos des Tourelles) en passant par Vinsobres, mais aussi en côtes du rhône septentrionales  (côté nord) avec la gamme Nicolas Perrin. Partout, chaque cépage est non pas subi mais dompté et sublimé. « Suivre ses idées au mépris parfois de celles des autres, c’est affirmer son identité, c’est aussi prendre le risque d’être incompris, voire d’être considéré comme marginal », déclarent Jean-Pierre et François. Force est de reconnaître que la pugnacité de cette famille a fait par exemple de La vieille Ferme –l’un des étendards de leur gamme, l’image même des vins du Rhône pour de nombreux consommateurs étrangers. Parmi les dernières activités  « successfull » de cette famille très nature, et bien présente en Provence également, notons la collaboration de Marc Perrin - l'homme qui monte, dans le clan, et qui s'occupe déjà de Tablas de Paso Robles, le vignoble californien familial -, avec Brad Pitt et Angelina Jolie à la conception et à l'élaboration de leur célèbre côtes de provence rosé Miraval, classé parmi les 100 meilleurs vins du monde par un autre magazine influent, "The Wine Spectator". L.M. 

     www.familleperrin.com

  • 64 à 75

    C'est le score qui gagne. Avec 64, on mange 75. Comment? - En s'invitant (Saint-Léon, patron de Bayonne) à Saint-Germain, autour de la rue de la soif, rue Princesse et rue Guisarde, à un jet de gravier ramassé (à marée descendante et forte, devant un shore-break pentu et bruyant, menaçant même - celui qui te prend par les chevilles que tu dois alors planter grave comme des poireaux ou des asperges si tu veux pas t'ennoyer) à la plage de La Chambre d'Amour, à ce jet donc, de la Place Saint-Sulpice (Paris 6). Le CDT64 et ses belles (Cécile, Christiane, Emilie) avaient fait rhabiller les bars-restos de la zone aux couleurs de la Côte : Bayonne, Anglet, Biarritz, Bidart, Saint-Jean-de-Luz... Et c'était super. Il y avait un monde fou, on se serait cru aux Fêtes de Bayonne : du rouge et blanc partout, des petits foulards 64 sur les nuques, des bandas, des Paquito chocolatero (même un géant, vendredi soir) envoyés ici et là, des chants basques enchaînés dans les bars (chanter à fond les cordes Aïce Hegoa rue Princesse, ça, je n'avais jamais imaginé le faire un jour). Avec mes amis Jean-Luc Poujauran, le boulanger star et Dominique Massonde, chef d'Oppoca à Aïnhoa, nous étions les Trois Mousquetaires (sans aucun d'Artagnan) d'un jury chargé de tester les tapas de tous (neuf établissements jouaient le jeu), et nous avons élu, haut la langue, Pierre, du Birdland, angle Guisarde-Princesse, pour ses makis basques, son tartare de boeuf au piment d'Espelette, et son guacamole aux gambas impeccablement rôties... Au café Bidart, la simple tapa (tranche de pain, crème fromagère au maïs rehaussée d'un poivron rouge) était elle aussi renversante (photo de l'exécutante ci-dessous), mais nous avons tranché dans l'art. Ca, c'était vendredi soir : une soirée comme on aime, a tapear, a beber de bar en bar, transpercé d'amitié et de fierté simple, habillé de si peu, revêtu de grâce (à force de), le verbe chaud et le regard droit, le bonheur tranquillou en ligne de mire et la montre dans la Nive (ici, elle s'appelle la Seine - l'Adour sert à d'autres jets et rejets). La veille, à l'Eden Park, il y avait les amis réunis : atlantica-séguier au complet, à commencer par Jean Le Gall, le boss, et puis Sylvie Dargelez l'indispensable, leurs auteurs (dont mon ami d'enfance Alain Gardinier, l'inénarrable Roland Machenaud, ma pomme), de futures pièces rapportées  comme l'ineffable Gorka! (d'autres : mais, chuuutt!), et au fond du rade Pierre Oteiza himslef aux commandes charcutières, à l'entrée : la cave d'Irouléguy déléguée aux chutes du Niagara en trois couleurs dans des verres à pied - sélect jusqu'au bout -, et la nave vava, té! Il y avait également Régine Magné (ex-Sud-Ouest et Gascons toujours), Patrick de Mari et Blandine Vié (gretagarbure, the blog gourmand entre tous!), plein d'autres... Photos (avec un téléphone, agur les pixels!) du concours de tapas. Addeou!

    IMG_1163.JPGIMG_1166.jpgIMG_1172.jpgIMG_1188.jpgIMG_1155.jpgIMG_1158.jpg

  • CHRONIQUES D’« ÉCRIVIN »

    bacchus et moi.jpgLe romancier new-yorkais, auteur à succès de Trente ans et des poussières, entre autres, a la passion du vin (et du luxe) chevillée au coude et au nez. Aussi donne t-il régulièrement de longues chroniques brillantes et pleines d’esprit dans House and Garden et dans le Wall Street Journal, qui sont aussi drôles qu’iconoclastes. 65 d’entre elles sont ici rassemblées. Truffés d’anecdotes – l’auteur va sur le terrain,  partout où l’on fait du vin,  de traits d’esprit et de comparaisons renversantes entre les vins rares et chers et les hommes,  ces textes à l’écriture juste sont un délice et ils se lisent comme des « shorts », de courtes nouvelles. McInerney personnifie aussi les vins : Grace Kelly serait par exemple un puligny-montrachet. Et si Mouton est Michel-Ange, selon McInerney, Lafite est Léonard de Vinci. Ou bien l’un est Armani, et l’autre Versace.  Brillant. L.M.

    Bacchus et moi, par Jay McInerney, La Martinière, 432 p., 23€

     

  • impressions notées en randonnant entre lacs et barrages pyrénéens

    Le courant passe. Au bout de trois heures de marche, au-delà du dernier « ressaut herbeux » indiqué par le topoguide, tandis qu’un couple de milans royaux plane au-dessus d’une clairière plate comme la main ouverte de Gulliver, nous ne nous sentons plus empêtré par la sinuosité du sentier, les hésitations de la météo et cette semelle Vibram qui menace de se décoller à gauche en nous obligeant à traîner le pied depuis deux bons kilomètres. Surgit le barrage. Gigantesque carlingue, longue coque, armure cuirassée, il figure une muraille ne pouvant s’accoupler qu’avec le silence, dans une solitude heureuse, contemplative. Celle qui aide à poétiser la vie en ne faisant rien. Rien d’autre que s’asseoir, oublier tout sauf ça, admirer, débarrassé de toute culture, en immersion dans une nature qui tolère ce qui l’épouse avec  beauté. Car un barrage, c’est beau, en altitude, les pieds cimentés dans l’eau, gagné à ses bordures par une végétation sauvage qui est parvenue à apprivoiser ce monstre dressé au ventre plat, ce chevalier sans tête qui brise l’horizon pour mieux le faire rebondir dans le regard du randonneur, au-delà du lac et sous les sapins. 

    Retenue. Retenue d’eau. Rétention bienveillante, tantôt couleur lame de scie à plat, ou bien langue infinie et bleue, augmentée d’un friselis lorsque passe un vent. Virage sur l’aile, vaguelettes, micro clapot, eau. Ici l’eau vit. Parle. Résonne contre la paroi majuscule, lui chuchote des choses à la base, lui offre son reflet quand le soleil chante. L’eau s’épanche, prend ses aises, s’étale dans les grandes largeurs, ne laisse rien transparaître de ses profondeurs.

    Intime. Le barrage se penche sur l’eau, Narcisse intimidé, au col raidi d’un Erich Von Stroheim, montagne vue par Caspar David Friedrich. Au moins. Le barrage s’arque, rentre le ventre, boute hors de, creuse devant, donne à voir ses abdos que des traces d’anciens niveaux d’eau verdissent. Le barrage étend ses bras, il semble vouloir danser le sirtaki contre l’épaule des forêts voisines. Le barrage est terre d’accueil. Pays sage d’eaux tranquilles et plongées dans l’attente d’un lâcher prise, d’une libération à venir.

    Rivage. Le paysage qui environne chaque barrage impose au regard son côté Syrtes. L’attente, l’oubli, l’ouverture à venir, l’ouverture des vannes comme un sexe.

    Origine du monde. Un frisson parcourt l’échine du randonneur qui imagine tout à trac ce paysage comme une offrande à ses yeux émerveillés, englouti sous des millions de mètres cubes d’eaux en bouillons, d’écumeuse dévastation, d’apocalypse locale, de trombe torrentielle commandée par une main d’homme.

    Fracas. Assourdissante, colérique, tellurique rumeur des eaux en fureur. Là, le barrage perd ses eaux. Accouche d’un vallon mis à nu, d’une vallée mise à sac, inonde la base et assèche les sommets. Sortie du rêve.

    Sexe. Oui, il y a du sexe de femme dans l’idée du barrage. Retenue, fuite, fontaine, sueur de sang, abandon, sommeil, nuit, profondeur, méandres, inconnu, secrets.

    Paisible étreinte. Le barrage, planté comme un quartier d’ananas au cœur d’une tranche de paysage pyrénéen, figure un gâteau de paix. Il rassure aussi puissamment l’âme du marcheur, qu’un clocher surgi du brouillard dans la plaine, réchauffe l’âme en feu de détresse d’une grappe de soldats en déroute. 

    Accroché. Il y a les pins à crochets. Les biens nommés, lorsqu’ils se reflètent dans l’eau de retenue, accrochent leur cœur à l’onde, fondent le vert cru de leurs ramures dans les nuances froides et changeantes d’un lac au tain capricieux. Dilution. Déréliction.

    Coq. Délicate apparition. Soudain l’unique se produit. L’inattendu capital, la surprise énorme, my love supreme, s’offre à nos yeux ingénus, à l’heure du casse-croûte matinal qui répare les parois de l’estomac mis à mal par la montée. Mais il s’agit là d’un ventre soudain dévasté par l’émotion : sa majesté le grand tétras nous apparaît. Magiques Pyrénées. En lisière, le grand coq de bruyère se tient immobile, aux aguets, le souffle coupé par un doute cardinal. C’est que le randonneur, microbe qu’il est, que nous sommes par conséquent, ou inconséquence, n’appartient pas au paysage familier de l’oiseau roi. Statufié, tétras scrute. L’œil serti dans sa caroncule rouge ne tremble pas. L’instinct de survie interroge le paysage, implore le retour du serein. Qui vient à peu près, car le randonneur sait tout du mimétisme et de l’art de l’immobilité. Le randonneur, par chance, sait ceci. Et cela : se tapir, se taire. Il sait éviter de gâcher l’esprit de la rencontre rare. Le coq se détend, avance une patte, puis l’autre, fait quelques pas, se risque ici, pas là, disparaît dans un buisson…

    Epée. Le barrage est une épée plantée jusqu’à la garde et dont on ignore la longueur de la lame. C’est une arme sans pommeau. Décapitée. Comme le chevalier inexistant, cette lame de béton s’enfonce obscurément. Profondément. Mystère de la pénétration. Le barrage est nuit. Inexorablement accouplé au silence massif de la montagne.

    Abandon. Regarder un barrage au centre de son environnement, c’est éprouver l’abandon. Nous imaginons vite la genèse de l’ouvrage. Une fourmilière d’hommes au travail. L’édification lente du monument. Le hérisson des machines de levage, outils en faisceaux, herses gigantesques, camions ruant, croisant, nuées de poussières, ruche. Tandis que là, devant nous, tout n’est encore que solitude et silence, harmonie arrangée d’un ouvrage avec les éléments fendus. Equilibre retrouvé. C’est à peine si nous apercevons parfois des hommes marchant comme des marins sur le pont supérieur d’un navire, casque de chantier sur la tête comme un bouton d’or, vu de loin. Il y a un côté mer dans le quotidien des agents affectés à un barrage. L’eau les unit. Le voyage immobile sépare les uns des autres. Un sel de vie différent les oppose. Mais je sais qu’une amitié sourde les unit, qu’une connivencia les confond par tacite induction. 

    Aridité. Minéralité. La pierre sèche et grise, monumentale, semble vouloir toucher le ciel. Rien ne pousse. Un barrage existe là aussi. Sur la lune pyrénéenne. ¨Paysage d’après le déluge. Silence « comac » dit-on à Toulouse. Epais. À côté duquel n’importe quel tombeau ressemble à une boîte de nuit avec DJ intégré. L’eau bouge. Rassure. Le randonneur cherche un oiseau pour apaiser cet étranglement mental. Des pensées fortes, voire mystiques, issues de lectures anciennes, remontent à la surface de son esprit : Buddha, Diogène, Pascal sont appelés à la rescousse. Tout le monde sur le pont. Le barrage finit par apaiser. Sa présence humanisée nous dit la trace. L’âme. Et l’on se prend à imaginer un moine perché dans sa thébaïde du Mont Athos. A l’horizon infini, qui sera pourtant et à jamais le tour de taille de nos désirs.

    Hiératique. Un barrage est un moine. Un chevalier errant vêtu d’une cape. Dressé sur son cheval noir, parfaitement immobile, il toise. Implacable. Il impose cette radicalité de la nuance chère à Camus, qui réchauffe l’intérieur. Corps et esprit mêlés. « Montagne des grands abusés / Au sommet de vos tours fiévreuses / Faiblit la dernière clarté. / Rien que le vide et l’avalanche / La détresse et le regret !», nous chuchote René Char dans son poème sobrement intitulé « Pyrénées ». Mais nul regret ni détresse ici-haut. « Nous avons guetté jusqu’à la terreur le dégel lunaire de la nausée », écrit-il ailleurs (« Plissement »). Le poète de « la neige inexorable »

    L.M. (extraits) A suivre.

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    Pour aller avec : http://bit.ly/1jW5ClL 

    Et aussi (on en reparlera) : 

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  • Pleine lune à Cogolin, hier

    Photo prise avec mon smartphone devant le château Saint-Maur, qui produit de très bons vins rosés à Cogolin (près de Saint-Tropez), et dont le domaine flambant neuf était inauguré hier soir, au cours d'une jolie fiesta.

     

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  • Iraty, again

    images (1).jpegimages (2).jpegimages.jpegtéléchargement (1).jpegtéléchargement.jpegC’est la plus grande hêtraie d’Europe. A cheval sur la France (province basque de Soule) et l’Espagne (Navarre), avec ses 17 000 hectares,  c’est une forêt certes exploitée mais très sauvage, où la profondeur du silence n’est troublée à l’automne que par le brame du cerf et le craquement d’une brindille sous le pas d’un chercheur de champignons ou plus rarement sous celui d’un chasseur de bécasse, eu égard à la pente du terrain, qui en rebute plus d'un. Les cèpes d’Iraty se conquièrent car la montagne s’apprivoise, mais celle-ci est relativement douce et la forêt correctement balisée. En octobre, elle se pare d’un mantille rouge, or, mordorée et brune qui n’a rien à envier au manteau forestier québécois. La forêt résonne de cervidés, sangliers et toutes sortes d’oiseaux (palombes, pics, vautours fauves, milans noirs et royaux, grues cendrées, passereaux divers, du pipit à la grive draine) la survolent. L’hiver, lorsque la neige recouvre les cols et le sol de la forêt, Iraty propose 4 pistes de ski de fond (35 km au total) ainsi que des itinéraires balisés pour les randonnées en raquettes : un must ! Se promener une journée dans la forêt en raquettes à la recherche des traces laissées par les animaux sur « le livre de la neige » est un pur bonheur. Le reste de l’année, les sentiers de randonnées sont nombreux en forêt (80 km de pistes forestières au total) et sur les crêtes. Une balade classique mène au Pic des Escaliers, une autre conduit au majestueux Pic d’Orhy (2017m, le point culminant), via la route des cols de chasse à la palombe : Millagate, Odixar, Tharta ou encore Sensibil. On trouve également le GR10 au départ des Chalets d’Iraty. Non loin de là se trouve la crête douce d’Orgambidexka, le « col libre », qui sert de site d’observation privilégié pour les ornithologues en herbe drue –il est situé sur un vrai couloir migratoire. Les amateurs de pêche (omble chevalier, ou saumon de fontaine, truite arc-en-ciel) peuvent s’exercer sur les deux petits lacs d’Iraty-Soule et Iraty-Cize ou bien tenter leur chance, à la mouche, dans la rivière Irati, où les truites farios donnent de la soie à retordre (carte et timbre halieutique en vente aux Chalets). Enfin, les ennemis du silence et de la lenteur peuvent se livrer aux joies du VTT (location sur place) afin de décharger un trop plein d’énergie. Iraty c’est tout cela et bien plus encore. Car c’est un site d’une grande poésie où l’on ressent profondément l’âme du Pays basque dan sa partie la plus âpre ; la Soule. L.M.

     

    Photos © CDT64.  www.tourisme64.com

     

     

    Dormir, manger : 

    Chalets d’Iraty : location de chalets (de 2 à 30 places). www.chalets-iraty.com.  Honnête restaurant à proximité (centre).

    Chalet Pedro. Une institution en pleine forêt et à cheval sur la rivière Irati. Gîte confortable, restaurant classique et typique, grande terrasse avec le son du torrent , accueil formidable d’Isabelle www.chaletpedro.com   

    A Larrau, chez Etchemaïté. Autre  institution. Hôtel très correct. Restaurant réputé (cuisine basque généreuse, tendance gastro) www.hotel-etchemaite.fr.

    A St-Jean-Pied-de-Port, Les Pyrénées, Arrambide père et fils : Hôtel (Relais & Châteaux). Le  grand restaurant de l’arrière-pays basque www.hotel-les-pyrenees.com

    Carte : TOP25 d’IGN 1346ET. Forêt d’Iraty/Pic d’Orhy.

    Equipement :

    Vêtements discrets, de pluie, chauds, bonnes chaussures de marche, jumelles, lunettes de soleil, gourde, couteau.

    Domaine-Brana-rouge.jpgArdi gasna (fromage de brebis des bergers du cru, achetez-le chez Mayté, le spécialiste du jambon Ibaïona, qui est excellent, à St-Jean-le-Vieux, avant de monter). Irouléguy (passez chez Jean et Martine Brana à St-Jean-Pied-de-Port et prenez aussi la prune ou la poire, pour la flasque). Pain (si vous montez par l'autre côté, prenez la fougasse -pas trop cuite- à Tardets, dans le virage à la sortie). 

    téléchargement.jpegLire : le must de la poésie de Philippe Jaccottet : L'encre seraitnageur-de-riviere-416658-250-400.jpg de l'ombre (Poésie/Gallimard), Aphorismes sous la lune, de Sylvain Tesson (Pocket), le dernier livre (deux novelas, genre où il excelle) de (Big) Jim Harrison, et qui arrive ce matin en librairie : Nageur de rivière (Flammarion), ou encore un ou deux classiques comme un bon Thoreau (Walden), et La rivière du sixième jour, de Norman McLean (Points) qui devint Et au milieu coule une rivière, au cinéma. 

     

     

     

  • UN FLEUVE POUR TERROIR

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    Papier paru dans L'EXPRESS, hors-série La grande histoire du vin :

    Traversé par un fleuve capital, tant sur le plan nourricier que commercial, le Val de Loire, avec ses 600 km de long et ses 68 appellation, est un monde viticole à lui tout seul. Par Léon Mazzella (textes et photos - prises volontairement en l'absence de vignes, mais toujours en bord de Loire).

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    hs vin l'express.jpgLorsque Gargantua vint au monde, il s’écria : « A boire ! À boire ! ».Dans le jargon rabelaisien, un tel cri ne réclame pas un bol de Loire mais plutôt un verre de Chinon, en dépit de l’omniprésence bienfaitrice du fleuve-mère, à l’instar du Rhône dans d’autres vallées. Le Val de Loire englobe une grande mosaïque d’appellations plus prestigieuses les unes que les autres, qui courent du Pays Nantais au Centre-Loire, en passant par l’Anjou et la Touraine. Il n’est qu’à citer des noms magiques comme Sancerre, Savennières, Pouilly-Fumé, Côteaux du Loir, Muscadet, Vouvray, Montlouis-sur-Loire, Quarts de Chaume, Saumur-Champigny, Reuilly, Saint-Nicolas-de-Bourgueil et Quincy pour s’en convaincre. Quatre cépages se taillent la part du lion : chenin et sauvignon côté blanc, cabernet-franc et gamay côté rouge. Treize autres sont néanmoins utilisés. 

    Si la région « pense Loire » et vit au rythme de son magnifique fleuve, elle est également imprégnée par la culture hédoniste de l’enfant du pays. Rabelais naquit  vers 1494 à la Devinière, près de Chinon, et n’aura de cesse de vanter les bienfaits de la vigne, qu’il consommait sans modération. L’époque n’était pas regardante. « Le vin est ce qu’il y a de plus civilisé au monde », clamait-il avec la truculence que nous savons. La Loire d’un côté et Rabelais de l’autre : les nombreux vignerons du cru, ou plutôt d’une immense palette, possèdent deux vecteurs essentiels. 

    Avec 600 km et 68 appellations qui frisent l’Atlantique d’un côté et vont frapper aux portes de la Bourgogne de l’autre, le vignoble du Val de Loire est non seulement le plus long de l’Hexagone, mais également le plus complexe, eu égard à l’extraordinaire diversité de ses terroirs. L’Aubance, le Layon, la Sèvre nantaise désignent des affluents de la Loire évocateurs de beaux flacons.

    « Nul n’est censé ignorer la Loire »

    Comme partout, ce sont les légions romaines qui introduisirent ici la vigne. PlineIMG_9883.JPG l’Ancien l’évoque dans ses écrits. Au Vème siècle, nous devons le premier essor du vignoble aux moines qui ont à cœur de développer la culture de la vigne. La commercialisation  des vins est favorisée par la Sèvre, la Maine, les marais de Goulaine, qui sont autant d’accès privilégiés à la Loire et qui complètent les voies romaines. A la suite des moines, les gouvernants contribuent à l’envolée des vignobles de France : ainsi Henri II Plantagenêt, comte d’Anjou, en devenant roi d’Angleterre en 1154, exporta-t-il les vins de sa région. La bourgeoisie reprend le flambeau du Moyen-Age au XVè siècle. Les rois de France contribueront à leur tour, au succès des vins qui naissent parfois jusque devant les nombreux « châteaux de la Loire ». Le commerce –notamment avec la Hollande, sera lui aussi facilité par les affluents du grand fleuve. Les guerres de Vendée freineront l’économie : les années de la Révolution seront en effet dévastatrices pour le vignoble ligérien. Puis le phylloxera sera le gros coup dur. Et tout repartira de plus belle : les premières AOC voient le jour en 1936. En 2000, le Val de Loire est classé au Patrimoine de l’Humanité par l’Unesco. Le prestige des vins de Loire dans leur ensemble s’en trouve accru.

    IMG_0556.jpgSi « la Loire coule de source », selon un mot fameux, ou bien –selon un jeu de mots, si « Nul n’est censé ignorer la Loire », il faut encore savoir que sans son cheminement au gré du vallon qu’elle creuse en s’élargissant plus ou moins, et où elle sinue, s’insinue, irrigue, aère à qui mieux mieux, selon que l’on se situe dans le Val d’Anjou, ou vers Ponts-de-Cé et Angers, le vignoble ne serait pas ce qu’il est. 

    Rares sont les régions d’appellations, les zones de production d’importance majeure à présenter une  telle variété de vins. En effet, le Val de Loire offre toutes les couleurs de la palette vins et toutes les variétés de la planète vins. Qu’on en juge : nous trouvons des vins blancs secs et demi-secs. Des vins liquoreux et moelleux. Des vins pétillants.Des vins rosés. Des vins rouges enfin. Ce très large choix est une richesse exceptionnelle. 

    Les vins de Loire sont ainsi, qui se définissent comme des vins ayant un fleuve pourIMG_9918.jpg terroir : ce fleuve dont la largeur est légendaire, a creusé son lit pour mieux irriguer des sols d’une variété et d’une richesse rares, et pour donner naissance à une grande diversité de terroirs, sur lesquels une mosaïque d’appellations prospèrent, en élaborant des vins à partir d’une gamme de cépages unique au monde et pour la plupart vernaculaires. 

    Une longue palette de vins

    Ajoutons à cela le rôle géopolitique fondamental de la Loire dans l’essor du commerce des vins de cette immense région de production viticole et nous tenons, en du Val de Loire, l’expression de la diversité, de la variété, du choix et avant tout de la qualité. Sur un  vaste territoire, le vignoble bénéficie avec superbe de plusieurs additions : celle d’influences climatiques distinctes, et de celle des sols qui s’y trouvent. Les vins y sont par conséquent terriblement expressifs.  

    IMG_9849.JPGÀ chaque région bénie des dieux ses problèmes de luxe, pourrions-nous avancer  avec le Val de Loire. Car lorsqu’on a la chance de posséder une telle diversité, une région de crus ne peut qu’exprimer une richesse et une complexité à rendre jaloux la plupart des vignobles devant se contenter d’une unité, soit géologique, soit climatique, ou encore organoleptique si l’on est en présence d’un cépage pas partageur, ou encore tapageur. Ces richesses-là, plus monolithiques, le vignoble du Val de Loire les laissent au profit d’une théorie de la palette. Car la peinture des terroirs donne autant de familles, de types de vins distincts, au caractère singulier, voire unique sur certaines micro-appellations comme Anjou-coteaux-de-la-Loire (30ha), ou des micro-vignobles comme Pissotte (20 ha) en Pays Nantais, qu’il y a de variétés de micro-terroirs, tout au long de ce fleuve miraculeux appelé Loire –colonne vertébrale d’un vaste vignoble aux multiples facettes. Le vignoble ligérien jouit aussi de micro-climats, comme sur les Coteaux-du-Layon, tellement méditerranéen. Ainsi, l’Anjou-Saumur donne par exemple des blancs secs et liquoreux d’une tendresse forte, des rosés gastronomiques, des rouges souples et puissants et enfin des effervescents qui ont peu à envier à certains champenois. L.M.

     

    La douceur angevine

    Puisque la Loire et sa région sont propices aux adages et autres bons mots, qui ne connaît pas la fameuse expression de « douceur angevine » ? Celle-ci désigne le climat qui domine en Anjou-Saumur, et qui est de type océanique tempéré, avec de si faibles amplitudes qu’il semble incapable de faire le moindre grand écart. Si les vents venant surtout de l’Océan sont par essence humides car porteurs de précipitations grâce à l’effet de foehn, le vignoble est protégé par les contreforts  de la région de Cholet et des Mauges. Si bien que l’hygrométrie est très différente d’un versant du coteau à l’autre. Ainsi, la douceur angevine s’exprime-t-elle en accueillant par exemple une végétation caractéristique des régions du Sud. Autant d’atouts pour que la vigne s’épanouisse avec bonheur. L.M.

     

    LIQUOREUX MYTHIQUES

    Avec Quart-de-Chaume et Bonnezeaux, Savennières est l’un des trois Grands Crus de l’Anjou viticole. Confidentielle, cette appellation prestigieuse produit de grands blancs qui étaient déjà célébrés par Curnonsky, « le prince des gastronomes ».

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    IMG_9900.JPGCurnonsky tenait en effet la Coulée de Serrant pour l’un des cinq meilleurs vins blancs de France. Alexandre Dumas l’évoque dans son célèbre Dictionnaire de cuisine. L’aire de l’appellation Savennières, qui englobe les deux micro appellations prestigieuses (reconnues en novembre 2011) Savennières-roche-aux-moines et Savennières-coulée-de-serrant, s’étend sur 350 ha à peine, dont le tiers est planté en vignes, et couvre trois communes : Savennières, Bouchemaine et La Poissonnière. Un terroir unique, la sublimation du chenin, voilà Savennières dans toute la beauté de son expression. L’exceptionnel coteau qui surplombe la rive droite de la Loire, à quinze kilomètres d’Angers, est à cet endroit-là une bande de faible largeur (entre 500 et 3000 mètres) sur une dizaine de kilomètres, d’une qualité de sols et d’exposition qui frôle la pureté. Quatre petits coteaux orientés sud-sud-est, perpendiculaires à la Loire voisine, abritent le vignoble des orages et le maintient dans un parfait bain de douceur… angevine. Le chenin s’y révèle corsé en diable, séveux à souhait, élégamment chargé de flaveurs mielleuses, florales et fruitées. Idéalement acide grâce au sol de schistes, il produit un blanc sec total. La IMG_9954.JPGRoche aux Moines et la célébrissime Coulée de Serrant de Nicolas Joly, l’un des premiers papes et apôtres de la conduite de la vigne en biodynamie, sont situées sur l’éperon rocheux le plus jalousé de la Loire pour son exposition idéale. Le lieu est propice à l’apparition de la pourriture noble, le fameux champignon nommé botrytis cinerea qui attaque la baie avant qu’elle ne soit « surmûrie », à l’heure où la plupart des vendanges sont faites (bien qu’il ne s’agisse pas ici de vins dits de « vendanges tardives ») et à la faveur de brouillards matinaux conjugués avec la fraîcheur humide d’un fleuve accorte. Selon la vinification, les vins sont soit secs, soit demi-secs. Question de savoir-faire humain. La Coulée de Serrant (une appellation monopole de la famille Joly) est un domaine chargé d’histoire. Plantée en vignes dès 1130 par des moines cisterciens, elle n’a connu que des vendanges consécutives (la vendange 2013 est la 883ème). Nicolas Joly, son actuel propriétaire, y pratique donc la biodynamie en pionnier scrupuleux d’une osmose de la nature avec l’homme et de l’utilisation raisonnée des rapports de forces, de ce qui donne « vie » à la plante, du système solaire à la gravité de la terre. Sans utiliser bien sûr le moindre intrant chimique et en favorisant par exemple le labour avec des chevaux!.. L’ancien monastère précité, classé à l’inventaire des monuments historiques, n’est pas très éloigné de la forteresse de la Roche aux Moines, où le fils de Philippe Auguste vainquit en 1214 Jean Sans Terre, fils de Richard Cœur de Lion. Les vignerons du cru doivent à la comtesse de Serrant d’avoir introduit le vin de Savennières à la cour de Napoléon I er. Mais dès le XIIème siècle, ce sont les moines de Saint-Nicolas d’Angers qui développèrent de façon décisive la culture de cette vigne. Les seigneurs angevins, puis la bourgeoisie, poursuivirent cette œuvre en faveur des vins de Savennières, qui avait débuté à l’époque romaine. Les vins issus de ces trois AOC doivent impérativement provenir de raisins (de chenin exclusivement) titrant au minimum 212 grammes de sucre par litre. Et comme nul fait du savennières comme bon lui semble, les rendements de base de 50 hl / ha sont ramenés à 40 hl / ha. C’est en réalité des rendements encore moindres qui sont pratiqués –parmi les plus faibles de France pour des blancs secs (jusqu’à 20-25 hl/ha)-, afin de concentrer ces vins nectars, au nom de la recherche permanente d’une qualité toujours dépassée. L.M.

     

  • Les Grecs surnommaient l'Italie "Oenotria" : "la terre du vin"

    hs vin l'express.jpgin L'EXPRESS hors-série La grande histoire du vin (en kiosque) : 

    Italie

    ANCIENNE, FERTILE ET GÉNÉREUSE

    par Léon Mazzella

    La Botte a toujours été généreuse en sang de la vigne. Avec près de 60 millions d’hectolitres, l’Italie  assure, en ce début de XXIème siècle, près de 20% de la production mondiale de vins. C’est dire son poids économique. Et si elle produit de nos jours davantage de vins que n’importe quel pays au monde – en concurrence avec la France certaines années -, elle abreuvait déjà de ses volumes l’empire romain. Ce sont les Grecs qui introduisirent la viticulture en Italie au VIIIè siècle av. J.-C. La Grande Grèce englobe alors l’Italie du Sud et la Sicile  et ce sont les Eubéens (de l’île d’Eubée, en mer Egée, en face de l’Attique), qui s’installent  les premiers dans leurs colonies, en Italie  méridionale précisément, avec des cépages antiques comme le byblinos ou l’aminios – ce dernier est, par excellence, celui des crus romains, et il fut planté initialement  en Calabre. Les Eubéens pratiquent la viticulture depuis plus d’un siècle sur leur île. Les colonies italiennes bénéficient aussitôt d’un essor de leur nouvelle économie et, très vite, les îles du Golfe de Naples, notamment Ischia  - toujours célèbre pour ses vins blancs légers et gourmands, issus de cépages (actuels) comme les biancollela, falanghina et autre forastera – ainsi que la ravissante Procida – alors couverte davantage de vignes que de citronniers, comme aujourd’hui -, produisent leurs propres amphores afin d‘expédier leur vin à Carthage, ce dès le VIIè siècle av. J.-C. Les textes fondateurs des poètes latins, comme Virgile et Pline l’ancien,  s’inspirent largement du savoir-faire grec.  « Les Géorgiques », de Virgile, et l’« Histoire naturelle », de Pline, consignent avec force précisions les préceptes de cette nouvelle activité et fournissent ainsi de véritables manuels de viticulture aux agriculteurs italiens de la fin de la République et sous l’Empire. Ces textes seront des références pour le monde viticole européen dans son ensemble, des siècles durant. Leur ton direct et tutoyant rend l’apprentissage et les travaux pratiques de la « conduite de la vigne » (selon l’expression de Pline), on ne peut plus agréables. Exemple, pris chez Virgile, à propos de la plantation des rangées de ceps  : «  Si tu traces l’emplacement du vignoble dans une plaine grasse, plante serré (…), mais si tu choisis le versant d’une côte mamelonnée ou des pentes douces, espaces généreusement tes rangées. » Voici qui correspond parfaitement au vignoble italien, lequel se répand à une vitesse prodigieuse et ne tarde pas à couvrir des zones aujourd’hui emblématiques de la carte viticole du pays, Sicile comprise, jusqu’au Latium –la  région de Rome, ainsi qu’en Etrurie, le territoire des Etrusques, soit l’actuelle Toscane. Les vins étrusques, conservés dans des amphores « italiques », sont abondamment exportés, dès cette époque, dans la plupart des pays du Bassin méditerranéen, y compris en Gaule à partir du VIè siècle av. J.-C. Les légions romaines découvriront un velours côtelé de vignes lors de leurs campagnes militaires au sud de la Botte et en Etrurie, dès le IIIè siècle av. J.-C., d’après Pierre Sillières (*). La plupart des raisins sont destinés à la vinification, dans cette Italie antique qui suit peu à peu les préceptes de Caton, de Columelle (dont le traité « De l’agriculture » , « De re rustica » demeure le plus grand traité d’agronomie que nous ait transmis l’Antiquité),  ou encore de Varron, qui publient des ouvrages dans lesquels nous trouvons déjà – entre autres - les moyens de lutter contre les petits fléaux (insectes, notamment),  y compris contre le gel (en arrosant la vigne afin de la tiédir). Mais contre la grêle, l’invocation des dieux était l’unique recours du viticulteur italien… Certains vignerons pionniers, notamment sur la côte napolitaine, vers Pompéi et au-delà (où les fouilles révélèrent  tant d’indices), passerillaient le raisin, ou bien le consommaient frais, ou encore le conservaient dans des pots, mais l’écrasante majorité du produit de la vigne était dûment fermenté, après avoir été foulé et pressuré. Selon les recherches effectuées par Pierre Sillières, la vinification  (la transformation du moût en vin),  s’effectue alors dans de grandes jarres en céramique appelées dolia, pouvant contenir 10 hl chacune, et rangées semi-enterrées dans les chais. Il est à noter que la distinction entre vins ordinaires et vins fins se fait immédiatement et que les premiers sont destinés à la plèbe et à l’armée tandis que les seconds, que les Italiens entreprennent de laisser vieillir dans des jarres, et puis qui sont « mis en amphores » (bien que le vieillissement s’effectue également en amphore), sont naturellement destinés à des classes sociales plus élevées. Selon un autre chercheur, André Tchernia (**), tous les vins réputés de l’Antiquité provenaient  d’une aire qui allait de Rome à Pompéi, soit du Latium à la Campanie, en particulier sur l’ensemble de la plaine côtière et jusqu’aux contreforts du Vésuve. Les trois vins (secs et doux) les plus recherchés sont le falerne, le vin des monts Albains et le cacube. Les règles élémentaires du commerce du vin – le commerce de proximité comme l’exportation – se mettent en place : les vins simples et nécessitant un transport coûteux sont consommés sur place et les vins « de garde » ou déjà réputés sont repérés, achetés et acheminés par des négociants, dont l’activité sera très prospère au IIIè et au IIè siècles av. J.-C. Celle-ci  reposera sur le transport en bateaux d’énormes quantités d’amphores à destination de la Gaule ou de l’Hispanie, mais celles-ci commenceront elles aussi à cultiver la vigne et à consommer par conséquent ses propres vins (lire par ailleurs). Mieux (ou pire, pour l’Italie), dès le Ier siècle ap. J.-C., souligne André Tchernia, non seulement les clients historiques de la viticulture italienne disparaissent mais ils ne tardent pas à concurrencer les vins de la Botte et à narguer celle-ci en y exportant leur propre production à Rome même ! La capitale de l’Empire devient d’ailleurs,à la faveur de son expansion rapide et colossale, un si grand consommateur de vins indigènes que les vignes de Campanie, du Latium et d’Etrurie, mais également de la région de Ravenne, de la côte adriatique et de la plaine du Pô, car on cultive dès lors la vigne un peu partout dans le pays, ne suffisent parfois pas à étancher la soif  d’un million de Romains, évaluée à environ 1,8 million d’hl annuels. A la fin du Ier siècle ap. J.C., la culture de la vigne s’étend parfois au détriment de celle du blé.  Il est à noter qu’à la faveur des écrits lumineux, voire visionnaires, de Columelle, qui était lui-même vigneron et possédait des vignes dans divers zones propices d’Italie, une classification des crus se fait jour au IIè siècle de notre ère, en fonction de critères qualitatifs : il est déjà question de terroir, de robustesse, de fécondité.  

    Une législation tardive

    Les invasions barbares (Goths, Lombards) réduisirent la viticulture à néant. Il faut attendre les effets bénéfiques de la christianisation  – surtout au Moyen-Age, puis ceux de la Renaissance (XIIIè siècle), pour observer un renouveau de la culture de la vigne, Comme une revanche, elle fut étendue à toutes les régions susceptibles de l’accueillir, qu’elles soient de plaine, de piémont ou côtières. Le XVIè siècle, après la chute des Médicis, qui connaît le règne des Habsbourg, n’est pas non plus favorable au développement de la viticulture. Le phylloxéra et la Seconde Guerre mondiale produisent les effets d’arrêt brutaux que nous savons dans la plupart des pays européens. Longtemps synonymes de vins de quantité et de moindre qualité, les vins italiens ne souffrent plus aujourd’hui de connotations négatives, mais le laxisme législatif  - il a mis près de trente ans après la France à établir des classifications claires -, a retardé d’autant la reconnaissance des grandes appellations et des grands vins italiens, et dieu sait s’ils sont nombreux.  En effet, l’après-guerre ne fut pas favorable au développement qualitatif des vins italiens. « Faire pisser la vigne » afin d’exporter de la « bibine » étaient plutôt les maîtres mots. Ce n’est qu’en 1963 qu’une loi de première importance, portant sur les normes de dénomination s d’origines des vins, jette les bases de l’organisation de la viticulture moderne italienne. Elle donnera naissance à la fameuse loi Goria de 1992, qui établit la nouvelle réglementation des dénominations d’origine. Celle-ci est relativement simple, et elle ressemble aux législations européennes en vigueur un peu partout au sein de la communauté : nous trouvons les DOC (Dénomination d’origine contrôlée), les DOCG (Dénomination d’origine contrôlée garantie), les IGT (Indication géographique typique), les vins de table (vini da tavola) et les VDN (Vins doux naturels). L’Italie compte vingt régions viticoles (comme autant de régions politiques). Du nord au sud et d’ouest en est :Val d’Aoste, Piémont, Ligurie, Lombardie, Trentin-Haut-Adige, Vénétie, Frioul-Vénétie-Julienne, Emilie-Romagne, Toscane, Ombrie, Marches, Latium, Abruzzes, Molise, Campanie, Basilicate, Pouilles, Calabre, Sardaigne et Sicile. Les vins les plus réputés se trouvent au nord de la Botte : Piémont et Toscane. Le Piémont est le royaume du cépage nebbiolo (rouge) qui donne les célèbres Barolo et Barbaresco. La Toscane viticole  rime avec Chianti (Classico ou Ruffino) et évoque aussitôt un cépage principal (rouge), le sangiovese. Cette région viticole bénie des dieux évoque aussi l’une des plus célèbres appellations  (DOCG) en vins rouges italiens, le Brunello di Montalcino . On désigne par ailleurs sous l’appellation non contrôlée de « super-toscans », des vins d’exception comme le célébrissime Sassicaia,  ou les non moins célèbres Solaia, et Tignanello. La classification des vins italiens est plus commode si nous la divisons par genre : il y a les spumante (mousseux), les frizzante (pétillants),  les amabile (demi-sec), les doux (dolce), les abboccato (mi demi-sec, mi demi-doux), les passito  (passerillés), à côté de l’armée des secco (secs : blancs, rosés ou rouges). Outre le Chianti Classico, longtemps présent sur les tables des pizzerias du monde entier, dans un flacon rond et habillé de paille tressée, le Lambrusco (Emilie-Romagne) , est sans doute le vin le plus connu hors des frontières italiennes. Le fameux blanc Orvieto provient d’Ombrie, le Frascati (issu du cépage trebbiano), du Latium. Quant au  Greco di Tufo, il contribue à la réputation des vins blancs de Campanie, connue également pour son Lacryma Christi del Vesuvio (blanc ou rouge). Le Montepulciano d’Abruzzo vient évidemment des Abruzzes. Enfin, les grandes îles (Sardaigne et Sicile) donnent des rouges puissants et charpentés (issus pour la plupart de cépage canonnau), ainsi que des blancs raffinés (issus principalement du cépage vermentino). L.M.

     

     

     

    (*) « La viticulture et le vin dans l’Antiquité », in « Voyage au pays du vin », (ouvrage collectif, Robert Laffont)

    (**)  « Le vin romain antique », de A.Tchernia et J.P.Brun (Glénat).

     

     

    Frénésie 

    L’érudit Suétone (Ier siècle de notre ère), en guise de commentaire à la décision de l’empereur Domitien, prise en 92, de donner un coup d’arrêt à la frénésie de consommation de vins italiens par les Romains, mais aussi par les Gaulois et les Ibères, écrit ceci : « La surabondance du vin et la pénurie du blé étaient l’effet d’un engouement excessif pour la vigne, d’où résultait l’abandon des labours. C’est pourquoi l’empereur interdit , en Italie, toute plantation nouvelle et ordonna, dans les provinces, d’arracher au moins la moitié des vignobles. » 

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    Cité par Roger Dion dans sa fameuse histoire de la vigne et du vin en France, et repris par Jean-Robert Pitte, in « Le désir du vin à la conquête du monde » (Fayard). 

     

  • Origines du vin et vin des origines

    hs vin l'express.jpgPapier introductif que j'ai écrit pour le hors-série (couv. ci-contre), en kiosque depuis cette semaine :

    C’est communément vers l’Anatolie que l’on situe les premières tentatives de domestication de la vigne, liane sauvage, environ 7 000 ans avant notre ère. Mais les premiers vins les « paléovins » sont sans doute antérieurs à la culture de la vigne. Nos ancêtres du Néolithique se régalaient de boissons fermentées de céréale (bière), de miel (hydromel) ou de fruits (sureau et raisin sauvage, notamment). Des résidus d’acide tartrique, un des principaux composants du vin, ont ainsi été retrouvés sur les parois internes de poteries mises au jour sur le site de d’Hajji Firuz Tepe, en Iran. Leur datation nous ramène vers -7 500. De même, des traces de pépins de raisin fermentés, trouvées dans un village du sud-est de la Turquie, remontent au vie millénaire av. J.-C.. Favorisée, comme l’élevage, par la sédentarisation des peuplades, la viticulture se développe de la Turquie et de l’Iran vers la Mésopotamie, avant de rejoindre le Proche-Orient (-4 000), l’Egypte (-3 000), puis la Grèce et la Crète (-2 000). Elle apparaît par ailleurs en Inde, vers –500, mais rien ne permet d’y certifier la production de vin. 

    Sur les rivages de la Méditerranée, en revanche, pas de doute : l’archéobotanique nous renseigne avec précision de la fabrication d’une boisson à base de raisins fermentés. Les indices ne manquent pas, comme la forte concentration de pépins, notamment du côté de l’étang de Berre, sur l’île de Martigues, dans les Bouches-du-Rhône, et à Lattes (Hérault). 

    Tout porte à croire que ce sont les Grecs les Phocéens précisément qui auraient peu à peu converti nos ancêtres à apprécier le sang de la vigne. Ces premiers vins des Grecs installés à Massalia (Marseille) remontent à 600 av. J.-C. Le vignoble est planté en quantité autour de la cité, ainsi qu’à Agde, autre colonie. Le commerce va bon train et une amphore spéciale, la « massaliète » est même créée. 

    La culture de la vigne s’est ainsi rapidement répandue à travers toutes les civilisations qui bordent Mare Nostrum. Et comme partout dans le monde antique, y compris jusqu’en Chine, elle y joue presque toujours, un rôle religieux, voire mystique. 

    DU DIVIN AU PAÏEN

    Si le vin existe depuis environ 9 000 ans, la vigne, Euvitis, qui compte une cinquantaine de variétés, dont Vitis vinifera, celle qui nous intéresse, existe depuis des millions d’années. L’homme préhistorique commence d’abord à consommer les raisins. Puis, il découvre la fermentation du raisin, les bienfaits de cette nouvelle boisson énergisante, ainsi que les vertiges de l’ivresse. Cela nous conduit à la Bible. Vigne et vin y sont signes de richesse et de bénédiction divine d’une part, et l’ivresse est à l’origine de la Faute, d’autre part.

    Dans la Genèse, Noé, lorsque le Seigneur (YHWH) l’avertit qu’il s’apprête à détruire les humains au moyen du Déluge parce qu’ils se sont tous pervertis sauf lui, le brave Noé il lui ordonne de construire l’Arche pour sauver sa famille et les espèces animales. Noé a l’idée de préserver aussi des végétaux divers, comme la vigne, dont il emporte quelques ceps. Après quarante jours de déluge, la pluie cesse, les eaux ont recouvert la terre et l’Arche de Noé dérive aux confins de la Turquie et de l’Arménie, précisément où l’on a trouvé les plus anciens témoignages de vinification et où la vigne continue de donner du vin soit sur le mont Ararat…

    Une légende similaire se retrouve dans l’Epopée du roi Gilgamesh, qui aurait lui aussi apporté le vin à l’Humanité. Selon un texte assyrien du viie siècle av. J.-C., le mythe babylonien d’Atrahasis évoque l’hypothèse mésopotamienne (Irak) de la « grande inondation », dans la onzième tablette de l’Epopée, pour être précis, laquelle s’inspire de l’épisode du Déluge dans la Bible : il suffit de changer Noé par Uta-Napishtim et le mont Ararat par le mont Nitsir pour savourer la même allégorie.

    Revenons à Noé : c’est à partir de ses trois fils : Sem, Cham et Japhet, que la terre fut peuplée. Cham, vit un jour son père Noé, nu et ivre du vin de sa vigne. « Noé le cultivateur commença à planter la vigne » (Genèse). Noé est ainsi à la fois le premier agriculteur et le premier vigneron, et il est aussi le premier à saisir, certes à son corps défendant, le pouvoir (à la fois grisant et dévastateur) du jus de raisin fermenté. La tradition yahviste fait ainsi de la vigne le fruit de la nouvelle alliance entre Dieu et les hommes, à l’instar de l’arc-en-ciel. La vigne et les effets (bénéfiques ou néfastes) qu’elle procure symbolisent l’ordre cosmique et la fécondité naturelle. 

    La mythologie perse nous propose une autre version de l’origine du sang de la vigne. Daté au alentour de –1 400, l’Avesta, texte sacré du zoroastrisme, fait mention de la découverte, fortuite, du vin par une femme. Au palais du légendaire shah Jamshid, une des épouses du harem, se sentant délaissée par le souverain, souhaitait en finir avec la vie. Aussi, choisit-elle de se noyer dans une jarre, où l’on conservait des raisins, remplie d’un liquide réputé toxique. Or, non seulement elle ne pérît pas, mais elle connaît l’ivresse et la gaîté que celle-ci procure. Ce qui lui permit de recouvrer les faveurs de Jamshid.

    Les textes sumériens anciens, au iie millénaire av J.-C., s’intéressent aussi au vin, à qui, les premiers, ils confèrent une dimension divine. L’Epopée de Gilgamesh,  précitée, fait le récit épique de la vie du roi de la cité d’Uruk (Mésopotamie). Celui-ci, désemparé par la mort de son compagnon d’armes s’en va consulter Uta-Napishtim, sauvé du Déluge par les dieux qui lui offrirent l’immortalité. Une version sumérienne - et antérieure - au Noé de la Bible. Mais à la différence du patriarche des Hébreux, l’ancien roi de Sumer ne fait pas de vin. Il se contente de boire celui tiré d’une vigne enchantée, qui donne la vie éternelle. Mais Gilgamesh ne pourra en profiter. Siduri, déesse babylonienne du vin lui rappelle que l’immortalité doit demeurer le privilège des dieux. Preuve que le vin est bien une boisson divine avant d'être celle des hommes.

    Plus près de nous, le Cantique des cantiques offre au vin une place de choix, qu’il partage avec l’amour et l’érotisme. « Vos mamelles sont meilleures que le vin…. », « Ce qui sort de votre gorge est comme un vin excellent, digne d’être bu par mon bien-aimé et longtemps goûté entre ses lèvres et ses dents… », peut-on lire dans ce livre de la Bible, il est vrai connu pour sa poésie et sa sensualité. Par extension, l’exégèse perçoit dans la vigne, à travers ce texte sacré, la Sagesse divine et même le Sang de l’Eucharistie. 

    C’est en effet par le miracle de Cana (Galilée) que Jésus choisit de révéler sa divinité. En changeant l’eau de six jarres de pierre contenant 100 litres chacune, en excellent vin – tant qu’à faire ! – car il n’y en avait plus aux noces auxquelles il était convié, il est porteur d’un message d’amour de Dieu le père envers les hommes. Ce miracle s’inscrit par ailleurs dans la perspective de la Rédemption et il montre un Jésus aimant partager le vin. Les Evangiles (Luc et Paul notamment) ne cessent cependant de mettre en garde contre les dangers de l’ivresse. 

    Reste bien sûr la portée incommensurable du sang du Christ comme métaphore du vin et le message subliminal qu’elle contient pour réaliser combien cela a contribué à l’essor de la viticulture dans le monde chrétien : « Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » Depuis lors, tous les jours, à chaque office, les prêtres boivent une coupe de vin pour célébrer l’Eucharistie.

    Dans la tradition juive, le vin est également omniprésent et recouvre les mêmes vertus positives, comme négatives, que dans la tradition chrétienne. « Il est le plus fidèle compagnon du monothéisme juif », écrit Jean-Robert Pitte (1). Avant de s’établir au pays de Canaan, dans la vallée du Jourdain, les Juifs avaient découvert les vertus du vin en Syrie, en Egypte, à Ur, à Babylone... Il y a une forte valeur symbolique dans le vin du shabbat, dans le vin à Rosh Hashana, à Pessah, à Pourim, comme à chaque fête, mariage et circoncision notamment. 

    Le paradoxe est que la consommation de tout alcool soit interdite par l’islam et que le vin coule à flot dans Les Mille et une nuit, dans les Robayat d’Omar Khayyâm, en Inde, en Perse et en Mésopotamie. Le Moyen-Orient a enfanté à lui seul une magnifique poésie bachique aux premiers siècles de la religion du Prophète, à la fois érotique et mystique. Et si de nombreuses sourates du Coran interdisent la consommation de vin sur la terre, elles en promettent en abondance aux élus dans l’au-delà. D’aucuns, parmi les historiens de l’islam autorisés, comme Malek Chebel (2), s’accordent malgré tout à reconnaître que, si « le vin continue à subir aujourd’hui les avanies d’une morale collective organisée et conduite par les valeurs religieuses, l’interdit de consommation demeure aussi vivace que l’est la transgression. » En réalité, chacun s’arrange à sa façon avec le ciel, et ainsi les vignerons peuvent continuer de travailler…

    DIONYSOS ET BACCHUS

    En Grèce, c’est à Oreste, fils d’Agamemnon et de Clytemnestre, que l’on doit la plantation de la première vigne (Amphictyon), et c’est à Dionysos (fils de Zeus et de la mortelle Sémélé), que revient l’art d’enseigner la viticulture. Le dieu hellène du vin (et de tous les sucs vitaux : sève, sperme, lait, sang) incarne avant tout la vigne et ses excès, soit à la fois la force végétale, la vivacité, la croissance, l’exubérance, la convivialité et aussi la violence, voire la transe que l’ivresse provoque parfois. Dans les récits d’Homère, les héros et les démiurges boivent une boisson appelée kykeon, mélange de vin, d’orge et de miel. Le vin qu’Ulysse emporte avec lui est mis sur le même plan que les sept talents d’or et le cratère géant. Il est question de vin noir (pur) ou rouge (coupé d’eau) dans L’Iliade et L’Odyssée.

    Dionysos est un dieu errant, vagabond et déconcertant, qui surgit, comme Apollon, par épiphanies (apparitions soudaines et imprévisibles). Il symbolise la fermentation, le cycle végétal, la régénération et – ici aussi – l’immortalité que le vin peut aider à atteindre. Ses pouvoirs magiques sont séduisants, et chantés par les poètes comme Oppée (iie siècle de notre ère) : « D’une baguette de roseau qu’il coupait, il perçait les roches les plus dures, et de ces blessures le dieu faisait jaillir un vin délicieux. » Dans les récits mythologiques, Dionysos est accompagné de ses ménades, ces femmes qui célèbrent son culte en chantant et en dansant en état d’ivresse. Jean-Robert Pitte rapporte que, selon le poète Nonnos, « Ampélos, jeune satyre éclatant de beauté dont Dionysos est l’amant », trouve la mort, chargé par un taureau envoyé par Até, déesse de la mort. Dionysos lui dresse une sépulture et verse de l’ambroisie (boisson exclusive des dieux, à l’exception de Dionysos, qui n’en boit pas), sur les plaies du défunt. Zeus accorde alors une seconde vie à Ampélos en le changeant en vigne. « Dionysos la vendange et tire de ses fruits, qui ont le parfum de l’ambroisie, le premier vin dans lequel il s’abîme dans le souvenir d’Ampélos et qui sublime sa douleur en joie profonde. Il se confond alors avec le breuvage divin. » Ampélos a donné ampélographie, l’étude des cépages.

    Dans la mythologie romaine, Bacchus est le pendant exact de Dionysos. Les ménades de l’un deviennent les Bacchantes de l’autre. Priape est l’ami de Bacchus, dieu de l’ivresse, du vin, des excès en tout genres, notamment sexuels et ses fêtes sont les fameuses bacchanales. Les femmes n’ont pourtant pas le droit de boire du vin, à Rome à l’époque de la République, car « il (leur) ferme le cœur à toutes ses vertus et l'ouvre à tous les vices », commente la lex romana.

    Avec la christianisation de la Gaule, le culte de Dionysos-Bacchus va brusquement chuter. Ce culte avait été bien accueilli dans la culture gallo-romaine, au point que certains princes celtes se faisaient ensevelir avec force amphores pleines de vins, comme les pharaons, afin de faciliter leur passage dans l’au-delà. L’usage des amphores en guise d’urnes funéraires n’est pas rare non plus, qui signifie clairement la croyance dans le vin comme gage d’immortalité. Mais cet accueil païen, du dieu de l’ivresse et de la transgression fut inégal. Franchement accueilli en Italie et en Afrique du Nord, il le fut plus timidement et plus tardivement dans la Gaule romaine, où seul le dieu de la vigne et des vendanges fut hardiment célébré, comme le souligne Gilbert Carrier (3). « Puisque le vin est le sang du Christ et la matière première de la transsubstantiation, selon les paroles fondatrices de la Cène, sa consommation rituelle ouvre la voie de la vie éternelle. (…) Le vin est à la vigne ce que le sang est au corps et la cuve-sarcophage symbolise l’acte de séparation et de passage, en assurant au défunt un bain d’immortalité », écrit l’historien. Mais très vite, un peu comme la sévère République romaine à l’égard des cultes dionysiaques importés en Italie, au iie siècle avant notre ère, l’Eglise chrétienne constituée s’efforce d’éliminer les éléments païens qu’elle avait dû intégrer à l’origine. » Les évêques durcissent alors le ton à l’égard de l’ivrognerie, symbole de décadence, de dégradation et vouent aux gémonies tous ceux qui s’y adonnent. C’en est terminé de l’ivresse et des fêtes païennes. Bacchus a du plomb dans l’aile. L’esprit des lois, comme celle de M. Evin, pointe déjà son nez. L.M.

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    QUAND LA CHINE VINIFIERA… 

    Des sources écrites datant de la dynastie chinoise Han, vers 126 av. J.-C., démontrent que Vitis vinifera était cultivée en grandes quantités le long de la Route de la soie, du côté de Samarkand et de Tachkent, en Ouzbékistan, et jusqu’aux confins de la Chine, dès le ive siècle avant notre ère. Cependant, la viticulture de l’Extrême-Orient en général, et chinoise en particulier, aurait été importée du Proche-Orient un peu avant notre ère, et pas dans l’Antiquité. C’est en tout cas la prudence à laquelle nous invite Jean-Robert Pitte (1). D’autres chercheurs, comme Patrick E. McGovern, sont en revanche persuadés qu’il existait une viticulture chinoise 7 000 ans av. J.-C., vers Jiahu, dans la province du Henan. Les Chinois buvaient alors un vin néolithique… mâtiné de bière et d’hydromel. C’est à la faveur de croyances conjuguées mêlant alimentation, médecine et religion, que le vin revêt, dès son apparition dans l’Empire Céleste, des vertus médicinales qui contribuent à son timide succès. Pitte oppose d’ailleurs une autre raison religieuse au faible et tardif développement de la viticulture chinoise : la plante alimentaire sacrée est le riz et la boisson fermentée qu’on en tire est le chemin du divin. Dès le départ, il n’y aurait donc pas eu de place pour le jus de raisin fermenté. Ce n’est que beaucoup plus tard, vers 600, au temps des empereurs Tang, que la viticulture devient une activité sérieuse, même si la consommation de vin, appelé « putaojiu », demeure encore confidentielle. La viticulture chinoise s’est depuis lors bien réveillée : elle s’est hissée au 6è rang de la production mondiale, et l’Empire du Milieu produit aujourd’hui 15 million d’hectolitres de vin. L.M.

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    EGYPTE

    Les Egyptiens cultivaient la vigne en pergolas, dans de grands jardins et souvent en complantation avec des figuiers. Le vin, « jrp », était blanc, rosé ou rouge. Le « paour » était sec, acide, amer même. 

     

    Toutankhamon, le fils du soleil, cultivait la vigne, les « vergers à vin » dans le Fayoum et dans le delta du Nil, au xive siècle av. J.-C. Réservé au souverain et à sa cour, le vin était consommé à leur table et servait également au culte des divinités. Ce sont des blancs doux, pour la plupart, comme le « shedeh » ou le « taniotique », à l’instar de ceux qui se trouvaient dans des amphores, dans le tombeau du fils du soleil et sur lesquelles on a pu lire la provenance exacte des nectars destinés à étancher la soif pharaonique dans l’au-delà, y compris leur âge : de 4 à 9 ans. Les autres vins produits en Egypte se nomment le « ndm », doux et recherché, le « nefer », très concentré. L.M.

    (1) Le Désir du vin à la conquête du monde (Fayard).

    (2) Anthologie du vin et de l’ivresse dans l’Islam (Seuil).

    (3) Histoire sociale et culturelle du vin (Larousse).

     

     

  • La grande histoire du vin

    Je recommande vivement la lecture de ce nouveau hors-série (auquel j'ai abondamment collaboré - Et allez! Un p'tit coup d'autopromo en passant...). 

    En kiosque depuis hier. 

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  • Dans L'Express de cette semaine

    Deux papiers consacrés à quelques nouveaux Irish whiskeys et autres nouveaux champagnes, dans un dossier concocté sous la houlette de Philippe Bidalon :

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  • MATTHIEU LE TESSIER

    Papier paru dans l'urban mag Paris by Crozes-Hermitage :

    CONFONDANTES ANALOGIES

    Ils ne sont que trois à Paris à exercer le métier de maître coloriste. Amateur de vins, Matthieu Le Tessier a l’impression de flirter avec le métier de vigneron, en assemblant ses pigments et en cherchant le colori parfait. Rencontre.

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    téléchargement.jpegIl joue avec les textures, avec les matières, les contrastes, il choisit les teintes, il assemble, il connaît au quotidien le plaisir du toucher du chanvre, du coton ou de la plume. Matthieu Le Tessier (photo ci-contre), 37 ans, originaire de Paimpol, a eu la révélation sur un golf de Saint-Brieuc, en faisant une rencontre décisive avec Daniel Duminy, décédé en août dernier, qui était l’un des premiers teinturiers coloristes à l’échantillon établi à Paris. Un maître coloriste. Quelqu’un qui travaille la colorimétrie, qui mélange donc les coloris, tandis que, jusque dans les années 70, les teinturiers étaient individuellement spécialistes d’une seule couleur. « Il existe plus de 6 millions  de coloris et j’arrive à en voir 1,6 million environ, afin de pouvoir les distinguer sur un dégradé. Cette quantité est la partie du spectre des longueurs d’ondes que nous sommes capables de voir avec l’œil humain, de l’infrarouge à l’ultraviolet, en somme ». La passion, le destin de Matthieu ont donc été scellés sur un green. Aujourd’hui, dans son atelier de Belleville, il travaille, secondé par Irudayathan Luther, pour des clients allant de la haute couture (Lacroix, Dior), à Reporters sans frontières (pour teinter un gilet pare-balle du noir au vert), en passant par Cuisine TV (pour étalonner des vêtements de cuisiniers). « Il m’est arrivé de teinter un jean de Lenny Kravitz à peau de poisson (mulet) via John Galiano et je bosse pour les Folies Bergère en teignant des plumes. Lorsque je reçois un tissu, la première chose que je fais est de le toucher, puis j’examine sa blancheur ». Il se crée une relation sensuelle avec la matière. Je fais constamment la cuisine avec mes colorants. C’est comme si j’évaluais la vigne, sa maturation. J’avance en équilibrant, au milligramme près, comme on goûte à la cuve ; plus tard ». D’ailleurs, il arrive à Matthieu Le Tessier de tremper un doigt dans un bain acide ou bien alcalin afin de vérifier son bon PH (potentiel hydrogène). Il y a deux sortes de bains, en effet, et l’on retrouve encore une analogie avec l’univers de la dégustation : le bain en milieu acide est réservé aux matières animales (soie, laine, plume), tandis que le bain en milieu alcalin est réservé aux matières végétales (paille, coton, lin).

    Cet amateur de vins qui possède une cave depuis longtemps, parce que son père l’initia tôt, n’aime rien comme visiter des vignobles et écouter des vignerons. « Il y a de troublantes similitudes avec mon travail : l’association des cépages c’est mon association de colorants. Je décide, moi aussi, à un moment donné, d’arrêter le mélange des pigments lorsque j’atteins un but, une formule fixée au préalable –comme on veut faire un vin comme ci ou comme ça ». Matthieu aime la difficulté et préfère chercher tel orange à partir de jaunes et de rouges plutôt qu’à partir d’une gamme d’orangés, « c’est plus ludique, comme de tâtonner lorsqu’on vinifie ». Ses cuves de travail sont vivantes, comme le vin. L’instabilité les apparente à un être en mouvement. Reproduire un colori est chaque fois un recommencement, car cela ne dépend pas ici de la météo, mais de la « dureté » de l’eau (plus ou moins savonneuse) et des températures. Une idée surgit dans notre conversation, qui serait de reproduire l’exacte couleur des vins de chaque grande région viticole, avec les variétés spécifique de blancs et de rouges… À creuser. Reste l’étape fondamentale de la dégustation –celle du nez- qui échappe au travail de Matthieu Le Tessier, encore que les parfums des matières brutes existent bien, mais il convient de les neutraliser en les teintant. « Le toucher comme la vue (l’œil) sont ô combien servis. La bouche, vous avez vu qu’il m’arrivait de mettre un doigt dans le  bain !.. Mais l’ouïe n’est pas en reste : le craquement de la soie me touche particulièrement ». Ne parle-t-on d’ailleurs pas de certains contrastes, en matière de dégustation : doux et rugueux, fondant et croquant, solide ou gazeux ?.. L.M.

    Le Colorium, Paris 20.

     

     

  • Barjot de vins

    Alviset.jpegIl est paru et nous avons fêté sa sortie avec les vignerons de l'appellation, au restaurant Beaucoup (rue Froissart, Paris 3), le 4 novembre dernier : l'urban mag Paris by Crozes-Hermitage, n°1, réalisé par l'agence Clair de Lune à Lyon, et auquel j'ai beaucoup participé, est un superbe magazine (gratuit), qui ouvre avec un petit papier sur un homme formidable : François-Xavier Demaison. Une vraie rencontre.

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    « JE SUIS UN BARJOT DE VINS ! »

    L’humoriste possède une solide connaissance des vins de la Vallée du Rhône, où il se rend souvent pour « chiner ». Son sketch « Le sommelier » résume sa philosophie des vignerons de vérité.

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    Sa bonhommie est une aura qui agit comme la trace d’un parfum. Même dans les salons de l’hôtel Lutetia, à Paris, où François-Xavier Demaison semble manquer d’air, de cette atmosphère propre aux vrais bons vieux bistrots parisiens patinés et chargés d’histoire qu’il adore, il diffuse sa joie de vivre. L’humoriste qui fit une entrée fracassante dans le cinéma en se mettant dans la peau de Coluche, a fait ses classes à la fois à Sciences-Po et au Cours Florent (c’est déjà plus « raccord »), avant de se lancer sur scène avec le talent que l’on sait. Mais sans jamais oublier d’entretenir comme il se boit sa passion pour les vins d’homme. « Je suis un barjot de vins depuis l’âge de 17 ans ! A 23 ans j’ai commencé à m’y intéresser sérieusement et depuis, la curiosité de mon palais augmente sans cesse. Je remonte lentement le terrain, de la Corse du Sud jusqu’au Ventoux, actuellement ». Comme d’autres chinent des meubles, François-Xavier Demaison chine chez les vignerons, discute, déguste avec eux, découvre, déniche et rapporte à Paris des trésors à partager entre potes. « Faire découvrir un vin à quelqu’un, c’est lui dire je t’aime ! », s’exclame-t-il.  « J’ai un rituel quotidien : A 19h, lorsque sonne le glas de l’apéro, un blanc sec s’impose entre amis ». S’il le peut, il se tourne alors vers Vertige, Condrieu de Cuilleron, Simone (Palette), ou un Hermitage de Jean-Louis Chave. Verre en main et verve aux lèvres, Demaison sait de quoi il parle. Sa connaissance des vins n’est pas technique mais sensible et profonde. Il évoque avec émotion des rencontres in situ avec les Faugères de Léon Barral, les Cornas de Jean-Luc Colombo, les Patrimonio d’Antoine Arena, les Cairanne des Delubac, regrette les Dagueneau, Lapierre et autres magiciens. Il aime surtout les vins puissants de la Vallée du Rhône : Gigondas, Rasteau, Vacqueyras et donc Crozes-Hermitage : « Je bois du Combier, du Chapoutier, du Alain Graillot et du Jeanne Gaillard chaque fois que je peux », lance-t-il l’œil ravivé. « Rien de tel, pour entrer en contact, qu’un vin dont le capital confiance nous plonge dans le cercle vertueux de la vie. Le but étant de ne pas décevoir, mieux vaut taper juste, dans ses choix ! » La générosité et la simplicité sérieuse des Crozes aide en cela. François-Xavier compte des complices ès vins, comme un facteur de Montreuil avec lequel il échange des textos sur leurs découvertes respectives. Ou Serge Ghoukassian, célèbre sommelier à Carpentras. Le sketche intitulé « Le sommelier » est d’ailleurs un résumé de la passion de Demaison : il s’agit d’une déclaration d’amour aux vins vrais de vignerons pétris d'amour pour le vin, doublé d’une douce déclaration de guerre aux buveurs d’étiquettes. Enfin, un homme qui sait ce que partager veut dire et qui dégaine son smartphone pour vous montrer les photos des quilles bues ces derniers jours comme on montre les gamins à la plage, est vraiment digne de confiance. L.M.

    images.jpegSes adresses Crozes-Hermitage à Paris :

    Chez Vivant Table, 43, rue des Petites Ecuries, 75010. 0142464355, « Pour la personnalité de Pierre Jancou. Je sais y aller, mais j’ai du mal à en repartir ».

    La Maison de l’Aubrac, 37, rue Marboeuf, 75008, 0143590514, « Pour la viande bien sûr, et l’atmosphère généreuse ». Pas de C.-H. à leur carte ces jours-ci…

    Le Baratin, 3, rue Jouye-Rouve, 75020, 0143493970, « parce que c’est le bon bistro à vins par excellence ! C’est mon pote Pierre Hermé qui me fit découvrir ce lieu formidable et la cuisine de Raquel ».

    FXD EN 5 DATES :

    22 septembre 1973 : naissance à Asnières.

    2 décembre 2002 : premier spectacle au Théâtre du Gymnase, à Paris.

    2005 : premier rôle à la télé dans Télé Z (pubs).

    2008 : « Coluche, l’histoire d’un mec », film d’Antoine de Caunes.

    Nomination aux Césars 2009.

    2011 : « Demaison s’évade », spectacle (théâtre de la Gaîté Montparnasse), repris en décembre 2013 (théâtre Edouard VII).

     

  • Non, vous ne rêvez pas.

    http://www.vinetsociete.fr/magazine/article/le-vin-produit-en-voie-d-extinction-sur-internet

    Faites passer, mobilisez-vous, (ré)agissons.Capture d’écran 2013-09-26 à 13.17.20.png

  • Chinon rien

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    Il est vrai que je suis à fond pour le développement du... Rabelais, que là-bas, je bois le vin rouge local issu de cabernet franc, chinon rien... Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je fus invité à être intronisé au sein de la confrérie des Entonneurs Rabelaisiens, en qualité de blogueur vins ! Cela se passait le 12 septembre dernier au Bistrot d'à côté (rue Capture d’écran 2013-09-25 à 11.50.39.pngLalande dans le 14 ème à Paris), à l'occasion de la Saint-Gargantua (en réalité la Saint-Apollinaire, sur le calendrier), qui fut célébrée dans 28 bistrots parisiens. Et c'est dans celui "d'à côté" que le chapitre des intronisations eut lieu. Parmi les nouveaux chevaliers, il y a, de gauche à droite sur la photo ci-dessus : mes consoeurs Ophélie Neiman (blogueuse vins : Miss Glou Glou) et Anne-Victoire Jocteur Monrozier (blogueuse vin : Vicky Wine, à qui j'ai l'impression d'en coller une en prêtant serment et c'est dommage car elle est très mignonne, mais on peut la voir plus bas et des centaines de fois sur son blog), ma pomme, Charlie Darenne (illustrateur), Thierry Cap de Coume (dessinateur, photographe) et Laurent Cazaux (du Bistrot qui nous accueillait). Avouez qu'on a l'air un peu benêts avec nos bavettes, puis avec nos diplômes de chevaliers et nos grosses médailles, mais bon, c'est ainsi. On assume; cul-sec (le deal était de jurer de défendre les vins de Chinon en tous lieux, puis de vider le vase afin d'obtenir la médaille. Et à 17 h, c'est pas facile...).

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    Capture d’écran 2013-09-25 à 11.23.33.pngLO2A2085.jpg

    ©KOEphotography.com 

     

    www.chinon-stgargantua.com 

  • Le chemin des morts

    images.jpegAnnées 80. Une décennie entre deux mondes. L'Espagne est devenue une démocratie. La France n'a plus de raison de continuer d'accorder le statut de réfugié politique aux militants de la cause basque. Le narrateur est un jeune magistrat administratif rattaché au Conseil d'Etat, nommé à la commission des recours des réfugiés. Il va commettre une sorte d'erreur judiciaire. Un dossier se présente à lui. Le cas d'un réfugié devenu relativement paisible et qui a même condamné l'assassinat par ETA de l'amiral Carrero Blanco -dauphin désigné de Franco-, en 1973, ce qui lui valut l'inimitié forte de ses comparses. Le jeune magistrat appliquera néanmoins le droit en vigueur et par conséquent la justice, en retirant son statut de réfugié à Javier Ibarrategui, venu demander son maintien. Celui-ci, en plaidant sa demande sans contester la décision qui lui fut signifiée sur le champ, précisa qu'il serait vraisemblablement assassiné dès son retour en Espagne par les polices politiques comme les GAL (Groupes antiterroristes de libération, les fameux "guérilleros du Christ-roi", liés au pouvoir espagnol, dans cet après-franquisme pour le moins hésitant et brutal). Ce fut le cas : Ibarrategui pérît à Pampelune de quatre balles de revolver tirées depuis une moto. Souvenez-vous, cela n'était pas rare à cette époque; voire dangereusement banalisé. Le récit de François Sureau (Gallimard), à l'écriture percutante et précise, dit le désarroi, trente ans après, d'un magistrat devenu avocat et écrivain (c'est peut-être l'auteur lui-même, peut-être pas), et dont la mort de ce réfugié basque hante chaque jour la conscience, tant professionnelle que personnelle. Il dit aussi combien elle continuera de le hanter jusqu'à sa dernière plaidoirie, jusqu'à son dernier livre et jusqu'à son dernier souffle (la fin du récit, à ce propos, est d'une force et d'une douceur impeccables). Court, ce livre d'une cinquantaine de petites pages est plus que touchant : il est poignant par sa crudité, sa clairvoyance, son effroyable sincérité. L'auteur ne cesse de réfléchir au "pouvoir de dire le droit sans rendre la justice, voire en commettant la plus grande des injustices". Nous pouvons, dit-il encore dans un entretien audiovisuel, "en toute conscience, concourir à des crimes, à des oublis, à une certaine manière de négliger la personne humaine". François Sureau est parvenu avec talent, grâce à une écriture sobre, tendue et droite, à rendre également "sensible la manière dont on peut penser accomplir son devoir en obéissant à sa conscience" et puis devoir affronter les conséquences ô combien détestables de ses actes. Ce Chemin des morts, qui désigne le parcours particulier qu'effectue, au Pays basque, la famille qui porte le défunt, depuis sa maison (l'etxe y figure le centre de tout) jusqu'au cimetière, est, selon les mots de l'auteur, "un appel à dépasser les notions de droit et de justice pour s'attacher davantage aux notions d'humanité". Et un pur joyau de littérature forte, nue, essentielle.

    TERRASSES DU LARZAC MAS HAUT-BUIS.jpgALLIANCES

    Comme toujours, j'ai plaisir à suggérer une alliance gourmande avec une lecture. Devant l'exceptionnelle gravité du sujet qui précède, je choisis quand même un vin qui, loin d'être austère, présente un sérieux qui force le respect et qui n'en est pas moins festif (cherchez l'erreur ou dites tout de suite que je cultive le sens du paradoxe!). Il s'agit d'un AOC Languedoc Terrasses du Larzac, appellation située au nord-ouest de Montpellier, on ne peut plus louable et qui effectue de prodigieux progrès depuis une poignée d'années. Les paysages y sont somptueux bien qu'arides, le climat méditerranéen dispense sa chaleur de garrigue, les vins y ont par conséquent un sacré caractère pour la plupart : puissants, généreux, frais, mais aussi élégants et globalement équilibrés. J'ai choisi l'un d'eux, un rouge gourmand et épicé mais pas trop, la cuvée Costa Caoude 2011 du Mas Haut Buis (21€), conduit par Olivier Jeantet à La Vacquerie et Saint-Martin. 650m d'altitude. 10 ha de vignes conduites en agriculture biologique, parmi des oliviers et des amandiers, donnant des "raisins vivants" : 40% en grenache noir, 33% en syrah et 27% en (vieux) carignan. Costa Caoude (50% grenache, 30% carignan, 20% syrah), fermente en cuve de béton, il est légèrement soufré, puis il passe un an en foudres de 20 hl et cuve béton tronconique de 30 hl. C'est un vin d'homme (*) pour escorter un gibier à plume ou à poil, ou bien une viande de boeuf racée et rassise (côte, onglet, merlan). Epicé et pourvu de notes délicates de thym et de romarin, il exprime surtout les fruits rouges et noirs sans excès et la fraîcheur caractéristique des vins rouges de l'appellation étonne toujours agréablement, ce dès l'attaque. Enjoy! 

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    (*) Que les femmes me pardonnent cette appellation non contrôlée : mon amie Brigitte Lurton, qui sait de quoi il en retourne, réagit à ce papier sur ma page facebook (où il est publié simultanément -ainsi que sur mon compte twitter) en précisant que les femmes, souvent, aiment les vins d'hommes. Et vice-versa, ai-je répondu : les hommes ne sont jamais insensibles aux vins que l'on dit féminins. Mais il est entendu qu'il faut cesser de sexer les vins comme les oiseaux sans dimorphisme apparent, que l'on prend aux filets afin de les baguer. Force est aussi de reconnaître que l'attirance hétérosexuelle joue instinctivement à pleins ballons en matière de vins. Et je connais des expertes en dégustation qui ne supportent plus l'adjectif féminin adossé aux vins -sans féminisme aucun, faut-il le préciser. Mais au nom d'une liberté sensorielle et langagière, au nom du libre cours à l'imagination lorsqu'on déguste : il faut aller plutôt vers le soyeux, le velouté, la caresse, l'élégance, la classe et autres attributs qui désignent plus spontanément les femmes que les hommes, lorsque nous sommes en présence, nez dans le verre, d'un vin dont le raffinement exclut d'emblée et sans aucun doute possible la vision du poil aux pattes. 

  • Esprit de Granit et Les Hauts du Fief

    images.jpegJe ne dirai jamais assez de bien de la Cave de Tain, à Tain L'Hermitage (Drôme). Voici deux de ses nombreuses réussites et d'abord : Esprit de Granit, un Saint-Joseph 2011 issu de syrah soyeuses comme rarement, avec une robe rubis lumineuse, un nez de fruits noirs compotés, épicé (cardamome), une bouche ample et puissante sans être machiste : élégante mais virile. Idéal sur les viandes rouges que l'on avait délaissées cet été, voire une volaille forte comme la pintade, en attendant les premières grives ou le perdreau rouge de septembre, voire le sanglier d'avant-ouverture... Renseignements pris après dégustation, il s'agit d'une sélection parcellaire, issue d'un terroir exceptionnel, en gros. Tout est maîtrisé, du travail en vert, effeuillage compris, jusqu'à la date optimale de la récolte, en passant par la sélection précise des baies juste avant la vendange. Ici, il s'agit de vieilles vignes plantées en coteau sur les contreforts du Massif Central, sur des arènes granitiques. Le flacon vaut 15€ et c'est une paille, eu égard au bonheur produit.

    images (1).jpegUne autre des dix cuvées parcellaires bichonnées par des hommes constamment sur le terrain et proposées par la Cave de Tain, est un Crozes-Hermitage 2011, Les Hauts du Fief. Et c'est splendide, corpulent, gentleman-farmer, issu de syrah de 30 ans. Robe profonde. Nez épicé (poivre) et de fruits noirs bien sûr, un rien minéral, ce qui éclaircit les fosses nasales au passage, les yeux archi-fermés. La bouche, fraîche et profonde, persistante et réglissée mais à peine, nous redonne des baies mûres à foison; et on prend. Avec ça, sortez un vieil ardi gasna (un brebis forcément paysan d'Ossau-Iraty), juste après une côte de boeuf bien persillée et sortie du froid au moins deux heures avant. Cuisson : Juste aller-retour, dirait Firmin Arrambide (Les Pyrénées, à St-Jean-Pied-de-Port, 64), sur la plancha archi-chaude. 13€ la boutanche, c'est cadeau, té!


    images (2).jpegimages (3).jpegimages (4).jpegALLIANCES : Joseph Kessel, Les mains du miracle, Jérôme Garcin, Olivier, (les deux en folio), Dylan Thomas, Portrait de l'artiste en jeune chien (Points). Du poignant, du qui décoiffe, du mémorable, qui décante en somme. Et en tongs s'il vous plaît, parce qu'il fait beau et qu'il convient de détendre l'esprit du texte. En plus, y'a été indien en vue! Si, si...

  • Drouant et l’Académie Goncourt

    Voici un papier retrouvé à l'instant dans mes archives et que publia une revue d'histoire. A l'heure où l'on pense déjà fort au lauréat du plus prestigieux des prix littéraires français, voici une évocation historique de ce restaurant chargé d'anecdotes. 

    (Personnellement, et puisque personne ne me pose la question, je donne Jean-Philippe Toussaint -pour son roman Nueque publie Minuit le 5 septembre prochain- vainqueur. Nue clôt le cycle romanesque consacré à Marie Madeleine Marguerite de Montalte, après Faire l'amour, Fuir, et La vérité sur Marie. Quatre bijoux). Et vous?


    téléchargement.jpeg« Drouant dérive du germanique drogo, qui signifie quelque chose comme le bon combat ». C’est Hervé Bazin qui parle. L’auteur de « Vipère au poing » qui fut un membre marquant de l’Académie Goncourt, savait de quoi il en retournait dans le salon du premier étage. Le bon combat demeure, qui fait triompher le livre, au restaurant Drouant, chaque année à l’heure du déjeuner, début novembre…

    Le génie d’un lieu provient du lien entre des êtres géniaux. Ici, l’escalier est signé Ruhlmann, la cuisine actuelle Antoine Westermann, l’atmosphère est résolument Art déco ; l’esprit, Goncourt.

    L’âme du lieu est double : littéraire et gourmande. Gastronomie et littérature ont toujours fait  bon ménage. La plume tombe vite le masque lorsque la fourchette montre les dents.

    Le restaurant de la Place Gaillon (Paris 2ème), n’échappe pas à la règle. Mieux : il la dicte depuis un siècle et un an. Une paille !

    Entrer chez Drouant, c’est pénétrer l’antre d’un club fermé et fixé à dix membres selon les vœux des frères Edmond et Jules de Goncourt.

    L’Académie française a ses fauteuils, ses habits verts et ses épées pour ses pensionnaires. L’Académie Goncourt elle, a ses couverts gravés au nom de ses membres. Cela vous pose. « Cette nuance, soulignait Roland Dorgelès, aide à prouver combien les académiciens de la place Gaillon se veulent des copains au sens étymologique, « ceux qui partagent le pain ». Plus prosaïquement, ajoutait Dorgelès, on parle des déjeuners Goncourt et des séances du quai Conti ». Mais la querelle de bretteurs n’a pas eu lieu. Les Académies ne se tordent pas le nez et observent au contraire un respect mutuel qui n’a pas de prix.

    Pour l’historien, Drouant évoque aussitôt Louis XV, qui aimait chasser au faucon à proximité de la porte Gaillon, l’une des six percées dans l’enceinte bastionnée dont Louis XIII avait ceinturé la capitale.

    L’homme de lettres pense immédiatement à Zola, qui campa « Au bonheur des dames » dans ce quartier, et nourrit son livre des scènes de rue quotidienne de la place et ses alentours.

    L’amateur gourmand pense à la boucherie Flesselles, qui fut célèbre dans les années 1870 et qui fut remplacée par le restaurant Drouant en 1880.

    Lorsque l’Alsacien Charles Drouant, échouant à Paris, ouvre alors un modeste café-tabac, il est loin d’imaginer  que son nom va se perpétuer ainsi. Il l’agrandit néanmoins sa petite échoppe, en fait un bistrot que des artistes et des écrivains ont la bonne idée de fréquenter : Pissaro, Daudet père et fils, Renoir, Rodin, … La bande d’intellos artistes s’agrandit, peintres, sculpteurs, poètes, journalistes, romanciers, agrandissent le cercle et en font leur repaire. Leur rituel dîner du vendredi forge la célébrité du lieu dans le métal le plus résistant.

    Le prix Goncourt existe depuis 1903 (il fut attribué pour la première fois, le 28 août de cette année-là, à Jean-Antoine Nau pour son roman « Force ennemie ». Déjà tout un programme qui renvoie à la sagacité de Bazin à propos de « Drouant / drogo »…).

    Le prix ne commencera à être décerné chez Drouant que le 31 octobre 1914 par la Société littéraire des Goncourt. Le prix ne fut pas décerné cette année-là pour cause de guerre (et il fut par ailleurs refusé une seule fois, en 1951 par Julien Gracq -photo-, pour son magnifique roman « Le rivage des Syrtes ». L’immense écrivain eut toujours « La littérature à l’estomac » et pas devant les flashes et les caméras…).

    L’Académie est donc fidèle à Drouant depuis 1914. Le testament d’Edmond de Goncourt résume l’affaire : « Je nomme pour exécuteur testamentaire mon ami Alphonse Daudet, à la charge pour lui de constituer dans l’année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de  notre vie d’hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne, et qui a pour objet la création d’un prix de 5000F destiné à un ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année, d’une rente annuelle de 6000F au profit de chacun des membres de la société » .

    Il est précisé que les dix membres désignés se réuniront pendant les mois de novembre, janvier, février, mars, avril, mai et que le prix sera décerné dans le dîner de décembre… Les frères Goncourt avaient en effet voulu recréer l’atmosphère des salons littéraires du XVIIIème siècle, et aussi l’ambiance des déjeuners et dîners littéraires mondains du XIXème, comme les fameux dîners Magny. Jules meurt trop tôt, en 1870. Edmond anime alors seul le Grenier, puis la Société littéraire, qui devient Académie afin de se démarquer de l’autre, la Française du quai Conti, parce qu’elle refusa l’immortalité à de nombreux grands écrivains comme Flaubert, Zola, Balzac, Baudelaire et Maupassant.

    Encore le bon combat. Et c’est à vous donner envie de paraphraser Sacha Guitry lorsqu’il conchiait la Légion d’Honneur : «il l’avait, encore eut-il fallu qu’il ne l’eut pas mérité »…

    48 heures après la mort d’Edmond en 1896 –il avait 74 ans-, son notaire, Maître Duplan, lisait ainsi à Alphonse Daudet et Léon Hennique, ses légataires universels, le testament précité. L’aventure était lancée.

    Depuis, le Goncourt est le plus convoité des très nombreux prix littéraires français. « Il y en a davantage que des fromages », plaisantait François Nourissier. Il assure gloire et fortune à un auteur et à son éditeur. Le restaurant Drouant bénéficie par conséquent depuis longtemps du mythe Goncourt. Abriter l’Académie équivaut à posséder le Trésor des Pirates. Un trésor métaphysique.

    À l’étage, chez Drouant, nous trouvons les Salons Goncourt, Apollinaire, Colette, Ravel et Rodin. Il est très agréable d’y déjeuner ou dîner dans la grande salle du rez-de-chaussée, près du monumental escalier.

    La veille de notre visite au restaurant, j’y avais retrouvé le lauréat 1976, Patrick Grainville, afin de lui demander un texte pour les éditions que je dirigeais alors.

    Lors de notre second passage, Jorge Semprun (mort depuis) y mangeait en agréable compagnie à une table voisine. Juillet tirait à sa fin. L’esprit du lieu était habité à tous les étages par l’Académie. Nous prenions notre repas en bas, avec une amie.

    La mosaïque bleue travaillée à la feuille d’or, le fer forgé, les glaces immenses pour « narcisser » entre la poire et le fromage ou parmi les superbes peintures qui ornent les murs, le service élégant et discret, prévenant et jamais obséquieux, escortèrent avec grâce le foie de canard marbré de pigeon et sa gaufre au lard fumé, la blanquette de barbue et de queues de langoustines et le risotto à la truffe d’été, le carré d’agneau et son gnocchi… Les fameuses feuilles de chocolat en hommage à Jules et Edmond sont un dessert des éditions… Ganache, reconnues dans le village « germanopralin ». Le vin de Vacqueyras fut parfait du début à la fin. Joie ! C’est à peu près le menu qui fut servi en 1903 lors de l’attribution du premier Goncourt (bisque d’écrevisse, barbue sauce poivrade, terrine de foie gras…), chez Champeaux.

    Les membres de l’illustre Académie doivent leurs couverts à leur nom, à André Billy (académicien de 1943 à 1971, qui en suggéra la création. Et c’est Mr Odiot, fondeur en vermeil de la Place de la Madeleine qui grava fourchettes et couteaux. De là à penser avec feru Robert Sabatier, que c’est avec ceux-ci que l’on fait de la cuisine littéraire, il n’y a qu’un « plat » que nous ne franchirons pas.

    Plutôt citer Jacques de Lacretelle, qui résumait merveilleusement l’alliance de la littérature avec la gastronomie. Composer un roman ou un menu relèverait d’une alchimie voisine : « C’est un art (la gastronomie) où il faut suivre une tradition, mais où l’on peut tout inventer. Je ne vois pas de plus belle définition pour dire ce qu’est le talent littéraire ».  L.M.

  • Une certaine vérité et une vérité certaine se trouvent sur ce blog

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    Tout est bon chez Sylvain. Bons voyages.

  • boutanches hors-saison


    images.jpegBon. Ca continue. Le temps de chausser les lunettes de soleil pour pouvoir déjeuner en terrasse de choses fraîches (des huîtres et une daurade grillée), que l'orage grondait au loin. Alors, "pop!", nous avons eu juste le temps de déguster à l'apéro un Alsace épatant, le Chasselas 2012 de Paul Blanck avec quelques dés d'un Comté de Marcel Petite affiné 30 mois. Robe or pâle d'un bel effet. Nez charmeur, fort en gueule, exotique, très fruité. Bouche d'une grande fraîcheur et d'une minéralité exacte. Finale épicée (8,50€).

    Puis, re-pop (une fois les huîtres gobées et la daurade servie), nous avons découvert le Blanc de Franc de Couly-Dutheil,
    un sec de Chinon 2012  lightbox_CoulyDutheilBlancDeFrancBlancSec.jpgétonnant. Joli nez de baies sauvages et de fleurs blanches, légèrement épicé en bouche. Ce vin, 
    issu de cabernet-franc (raisin noir à jus blanc) est vinifié comme un blanc. Sa robe est d'ailleurs un chouia rosée. Il provient des premières sorties de presse. C'est un ovni blanc (6,80€).

    images (1).jpegComme il faisait à nouveau gris, froid, qu'il pleuvait jusqu'à plus soif les jours suivants, nous nous sommes risqués sur un grand flacon lourd de Rasteau 2010, ico(o)n pour escorter un gros poulet fermier à la broche qui suinta sur des patates et de l'ail en chemise. Grenache, syrah, mourvèdre composent ce vin d'une concentration et d'une complexité aromatique bluffantes. La Cave de Rasteau en a fait sa cuvée d'élite. ico(o)n est né en 2009 avec le statut de Cru (c'est en 2010 que l'INAO a approuvé le passage des vins rouges secs de Rasteau du statut de Côtes du Rhône Villages à celui de Cru). ico(o)n possède une robe noire et profonde, un nez dense de fruits rouges et noirs bien mûrs avec un accent de garrigue. La bouche est corpulente, puissante même, sans être agressive. C'est précis, compact et néanmoins charmeur. Une réussite (qui vaut quand même 42€).

     

  • miaMai

    cfo74_2_6_1.jpg

    Avec un temps pareil, contraint de retarder les salades tomate-mozza dans le jardin que je n'ai pas avec des rosés plongés dans un seau métallique tandis que la plancha s'échauffe -quelle plancha?-, j'ai ouvert (pour trois personnes) et avec bonheur images.jpegl'excellent canard fermier aux olives vertes et son jus de romarin en bocal de 700 g de La Comtesse du Barry (19,95€) et nous l'avons escorté avec des tagliatelle fraîches et un Cahors de Rigal, contes et légendes 2010 (100% malbec, 4,90€ seulement), riche, puissant mais 

    images (1).jpegsouple et même élégant sur ces cuisses soyeuses de canard habillées d'olives. 

    Il s'agit de vins et de plats d'automne mais comme cette saison semble déjà là -Zou! 

    Nous avons récidivé quelques jours plus tard puisque le soleil restait en berne et la pluie au flot fixe, avec le coq au vin de Madiran de la même Comtesse du Barry, en bocal de 700 g itou (19,95€), et ce fut délicieux avec des papardelle fraîches cette fois et un flacon Ortas tradition 2011 de la cave de Rasteau téléchargement.jpeg(Vaucluse) -grenache, syrah, mourvèdre. Aussitôt le Sud souffla, s'assît à côté de nous, donna son jus ensoleillé aux accents de vacqueyras de ce vin (7,70€) aux nez de fruits noirs, d'épices et un rien animal. Le Madiran de la sauce, discret, laissant la vedette aux morceaux généreux et tendres de coq, l'accord se fit. Et ceci n'est pas une contrepèterie.


  • Les séparés, de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

    Les Séparés

    N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
    Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
    J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre, 
    Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
    N'écris pas!

    N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
    Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je t'aimais!
    Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
    C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
    N'écris pas!

    N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ; 
    Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
    Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
    Une chère écriture est un portrait vivant.
    N'écris pas!

    N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire : 
    Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ; 
    Que je les vois brûler à travers ton sourire ; 
    Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
    N'écris pas!

    images.jpegExtrait d'une superbe anthologie que publie Poésie/Gallimard, intitulée Je voudrais tant que tu te souviennes, Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian (éd. de Sophie Nauleau). On relit Rimbaud, Villon, Michaux, Queneau, Apollinaire, Eluard, Labé, Cadou... Et en même temps on chantonne Ferré, Brassens, Gréco, Gainsbourg, Jean-Louis Murat, Julien Clerc (écouter ci-dessous), Cora Vaucaire... Le bonheur.

    Mieux, l'intention de ce petit livre est de rendre aux poètes ce que l'on a fini par attribuer à leurs interpètes chanteurs. Ainsi Barbara doit-elle à Brassens, Gréco à Queneau et Ferrat à Aragon. D'abord! Salutaire et beau.

    Il y a des après-midi où l'on se sent ainsi serti dans ce poème sublime de M.D.-V., et résonne alors qu'Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes, / C'est entendre le ciel sans y monter jamais. Soit un sentiment étrange, car éloigné du sujet, mais dont l'empathie littéraire nous fait monter les larmes aux yeux, quand bien même nous ne nous sentons pas ou plus touchés au coeur par ces mots, mais plus bellement atteints durablement dans notre peau, par la force du souvenir d'une écorchure vive, par la beauté de la douleur, la sainteté du malheur; la poésie en somme.

     

    http://www.dailymotion.com/video/xdtefg_julien-clerc-les-separes_music#.UXKXESskZQo


    Alliances roses : 

    images (1).jpegimages (2).jpegChâteau de Jau, avec ce poème et cette mise en musique, car ce Côtes du Roussillon rosé (60% syrah, 40% grenache noir) possède une énergie rare par les temps qui courent et qui nous donnent à boire  de ces rosés pétale de rose et un rien évanescents; creux en somme. Celui-ci est frais, vivace comme une plante qui se réveille aux premiers rayons du soleil et sa vinosité est présente autant que ses arômes de fruits rouges croquants (7,95€). Le Jaja de Jau, sa petite soeur -rosée elle aussi, plus simple (4,95€), n'en est pas moins affriolante et agréable : c'est une syrah de la famille Dauré (qui vinifie les deux), elle exprime la Méditerranée avec brio; dans sa simplicité chaleureuse. Pour le bonheur de nos fin d'après-midi d'arrière-printemps (pourri -soit, mais bon). Drappier, images (3).jpegimages (4).jpegchampagne rosé brut nature, 100% pinot noir, est une valeur sûre. Vivacité,  fin cordon, bulle fine, un nez de fruits rouges et ce très léger épicé en bouche en font un champagne printanier idéal. Pour lui-même ou avec une soupe de fraises (33,56€). Perles grises est une jolie surprise qui vient des coteaux du Vendômois. Signé Patrice Colin, cet effervescent 100% pineau d’Aunis à la robe saumonée et à la belle minéralité possède un nez d’agrumes et légèrement herbé du meilleur effet (7,60€). R'osez, côtes du rhône d'Ortas (Cave de Rasteau) innove avec un look résolument r_osez_3_bouteilles_ortas_cave_de_rasteau copie.jpg
    contemporain et qui vise de nouveaux consommateurs, jeunes et sans prise de tête; avec ce serpent qui ondule sur l'étiquette. Le vin est simple et efficace, car sur le fruit, les rouges comme les agrumes. Sa fraîcheur persistante avec ce rien de bonbon anglais et de poivré en font un rosé de soirée séduisant (5,55€). Plus austère est le rosé d'Epineuil, un bourgogne de Moutardtéléchargement.jpeg Diligent, 2010, méticuleusement vendangé nuitamment, vinifié avec méticulosité, car c'est un rosé racé bien que sauvage, persistant et rebelle jusqu'en fin de bouche : on adore, sur un onglet poêlé ou bien avec un pigeonneau acheté au marché d'Evry-le-Châtel, non loin d'Epineuil (8,30€), dans l'Aube encore, et que l'on grille dehors en regardant passer et en écoutant craquer les grues cendrées qui remontent le ciel tout en visant une halte salutaire sur le Lac de Der quasi voisin. Enfin, hommage à images (5).jpegce rosé formidable de Bandol, gourmand et de repas, gastronomique comme on dit ici ou là : le Domaine de la Nartette (2012, 12,80€, Moulin de la Roque, vin biologique), est un ravissement printanier sur une dorade à la plancha, une poignée d'amis choisis et un rayon vif de soleil attendu patiemment. 60% mourvèdre, 25% grenache, 15% cinsault, fruits rouges, ananas, miel, tilleul. Charnu, épicé, à peine poivré : un délice. Ample, très aromatique, puissant sans être envahissant, c'est un rosé de caractère. Voire de respect.

    Dessert :

    http://www.youtube.com/watch?v=GFJnJsPgss8&list=RD025ppiWEdors4

    Kapsberger, Piccinini Chiaconna, par Jan Grüter au luth théorbe.

  • Faire plaisir

    Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange!),

    Je voudrais avant toi m'éveiller le matin

    Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange,

    Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.

     

    J'irais à pas discrets cueillir de l'églantine,

    Et, patient, rempli d'un silence joyeux,

    J'entr'ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,

    Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.

     

    Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre

    Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,

    Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,

    Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton coeur.

     

    Oh! Comprends ce qu'il souffre et sens bien comme il aime,

    Celui qui poserait, au lever du soleil, 

    Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,

    Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil!

     

    René-François Sully Prudhomme, Les Solitudes - 1869.



    Alliances: 

    images.jpeg- Kapsberger, Toccata arpeggiata :

    http://www.youtube.com/watchv=6bLMwphe284&list=PLIHXLH60E8Lx1QhG_Ozj1QWnyRTNa-z1s

     

    téléchargement.jpeg- Couvent des Visitandines, Pinot noir 2010 (Patriarche, à Beaune, 5,40€). Robe intense, brillante. Nez de fruits rouges frais comme la framboise cueillie et aussitôt croquée. Bouche fine, légère, tanins souples. Un rouge clair et printanier pour prendre par le bras un pigeonneau en crapaudine.

  • flacons frais

    images.jpgPour escorter un Saint-Félicien bien fait, le Château de France, pessac-leognan blanc (2011), 80% sauvignon, 20% sémillon, avec son nez gourmand d'agrumes et de fruits exotiques et sa bouche délicatement épicée, est un régal. 4 ha sur les 40 que compte cette propriété sont consacrés à l'élaboration de ce blanc raffiné et résolument de garde. A peine 15000 bouteilles (21€) sont produites. Rappelons que l'AOC Pessac-Leognan produit sans conteste les meilleurs mages.jpgblancs de toute la région de Bordeaux.

    Le champagne Brut Réserve de Charles Heidsieck est un multi millésime remarquable. Sa bulle est fine et le cordon élégant. Le nez est brioché et de fruits exotiques et de fruits secs. En bouche, cette sélection de vins de réserve ayant jusqu'à dix ans lui donne de la profondeur et une onctuosité charnue. Un beau flacon (40€) pour accompagner un foie gras au torchon par exemple.

    iges.jpgSaint André de Figuière, de la famille Combard à Londe les Maures (près de Toulon), célèbre pour ses rosés tranquilles, produit Atmosphère, un extra-brut rosé (2011) -un vin "méthode traditionnelle" issu de cinsault et de grenache vinifiés séparément, qui subissent une première fermentation en cuve et une seconde en bouteille (la prise de mousse, par addition de moût de raisin, ou liqueur de tirage). Cet effervescent provençal a tout pour plaire. Beau nez tendre et friand de baies rouges fraîches, bulle assez fine, notes toastées en bouche, finale fraîche et ronde (17,50€). Et je m'interdis d'écrire qu'il s'agit d'un vin féminin!

  • Villa Blanche

     

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    C'est un grand chardonnay d'une belle complexité,  droit, minéral, acide ce qu'il faut, à l'attaque vive et puissante, à la fois aromatique et gras donc élégant et doté d'une belle longueur en bouche. Elaboré avec autant d'amour que de savoir-faire, semble-t-il, c'est un vin signé Calmel + J.Joseph, soit un grand vin du Languedoc-Roussillon (IGP Pays d'Oc, 2012) et sur la contre-étiquette de cette cuvée rare appelée Villa Blanche, nous lisons avec plaisir un concentré de la philosophie de ces vignerons scrupuleux : Transparence pour des vins libres. J'adore! La bouteille est équipée d'un bouchon à vis. J'aime de plus en plus cela. Pas vous? Voilà un grand blanc de confiance parmi des vins de respect et surtout un chardonnay exceptionnel (7€).

  • VDD

    images.jpgimags.jpgimas.jpgDom Brial (Baixas, Pyrénées-Orientales) est une grande cave qui regroupe 380 coopéateurs produisant 85000 hl de vins sur 2500 ha de vignes. C'est énorme. Cela ne l'empêche pas de bénéficier pour ses vins qui voient le jour en Languedoc-Roussillon et grâce à  un travail raisonné sur la nature effectué jour après jour depuis longtemps déjà, du label VDD, Vignerons Développement Durable, certifié par l'Institut Coopératif du Vin et qui touche une douzaine de caves identiques à celle-ci. Ces caves oeuvrent à l'utilisation et à la promotion d'énergies douces (solaire, notamment) et aux traitements alternatifs propres (comme la fertilisation naturelle). La gamme Helios de Dom Brial, déclinée dans les trois couleurs désigne des vins tranquilles très simples et au rapport qualité-prix intéressant (5€ chaque flacon). Helios rouge (carignan, grenache, syrah, mourvèdre) est puissant et possède un beau nez de baies rouges et noires bien mûres. Helios blanc (grenache blanc, malvoisie, macabeu) est frais mais on lui reprochera un léger perlant un peu gênant en bouche. Helios rosé (syrah, grenache noir) est un honnête vin de grillades printanières. Des flacons sudistes sans prétention et à qui nous ne demanderons rien d'ailleurs, pour tant de beaux jours à venir.

  • Royal palais

    Pierre au Palais-Royal à Paris (10, rue de Richelieu) est un beau restaurant bistronomique, frais et dont la clarté tranche sur les tons noir et blanc et sur cette originale décoration africaine, tendance résolument zébrée, surtout dans la seconde salle du fond. Jolie moquette lie de vin. L'accueil sympathique et le discours à la prise de commande d'Eric Sertour, son accent de Montélimar, son expertise en vins et ses conseils judicieux, notamment sur les plats du marché du jour ajoutés au formidable menu-carte, font oublier un service un peu froid par ailleurs. Superbes produits maîtrisés -qu'ils proviennent de la mer ou de la terre-, magnifiés même, audacieusement associés et dont les cuissons sont d'une précision d'horloger genevois. Les desserts sont par ailleurs dignes de ceux d'un vrai bon pâtissier. A la carte, nous sont proposés, pêle-mêle : Poêlée d'ormeaux et berniques à l'ail, salicornes (+7€ s'il est choisi au menu-carte recommandable). Sardines bretonnes cuites au citron confit et absinthe fraîche, salade de lentilles blondes, mâche et grenade. Filets de rouget barbet de l'île d'Yeu, poêlée de courgettes fleurs, girolles et amandes fraîches, beurre blanc au thym citronné. Saint-Pierre rôti, fricassée d'aubergines et piquillos, pistou à la roquette et noix (+5€). Filet de boeuf de race Normande façon Rossini (foie gras, sauce truffée) pommes de terre boulangère (+15€)... Et aussi des nèfles tièdes au miel, pain d'épices et sorbet yaourt, gingembre confit (je les ai goûtées en annexe, car devant mon hésitation avec une autre douceur, il me fut proposé gracieusement un échantillon de mon non-choix -cette marque de tact est remarquable. Cependant, le pain d'épices était sec, les nèfles fades et le sorbet bon). Mon repas du 14 juin dernier fut composé d'un risotto d'orge perlée au parmesan et cresson et premiers champignons sauvages (mousserons et petites girolles) : orge trop croquante, bon jus de viande pour relever l'ensemble, qui réclame le poivre du moulin... Puis d'un canard croisé "comme dans le XIII ème", l'aile laquée, la cuisse en raviole poêlée, sauté de langues, gombos et blettes aux cinq parfums : un pur délice! L'aile désigne ici le flanc (ou magret), mais passons. Superbes cuissons distinctes, très bons légumes, ravioles fortes en goût (y avait-il aussi le foie en elles?). Et enfin d'un millefeuille au chocolat et noix de macademia, la "crema" d'un expresso : Délicieux, infiniment délicat, très belle exécution (visuelle et gustative). Le café est bon, sans plus et servi avec deux mini financiers à la noisette excellents. Le pain est un honnête "campagne" à la bonne odeur fraîche de levain lorsqu'on plante discrètement mais profondément ses narines dans la mie. La carte des vins est judicieuse : à noter que le chef, Eric Sertour (aujourd'hui secondé par un ancien de chez Jacques Cagna, Konrad Ceglowski), est également Meilleur Sommelier de France), mais elle est très chère; sauf au verre : 6€ et quelques bons choix, notamment le rosé de Mourgues du Grès (costières-de-Nîmes), ou encore le rouge de La Célestière (un châteauneuf-du-pape déclassé en côtes-du-rhône), les deux proposés dans le millésime 2010. Il existe aussi un très intéressant menu-carte à 33€ (entrée+plat ou plat+dessert), ou bien à 39€ (dessert compris). Le plat du jour pris seul coûte 28€. Les plats de ce jour-là étaient une poêlée de girolles d'Auvergne (minuscules comme des boutons). Un sandre poché. Une caille désossée flambée à l'eau de vie, purée de patates douces. Un dernier mot sur le hall d'accueil, qui est chaleureux, ce qui n'est pas souvent le cas dans ce quartier froid qui va du Palais-Royal à l'Opéra Garner. Pierre au Palais-Royal est un resto cosy de déjeuner d'affaires et aussi une table chic pour y diner entre amis, voire en amoureux (personnellement, ce n'est pas là que j'amènerais des potes du Sud-Ouest ni ma dulcinée, mais bon). Enfin, il m'en a coûté 61€ pour ce repas avec 3 verres de vin... J'enquêtais -comme souvent- pour un célèbre guide gastronomique. Si je publie ce compte rendu de visite succinct, c'est parce que je viens de tomber dessus et que je m'aperçois tardivement qu'il est resté au marbre de l'édition 2013 dudit guide. Alors autant partager ici ; une fois n'étant pas coutume!

  • gloûté pour vlous

    images.jpgTrès belle prestance pour ce rouge de la région de Béziers. Roqua Blanca est un vignoble d'une trentaine d'hectares sur des sols schisteux ici et argilo-calcaire caillouteux là. Le vin s'appelle La Croix Chevalière et il est réalisé par les vignobles Laroche à Chablis. Nous avons goûté le 2009, un vin de garde assurément. Sa robe obscure, son nez un rien torréfié avec des dominantes de cassis mûr et sa bouche ample et opulente en font un rouge idéal sur une côte de boeuf (ce fut le cas). La syrah, fiancée au merlot et à la grenache, s'assouplit en conversant avec ses copines. Belle bête. 23€

    Family Reserve Hautes-Terres 2004, du château Fourcas-Dupré (Listrac) est aussi splendide mais pourvu de plus d'élégance, si l'on Image 4.pngpeut comparer les deux flacons sur la même côte de boeuf (ce qui fut fait). Vin de garde, prestigieux, il exprime le meilleur de cette propriété emblématique de l'appellation médocaine, pilotée par Patrice et Ghislain Pagès. Attaque douce, montée en puissance au nez et en bouche avec une belle longueur. Flaveurs épicées, toastées, de sous-bois, giboyeuses même, avec un rien de réglissé. Un chouia plus de cabernet-sauvignon que de merlot, un peu de cabernet-franc et un soupçon de petit verdot, un tiers de fûts neufs, une conduite raisonnée de la vigne... En bouche, cela donne une belle fraîcheur mi-poivrée, mi-chocolatée. La finesse est là et la force aussi, mais discrète, pas trapue. L'élégance, quoi. 14€

    Le gagnant (sur la côte de boeuf) fut Coin Caché, cuvée très concentrée et issue de vieilles vignes - 85% grenache et le reste en syrah, du mas de la dame, un rouge en appellation Les Baux de Provence 2008 capiteux, riche, à la robe noire, au nez franchement expressif de fruits rouges mûrs en soupe (fraises) ou même à l'eau de vie (cerises) et d'épices douces. La parcelle qui le produit est la plus ancienne de ce domaine conduit en bio (Qualité France). Simone de Beauvoir évoque les vins du mas de la dame dans La Force de l'âge; ceci pour l'anecdote. Ce sont cependant deux femmesimmmages.jpg ex-journalistes, Anne Poniatowski et Caroline Missoffe qui pilotent le mas bien nommé : elles ont repris la propriété familiale il y a bientôt vingt ans et se sont entourées des conseils de Jean-Luc Colombo (dont les Cornas sont légendaires). Néanmoins, Coin Caché n'a rien d'un vin féminin -qualificatif ridicule à la vérité, chacun en convient aujourd'hui. Sauf que cette cuvée, qui titre d'ailleurs 14,5°, possède vraiment du poil aux pattes. Dominent ce nez de fruits macérés et surtout cette bouche charnue, ample, avec une longueur remarquable et d'une puissance à faire trembler la daube de sanglier la plus sauvage. Env. 20€

    image1.jpgTrès intéressante gamme d'Ackerman (Saumur) : Secret des Vignes. Le blanc, un Saumur (2010) 100% chenin, est d'une grande fraîcheur et pourvu d'une belle matière. Nez explosif de fleurs blanches et légèrement miellé, voire exotique. Bouche structurée, fruitée, épicée légèrement et d'une remarquable persistance. Parfait pour un poisson blanc à la crème ou bien une viande blanche grillée. 8,90€

    Le rouge de la gamme, un Saumur Champigny 2010, est surprenant de force. Ce 100% cabernet-franc (sélection de vieilles vignes à faibles rendements), exprime une concentration, un soyeux, une structure franchement notables. Très beau nez de fruits rouges et noirs mûrs, bouche épicée. Bien sur un jamon pata negra avec juste du pain aux céréales. 9,90€

    A noter, le Pinot Gris 2010 Ancestrum, de la Cave des vignerons de index.jpgPfaffenheim. Ce diamant jaune d'Alsace possède un joli nez d'agrumes confits, de poivre blanc et de raisin pas tout à fait sec. Bouche vive, épicée et longue. Un plateau de fromages de chèvre lui imaes.jpgva bien. Le Gewurztraminer 2011, de la même cave, est très floral avec des notes complexes de fruits à chair blanche et jaune. Belle minéralité en bouche, concentration appuyée, longueur remarquable. Bien sur un fromage à pâte persillée un peu gras (gorgonzola) ou bien une tarte à la pâte d'amande, de type galette des rois. 16€ chaque flacon.

    idex.jpgBelle surprise, enfin, que cette Mondeuse (Savoie) 2011 de La Cave du Prieuré (Barlet Raymond & Fils) à Jongieux. Ce rouge d'une grande franchise surprend par sa puissance, son équilibre remarquable et sa complexité, assez peu courants pour l'appellation (et le cépage mondeuse), en tous cas dans nos souvenirs. Remarquable. 7,20€

     

  • Car j'ai de grands départs inassouvis en moi

    50 manières de dire je t'aime.jpgC'est plus original que l'indigeste Belle du seigneur d'Albert Cohen. Les éditions Marabout proposent cette boîte de 50 petits messages amoureux roulés qui disent l'amour de ce grain de beauté là rien qu'à moi, ou bien l'amour de ta part de mystère à toi... 50 manières de dire je t'aime, 6,99€ Pour ceux qui sacrifient au rituel marketté et forcément mièvre de la Saint-Valentin en y injectant de l'humour.

    Villa Chambre d'Amour est un blanc de VillaChambredAmour.jpegGascogne légèrement moelleux (75% gros manseng, 25% sauvignon blanc) au nez d'agrumes, d'ananas et de vanille. Il escorte bien le foie gras, la tarte tatin et la fourme d'Ambert. (Vignobles Lionel Osmin. 7,50€ le flacon).

    images.jpegL'idéal est de le déguster à la plage de La Chambre d'Amour (Anglet), assis sur le parapet et face à un océan qui était légèrement déchaîné dimanche dernier... En reprenant au hasard les poèmes de L'Horizon chimérique (extrait ci-dessous), de Jean de La Ville de Mirmont, dans la nouvelle édition de ses oeuvres complètes que propose La Petite Vermillon (La Table ronde, 8,70€) sous le titre (de l'unique roman de l'auteur), Les dimanches de Jean Dézert. Le recueil contient donc également le splendide City of Benares, qui ouvre les Contes.

    Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.

    Le souffle qui vous grise emplit mon coeur d'effroi,

    Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,

    Car j'ai de grands départs inassouvis en moi.

  • Pierre Veilletet

    images.jpgC'est un grand journaliste doublé d'un écrivain précieux, précis qui vient de quitter ce monde à l'âge de 69 ans, le 8 janvier dernier. A Bordeaux. Sa ville. Né à Momuy dans les Landes et d'origine flamande par ailleurs, Pierre Veilletet aura effectué une brillante carrière au journal Sud-Ouest, qu'il pilota, jusqu'à son éviction brutale en 2000 -qu'il ne digéra pas. Prix Albert-Londres 1976 pour ses reportages sur l'agonie de Franco, il préféra rester le premier à Bordeaux au lieu d'être un numéro à Paris. C'était un maître à l'écriture rigoureuse, au ton singulier, hiératique et profond. Un styliste. Un observateur d'une finesse désarçonnante. Un taiseux au sourire rare aussi. Un personnage un rien intimidant mais toujours prompt à lancer un trait d'esprit pour détendre une atmosphère qu'il savait avoir rendue pesante, dans son bureau au journal ou ailleurs par hasard dans les rues de la ville. Veilletet avait le tact inscrit en lui. Et une délicatesse parfois gauche mais jamais empruntée. Il n'était pas d'accès libre. Ce n'est qu'à l'âge de 43 ans qu'il publia son premier livre, le court et dense roman La pension des nonnes, chez Arléa, maison cofondée avec ses amis Jean-Claude et Catherine Guillebaud et à laquelle il restera aussi fidèle que Julien Gracq le demeura à José Corti. L'allusion vaut rapprochement : le choix scrupuleux de l'adjectif, l'usage de l'italique pour appuyer comme on adresse un clin d'oeil entendu, rendent l'écriture de Veilletet voisine, sinon cousine de celle du grand écrivain de Saint-Florent-le-Vieil. Si Querencia et autres lieux sûrs peut faire penser à La première gorgée de bière de Philippe Delerm pour sa thématique, mais avec une autre tenue, une exigence altière, ce recueil de courts textes qui sont autant de bijoux ciselés évoque davantage les Préférences ainsi que Liberté grande, de Gracq, tant par sa subjectivité que par sa prose somptueuse. Le journaliste aura marqué Sud-Ouest Dimanche, qu'il dirigea dès 1979 de main de maître. Je le connus là, en 1981. Il fut mon premier rédacteur en chef et me permit d'écrire notamment des critiques de livres durant des années. J'entrais dans ma vie d'homme. François Mitterrand venait d'accéder au pouvoir et j'achevais mes études. Étrangement (encore que...), j'ai toujours trouvé en Veilletet un indéniable côté mitterrandien, dû sans doute à sa timidité -qui pouvait passer pour de la froideur et que l'on résumait en disant que c'était son côté British qui dépassait le côté Bordelais d'un homme à la casquette en tweed distincte de ses vestes de la même étoffe -qui le faisaient ressembler, physiquement aussi, au "Prince des reporters". L'homme impressionnait. Je n'oublierai pas ces inconnus célèbres (les seconds couteaux de la littérature que nous chérissions : Forton, Gadenne, Bousquet, Guérin, Perros, Augiéras, De Richaud, Henein, Vialatte, Calet...), dont nous fîmes une série dans le journal, avec Yves Harté -l'autre grande plume, qui lui succéda à Sud-Ouest Dimanche. Je n'oublierai jamais ce soir de 1986 copieusement arrosé que nous passâmes tous les trois (Yves Harté, Pierre Veilletet et moi), pour fêter la parution imminente de La pension des nonnes. En fin de soirée, nous avions porté à bout d'épaules un Pierre Veilletet ivre de bordeaux et de bonheur, de chez moi à chez lui ou jusqu'à un taxi, je ne me souviens plus très bien. Je garde précieusement le "tapuscrit" de ce roman, qui porte un titre originel schubertien : Un voyage d'hiver. Veilletet connaissait les vins et la tauromachie sur le bout des doigts et il a écrit des textes magnifiques sur ces sujets solaires qui le passionnaient.
    Attiré par l'Espagne autant que par l'Italie et par certaines villes du Nord, par les ports et par les fleuves, il plaçait l'exigence journalistique et la littérature au-dessus de tout. Il procurait, avec ses articles que nous guettions, ce plaisir du texte que l'on ne trouve plus guère dans les journaux et qui était alors flatté, encouragé à Sud-Ouest, journal de plumes donnant d'excellents papiers. Dans ses livres, que je relis depuis trois jours avec un plaisir mâtiné de tristesse, il donnait tout simplement la mesure d'une littérature de haut-vol. Car c'était un grand. Un très grand. 

    Lire (j'espère qu'Arléa aura la bonne idée de publier une compil°, un "Tout-Veilletet" comme cet éditeur de qualité a publié la totale d'Albert Londres, câbles compris, ou les Essais de Montaigne reloaded par Claude Pinganaud, ou bien comme il existe un Bouquins/Laffont des oeuvres d'Antoine Blondin, histoire de nous éclipser et de le relire peinard, à l'écart, comme un chien s'en va ronger au fond du jardin). Lire donc : Querencia et autres lieux sûrs (Mots et merveilles en collection de poche), La pension des nonnes, Bords d'eaux, Coeur de père, Mari-Barbola, Le vin, leçon de choses, Le prix du sang, Le cadeau du moine (tous chez Arléa); Le peuple du toro (Hermé), De l'esprit des vins (Adam Biro).

    Photo : Pierre Veilletet (lunettes) avec Jean-Claude Guillebaud (Prix Albert-Londres en 1972. Yves Harté le fut en 1990), dans le sannées 2000 : © Archives Philippe Taris/Sud-Ouest.


    P.S. : "l'avantage" d'un blog sur une publication dans la presse traditionnelle (je pense immédiatement et quasi exclusivement au support papier : je suis old school et j'aime ça), est de pouvoir s'autoriser des digressions personnelles, de se mettre en avant, ce qui est bien sûr proscrit partout ailleurs. C'est pourquoi je me suis laissé allé ci-dessus à partager une ou deux anecdotes, des souvenirs qui parlent de toute façon directement de Pierre Veilletet.


  • La Griffe du Diable

    lagriffedudiablepinotnoircavevigneronspfaffenheim_resized.jpgC'est un Pinot noir alsacien élaboré par la Cave des Vignerons de Pfaffenheim, c'est corpulent et raffiné. Ce premier millésime (2009) est passé en barriques un peu plus d'un an avec un tiers de fûts neufs. La robe est grenat, brillante, profonde mais claire lorsqu'on tend le verre vers le soleil de novembre. Le nez est rafraîchissant et immédiatement gourmand avec ses notes marquées de cerise noire, de poivre, de cacao et aussi de petites baies rouges plus acides comme la groseille. Un grillé arrive à ma narine gauche et un soupçon vanillé par la droite je crois, mais je n'en jurerai pas. En bouche, c'est rond, complexe, les tanins sont fondus à souhait, les fruits rouges et noirs remontent à la surface et une belle longueur épicée mais doucement, s'étend comme une baigneuse sur un transat. Avec une volaille (c'est le cas), une viande rouge, un gibier à plumes, cette Griffe du Diable est l'escorteur idéal. Cela vaut 12€ et c'est une réelle découverte. L'origine du nom provient d'uneimages (1).jpeg légende : en haut du Schauenberg, colline surplombant les vignes de Pfaffenheim, se trouve un haut lieu de pélerinage. Avec un rocher ayant gardé la trace des griffes du Diable. Celui-ci tenta d'écraser, à l'aide du rocher, une chapelle dédiée à la Vierge Marie, mais le Malin ne parvint pas à le projeter... Que feuilleter en dégustant ce Pinot Noir? -Trois petits bijoux publiés en Points (Seuil) : d'abord le Petit dictionnaire du français familier, du regretté Claude Duneton (l'homme de La puce à l'oreille, indispensable images (2).jpegouvrage), qui définit 2000 mots et expressions, d'avoir la pétoche à zigouiller, en partant de leur nom ou formulation originels et chics : peur et tuer, en l'occurrence. C'est truculent, drôle, enrichissant. Et puis Le petit livre des expressions, en Points2, de Gilles Henry etimages.jpeg Marianne Tillier, un bréviaire qui nous donne le sens et l'origine de tas d'expressions comme En voiture Simone, Soupe à la grimace, Une histoire à la mords-moi le noeud, Chair à canon, etc. Enfin, Le dico de l'humour juif, de Victor Malka, un recueil d'histoires courtes et pour la plupart désopilantes. 


  • juste comme ça


    podcast

    Chopin, Concerto pour piano n°2, Larghetto. Avec un verre de Château Martinon, entre-deux-mers 2011 (signé Jérôme Trolliet : un fruité franc et généreux, un nez images.jpegCrevettes_grises_vivantes_t.jpegd'une fraîcheur confondante, une bouche pleine et ronde), pour escorter de toutes petites crevettes (qui deviennent grises) jetées vivantes, transparentes et en bouquet dans une poêle chaude avec un fond accueillant d'huile d'olive, d'ail finement coupé et de persil plat. Saupoudrez généreusement de sel et poivrez. C'est si rare d'en trouver chez le poissonnier! En lisant quoi? -Les Haïkus saisonniers de Kerouac (La petite vermillon de LTR)  qui n'égalent pas les maîtres du genre images (1).jpegJaponais, mais qui possèdent la légèreté apparente du beatnik de Sur la route. Ou bien une nouvelle (courte) de Conrad, Jeunesse par exemple, car dans une nouvelle de Conrad, il y a tout Conrad ramassé (éd. autrement) et que tout Conrad ramassé en une poignée de pages, c'est l'océan avec des hommes de bonne volonté dessus.

    Photo de crevettes vivantes : ©recettesdecrevettes.fr

  • Pibale connection

    Tant que le Gulf Stream les poussera, on se battra pour déguster ces drôles de petits spaghettis nés dans la mer des Sargasses et d'un goût singulier, certes définissable, mais tellement rehaussé d'atmosphère -davantage que de piment d'Espelette. Et de saison, d'interdit, de rareté; d'âme en somme. 

    images (6).jpegPassons à table avec une cassolette de pibales, ces alevins d’anguilles qui nous reviennent en hiver depuis la lointaine mer des Sargasses et qui, longs comme des petits doigts, fins comme des spaghettis à deux yeux (les Japonais sont d’ailleurs parvenus à en faire un surimi plus vrai que nature), translucides avant que d’être « passés au tabac », soit de vie à trépas à l’aide d’une infusion de feuilles de tabac (une mort noble, non ?), et blancs lorsqu’ils baignent dans l’huile, l’ail et le piment d’Espelette ; font le régal des Espagnols et des Basques « des deux côtés », qui les dégustent pour eux-mêmes, avec une fourchette en bois aux dents coniques comme les allées du Stade de France, afin de mieux les saisir (et d’évacuer plus rapidement le public). Cet alevin qui se pêche l’hiver dans les golfes de notre côte atlantique, excite les convoitises de pêcheurs amateurs –n’ayant théoriquement pas le droit de pêcher comme les pros, la nuit, au « pibalot » ou pibalour (sorte de large tamis circulaire), en remontant l’Adour notamment. Car le prix du kilo peut images (8).jpegatteindre des sommes astronomiques, jusqu’à 1000€ le kilo payé au pêcheur, et cela se traduit par 50€ la mini cassolette de 100g, dans les restaurants basco-landais et espagnols qui en servent (la dernière fois que j'en ai mangé, c'était fin décembre dernier chez Pablo, près des Halles, à St-Jean-de-Luz mais leur préparation fut -pour la première fois à cette adresse-, assez déçevante : mollassonnes, sans peps, comme pschittées...  Quelques tables parisiennes comme l’Os à moelle en proposait, congelées,  l’été dernier : hum). L’alevin pèse environ 0,20 g. et mesure environ 60 mm. Du coup, la guerre fait rage et la « pibale-connection », véritable mafia qui organise le commerce des pibales, adopte parfois des méthodes que l’enjeu provoque. Certains pêcheurs sont armés et il n’est pas rare de voir des déprédations diverses sur le matériel des amateurs… Si l’alevin est consommé tel quel, il est également exporté (en images (7).jpeghypothermie) vers la Chine et Hong-Kong pour l’élevage de l’anguille  que l’alevin deviendra (l’anguille ne se reproduit pas en aquaculture, il faut donc l’élever à partir de son alevin. En 18 mois, un kilo d’alevins donne 800 kg d’anguilles). Cette exportation a cependant été interdite la saison dernière, mettant en danger des centaines de « civeliers » charentais notamment (on pêche l’alevin, appelé aussi civelle dans les estuaires de la Charente, de la Gironde et de l’Adour). Mais il y a pire : la réglementation européenne de la pêche des alevins durcit le ton car les pibales se raréfient. Certes la pêche française, forte de 690 unités maritimes de 7 à 12 m et de 225 pêcheurs fluviaux (à pied) recensés en 2007, touche à 66% de la population de l’alevin de l’anguille. Mais les causes principales de sa raréfaction sont la dégradation des habitats, les centrales hydroélectriques, véritables hachoirs à poissons de remontée, les pompages dérivations de cours d’eau, le rejet de 22 pesticides organochlorés et toxiques, les métaux lourds, utilisés en agriculture, notamment pour le maïs, et autres joyeusetés. Buon appetito.

    Photos ci-dessus : © Reuters - Sud-Ouest ; © mairie-guiche.fr ; © cuisine.notrefamille.com 

    images (3).jpeg

    Là-dessus, débouchez un Txakoli de Txomin Etxaniz, classique. Ou bien risquez un entre-deux-mers légendaire : Bonnet, d'André Lurton, en 2011 (majestueux de simplicité fruitée et d'évidence dans sa fraîcheur droite). Vous sentirez la vague, les embruns, sur ces pibales de fleuve final. Ou bien un autre larron de cette AOC trop cantonnée aux huîtres, Château Lestrille. Parce que si ces deux vins excellent sur les palourdes, les clams, les moules crues et les huîtres de haut-volimages (4).jpeg comme celles de mon pote Joël Dupuch (les Viviers de l'Impératrice) ou bien celles de Gillardeau, ils peuvent faire des étincelles si on a juste l'idée de les décantonner. Sinon, un rouge tout simple -n'allez pas chercher midi à quatorze heures parce images (5).jpegqu'il s'agit d'un mets rarissime et cher : un côtes-du-roussillon de hasard et d'humble extraction, mais correctement élevé fera l'affaire (là, aucun ne me vient spontanément), ou bien un irouléguy paysan (Abotia par exemple, en rosé pour changer de son rouge qui serait trop corsé pour les fragiles alevins déjà fouettés au piment).

    images (1).jpegEt pour lire? -La bouleversante histoire d'amour contrarié de Jacques-Pierre Amette, Liaison romaine (Albin Michel) car elle exprime le désarroiimages (2).jpeg d'un homme fou amoureux et que ça, c'est toujours poignant et qu'en plus Amette écrit par touches d'une sensibilité d'antenne d'escargot -ça compte lorsqu'on tourne les pages!..  

    Itinéraire spiritueux, de Gérard Oberlé (Grasset ou Livre de Poche), pour la langue baroque de ce Rabelais du Morvan, ami de "Big Jim" 


    images.jpegHarrison. Ou encore les discours de "Gabo", 
    Gabriel Garcia Marquez, Je ne suis pas ici pour faire un discours (rassemblés par Grasset) à picorer et pour lire au moins celui qu'il prononça lorsqu'il reçût le Nobel, le 8 décembre 1982, intitulé La solitude de l'Amérique latine. Ou celui qu'il donna deux jours plus tard à Stockholm encore : A la santé de la poésie. Extrait : A chaque ligne que j'écris je m'efforce toujours, avec plus ou moins de bonheur, d'invoquer les esprits furtifs de la poésie et de laisser sur chaque mot le témoignage de ma dévotion pour leurs vertus divinatoires et leur victoire permanente sur les pouvoirs sourds de la mort.

  • Vacqueyras blancs

    IMG_0366.jpgL'appellation Vacqueyras -célèbre pour ses excellents vins rouges- ne produit que 3% de vins blancs, mais loin de négliger cela, elle (l'ensemble des vignerons) travaille ardemment à en faire de grands vins blancs des Côtes-du-Rhône. Et ça marche. Récemment, nous en avons dégusté sur place une vingtaine, en 2010 (grand millésime) et 2011 (élégant millésime) et force est de reconnaître que la palette est large, les personnalités saillantes, mais l'esprit, un caractère commun, une identité forte dominent aussi, qui donnent à ces vins un équilibre rare. Dans l'ensemble, la robe de tous ces blancs est d'un jaune éclatant avec des reflets verts. Leur nez est floral (acacia, genêt) avec des touches d'agrumes. En bouche, ils sont d'une grande fraîcheur, d'une belle intensité florale et fruitée (agrumes, fruits exotiques). Ils sont bien sûr plus complexes, plus puissants et plus longs (en arrière-bouche) s'ils sont élevés en fûts. Revue de détail (de ceux qui ont nettement retenu mon attention) :

    vin_vac_blanc.jpeg2010Montirius -dont j'adore les rouges (en biodynamie), cuvée Minéral (grenache, roussanne, bourboulenc) est souple et plaisant (mais j'en attendais davantage), le Domaine le Sang des Cailloux (une star à Vacqueyras) est superbe de finesse, avec son léger boisé tout en délicatesse, sa fraîcheur, un léger gras et une franche minéralité qui achève de nous séduire. Six cépages le composent. Le Clos des Cazaux, Vieilles Vignes, est d'une B10.jpeggrande amabilité, mais il manque de suffisamment d'architecture pour être rond et... carré à la fois. Le Domaine de la Pigeade possède un bel équilibre minéralité-fruité, une belle expression en bouche, une corpulence trop légère (à mon goût). Le Couroulou (courlis, en Provençal), est doté d'un excellent équilibre acidité-minéralité et d'une grande fraîcheur désaltérante et profonde dès l'attaque en bouche. Le rollovervinmelodine.jpegDomaine de la Monardière exprime une touche bienvenue de viognier (20% décisifs, en plus des roussannes et grenaches).

    2011 : Le Domaine Palon explose par son côté grillé-beurré md_5178_46db54a89c0ea0567e38bf072d276f8a.jpegétonnant, mais pas forcément plaisant. Le Clos des Cazaux délivre une belle expression acide-minérale équilibrée. Le Domaine de Montvac (notre chouchou depuis sa découverte, il y a des années pour un papier paru dans L'Obs), cuvée Mélodine, semble très prometteur mais, le matin de cette dégustation, il était "recroquevillé" comme me l'a précisé la charmante Cécile Dusserre elle-même (celle qui le fait). Deux semaines après sa mise en bouteilles, il semblait faire la sieste comme un chat. phpFqoatV_1.jpegAttendons. Le Domaine La Fourmone est plaisant comme vin d'apéro ou de soif. Il a même un côté légèrement doux... agréable. Le vignoble Alain Ignace est une vraie découverte (doublée d'un excellent rapport qualité-prix : 10,50€). Minéral avec ce qu'il faut d'acidité, complexe, une attaque toute en finesse, 40% de viognier pour épauler la fraîcheur du bourboulenc et la structure donnée avec générosité par la roussanne : c'est une réussite claire. Le Domaine La Garrigue jouit d'un bel équilibre général : c'est la bouteille idéale pour découvrir (à 9€ le flacon) la typicité, le caractère, la carte d'identité des vacqueyras blancs.

    Je n'évoquerai pas en détail les domaines suivants : 2010 : Les Amouriers, Domaine Les Ondines. 2011 : Montirius, Seigneur de Fontimple, le Mas des Restanques, Le Couroulou et le Vieux Clocher, parce qu'ils ne m'ont pas conquis -ce matin-là!- et que cela est peut-être dû au vin lui-même, au temps, à ce jour-là, au hasard... Par conséquent, l'humilité oblige au no comment.

    Alliances : une brassée de poèmes de René Char et, au choix, un roman de Giono  (Que ma joie demeure) ou un autre de Jean Carrière (L'Epervier de Maheux). Avec des grillades (agneau) aux sarments, de la caponate, une tarte aux fruits rouges et un cigare léger (robusto de Maya de Selva) pour finir, les pieds croisés, jambes allongées, en contemplant les Dentelles de Montmirail jusqu'à la nuit noire...


  • Syrah du South

    crozeshermitagebio2011cavedetainlhermitage_resized.jpgC'est un Crozes-Hermitage (rouge 2011) de la Cave de Tain (sise à Tain L'Hermitage, dans la Drôme et dont je ne me lasserai pas de dire du bien). Syrah à 100%. Cuvaison courte et mise rapide afin de préserver le fruit dans sa pureté : bon point. Robe profonde, sombre comme la nuit tombante. Nez de fruits des sous-bois et des haies dont on fait des confitures ce mois-ci, suivi d'arômes plus durs de cuir et de tabac à pipe blond légèrement poivré. Bouche ravissante de fraîcheur, belle structure, longueur plus que correcte. Finale doucement épicée. J'ai accompagné ce vin issu de raisins biologiques (10€ le flacon et ça les vaut bien) et qui s'inscrit sans forfanterie mais avec une réelle conviction dans la démarche de la Cave de Tain en faveur du Développement durable, avec -ne riez pas-, d'un côté une simple pizza margharita de belle facture, rehaussée d'huile pimentée et de l'autre l'âpreté des Croquis de la Nouvelle-Orléans brossés par William Faulkner (in Coucher de soleil, folio 2€). Et bien la syrah s'en est sortie la tête haute. téléchargement.jpegLes croquis  du Deep South circonscrivent en trois ou quatre phrases à peine un personnage saisi sur le vif aussi efficacement qu'un portrait exécuté par un peintre leste et sur lequel nous portons un coup d'oeil puis un regard appuyé. Tout est là, dit ou (dé)peint. Cela s'appelle le talent et Faulkner n'en manquait pas. Ses sujets d'écriture sont les humbles. Mendiants, cabossés de la vie, simples d'esprit, alcooliques, tous sont avides de reconnaissance et lancent des appels à l'autre comme on jette une bouteille à la mer. Ce crozes-hermitage n'a pas besoin de cela, car c'est lui qui envoie des signes où l'on reconnaît l'évidence de la syrah lorsqu'elle s'épanouit dans les côtes-du-rhône septentrionales, rive gauche bien sûr et qu'un travail à main d'homme a fait consciencieusement le reste; soit l'essentiel. A la manière de l'écrivain ou du peintre devant le motif. Et comme j'étais en appétit, j'ai enquillé en feuilletant les poèmes hiératiques d'Erri De Luca tout en picorant des baies de raisin noir (lire Solo andata, juste dessous). En lisant, en croquant, en prenant une gorgée par-ci, par-là, ce rouge d'une distinction franche m'a soufflé une idée : désormais, je me livrerai au jeu charmant des alliances vins-mets-livres. Parce que ça marche.  

  • Portos et Minervois

    Image 2.pngMichel Portos ouvre (enfin) son restaurant à Marseille (où il est né) le 18 septembre prochain. Malthazar, 19, rue Fortia -plein centre! (une institution locale rachetée en juillet dernier). On brûle d'envie d'y foncer (ça ne tardera pas). Nous l'avons connu au Saint-James à Bouliac (Bordeaux), où il passait après Jean-Marie Amat. A l'époque, je dirigeais les rédactions de GaultMillau, la découverte de sa cuisine (A/R spécial dans la journée au moment de son ouverture) fut un choc. A chaque plat, la sensibilité du bonhomme explosait tranquillou en bouche. Nul doute qu'avec ses formules marseillaises décontractées -a bisto de nas-, à 22€ et à 31€, augmentées de l'accent méditerranéen  posé sur les versions tout brasserie et tout signature, il va vite oublier les pesanteurs amphigouriques bordelaises. Son bras droit au piano s'appelle Vincent Poette -ça promet! Et en plus il servira les huîtres de mon pote Joël Dupuch. Alors à vite, garçon!...

    En attendant, juste un mot sur un Minervois de haute tenue, château Millegrand Millegrand fut copyright bonfils.jpg(Vignobles Bonfils à Capestang, 34). Syrah pour moitié et le reste équitablement partagé (comme les coups de corne par Dieu à chaque tarde de toros) en carignan, grenache et mourvèdre. 18 ha plantés près du Canal du Midi. Vendangé à la main -on ne pose pas la question. Belle robe profonde, limite noiraude, nez puissant de fruits noirs, de sous-bois humide et de cuir sec. Bouche élégamment boisée comme la fin de trace (le soir venu) d'un parfum de Serge Lutens dont j'ai oublié le nom et que je retrouve dans le cou d'une. Cela possède -non : cela envoie de la classe comme une femme flamenca à la démarche unique sur le Paseo Cristobal Colon (Séville) par une après-midi d'avril vers cinq heures moins le quart. Et (au risque d'être vulgaire, mais en l'occurrence une touche de vulgarité a licence de frayer son chemin mûletier), cela vaut moins de 4€. ¡Olé!

  • Fissa

    images.jpegPêle-mêle, j’ai moyennement aimé Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck (Minuit) un rien "je m’écoute écrire comme on écrit dans la maison Minuit depuis Beckett jusqu’à Echenoz" –mais bon l’histoire tient debout et elle est (comme il se doit) froide comme images (1).jpegun serpent d’acier. Le plus gênant est peut-être (pour en avoir discuté avec d'autres lecteurs) l'emploi de la deuxième personne : vous avez fait ceci et vous allez faire cela... Au lieu du je ou du elle classique. Mais aucunement le meurtre du psychanalyste à l'arme blanche ou le quotidien (banalement) ordonné d'une femme (banalement) larguée par son mari avec un bébé dans les bras.

    J’ai préféré Le sermon de la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud), à la belle écriture tendue et qui ne cède jamais, en dépit de nombreuses divagations bien contrôlées et parce que c’est une belle métaphore de la roue de la vie doublée d'une saga familiale et tout cela gravite autour d'un bar paumé en Corse, tenu par deux jeunes amis frais émoulus de leurs études de philo.

    Oui, vous savez, ce sont des livres qui n’ont rien à voir entre eux mais dont tout le monde parle, avec une poignée d’autres ("le" Olivier Adam : bof, "le" nouveau Harrison : à lire dans la foulée, "le" Angot : laisse béton, "le" Djian : mouais), dans le maquis de cette rentrée protéiforme, pauvre pour une fois en autofiction nombriliste (qui s'en plaindra?) et qui s’appuie volontiers (panne d'imaginaire?) sur des faits de société servis chauds par les écrans de notre quotidien comme ce n’était plus le cas depuis des images (2).jpeglustres.

    D’ailleurs, j’entame Rue des Voleurs, de Mathias Enard (Actes Sud) qui a choisi le Printemps arabe pour toile de fond -entre deux friandises (et en attendant octobre qui nous apportera le dernier Quignard que nous souhaitons moins déçevant que le précédent et un Modiano que l'on dit exceptionnel) :


    Sur l’oisiveté, de Montaigne, adapté en images (3).jpegfrançais moderne par André Lanly. Débat : images (2).jpegcette adaptation (très récente, des Essais dans la collection Quarto/Gallimard -et il s'agit avec Sur l'oisiveté d'un extrait) est-elle supérieure à celle, admirable, de Claude Pinganaud (pour Arléa)? Il nous faudra comparer les deux textes (à suivre, donc). Ce petit
    2€ - Montaigne, Sur l'oisiveté.jpgrecueil reprend les chapîtres sur l'oisiveté, le pédantisme, la cruauté, la fénéantise et la colère.

    Replonger au hasard dans les  Maximes de La Rochefoucauld est un plaisir gourmand comme celui de chiper des bonbons l'après-midi. Nul ne peut se lasser d'ouvrir un tel livre et d'y trouver à chaque fois une perle d'intelligence, un trait d'esprit d'une acuité redoutable sur la nature humaine.

    Autre mini-poche : Un voyage érotique (anthologie) : Antiquité, Renaissance italienne, libertinage, érotologie arabe, le sexe sacralisé dans la liitérature asiatique et quelques pépites modernes glanées chez Wilde et chez Lawrence. Jamais sulfureux, toujours littéraire. Ces trois minces mais denses sont disponibles en folio 2€ et j’adore cette petite collection !

    images (4).jpegIl y a également des petites choses intéressantes à parcourir : Marilyn Monroe à 20 ans (« les secrets de ses débuts », sous-titre l’éditeur Au Diable Vauvert) de Jannick Alimi, car il y est question d'avant Hollywood : l'orphelinat, la pauvreté, un passage en usine comme ouvrière, des débuts inavouables de call-girl, de pin-up, les poses pour un photographe comme modèle low-cost, le premier divorce (Jim Dougherty)...  Et c'est donc touchant.

    Je relis Une autre jeunesse, de Jean-René Huguenin que Points a la bonne idée de reprendre dans sa collection images (4).jpegimages (5).jpegchic intitulée Signatures (et dans sa collection tout aussi élégante intitulée Grands romans, un fort et beau livre peu connu il me semble, maritime, ample, humain, exotique, cru, âpre de Yasushi Inoué, Rêves de Russie). Huguenin ou la voix d'une génération perdue, trop tôt flambée, qui faisait écho aux Hussards. Huguenin ou la fougue romantique d'une prose élégante et audacieuse (souvenez-vous de La Côte sauvage, et de nombreux passages admirables de son Journal).

    Je musarde entre les pages du Dépaysement, images.jpegsomptueux recueil de voyages en France signé Jean-Christophe Bailly (Points), qui partagea le Prix Décembre avec l'ami Olivier Frébourg (lire ici le compte-rendu de Gaston et Gustave daté du 14 novembre 2011).

    Jimages (1).jpege m’apprête à découvrir Exils, pièce de théâtre de James Joyce (folio), parce qu'un chassé-croisé amoureux entre deux couples pour sujet excite immanquablement, qu'il s'agit de la seule pièce de Joyce qui ait été sauvée et que l'éditeur affirme que c'est le laboratoire de toute son oeuvre, avec pour outils la tromperie, la dispute, la franchise, la jalousie, la cruauté, le vertige...  

    Je relirai enfin (de longues années après) Paris est une fête detéléchargement.jpeg Papa Hemingway dans une jolie édition collector (folio) revue et augmentée notamment d’un catalogue de « vignettes inédites » (d'autres fins possibles, car l'auteur hésitait et souffrait comme un chien pour achever ses livres!). C'est le Paris des années 20, vu par Hemingway (donc la plupart du temps depuis les comptoirs de La Closerie des Lilas et d'innombrables bars). On y croise des personnages comme Gertrude Stein ou Ezra Pound mais c'est un Paris aussi dépaysant que le fameux Piéton de Léon-Paul Fargue.

    Comme toujours sur ce blog -on l'aura compris-, le format de poche est privilégié. Comme sont mis en avant les bons flacons pas trop chers et les curiosités gastronomiques :

    L'IBERIQUE_FOIE GRAS AU JAMBON SERRANO.jpegEN LISANT, EN DEGUSTANT

    A l'aide d'une bonne lame, entamez L'Ibérique, un foie gras de la Comtesse du Barry enroulé dans une tranche de jamon serrano et parfumé (un peu trop à mon goût) de vinaigre balsamique. C’est un mi-cuit de 200g (30€).

    Je l’ai fiancé, non pas à un champagne ou à un blanc tranquille (sec) mais à un, puis deux excellents petits vins (rouges) par leur prix mais grands par leurs goûts : COSTIERES CHAT. DE CAMPUGET copyright costières de nimes.jpgVAUGELAS PRESTIGE copyright bonfils.jpgchâteau Campuget tradition 2010, un Costières-de-Nîmes à 3,60€ qui ne s’en laisse pas compter : il est puissant et rond, vif et long, épicé (poivre) et soyeux. L’autre est château Vaugelas, Cuvée Prestige 2010, un Corbières magnifique, modeste et richissime (fruits rouges et noirs, vanille, poivre, soyeux lui aussi et même velouté) qui coûte 4,5€ ! Deux vraies affaires en ces temps de Foires aux vins où les gens font du yoyo avec leur calculette entre les rayons, jusqu'à en oublier l'usage du tire-bouchon... Lisez et buvez.

  • Rouges de soirs d'été


    cazes-alter.jpegAvec cet été pourri et cyclotomique, il est encore des moments frais et propices à la dégustation de rouges de caractère, à la fraîche... 

    Les Domaines Cazes proposent deux Côtes-du-Roussillon : Alter 2009 et Excellence Triniac 2008. Le premier est un vin bio (raisins issus de l'agriculture biologique et biodynamique), encépagé ainsi :  40% de cazes-excellence-de-triniac.jpeggrenache, 40% de syrah et 20% de mourvèdre. Il passe pour moitié en cuve et en fûts pendant un an. Servi à 15°, il excelle sur des grillades d'été, notamment les côtelettes d'agneau, avec son nez de fruits rouges mûrs et sa bouche suave (13€).

    Le second, du Domaine Latour de France, ogier-cdr-allegories-dantoine.jpegest issu de 40% de carignan, 30% de syrah et 30% de grenache noir. C'est un vin de garde, plus corpulent que le précédent, tannique, qui conviendra à une belle côte de boeuf, en attendant les premiers gibiers (à poil) de l'automne prochain (5,50€!).

    La maison Ogier propose Les Allégories d'Antoine Ogier 2010, un Côtes-du-Rhône issu de grenache et de syrah qui voit le jour sur le plateau caillouteux du Plan de Dieu. Beau nez puissant de fruits rouges, de tabac blond et légèrement réglissé en bouche. Un bel équilibre et une fraîcheur étonnante. Parfait pour les cous et les coeurs de canard (en persillade) à la plancha (10,90€).

     

  • Montlouis-sur-Loire

    Quelle douce, vive et belle appellation. Montlouis-sur-Loire ou la gloire du cépage chenin né sur un sol argilo-silicieux et un sous-sol de tuffeau. Montlouis-sur-Loire ou l'expression de vins blancs (nous n'évoquerons que les tranquilles, aujourd'hui) minéraux aux arômes d'acacia, de coing, de giroflée... De jeunes vignerons y travaillent de mieux en mieux et produisent de grands blancs séduisants, certains en agriculture biologique, filtrés ou non; avec un peu de soufre quand même! (disons-le une fois pour toutes : c'est indispensable. Sans soufre, pas de bon vin). L'AOC, située en amont de Tours, aux confins de la Loire et du Cher, couvre trois communes : Montlouis-sur-Loire, Saint-Martin-le-Beau et Lussault-sur-Loire et environ 400 ha de vignes.

    Voici ma sélection parmi un certain nombre de cuvées dégustées récemment :

    premier-rendez-vous.jpegLise et Bertrand Jousset produisent Premier Rendez-vous 2011, un vin vivant, pourvu d'une grande fraîcheur et d'une franchise minérale remarquable. Premier Rendez-vous exprime la philosophie bio de ses concepteurs : des sols vivants, une vigne vivante, une vie animale, un laisser-faire contrôlé et une conviction chevillée au corps. Un rien canaille, c'est un vin de clin d'oeil au fond du jardin, autour d'une plancha entre copains et copines. 13€

    Coralie et Damien Delecheneau produisent Clef de Sol 2010, à Laclef-de-sol-montlouis.jpeg Grange Tiphaine, à partir de vieilles vignes (80 ans, rendement faible d'environ 33 hl/ha). Là aussi, il s'agit d'un vin bio (Ecocert) d'une très belle minéralité en bouche -qui se décèle au nez. La douceur est cependant le mot qui peut également résumer ce blanc aux flaveurs soutenues de poire, d'abricot, de pomelo et de pain d'épices. 14€

    montlouis-chidaine-bournais.jpegFrançois Chidaine produit Les Bournais 2009, une cuvée issue d'une parcelle de son domaine, lequel domine la Loire. Le vignoble est conduit en biodynamie. Les vignes sont jeunes et donnent une jolie nervosité à ce vin (mis en bouteille il y a pile un an) doté d'une puissance aromatique qui s'exprime à travers des arômes classiques de poire et de coing et aussi une note truffée délicate. C'est également rond, gras et plein. Très belle longueur en bouche avec une finale persistante de plusieurs caudalies. 19€

    Vincent Girault donne Clos de Volagré 2011, cuvée du Clos de la Briderie (Ecocert, ClosdeVolagre2008detoure.jpegDemeter). C'est d'un vin à l'équilibre acidité/minéralité remarquable et au rapport qualité/prix méritoire. Son vigneron le qualifie de vin de fruit en bouche. Au nez, il exprime l'acacia, le miel et le coing. Vin de soif, d'apéro et d'amitié, c'est d'un montlouis-sur-loire sans chichis qu'il s'agit. Comme on les aime. 7,60€

    images.jpegValérye Mordelet offre La Nef des Fous sec 2010, cuvée remarquable de son Domaine Les Loges de la Folie. C'est mon chouchou, je ne m'en cache pas. De vieilles vignes (70 ans) conduites en viticulture bio (Ecocert), un sol labouré avec un cheval (nommé Taga je crois), des vendanges manuelles bien sûr. Le résultat? -Un miracle de rondeur et de minéralité, de fraîcheur et de droiture sans sècheresse ni agressivité. Ce vin possède à la fois un côté tendu et un autre d'une souplesse confondante -effet double que l'on recherche souvent. C'est d'un blanc aux arômes de fruits (abricot, pêche blanche, pamplemousse rose, mangue) d'une grande franchise et très séducteur. La Nef des Fous (pensez à la peinture éponyme de Bosch) enveloppe, provoque, emballe. C'est par ailleurs un vin de longue garde. Avec ma recette toute simple de dos de cabillaud rôti - chorizo - tomates cerises - ail - huile d'olive, au four dix minutes, ce flacon fut souverain. téléchargement.jpeg12€

    Suggestions d'alliances : Poissons blancs de rivière, poissons nobles de mer (sole, cabillaud, turbot), coquilles Saint-Jacques, fromages de chèvre frais, Comté de 12 et 18 mois, cuisine asiatique sweet & sour, charcuterie simple (bon jambon blanc à l'os et au torchon).

  • C'est Arbois qu'il nous faut!

    roletexpressionduterroirarbois2007.jpgPierre et Eliane Rolet sont des vignerons de légende dans le Jura. Leur Arbois 2007 Expression du terroir (30% de Savagnin et 70% de Chardonnay) élevé en petits fûts trois années durant, donne un blanc caractérisé par une robe dorée et luminescente. Le nez envoie de la noix au cerveau, de l'amande à peine fumée, de la compote de pommes de maman et des épices douces, jamais agressives, comme la cardamome. La bouche est d'une fraîcheur rare. Droite, elle reprend les flaveurs perçues au nez -ou qui lui sautèrent dessus-, en y ajoutant un rien de fruits confits bienvenu, une pointe exotique comme un soupçon d'esprit de curry. Ce vin est formidable sur un vieux comté de Marcel Petite affiné 36 mois. Et sur des noix fraîches en saison, bien sûr. La ressemblance organoleptique de ce vin du Jura avec les blancs secs andalous : Fino (de Jerez de la Frontera) davantage que Manzanilla (de Sanlucar de Barrameda), permet de le fiancer bellement avec un grand (jambon) d'Espagne nourri aux glands (bellotas), ou avec un simple serrano. Notons que la rondeur du Chardonnay, prépondérant, assouplit ici la sauvagerie -pourtant séduisante- du Savagnin. Pour 10€, ce flacon est indéniablement une belle affaire.