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Vins

  • Elcôt Ness

    IMG_20191207_141418_resized_20191207_025148055.jpgL'incorruptible, ou plutôt L'InCôtRuptible, 2018, est un vin 100% côt, sans sulfites, issu de vignes proches de Chinon qui naissent sur un sol argilo-sableux. Il s'agit d'un AOP Touraine doté d'un sacré caractère, qui releva le défi d'un râble de lièvre cuisiné par nos soins. La contre-étiquette (ci-dessous) ne manque pas d'humour. Les Vignerons des coteaux romanais (St-Romain-sur-Cher) mettent en bouteilles ce vin singulier à la robe noire, au nez épicé, à la bouche douce et fleurie, enrichie de notes de cerise grasse et très mûre. Un beau cadeau (9,50€). S'en priver serait sacrilège. L.M.

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  • Daguin

    Je suis en train de faire mariner un lièvre, les mains dans le sang, l’ail, l’échalote, l’armagnac, et dans le tannat aussi, lorsque j’apprends qu’Alexandre est passé de l’autre côté. Je ne l’appelais pas André à cause de Dumas, auquel il me faisait penser, et parce que la première fois que je lui ai tiré le portrait, c’était pour et dans Gault-Millau, et j’avais titré mon papier « Alexandre Daguin ». Ça l’avait fait bien marrer, le Cadet, le Mousquetaire. Nous nous sommes vus parfois. À Auch, à la radio pour des enregistrements des Grandes Gueules auxquels il me convia, à Paris pour des raouts de promo gastro à la con, et je regrette de n’avoir jamais partagé un seul repas avec Son Altesse André Daguin (comme client à sa table, pour une soupe de châtaignes, une brochette de chevreuil, un magret de palombe - et oui -, c'était différent  : nous étions assis, tout petit, et il était très grand, tout blanc). Une autre fois, dans quelle gazette je ne sais plus, je titrais à son sujet : « Commissaire Magret ». Fastoche, avec le recul. Chouïa décalé, dans les années 80.

    ¡ Suerte, là-haut, sacré Gascon d’altitude !

    Ci-dessous, un chapitre sur lui et son fils Arnaud, paru dans mon livre « Le Sud-Ouest vu par Léon Mazzella » (Hugo & Cie, pp.120-125) =>

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  • Les ailes pourpres d'un désir de cabernet vraiment franc

    Capture d’écran 2019-10-14 à 20.43.23.pngVoici un flacon enchanteur : rouge, issu à 100% de cabernet-franc planté sur des argiles à silex, en appellation Touraine (Amboise), du Domaine des grandes Espérances (maison Saget La Perrière). Millésime : 2014 (16,50€). Vendanges manuelles, pour moitié en grappes entières. 18 mois en fûts de un à trois ans (1/4 de fûts neufs). Certifié Terra Vitis, c'est du bon bio (viticulture durable). L'étiquette est belle, la bouteille avenante, la robe rubis, le nez droit et gorgé de saveurs de fruits noirs, d'épices douces (poivre blanc, vanille), avec, en bouche, une finale légèrement réglissée. C'est élégant, frais, fin, architecturé, cela s'accorde à merveille avec la volaille simplement snackée et poivrée. C'est sans détours, et nous aimons tellement cela, l'absence de détour. L.M.

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  • D'une île sans soufre

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    Bon, alors, soufré ou pas soufré, ton vin, garçon biobo? Magma Rock, un gamay (a priori) relativement insipide, légèrement "carbo", avec quand même des notes de cerise pas encore mûre, est un vin "nature" qui hésite. Il est élaboré à Volvic (pied de nez), en Auvergne, là où les AOC de respect et de mémoire ne sont pas encore Légion (et il figure au paragraphe Loire, à la carte des vins de cette table - Hum...). No Control est sa marque de fabrique. Cela induit une posture. Le devoir d'être un -vrai- rebelle, celui qui traverse en dehors des clous quand c'est piétons-rouge, tu vois?.. Genre... C'est par conséquent l'obligation de paraître, de plaire à des cons qui n'y pigent keuts, mais qui se gaussent, se haussent du col en sifflant des quilles de vin naturels qui puent parfois la pisse de chat, la serpillère oubliée et j'en passe. Là, c'est l'étiquette qui fait tiquer. Se ficher du monde devrait obéir à certains cadres néo-shakespeariens (sulfites or not sulfites?).

    Bu, néanmoins, en excellente compagnie, dans une gargote très, très Capture d’écran 2019-10-13 à 23.12.01.pngrecommandable, nommée D'une île, sertie au coeur du Perche, en pleine brousse donc, encensée par le Fooding entre autres gazettes branchouilles, sise du côté de Rémalard, et où la cuisine du jour obéit aux contraintes du marché, à l'éthique locavore (alentour pas trop loin e basta), et d'une façon d'être qui peut exaspérer, malgré la beauté époustouflante du lieu : soit le service Erasmus (comme au Septime, difficile de se faire comprendre, parfois), l'approximation des connaissances, l'accueil minimaliste : ce laisser-faire très baba, très contrôlé en réalité (ça va avec les tics bobo), mais, mais, mais, en cuisine, ça envoie !

    Betteraves en aigre doux, chèvre frais, mûres (forcément) sauvages remarquables, Poireaux crayons (bien pochés), vinaigrette crémeuse au savagnin (impossible d'en retrouver la trace : pas bien), noix (délicatement torréfiées à sec, donc croquantes : top), Tatin d'oignons (grande!) aux graines de moutarde, crème aigrelette, et ces ris de veau croustillants (façon canelé bordelais), sauce Ranch (un peu compliquée à décrire) à se damner (les ris, pas le ranch). Boudin noir généreux et aux saveurs profondes, mousseline (suave, collante comme il faut) de pommes de terre ("pdt" sur la carte : faiblesse notée), de jolis fromages locaux (dont un livarot pas mal), une meringue mémorable sur une crème montée qui noyait quelques fruits rouges (pas tous de saison : elles viennent d'où, ces fraises, ouh-ouh !), et, et, et...

    IMG_20191011_145945_resized_20191013_111314365.jpgIMG_20191011_150104_resized_20191013_111313845.jpgIMG_20191011_150106_resized_20191013_111313379.jpgUne for-mi-da-ble carte de vins nature, bios, biodynamiques, tout ça, avec des noms de domaines à se tordre de rire comme d'hab', et donnant envie de revenir rien que pour tâter du Poil de Lièvre de Bobinet, d'un nuits-saint-georges de Philippe Pacalet (s'il y en a), d'un vin de France nommé Sorgasme (en magnum, s'il vous plait - s'il en reste), de ces blancs du Jura (et retrouver le savagnin), des vins orange d'Italie et d'ailleurs, oxydatifs comme il faut, voire d'une eau-de-vie de Cazottes pour la jouer Glougueule, soit académiquement vôtre.

    Déco attendue : poutres, cheminée, roots à mort, le masque sur la tête de chevreuil naturalisée, le renard naturalisé lui aussi et posant, les paniers à salade métalliques chinés au vide-grenier un dimanche dernier, les tables dépareillées, les bancs, tout le toutim, et une autre salle extraordinaire (à privatiser sans doute) avec immense table en bois brut, cheminée du meilleur effet, bibliothèque à l'étage, en mezzanine, l'ensemble étudié au petit point, mais chaleureux, derrière cette grande baie vitrée métallique du meilleur goût parigot-tête-de-veau-ravigote, perché.  L.M.

    Photos du bas : D'une île fait partie du hameau L'Aunay, datant du XVIIe siècle. Cinq bâtiments : restaurant, hôtel  (huit chambres, vingt-deux lits), potager, huit hectares de prairies et de forêt. Un havre.

  • Marie Blanque

    Capture d’écran 2019-10-06 à 22.07.32.pngPeyros, c’est pierreux, en Gascon. Cela évoque l’aride, le sec, l’absence de douceur mais la présence d’un caractère. Du côté de Madiran, Peyros désigne un domaine acquis par la famille Lesgourgues en 1999.

    Château Peyros représente la typicité absolue d'une appellation à la réputation rustique, cependant adoucie, taillée au fil du temps par un savoir-faire comme une caresse sensuelle et intelligente. Il y a à la fois le respect de la matière de base, l'ADN de l'AOC, et le souci de progresser, sans exclure la fantaisie d'une tangente, comme avec cette nouvelle cuvée quasi confidentielle.

    Cette recherche constante fait aujourd’hui du madiran de Peyros une empreinte digitale, un mot de passe, un sésame pour tout amateur d’authenticité préservée et néanmoins revisitée avec tact et talent, donc.

    Chez les Lesgourgues, on aime passionnément les arts et on est aussi artiste, comme Emmanuel, l’un des enfants de Jean-Jacques et Anne-Marie. Ce dernier souhaitait retrouver les flaveurs de son enfance béarnaise, précisément celle de ses randonnées en vallée d’Ossau, vers le col de Marie-Blanque, (du nom béarnais donné au Percnoptère d'Égypte, ce petit vautour blanc à tête jaune et au bout des ailes noir que l'on observe dans le ciel pyrénéen aux côtés des vautours fauves), et puis l’atmosphère précieuse de la pause casse-croûte avé la saucisse sèche de chez Abadie et fille, l’ardi gasna, soit le fromage de brebis de Joseph Casette, et un madiran de fortune.

    Corinne Lanyou, est responsable d’exploitation depuis 2009 de Peyros (certifié Terra Vitis en 2018). Elle connaît le domaine cep par cep sur le bout des doigts et des narines. Avec Emmanuel, elle a travaillé à la re-définition d’une saveur enfouie dans la mémoire la plus précieuse, celle des sensations fondamentales de la jeunesse. En dégustant toute l’appellation, ou peu s’en faut. En cheminant, caminando, afin de sculpter pas à pas le profil recherché. Une sélection parcellaire, largement ensoleillée, de Tannat exclusivement, s’imposa comme une évidence. La suite appartient au savoir techno-sensible d’une vinification aussi précise que l’emploi du temps d’un horloger genevois, à des extractions et à des remontages d’une grande finesse, à des cuvaisons longues comme un jour sans vin (c’est interminable), à une filtration en dentelle, tout cela pour produire 6 000 bouteilles à peine de l’édition 1 de Marie-Blanque (millésime 2016), ou le rêve d’Emmanuel devenu réalité.

    L’artiste signera un dessin original à chaque « édition », terme emprunté à l’univers du livre, qui libère la parole oenophile, réunit deux mondes, plante une passerelle nécessaire. Marie Blanque n°1, qu’on se rassure, est un vin d'accès simple comme une boutanche sérieuse de copains de bon goût. Décalé en regard de la gamme Peyros à laquelle l'amateur est habitué, car c’est concentré, mais friand comme d’habitude, quoique davantage « oxymorique » : doté d’une simplicité complexe, d'une force tendre et comme contenue, d'une puissance douce, d'une désarmante longueur, d'une énergie persistante. Sa sapidité, sa « buvabilité » (terme bobo usité à Paris XI), en font un vin complice, un vin au fruité soutenu, que j'imagine assez bien pour escorter une côte de boeuf.

    Et, vous savez quoi ? Marie Blanque a été élu Vin Ambassadeur de l’appellation Madiran pour 2020 (à l’issue d’une dégustation à l’aveugle par les œnologues de l’appellation, les vignerons et un panel de consommateurs). Sa robe est profonde et sans concession chromatique. Pour mémoire, le nez, gourmand, évoque aussitôt les baies rouges et noires du sous-bois de l’automne qui s’annonce tout seul, comme un grand. La bouche est ample, gourmande, concentrée, à la fois griottée et profonde, dotée de notes de mûres cueillies tout à l’heure, avec une touche épicée. Et d'un retour en grâce des bonheurs simples : c'est gorgé, juteux, généreux en diable. Enfin, la longueur serait celle d’une soie capable de choper une truite fario tout là-haut, du côté du col de Marie-Blanque. Là où Emmanuel sait. L.M.

    12,50€ le flacon, c'est cadeau !

  • Un grand Crémant de Bourgogne

    Capture d’écran 2019-10-06 à 21.44.01.pngEt soudain, le charme jaillit. La bouteille est lourde, avec un gros cul qui en impose, une étiquette sombre et discrète, et un verre opaque suggérant la discrétion. Un côté vitres fumées, ou lunettes noires, mais avec le bon usage de celles-ci. À l'oeil, une fois versé lentement, la robe du breuvage effervescent est pâle et luisante, la bulle extrêmement fine, le cordon danse avec joie, le mot homogénéité saute à l'esprit. Le nez est friand, brioché, pâtissier, avec des notes de pêche blanche, de mirabelle mûre comme en août dernier, et de tilleul lorsque, sous l'arbre, le vent nous porte ses parfums. La bouche est vigoureuse mais sans tapage, à peine acidulée, d'une grande fraîcheur, ample, gourmande. Des notes d'ananas frais, de coing à point pour une compote, de citron jaune mais à peine zesté, avec cette pointe de fruit sec saisi à la poêle sèche en la tournant sans cesse - noisette ou amande? Ce chardonnay d'une grande pureté est épatant. Il s'agit d'un Crémant de Bourgogne nommé Sainchargny. Mais pas n'importe lequel : Cuvée Immémorial Brut 36 mois sur lattes. Un Brut Grand Éminent (dosage 7g/l) souligne la marque. Et c'est splendide, complexe, séduisant, confondant, car cela rappelle certains champagnes de grande extraction, et puis cela vaut 20€, et nous fait oublier un moment Reims, Épernay, Aÿ et tout le toutim. La marque a pour signature racoleuse et un brin ridicule : Libre, fier et insoumis. Oublions cette faiblesse. Sainchargny, ce sont trois coopératives unies : Saint-Gengoux-de-Scissé, Chardonnay et Lugny. D'où le nom Sain-Char-Gny, qui produisent ce Crémant en AOC depuis 1975 fier de son label VDD (Vignerons en développement durable). 180 ha de vignes dans le Macônnais, aux confins du Massif Central, 100 vignerons à cheval sur 25 communes, des terroirs distincts, mais la griffe d'une unité, à laquelle Marc Sangoy, vigneron et président de Sainchargny, comme Grégoire Pissot, chef de caves, veillent au jour le jour. Un seul mot d'ordre, ce soir : ne vous privez pas de ce Crémant exceptionnel. L.M.

    D'autres cuvées aux noms attirants sont proposées par Sainchargny : Extatic (Brut), Catharsis (Brut rosé), Emerite (Brut millésimé). 

  • Ardèche Sud toute !

    Cela se passait le 19 juin dernier et il faisait une chaleur inhumaine dans ce restaurant nommé Elmer, planté dans le Marais à Paris, rue Notre-Dame de Nazareth pour être précis. Pour preuve, je sifflai une bouteille d’eau glacée avec des bulles qui piquaient fort mais tant pis et en quelques libations, à peine arrivé, non sans avoir salué ma charmante hôtesse Anne-Sophie, visiblement zen et comme thermo-régulée de la tête aux pieds.

    Mes confrères transpiraient et ça ne semblait pas les gêner d’avoir la chemise collée aux poils visibles sur leur peau, à travers un tissu comme passé sous la douche. Moi si. Cette vue me gênait, et j’enrageais qu’un choc thermique puisse faire apparaître un pareil spectacle sur moi, sitôt débarqué, jeté au hammam comme un homard dans le bouillon. Pour un peu, je repartais, ce que j’ai déjà fait maintes fois pour moins que cela. Or, je restai, car le sujet était friand, sinon affriolant : déguster des vins d’Ardèche dans les trois couleurs, et nous aimons beaucoup, vraiment, les vins de cette région-là. La thématique était d’ailleurs plus choisie : « Les Exceptions du Sud Ardèche ». Vingt-cinq vins à (re)découvrir.

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    Mes pensées, assorties d’un regard et de quelques mots amicaux, allèrent immédiatement à la petite brigade qui souffrait à plus de 50° Celsius afin d’achever avec peine et plaisir de préparer ce qui devait nous régaler (ah, ces filets de canette avec des petits pois à la crème de sarriette et leur surprenant jus à la cerise, qui suivirent un inoubliable vinaigre de bonite juste déposé comme ça, goutte à goutte, sur un tartare de bœuf au couteau de belle extraction). Anne-Sophie et Manon avaient les yeux qui virevoltaient, elles contrôlaient tout, y compris la température de la salle. Elles veillaient aux groins...

    Je faillis défaillir, ne pouvant me résoudre à « attaquer » quelque flacon avec mon verre à pied, eu égard aussi au rang de soldats – j’ai nommé les bouteilles, nombreuses, alignées, pleurant leurs larmes car le journaliste en dégustation est un goujat qui ne respecte rien, plus rien, à commencer par ses congénères qu’il bouscule, toise, salue de loin ou ne salue pas (tiens, je repense à l’opuscule nécessaire de Stéphane Méjanès : lire plus bas la lecture que j’en fis tout récemment), car que ça coule ne les gène guère, tu penses, ils se font rincer, alors le liquide, c’est naturel qu’il dégouline, lors qu’ils ne découlent, eux, d’aucune source buvable... J’ai reconnu dans le tas de chairs amassées un pique-assiette notoire, qui est de tous les râteliers du midi et du soir, et qui déguste aussi bien que je récite la messe en Latin...

    Capture d’écran 2019-08-15 à 08.06.15.pngEt que c’est donc à hue et à dia, à la va comme je te pousse carrément qu'il faut alors tendre un bras que l’on voudrait télescopique afin d’attraper une première bouteille de hasard, le rosé 2018 friand en diable du Domaine du Père Léon (cela ne s’invente pas, et je ne fis pas exprès, croyez-moi). Grenache, syrah, cinsault d’une rondeur, d’un fruité charmant, flatteur mais convaincant car conquérant, et ça vaut la bagatelle de 6€ - prenez la clé de la malle du 4x4, Nathalie, et garnissez  avec vos caisses, car l’été sera long et les amis nombreux, à la campagne !.. Bon, je commence ?.. Je sais, Laurent, que tu ne m’en voudras pas pour ce « compte-rendu » atipico.

    So, : le viognier (blanc, 2017) succulent de la Gamme Réserve du Domaine duCapture d’écran 2019-08-15 à 08.09.26.png Colombier, qui naît sur des coteaux argilo-silicieux et volontiers caillouteux, et qui jouit le veinard d’une fermentation lente sur lies en fûts de chêne avec batonnage durant trois à quatre mois (on croirait lire du Ponge mâtiné d’un compte-rendu de stage chez Sade), est renversant de pureté. Rien à dire de plus. Le mot pureté ¡ Basta ya ! Un autre viognier (quel cépage magnifique, en Ardèche, oublions un instant Condrieu ! Nous repensons à celui, adoré, de notre pote Christophe Reynouard, du Domaine du Grangeon – notre querencia ardéchoise, car le bonhomme te fait aussi un chatus et une syrah à tomber raide par terre).

    Capture d’écran 2019-08-15 à 08.11.14.pngViognier, disais-je : Terroir « Grès du Trias » des méritoires et salutaires Vignerons Ardéchois, « cave coop » d’exception, est à féliciter pour sa belle présence en bouche, un rien grasse, sa générosité, son élégance, sa belle tenue d’apéro, pas de soirée (2018, 8,10€).

    La Cuvée 1799 du Château des Lebres (rouge, 2017), souligne la bienvenue de 20% de cabernet-franc qui offre vigueur et fraîcheur comme nous tendons, genou fléchi et tête baissée, un bouquet d’hortensias parce que nous accusons un retard d’une minute, voire davantage, à une promise de passage...

    Arrêt sur écran : un couple de faucons crécerelle nichant dans la grangeCapture d’écran 2019-08-15 à 08.14.20.png en face vient de se poser sur le faîte du splendide toit de tuiles qui, lorsque je pose mon regard sur lui, m'évoque aussitôt « Tous les matins du monde », de Pascal Quignard, et le film sublime qu'il engendra : le son du clavier pourrait les déranger. Oui, j'écris dehors. Magie concomitante : un chevreuil que je reconnais, passe. Ce chevreuil, je l'aime, c'est désormais un compagnon de l'aube surtout, un complice qui m'évite...

    Or, Les Lebres! Le reste est composé de syrah à 50% et de merlot à 30%. Cela vous coûtera 11,5€ mon bon, et c’est cadeau, pour la puissance que ce feu vous envoie d’emblée, mais avec tact et galanterie. Car la garrigue sait y faire, avec ses subtilités chaleureuses, au nez comme en arrière-bouche.

    Capture d’écran 2019-08-15 à 08.16.24.pngDésolé Orélie (Vignerons ardéchois), ce coup-ci tu m’as déçu, toi qui tant de fois m’enchanta. Je suis en conséquence au regret d’écrire que tu m’apparus fade, buvardée, en rouge 2018, surCapture d’écran 2019-08-15 à 08.25.25.png ce tartare privé de désert à cause de toi...

    Le 2017 du Domaine Coulange (Côtes du Rhône Village Saint Andeol) fut plus accort, et accordé comme un luth théorbe sur une cantate de Bach, friand immédiatement. Ses 60% de grenache (et 40% de syrah pour suivre) y sont pour beaucoup je pense, moi qui ne pense jamais lorsque je déguste. À 10€, je passe commande illico.

    Capture d’écran 2019-08-15 à 08.27.57.pngIdem pour le Château de Rochecolombe (Côtes du Rhône Village Saint Andeol), nez intense, épicé à souhait, avec des notes de fruits noirs à s’en balancer sur le cou et la nuque, une bouche ample. Un vin enchanteur (genache et syrah, 10,60€).

    Le Domaine du Chapitre, (Côtes du Rhône Village Saint Andeol) piloté par un ténor qui se produit à l’opéra, FrédéricCapture d’écran 2019-08-15 à 08.30.43.png Dorthe (mon vis-à-vis, à table. En face, j’avais un soliste quelque peu aviné qui louchait et vacillait tout en balbutiant des propos incongrus – bref, le mec était bourré, car il effectuait son trip à Paris en forme d’échappée belle, façon Salon de l’agriculture, le Crazy Horse en moins (quoique). Ce Chapitre, donc, vante la grenache (60%) avec maestria et dominio  comme on dit dans l’arène. C’est riche de fruits rouges et noirs mûrs à souhait, c’est large, ample, grand, il y a là matière à discussion avec le sanglier que je tuerai à la fin de l’été. 12€ le flacon.

    Capture d’écran 2019-08-15 à 08.32.31.pngJe ne suis pas dessert, mais je me dois d'être complet. Aussi, dirai-je le bien que je pense de la Cuvée des Patriarches du domaine Les Hauts de Vigier, 100% syrah (bravo la cuisine pour les abricots rôtis, faisselle, oseille et citron vert !), aux notes de fruits secs, de pain grillé, car selon moi, ce flacon aurait sa place pour escorter une viande rouge maturée, une côte épaisse, un onglet long et large. À 6,55€, prenez-en d’avance pour inonder la grosse cocotte Staub des premièresCapture d’écran 2019-08-15 à 08.33.24.png daubes de l’automne. C’est un ordre.

    Finissons-en avec Ninon, car il faut finir avec elle, vous ne pensez pas ? Ce muscat à petit grain 100%, passerillé, son nez d’acacia, de pêche blanche, ses notes d’abricot mûr en bouche, ce vin « parcellaire », donc suivant une mode certaine, « je fais du parcellaire... » entend-on souvent (mais un bon point pour une cave-coop : le Caveau des Vignerons Alba-la-Romaine, 13,40€ le col), nous a charmé, même si, dessus ou avec, nous eussions préféré un roquefort des familles. L.M.

  • Dumas l'après-midi

    Capture d’écran 2019-08-11 à 18.09.45.pngLa formule est relativement simple pour qui souhaite agrémenter un dimanche après-midi d’août avec des lectures qui emportent plus sûrement qu’une bourrasque. Prenez quelques contes et nouvelles de Maupassant pour vous faire l’esprit comme on se fait la bouche ou les jambes : Amour, Les Bécasses, Les Tombales,Capture d’écran 2019-08-11 à 18.12.27.png Miss Harriet, cela suffit, puis emparez-vous du Sphynx rouge, la suite des Trois Mousquetaires, d’Alexandre Dumas (initialement connu sous le titre du Comte de Moret). L’histoire survient juste après le siège de La Rochelle, soit bien avant Vingt ans après. Il n’y a plus de Mousquetaires, mais un portrait vibrant du duc de Richelieu tient lieu ici de colonne vertébrale, et sur plus de sept cents pages. C’en est fait. Voici le retour tonitruant, au grand galop, de votre âme d’enfant ayant tant aimé lire tard sous les draps les romans d’aventure, de cape et d’épée, Jules Verne, Rudyard Kipling, Fennimore Cooper... Vous vous calez, bien allongé sur le canapé, les pieds sur l’accoudoir d’en face, un coussin supplémentaire sous la nuque. L’immense talent de Dumas est là, dès la troisième page, qui décrit un certain Étienne Latil, attablé dans une auberge à l’enseigne de La Barbe peinte, rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie dans le quartier du Marais, à Paris. Il vous prend par le col et n’entend pas vous lâcher de sitôt. Il fera sans doute nuit lorsque vous lèverez une première fois les yeux du livre pourtant lourd à vos bras tendus, ou posé en angle sur votre ventre : « Sa rapière, dont la poignée était à la portée de sa main, s’allongeait de sa hanche sur sa cuisse et glissait comme une couleuvre entre ses deux jambes croisées l’une sur l’autre. C’était un homme de trente-six à trente-huit ans, dont on pouvait d’autant mieux voir le visage, au dernier rayon de lumière qui filtrait par les étroits vitraux losangés de plomb donnant sur la rue, qu’il avait suspendu son feutre à l’espagnolette de la fenêtre. (...) Son nez droit et son menton en saillie indiquaient la volonté poussée jusqu’à l’entêtement, tandis que la courbe inférieure de sa mâchoire, accentuée à la manière de celle des animaux féroces, indiquait ce courage irréfléchi dont il ne faut pas savoir gré à celui qui le possède, puisqu’il n’est point chez lui le résultat du libre arbitre, mais le simple produit d’instincts carnassiers ; enfin, tout le visage, assez beau, offrait le caractère d’une franchise brutale, qui pouvait faire craindre, de la part du porteur de cette physionomie, des accès de colère et de violence, mais qui ne laissait pas même soupçonner des actes de duplicité, de ruse ou de trahison. » Élégance et désinvolture. Fougue et franchise. Force et panache. Le pouvoir de Dumas est inaltérable. Cela fonctionne, s'enchaîne comme la saison 3 de La Casa de Papel : que vous le vouliez ou non, vous êtes embarqués dans le torrent d'une calle Estafeta du ciné, de la littérature, du bonheur de se laisser aller au simple. Nous aimons régresser, ronronner en le lisant, entrer dans le récit, avoir derechef treize ou quatorze ans, chausser des bottes de buffle abaissées au-dessous du genou, porter une chemise bouffant à la ceinture, revêtir un justaucorps de drap aux manches longues et serré à la taille, et veiller à ce que son épée ne court le risque de se rouiller au fourreau. L.M.

  • Vins d'un repas d'été

     

    APÉRO

    ChateauDuMoulinAVentDomaine de la Tour du Bief 2018.jpgSplendide Moulin-à-Vent AOC, le Domaine de la Tour de Bief 2018, un 100% gamay d’une pureté inouïe, due peut-être à son élevage exclusif en cuves. C’est mûr, puissant sans être agressif, suave même. Il fut dégusté seul, pour lui-même. Signe d’une autosuffisance rare et permettant la concentration.

    ENTRÉES

    Afin d’honorer une terrine du Perche à la pomme etCapture d’écran 2019-07-27 à 13.40.50.pngCapture d’écran 2019-07-27 à 13.41.57.png une chiffonnade de jambon de Parme, L’Absolu 2018, en AOC Bordeaux rosé, issu de merlot et de cabernet-sauvignon, avec son nez discret de fraise, sa bouche d’un bel équilibre, sans acidité, le disputait - en qualité -, avec C’est la vie! 2018, AOC Bordeaux blanc, de la même famille Rochet. Cette cuvée quasi confidentielle (2 000 cols), est issue de sémillon à 100%. Son habillage moderne est rigolo (une 2CV sur papier craft, et un stop-gouttes détachable offert en guise de collerette, des plus élégants). Le vin s’affirme par un nez agréable de pêche blanche, de raisin croquant, et avec une bouche qui ne manque pas de vivacité. Le tartare de thon à l’huile d’olive vierge, à peine citronné, lui alla comme un gant.

    PLAT

    Capture d’écran 2019-07-27 à 13.17.39.pngÀ Sancerre, la Famille Bourgeois propose son fleuron, La Bourgeoise, dans le millésime 2016. Ce 100% pinot noir est d’une finesse et d’une douceur remarquables. Robe profonde, nez de fruits noirs, rouges et légèrement épicé, frais et ample en bouche, avec une note minérale qui rappelle le terroir de silex où naissent ses vignes, ainsi qu’une touche vanillée due à l’élevage en fûts d’environ une année. Idéal sur une belle entrecôte de bœuf saisie à la plancha.

    FROMAGES

    En Touraine Chenonceaux AOP, la famille BougrierBougrier Confidences Touraine Chenonceaux 2018.png propose, au sein de sa Grande Réserve, une production limitée, parcellaire, du Domaine Guenault, propriété historique sise à Saint-Georges-sur-Cher. Baptisée Confidences, cette cuvée 2018 est un 100% sauvignon blanc aux arômes délicats d’agrumes, de foin fraîchement coupé et des notes légères de cassis. Formidable sur les fromages des 48 chèvres, frais et moelleux, du Bois Buisson, de Véronique Quinet, à Courgeout (61), qui travaille seule et à qui nous tirons notre béret.

    DESSERT

    Afin d’escorter une tarte aux fruits rouges, un Anjou Villages Brissac 2017, la cuvéeCapture d’écran 2019-07-27 à 13.50.49.png  La Grande Chevalerie du château La Varière, issu à 100% de cabernet-sauvignon d’une belle maturité, et offrant ainsi une complexité aromatique que l’on peut attribuer aussi au passage d’un an « sous bois ». Un flacon sérieux signé Jacques Beaujeau, à la robe profonde, au nez de mûre et de cassis, légèrement vanillé, et une bouche intense avec des notes torréfiées et cacaotées. Puissant et souple à la fois. Un vrai vin de garde, à tester en saison avec du gibier à poil. L.M.

  • Dans le rétroviveur

    Capture d’écran 2019-07-21 à 15.36.29.pngAinsi désignais-je mon père. « Tu es un rétroviveur ! », lui répétais-je souvent afin de calmer sa nostalgérie et son c’était-mieux-avantisme chronique. Thomas Morales, fan de nobles carrosseries, appréciera le parallèle paternel.  Cet écrivain n’est pas de son époque et c’est ce qui fait le charme de chacune de ses chroniques, que Pierre-Guillaume de Roux (fils du grand Dominique) publie en bouquet à un rythme agréable (*). Les dernières de cet irréconciliable avec ce siècle vingt-et-unième et sa morosité, sa cruelle absence d’humour, sa police des mœurs omniprésente jusque dans nos chiottes, le quotidien rogue de ses congénères qui en exaspèrent ou en désespèrent plus d’un, ont pour titre « Un été chez Max Pécas ». Vous savez – non, vous ne voulez pas vous souvenir, Pécas c’est ce réalisateur de films gras et beaufs, si l’on veut forcer un trait définitif, ou bien kitsch si on la joue gentiment bobo déambulant dans un bled un dimanche de vide-grenier. « Le Pagnol du nanar sous cagnard », résume Morales. Ça sent la Miss camping, le Ricard généreux à l’apéro avec la carafe beige chiffrée et servant peu, le bob qui va avec, ça pue la fumée épaisse dégagée par des rangs de chipos et des merguez au garde-à-vous sur le barbecue qui n’est pas le Weber dernier cri, non, juste le vieux qu’on ressort et qu’on décape avec la brosse métallique, joie, appétit, charbon de bois et journal local froissé, dès la fin du Printemps. Les chroniques de Morales sont décontractées, dégrafées de la ceinture lorsque les crêpes au Nutella ont été trop nombreuses, mais il est des overdoses fondantes et plus délicieuses que d’autres, avouables celles-là. Avec ce bouquin, Jean-Pierre Marielle ressuscite. Ses textes nous rappellent Auriac, hameau paumé, perché loin au-dessus de Tulle, tranquille, où nous nous sommes si souvent rendus pour passer des jours, voire des semaines peinardes mais sacrément vives chez l’ami Tillinac, à l’époque des spleens corréziens et des bonheurs assouvis avant d’atteindre la borne Michelin désignant Souillac sous son chapeau rouge déteint. Soit l’été au vert, avec taons et guêpes, panne de pain et emmerdeurs qui se trompent de route. Mais rosé frais toujours (les pages consacrées aux amateurs de vin qui se la pètent sont tordantes et si vraies). Ces chroniques débraillées disent, chuchotent - non : écrivent. Car le garçon a une sacrée plume que Blondin et Haedens auraient sans aucun doute louée à bas taux. Ses images frappent, touchent, ont le ton. Et l’image juste. Un talent, dis-je... Écrivent, donc, combien le bonheur peut être simple et jamais vulgaire, si l’on a encore le courage de mater une fille en bikini, et en monokini tiens !, sans craindre la guillotine d’un hashtag. Et si elle se prend pour une starlette devant le Carlton tandis qu’elle remonte la plage de Palavas, c’est encore meilleur. Si l’on a encore l’audace de regretter Stone et Charden (mais pourquoi avoir jeté leurs 45 tours !), d’adorer Umberto Tozzi ou Eros Ramazzotti tant qu’on y est, et de vouer un culte au forçats de la route du Tour (de France), ainsi qu’à l’accordéon, au sourire fixe et aux performances d’Yvette Horner, à la prose érotique, limite salace d’André Hardellet, à la gourmandise grivoise des livres de René Fallet, aux promesses démesurées d’un slow-braguette un soir de bal au village d’à côté avec une Marilyn de chef-lieu de canton ayant eu le bon goût de ne rien donner à rafistoler de sa plastique originelle... Thomas Morales réconcilie avec la vie, la vraie, celle que des bataillons de tristes sires et à la grise mine veulent nous interdire, et parmi eux une jeunesse, oui, de précoces empêcheurs de rire en rond ou en losange, des mal dans leur peau dès l’adolescence qui s’acharnent (un vrai job) à vouloir nous faire culpabiliser d’avoir eu une enfance à la Sagan, à la Sautet, à la Huguenin. Contre l’esprit de sérieux qui nous les brise menu (il ne faudrait jamais quitter Montauban), lisez Morales. Moi, j’aimerais voir « Un été chez Max Pécas », et entendre déclamer ses « traits » claquants, désinvoltes, brillants, partout entre les mains et sur les lèvres de chacun, sur le sable, dans les rues de Bayonne et de Paimpol, sur les aires d’autoroute, brandi entre les rangs de maïs de Peyrehorade, repris en chœur dans tous les Café des Amis et les Bar de la Marine. Le mien, lu, me servira jusqu’à l’automne à attiser les braises du barbecue. Et, ça aussi, je sens que ça pourrait plaire à l'auteur de ces précieuses, longues cartes postales. Léon Mazzella

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    (*) Thomas Morales, Un été chez Max Pécas (PGDR, 15€)

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Vins de saison

    Capture d’écran 2019-07-18 à 15.14.50.pngCapture d’écran 2019-07-18 à 15.15.24.pngROSÉS

    Parmi les grands rosés de Provence, le château Romanin occupe une place de choix, un fief, une place-forte organoleptique. En AOP Les Baux-de-Provence, le Grand Vin Rosé 2018 (grenache, mourvèdre, syrah. 17,50€), sa robe saumonée éclatante, son nez franc de petits fruits rouges et noirs (groseille, fraise des bois, cassis) et d’ananas, sa bouche minérale avec une finale saline en font le fiancé idéal d’un soir au jardin avec les langoustines, puis l’agneau grillés. Vin puissant et résolument « gastronomique », il se distingue de Romanin, IGP Alpilles (grenache, mourvèdre, cabernet-sauvignon, et 15% de rare counoise. 12,60€). Robe davantage saumonée, nez plus fleuri avec des notes d’abricot et de pêche jaune. Sa bouche est d’une grande fraîcheur avec une finale minérale (signature maison). Ce flacon, plus 4x4, aime à se frotter au thon rouge cru, aux épices, à l’anchoïade, et même à l’aïoli. Des Romanin complémentaires.

    Du côté de Chinon, le château de La Grille, rosé 2018 (cabernet-franc. 11€), dont leCapture d’écran 2019-07-18 à 15.15.49.png
    vignoble est certifié HVE (Haute valeur environnementale), brille par sa délicatesse. Robe saumon clair, nez de fruits rouges, bouche « croquante », jolie finale. Parfait pour conduire un poisson blanc de rivière, voire une friture d’éperlans relevée/révélée au citron.

    BLANCS

    La Vigne du Cloître, remarquable Mâcon-Péronne « en Chassigny » de la Cave de Lugny (2017, entre 7,50€ et 10€. À retrouver en septembre à la Foire aux Vins de Monoprix. Désolé pour ma photo prise avec le smartphone...), est vinifié sans sulfites. D’où une pureté aromatique IMG_20190718_152238_resized_20190718_032303443.jpgincomparable, mais hélas éphémère : dépêchez-vous donc de le déboucher. Robe claire et brillante, nez de mirabelle et de pêche blanche. Bouche souple puis intense, tendue même en finale, comme souvent avec les chardonnays de cette zone d’élection originelle. Flacon formidable en compagnie d’une bourriche d’huîtres de chez l'ami Joël Dupuch, et de quelques tourteaux (sans mayo !).

    Chez Plaimont, dans le Gers, en AOC Saint-MontCapture d’écran 2019-07-18 à 15.16.18.png, une nouveauté attire le nez : L’Absolu des 3 terroirs (gros manseng, petit manseng, petit courbu. 12,90€) assemble le meilleur des grands terroirs de l’appellation : argiles calcaires, argiles bigarrées et sables fauves. Robe pâle. Nez d’acacia et d’agrumes, mais pas trop, fort heureusement. Bouche ample, longue, plaisante jusqu’au bout. Parfait avec un poisson noble des rivières locales comme la truite fario (prise à la mouche, si possible), ou bien le bar de ligne si l’on revient d’une virée « surf-casting » sur la côte basque... Notons que L’Absolu des 3 terroirs se décline en rouge (tannat, cabernet-sauvignon, pinenc. Même prix). Ce dernier est à déguster pour ses notes de fruits noirs tout en faisant la cuisine (le salaire de base du cuistot amateur), et à achever à l’apéro quand les premiers copains déboulent. Et comme ça, « blanc sur rouge, rien ne bouge ! »

    À Chablis (en appellation Chablis-Village), découverte auCapture d’écran 2019-07-18 à 15.51.01.png domaine Laroche, de la superbe cuvée Saint-Martin 2018 (certifié HVE niveau 3 : le must! env. 20€), et son beau flacon, d'une grande fraîcheur, d'une très belle minéralité (typique avec les beaunnois, ou chardonnays, de ce terroir), et d'une force contenue en finale des plus agréables. Robe pâle à reflets bleutés. Nez crayeux, puis subtil de fleurs blanches, de beurre frais, avec une note de pomme. Bouche légèrement boisée (cèdre, sous-bois), voire toastée en finale. Superbe à avec de l'iode à pleines mains : vite, un plateau de fruits de mer!

    IMG_20190718_152323_resized_20190718_032404502.jpgEn Béarn, chez Henri Ramonteu et son fameux domaine Cauhapé (évoqué ici même il y a quelques jours encore), un jurançon sec, Les Vignes de Manon (2018. 100% gros manseng. 10-11€), exprime son talent avec de délicates notes de fruits exotiques et d'agrumes (avec mesure, ces dernières). C'est très frais, expressif à souhait, et parfait à l'apéritif pour lui-même. Cependant, si d'épaisses soles-filets débarquent entre les bras d'un pote, et bé y'aura plus qu'à faire fondre le beurre dans la poêle ! L.M.

  • Jusqu'au point d'orgue

    Capture d’écran 2019-07-05 à 20.42.40.pngCe sont des flacons aux noms qui résonnent jusqu’au point d’orgue car ils sont longs en bouche, et évoquent une musique, ou la musique.

    Il y a Boléro (blanc liquoreux, 2017, 15,90€), jurançon du domaine Cauhapé, sérieuse maison dirigée sans baguette mais de main de maître par Henri Ramonteu. Frais, ample, il ne manque pas d’élégance car sa sucrosité n’est pas écrasante, au contraire. Parfait à l’heure de l’apéritif avec rien d’autre, puis à la fin du repas avec des fruits rafraîchis. Gloire au petit manseng lorsqu’il est ainsi travaillé, après avoir été ramassé à la main à la mi-octobre, puis à la mi-novembre.

    Il y a L’Accord Parfait (rouge, 2016, 10,50€) des Vignerons deCapture d’écran 2019-07-05 à 20.44.19.png Carcastel, en appellation Fitou (où les progrès techniques hissent les vins depuis quelques années). C’est gourmand, racé, présent en bouche (carignan, grenache) et d’une généreuse fraîcheur. À partager « à la tiède », escorté de charcuterie, pieds nus dans l’herbe.

    Il y a Harmonie, du domaine Jean Vullien & fils (blanc, 2018,Capture d’écran 2019-07-05 à 20.44.03.png 13€), envoûtant Chignin-bergeron (Savoie). 100% roussanne d'une teneur, d'une présence, et d'une complexité aromatique confondante. C'est généreux, la robe d'or à reflets cuivrés en impose, acacia, abricot mûr, léger réglissé au nez, amplitude et suavité en bouche. Persistant. Musical. Magnifique!

    Capture d’écran 2019-07-05 à 20.43.14.pngIl y a C’est pas du pipeau (blanc, 2018, 21€), superbe Collioure du domaine Coume del Mas (Banyuls), à l'étiquette chatoyante. Vermentino et roussanne s’y donnent à cœur joie, en bouche, et c’est fort agréable avec un poulet yassa.

    Inutile d’attendre la prochaine fête officielle de la musique. D’ailleurs, c’est la saison des festivals, la musique est partout chaque soir, y compris à la maison. Passe-moi le tire-bouchon, Pierrot... L.M.

  • Rosés varois

    Capture d’écran 2019-07-05 à 18.39.50.pngVous pensez encore que les rosés sont de faux vins ? Certains sont splendides, surtout en Provence du côté des Baux, des coteaux d’Aix, dans le grand maquis des Côtes-de-Provence en allant à La Londe, ou en se dirigeant vers Sainte-Victoire, du côté de Cassis, de Tavel, de Bandol bien sûr, de la presqu’île de Saint-Tropez, en appellation Palette, en Corse, mais aussi en Loire, dans le Sud-Ouest, sans oublier quelques clairets bordelais. Cela ne fait plus de doute car les progrès ont été considérables en quelques années et l'augmentation de la qualité est bien réelle.

    Là, je suis tombé en arrêt devant trois flacons (millésime 2018) mettant en valeur cinsault, grenache et syrah, sans robe tapageuse ou modeuse ni notes désagréables d’agrumes, produits à Hyères-les-Palmiers, dans le Var, par Domaine & Châteaux Fabre, les propriétés de la famille Fabre-Grimaldi  : le château de La Clapière et le château de l’Aumérade. Du premier, Cru Classé Côtes-de-Provence AOP, laCapture d’écran 2019-07-05 à 18.40.12.png cuvée Classique (10€), reconnaissable à la forme de sa bouteille, est somptueuse de délicatesse et de suavité, avec de jolis arômes de reine-claude. C’est un rosé aérien et gastronomique (de tout un repas).

    La cuvée La Violette (13€) porte bien son nom Capture d’écran 2019-07-05 à 18.30.10.pngcar il s'agit d'un rosé plus floral que fruité, enchanteur, d’une force soutenue face à une grillade saignante, et doté d'une séduisante minéralité en fin de bouche.

    Du second, l’Aumérade, Cru Classé également, la cuvée Marie-Christine (13€), outre son look féminin (inspiré d’une pâte de verre d’Émile Gallé et augmenté de cette fine silhouette : voir ci-contre), est un rosé aux notes charmantes de pêche blanche et de fruits exotiques, c’est souple et d’une belle profondeur. Trois flacons pour supporter agréablement la chaleur. L.M.

  • et glou

    Capture d’écran 2019-04-18 à 17.57.57.pngÀ propos du syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur, les Oscars de Bordeaux de l’été qui vient ont sélectionné quelques perles en blanc, rosé, clairet et crémant. Nous avons retenu le charnu, l’expression, la teneur, la présence forte du clairet du château des Tourtes, un rosé vineux à souhait qui se mange, se croque, se mâche, se fiance à la hussarde avec une volaille landaise rôtie ou  - pourquoi pas - une sole-filets bien épaisse juste poêlée avec du beurre (2018, 5,30€ : cadeau).

    Les vignerons de Tutiac nous étonnent encore avec leur Carrelet d’Estuaire, un blanc de respect (2018, 4,50€Capture d’écran 2019-04-18 à 18.02.18.png). C’est rond, friand, sec et vif, nerveux et gras en fin de bouche : idéal à l’heure où le soleil se couche et que l’on picore une friture d’éperlans avec les doigts.

    À la cave béarnaise de Crouseilles, un modeste Pacherenc du Vic-Bilh sec (2017, 6€) nous a fait tenir l’arrêt devant le flacon comme un setter anglais devant une bécasse irlandaise : Lou Blanc (le blanc) est son nom. Bien trouvé, car le loup blanc est une rareté proverbiale, à l’instar du merle mêmement immaculé. Pour 6€, nous avons dans le bouteille LOU BLANC 2 2017 Détouré.jpgverre un concentré de ce que la région de Madiran sait faire lorsqu’elle tourne le dos aux rouges et aux légendaires blancs moelleux (de Pacherenc) issus de raisins passerillés (gros manseng et petit courbu). Voilà du claquant, du fouet en arrière-bouche, de la persistance gasconne : je gueule encore alors que tu n’es plus dans mon champ de vision. L’énergie cinétique de ce flacon se compte, ailleurs, en caudalies. Et, par chance, l’intensité aromatique ne nous déverse pas de l’agrume à pleins cageots. Le citronné sait demeurer discret - merci.

    Nous avons tous nos chouchous. Pellehaut en est un. Côté rouge,Chardonnay 2018.jpg je craque pour l’entrée de gamme avec une fréquence sans modulation. Côté blanc, et pour 6,90€, je fonds pour ce chardonnay bien acclimaté en terre gasconne. Le 2018 possède une profondeur aromatique Sans titre 1.jpgétonnante. Dégusté sur mon tartare de saumon au couteau, soja et wasabi, il releva le gant : chapeau! Le rosé 2018, en bouteille « givrée », Réserve Famille Béraut (c’est le nom de la cuvée, 8,50€), issu de pinot noir et de tannat, libère son opacité formelle au premier nez, et plus encore à la première gorgée. C’est gourmand et généreux, ample et équilibré. Un rosé qui a du tact.

    En AOC Bergerac, il existe un vin cyranien qui n’a pas retenu queCapture d’écran 2019-04-18 à 18.12.39.png notre appendice nasal, mais aussi nos papilles. Si j’avais un tel nez est son nom. Déjà ! C’est du merlot pur qui pousse sur de l’argilo-calcaire, passe en cuve inox, c’est en bio depuis 1999, et c’est livré sans soufre. Du fiable (2016, 12€). Puissant, charpenté, fruité (cassis, raisin) et frais comme une chocolatine à la sortie du four.

    Du côté du Marmandais, où la « cave coop » est exemplaire, voici Terra Vallona, un trio en trois couleurs, classé en IGP Comté Tolosan. J’affectionne, c’est acquis, les flacons modestes à prix ridicule mais qui en ont dans le ventre. KallyVasco s’en fait souvent l’écho. Voici Capture d’écran 2019-04-18 à 18.21.32.pngdonc trois vins à 3,40€ le flacon qui valent le déplacement. Le rouge (merlot, cabernet-sauvignon et cabernet-franc) est croquant, franc, il distribue fraise, cassis et épices douces sans chichis. Le blanc sec (colombard, sauvignon) est d’une fraîcheur avenante, mais je lui reproche son côté modeux, car trop axé sur l’éloquence de l’agrume (on s’éloigne du raisin). Le rosé est en revanche plus souple (merlot à 95%, un chouia de malbec et une pincée d’abouriou pour l’accent local). D’une franche fraîcheur à l’heure de l’apéro avec ou sans tapas, mais des amis pour rigoler franchement à la fraiche.

    Respect : Le Pinot Noir Sauvage (2017, 14€) duPINOT NOIR SAUVAGE.png château de la Terrière (face au Mont Brouilly, au cœur du Beaujolais, AOP coteaux bourguignons), est de ces vins nature qui, après Sauvage à Poil (évoqué ici même) magnifient le cépage dédié (gamay, ou pinot noir, le cas échéant) avec circonspection et méticulosité. L’élégance, l’expression précise, la structure sans le bodybuilding – bien au contraire, s’imposent avec naturel, et c’est le mot idoine. Pas de collage, une légère filtration, une délicatesse de A à Y donnent ces touches de fruits rouges et noirs, ce réglissé, ce soyeux tannique, cette puissance domptée qui ravissent lorsque nous investissons un magret de canard bichonné à basse température.

    Côté effervescence, les champagnes de vignerons m’ont obligé à une pause savoureuse avec celui de Claude Michez, qui crèche à Capture d’écran 2019-04-18 à 12.56.04.pngBoursault, dans la Vallée de la Marne. Il est certifié HVE (Haute valeur environnementale), ce qui alerte d’emblée. Les trois cépages y sont, comment... magnifiés avec modestie (45% de pinot meunier quand même). La cuvée Flore, joliment imprimée d’images de coquelicots et d’arums (BSA, Brut sans année, à peine 2000 bouteilles), découverte sur des langoustines pochées que je disposais délicatement sur des papardelle fraiches, résume l’expression de quatre hectares conduits à pas d’homme sachant marcher lentement entre les rangs. Coing, ananas, amande, mirabelle, poire, noisette fraîche, et puis du crémeux, de la pulpe suivie d’un citronné discret, de la mâche légère en arrière-bouche, une touche saline pour achever le voyage : superbe (22€).

    À Celles-sur-Ource, dans la Côte des Bar, le champagne DeCapture d’écran 2019-04-18 à 18.38.31.png Lozey blancs de blancs vinifié sous bois (32,40€) nous a surpris par belle charpente, sa rondeur, son côté vanillé, une pointe toastée aussi, ainsi qu’une touche miellée, voire confite de bon aloi. Il est minéral en finale, et soutenu par une acidité ayant le bon goût de ne pas flirter avec l’agrume gueulard. C’est assez vineux et pourvu d’une sapidité apte à escorter des ris de veau croustillants et crémeux.

    Capture d’écran 2019-04-18 à 18.39.46.pngEnfin, coup de chapeau à cette Réserve Exclusive Rosé de Nicolas Feuillatte (35€), dont la bouteille est d’une rare beauté, qui évoque à la fois les fleurs peintes par Van Gogh et ces estampes japonaises qui rehaussent les haïkus des maîtres du genre comme Bashô. Petits fruits rouges frais : groseille, framboise, myrtille, gariguette... explosent en bouche. C’est plein, très présent, immédiatement éclatant (pinot noir pour la rondeur, pinot meunier pour la souplesse), et résolument séduisant. L.M.

     

     

     

  • La page de Rita

    Capture d’écran 2019-02-15 à 12.42.31.pngJe pensais l'avoir signalé ici, mais non. J'eus la surprise au coeur de l'été dernier de découvrir un papier élogieux et délicieusement tardif sur l'un de mes livres paru fin 2001 et qui, finaliste du Prix Goncourt de la Nouvelle, manqua cette distinction d'un cheveu. Le voici - il est signé Rita, blogueuse littéraire - et si cela vous incite, hâtez-vous, car le bouquin est en voie d'épuisement chez l'éditeur, lequel n'envisage pas de le réimprimer ou de le reprendre en format de poche dans La Petite Vermillon =>  Les Bonheurs de l'aube

     

     

  • Le Vin, c'est Particulier...

    IMG_20181218_150438_resized_20181219_112601357.jpgIl vient tout juste d'arriver au courrier par coursier : le livre Le Vin, son histoire, ses terroirs, publié par le groupe Le Figaro via sa filiale Le Particulier, paraît. 194 pages denses etIMG_20181218_150323_resized_20181219_112600472.jpg cousues main, aux petits oignons, rédigées scrupuleusement et littérairement, avec goût et circonspection, sous la houlette de notre complice depuis tant d'années Philippe Bidalon. Nous y avons, personnellement, beaucoup donné, des Origines du sang de laIMG_20181218_150921_resized_20181219_112601974.jpg vigne au vignobles du Sud-Ouest en passant par ceux de la Loire, de la bulle de Champagne à l'aristocratie (bordelaise) du bouchon, des climats bourguignons au choix des verres, et d'autres chapitres plus ou moins grands. Ce fut un plaisir. Le bouquin se tient. Il est élégant, gourmand, richement illustré, jamais pompeux, toujours sérieux mais avec ce qu'il faut de distance pour demeurer suave, hédoniste, généreux. Aucune prise de chou là dedans. Que du plaisir en partage. Faites passer ! L.M.

     

  • Vin de gibier

    IMG_20181113_150210.jpgIMG_20181113_150327.jpgWeek-end de novembre dans le Perche. Les palombes luttent contre un vent mouillé, la pluie devient horizontale et piquante, il ne fait pas un temps à mettre un chevreuil dehors. D'ailleurs, on n'en surprend guère à l'orée des bois. Les grues cendrées ne passent plus, et les cendres menacent dans la grande cheminée. Il est temps de retourner aux affaires. Le château Les Gravières de La Brandille, Bordeaux Supérieur 2015 appartenant à la famille Borderie, sis à Saint-Médard-de-Guizières, est le flacon idéal pour escorter une viande rouge de sacré caractère comme une daube de sanglier mijotée des heures, un cuissot de chevreuil qui roupille lentement au four à 180°, ou une épaisse basse côte de bœuf des Flandres maturée trois semaines (photo), grillée sur de tendres braises, à bonne hauteur et devant la table de l'apéro, ce dimanche midi à la campagne, tandis que la pluie crépite encore sur les feuilles des chênes et des châtaigniers.

    Le flacon reflète bien le caractère viril de ses 90% de merlot (le reste est dans la fausse douceur des cabernet-sauvignon). Sur ces terres argilo-graveleuses, nous ne sommes pas loin de Saint-Émilion et nous retrouvons facilement dans le verre un air de ce terroir unique, à la fois raffiné et structuré, élégant et corpulent. La robe rubis est profonde, et le nez de fruits noirs légèrement épicé. Cette cuvée Prestige (9,80€ à peine) est élevée un an en fûts (un tiers de neufs). La bouche ample est longue, les tanins soyeux. L’écho (franchise, fraîcheur, suavité, léger confituré) avec la viande rouge, bleue mais chaude, est remarquable. C'est la tendresse du gentleman-farmer... L’idéal serait d’en avoir suffisamment pour élaborer la prochaine daube de joue de boeuf avec (penser à en commander). En attendant, il sera le compagnon idéal du livre posthume de « Big Jim » : Un sacré gueuleton. Manger, boire et vivre, qui paraît chez Flammarion. Et de Mozart. Santé ! (Pé-pèp!.. Remets deux ou trois bûches avant de sortir, s'il te plaît-merci). L.M.

     

     

  • Pinard

    Capture d’écran 2018-11-06 à 17.36.38.pngSacré visuel nous ayant échappé lors de la réalisation du gros hors-série (mook) sur la Grande Guerre pour L'EXPRESS!..

    L'occasion de souligner combien j'ai été embarqué, passionné par la rédaction et le co-pilotage avec Philippe Bidalon de ces 212 pages. Rarement un projet de cet ordre ne m'aura autant pris, animé. Je crois que le sujet de la Grande Guerre, non seulement ne laisse personne indifférent, mais prend chacun au ventre. Durablement. Ci-dessous, l'un des articles sur le motif paru dans le hors-série précité. 

     

    IMG_20181108_095453_resized_20181108_095809962.jpgIMG_20181108_095659_resized_20181108_095822375.jpg

    DU PINARD ET DES LETTRES POUR COMBATTRE L'ENNUI

    Par Léon Mazzella

    Je m’ennuie. L’expression revient comme un refrain dans les courriers et les carnets des Poilus. « Je m’ennuie à mourir » (Edouard Mattlinger), « Il pleut, nous croupissons » (Frédéric Branche), « Je me fais bougrement chier » (Louis Vassivière)… Tels sont les leitmotiv des soldats dans les tranchées. Contre l’ennui, le sport (lire par ailleurs), constitue un formidable antidote. L’écriture sera aussi l’une des principales occupations, avec l’artisanat, du Poilu morfondu dans la tranchée : certains se livrent à la gravure sur douille d’obus, fabriquent des colliers avec du fil de fer, gravent le cuivre, sculptent des coupe-papier, confectionnent des bracelets avec du cuir. Ils façonnent de leurs mains des objets pour se survivre à eux-mêmes, laisser une trace, en rêvant d'une postérité de pacotille :  ils tuent le temps sans espérer la prochaine attaque, le prochain assaut qui sera donné par un officier, de ce coup de sifflet qui broie les tripes, intime l’ordre de sortir du trou et d’aller droit devant… 

    Cafard et chasse-spleen

    L’attente de l’heure de la soupe, du « rata », comme à bord lorsqu’on est marin et que l’horizon sans horizon plonge dans l'aplasie, rythme les journées des fantassins. La distribution du pain et de l’eau potable (denrée rare, surtout lors des chaleurs estivales et aussi l’hiver, qui fera boire de la neige et de l’eau souillée aux soldats), ainsi que celle du « père pinard » et de la gnole, prennent la dimension de moments de bonheur brefs mais apaisants, pour des soldats que la résignation guette et qu’un patriotisme chevillé au corps et à l’âme tiendra droits jusqu’aux premières mutineries de 1917. L’ennui est aussi combattu par l’heure espérée de la relève par des contingents frais, et surtout par celle, suprême, de la permission ! Le « cafard » est une expression qui fut inventée dans les tranchées pour désigner ce bourdon proche de la dépression, du moins d’une mélancolie certaine. Contre lui, il existe peu de grands remèdes, hormis « le père pinard » et l’écriture, donc. La correspondance avec l’arrière demeure le chasse-spleen à double tranchant numéro un du Poilu qui se morfond et qui attend sans attendre de passer à l’action. Henri Barbusse, auteur d’un roman emblématique sur la Grande Guerre, écrit à chaud, « Le Feu » ( Prix Goncourt 1916), affirme que l’attente du courrier est plus importante encore que celle de la soupe. L’affranchissement étant gratuit et les enveloppes distribuées en nombre, ce sont des centaines de milliers de missives qui partent du front chaque jour… Filtrées par la censure, laquelle relève, voire bloque les marques de cet incoercible cafard qui ne passe pas (certaines lettres, « ouvertes par l’autorité militaire », ne parviennent pas à destination), parce que la guerre s’enlise comme les godillots des Poilus dans cette gadoue qui imprègne les os et les âmes, car la boue qui noie les chevaux et les canons participe de cette mouise désespérante, parce que la guerre s’éternise au point qu’on se demande si elle s’achèvera un jour tandis qu’elle devait être expédiée en trois coups de crapouillot. ..

     

  • À lire dans "C" Le Magazine

    IMG_20180913_140407_resized_20180913_025649713.jpgC comme Champagne. Le troisième numéro de ce magazine annuel (auquel nous collaborons depuis le n°0) paraît.

    J'y signe pas mal de choses, notamment une enquête sur la guerre effervescente que se livrent champagnes, proseccos, cavas, et autres crémants et blanquette... Ainsi qu'une autre petite enquête sur les nouveaux consommateurs de champagne, ou encore la campagne choc du SGV (Syndicat général des vignerons de Champagne), que j'avais déjà évoquée dans L'Equipe magazine et son supplément Flacons le 14 juillet dernier.

    Aux kiosques citoyens! Et vive la presse écrite imprimée.

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    IMG_20180913_142600_resized_20180913_025648959.jpgIMG_20180913_151026_resized_20180913_031233447.jpgIMG_20180913_140107_resized_20180913_025647418.jpgIMG_20180913_151134_resized_20180913_031232972.jpgIMG_20180913_145453_resized_20180913_025648179.jpgIMG_20180913_150620_resized_20180913_030635925.jpg

     

  • Un principe de réalité

    IMG_20180906_135557_resized_20180906_015629439.jpgExtrait du dossier «  Foire aux vins » paru hier dans L’EXPRESS. Évoquant avec mon ami Jean Brana (vigneron de talent en Irouléguy) la déclaration un brin provocatrice que me fit Paolo Basso lors de l’interview (lire l'extrait ci-dessous), Jean s’exclama : « Et alors comme ça il n’y aurait pas de différence entre un nourrisson, un adolescent, un adulte et un vieillard ! » Le débat est ouvert.

    Basso évoque évidemment le principe de « buvabilité » (immédiate), concept modeux que d'aucuns déplorent en appelant cela un infanticide oenologique. Il s'agirait du principe de plaisir, en somme. En revanche, le principe de réalité (qui est loin d'êtreIMG_20180906_142727_resized_20180906_022830453.jpg dépourvu de plaisir) repose sur l’évolution d’un produit vivant : le vin.

    Autrement dit, nous gagnerions à voir la dictature de la vitesse, le souci (commercial) d'immédiateté cesser de gouverner - aussi - la sphère des plaisirs hédonistes. L.M.

  • Champagne Frerejean Frères

    Capture d’écran 2018-08-29 à 06.11.25.pngVV26 Vieilles Vignes, cuvée d'exception de la maison Frerejean Frères, établie à Avize, est issue à  100% de chardonnays sélectionnés de manière drastique, et c'est immédiatement gourmand. Provenant des plus anciennes parcelles du domaine (1926), cette cuvée quasi confidentielle (8 000 bouteilles), vieillie huit ans durant (150€), est d'expression pâtissière, beurrée, crémeuse, mais en même temps grillée, confite, épicée, avec ce soupçon de marrons ouverts d'un coup de canif, et jetés doucement à la cheminée au retour d'une passée aux canards de novembre...

    Signe distinctif qui frappe l'amateur : le flacon est agrafé, et non pas muselé comme la plupart. Ce qui procure une sensation, comment dire... médiévale.

    Robe dense et solaire. Bulle discrète, rapide à l'envol mais fine. Nez  sapide, fruité sec, avec des soupçons plus ou moins osés de coing, de poire et de rhubarbe mûre. En bouche, le régal provient de la densité du liquide, du citronné léger, et d'un sentiment d'écorce, de sous-bois à l'aube, avec des primevères au sol et une migration de grives au ciel...

    Aussi, ce 100% chardonnay (récoltes 2008 et 2009 en Côte des Blancs), crémeux en diable, donc, et néanmoins doté d'une minéralité exacte, nous propulse t-il à la fois entre les pages virilement toniques du Gueuloir de Flaubert (Livre de Poche), et vers celles, chargées d'adrénaline à l'envers, des Syllogismes de l'amertume, de Cioran (folio)

    Capture d’écran 2018-08-29 à 06.10.46.png

    Un mot également du Brut Premier Cru (50% Chardonnay, 50% Pinot noir, 49€), qui constitue l’une des cuvées iconiques de la maison Frerejean Frères, car il vous prend directement par le col avec des flaveurs épicées, miellées, briochées surtout (ça sent incroyablement l’absence du Pinot meunier !..), de pommes au four un rien oubliées, de poire pas encore mûre, de raisin sec et de noisette aussi. Sacré cocktail pour un Brut... peu ordinaire. Faible dosage, dégorgement tardif, lis-je. Le résultat est là : un brut singulier qui donne envie de relire les sages poèmes de Jules Supervielle, Les Amis inconnus, Naissances, La Fable du monde (Poésie/Gallimard). L.M.

    frerejeanfreres.com

     

  • piocs

    IMG_20180812_122457_resized_20180812_122538992.jpgCapture d’écran 2018-08-12 à 12.14.59.png

     

    IMG_20180806_105836_resized_20180812_122833640.jpgIMG_20180806_175942_1_resized_20180812_122548999.jpgIMG_20180808_202559_resized_20180809_114620048.jpgJean Rolin (*), auteur du « Traquet kurde » (POL) avoue à Pascale Nivelle, qui brosse (bien, comme d'habitude, depuis ses années Libé) son portrait pour "M/Le Monde", que sa « bible » est l’ouvrage de l’ornithologue James Bond au sujet des oiseaux des Antilles et des Bahamas (attaque et début du papier ci-dessus).

    La mienne (je me permets) est plus casanière, puisque c’est « le Peterson » comme on dit dans le milieu des barjots de piocs. : « Le Guide des oiseaux d’Europe », de R. Peterson, G. Mountfort, P. Hollom et P. Géroudet (photo).

    Mais, j’avoue que lorsque j’ai acheté le guide de James Bond sur l’île de Petit Saint-Vincent (archipel antillais des Grenadines) le 27 mars 1991 (celle de l’achat de mon premier Peterson – puisqu’il en faut également un dans la voiture, et un troisième au cas où... Quoi ? -Non, rien... date du 24 mars 1978 – j’avais dix-neuf ans et encore toutes mes dents), je n’ai pensé qu’à l’agent secret de Sa Majesté, et pas aux jumelles que ce J.B. là, à l'esprit sûrement blended, devait avoir pendues au cou à longueur de journée.

    Reste que le moineau ne piaille plus beaucoup aux terrasses parisiennes, où je me trouve pour trois jours depuis hier soir, mais qu'il prospère, joyeux, au bord de l'Adour, vers le petit port de plaisance avant La Barre, et les femelles y sont plus audacieuses que les mâles pour venir chiper à même les doigts les miettes que nous leur donnons au restaurant Le Poisson à voile...

    Je me suis néanmoins réjoui ce matin, tôt, d’apercevoir un faucon crécerelle en maraude au-dessus du Jardin des Plantes. Moins d’y observer l’arrogance grandissante de corneilles noires toujours plus nombreuses -et pour cause, comparable à celle des goélands argentés sur les plages atlantiques comme celle des Cavaliers, l'autre jour, aux abords des serviettes et au couchant, lorsque le monde s'en va (mais pas que). Car, l'évocation de ce James Bond là me donne l'occasion de dresser la liste des piocs vus ces derniers jours.

    J’y ai encore regretté le désensauvagement des étourneaux, lequel confine à celui des palombes (pigeons ramiers), grasses comme des notaires balzaciens, mais qui ne se mêleront jamais aux bisets, aussi dégénérés que bigarrés.

    J'ai enragé à la vue des cadavres de deux cigognes blanches, à Lasse (près de Saint-Jean-Pied-de-Port), sans doute flinguées par un petit (ou un gros) con avide de cartons faciles sur une espèce aussi protégée que gracile...

    Hier encore, en passant dans le Tarn-et-Garonne (du côté de Saint-Antonin-Noble-Val), puis aux abords du Quercy truffier (Lalbenque, etc), et avant-hier surtout, en montagne douce car basque (vers Iraty, et Valcarlos aussi), je savourais la vue de couples de milans noirs, de quelques royaux également, des vautours fauves se rassemblant pour une hypothétique curée sur une (désormais rare) brebis crevée - eu égard aux fulgurants progrès vétérinaires, je vis quelque perdrix - grise ! au bord de l’autoroute du retour, et rouge sur place, pas loin des Aldudes (lâcher?).

    De nombreuses buses variables, plantées sur des piquets de clôture, semblaient vouloir baliser la route de Roncevaux via le col d'Ibañeta. Sans doute digéraient-elles, repues, quelques mulots et autres rainettes, ou bien elles chassouillaient d'un oeil mi-vif et à faible hauteur.

    J’ai eu le bonheur d’observer un balbuzard pêcheur au-dessus de la Nive de Baïgorry, aperçu un seul martin-pêcheur, ai rêvé de voir un cincle plongeur - mais non, senti que les hirondelles de cheminée étaient pressées de partir, accrochées aux fils électriques d'Erratzu, en Navarre, vu de rares tourterelles des bois au vol traçant de sarcelle, en bifurquant vers Chiberta (Anglet).  

    Je ne pus (toujours pas) me résoudre à la vue devenue si banale de palombes partout, jusqu'ici, et là, lors que nous les attendions comme le Messie, que nous les espérions début octobre (du verbe espagnol esperar signifiant à la fois attendre et espérer), le coeur battant la chamade... Mais ça, c'était avant les bouleversements biologiques engendrés par le réchauffement de la planète, lequel aura la peau de toute migration, et de toute chose sensible.

    J'ai senti l’émotion de Jean Brana (une autre espèce de J.B.) lorsqu’il parlait des bouvreuils, des mésanges bleues et des chardonnerets qui fréquentent son vignoble pentu d’Irouléguy certifié HVE (Haute valeur environnementale), ou bien de ses pigeons voyageurs, qu’il s'en veut de négliger, tant le travail de la vigne l’accapare (ça débrouissaillait à tout va, avec son neveu Adrien, cette semaine).

    Les huppes fasciées semblent bien se porter. C’est bon signe. En « lisant » une rivière accorte - un affluent de l’Aveyron -, hier à l’heure du pique-nique composé de produits ibériques achetés dans une venta à taille humaine, à Dantxaria, et avant d’y plonger, je vis des ablettes. Elles figurent un marqueur écologique, comme les écrevisses vernaculaires, la sauterelle verte ordinaire, le phasme, certains papillons de nuit (mais je n'y connais rien en chasses subtiles nocturnes)... Leur présence signe une tranquillité naturelle, tant ces êtres sont fragiles et détestent à mourir la pimpante gamme des saloperies signées Monsanto (entre autres nuisances).

    Alors j’ai plongé de plaisir dans l'eau vivifiante, comme je le fis quelques jours plus tôt dans un torrent proche d'Estérençuby, après avoir copieusement déjeuné à l'auberge Carricaburu (père - ou plutôt mère : c'est elle qui officie en cuisine tandis que son époux agit, agile, en salle. J'avais somptueusement déjeuné la veille à l'Auberge d'Iparla, tenue par leur talentueux fils Stéphane, à Bidarray)...  

    Et plongeant, je criais le feu de mon bonheur d'être sur cette terre dans cette eau sous un ciel d'oiseaux. L.M.

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    (*) Nous avons aimé lire son Journal de Gand aux Aléoutiennes, sa Ligne de Front, son Vu sur la mer, sa Frontière belge, ses Zones, et même son Dinard (avec des photos de Kate Barry), à leur parution.

    Autres photos : la Nive à Saint-Étienne-de-Baïgorry. Ligne de montagnes depuis le col d'Odixar (Iraty). Le vignoble de Jean Brana depuis la terrasse de l'Arradoy (Ispoure).

     

  • Schnock

    Comme les temps changent, où plutôt combien nos esprits évoluent. Je quitte la Côte basque le 24 au soir. Et les Fêtes de Bayonne débutent le 25. Jadis, j'y étais pour elles, et en rouge & blanc dès avant l'heure. Francis Marmande (Bayonnais, collaborateur du "Monde" pour le jazz et les toros) me confiait hier soir à voix ourdie (je l'ai retrouvé par hasard au restaurant Chez Martin, rue d'Espagne*) qu'il partageait ma désaficiòn. Il regagnait d'ailleurs Paris ce matin, lors qu'une corrida à cheval s'annonce à Lachepaillet...

    Que penser, sinon que nous devenons schnock, ce qui est tendance, me suis-je laissé dire. Jamais blasé -oh non, ni désabusé. Nostalgique assumé, certes. Cultivant nos souvenirs qui sont notre jardin voltairien, oui. Mais, quand même, hein. Se dire à soi-même, virant de bord en scooter devant la plage de La Petite Chambre d'Amour il y a une demi-heure : Trop de monde, je passe aux halles des Cinq-Cantons faire provision de bouche complémentaire vite fait, sans case apéro rosé ni jambon truffé chez Balme, et je file griller un paleron de chez Guillo avec les Raisins gaulois, si frais en bouche, de Lapierre. J'ai appelé Machin, il est libre, on refera le monde en général, et celui des femmes en particulier devant le barbecue. Autant dire que cela prendra du temps, même avec une cuisson lente obligée... Est-ce là un signe de réclusion, de repli, de... Non : Se préserver, pratiquer la stratégie de l'évitement contre tout ce qui agresse m'appert vital, désormais. Les bons moments sont comptés. Chacun d'entre eux doit, devra être bichonné. C'est comme ça. L.M.

    IMG_20180722_142458_resized_20180722_022527071.jpg----

    *Extraordinaire déjeuner chez Sébastien Gravé, la veille (La Table de Pottoka), sans conteste la meilleure adresse bayonnaise du moment - et pourvu que ça dure!.. Surtout en compagnie (par hasard, encore, à l'apéro, puis au dijo - mais, par ici, les rencontres fortuites sont souvent ensoleillées), du débonnaire Éric Ospital (jambons Louis Ospital, dont j'ai abondamment parlé dans L'Express paru il y a deux semaines - en kiosque tout l'été dans la région), et de Stéphane Davet (réservé, pudique chroniqueur gastronomie et musique au "Monde"). 

  • Da Maria alla Corricella (Procida)

    IMG_20180714_164122_resized_20180717_120038039.jpgIMG_20180714_180931_resized_20180717_123031348-1.jpgIMG_20180716_130940_resized_20180717_123030412-1.jpgIMG_20180716_130622_resized_20180717_024455912.jpgIMG_20180713_144153_resized_20180717_024456725.jpgVirée de quatre jours sur mon île, histoire - entre autres - de découvrir un nouveau restaurant, Da Maria alla Corricella. Maria est une femme à part, à l'abord dur, à l'abordage rêche. Elle fut la seule pêcheur(se) professionnelle de Campanie durant de très longues années. C'est une taiseuse comme la plupart des Procidiens. Je suis ami avec ses fils rugueux et soyeux à la fois Cesare et Giuseppe, depuis plus de vingt ans. À la retraite depuis des lustres, et tandis qu'elle régalait chaque jour son mari amateur de havanes, sa famille, et une partie de La Repubblica libre della Corricella (appellation absolument pas controllata), dont nous sommes membres à vie et avides, pour des agapes à l'intérieur, chez elle, ou bien le plus souvent en plein air, sur de longues tables face au porticcio, ses barques, les goélands, les chats, les filets entassés... Maria prit la décision - à force d'entendre que ses linguine aux oursins étaient des oursins iodés (ramassés tôt le matin avec une fourchette et sans masque, juste là, devant à trois cents mètres et à quatre ou cinq mètres de profondeur - prends bien ta respiration avant, bijou) aux linguine parfaitement al dente, que son sugo di coniglio était à se damner, et que, que, que... Son restaurant ouvrit donc, après pas mal de tracasseries administratives. Même ici, où tout semble permis, sinon autorisé (l'autorisation y étant une tolérance auto-proclamée), c'est parfois compliqué. Ah, les sortilèges de l'insularité... Mais nous y voilà : Sur cette Corricella devenue un chapelet de terrasses de restaurants légèrement inégaux. Les voisins immédiats de Maria, Vincenzo à La Graziella et Aniello à La Gorgonia - nous avons nos vieilles habitudes aux deux gargotes -, ont les dents qui grincent. Au-delà, soit à moins de dix mètres de part et d'autre, c'est déjà autre chose : Caracalè d'un côté, Maestrale de l'autre sont loin. Alors Il Postino, Fuego, La Lampara sont à des années-lumière, soit à cinquante mètres (sous le cañar, ça joue). Disons-le tout de suite : une seule chose cloche chez Maria, c'est le bruit de l'aération. Afin de ne pas s'évanouir sous sa charlotte, au fond de ces habitations semi-troglodytiques de toute la Corricella, et quand la cuisine est forcément calée contre la roche murée, il convient d'aérer puissamment. D'où l'intempestif et persistant ronronnement. Tout le reste fonctionne. L'antipasto della casa bon pour deux personnes sauf si vous avez mon appétit, doit obligatoirement être commandé (photo) avec un pichet de blanc local (très fruité, très frais ici - car son goût change d'une adresse l'autre), et une bouteille d'eau frizzante avant de commander plus avant. Puis, examiner la pêche du jour sur assiette, car elle peut convaincre de lancer quelque dorade ou sar (marbré) alla brace pour une cuisson vive sur peau non écaillée et au gros sel. Rayon pasta, demandez celles du jour qui ne figurent pas sur la carte. Aux fruits de mer (langoustines, gambas, moules, palourdes, cigales, calmars...), elles sont divines grâce au jus, ah ce jus qui mêle tomates cerise confites, ail frais, friarielli encore croquants, et eau des crustacés réduite à la cuisson... Maria a pris soin de cajoler les recettes typiquement locales de la cuisine povera, comme ces Pasta e fagioli con le cozze, des pâtes différentes de fins de paquet aux haricots blancs et aux moules. Côté Secondi piatti, notons le Coniglio alla Procidana (lapin à la Procidaine), et la Frittura di paranza, bouquet de petits poissons de roche divers et frits, à manger avec les doigts après les avoir citronnés. Rayon contorni, prenez sans hésiter le Misto di verdure, une assiette d'aubergines, courgettes, tomates, en petits dés et olives dénoyautées, le tout réduit comme une caponata gorgée de saveurs distinctes. Avant de tâter des desserts (tiramisu et tarte au citron maison évidemment, fort recommandables). Voilà. Da Maria va faire mal, j'en suis certain. Et pour finir? Avant de finir finir, une assiette de fruits (pastèque, ananas, raisin, abricot, prune - sur glace) avec un dernier pichet de bianco locale issu de falanghina ou de biancolella rempli de quartiers de pêche jaune ou blanche mêlés (variante procidienne du rosé-piscine). Puis, Un limoncello della casa con il caffè!.. Après, il sera temps de faire un tour de bateau pour aller piquer une tête au large en écoutant à fond Tu vuò fà l'americano, 'mericano, 'mericano... L.M.

     

  • L'Équipe en rosé

    Nous avons un peu saint-tropé, samedi dernier, en publiant ceci dans L'EQUIPE et son supplément FLACONS (spécial vins rosés). Samedi prochain, le 14, ce sera un supplément Champagnes (dans lequel nous avons sévi à bulles rabattues), glissé dans le même quotidien sportif. Et si les Bleus sont encore dans la course, ça va péter !

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  • Dossier Pays basque

    Je signe les 12+2 pages (et quelques photos, dont la couv. locale) consacrées au Pays basque gourmand dans L'EXPRESS qui paraît ce matin.

    À lire notamment : une longue randonnée savoureuse et zigzagante, de l'océan (La Chambre d'Amour, à Anglet) à la montagne (Iraty, et Larrau, en Soule). Un portrait de Cédric Béchade, chef de l'Auberge basque à St-Pée-sur-Nivelle. Un autre d'Éric Ospital, charcutier-salaisonnier à Hasparren. Un autre encore de Dominic Lagadec, encyclopédiste du sagarno (le cidre basque). Et enfin une brassée d'adresses de tables et d'hôtels (tous testés), sur la Côte et à l'intérieur du Pays.

    Aux kiosques, citoyens! Et vive la presse écrite print. L.M.

     

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  • Fruit du Livinage

    Capture d’écran 2018-06-19 à 15.46.39.pngChâteau Cesseras 2014. Voilà un Minervois La Livinière de grande qualité, produit par Pierre-André et Guillaume Ournac à Cesseras dans l’Hérault. « Liviner » un vin signifiant déguster un Cru La Livinière repéré par un jury intraitable de pros, puis digne d’être offert en pâture aux papilles de la nation, nous validons ce choix à la suite des sages.

    Ce rouge issu de syrah (70%), grenache, carignan et mourvèdre à part égale (10%) est d’une douceur presque cacaotée en bouche, passé un nez d’un velours confondant, sans aspérité à rebrousse-fil : des fruits noirs confits, de l’olive de la même couleur bien huilée et à dénoyauter soi-même d’un coup habile de langue, des épices très douces aussi : vanille, poivre gris. Un soupçon de ce vinaigre balsamique de Modène que l’on fait gicler dans la salade de pousses d’épinard en le goûtant avant à la hussarde et du bout de l’index tapé sur le goulot. Enfin, cette touche lointaine de brumale, la truffe d’été limpide et discrète, timide à force de vivre à l’ombre de Tuber Melanosporum.

    Aucune agressivité donc – presque un manque de « pep’s », soit de contrepoint acide ou minéral... Pas étonnant que les rouges de cette appellation soient souvent associés au chocolat (comme ceux qu’élabore Rémi Touja à Carcassonne). C'est ton sur ton.

    On n’y retrouve étrangement pas la rugosité du paysage, ni celle du climat, du frimas, de l’aridité sauvage du milieu. Mais quelque chose de maquillé en somme, de recouvert, sauf que cette (bienheureuse et bienvenue) pointe de mentholé en arrière-bouche évoquant le vent coupant de l’aube, et de la nuit aussi, nous empêche de porter un jugement totalement droit... Cuvée quasi confidentielle : 25 000 cols. À 15€ (environ), au vu et au bu de ce qui se fait parfois à la va vite et au même prix dans cette AOC (reconnue en 1999) de l’immense Languedoc, c’est quasi cadeau. 

    IMG_20180619_160104_resized_20180619_041459348.jpgEt aussi 

    La cuvée Maxime, du célèbre domaine Borie de Maurel (2015), sélectionné, liviné, nous est apparue plus brutale, souple comme un courbaturé de retour de la salle de gym : bougon, le flacon (18,50€). Serait-ce la mourvèdre (100%), qui serait - en l'occurrence - trop taurine, fougueuse comme un bicho de Domecq de début de temporada et donc des premiers lots brut de décoffrage? En tout cas, cela ne colle pas à la (nouvelle) idée que nous devons nous faire de ce cru délibérément soyeux et souple comme un chat que l'on soulève et qui ne veut pas qu'on le fasse mais qui ne résiste pas non plus parce qu'il aime par dessus tout que l'on s'occupe (parle) de lui... 

    Et enfin : Les Cailloux blancs, cuvée (2016) du château Pépusque, piloté par Renée et Benoît Laburthe à Pépieux. Bouteille lourde, robe noire, tanins encore rêches, ensemble austère, voire gourd, inexprimé car inexprimable : emprunté, amputé de la parole. À regoûter par conséquent dans quelques mois (22€), afin de ressentir ce que ce domaine a dans le ventre, car il semble réellement avoir à donner du bon. Et qu'une première impression - même si l'on a (l'imbécile et paresseuse) coutume de s'y fier -, ne suffit jamais. L.M.

  • Osez Rosé Roséphine


    Capture d’écran 2018-06-15 à 17.54.21.pngRien ne s'oppose à la nuit...

    Si vous aimez Alain Bashung, vous aimerez Rosé Roséphine, vin IGP de l'Hérault rosé 2017, élaboré à Montagnac par l'équipe d'Anaïs et Yves Ricôme  : il a la robe sérieuse et profonde, un nez bien présent de fraise des bois très mûre - et un rien de doux au nez, comme le rimé au fond de la casserole lorsqu'on prépare un caramel pour arroser les tranches d'orange de la salade - vous voyez? Bouche gourmande et généreuse. Issu de syrah et de cabernet-sauvignon, c'est franc du collier et ça ne se la joue pas du tout. Un rosé authentique avec une jolie touche finale de grenadine. Ce rosé fait partie de la gamme Les Truculents, du domaine (avec Désir Blanc et Rouge Cerise). Cela vous est proposé par les caves Nysa, (lire plus bas), à prix sympa (7,95€).  Un rosé à boire tout l'été, et pas qu'à l'arrière des berlines, avec du jambon de Bayonne de noble extraction comme l'Ibaïama, par exemple, et juste du bon pain de vrai boulanger.  

    À peine moins convaincant fut le rosé de La Verrerie (2017), issu d'un domaineCapture d’écran 2018-06-16 à 07.51.07.png en Luberon (que l'on trouve également aux caves Nysa) : il s'agit d'un grenache-cinsault convenable, mais relativement standard. Avec une sucrosité en fin de bouche que nous avons jugée excessive (12,95€). Sur la contre étiquette, nous lisons : Une cuvée issue de nos raisins biologiques. Raisins biologiques... Que veut signifier un tel concept ?..

    Ma petite entreprise...

    Notons que Nysa s'impose de plus en plus comme un réseau de cavistes indépendants qui compte sérieusement peser sur un marché pourtant encombré mais en progression constante : l'entreprise possède déjà 32 magasins, la plupart à Paris et en proche banlieue. D'autres ouvertures sont prévues, y compris en province (Lyon) et à l'étranger (Londres). Fondé par Louis de Montille et Louis Gad, Nysa dénote par ses choix judicieux, en privilégiant le petit vigneron, le vin bio, sur la grosse artillerie que l'on a l'habitude de voir chez d'autres cavistes d'envergure. Tendance de consommation lourde oblige : la sélection des rosés de l'été, chez Nysa, ce sont 25 références coups de coeur (pour un prix moyen de 10€), comme cet agréable Roséphine... L.M. 

    nysa.fr

  • Les flacons d'abord

    Capture d’écran 2018-06-13 à 13.39.12.pngÇa commence avec un emprunt à deux incipits : ceux de « Aurélien » de Louis Aragon et du « Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline » dans la même première phrase, et ça finit par une allusion à l’excipit du « Singe en hiver » d’Antoine Blondin avec un épisode à la Roger Nimier ou à la Jean-René Huguenin. Des références en forme de révérences. On adore. Christian Authier aime le jeu et l’hommage. Avec « Des heures heureuses », son septième roman (Flammarion, 19€), il ne nous donne pas seulement à boire du bon vin à chaque page ou peu s’en faut – d’ailleurs, quand il est mauvais, cela déclenche la colère de Thomas (sa doublure) et celle de Robert Berthet son mentor. Il nous fait également rire avec une tripotée d’anecdotes (toutes vraies bien qu’invraisemblables) et jouer aux devinettes : quel écrivain ami, quel vigneron aimé, quel chef de talent se cachent derrière de vrais noms comme ceux de Maréchaux, Guégan, Lacoche, Maulin ? Alors on cherche à deviner, et Authier corse le jeu. Au rayon vignerons, Éric Callcut c’est Calcutt, Selosse c’est Selosse en substance, mais Jean-Christophe Besnard c’est Comor ! Comme Jean-Marc Filhol c’est Parisis au rayon écrivains, et Alain Laborde, Yves Camdeborde au compartiment cuisiniers. C’est relativement fastoche lorsqu’on est initié, soit un peu du club...

    Références à Blondin à coups de citations planquées, répliques-cultes des « Tontons flingueurs », d’autres allusions plus subtiles à des ouvrages de Sébastien Lapaque par exemple (Les vins de copains, Théorie de la carte postale)... L’auteur s’amuse en écrivant et cela nous procure un bien fou. De même qu’il est franchement jouissif de lire (enfin) une satire en règle des faussaires de tout poil. Qu'il s'agisse des bobos adeptes aveuglés du vin « nature » non soufré au nez de pisse de chat et au goût de vieille serpillère, comme de ceux qui les « font » sans rien faire justement, et qui ont donc du temps pour prêcher la parole sectaire de leur confrérie intégriste du goût mauvais.

    Il y a du Déon, du Nimier dans le style, et du Houellebecq dans le regard davantage mélancolique que désabusé que l’auteur porte au monde tel qu’il déçoit. Loin de surfer sur la vieille vague du c’était mieux avant, puisque « le passé qu’ils regrettaient ne datait que d’une vingtaine d’années », Authier instille par touches délicates, de manière pointilliste, ses avis sur la question contemporaine. Qu’il s’agisse de l’ère du tri sélectif, des parvenus que tout Guépard dans l'âme vilipende, de l’inculture assumée des jeunes – sans honte bue, de la dictature du portable ou – plus grave -, de la disparition du sourire. Il n’est pas tout à fait « antimoderne » non plus, mais loue à n’importe quel taux la douce fureur plutôt que la peur, de vivre.

    Le sujet principal est ce monde des vins que l’on dit vivants, ou bios pour faire court. C’est le cadre. Le contenant. Le contenu est infiniment humain, infiniment Français, si sensible, fragile même, car sous les sautes d’humeur, les boutades, les engueulades et les mornifles engendrées par la picole, les bons mots à se bidonner comme : « Patron, du vin ou on encule le chien ! », ce sont là des hommes en rupture de ban avec leur époque qui se cachent derrière le masque du sourire. Ce ne sont pas des « Enfants tristes » pour autant, mais de « vieux enfants » au cœur gros comme ça, habités par « la nostalgie de l’insouciance et de l’innocence ». Des « frères d’âmes » sachant mieux ouvrir les boutanches que fendre l’armure. « Des heures heureuses » est ainsi un roman Hussard en diable pour la joie de boire et de rire, pour les copains d’abord, cette bande de singes toujours en hiver, et il contient aussi une touche à la Drieu pour « ce désenchantement intime (qui) les rendait touchants », ce qui lui donne une belle longueur en bouche. Il y a aussi du football et pas mal de cinéma (deux marottes de l’auteur) dans ce livre qui foisonne de bonnes choses comme un assortiment de tapas nocturnes.

    Nous aimons partager les agapes toulousaines (au Tire-Bouchon notamment) et germanopratines (chez Yves Camdeborde au Comptoir du Relais, chez Michael au Moose) et fort arrosées des joyeux drilles, membres du « Clup ». Et surtout suivre les virées en voiture sur les routes des vignobles français de respect, d’un tandem de tendres fanfarons – Thomas l’élève de 26 ans au regard faussement candide, et Berthet l’agent en vins bons, la cinquantaine bougonne, voire soupe au lait. C’est Don Quichotte et Sancho Pança sans les moulins. Mais avec une Dulcinée nommée Zoé qui, surgissant tout à trac, fera flancher Thomas – et nous le comprenons en lisant le portrait de cette fée qui embarque l'amoureux pour Lisbonne, Berlin, Madrid, Istanbul et le Pays basque, histoire de l’extraire de la cave. Au point que le personnage songera à laisser tomber Berthet, les vins... Mais cet hymne à l’amitié – cheval de bataille de tous les romans d’Authier -, ne saurait dévier, sauf cas de force majeure. « Qu’est-ce qu’on boit après ? ». Je parie sur un Prieuré-Roch. On n’a pas de Romanée-Conti. L.M.

  • Un inventaire sentimental et patrimonial

    Ainsi est sous-titré À la découverte de la Nouvelle-Aquitaine, que publient les éditions Atlantica pilotées par Jean Le Gall. Grand ouvrage richement illustré, comme on a l'habitude d'écrire, avec une poignée de plumes, au nombre desquelles je pointe celles de Sébastien Lapaque, Olivier Mony, Jean Harambat, Richard Escot. Et aussi le style distinct de trois Frédéric : Mitterrand, Schiffter, Beigbeder. Celle d'Alain Gardinier enfin. D'autres, encore. J'y contribue sur quelques pages pour évoquer l'histoire des vins de Bordeaux. De la belle ouvrage, aurait dit ma grand-mère. Où il est question d'un peu de tout, du surf à l'armagnac, des toros au ttoro, de l'espadrille aux églises, d'écrivains et de porcelaine, de peinture et de montagne, de rugby et de punks. Toute une histoire sentimentale, et patrimoniale (350 pages, 28€). L.M.

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  • Les Dissidents et Les Païens de Ventenac

    IMG_20180412_153322_resized_20180413_040913752-1.jpgIMG_20180412_153306_resized_20180413_040913357.jpgCe domaine audois, dirigé depuis 2010 par le couple Stéphanie Maurel et Olivier Ramé (130 ha), a un pied dans l’AOC Cabardès et un autre en IGP Pays d’OC.

    Il propose quatre nouveautés parmi ses micro-cuvées (de 2 500 à 6 000 bouteilles) baptisées « Les Dissidents » : Paul, Candide, et « Les Païens » : Le Paria et L’idiot.

    Trois rouges et un blanc, volontairement déclassés en « Vin de France » afin de s’amuser davantage avec les cépages, en vigneron anticonformiste et expérimental.

    Olivier Ramé aime les vins « sans maquillage, vibrants, tendus, témoins de leur endroit ».

    Paul 2016 (100% cabernet franc, élevé en jarres de terre cuite de 125 l) se définit comme une cuvée de tendresse à l’instar de celle que des parents prodiguent à leur enfant. C’est en effet frais et concentré, tendu même, avec un beau nez de cassis, légèrement mentholé, et pourvu d’une jolie longueur (18€).

    Candide 2017 (100% chenin, vieilli en foudre de 20 hl) est un blanc vivifiant et bien présent en bouche. Ample, avec de la chair, mais aussi légèrement minéral et augmenté d’une pointe subtile de salinité (18€).

    Le Paria 2017 (100% grenache, vinifié en cuve béton), est un « Païen » (60 000 cols pour cette gamme moins confidentielle), soit un vrai vin de copains des fins d’après-midi d’été : gourmand, friand, juteux, fruité à souhait, soit sans chichis – il appelle la charcuterie et les rires (9€).

    L’idiot 2017 (100% merlot) : sans soufre, levures indigènes, cuves en béton, n’est pas un vin dostoïevskien, mais plus modestement un jus de merlot qui « envoie » du croquant et de la fraîcheur à gogo. Joli nez de fruits noirs, bouche longue et complexe. Allumez le barbecue et envoyez les côtelettes ! (9€). L.M.

  • En passant chez Gayda

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    Deux nouvelles cuvées en édition limitée (30 000 bouteilles, dont 2/3 en rouge) au domaine Gayda (sis dans l’Aude) : « En Passant », rouge (80% syrah, 20% cinsault) et blanc (70% macabeu, 30% viognier). Deux vins légers et sans autre prétention que celle de désaltérer sans prendre le chou. Les vignes dont ils sont issus proviennent du Roussillon et du Minervois. Gourmandise,Capture d’écran 2018-05-19 à 14.46.11.png fraîcheur, et simplicité sont au rendez-vous dans les deux couleurs.

    Inspirée de « The Passenger », hymne rock d’Iggy Pop, cette paire nomade signe des vins de soif à vocation éphémère, car Gayda  se livrera chaque année à ce type d’essais dans son « labo » à l’esprit aventurier plus qu’expérimental.

    9€ la bouteille, en rouge ou en blanc.

    L.M.

  • Un Saint-Estèphe comme on les aime

    Capture d’écran 2018-05-12 à 12.18.18.pngChâteau Cos Labory est un Saint-Estèphe (5è Cru Classé en 1855) comme on les aime : corpulent mais pas bodybuildé, gentleman-writer davantage que farmer. Distingué, opulent, bien présent en bouche, à la suite d'un nez d'une finesse remarquable, il représente une espèce de synthèse médocaine, car c'est équilibré et possède souvent le ton (soit le goût) juste, précis, ciselé même.

    Propriété familiale de 18 ha sise sur la colline de Cos, le domaine jouit d'un sous-sol de graves quaternaires des plus accortes. Bernard Audoy dirige ce beau terroir dont on prétend que c'est la meilleure croupe du coin...

    Cos Labory 2012 (40% merlot, 60% cabernet-sauvignon) est suave, son nez vif, de fruits rouges et noirs de sous-bois, est persistant. Belle longueur en bouche également. Un vin charmeur (30€).

    Cos Labory 2011 (39% de merlot), élevé dans des fûts neufs pour moitié, est très Saint-Estèphe, soit souple et puissant à la fois. Plus terrien que le précédent, il présente un peu d'épices douces en bouche et des saveurs boisées d'arrière-automne au nez. Un vin sincère (32€).

    Capture d’écran 2018-05-12 à 12.18.28.pngCôté second vin (30% de la production totale, laquelle est de 100 000 bouteilles), Charme de Cos 2015 (un peu moins de merlot que de cabernet-sauvignon) est encore un peu rugueux, les tanins fondront bientôt. Il convient de l'attendre. (16€).

    Tandis que Charme de Cos 2012 (28% de merlot) offre une belle gourmandise en bouche. C'est friand de bout en bout (15€).

    Ces vins ont été dégustés - notamment - sur une belle selle d'agneau préparée par Mathieu Pacaud, du restaurant Apicius (Paris 8è), table qu'il possède depuis peu (à la suite de Jean-Pierre Vigato). L.M.

  • Les Bastions

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    Plaimont (AOC Saint-Mont), exemplaire « cave coop’ », offre un nouveau rosé estival plein de franchise et qui ne se la joue pas « modeux ». Les Bastions 2017 possède une robe claire sans être diaphane, voire translucide. Pas de clientélisme outrancier, en terre gersoise. Cela est issu de Tannat, Cabernet-Sauvignon et Pinenc pour la couleur locale. Le nez est frais, les fruits rouges croquants et un rien acides – framboise, groseille, excitent tendrement les narines. La bouche est totalement dénuée de ces arômes de pamplemousse jaune qui nous font fuir en cette saison et avec les vins de cette couleur. C’est franc de fruit, acidulé à la marge, avec un brin de gourmandise qui signe une volonté généreuse. La paroi du verre s’orne d’un léger perlant absent en bouche. C’est délicat, assez long, et fort bienvenu pour escorter un poisson de rivière à la chair fragile, augmenté d’un zeste citrique et d’un demi-tour de moulin à poivre (6,90€). Envoie le riz! L.M.

  • Gato Negro

    Capture d’écran 2018-04-30 à 14.42.04.pngCapture d’écran 2018-04-30 à 14.40.01.pngJ'aime bien, à l'inverse de certains de mes confrères se bouchant trop souvent le nez, découvrir sans réticence ce qui se fait et se vend par palettes en grande distribution. Ainsi de cette énorme entreprise chilienne, Viña San Pedro, laquelle se targue de dire que toutes les deux secondes, trois bouteilles de ses vins de la gamme Gato Negro sont ouvertes quelque part dans le monde. On dirait là une parole de brasseur industriel. Et pourrait rebuter, faire frémir. Et bien non. Gato Negro, le chat noir, se décline dans les trois couleurs, et chacune coûte 4,50€.

    Le rouge issu de carménère nous a profondément déplu, avec son mauvais goût de serpillère moisie et de légumes suris en voie de décomposition. Nous avons mis cela au débit du compte d'une bouteille défectueuse : ¡ a probar otra vez ! Si l'occasion se présente, car nous ne la provoquerons pas.

    En revanche, le rosé (cabernet sauvignon), avec ses arômes de fraise très mûre et écrasée, et de framboise croquante, est plaisant, simple à souhait. Il appelle le jambon serrano de base et le chorizo doux pour un apéro sans chichis. La bouteille se dévisse, ce qui augmente l'usage de sa simplicité amicale.

    Le blanc, issu de sauvignon, avec ses flaveurs nettes de mangue molle et d'ananas vif (genre Victoria), n'est pourvu d'aucune acidité excessive, ni de la moindre douceur opportuniste et souvent rédhibitoire. À ce prix-là, c'est cadeau, et convenable sur les premières huîtres n°3 venues, quelle que soit leur extraction marine, ou bien sur un cabécou pas trop fait, mais doté de mordant. L.M.

     

  • Mmmmm&Co

    Capture d’écran 2018-04-10 à 13.18.31.pngAprès Tomy&Co (22, rue Surcouf, Paris 7), Tomy Gousset a ouvert Hugo&Co il y a environ un mois (48, rue Monge, Paris 5). Le jeune chef d’origine cambodgienne que l’on avait découvert au restaurant Pirouette – dont on peut dire qu’il a contribué à sculpter le succès (rue Mondétour, Paris 1) et qui, après être passé par l’école Ferrandi, a fait ses classes chez Yannick Alléno (Le Meurice), Daniel Boulud (à New York) et Alain Solivérès (Taillevent), des nuls n'est-ce pas, aime mélanger les styles culinaires (asiatique, espagnol, italien, français bien sûr) lorsqu’il sent que ça peut « tenir debout », et pas banalement pour la jouer fusion. Sa deuxième adresse – testée hier soir -, est plus cool côté carte que la première, mais aussi authentiquement bistronomique, davantage conviviale également avec, entre autres, sa grande table d’hôte trônant majestueusement, comme dans les établissements successifs de Julien Duboué (Afaria, Dans les Landes mais à Paris, A Noste). Il y a aussi un petit comptoir qui permet de déguster côte à côte tout en parlant « au vol » avec le chef, lequel achève de dresser chaque assiette avec une méticulosité d’horloger genevois de ses dix doigts que prolongent des avant-bras abondamment tatoués (désormais, les jeunes chefs non tatoués se comptent justement sur les doigts d’une main. Par bonheur, ils ne passent pas tous plusieurs heures par semaine chez leur coiffeur spécialiste de la coupe footeux). Tomy dresse donc, en gardant un œil sur la salle et l’autre en cuisine – appelons cela l’indispensable strabisme divergeant du boss, et non sans avoir les deux oreilles à l’écoute (totale), en lançant de temps à autre quelques mots (d’ordre) secs et d’une redoutable efficacité immédiate : c’est le côté chef d’orchestre sans baguette. La décoration est, disons : roots (cagettes aux murs ornées de bouteilles et de plantes, par exemple), qui rappelle les bistrots new-yorkais et les lieux actuellement branchés de la Côte basque espagnole. Le nom de l’établissement m’évoque celui de l’un de mes éditeurs : Hugo & Cie. Or, il fait simplement référence au prénom du fils de Tomy (et renvoie au nom du restaurant espagnol qui s’y trouvait précédemment : Casa Hugo). Dans l’assiette, la patte Gousset est assurément là : produits à forte identité, saveurs puissantes, associations justes, précises et efficaces : il s’agit plutôt d’une empreinte. La Brioche vapeur « Bao » à la queue de bœuf, légumes en pickles et cacahuètes (à droite sur la photo) figure une entrée bluffante et déjà plébiscitée par les amateurs. Notons que, à l’instar de Julien Dumas (Lucas Carton) mais pas d’un Alain Passard qui possède son propre potager, les légumes cuisinés par Tomy proviennent d’une parcelle de potager qu’il détient aux Jardins (bios) du Château de Courances, dans la région de Melun, via Tomato&Co (entreprise originale proposant – aux particuliers comme aux professionnels - des parcelles sur mesure, plantées à la carte, commandées à distance et entretenues par des jardiniers). Ainsi, les asperges vertes fendues qui recouvraient des morceaux généreux de joue de bœuf snackée (d’un fondant délicieux) eux-mêmes posés sur de bonnes panisses croustillantes, étaient-elles riches en saveurs originelles. Une autre entréeIMG_20180409_203931_resized_20180410_120859006.jpg remarquable (à gauche sur la photo) est composée de fines tranches de bœuf fumé (une chiffonade d’une délicatesse de dentellière) accompagnées de noisettes torréfiées. De même, un autre plat mémorable (puisque j’y dînais en compagnie de mon fils) – nous avons d'ailleurs parié qu’il serait appelé à connaître le succès, s’intitule maquereaux tiédis et sauce chimichurri (condiment argentin légèrement pimenté) fregolas (petites pâtes sardes en forme de mini boulettes) et shitakés (champignons), et enfin pignons de pin : un délice d’harmonie des flaveurs. Une impression générale se dégage de ce repas (sans desserts : une autre fois), c’est celle de douceur, de moelleux, de régressif même (ainsi que je l’avais fortement ressenti en découvrant il y a dix-neuf ans le talent de Philippe Conticini), même si Tomy Gousset prend soin de flatter l’ouïe avec du croquant, voire du croustillant ici et là : pickles, asperges, noisettes, pignons, surface des panisses comme celle des shitakés... Ça « envoie », et ça « ping-pongue » agréablement, mais la douceur l’emporte au gong, et il y a par ailleurs cette touche générale et délicate de fumé qui semble inspirer, survoler la cuisine. Un mot sur la remarquable carte des vins qui fait la part belle aux blancs, même si l’on y lit des noms de vignerons, en bio pour la plupart, et bien « dans le verre du temps », puisque nous les retrouvons dans nombre d’adresses – car, justement, cela fait toujours du bien de se dire : Té ! On va prendre Les Reflets, de Thierry Michon, c'est toujours super ! Et puis, ça rassure, on est bien, là. Un superlatif pour le service, car il est sincèrement formidable : efficace, prévenant, souriant, aimable, discret. La note ? Entrées de 7 à 16€ (12 pour les deux citées), de 16 à 19€ pour les plats (19 pour les deux cités), excepté les 600 g de faux filet maturé et fumé au foin & jus à la moelle, pour deux personnes : 70€, qui ne perdent d’ailleurs rien pour attendre !.. Desserts : 9€. Coefficient multiplicateur raisonnable pratiqué sur la cave. L’adresse étant d’ores et déjà full up, il est, comme on dit, prudent de réserver en composant le 09 53 92 62 77. L.M.

  • Ça s'ar-rose

    Capture d’écran 2018-04-06 à 12.10.25.pngRosé 2017 : L’Impertinent du château des Estanilles (Faugères). Grenache, Cinsault plus 10% de Mourvèdre ont passé six mois en cuves inox. Robe pâle, diaphane. Joli nez de framboise mûre et de fraise, d’ananas à point aussi. Bouche douce, sans aspérité ni agressivité (comme c'est trop souvent le cas, avec ces violentes notes d’agrumes que l’on a fini par détester, car elles ne nous éloignent pas du vin et donc du raisin : elles nous en exilent !). C’est minéral et d’une grande fraîcheur fruitée – avec une discrète pointe d’acidité en fin de bouche, plutôt bienvenue, « nettoyante ». Un rosé qui appelle à la rescousse les filets de rougets grillés et posés sur une tapenade noire, puis une caponata un peu relevée, déposée contre des côtelettes d’agneau (11€). L.M.

     Capture d’écran 2018-04-10 à 10.32.23.png

    Champagne rosé : Chassenay d’Arce. Un joli brut (Pinot
    noir/Chardonnay : 65/35) de la Côte des Bar ayant mûri trois ans en cave (et trois mois après dégorgement). Chassenay d'Arc est une Maison de Vignerons (rassemblant 130 familles qui exploitent 325 hectares). Robe saumonée dense et luisante. Cordon discret. Flaveurs de petits fruits rouges frais, et aussi confits. Bouche ample et suave où l’on retrouve la fraise mûre et une pointe épicée mais douce. À tenter pour vivifier un tataki de thon rouge tiède – sans soja, puis avec un dessert ton sur ton : une coupe de gariguettes nature – sans basilic (24,90€). L.M.

     

     

     

     

  • QUELQUES BOUTANCHES FRAÎCHES POUR DÉTENDRE AVRIL

    Capture d’écran 2018-03-30 à 15.08.59.pngRosé 2017 : Cuvée Le Village, du domaine de la Métairie d’Alon (IGP Pays d’Oc, bio). Il s’agit d’un Pinot noir vinifié comme un vin blanc (pressurage direct), par des Bourguignons installés en Languedoc (Catherine et Laurent Delaunay). Robe pâle, nez nettement minéral, soutenu de fruits rouges (cassis, framboise), note d’agrumes discrète, bouche d’une grande fraîcheur. À tenter avec du lapin ou des rougets, les deux escortés d’une tapenade noire (13,95€).

     

    Rosé 2017 : Chinon de RenéVignoblesEtSignaturesCoulyDutheilReneCoulyChinonRose.jpg Couly, 100% Cabernet franc, est forcément empreint de douceur, il y a presque un note sucrée. La robe est profonde, sombre, le nez de fraise est généreux, et la bouche est ample, avec une note de bonbon acidulé et une pointe légère de cédrat confit. Idéal pour accompagner la cuisine asiatique (7,10€).

     

    Capture d’écran 2018-04-05 à 18.31.34.pngRosé 2017 : Cuvée Villa La vie en rose, de l’avisé négociant du Sud-Ouest Osmin & Cie. Le champion de la mise en avant des cépages autochtones, propose une négrette (le cépage de Fronton) et rend ainsi hommage à la ville rose (Toulouse). Jolie robe pâle, nez flatteur et généreux de petits fruits rouges,  d’une grande fraîcheur. Bouche douce, suave, sans sucrosité ni notes d’agrumes : le bonheur. C’est élégant, cela peut accompagner l’apéro et aussi bien escorter un repas de l’entrée au dessert (cuisine de la mer, asiatique, italienne, espagnole). Coup de cœur (7,50€).

     

    Capture d’écran 2018-04-05 à 18.15.51.pngRosé 2014 « de gastronomie » : cuvée Légende du domaine Estandon (Côtes de Provence). Flacon très classe pour ce rosé haut de gamme (Grenache et Rolle) tablant sur la garde, soit à contre-courant de tous ces rosés provençaux qui ne tiennent qu’un été, certains péniblement. Robe profonde, brillante, nez de fruits secs, de melon, avec une pointe exotique. Bouche franche et longue, fraîche et pleine, épicée sur la fin, avec des notes de fruits confits du plus bel effet. Idéal sur une poularde crémée, un lapin herbé, un poisson de roche grillé (18,90€).

     

     

    Rosé 2017 : Cuvée Jeanne B. du domaine Brusset,BrussetJeanneB.png Côtes-du-Rhône (Grenache, Cinsault, Syrah). Une robe de belle tenue, un nez franc de fraise mûre, une bouche assez longue, un vin friand qui appelle les copains pour l’apéro (7,50€).

     

    Capture d’écran 2018-04-05 à 18.36.50.pngBlanc 2015 : Cuvée Caroline du château de Chantegrive, Graves (Sémillon et Sauvignon 50/50) en culture raisonnée. Un de nos chouchous, aussi charmant que sa propriétaire, Marie-Hélène Lévêque. Un nez souple et intense à la fois où dominent les fleurs blanches, une bouche suave à peine boisée, avec des notes briochée, de pêche et d’abricot. Une grande douceur. Formidable avec un ceviche de Saint-Jacques et algues japonaises (le 29 mars dernier au restaurant Apicius, à Paris, repris depuis peu par Mathieu Pacaud – lequel succède au grand Jean-Pierre Vigato : lourd challenge…). 16,50€.

     

    Blanc 2017 : Goûté à l’apéritif, la robe encore trouble comme un de ces vins bourrus, un « bourret », que l’on boit à la régalade en palombière accompagné de châtaignes grillées, de mûres, de quelques pommes acides et de raisin… La cuvée Caroline 2017 fait figure de rescapée, voire de miraculée des gelées du 27 au 29 avril qui ont ruiné l’intégralité du Chantegrive 2017 rouge, et surtout d’un orage de grêle d’une violence rare que les blancs ont pris de plein fouet le 27 août, la veille des vendanges. Ramassés rapidement, les raisins à pleine maturité furent très peu nombreux, mais le vin dont ils sont issus présente d’ores et déjà une complexité aromatique prometteuse, au sein de laquelle la pêche de vigne vole habilement leur (soi-disant) priorité aux agrumes, l’air de dire : y’en a marre... À regoûter dans quelques mois.

     

    Capture d’écran 2018-04-05 à 18.38.16.pngBlanc 2015 : Rareté du domaine – lequel a obtenu la certification HVE 3 (Haute valeur environnementale), soit le top, partagé avec 120 domaines à peine dans l’hexagone -, notons que le Cérons 2015 est un pur joyau. Chantegrive produit 5 000 bouteilles à chaque millésime d’exception. Cela faisait d’ailleurs dix ans qu’il n’y en avait pas eu, de ce liquoreux injustement méconnu. Cette petite appellation voisine de Cadillac, Loupiac, Barsac, Sainte-Croix du Mont et Sauternes, produit depuis toujours des blancs moins gras, plus vifs et plus nerveux que la plupart de ceux du Sauternais. Un 100% Sémillon (idéal avec le soufflé au chocolat de Mathieu Pacaud, mais aussi pour épauler une poularde à la crème, ou bien pour escorter un fromage à pâte persillée), avec sa robe dorée, son nez miellé, épicé, sa fraîcheur généreuse en bouche dotée de notes confites, est un ravissement que l’on a tendance à négliger, voire à oublier, à notre époque autoritairement light. (30€).

     

    Muscadet : à la faveur d’une belle et large dégustation des « VinsMise en scene_HD-12.jpg de Nantes » en février dernier à Paris, nous avons relevé dans nos filets quelques poissons secs issus de Melon de Bourgogne pas piqués des vers de vase.  Parmi les crus du Muscadet (je ne jure plus que par les crus communaux), Le domaine David 2012, à Vallet (Goulaine) impose son amplitude, son gras, sa générosité, sa rondeur et son acidité bien tempérée (10€). Du côté de la Haye Fouassière, le domaine de la Foliette 2010 présente un joli équilibre (10,80€). À Monnières Saint-Fiacre, Véronique Günther-Chéreau propose L’Ancestrale Monnières 2014 qui offre une souplesse remarquable mais sans suivi – car ça manque un peu de corps (12€). En revanche, en Muscadet Sèvre-et-Maine sur Lie tout simple, le Comte Saint-Hubert, dans les millésimes 1989 (une tension remarquable), 2000 (perlant mais fuyant), et surtout 2014, déjà puissant, gras, prometteur, étonne le palais.

    Mise en scene_HD-4.jpgVers Mouzillon-Tillières, la GAEC Luneau Michel et fils, en présentant Tradition Stanislas 2003 (10,30€), fait un carton, car c’est superbe ! L’expression aromatique, la douceur, le gras, la rondeur et la suavité le disputent à une puissance retenue, délicate. Top. Vers Vallet, le domaine Petiteau 2012 désigne à nos papilles concentrées un équilibre acidité-fraîcheur des plus justes, avec cette amplitude en bouche qui fait tendre le verre vide vers la bouteille encore pleine (9€). Pour finir en Muscadet Sèvre-et-Maine sur lie, la GAEC Olivier, Père et fils, domaine de la Grenaudière, est étonnement présent dans le millésime 1978, pourvu d’une acidité et d’une expression aromatique vivaces. Le 1980 envoie une finale étonnamment puissante, fruitée bien que confite. Le 1986 garde une tenson et une force quasi musculaire.

    Preuve que le Melon ne se bonifie pas, mais qu’il explose littéralement de qualités en vieillissant sous terre dans des cuves en béton, peinard… L.M. (à suivre)

     

     

     

     

     

     

     

     

  • De quelques vins rosés 2017 provençaux refusant de se déguiser en pamplemousse jaune

    Capture d’écran 2018-03-22 à 16.19.43.png01_Château Angueiroun_Virginie_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg06_Domaine Clos Cibonne Cru Classé_Tendance_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg32_Domaine des Sarrins_Rosé Secret_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg48_Domaine du Loou_Terres du Loou_rosé 2017_Coteaux Varois en provence.jpg56_Aumérade Cru Classé_Marie-Christine_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg57_Domaine Gavoty_Clarendon_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg61_Château de Beaupré_Le Château_rosé 2017_Coteaux d'Aix-en-Provence.jpg63_Domaine la Gayolle_Syagria_rosé 2017_Coteaux Varois en Provence.jpg65_Domaine Croix-Rousse_Pierres Précieuses_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg66_Domaine les Fouques_La Londe_rosé 2017_Côtes de Provence La Londe.jpg68_Clos Réal_Réal rosé_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg70_Domaine des Hauts du Clos_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Vous ne trouvez pas qu’il y en a marre de ces rosés chargés de flaveurs d’agrumes, au nez comme en bouche ? Certains sont si rebutants qu’ils ne donnent pas envie d’aller au-delà d’un paresseux et dépité reniflage car, loin d’exposer au moins un nez de pomelo rose et mûr, plus sucré qu’acide, ils envoient une charge de pamplemousse jaune pas mûr et à la peau épaisse. C’est tout simplement désagréable, lorsque nous savons que nous tenons un verre de vin en main, et qu’il est issu de raisin. Même au petit-déjeuner, on n’en voudrait pas en jus pressé. Nous évoquons pourtant ici les rosés de l’été (millésime 2017, sauf exception précisée).

    Mais, cette tendance qui obéit à une mode (je m’interroge sur l’obscur objet du désir de retrouver de tels arômes lorsqu’on déguste un vin frais, mais bon…), s’impose et semble avoir l’oreille dure et le regard obtus.

     

    À LA RECHERCHE DU RAISIN PERDU

    Récemment, et grâce à la complicité hautement professionnelle de l'agence Clair de Lune, nous avons pu découvrir (au restaurant Baltard au Louvre, à Paris 1er, le 7 mars dernier), et donc déguster quantité de rosés (soixante-treize, pour être précis) de Provence 2017, dans les AOC suivantes : Côtes de Provence, Côtes de Provence Sainte-Victoire, Côtes de Provence La Londe, Côtes de Provence Pierrefeu, Coteaux d’Aix-en-Provence, Coteaux Varois en Provence. Beaucoup possédaient cette caractéristique qui, à mes papilles, constitue une aberration rédhibitoire. Nous ne les citerons évidemment pas. Ce sont ceux qui, sur mon carnet de dégustation, portent juste les trois lettres « agr. » pour agrumes, et qui me signifient non sans coup férir. Voire aaarrrghhh, soit aigre. D’autres comportent les initiales « b.a. » pour bonbon acidulé – une autre caractéristique au long cours, une résistante à oeillères, bien qu’aussi ringarde que la crème catalane au dessert et le couple de pompons sur les mocassins.

    Capture d’écran 2018-03-22 à 16.20.12.pngEn revanche, d’aucuns, les happy few, se révélèrent fidèles à une certaine vinosité, à une acidité juste, un fruité équilibré, un abord friand qui appelle les copains et la charcuterie ou les poissons de roche grillés à la rescousse. Bref, la plupart sentaient quand même l’apéro des beaux jours et le far niente d’un printemps et d’un été à conquérir au limonadier. Leurs flacons sont photographiées ci-dessus.

     

    SÉLECTION PARSÉVÈRE


    - Ainsi de la puissante cuvée Virginie du château Angueiroun (Côtes de Provence), une Réserve dotée d’un nouvel habillage, et dominée par la, ou le grenache (j’hésite toujours, et avec d’autres cépages aussi, que j’aime féminiser ou pas, c’est selon) : 13€.

    - La cuvée Tendance (?) du domaine Clos Cibonne (Cru classé, Côtes de Provence) possède une belle matière tant au nez qu’en bouche - assez longue cette dernière -, et son fruité ne fait pas semblant de l’être (15€).

    - La cuvée Le rosé secret, du domaine des Sarrins (Côtes de Provence), 23€ quand même – il faudra que j’écrive bientôt un papier sur le prix devenu dingo de certains rosés…-, est plaisant, herbacé, vert mais gras : allez comprendre des fois la magie des contraires, l’équilibre de la carpe qui tend sa nageoire au lapin !

    - La cuvée Terres du Loou, du domaine éponyme (Coteaux varois en Provence) exprime une vinosité idoine et salutaire par les bibines qui courent. C’est complexe, riche, opulent même en fin de bouche. Et ça ne coûte que 8€ : avis aux buveurs d’étiquettes !..

    - La cuvée Marie-Christine, du château de l’Aumérade (Cru classé, Côtes de Provence) est un vin doté d’un équilibre remarquable, aromatique à souhait, les fruits à chair blanche et jaune s’y fleurent à plein nez et s'y croquent à belle bouche (13€).

    - Parmi les « classiques », la cuvée Clarendon du domaine Gavoty (Côtes de Provence) séduit par sa légèreté florale, sa délicatesse de dentelle qu’un coup d’étrier corsé contredit en arrière-bouche : il y a de l’esprit Carmen dans le verre, et nous aimons cela (15€).

    - Le château Coussin de la famille Sumeire, 13€ (Côtes de Provence), ou une autre cuvée familiale, César à Sumeire Coussin, 22€ (Côtes de Provence Sainte-Victoire), comme la cuvée Rose et Or du célébrissime château Minuty, 22€ (Côtes de Provence), ont déçu. Mollesse ici, excès d’agrumes là. Et pas d'avantage à donner non plus à la cuvée Confidentielle de Figuière, 25,60€ (Côtes de Provence La Londe). Pour ne citer que quelques stars.

    - Le Château, cuvée du château Beaupré (Coteaux d’Aix-en-Provence) est d’une suavité rare (10,50€).

    - La cuvée Syagria du domaine La Gayolle (Coteaux Varois en Provence) est assez intéressant, car il retient avec l’amplitude de sa bouche, fraîche et généreuse en diable. Un point spécial pour l’originalité de la forme du flacon, laquelle se discute (9,50€).

    - La cuvée Pierres Précieuses, du domaine Croix-Rousse, - en biodynamie - (Côtes de Provence 2016, 17€), expose une jolie douceur lascive à la Gauguin, à peine troublée par des saveurs susurrées façon « La pie qui chante », vous voyez ?..

    - Le sérieux surgit tout à trac de la cuvée La Londe, du domaine Les Fouques (Côtes de Provence La Londe, 11,50€), en biodynamie lui aussi, vineux et léger à la fois : c’est un militaire en permission…

    - La cuvée Réal Rosé du Clos Réal (Côtes de Provence) possède une discrète complexité aromatique qui appelle la charcuterie au secours comme Roland à Roncevaux afin que cesse une certaine boucherie. C’est délicat, ça coûte à peine 8,70€ et c’est en biodynamie. Que demande le peuple ?

    - Et bien que le domaine des Hauts du Clos, biodynamique Côtes de Provence à 8€ soit à la hauteur. Mais non. Ceci est juste acidulé convenablement, doux et agréable : voici – néanmoins - le vin de l’apéro de l’été : sans chichis et amical à mort.

    - Quant au meilleur (selon notre jugement), gardé pour la fin, il se nomme Silice, cuvée67_Château Gasqui_Silice_rosé 2017_Côtes de Provence.jpg du château Gasqui, à la robe profonde, presque « clairet », au nez très soutenu, à la bouche charnue gourmande, à ce vin vrai qui se mâche, et pourvu d’une excellente nervosité jusqu'au bout de l'arrière luette. À ce stade de France, nous convoquons illico presto des rougets grillés comme s’il en pleuvait, ainsi que du canard laqué à hue et à dia – et pourquoi pas ? C’est là encore en biodynamie (Ecocert, Demeter), c’est en Côtes de Provence (2016), cela coûte 12,50€ et ça les vaut. Vraiment. L.M.

  • Six bordeaux rouges de talent

     

    IMG_20171120_163159_resized_20171122_030555964.jpgUn bordeaux supérieur, château La Verrière à Landerrouat (85% merlot,15% cabernet-sauvignon), stupéfiant de concentration et de vérité - loin de ces centaines de bordeaux buvardeux, rêches, austères mais sans classe -, s’ouvre à nous ( : trois amateurs). Le viticulteur se nomme Alain Bessette et son œnologue Jean-Louis Vinolo. Les vignes sont en conduite raisonnée. Le flacon ne coûte pas 6€, c'est donc une superbe affaire : c’est élégant et vigoureux, souple et riche, dense et fruité à souhait, pur et propre, avons-nous envie d’ajouter. 

    Il fait partie des six nouveaux Bordeaux et Bordeaux Supérieur rouges « de talent », sélectionnés récemment dans le millésime 2015, au cours d’une dégustation à l’aveugle d’une centaine de flacons. Et c'est notre chouchou...

    Le second, la cuvée Fougue (100% merlot, 7,50€) du châteauIMG_20171122_134344_resized_20171122_024219169.jpg Saincrit porte bien son nom. L’énergie d’un étalon au galop donne rendez-vous à une douceur en finale –souplesse, suavité et puissance retenue -, qui signent l’esprit de dompteur de sa viticultrice, Florence Prud’homme. Passionnée de cheval, elle a placé une licorne pour blason de son domaine, sis à Saint-André-de-Cubzac. Détail d’importance : aéré longuement, le vin s’ouvre avec bénéfice comme les cuisses d’une jument d’avril.

    IMG_20171122_134352_resized_20171122_024221093.jpgLe troisième lauréat, château Les Reuilles, cuvée Héritage AL (60% merlot, 40% cabernet-sauvignon, 9€), élaboré par l’équipe de Patrick Todesco, qui siège à Savignac-de-Duras dans le Lot-et-Garonne (aux confins de l’Entre-Deux-Mers et de Saint-Emilion) – le vignoble est situé dans l’aire de l’appellation Bordeaux Sainte-Foy -, offre un nez de fruits noirs mûrs et de violette, assez caractéristique. Cette cuvée haut de gamme du domaine est le fruit d’une sélection qui jouit d’un élevage d’un an en barriques partiellement neuves. C’est opulent, concentré sans être embarrassant, car fluide et jamais lourd. Une réussite, là aussi.

    Château Barreyre, géré par Claude Gaudin (Vitigestion), exprime ceIMG_20171122_134402_resized_20171122_024219942.jpg qu’il peut et pour moins de 10€ cependant. Soit une belle expression, honorable mais guère davantage, d’un pourcentage correctement conduit de 70% merlot - 30% cabernet-sauvignon, élevage sous bois une année durant (1/4 de fûts neufs), mais dont le résultat est on ne peut plus académique, bordelais mais moyen, tannique ce qu’il faut, fruité ce qu’il convient. Zéro surprise (mûre, cassis correctement dosés, soyeux de série œcuménique, élégance pile au rendez-vous mais sans entrain – vous saisissez ?.. ). Un « bordeaux supérieur » comme il s’en trouve près de mille, ou à peine moins.

    IMG_20171122_134312_resized_20171122_024219561.jpg« Au suivant », me souffle Jacques Brel : le château Pierrail (90% merlot, 10% cabernet franc - ? - 12€), est d’une austérité étrange, qui n’a rien de monacal ni de militaire, mais qui fait sérieux. C’est Erich Von Stroheim sans son col amidonné, de Boïeldieu sans ses jambières, le désert sans les Tartares, les Syrtes sans Amirauté. Il manque quelque chose à ces merlots pourtant habiles à séduire le nez, mais impuissants à garder en bouche ce « tssa », cette indéfinissable saveur qui persiste à retenir, coûte que coûte, notre présence redoutable, soit en avant-poste. Néanmoins, Pierrail parle, ou plutôt chuchote. Il possède une certaine classe qui ne se détecte pas à la première gorgée. C’est là son mérite.

    Le château Landereau, cuvée Prestige, enfin, qui appartient aux vignobles Bruno Baylet àIMG_20171122_134435_resized_20171122_024220302.jpg Sadirac, est un pur merlot vieilli en fûts neufs 18 mois durant, qui titre 14,5° d’alcool (la Terre se réchauffe, n’est-ce pas ?), mais qui ne fleure pas la « tisane de bois », ni les éthers, ces saveurs alcooleuses et peu racoleuses qui flirtent parfois avec des arômes de térébenthine. Rien de tout cela dans un verre de Landereau prestigieux (13€). En revanche, son sérieux rebute un peu. C’est certes capiteux, riche, mais peut-être trop, et je ne vois qu’une daube de sanglier ou bien une côte de bœuf bien maturée pour le calmer en l’épaulant. Question d’accords. Ce n’est donc pas un vin d’apéro. Ni de tafiole. Et c’est ainsi que, kaléidoscopique, Bordeaux est grande. L.M.

  • Un sommelier dans mon canap', dernière

    Dernière soirée ma masterclass privée crozes-hermitage hier soir 26 octobre, sur invitation de Pierre-Guillaume, chez son amie Jane, en compagnie de cinq autres initiés. Dégustation enjouée, avec un Rouvre de Yann Chave toujours aussi souverain, un Clos des grives de Laurent Combier consensuel, un Domaine des Grands Chemins de Delas surprenant, et un blanc de Laurent Habrard gourmand. Pour escorte, il y avait de bons produits charcutiers et fromagers de l'Aveyron et au-delà.

    Léon Mazzella, alias Kally Vasco

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  • Un sommelier dans mon canap', ça continue

    Soirée formidable chez Serena - robe verte -, la bien nommée (puisqu'on appelle la syrah la sereine), Italienne des Pouilles (jeudi 19 dans le XI ème, à Paris) et ses amis italiens de Basilicate, de Naples et aussi de Sicile et encore d'Afrique et de Chine, pour cette séance d'initiation au crozes-hermitage : nous avons dégusté jusqu'à pas d'heure, des vins dociles et néanmoins corpulents (Pradelle), fruités et épicés (Gaylord Machon), automnaux et élégants (domaine des Entrefaux), complexes et séreux (domaine des Alexandrins). Grazie mille! L.M.IMG_20171019_211743.jpgIMG_20171019_211854.jpg
     

  • Masterclass privée Crozes-Hermitage

    unsommelierdansmoncanap.com

    Chaude ambiance à fond crozes-hermitage, hier soir chez Thibaut (dans le XVIII ème, à Paris) et ses dix amis attentifs, curieux, dont trois américains amateurs, et certains pourvus d'un nez exceptionnel. Le blanc de Laurent Habrard a séduit, le Rouvre de Yann Chave a fléchi, le Clos des grives de Laurent Combier a conquis, le domaine des Grands Chemins de Delas a bluffé. Comme quoi, les masterclass privées se suivent et ne se ressemblent pas. En dépit d'une température estivale, le vin, être bien vivant, demeure souverain, surtout avec des syrah imprévisibles comme autant de Carmen... ¡Olé! Léon Mazzella

    L’image contient peut-être : 10 personnes, personnes souriantes, personnes debout et intérieur
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  • Ventenac, plus c'est simple et plus c'est bon

    Capture d’écran 2017-10-16 à 14.30.19.pngCapture d’écran 2017-10-16 à 14.32.04.pngHeureusement, le plaisir ne s’évalue pas à l’aune d'un nombre d’euros. Témoin, cette dégustation des cuvées du domaine Ventenac, dirigé par Stéphanie Maurel et son mari Olivier Ramé. Nous sommes en AOP Cabardès (Aude, Languedoc), et sur 160 ha conduits en agriculture raisonnée (Terra Vitis). Les cépages s’y épanouissent, et les cuvées leur ressemblent, qui sont d’apparence modestes, mais d’une belle fraîcheur, et d’une teneur étonnante. La cuvée Stéphanie (2016) est un merlot friand aux notes de fruits rouges croquants, vif et long qui coûte 6€ à peine. Je souligne. Idem pour la cuvée Pierre (2016), - en référence au grand-père d’Olivier, le mari de Stéphanie -, issue de cabernet-franc, d’une droiture et d’une amplitude aussi croquante que délicatement épicée (6€). La Grande Réserve de Georges (2014), en référence au père d’Alain Maurel, fondateur du domaine (50% de cabernet sauvignon, 40% de syrah et 10% de merlot), nous envoie certes du tabac blond, du moka, de la puissance « sous la pédale, pied droit » mais bon… C’est déjà chouia too much, si je puis l’écrire ainsi (9,5€), car nous sentons une volonté de concentration inhabituelle, à tout le moins peu naturelle. Enfin, le Mas Ventenac (22€) ne nous a pas séduit, à cause sans doute de son côté parkerisé qui nous semble (et nous souhaitons nous tromper) un rien forcé. Capture d’écran 2017-10-16 à 14.31.10.pngCertes, c’est du parcellaire, du cousu main, du rendement minimal maîtrisé… Et de la macération minutée, du remontage et du pigeage scrupuleux, puis un élevage sous bois calculé en proportions (neuf/pas neuf). Au fond, c’est assez lourdingue, mais ça se veut corpulent et dense. Or, ça en fait des tonnes. Aussi, allez-y plutôt les yeux fermés sur les premières cuvées d’une « complexe simplicité » oxymorique qui me fait sourire. Elles valent 6€ et procurent un petit bonheur simple, ces affranchies du body building. L.M.

     

     

  • A déguster jusqu’à la... lit

    Capture d’écran 2017-10-13 à 11.41.47.pngNous connaissions le château La Levrette, superbe bordeaux (rouge et blanc) élaboré dans le triangle d’or du Blayais par Laetitia Mauriac, et que j’évoque dans mon « Dictionnaire chic du vin » (lire plus bas les pages 213-214). Voici le chardonnay En Levrette, cuvée du domaine des Marnes Blanches, dans le Jura. Blanc ouillé, bio, élaboré par Géraud et Pauline Fromont sur un terroir à calcaires gryphées, son étiquette est sans équivoque.Capture d’écran 2017-10-13 à 10.26.49.pngCapture d’écran 2017-10-13 à 10.27.20.png Dans les deux cas, l’allusion originelle est claire, mais elle diverge (et dix verges, c’est beaucoup, me souffle Pierre Desproges) : d’un côté, la référence à une race de lévrier italien ainsi qu’à la femelle du lévrier commun figure, silhouettée, la queue glissée entre les pattes de derrière, sur l’étiquette du vin de Laetitia Mauriac. Celle aux lièvres qui bouquinent (se reproduisent) à la saison des amours, sur la parcelle où le chardonnay pousse, est signalée – non sans malice -, sur la contre-étiquette du vin des époux Fromont. Cependant, la seconde référence est un poil abusive, car, si le lièvre mâle se dit aussi bouquin – d’où le mot bouquinage, éloigné de toute lecture, fut-elle licencieuse (on le nomme aussi capucin, oreillard, rouquin…), et eu égard à l'activité à laquelle se livre alors le... léporidé, la femelle du lièvre se nomme hase, comme celle du lapin, lapine… Mais pas levrette. Qu’importe, après tout ! Le chardonnay enjoué du Jura y va d’ailleurs franco, et anticipe nos traits d’esprit. La rédaction a tout prévu (agrandissez la photo) : ce vin, subtil étreinte d'un terroir (...) sera le partenaire idéal de vos acrobaties gourmandes (...) En Levrette vous mettra à genoux… J’ai découvert par hasard son existence sur Internet, ce matin. Je ne l’ai donc pas encore eu en mains, ni goûté ci-devant (par derrière). Ce qui ne saurait tarder, au moins pour m’initier à une gymnastique – strictement œnologique -, consistant à associer lever de coude et génuflexion : Et hop, et hop… L.M.

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    Capture d’écran 2017-10-13 à 12.03.51.pngCapture d’écran 2017-10-13 à 12.04.21.png

     

    Notons qu’il existe par ailleurs une bière artisanale nommée Levrette (goûtée en aout dernier dans les Cévennes), qui elle aussi, ne se prive pas d’allusions grivoises sur son habillage, puisque sur le col de la bouteille, nous pouvons lire (voir ci-contre) : Une petite Levrette entre amis, puis, plus bas, Bière blonde de position... A vos marques !

     

     

     

     

     

    Capture d’écran 2017-10-13 à 12.21.42.pngCapture d’écran 2017-10-13 à 12.21.55.png

  • Un sommelier dans mon canap', seconde


    Seconde prestation "apéro (qui tire en longueur avec bonheur) crozes-hermitage", Un sommelier dans mon canap' : unsommelierdansmoncanap.com chez Agnès, cette fois (dans le Marais, à Paris), avec ses cinq ami(e)s. J'ai eu affaire à des connaisseurs, pour cette soirée "ma masterclass privée", à des fans de Laurent Combier et de son consensuel et infiniment respectable Clos des Grives, mais époustouflés aussi par Le Rouvre de Yann Chave. Faut dire, aussi, hein... Sans parler du stupéfiant domaine des Grands chemins, de Delas, (et oui!), un nom si "gracquien", et du blanc sensuel (bio) issu de marsanne de Laurent Habrard, "vigneron heureux"... Il fut question d'onctuosité, de robe d'encre, de fruits noirs, d'épices douces, et de salinité aussi, de persistance, de tanins soyeux, de délicatesse, de paradoxe enfin : les crozes peuvent être si "oxymoriques" - soit,
     à la fois puissants et délicats, raffinés et gentlemen-farmers... On adore. L.M.

    IMG_20171012_212040_resized_20171013_120323825.jpgIMG_20171012_221140_resized_20171013_120324609.jpg

     
  • La Traversée

    Capture d’écran 2017-10-03 à 20.21.38.pngL’endroit est avenant, comme l’accueil et le service. Nous nous trouvons au début de la rue Ramey, dans le 18ème arrondissement de Paris, soit en haut, dans une zone moins vivante qu'en bas, passée la rue Custine. C'est le Village Ramey.

    L’espace de cette cave à manger est confortable avec ses salles, son bar, la mezzanine, la petite terrasse… La déco est vintage sympa, brune, roots et néanmoins claire. Joli carrelage d'époque, patine bienvenue sur le gros radiateur, bois, cuir : on se sent immédiatement bien.

    La cuisine s’essaie à des tendances lourdes ayant cours encore actuellement (on ne parle plus de mode évanescente) dans le paysage des fourneaux parisiens, tenus par de plus ou moins jeunes chefs avisés et inspirés par les vents d’extrême-orient notamment (Adeline Grattard/Yam’Tcha, Iñaki Aizpitarte/Chateaubriand, William Ledeuil/The Kitchen Galerie, et KGB, pour n’en citer que trois parmi trente).

    Mais l’imitation, à La Traversée, balbutie, elle est encore superficielle, les saveurs sontCapture d’écran 2017-10-03 à 20.21.02.png mal accordées, hésitantes, sans franchise ou bien trop concentrées, soit too much, et certains plats sont franchement huileux. L’harmonie n’est pas encore au rendez-vous - normal, ils ont ouvert à la mi septembre ! Leur intention est grande et c’est déjà louable. Il faudra « attendre de voir » comment cela évolue ces prochains mois.

    La carte des vins (bios, voire nature) est en revanche judicieuse, et des noms de vignerons « attendus » sont au rendez-vous. C’est bien, et le rapport qualité/prix du verre est bienvenu (4 à 6€), comme celui de la carte (trop courte cependant, trop tapas façon « raciones » à San Seba pour qui souhaite manger copieusement - à l’exception du très savoureux boeuf de Salers grillé). 

    Il faut surtout y aller pour boire des canons d'Olivier Pithon (Mon P'tit Pithon, cotes catalanes), du château Guibeau (montagne saint-émilion), le viognier de Freesia (mas d'Espanet, Cévennes), ou encore le gamay friand de Nicolas Dubost (Just drink it). Ou bien des bières tendance issues des nombreuses micro-brasseries qui fleurissent un peu partout, y compris en ville, et même d'un Gin fabriqué à un jet de cailloux, rue Labat : Lord Barbès. Tous ces verres seront dûment accompagnés d'une planche de fromages du Jura ou de charcuterie (14€ chacune), d'oeufs : pickled eggs bio (7€), curcuma et poireaux frits,  de haricots verts en tempura (à condition qu'ils soient épongés), de croquettes de truite fumée et pomme de terre, sur lit de haricots de Paimpol, ou encore de cette savoureuse pièce de boeuf de Salers (16€) correctement grillée, donc, et surmontée de lamelles d'artichaut et d'allumettes de poireaux frits (bis repetita). L.M.

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    La Traversée, 2 rue Ramey, Paris 18, est pilotée par un petit groupe d'amis : Charles, Vincent (en cuisine), Witold, et Camille. Formules à déjeuner : 17€ et 20€.

    https://www.latraverseeparis.com

  • Jean Gamay

    Capture d’écran 2017-09-12 à 14.33.39.pngL'anecdote est singulière, vous allez voir. Je reçois des échantillons de la maison Jean Loron (vignerons en Beaujolais et en Mâconnais depuis 1711, sis à La Chapelle de Guinchay, dans le 71) avant l'été, et je marque un temps d'arrêt sur les indéniables qualités organoleptiques d'un flacon, la cuvée Jean, issue de gamay noir (2016) qui s'épanouit sur des coteaux pas très éloignés de Lyon. L'étiquette est chic et moderne, et puis c'est surtout fruité (marqué par la mûre et la myrtille) et croquant, simple et corpulent quand même, parfum de violette au premier nez, réglissé à l'attaque en bouche, puis c'est rond et suave, franchement équilibré; bien fait, quoi : le genre de vin sans histoire compliquée, à déboucher sans hésitation lorsque les potes déboulent à l'improviste et - comme par hasard - à l'heure de l'apéro-qui-s'éternisera-forcément, grâce à l'appui logistique de force charcuterie, plateau de fromages et pain excellents. Une fois la dégustation "pro" achevée, la bouteille à peine entamée attendit l'improviste, qui ne vint pas, ce jour-là. Le lendemain, elle acheva par conséquent son histoire dans l'évier, une météo clémente ne m'intimant pas l'ordre d'élaborer la première daube de joue de la saison. Puis, j'en parlais, de ce gamay de Jean. Rendez-vous fut donc pris. Mais... Je ne savais comment faire pour relever le gant, alors je tapotais sur l'Internet, afin d'en acquérir trois flacons. Et en trouvai à vendre chez Pimprenelle* (le genre de démarche qu'aucun de mes confrères journalistes spécialisés n'oserait avouer...). Il m'en coûta la bagatelle de 5,85€ l'unité ! Une vraie affaire. Foncez, c'est gamayment bon. L.M.

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    * Nicolas, pour les intimes.

  • Science & Vin

    science&vin.JPGJ'aime saluer le travail bien fait de mes confrères. Voici un numéro spécial de Science & Vie consacré au vin sous ses aspects pratiques et originaux, qui change un peu (foin des fastidieux dossiers consacrés aux Foires des supermarchés!). Le magazine qui s'efforce de répondre aux questions légitimes que chacun se pose, aborde le sujet comme un guide copain, jamais didactique mais toujours pédagogique et simple sans être simpliste. La plupart des questions de néophyte, et que l'expert ne se pose plus mais dont il a parfois oublié les réponses, se trouvent détaillées sur 56 pages riches d'infographies immédiatement compréhensibles. Chiffres clés, santé, histoire, principes de vinification, méthode champenoise, glossaire utile, réchauffement climatique, vins bios, dégustation, spectre du vin de synthèse... Du bon boulot. En kiosque pendant deux mois. L.M.

  • Le C n°2

    Capture d’écran 2017-07-13 à 12.26.32.pngJ'ai pas mal donné, dans cette seconde livraison du magazine Le C, entièrement consacré au Champagne (extraits ci-dessous) : Tendance coquetailes (je passe en revue les nouvelles façons de boire du champagne). La saga Pol Roger (l'histoire d'une maison marquée par Winston Churchill). Champagnes rosés de Taittinger pour un repas d'alliances à la Marquetterie (ou la rencontre entre Vitalie Taittinger et Alessandra Montagne, chef du Tempero, à Paris). L'art de l'étiquette des bouteilles de Champagne et leur histoire (ou l'art du graphisme créatif allié à celui du marketing pragmatique). Les verres Riedel (ou la perfection pour sublimer chaque cépage)... Et ça pétille comme ça sur 120 pages. L'amateur y trouvera son content d'effervescence à la fois journalistique et gustative. L.M.

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    C Le Magazine. Luxe, business and champagne club. Edition 2017 (n°2)

    Extraits : 

    2017-07-13 12.34.36.jpg2017-07-13 12.49.07.jpg2017-07-13 12.35.24.jpg2017-07-13 12.36.06.jpg2017-07-13 12.36.20.jpg2017-07-13 12.36.45.jpg

  • Tutiac a flairé le filon

    lbahabhfdohiekga.pngC'est d'une cave qui en impose qu'il s'agit (4000 ha, 450 adhérents, 28 millions de bouteilles),Capture d’écran 2017-07-12 à 04.41.31.png qui plante des haies à tout va, car Tutiac, dans la vaste région du Bordelais viticole, est soucieuse de développement durable, de biodiversité et d'agriculture soft et raisonnée... Et qui produit des flacons intelligents, soit des cuvées au rapport qualité/prix très performant (4,70€ chacun des 3 flacons baptisés FLAIR, évoqués ici), avec des qualités organoleptiques basiques, mais irréprochables : rien n'est surligné, il y aCapture d’écran 2017-07-12 à 04.41.17.png même une subtilité citronnée dans le sauvignon, une certaine épaisseur dans le merlot qui rend son fruité on ne peut plus sympathique. Quant au rosé, il est capiteux, et il envoie un joli fruité (cassis, agrumes, fraise écrasée ). Que voulez-vous, des vins sans chichis et qui se dévissent (j'adore) comme ceux-là, les copains en Capture d’écran 2017-07-12 à 04.40.46.pngredemandent. Alors, ça alimente l'apéro qui n'en finit pas, les tapas, et les conversations... Tutiac a donc eu un certain flair, en créant cette gamme à la fois populaire et savoureuse (comme les cuvées Carrelet d'estuaire, évoquées ici il y a quelques mois). Cela m'évoque par ailleurs le magazine rugby (et pas que) auquel je livre ma rubrique J'aime, et qui s'appelle FLAIR Play. Un air de famille évident - dans la liesse, la simplicité, la franchise du regard (le vin peut en posséder un), la finalité en partage. Faites passer, c'est si bon. L.M.

    Ce qu'en dit la comm. de Tutiac : Très tendance, avec un clin d’œil au passé : dans les années 1900, cet attachant bouledogue français était le chien favori des marchands de vin dont il gardait les entrepôts.


    L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération. 

     

  • Gamay reloaded

    Chateau Terrière_Régnié_Nature.pngVin sauvage à poil. C'est son nom. Audacieux, non... L'étiquette, griffue, déchire, et son fond kraft appuie le côté roots. On adore. Il s'agit d'un AOP Cru Régnié, 2016, rouge, issu à 100% de gamay, donc. D'un Beaujolais. D'un vin nature, d'un vin sauvage. On aime davantage. Zéro sulfites. Du pur de vrai. On nous le dit. A l'oeil, ça envoie du sombre, une promesse de sérieux qui aime la rigolade quand même. Vous savez, ces vignerons décontractés, comme ça, mais en réalité plus scrupuleux, au boulot, que des contrôleurs de gestion. On aime. Grave. Au nez, ça balance du fruit mûr, à jus, rouge vif et noir surtout (cassis, mûre de début septembre, celle qui croque et que l'on doit disputer aux mouches vertes et aux guêpes, lorsqu'on se promène avec des idées de confiture). C'est minéral avec franchise, aussi. Et floral (pivoine, me chuchote-t-on derrière), et tellement épicé avec une douceur orientale, comme un massage au hammam : le poivré se pose élégamment, ne s'impose pas. En bouche, c'est ample comme un discours de politique générale sans bavures, donc assez rare. Et onctueux, si. Et long, de surcroît. Qui croirait au gamay, à ce stade? Ca pinote, dit un voisin approximatif. Pas faux. Ni vrai. Ca oscille, plutôt. Nous pensons plutôt que ça hisse, hausse, extrait Régnié, et les Beaujolais dans leur ensemble. Nous nous disons que ce flacon les éloigne d'un injuste préjugé qui fiche tout ça dans un casier nouveau aux accents judiciaires. C'est juste dense, concentré, puissant, frais et capiteux, riche et généreux, savoureux et sapide, gouleyant avec richesse, et avec une belle matière. Bref, allez-y les yeux fermés et la bouche ouverte. Car, ce vin nature du château de la Terrière, à Cercié (une star en AOP Cru Brouilly) est marqué par la patte de Frédéric Maignet, vigneron de caractère. Et de respect. Qui fait face, chaque matin que Dieu fait, au Mont Brouilly. Qui sait ce qu'il veut faire. Et qui le fait. Sa cuvée désigne la quintessence du gamay. Et l'expression de l'exigence et du goût pour le défi : lorsque les raisins sont au top, il réalise sa cuvée nature et ce, depuis 2009. Techniquement, c'est du parcellaire, soit des vignes s'épanouissant sur le lieu-dit La Sibérie. D'où l'ours de l'étiquette, peut-être. Ce n'est pas soufré, donc. A peine filtré, et sans collage. Il s'agit d'un vin vraiment nature. Le résultat est ce miracle de fruité, de pureté qui s'impose immédiatement, de minéralité franche et droite, et puis ces notes de violette, là, et ces mûres qui regagnent nos gencives comme si elles emplissaient la bouche, ces tanins fondus et comme confits, enfin. Equilibre, fraîcheur, bonheur. A 12,50€, ce flacon dégusté pour vous est un cadeau du ciel. Tendez le bras! L.M.

  • Un 5 à 7 chez mon caviste

    J'ai récemment participé à une opération voisine, organisée par la même agence de comm° lyonnaise spécialisée dans le vin (mais pas que) Clair de Lune, et cela s'appelait Un sommelier dans mon canap'. Je fus ainsi, avec d'autres (cavistes, sommeliers, journalistes vins), le sommelier de quelques soirs en m'invitant chez des gens, et l'expérience fut formidable.

    Capture d’écran 2017-03-07 à 12.39.52.pngLà, ce sont des cavistes (parisiens), des vrais, et des bons, qui reçoivent dans leur boutique, et qui animent (du 27 mars au 24 avril) des ateliers Premier flirt (débutants) ou A la folie (initiés) au sujet de la grande palette des vins en AOC Languedoc de la grande région Occitanie. Tous les détails sont dans le lien ci-après. Parmi les cavistes participant à l'opération, je ne saurais trop recommander ma chouchou Elodie Cadiou, Et si Bacchus était une femme (rue Monge dans le 5è).

    Cliquez et foncez => 5à7

     

  • FLAIR, j'aime

    Capture d’écran 2017-02-25 à 14.25.04.pngLisez FLAIR Play, le nouveau magazine qui parle de rugby en faisant considérablement bouger les lignes. On y cause ballon ovale, culture, sensibilité, franche philosophie, tact et pas tacle mais aussi tactique, rencontres et pas interviews, échanges et passes croisées, saveurs directes, partage authentiquement altruiste, arts beaux et bons, mouches du coach, transmission (ca-pi-tal!) et salutaires recentrages, et de tant d'autres choses appartenant à l'univers d'un sport vraiment pas comme les autres, et dont les valeurs (terme galvaudé) sont de plus en plus nécessaires dans notre monde en capilotade. Bravo à Sophie Surrullo et à Christophe Schaeffer, initiateurs et pilotes du projet. De belles plumes habitées par l'Ovalie y officient, comme celles de Richard Escot, Benoît Jeantet, Vincent Péré-Lahaille, Nemer Habib... J'y tiens chronique (totalement en roue libre) à partir du n°2 qui paraît. Cela s'appelle mes J'aime. Sous la têtière intelligence situationnelle. Excusez du peu. Voici deux extraits sur six, à exécution :

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  • L'Alsacien réconciliant



    Capture d’écran 2016-11-25 à 13.40.50.pngIl se nomme Riquewihr, comme la ville. Le château éponyme, donc, de la maison Dopff & Irion, à Pfaffenheim, où crèche la Cave éponyme elle aussi, produit des vins d'une grande franchise intérieure, et d'une sècheresse qui flirte avec le chic sans l'austérité, la pureté sans artifice aucun, fut-il (sans jeu de mot reposant sur une allitération) juste défini en termes de sucrosité. Le Riesling Les Murailles 2010 est une bombe d'essence originelle d'un cépage trop souvent noyé dans un sirupeux modeux qui le travestit. Et, comme le vin, surtout lorsqu'il est issu d'un seul cépage, ne dit mot (mais ne consent pas pour autant), à l'instar du poisson pris à la ligne, sonCapture d’écran 2016-11-25 à 13.41.22.png silence couvre tous les excès réitérés ad nauseam. (Si les poissons hurlaient au bout de l'hameçon, et si le riesling sucré à souhait gueulait lorsqu'on le verse, il en irait autrement dans les cours d'eau, les océans, les mers, et les coteaux pentus d'Alsace, et d'ailleurs...). Soit, ce riesling : une pure merveille, droite, minérale un peu, acide - non, douce : le strict nécessaire, ce minimum syndical sans lequel nous serions dans un manque culturel, voisin de l'habitus bourdélien (et ça, ça en jette gratos, je le sais). Soit un truc incontrôlable, ne cherchez pas. Et puis alors, je vais vous dire, je ne me suis pas renseigné sur le millésime, ni sur l'élaboration du résultat offert dans ce flacon. Parfois, il est juste et bon de se limiter stricto sensu au verre, là, devant. Face à nos yeux, puis à nos narines, et enfin un peu à nos papilles de la nation. Il convient d'agir ainsi, en essayant de nous débarrasser de toute culture, de tout référent. Bien sûr, c'est difficile. L'effet de surprise joue en faveur. Ce riesling-là, mes amis, en escorte d'une épaisse sole meunière maison, juste beurrée et citronnée (avec du poivre blanc et sans sel), est aussi singulier que le gewurztraminer, Les Sorcières (2011) de la même maison avec une grappe de muscat, oui, et puis un Nuts. Na. Pureté et sincérité sont encore au garde à vous décontracté, l'air de ne pas y toucher. Comme si c'était comme ça et pas autrement qu'il fallait toujours faire. Et c'est précisément ce dont on rêve, s'agissant de vins alsaciens : notez que D&I est une maison d'envergure, que la cave de Pfaffenheim dépasse insolemment les dimensions de la votre, qu'il ne s'agit pas d'un vigneron indépendant et paysan qui répugne à décrocher lorsque le Crédit Agricole lui téléphone. Et que, malgré tout, ça fonctionne plutôt bien. Le riesling possède ce fruité idéal, délicat, qui n'inonde pas le palais mais vous laisse à l'aise avec votre propre liberté. Et le gewurztraminer a le tact, l'intelligence de ne pas vous la jouer tsunami de flaveurs convenues et reconnaissables à cent kilomètres. Les Sorcières est en référence à l'emplacement, planté en vignes aujourd'hui, où l'on brûlait ces innocentes, au Moyen-Âge. De là à prétendre que faire un bon vin n'est pas sorcier... L.M.

    Alliances :

    Capture d’écran 2016-12-09 à 09.46.48.pngLire, cela s'impose, la version illustrée du Dictionnaire amoureux de l'Alsace, de Gilles Pudlowski, qui parait chez Gründ (en coédition avec Plon, éditeur originel). L'auteur, Lorrain de naissance et Alsacien de coeur, est un spécialiste réputé, chantre dévot de la Pudloland. Aussi gourmand que littéraire (les deux mamelles de Pudlo), abondamment illustré, c'est un livre intime, intimiste, délicat, cultivé, subtil, et riche d'anecdotes. 

  • Un brut vraiment extra

    Capture d’écran 2016-12-06 à 12.02.53.pngFruité, frais, charpenté, dit la maison Ponsart-Brochet, qui élabore par tiers avec les cépages champenois (pinot noir pour la structure, pinot meunier pour le fruité, chardonnay pour la finesse), ce Brut Extra qui est en outre, pour 13,60€, une prouesse à tout point de vue. La maison, classée Premier Cru, crèche à Sacy, dans la Montagne de Reims, où elle élabore depuis quatre générations une gamme de vins réduite : sept cuvées en comptant le Ratafia (apéritif à base de moûts et d'eaux de vie), toutes à moins de 20€, sauf Coeur de Foudre : 20,40€ !..

    Le Brut Extra figure une sorte de champagne de toutes les envies, une entrée de gamme comme on dit, idéale : la robe est dorée et lumineuse, la bulle est délicate, le cordon est fin, il y a un nez de coing, de nèfle surie, un léger boisé rappelant l'acajou, c'est beurré, brioché en bouche, avec des flaveurs florales et de pêche blanche, une jolie longueur aussi, avec une acidité juste, un citronné idoine recouvert d'une douceur sans confit, et enfin une arrière-bouche d'ananas rôti. Un régal, vous dis-je.  

    Alliances : bu avec des huîtres, puis avec des soles juste grillées, ce champagne convient a priori aussi à l'apéritif, ou avec un dessert fruité.

    Que lire avec ? L'Humour de Marcel Proust, anthologie deCapture d’écran 2016-12-06 à 14.42.50.png Bertrand Leclair (folio). C'était une gageure, et c'est plutôt réussi : en cherchant bien, on arrive à sourire, voire à rire au fil des pages. Le comble de la distraction, écrit par exemple Marcel, c'est de prendre l'édit de Nantes pour une Anglaise...

    Qu'écouter ? L'Offrande musicale, de J.-S. Bach, interprétée au clavecin par Gustav Leonhardt : Cliquez là => L'Offrande musicale

    L.M.

  • Rieslings de terroirs

    L'Alsace est une telle mosaïque de terroirs, de sols, de pentes aux expositions diverses, que chaque cépage s'y exprime de multiples façons. Dégustation de Rieslings de l'aire d'appellation Alsace Grands Crus :

    Le Clos des Frères 2014 du domaine Loew, au nez mentholé et poivré, affiche une franche minéralité avec une pointe d'acidité bienvenue. La bouche est généreusement fruitée, et d'une belle longueur.

    La cuvée Henriette 2011 du domaine Frédéric Mochel (Grand Cru Altenberg) possède une complexité charmante et une belle rondeur enveloppe son acidité tendre comme un bonbon fourré.

    Le Grand Cru Kastelberg 2013 du domaine Gresser (en biodynamie), pur et droit, exprime fidèlement son sol de schistes : l'expression du terroir est dans le verre.

    Le Grand Cru Engelberg (le Mont des Anges) 2012 du domaine Pfister, proche de Strasbourg, possède une trame calcaire qui ralentit son expression, nous confie Mélanie Pfister. Il s'agit donc de l'attendre. Notes d'agrumes, bouche cristalline, jolie structure acide, et cette minéralité juste, équilibrée, jamais agressive.

    La cuvée Bonheur Exceptionnel 2013 du domaine Rieflé, Grand Cru Steinert, naît sur un sol de calcaire très dur, avec des oolithes, soit des petits grains en forme d'oeufs de poisson, formés à la surface des roches par des microfossiles marins. Nez de fruits exotiques, bouche élégante.

    Le Grand Cru Kessler 2012 du domaine Schlumberger voit le jour, quant à lui, sur un sol gréseux (les fameux grès roses vosgiens). Nez fruité à la fois frais et confit, dominé par les agrumes. Bouche vive, verticale, avec un certain claquant.

    Le Letzenberg 2013 de la maison Jean-Baptiste Adam (en biodynamie), est issu d'un terroir marno-argilo-calcaire, lourd, gras, riche en oligo-éléments, proche de Colmar. Le riesling y prospère comme un notaire balzacien. Millésime cristallin (5 g de sucres résiduels). C'est vif, tendu, nez de fleurs blanches, léger gras bienvenu en bouche.

    Enfin, le coteau granitique de Rittersberg 2014, du domaine Gilbert Ruhlmann, situé près de Sélestat, n'empêche nullement une souplesse en bouche, et un croquant fruité, qui suivent un nez de fleurs blanches, exprimant là encore une salutaire minéralité qui figure une signature commune, pour la plupart des Rieslings de terroirs issus de Grands Crus. L.M.

    Alliances : 

    images.jpegQu'est-ce qu'on va lire avec cela? - Le Petit matin, de Christine de Rivoyre, où l'on voit Nina, une jeune Landaise, chevaucher sa jument nommée Querelle, dans la pinède infinie, en 1941. L'occupant allemand rôde. Il y a du Colette là-dedans, mais avant tout du Rivoyre : l'amour de la nature, et aussi celui de la nature humaine. C'est frais et donc vivifiant comme un riesling à la minéralité exacte (Grasset/Les Cahiers Rouges).

    Et on écoute quoi, alors? - Back to Black, d'Amy Winehouse (la bientéléchargement.jpeg nommée, et trop tôt disparue), parce que ça jazz et ça blues, ça ondule sensuellement comme un riesling opulent que l'on agite dans le verre ad hoc, mon capitaine.

     

  • Vin jaune et pata negra

    Capture d’écran 2016-12-03 à 21.27.33.pngL’initiative revient à Septième Goût, le site gourmand que Jean Dusaussoy copilote avec Sébastien Ripari. L’idée d’associer des jambons ibériques de cochons de grande qualité, car nourris aux glands (bellotas), comme la palombe en migration s'abattant sur les chênaies du Sud-Ouest, avec des vins du Jura pourvu de cet accent andalou qui rappelle le fino, n’est somme toute pas si insolite. Cela se passait à la boucherie La Belle Epoque, dans le 17ème arrondissement parisien, tenue par un Patrick à la forte personnalité, et avec Vincent Grenelé (photo), un spécialiste, directeur de la maison Roble (le chêne), qui proposait à la dégustation quatre appellations d’origine qu'il importe : Extremadura, Huelva, Salamanca (Guijuelo) et Cordoba (Valle de Los Pedroches). Complice fournisseur des flacons de belle extraction et provenant du Comité interprofessionnel des Vins du Jura, puisqu’il s’agissait d’Arbois, de Château-Capture d’écran 2016-12-04 à 10.16.54.pngChalon, de Côtes du Jura et de L’Etoile : l’agence lyonnaise Rouge Granit. Une poignée d’invités aux papilles exercées, et zou ! Rappelons que seulement 10% des cochons ibériques sont nourris en plein air aux glands qui tombent des chênes de leur environnement, et d’herbe. 90% ne peuvent donc prétendre au complément sésame « de bellota », puisque ceux-là sont nourris en plein air « de cebo campo» (glands et fourrage), ou bien « de cebo » (fourrage, cochons parqués). Roble pratique un affinage long, de 18 à 40 mois et plus. L’Iberico Pata Negra jouit d’une DOP (dénomination d’origine contrôlée), mais il faut savoir que ce n’est pas forcément la couleur noire de la patte qui fait l’excellent jambon. J’en ai connu qui montraient patte blanche et qui vous envoyaient des saveurs de compétition, avec le gras idéal, l’onctuosité parfaite, le persillé de rêve, la subtilité extrême. Les vins jaunes, élevés sous voile (les levures en suspension) comme il se doit, issus exclusivement de cépage savagnin, passent du temps dans les fûts, et Capture d’écran 2016-12-04 à 10.17.16.pngoffrent ce goût particulier de fruits secs, surtout la noix, et la noisette aussi, et des flaveurs de sous-bois à l’automne, qui appellent d’ordinaire à la rescousse le comté de 30 mois, le mont-d’or a gusto, la noix fraîche et la poularde à laCapture d’écran 2016-12-03 à 21.28.06.png crème avec force morilles... Mais là, avec la bande des quatre ibericos de bellota, ce fut stupéfiant en termes d’accords idoines. La sécheresse qui flirte avec une austérité souriante, fut en partage, du côté du jamon de Salamanque et du vin des Côtes du Jura (domaine Pécheur 2008). Arbois (Henri Maire 2008) et Cordoue firent également la paire. La finesse, l’aromatique explosif, le gras distingué de l’un et de l’autre, une expression dédoublée en bouche fut révélatrice des alliances possibles entre un vin « oxydatif » et un jambon raffiné et « viandé », délicat et pourvu d’un fondant inouï. Le summum fut atteint avec le Huelva, fiancé à L’Etoile (domaine Philippe Vandelle 2007). De quoi vous propulser là-haut, afin de mieux contempler la Péninsule et la Franche-Comté. Et c’est ainsi que les jaunes sont de garde et les noirs bien gardés. L.M.

    Notez qu’une boucherie 100% bio, une première à Paris, niche au creux du marché couvert de Batignolles (17ème arrondissement). Elle se nomme Dandelion, et elle a été créé par le même Vincent Gergelé, associé à Michel Vidalie.

  • France Réveille son terroir

    domaine-reveille-franc-tireurv2.jpgdomaine-reveille-ultra-violetv2.jpgReveille-white-spiritv2.jpgRoussillon Reveille.JPGFrance Crispeels

    Le domaine Réveille, en appellations Côtes du Roussillon et Côtes catalanes.*

    France Crispeels est une vigneronne singulière. Son physique sec, son regard clair, sa voix franche, la font ressembler au terroir sauvage et pur sur lequel la Tramontane assainit la vigne. Sur près de 9 ha, France élabore des vins à forte personnalité, qui expriment le caractère de la garrigue de la Haute Vallée de l’Agly (Pyrénées-Orientales). L’aventure du vignoble Réveille a commencé il y a dix ans. Sur des sols pauvres, nous trouvons des cépages nobles travaillés en bio, et récemment en biodynamie, pied par pied, jamais de façon systématique. Les rendements sont bas (25 hl/ha) et les vins concentrés mais pas trop. Ils expriment avec élégance la combinaison des éléments : ils sont méditerranéens avec une belle fraîcheur. « Gourmands, vifs et souples », précise la vigneronne. « Il faut pouvoir toucher la terre et la respecter », poursuit-elle, « laisser parler les sols, préserver leur vie en surface, apprendre à les connaître, écouter le silence de la vigne. C’est un engagement, une vigilance permanente. En retour, nous avons les vins que nous aimons produire. Mûrs, avec une belle acidité naturelle, un degré d’alcool faible et toujours cette grande fraîcheur » (le terroir se situe entre 350 et 550 m d’altitude). Des vins droits et purs, comme nos trois coups de cœur : White spirit, un blanc sec 100% macabeu étonnant (2014, 12€), et deux rouges exceptionnels : Franc Tireur, 100% carignan (2014, 11€) et Ultra Violet, issu de jeunes syrah (2014, 15€), au design des étiquettes très contemporain. L.M.

    couv Pelerin Vins.png * Papier extrait de mon dossier Ces vins qui racontent le terroir, paru dans Pèlerin du 15 septembre dernier.

     

  • Un sommelier dans mon canap', 4ème

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    Un sommelier dans mon canap', quatrième. C'était hier soir, chez Jérôme et Auriane, dans le 13ème, à Paris, avec leur sept amis, tous joyeux drilles, hédonistes ne s'en laissant pas compter, fous de course automobile - et surtout de vins de la vallée du Rhône, et excellents cuisiniers de surcroît : formidables caillettes ardéchoises, canapés à la truffe, cardons à la moelle, fromages coulants, sablés ganache/mousse... La soirée déborda dans l'alegria, d'autres flacons "de réserve" de crozes-hermitage furent débouchés (après le séduisant Premier Regard de Melody, ou le sérieux Cour de récré de François Villard) avec, paire de cerises sur le gâteau : un condrieu et un côte-rôtie. Parce que nous le valons bien...  Léon M.

     

  • Un sommelier dans mon canap'

    http://www.unsommelierdansmoncanap.com/

    crozesmarine.jpgcrozesmarine1.jpg

     

     

     

     

     

     

    Second atelier pour moi, et super soirée Un sommelier dans mon canap', hier, chez Marine, dans le 5ème arrondissement (Paris). Merci à mon hôtesse, son frère et ses trois amis aficionados aux vins de Crozes-Hermitage, et de l'ensemble de la vallée du Rhône, curieux de tout : flaveurs, sols, cépages, bio et biodynamie... Et dont les aptitudes à la dégustation spontanée mais raisonnée, ne sont pas une vue de l'esprit...

    Léon Mazzella

     
     
     
  • Martin Eden

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    Les anniversaires et les commémorations sont une aubaine pour les traducteurs, car de nouvelles versions fleurissent alors, qui sont présentées comme révolutionnaires par leurs éditeurs - ces nouveaux artistes du marketing qui en oublient parfois que la littérature est d'abord affaire de sensibilité. Ainsi, au hasard, de Jack London, dont on fête le centenaire de la mort (22 novembre 1916). Je tiens là, la nouvelle traduction de son chef d'oeuvre, à mes yeux : Martin Eden, l'autobiographie qui permet de comprendre tout son oeuvre. Elle est signée (et préfacée) de et par Philippe Jaworski, et elle est disponible en folio. J'ai comparé, comme chaque fois que ce genre d'occasion se présente, avec la traduction de Claude Cendrée (10/18, qui a plus de quarante ans, et qui est ornée d'une superbe préface de Francis Lacassin). Les deux premières photos jointes sont celles de l'incipit et des phrases suivantes. Celle qui commence par Arthur est de Cendrée. Je2016-10-09 20.20.32.jpg vous laisse juger. Personnellement, je trouve l'ancienne plus littéraire, elle m'emporte davantage et m'engage illico dans le livre du grand London. L'autre me semble opportuniste, comme si elle voulait faire djeuns. Vous avez le choix. L'essentiel est de relire J.L. Construire un feu, et - pour les gamins, de les faire rêver à bloc en leur lisant le soir, et du mieux que l'on peut, L'Appel de la forêt, Croc-Blanc et autres bijoux empreints de nature sauvage...

    Alors, est-il bien nécessaire de re-traduire? Parfois, c'est indispensable, parfois on pourrait s'en passer. C'est selon. Pour Dostoïevsky (reloaded par Actes Sud), on pouvait s'en passer. Pour Conrad (décapé par Autrement), c'était salutaire. Pour Le vieil homme et la mer, on brûle d'impatience de voir cette foutue traduction de Jean Dutourd, la seule autorisée en Français, naze à pleurer, passer à la trappe lorsque Papa Hem' entrera dans le Domaine public!.. Oui, c'est selon, et même au cas par cas. L.M.

    Alliances : 

    2016-10-09 20.35.52.jpgQue boire avec ça? Chemin de Moscou, du domaine Gayda, (Pays d'Oc, 2013, en magnum), d'une grande finesse, sous ses allures bourrues. Ca va bien avec le bourguignon de joue que je viens d'éteindre et qui mijotait depuis trois ou quatre heures... ¡Me alegro!

  • La Gascogne reloaded

    Capture d’écran 2016-10-04 à 18.12.23.pngIls sont jeunes, ils sont minces, ils sont beaux, ils sentent bon les sables fauves, leurs vins sont subtils, équilibrés, francs, purs et droits, leurs armagnacs sont à la fois profonds et aériens, sincères et sans ambages, le packaging des flacons est design et chic… Ils peuvent, oui, incarner une nouvelle génération de vignerons gascons, éloignée des clichés bedonnants et chargés de cholestérol, de terroir à béret et à toiles d’araignée dans le chai. Cyril et Julie Laudet sont à la tête d’une bien jolie propriété landaise, sise aux confins des Landes et du Gers, en Bas-Armagnac, à Parleboscq pour être précis, et Cyril représente la huitième génération de vignerons sur le domaine Laballe, dans l’ex « Grand-Bas ». Propriété d’abord dédiée à l’eau de vie gasconne, c’est sous l’impulsion de Noël Laudet qu’elle amorce un virage capital dans les années soixante-dix. Cet ancien régisseur du château Beychevelle, à Pauillac, se lance à domicile dans le vin blanc. Et le succès

    SABLES-FAUVES-BL-paint.jpgrencontré par sa gamme d’armagnacs, est aussitôt entériné par celui de ses blancs secs, puis moelleux, et des rouges landais. Cyril reprend les rênes du domaine en 2007, des mains de son grand-père Noël. Son épouse Julie, femme issue du marketing dans l’artisanat du cuir haut de gamme du côté de Carcassonne, le rejoint en 2009. Elle est le complément d’objet direct de son vigneron de mari. Le terroir, de sables fauves, caractéristique de la région (le sable landais, les dépôts argilo-limoneux chargés en oxyde de fer venus du Gers) donne une belle minéralité et une grande fraîcheur aux vins. Laballe joue avec l'IGP Landes pour sa gamme Terroirs Landais – à laquelle Cyril tient, car il pourrait classer ces vins-là en Côtes de Gascogne, mais non… Avec, par exemple, un blanc sec 2015 formidable (gros manseng, ugni blanc, colombard et sauvignon), minéral, frais, au nez d’agrumes et pourvu de franches notes exotiques et d’abricot en bouche. Il existe en rosé et en rouge, mais nous ne les avons pas encore goûtés. Laballe propose aussi un audacieux chardonnay des Landes (a probar aussi). En appellation Côtes de Gascogne, nous avons goûté Les Terres Basses en rouge (2015) équilibré, corpulent, sans doute grâce au merlot qui partage le gâteau avec le cabernet sauvignon et le tannat. C’est rond, élégant, épicé, puissant mais doucement. Davantage que Raisin Volé, rouge goûté dans le millésime 2014, en AOC Tursan, et dans lequel tannat, cabernet franc et cabernet sauvignon s’assemblent raisin-vole-clos-cazalet.jpgavec une délicatesse remarquable. Le cabernet franc parvient à dompter le tannat, sous ces latitudes  - c’est connu. Et le cabernet sauvignon est alors un suiveur galant. La Demoiselle de Laballe est un blanc doux classé en Côtes de Gascogne vif, nerveux, sans graisse, svelte et néanmoins doté d’un joli moelleux, comme on le dirait d’un édredon frais : léger et caressant. A noter que le mordant et souple Raisin Volé est élaboré par Cyril Laudet, en collaboration avec un confrère indépendant, le domaine Cazalet. Car Laballe possède une vingtaine d’hectares autour de Parleboscq pour ses armagnacs et ses vins, mais travaille aussi en collaboration - sur autant d'hectares en culture -, avec des vignobles voisins. Mention spéciale à L’Oustig 2015 (envie d’écrire loustic), un blanc sec atypique, classé en Vin de France, confidentiel (4 barriques) étonnant de franchise, de flaveurs d’abricot, de fruit de la passion, rond à souhait, avec un soupçon d’acidité posé comme des parenthèses davantage que comme des guillemets. Gros et petit manseng, et baroque (rare !) composent par tiers l’encépagement de ce « vin nature » qui n’est pas levuré, et qui est d’une pureté et d’une droiture confondantes.

    Côté armagnacs, la gamme est somptueuse, qui fait la part belle aux millésimes, aux assemblages bien sûr, et à des flacons issus de monocépage : baco, ugni blanc, comme ce splendide 1991, 100% Baco, à la robe caramel luisant, miracle d’équilibre et de force contenue, avec son neztrio02.jpg agréable -oui- de térébenthine furtive, et une bouche opulente où les fruits confits et les épices douces dominent avec une ténacité souple. Finesse, rondeur, charnu, longueur respectable, sont les termes qui définissent ordinairement les armagnacs racés de Laballe dans leur ensemble. Et, la tendance étant devenue structurelle, la volonté de développer la consommation de l’armagnac dilué en cocktail, est une carte que Laballe joue à fond. Pour ce faire, la gamme « 3 (Ice) -12 (Rich) -21 (Gold) », au look très moderne, est étalonnée, et elle fait un carton dans les bars dédiés.

    Une dégustation d'un large éventail de la maison (vins et eaux de vie), se tenait d’ailleurs ce 4 octobre dans un bar (restaurant) à cocktails parisien de haut-vol : Gravity Bar. Ouvert il y a un an et des poussières par Marc Longa (ancien journaliste), avec un associé, et un chef de talent, Frédérick Boucher, ce lieu freestyle à mort, au look très sports de glisse donc, mais classieux : épuré, boisé façon surf scandinave, connaît un succès mérité. La recette ? -Un mélange de mixologie (l’art de faire des cocktails) de grande qualité, et de restauration franchement gastro, et au petit point. Témoin, ce déjeuner, donc, en parfaite harmonie mets-vins de Laballe, qui proposa des huîtres bretonnes, bouillon d’anguille, mini concombre et pomelo avec le Sables Fauves blanc 2015 précité : un mariage presque trop raccord! Un délicieux foie gras au torchon audacieusement escorté d’une betterave au goût parfait, ni terreux, ni sucré, riz sauvage soufflé bien croustillant (en écho salutaire au moelleux total du reste) et pourvu d'une pointe de grillé idoine : idéal avec L’Oustig. Un cube de poitrine de cochon laquée à se damner, avec une purée d’aubergines fumée formidable, champignons de Paris marinés, oignon croquant et sésame – sur le Raisin Volé et le Terres Basses, afin d’éprouver le crescendo des deux rouges. Enfin, la poire pochée au vin blanc, faisselle de chèvre (un peu trop épais, pouf-pouf, pas assez chantilly, le chèvre), miel et noisettes correctement torréfiées – avec la Demoiselle de Laballe, à la vivacité de jeune fille espiègle s’échappant à la fraîche dans la pinède… L.M.

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    Domaine Laballe, à Parleboscq 40310.  

    Gravity Bar, 44, rue des Vinaigriers, Paris 10ème 

    Photos de Julie et Cyril Laudet, et des bouteilles : D.R. 

    ALLIANCES :

    téléchargement.jpegQue lire avec tout ça? Le Vieux Saltimbanque, ultime roman de Jim Harrison (disparu en mars dernier), sorte d'autobiographie à la troisième personne d'un immense gourmand de la vie, amateur invétéré de grands vins de Bordeaux, de chasse, de pêche à la mouche, de poésie, et de (sa) femme(s). Flammarion - qui donne9782221192795.jpg envie de reprendre illico son inoubliable Dalva et ses Légendes d'automne (10/18). Et Les lois de l'apogée, de Jean Le Gall (Robert Laffont), roman élégant et fulgurant, incisif et mordant, subtil et délicat, qui dépeint ces trente dernières années, en France, à travers les déambulations littéraro-politico-sensuelles d'un trio infernal. 

    L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

  • c'est baloo

    ... un de ces vrais cèpes dits de Bordeaux, vous savez, avec un long pied blanc, oblong et épaulé façon bouteille Perrier lorsqu'il est cueilli jeune, ventru et comme dessiné par Starck, surmonté d'un béret marron riquiqui mais incroyablement ferme et riche en saveurs. Soit un cèpe taillé comme Baloo, dans Le Livre de la jungle selon Walt Disney. Et bé, l'autre midi, tranché très fin dans le sens de la hauteur et snacké vite fait bien fait, il escortait un joli dos de cabillaud épais, juteux, augmenté de gingembre, de citronnelle, de cébette... Et c'était juste bon, avec un verre de saint-joseph blanc (2011) légèrement oxydatif - roussanne et marsanne, des fois, ça vous la joue raccord, quand ça chante en canon -, signé Jean Delobre (La Ferme des Sept Lunes). Où ça? -A La Cave de l'Insolite, l'une de mes cantines du onzième arrondissement de Paris. Simple, sympa, audacieux : l'accueil, le service, la déco, la carte fraîche du marché, la cave de vins bios, l'esprit, tout (sauf cette phrase à la noix, collée sur le tiroir d’une commode : « les sulfites c’est pour les cons », parce qu’elle fleure franchement vilain l’intolérance, l’idiotie terrorisante du khmer vert en germe). D’ailleurs, le saint-jo blanc bu, précise « contains sulfites » sur sa contre-étiquette. Alors camembert. Car sans soufre (il faut encore le rappeler), le vin tourne piquette. L.M.
     
     

  • Mon dossier vins dans Pèlerin

    Capture d’écran 2016-09-15 à 12.26.54.pngIl paraît ce matin. Je l'ai conçu comme un dossier anti Foires aux vins, il est composé de portraits de vigneronnes et de vignerons de talent, tous soucieux du respect de la nature et de la réalisation de vins purs, droits, francs, sans intrants, reflétant au plus près le terroir dont ils sont issus.

    Fier de faire la "couv" du magazine, en plus. Et c'est le sourire de la ravissante Cécile Dusserre, domaine de Montvac, à Vacqueyras, qui l'illustre. Tous au kiosque!

    Et pour les accros, on y (re)trouve les vigneron(ne)s suivant(e)s :
    Laura Semeria (Montcy, Cheverny), les frères Perraud (Cognettes, Muscadet), JM Landureau (Escurac, Médoc), France Crispeels (Reveille, côtes-du-roussillon), Antoine Kreydenweiss (Alsace), Christophe Reynouard (Grangeon, Ardèche), Clotilde Davenne (Les Temps Perdus, Irancy, Saint-Bris), Philippe Fezas (Chiroulet, côtes-de-gascogne), Cécile Dusserre en Vacqueyras... Plus une belle vingtaine d'autres traités en bref, mais bien. Comm'y faut... L.M.

  • Quand Michel Onfray évoque le temps du vin...

    téléchargement (1).jpeg... Cela devient jouissif. Je rentrais du marché de Bayonne, cet après-midi, il était 15h environ, et j'avais déjeuné d'un pied de cochon anthologique avec des frites a gusto au bord de la Nive, malgré le soleil qui, en terrasse, me cramait le crâne, et tout en lisant Faites les Fêtes, de Francis Marmande (éd. Lignes). Je me dirigeais vers la plage de La Chambre d'Amour, afin d'aller me fracasser le corps tout entier comme j'aime le faire, les pieds plantés dans le gravier, jambes écartées, ou bien (mieux) en plongeant à la dernière seconde à ras le ras du ras, dans les vagues de la marée presque haute (ici, on appelle ça le shore-break, et ça se prononce d'un seul coup comme ça : chorbrek. Rien à voir avec la chorba), lorsque France Culture, dans la voiture, m'interpella. C'était Michel Onfray qui parlait du vin de champagne - et autres vins de saint-émilion, sauternes, pomerol, ou de modestes languedocs... Avec un savoir bachelardien, une sensibilité cosmique, une tendresse filiale, une connaissance réelle et fine, le philosophe spinozien, nietzschéen, camusien (tout ce que nous détestons, en somme, n'est-ce pas), égrenait des expériences de dégustations, et de rencontres avec des vignerons, qui me subjugua. Aussi, l'émission m'obligea-t-elle plaisamment à me garer au bord de l'Adour, juste avant La Barre, afin de la savourer yeux mi-clos, oreilles grand large. Elle dure 1h30, cette émission, et j'en ai rattrapé pour vous le podcast. Mais c'est passionnant à partir de la 18ème minute (pour les pressés), et jusqu'à la fin. Car, même l'épilogue est délicieux comme une mignardise, ou bien comme un tout petit verre de liquoreux sorti de nulle part, façon botte secrète. Je vous en livre par conséquent le lien, afin qu'il vous lie, à votre tour, à cette parole souple et solaire, assemblée et rassemblante, enivrante et juste, je crois. C'est du grand art verbal, soutenu par une culture immense et sans faille apparente (*). Soit, pour qui aime les vins, un pur moment de dégustation philosophique précieux comme un millésime de grande garde à boire ce soir même. Cliquez, amis hédonistes : Onfray et le vin  Première ligne : Les formes liquides du temps

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    (*) Juste un truc, oh, un détail, il confond l'Etna et le Vésuve à propos du Lachrima Christi, c'est vraiment pas grave!..

  • La révolution sera poétique ou ne sera pas

    Capture d’écran 2016-05-28 à 11.32.10.pngJe fais souvent ce rêve étrange et pénétrant... D'un monde gouverné par la poésie, d'un système dans lequel le mot politique serait toujours remplacé par le mot poétique, où la poésie serait la règle douce et désirée. Je me répète souvent (ici encore, il y a quelques semaines, et ce depuis qu'un jour de juillet 1977, je découvris sa parole), le mot de Hölderlin (photo) : A quoi bon des poètes en un temps de manque? (Wozu dichter in dürftiger zeit?), persuadé qu'ils ne sont jamais aussi nécessaires qu'en temps de crise, de guerre, de marasme social, de doute sociétal. Quand les mythologies s'effondrent, c'est dans la poésie que trouve refuge le divin, écrivait Saint-John Perse. Baudelaire : Il n'y a de grand parmi les hommes que le poète. Hölderlin, encore, répétait que c'est poétiquement que l'homme habite - ou doit habiter -, le monde. Voilà la parole vraie. S'efforcer naturellement (osons l'oxymore) de voir la beauté sous la peau des choses, de même que nous dev(ri)ons toujours frotter et limer notre cervelle à celle d'autrui, disait Montaigne à propos des voyages (en précurseur de l'ethnologie débarrassée de tout ethnocentrisme). Faire de la poésie un mode de vie, un état d'être au monde de chaque instant. Regarder, ressentir, penser, respirer, aimer, rire, parler poésie. Perse, à nouveau (*) : La poésie est action, elle est passion, elle est puissance (...) L'amour est son foyer, l'insoumission sa loi, et son lieu est partout, dans l'anticipation. A chacun sa foi. Croire en cela ne procure aucune espérance en un quelconque au-delà, mais forge et renforce notre pas sur la terre ferme, pensant, avec Eugenio de Andrade, que la démarche crée le chemin. L.M.

    (*) cité dans Habiter poétiquement le monde, anthologie manifeste présentée par Frédéric Brun, éd. Poesis - un livre pas encore vu/lu, évoqué par Le Figaro littéraire d'hier, et d'où je tire ces deux citations de Perse.

    ALLIANCES : 

    Capture d’écran 2016-05-28 à 15.16.34.pngEcouter :  Cigarettes after sex / Affection (cliquez).

     


    Capture d’écran 2016-05-28 à 15.15.42.pngBoire
    :
    le champagne de Barfontarc, un brut blanc de noirs de la Côte des Bar 100% pinot noir, donc. C'est miellé, abricoté, framboisé, crémeux, pulpeux, délicatement vivifié par une acidité gentiment surprenante en bouche. Finale exotique (15€ le prix du plaisir, à fiancer -manger!- avec un dos de cabillaud très épais, juteux, à peine pris au four par le haut).

     

  • Spleen parisien

    téléchargement.jpegAlors les copains te disent, te répètent depuis des lustres « trop la chance », « arrête, je vais pleurer », « et moi tu sais où j’ai bouffé », et « plains toi », et j’en passe. Trente ans que ça dure. Que j’accepte de me faire rincer dans les plus beaux endroits, en vertu d’un système huilé, admis, et qui ne se pose plus de question (s’en est-il jamais posé ?), selon lequel il faut engraisser le journaliste comme une oie pour qu’il chie un papier, même pas son foie. Dans le domaine du journalisme gastro/oeno/art de vivre/chose, comme ailleurs (j’en ai connu d’autres, très différents, et c’était la même chose : le voyage en first, le petit cadeau à l’arrivée dans la chambre, le gros juste avant de repartir, qui te fait tellement rougir que tu es obligé de le refuser -question d'éthique, mec, et tout le toutim qui ne frise plus le ridicule). Alors, oui, la semaine dernière, j’ai déjeuné chez Pierre Gagnaire, invité par les grands vins bourguignons de Bouchard, et le lendemain aux Crayères, à Reims, pour une jolie histoire champenoise – et je rendrai compte bientôt des deux, l’ingratitude étant, dans mon top-ten des déconvenues rédhibitoires, un spectre voisin de la déception : si tu acceptes, tu joues le jeu, mais tu n'entres pas dans Troie!.. Deux gargotes de très haute volée ! (meilleur déj’ à la seconde, d’ailleurs). Et j’ai séché plusieurs choses : Dutournier, Apicius… Mais je sais aussi que je me suis régalé d’un jambon-beurre avec un demi, au comptoir d’un rade improbable du 18ème arrondissement de Paris, en filant à l’Anglaise d’un énième machin. Et qu’un jour, au moment de passer à table, au George V, invité par Bernard Magrez et son château Pape-Clément à partager un somptueux repas, en compagnie de « people » éparpillés ici et là, comme Depardieu, Weber, et je ne sais plus qui encore (mazette !), saisi d’un stress des grands jours –celui qui mouille la chemise plus rapidement qu’une douche, j’ai fissa fui (prétextant un bouclage anticipé plutôt hard), puis j’ai respiré un très grand coup une fois dehors, et je me suis alors précipité dans une pizzeria de rien du tout pour manger une Margherita avec les doigts, en repliant sa pâte hélas trop molle (et en pensant fort à celle –formidable-, de Vesi, à Naples)…
    Alors, heureusement que je sais des gens intelligents parmi mes lecteurs, qui ne diront pas, hâtivement, ce mec est blasé, c’est un con, c’est un enfant gavé, un gâté pourri, et gnagnagna... Car, cela n’a rien à voir avec le fait de devenir blasé. Ce que je ne suis pas encore, au bout de tant d’années passées à « tester » les étoilés, les spas, les choses, moi qui n’aime rien comme dormir sous la yourte et partager un steak de cheval cru (épargné par les ours, la nuit dernière), avec des aigliers Kazakhs, ou un filet de buffle à la braise, en compagnie d’un pisteur Burkinabé, adossé à une roue du Land-Rover, tout en écoutant rugir les lions dans le lointain... Non, fuir les mondanités, les convenances, les précautions d’usage, les sourires forcés qui finissent par te refiler une crampe singulière aux zygomatiques, ce blazer encore neuf depuis dix ans qui te serre le dos et les épaules, les moc’ qui étranglent ton cou de pied, lors que tu portes jean-t-shirt-sneakers chaque jour, et n’aime rien comme enfiler tes bottes en caoutchouc – tes vraies pantoufles -, pour aller patauger dans les marais, non, cela n’a rien à voir avec la suffisance de certains qui s’indignent de ce que le red carpet soit plissé – soit pas assez tendu -, devant leurs augustes pas. Cela pour dire que là, au lieu d’un proutproutpincefessedemesdeux, j’ai, one more time, réellement joui (avec fierté, oui), de quatre raviolis vietnamiens « à emporter », dégustés dans leur barquette en plastoc (en me cramant les doigts : j'ai jeté trop vite la poche avec les instruments), au cœur de la ménagerie du Jardin des Plantes, au soleil, entre une chouette harfang des neiges, des oryx d’Arabie et un caracal du désert, qui partageaient une profonde mélancolie proche de la dépression animale, celle que nous ne voulons pas analyser, ni amoindrir, nous les inhumains. Empathie. L.M.

  • Les vins d'Ardèche au Pinxo

    Capture d’écran 2016-05-20 à 19.01.53.png

     

    Splendide dégustation orchestrée par Michèle Piron-Soulat et son équipe féminine, au restaurant Pinxo, spécialiste de la « tapa » de très haut-vol : extraordinaires bouchées de pieds de cochon, délicieuses saint-jacques bardées sur une purée de petit pois, formidable boudin noir landais, et jambon chipsé (de chez Aimé à Dax, ou de chez Montauzer à Guiche, c'est selon), entre autres merveilleuses tapas savoureuses comme à San Seba, ou à Bilbao (bravo, par conséquent, à Fabrice Dubos et à l’équipe très pro de ce restaurant de l'armada de l'ami Alain Dutournier, d’une qualité extrême, sis rue d’Alger). Cela escortait les nombreuses cuvées de vignerons indépendants, et de caves coop’ de respect. L’Abbé Dubois de Cécile et Claude Dumarcher, à St Remèze, propose un viognier 2015 en IGP Ardèche au nez de pêche et d’agrumes délicat, bouche friande et vive, au sein de laquelle acidité et douceur font bon ménage (6€ à peine). La cuvée Originel, nouvelle, vaut franchement le détour, car il s’agit d’un IGP Ardèche rouge issu de Plant de Brunel à 100% Kezaco ? Un cépage quasi inédit, reconnu par l’INRA depuis 2010, planté au domaine des Dumarcher, en 2011 : les vignes ont donc à peine 4 ans, et donnent leur premier vin : c’est très original : robe sombre, nez de fruits rouges vifs (cerise croquante, légère acidité), c’est franchement tannique en bouche, puissant et sans détour possible, cojonudo. 3000 bouteilles à peine pour cette curiosité totale (15€). Le domaine des Accoles, de Florence et Olivier Leriche, à Coux, en certif' Demeter depuis 2015, propose un blanc très grenaché (additionné de clairette blanche et rose), Recto Capture d’écran 2016-05-20 à 19.06.33.pngVerso 2015 (9€) aux notes d’agrumes affirmées. Rendez-vous des Accolytes 2014 bio, rouge, issu de grenache à 100%, très mûres (7€), une cuvée Miocène 2013 bio (13€), où grenache (70%) et carignan expriment une vivacité sans ambages, derrière un mentholé du meilleur effet. Le château Les Amoureuses, de Jean-Pierre Bedel, à Bourg St Andéol (07), donne un rouge assez rond, Black Sublim 2012, avec une jolie acidité délicate en bouche, et doté d’une belle présence en bouche, dans le millésime 2011 (25€, ça rigole pas). Et un Absolu Black 2012 Capture d’écran 2016-05-20 à 19.07.25.png(grenache, syrah, mourvèdre, carignan) 41€, et oui. Très grenaché, sur le Capture d’écran 2016-05-20 à 19.08.53.pngmillésime 2011. Le domaine Arsac, de Sébastien Arsac (photo), en culture bio certifiée, est un domaine solide au discours construit, et aux cuvées ad hoc. Argence 2014, un chardonnay bichonné de la vigne au chai, est floral, beurré en bouche, et pourvu d’une impeccable fraîcheur (13,25€). La Chaumette 2015, un rosé de grenache à 95%, résolument gastronomique du début à la fin d’un repas, se fiche de sa couleur peu « modeuse », plutôt soutenue (comme on aime), et affirme sa clarté, sa délicatesse, et sa force en bouche (10,75€) : Respect, Sébastien!.. Mais Terra Occidens 2014, à fond merlot (85%), ne convainc pas, malgré son étonnante vivacité de cerise croquante (13,25€). Le domaine de Cassagnole, d’Audrey et Alex Biscarat, à Casteljau, propose un blanc (viognier 100%), Esprit de Cassagnole, vif, épicé et rond en bouche : réconciliateur, en somme (8€). Esprit de Cassagnole rosé 2015, issu de syrah corpulentes, de grenache et d’un chouia de viognier, possède une délicatesse et une suavité d’une jolie franchise (8€). Esprit de Capture d’écran 2016-05-20 à 19.11.29.pngCassagnole rouge 2014, ose le marselan, cépage réputé difficile à réussir. Et c’est bien travaillé, bravo. Accompagné de syrah et de carignan, ce rouge élégant, cru, fruité, sauvage, est néanmoins souple et fin en bouche (8,50€). Le domaine du Chapître, de Frédéric Dorthe, à St Marcel d’Ardèche, propose une syrah 100% avec la cuvée Aria 2012, puissante, avec de la matière (8€). Et un blanc, Exsultate 2015, issu de roussanne et de muscat à petits grains, peut-être trop muscaté, vif certes, épicé aussi (10€). Le domaine Coulange, de Christelle Coulange, à Bourg St Andéol, offre un côtes du Rhône blanc (grenache blanc, viognier, roussanne, marsanne) d’une grande rondeur, avec du gras et une belle acidité en bouche qui réveille l’ensemble (6,50€). Mistral 2015 est un côtes du Rhône rouge très grenache (80%, et syrah), mis en bouteille il y a moins d’un mois (nous sommes le 20 mai), et déjà prometteur, sans défaut majeur apparent. Fruits rouges, épicé délicat, réglissé fugitif (6€). Rochelette 2014, du même domaine, est très marqué par la syrah, c’est complexe et élégant, ça appelle l’entrecôte ou le carré d’agneau (7€). Le domaine du Grangeon, Capture d’écran 2016-05-20 à 19.13.07.pngde Christophe Reynouard, à Rosières, est une référence absolue, selon nous : son viognier 2015, travaillé à l’ancienne, soit comme dans les années 1990 (à peine!), possède une sucrosité (3,8g/l) donc une douceur avenante, qui n’apparaît qu’après une fraîcheur superbe au nez (poire, pêche), et une vivacité en première bouche (pêche blanche, chèvrefeuille), et le tout explosa littéralement sur la coquille St-Jacques lardée du Pinxo ! (10,50€ : avec tant de soins apportés, c’est cadeau). Le Chatus 2013, un cépage adoré et minutieusement travaillé par Reynouard : nous avons là l’expression délicate du fruit, avec cette acidité nécessaire, ses tanins discrets, fondus, et qui nous font juste un clin d’œil amical; c’est joliment épicé, doucement alcooleux, fruité profondément (et sur certains millésimes, la nèfle s’invite pour adoucir la fin de bouche, mais pas là). 13€, re-cadeau. Et bravo. Bravo aussi à Benoît Chazallon, vigneron absolu, adepte instinctif de la bio culture biologique et biodynamique (label Ecocert AB) de son déjà célébrissime domaine de La Selve. Madame de 2014, que l’on ne présente plus à aucun aficionado, est un blanc en IGP Ardèche, « mention coteaux de l’Ardèche blanc », viognier 100%, d’une pureté droite, très floral, avec des notes Capture d’écran 2016-05-20 à 19.13.57.pngaffirmées de pêche et d’abricot du meilleur effet (24,50€ le prix du voyage dans un verger rarissime). Serre de Berty 2013 est le vin étonnant de cette grande dégustation. Ce rouge issu de syrah (50%), grenache et cinsault à part égale, en culture bio et biodynamique sans aucun insecticide, intrant chimique et tout le bazar bordelais (oops !), jouit d’une cuvaison très longue (6-8 semaines). Levures indigènes, of course, ce n’est ni collé, ni filtré, ça donne un nez incroyable où domine la poire (!), il n’y a aucune extraction, ni aucun pigeage, c’est à peine-à peine soufré à la mise, et cela donne… « le toucher du vin ». Un concept aussi poétique qu’essentiel, retenez-le, c'est un peu comme le toucher de la hanche pour un danseur de tango, et pour un vin aussi puissant que délicat, cela figure une sorte de synthèse, une bouqet ramassé. Très longue fin de bouche... Et c'est armé d’une délicatesse infinie, d’un soyeux presque irréel : le coup de cœur absolu (15,40€). Solera tirage 2015, viognier 100% de Chazallon aussi, muté à mi fermentation, ouillé (pas comme à Jerez : pas de « flor »), est très liquoreux mais nerveux, et capable de se battre en duel avec un fromage bleu, un foie gras poêlé, et un chocolat amer (20€ le flacon de 50 cl). Le Mas de Libian, d’Hélène Thibon, à St Marcel d’Ardèche, en biodynamie certifié Demeter, c’est la classe et la pureté mêmeCave Vinum 2015, un blanc issu de roussanne, viognier et clairette, exprime la fluidité, laCapture d’écran 2016-05-20 à 19.15.34.png suavité, oui... Cette limpidité que l’on est désormais forcé de « retrouver » devant un vin en biodynamie – c’est comme ça, cela commence à se reconnaître, et nous le savons, lorsque nous dégustons entre nosotros... Et cette nouvelle « distinction » passera désormais par là. Un blanc exotique, après les fleurs et les fruits à chair blanche, d’une élégance et d’une noblesse qui évoque la démarche droite et inflexible des Africaines traversant la brousse avec un énorme bac rempli d'eau, en plastique de couleur vive, posé sur leur tête (13€). Bout’zan 2015, très grenaché, est un rouge envoyant une jolie mâche virile (10€). Le domaine Notre Dame de Cousignac, de Raphaël Pommier, à Bourg St Andéol, propose un blanc marqué par la clairette, floral en diable, avec un léger gras (8€). Le domaine de Vigier, de Marjorie Dupré, à Lagorce, offre un viognier 100%, Inès 2014, au nez exotique (ananas) et « viennois » (beurre frais) bienvenu, le rapport qualité prix nous apparaît probant : 7,65€. Les méritants Vignerons Ardéchois, présidés par André Mercier, sis à Ruoms,Capture d’écran 2016-05-20 à 19.16.26.png proposent une grande gamme séduisante : le viognier Tradition (6,40€), possède une douceur de bon aloi. Son frère (100% viognier, aussi), élevé en barriques, Terre d’Eglantier, est naturellement charnu, boisé donc, mais avec raison (8,50€). Terre d’Amandier 2015, chardonnay 100%, rond, équilibré, sur la pêche et l’aubépine, l’épicé doux aussi, voire le fruit sec torréfié, est une réussite recommandable (7€ à peine). Grotte Chauvet, une toute nouvelle gamme, existe déjà en rosé 2015, AOP Côtes du Vivarais : c’est friand à souhait, gourmand, et ça appelle les copains et le barbecue (6,30€). En rouge 2014, avec 70% de syrah et un complément de grenache, Grotte Chauvet est marqué, affirmé, c’est cohérent avec le visuel préhistorique : voici un vin offrant une belle matière (6,30€). Enfin, la cave La Cévenole, à Rosières, donne un Chatus Monnaie d’Or 2013 (100% chatus) d’une puissance contenue, avec une bouche généreusement épicée (7,65€).

    Léon Mazzella

    L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

  • Le Blanc de Noirs de Dauby

    Capture d’écran 2016-05-17 à 20.48.54.pngC'est une petite merveille, ce Brut Premier Cru-là...

    Champagne Dauby (« Mère & Fille »), Blanc de noirs (issu des plus beaux pinot noirs du terroir magnifique de Mutigny, classé Premier Cru) :

    Bulle fine, cordon régulier et enjoué, sous une robe jaune, vive, sans reflets clinquants : franche.

    Joli nez d’une grande fraîcheur, et « viennois », de pain brioché, quasi « cremoso », avec une touche de pêche blanche, une pointe de myrtille, et puis de mûre, et enfin un zeste caressant de pomelo rose.

    Bouche ronde et ample, pleine, avec un léger crayeux (le sol parle !), et juste ce qu’il faut d’agrumes mûrs, soit un citronné presque confit. On y retrouve la viennoiserie délicate, et une finale de framboise encore croquante.

    Un champagne gourmand, d’apéritif attentif, et surtout pour accompagner dignement un poisson de rivière en sauce (beurre blanc, crème), ou une volaille justement cuite, encore juteuse.

    La famille Dauby, sise à Aÿ, jouit de terroirs exceptionnels et élabore une gamme de champagnes de respect depuis soixante ans. La marque au coquelicot – emblème qui souligne le respect absolu de la nature et de la biodiversité, possède le sens de la recherche d’une certaine authenticité qui laisse parler la terre. C’est « juste » bien fait... (18€!). L.M.

    Alliances :

    téléchargement.jpegLa table de Montaigne, de Christian Coulon (Arléa), car l'auteur (prof émérite à Sciences-Po Bordeaux - nos universités!), révèle un auteur des Essais qui se fiche de la gastronomie comme d'une guigne ou de sa première culotte pour aller chevaucher bride abattue, et plutôt un philosophe gourmand, voire bafreur. Et ce bouquin passionnant se double d'une vraie histoire des moeurs gastronomiques du Sud-Ouest de l'époque... Un régal, pour qui aime la région, Montaigne, et manger généreusement. 

    Ecouter, avec ce duo :

    Une compil de bons vieux standards des Pink Floyd.

    Comfortably numb

    Et aussi des succès de Peter Gabriel (post Genesis)

    http://bit.ly/1cGBpHz.

    L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

  • Le Moulin de La Roque, à Bandol, et ses 5 terroirs à rouges

    Capture d’écran 2016-05-16 à 18.49.38.pngLe vignoble du Moulin de la Roque, au Castellet (Var), en appellation Bandol, jouit de cinq terroirs distincts qui donnent cinq vins rouges aux propriétés singulières : les Sables Rouges, les Marnes Noires, les Marnes Sableuses, les Calcaires à Rudistes et les Galets du Trias (18,50€ chaque bouteille, ou bien – mieux ! : en coffret de 5 bouteilles de 50 cl : 55€). Nous les avons dégustés pour vous ce 16 mai (un jury de 3 pros), dans le millésime 2011.

    Les Sables Rouges (présence d’oxyde de fer Capture d’écran 2016-05-16 à 18.44.38.pngdans le sol, la mourvèdre adore ça), offrent un vin à la robe si foncée qu’elle paraît noire. Un nez vif de cerise et de fruits noirs mûrs, presque confiturés saute aux narines. La bouche est ample, puissante, et riche, avec une pointe réglissée surfant sur une longueur respectable – on sent le vin sérieux de bonne garde.

    Les Marnes Noires – un terroirCapture d’écran 2016-05-16 à 18.47.07.png magnifique et envié -, présente une robe profonde, grenat dense. Nez épicé, avec des notes affirmées de petits fruits rouges croquants. Bouche très présente, soit structurée, avec de beaux tanins, et une longueur acidulée très fruitée, du meilleur effet.

    Capture d’écran 2016-05-16 à 18.53.51.pngLes Marnes Sableuses, assez empierrées, obligent les racines de mourvèdre à se frayer un chemin tortueux. Œil élégant, grenat à reflets mauves. Un nez de cassis et de mûre, ex-aequo, s’impose. La bouche est souple, riche, comme crémeuse, les tanins, d’une souplesse de gymnaste olympique, marchent sur la pointe des ballerines. Longueur généreusement fruitée.

    Les Calcaires à Rudistes désignent un sol compact qui refuse l’eau à l’entrée comme un videur obtus devant une boîte de nuit refoule le frimeur suffisant. Compliqué, pourCapture d’écran 2016-05-16 à 19.03.18.png abreuver les racines. Braconnières, celles-ci parviennent à s’insinuer, à s’inviter, en bonne Résistantes… Œil foncé, grenat dense. Nez explosif de cerise, de framboise mûre, et de pruneau sec mais charnu, encore chouia juteux. La bouche est d’une grande douceur bordée de puissance. Là aussi, ça sent la garde, la bonne garde !

    Capture d’écran 2016-05-16 à 19.03.45.pngLes Galets du Trias, vieux sol (une poignée de millions d’années et des poussières) très calcaire, qui accueille l’eau comme l’Allemagne le réfugié syrien au début. Au début seulement… Mais qui sait garder la chaleur, avec une minéralité très réceptive. La robe est noire comme la petite robe noire que les filles aiment tant porter. Le nez est résolument braqué sur les petits fruits (noirs) de sous-bois. La bouche est souple, sans agressivité, et franchement longue (il faudrait compter les caudalies, pour s’amuser).

     

    Cerise sur le plateau :


    Capture d’écran 2016-05-16 à 18.48.25.pngLe rosé Tarente, bandol 2015, du même Moulin de La Roque, est quant à lui un rosé sérieux, vineux, riche, corpulent même, qui ne s’en laisse pas compter. La mourvèdre dans toute sa splendeur. Nez volontiers exotique, bouche délicatement persistante. C’est aromatique en diable, structuré et tout en finesse. Tarente peut soutenir un repas entier. Ou bien un apéro de trois rugbymen ayant envie de rigoler, voire de chanter avant de passer à table (14€).

    L.M.

    L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.

  • flacons divers pour temps incertain

    Ma Simonetta me le disait, tôt ce matin, en terrasse, au café voisin : ce temps, c'est vraiment n'importe quoi! Donc, ne voici pas des rosés tranquilles pour les canicules à venir, mais trois flacons inégaux pour des temps incertains, comme nous tous. Qui réclament un feu ardent de cheminée assoupie, et à réveiller, à enflammer -pas d'urgence, surtout-, petaloso, à mesure, en se déshabillant doucement de ses pétales, (comme Peter Pan de son vêtement végétal - d'autres l'ont de lumière). A la manière de l'empereur Auguste, qui se hâtait lentement. Ah, les nuages, les merveilleux nuages, striés de martinets au chant strident qui pince les coeurs en morceaux, tout en zébrant l'indigente portion rectangulaire de ciel qui nous est allouée, ici, soit loin de l'essentiel, à des années lumineuses d'une certaine vérité naturelle (mais forcément apprivoisée par d'autres que nous mêmes), pétrie de silence sauvage, et solidement bâtie, en revanche, sur des regards entendus...

    Capture d’écran 2016-05-15 à 14.38.45.pngLa Tour du Bief, Moulin-à-Vent 2011

    Belle corpulence pour ce domaine sis à Chenas. Un rouge fruité, profond, à la robe grenat soutenu, avec une touche de violette, au nez, ainsi que des fruits rouges (cerise) et noirs (mûre) que l’on retrouve à l’identique en bouche. Un vin gourmand, charnu et velouté, très équilibré et d’une belle fraîcheur, qui convient à un poulet à la broche accompagné de papardelle fraîches avec un pesto rosso légèrement pimenté. Un beaujolais qui n’a rien à envier à certains voisins bourguignons (13,50€).

     

    Montus Pacherenc du Vic Bilh blanc 2011Capture d’écran 2016-05-15 à 14.47.05.png

    L’excellence de la patte Alain Brumont (vigneron – inspiré depuis belle lurette -, à Maumusson, dans le Gers) s’exprime aussi en blanc, avec ce pacherenc sec (petit courbu (80%), petit manseng), élevé en demi-muids (600 litres) sur lies fines, 15 mois durant. La robe est dorée, brillante et dense. Le nez, de fleurs et de pêche blanches, et légèrement truffé, est d’une grande fraîcheur - limite saline - , du meilleur effet. La bouche est soyeuse, chouia grasse comme il faut, ample et longue, très longue. La minéralité, droite, le dispute à une certaine douceur convaincante (et à peine boisée), voire immédiatement séduisante. Un beau flacon pour escorter un bar grillé, des joues de lotte poêlées, et pourquoi pas un foie gras au torchon (30€).

     

    Capture d’écran 2016-05-15 à 15.06.51.pngGrémillet, champagne « rosé vrai »

    Il ne convainc pas, malgré sa robe à la tonalité intense (100% pinot noir), avec sa bulle grossière façon Perrier, ce champagne rosé « vrai » (de saignée, ou de macération : soit pas un rosé d’assemblage) extra-brut (de 0 à 6 g de sucre par litre maximum). C’est le genre de produit qui semble fait pour la Fête des mères, e basta. Or, la vinosité, d’une faiblesse indigente, le nez fuyard, de fraise surtout, puis de groseille, la touche bonbon anglais en bouche, laissent coi. Ou sur notre soif de découverte, et de goût. En montant en température, le vin s’assouplit cependant, et un fruité plus complexe s’affirme à mesure. Attendez-le, donc, et sifflez le à l’apéro, même si votre mère n’est pas encore arrivée. Et puis, bon, faites sauter un autre bouchon pour la fêter… (24€).

     

     

  • Dictionnaire chic du vin, deuxième

    Capture d'écran 2016-04-06 16.25.34.pngLe Dictionnaire chic du vin (éd. Ecriture), paru vers la fin du mois de septembre dernier, est en rupture de stock depuis une belle poignée de semaines (ce qui ne m'a pas empêché de signer un reliquat d'exemplaires glanés ici et là, aux salons du livre de Saumur, du Mans, et de Rue89). Sa réimpression prend du temps, mais elle devient imminente. J'en profite pour remercier ses 3 000 premiers acquéreurs, ainsi que les auteurs des nombreux articles et autres émissions de radio qui en ont fait écho dans leurs colonnes et sur les ondes. Le livre sera donc à nouveau disponible sous peu en librairie, sur simple demande/commande.  

  • Rosés, la suite

    Capture d’écran 2016-05-06 à 14.46.53.pngPrestige du Président est un rosé corse de coopérative (l'Union des vignerons de l’île de Beauté, à Aléria), issu de sciaccarellu et d’un peu de syrah. Sa robe est claire, mais dense et brillante. Son nez exprime les fruits rouges vifs et croquants : framboise, fraise des bois, et un léger citronné dépourvu de cette agressivité qui semble être à la mode (et la mode semble être, tous secteurs confondus, à l'agressivité, à l'arrogance, à l'irrespect de... Je m'égare, là). Jolie bouche ample, pleine, fruitée et tendrement épicée, en finale. Très agréable sur un poulpe a la Gallega, servi tiède, avec du pimenton (ou du paprika), et des légumes verts croquants cuits brièvement à la vapeur (pois gourmands, petits pois, brocolis), finis à froid d’un filet d’huile d’olive vierge généreux. C’est, de surcroît, une bouteille belle, lourde, dont la teinte du verre cache la couleur du vin (7,50€). Très Corse, cette façon de dissimuler, d'ourdir, de comploter jusqu'à la couleur du... contenant. J'aime.

    Lire, avec : Le vin & le sacré, d'Evelyne MalnicCapture d’écran 2016-05-06 à 15.47.41.png (Féret), un superbe album richement illustré, à l'usage des hédonistes, croyants et libres-penseurs : c'est le sous-titre. Une ferveur commune a toujours associé vin et divin, depuis plus de six mille ans. Le vin est en effet au coeur de la civilisation méditerranéenne. Il est dans la Bible, il imprègne, voire imbibe les textes fondateurs en Mésopotamie, en Egypte, en Grèce bien sûr. La Pâque juive, le paradis d'Allah... Nul n'est épargné, du moins du côté des monothéismes. La trop fameuse métaphore du sang versé (le Graal), l'image classique du sang de la vigne du poète persan (païen et jouisseur, pour le coup, donc hors-sujet!) Omar Khayyâm, le vin est aussi et surtout redevable du cep de vigne que Noé garda serré dans sa main, en montant dans l'Arche. C'est là le cep fondateur! Celui dont les Légions romaines ont semé les fils, partout où elles passaient. Mon Dictionnaire chic du vin (éd. Ecriture) évoque abondamment ces sources fondamentales, ainsi que les figures de Dionysos et de Bacchus, ainsi que le passage du divin au païen. Alors, lisez ce très bel album, dans lequel Evelyne Malnic a tout donné, et sur lequel nous reviendrons ici, prochainement. Rappel : religion signifie ce qui relie (les hommes entre eux). Et quoi de plus reliant que le vin?

     

    Capture d’écran 2016-05-06 à 15.25.24.pngEt si Bacchus était une femme. Parenthèse dans ce feuilleton des vins frais de l’été, amorcé ici le 18 avril (lire en faisant défiler les notes), une fois n'est pas coutume, car le vin que j'évoque ci-dessous s'adresse à ceux qui passent à Paris ou bien y vivent, en raison de l'unique adresse où nous pouvons le trouver. Collector, mes amis, collector! Et vintage, tant qu'on y est! Ce vin rare est incontestablement le rosé de l’été parisien. Gourmand, fruité, délicat, ce Provençal étiqueté spécialement par le célèbre domaine Gavoty, dans le Var, pour la cave parisienne « Et si Bacchus était une femme », est un rosé qui ne manque ni de claquant, ni de classe. Issu de cinsault et de grenache, il est idéal pour un déjeuner sur l’herbe dans un jardin parisien, qu’il soit des Plantes, de Vincennes, ou d’Acclimatation, avec des fromages de chèvre, du jambon de Parme, des grissini et une tapenade maison.

    Robe pâle et élégante. Nez fruité deCapture d’écran 2016-05-06 à 16.04.40.png groseille, de fraise mûre et de framboise croquante. Bouche ample, généreuse, avec des hanches, et pourvue d’une jolie longueur, à la fois tendre et fraîche. Le vin idoine pour un apéro sur les bords de Seine ou de Marne, depuis les quais se trouvant à l’aplomb de la Très grande bibliothèque, jusqu’à Joinville-le-Pont et au-delà. Ou bien pour un dîner amoureux sur le petit balcon, collés-serrés par la force des choses foncières... Et encore pour une soirée entre copains et copines, à l’appart’, en écoutant le dernier album collectif Autour de Chet (Baker). Le rosé « Et si Bacchus était une femme », c’est la griffe discrète d’un grand de Provence dans un gant de velours. L’alliance de la fête et de la finesse (10€). Et vendu, donc, uniquement à la boutique (coordonnées ci-dessus). Cette cave cosy est à la gloire du vin de vigneronne, et volontiers bio. A noter que la gamme Et si Bacchus était une femme se décline en blanc, en rouge, ainsi qu'en champagne (de vigneronnes, évidemment). L.M.

    L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. A consommer avec modération.