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Animaux

  • Roselyne Sibille

    J'ignore encore qui est cette voix, mais je m'empresse de partager le peu que je sais d'elle, car je l'ai découverte il y a une vingtaine de minutes. Cela me parle tant. Et à vous? J'apprends néanmoins (merci l'Internet) que cette poéte(sse) publie. Des choses denses. Sauvages. Illustrées d'encres. C'est âpre comme l'aube d'hiver lorsque le froid est merveilleusement coupant et les oiseaux furtifs. Ces textes ont la grâce. En tout cas j'y sens comme une foudroyante commune présence. LM

     

    Je pose ma main sur la lumière de l’aurore
    pour caresser le jour

    Les couleurs sont encore assoupies
    mais les arbres bavardent dans les souffles du vent

    Sur le chemin de terre-ciel
    un enfant danse et rit

     

    Silence entre les appels des oiseaux

    L’air.….….entre les branches.….….est suspendu au bleu

    Au bord du rien
    l’instant écoute

     

    Déplace les brumes

    ouvre le chant de l’eau

    Accepte le non des fleurs
    leur mélancolie de mandoline

    Rien ne demeure

    Et si ta porte tremble
    laisse passer le vent

     

    Je marche au milieu des secrets de novembre

    Il n’y a plus de fruits sauvages
    Les corbeaux croassent dans le ciel vide

    Que devient la lumière quand elle disparaît ?

     

    L’HIVER

    sur la page de l’aube
    les branches
    respectueusement
    délivrent
    les étranges secrets
    que conservait la nuit

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  • La page de Rita

    Capture d’écran 2019-02-15 à 12.42.31.pngJe pensais l'avoir signalé ici, mais non. J'eus la surprise au coeur de l'été dernier de découvrir un papier élogieux et délicieusement tardif sur l'un de mes livres paru fin 2001 et qui, finaliste du Prix Goncourt de la Nouvelle, manqua cette distinction d'un cheveu. Le voici - il est signé Rita, blogueuse littéraire - et si cela vous incite, hâtez-vous, car le bouquin est en voie d'épuisement chez l'éditeur, lequel n'envisage pas de le réimprimer ou de le reprendre en format de poche dans La Petite Vermillon =>  Les Bonheurs de l'aube

     

     

  • La panthère du Jardin des Plantes

    Son regard, à force d’user les barreaux
    s’est tant épuisé qu’il ne retient plus rien.
    Il lui semble que le monde est fait
    de milliers de barreaux et au-delà rien.

    La démarche feutrée aux pas souples et forts,
    elle tourne en rond dans un cercle étroit,
    c’est comme une danse de forces autour d’un centre
    où se tient engourdie une volonté puissante.

    Parfois se lève le rideau des pupilles
    sans bruit. Une image y pénètre,
    parcourt le silence tendu des membres
    et arrivant au coeur, s’évanouit.

    Rainer Maria Rilke, 6 novembre 1902 (traduction de Lorand Gaspar).

    Capture d’écran 2018-11-04 à 02.23.39.pngCapture d’écran 2018-11-04 à 02.19.05.pngTandis que je me promenais comme je le fais parfois dans la Ménagerie du Jardin des Plantes à Paris, histoire de saluer les animaux emprisonnés, de bêtement tenter par le regard de soulager celui de l'Harfang des neiges, de l'oryx d'Arabie, du gaur, de l'orang-outan, ou encore de la panthère des neiges, je repensais à ce poème poignant de Rilke écrit ici même il y a 116 ans. La danse tragique de la panthère n'a pas changé... L.M.