jeudi, 26 juin 2008

Maisons Sud-Ouest

A lire dans le dernier n° de Maisons Sud-Ouest.

Dubern à Pouillon (40)
PAS DE VENT, RESPECT ET LIBERTÉ

Emmanuel Martin, à Gujan-Mestras (33)
DU CHASSE-SPLEEN AU CHASSE-MARÉE

samedi, 14 juin 2008

Villégiature à Saint-Jean-de-Luz

DSCF4082.JPG"Martine a épousé la baie. Catalane de Perpignan, elle a récemment posé son sac au Grand-Hôtel, dont elle supervise le spa, après avoir passé plusieurs années en Sardaigne et n’envisage plus de reprendre la route des spas prestigieux du monde, sauf peut-être pour Bali, « mais dans longtemps », car sa fille y vit. Martine se baigne chaque jour dans cet océan maté par des brise-lames et des seuils de garantie qui en ont fait une maquette de Méditerranée au pays du surf.

Les Luziens d’adoption possèdent la distance nécessaire au regard juste et à l’amour choisi –comme on le dit de l’immigration, qu’aucun natif ni aucun touriste ne porteront jamais. Ils partagent avec les voyageurs, ces passagers clandestins de l’émotion, la faculté d’immersion en délicatesse. Par mimétisme animal, l’étranger aborde la baie de Saint-Jean-de-Luz ou celle d’Along, muni d’un savoir se confondre. Il n’impose ni ne prélève, cueille selon ses besoins. (Ainsi les Blondes d’Aquitaine sont bien gardées). Le nouveau Luzien épouse sans dot. L’air de ne pas y toucher. D’ailleurs s’il touche l’autre, c’est avec le viatique de sa liberté. Sa carte de visite n’est pas un bristol. C’est une poignée de main en arrivant, l’offrande du récit d’un parcours, le brouillon de sa carte du Tendre en partant. 

Martine Briu, donc. Orfèvre en aménagement et gestion d’un spa à partir d’un credo double : le sens du goût et celui du plaisir de l’autre. Cela passe par l’étude personnalisée de chaque client. Elle tutoie déjà Saint-Jean, qui, d’emblée, le lui rend bien.
DSCF4077.JPGMyriam vient de Brest. Encyclopédie gracieuse de l’histoire luzienne, elle raconte mieux qu’un Basque –désolé, l’architecture des maisons d’armateurs, la pêche à la baleine, le mariage de Louis XIV, les Kaskarots, Agotak (cagots), Bohémiens et autres proscrits refoulés dans les faubourgs, à Ciboure, ou la lutte des hommes de Napoléon contre les éléments naturels. Antienne : le Parisien est celui qui connaît le moins bien le Louvre. Il en va des musées comme des baies. Celle de Saint-Jean a l’accent de celle de « San Seba » et de celle de Naples. Rhune, Monte Igueldo, Vésuve ont partie liée. Montagnes douces –volcanique la dernière, elles embrassent concha et baies dans un quotidien sans vagues, d’un mouvement curviligne, que seul le second baiser de Maman Proust réclamé par le petit Marcel peut égaler en soulagement. (...)

DSCF4061.JPGMyriam Touati rappelle que de nombreux pêcheurs Bretons vinrent à Saint-Jean dans les années 1914. Leurs femmes travaillaient aux conserveries (la dernière a fermé en 1996). Ceci justifie d’une certaine manière la présence, jugée insolite par d’aucuns, d’une boutique à l’enseigne de La Belle-Iloise, sardines en boîte de qualité, dans la rue Gambetta, artère truffée de boutiques de produits basques. À Saint-Jean-de-Luz, on est Adam ou Pariès, c’est-à-dire macaron ou mouchou. Bar Le Suisse ou bar de La Baleine. J’ai un faible pour le second, planqué en retrait de la place Louis XIV. La Baleine, à la naissance de la rue éponyme, est ma querencia luzienne. Je m’y sens bécasse retrouvant sa remise de novembre, hirondelle de retour au nid sous cette poutre et aucune autre. J’aime le côté « pité » du bar, à l’affût, derrière les touristes aux terrasses des bars de la Marine et Majestic. J’aime son unique platane béquillé à la façon d’une toile de Dali et dont les racines soulèvent le goudron. J’y vois une expression dérivée de la force basque." ©L.M.

Extraits. La suite, l'ensemble, dans le dernier n° de Pays Basque Magazine, pages 102 à 114. 

lundi, 12 mai 2008

Passage à St-Jean-de-Luz

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Les Luziens d’adoption possèdent la distance nécessaire au regard juste et à l’amour choisi –comme on le dit de l’immigration, qu’aucun natif ni aucun touriste ne porteront jamais. Ils partagent avec les voyageurs, ces passagers clandestins de l’émotion, la faculté d’immersion en délicatesse. Par mimétisme animal, l’étranger aborde la baie de Saint-Jean-de-Luz ou celle d’Along, muni d’un savoir se confondre. Il n’impose ni ne prélève, cueille selon ses besoins. (Ainsi les Blondes d’Aquitaine sont bien gardées). Le nouveau Luzien épouse sans dot. L’air de ne pas y toucher. D’ailleurs s’il touche l’autre, c’est avec le viatique de sa liberté. Sa carte de visite n’est pas un bristol. C’est une poignée de main en arrivant, l’offrande du récit d’un parcours, le brouillon de sa carte du Tendre en partant. LM (extrait d'un papier rédigé au Grand-Hôtel de St-Jean, en avril. Reportage à paraître dans quelques jours dans Pays Basque Magazine / Maisons Océan). Il en va des Luziens comme des Latignaciens, des Nambikwaras ou des Persans.

Photos ©LM : En haut : la baie depuis ma chambre d'hôtel - En bas : tapas et fragments ont partie liée. Brefs, parfois piquants (banderilles, dit-on à San Seba), on les picore, on les note, les oublie...

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vendredi, 21 mars 2008

liens

www.lechoixdeslibraires.com/livre-37349-journal-des-lointains-n-5.htm

www.artetchasse.com/spiaczka/index.html

vendredi, 14 mars 2008

Macha Méril

Papier qui paraît cette semaine dans le magazine "Maisons Sud-Ouest" :


« Ma maison, c’est la Beauté »
Le méridien de Greenwich de Macha Méril, comédienne, écrivain*, n’est ni en Italie, où elle chercha un temps la maison de ses rêves, ni à Paris où elle vit. C’est dans la campagne de Montréal du Gers qu’il fixe. Le hasard l’y a conduit une journée d’août 1999. Macha accompagnait un ami qui cherchait une maison à acheter pour lui. Le coup de foudre la saisit à la vue de cette imposante ferme du XVII ème siècle, modeste, généreuse, en pierre noble. Avec dépendances diverses : chai, bergerie. Arbres centenaires. Voisinage discret. Vue à 360° sur une campagne de douceur. Achat immédiat ! Neuf ans après, la propriété vit et remplit pleinement son office de maison de famille et d’amis. Le chai a été transformé en immense salle de fêtes et de réceptions. Macha adore faire la cuisine et recevoir. Il y a de nombreuses chaises, un piano à queue, une immense table, une baie vitrée qui ouvre sur un vrai pré. Les arbres veillent. Ce sont de vieux chênes noirs bien enracinés, épargnés par la tempête de décembre 1999. Les arbres du bonheur et de la sagesse. Macha les caresse, les embrasse. Une tradition russe. « Ils gardent ainsi leur pouvoir de vous aider à vivre ». Rappellent à Macha Méril les récits ukrainiens de sa mère. Le paysage environnant lui évoque ceux que Vinci, Giotto et Della Francesca ont peints. Rien de moins. Le Gers est sa terre élue. Macha Méril devait trouver sa maison en France, car c’est le pays qui a sauvé sa famille. Le Sud-Ouest la fascine : « c’est la dernière poche du pays qui a gardé son caractère rural et austère. La pauvreté l’a sauvé en lui épargnant les ors dont le Sud-Est a été chargé. Le développement industriel l’ayant effleuré, le Gers est resté modeste. Le boom des années cinquante lui a fait éviter la lèpre du béton. Ses routes sont sinueuses. Un fait exprès pour perdre le visiteur, lui signifier qu’arriver ici se mérite ». La paix, c’est ici qu’elle la trouve lorsque le théâtre lui laisse du répit. Le calme nécessaire à l’inspiration, à l’écriture, c’est ici qu’ils s’épanouissent ; à l’intérieur d’elle. Sa patte marque sobrement chaque pièce, chaque objet. Si elle l’a ouverte davantage à la lumière, elle a su respecter l’esprit d’une maison qui semblait l’attendre. « J’ai senti qu’elle me priait de la prendre en charge. Je l’ai transformée pour moi et pour ceux qui y vivront bien après. J’ai un discours d’immigré : j’éprouve le besoin de filiation générale, pas seulement familiale. Je transmettrai, mais à l’inconnu, au monde, une maison choisie librement, pas subie par un héritage ». Macha n’a pas cherché à tordre la maison vers elle. Elle s’est adaptée à l’esprit du Sud-Ouest qui se dégage de la région de Montréal et de cette propriété. « Ma chance est d’avoir pu rester longtemps pour les travaux de rénovation, avec les artisans du secteur. Il s’est établi un vrai dialogue avec ma maison. J’ai attendu qu’elle me dise ce qu’elle voulait, ne voulait pas . C’est la maison laïque du coin. Je ressens ses ondes positives. Elle a sans doute appartenu à un alchimiste, lorsque les caravanes de religieux italiens comprenaient savants, artistes et un être du Bizarre. Ce lieu a d’ailleurs correspondu avec ma soudaine fécondité littéraire et ma sérénité accrue ». Vous avez dit bizarre…

L.M.
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*Elle triomphe actuellement au Théâtre Antoine, à Paris, dans « L’importance d’être constant », d’après Oscar Wilde. En tournée dans le Sud-Ouest, elle se produira à Toulouse Blagnac (Odyssud) les 3 et 3 avril, à Mont-de-Marsan (salle François Mitterrand) le 7, à Biarritz (Atalaya) le 8 et à Bordeaux Mérignac (au Pin-Galant) les 26 et 27 mai.
Elle vient de publier un récit émouvant et fort, « Un jour, je suis morte » aux éditions Albin Michel, et récemment un album délicat, « Sur les pas de Colette », aux Presses de la Renaissance.


mercredi, 12 mars 2008

Chants russes


Je me trouvais dans la taïga russe pour plusieurs concerts exceptionnels, que devaient donner les coqs de bruyère, dont c’était la saison des amours ; et donc des chants nuptiaux. Ils sont abondants en Russie, aussi bien les grands coqs, ou grands tétras, que les petits, les tétras-lyre.
C’était la fin du mois d’avril. J’occupais une petite cabane en forêt sans eau ni électricité, avec une table pour lit sur laquelle je déroulais un sac de couchage. Un guide venait me chercher à minuit et nous partions pour plus de quatre heures et demie de marche, à la rencontre de la première braise de l’aube. Nous marchions d’abord dans une épaisse forêt de bouleaux, au sol spongieux et même élastique par endroits, comme un matelas ondulant tout autour, une zone tavelée de mares et de trouées en friche. Puis c’était la colline, les bouleaux laissaient place aux sapins et le sol spongieux à un sentier enneigé. La colline devenait montagne. La neige illuminait la nuit noire sous un ciel d’aiguilles au bout des branches. Nous marchions en silence jusqu’à ce que l’on entende, vers quatre heures du matin, le premier grand tétras s’envoler au-dessus de nos têtes. Là nous nous arrêtions instantanément de marcher et presque de respirer. Le faisceau de la lampe de poche dirigé vers ce pas et le suivant était aussitôt éteint. Tout autour, il y a une neige molle, de faibles névés, une terre noire et grasse, une herbe haute que l’on devine jaune, un silence impeccable et un paysage qui évoque l’inconnu majuscule. Un paysage sauvage qui se situe entre les travellings de « La guerre du feu », le film d’Annaud, et ceux des films de Nikita Milkhalkov (« Les yeux noirs », « Soleil trompeur »…)…
Il s’agit alors de suivre le vol du coq qui s’envole et de repérer l’arbre où il se branche à nouveau et d’attendre patiemment qu’il consente à entamer un nouveau chant nuptial. Ou d’en choisir un s’il y en a plusieurs et se diriger vers lui. La danse avec les coqs commence. Une danse dirigée par l’oiseau, qui est à la fois soliste et chef d’orchestre. : le grand coq, lorsqu’il chante amoureusement, entame un couplet : toc-toc-toc, qui ne l’empêche nullement de voir et d’entendre. Le mélomane qui assiste à cet étrange récital doit alors rester parfaitement immobile. Le coq connaît bien son territoire et il est doté d’une vue et d’une ouïe redoutables. Puis, c’est la seconde étape de son chant, qu’il faut guetter : le chant devient un long sifflement précédé d’un ploc qui doit agir comme un signal de départ pour l’homme qui souhaite l’approcher de plus près. (Tout le jeu consiste au fond à approcher l’oiseau le plus près possible et à voir ses yeux à l’œil nu ; sans l’aide de jumelles). C’est à ce moment très précis que le couple guide - photographe (ou simple observateur sans optique) entame sa danse particulière. Ils doivent parfaitement coordonner leurs mouvements et au besoin, se tenir par une manche, afin d’avancer avec une infinie prudence en propageant par la main chaque arrêt et chaque démarrage. Avancer, c’est faire deux pas tout au plus, tandis que le coq exécute cette dernière partie –extrêmement brève- de son chant d’amour, au cours de laquelle  on le dit sourd et aveugle.
Pas de deux !
Aussitôt après la note finale, l’homme doit impérativement s’immobiliser, même s’il a un pied en l’air, une jambe dans l’eau et le chapeau accroché à une branche. Souvent, il prend involontairement la position (plus ou moins) gracieuse d’un danseur étoile des Ballets du Bolchoï, les bras écartés, un pied en arrêt, la tête tendue… D’où la chorégraphie. Puis, le danseur attend que le coq chante à nouveau et le ballet recommence, en trois temps : immobilité, un pas de deux. Immobilité. Et ainsi de suite…
Cette danse avec le coq que l’on a choisi d’approcher jusqu’à lui voir le blanc de l’œil en même temps que la tâche blanche du défaut de son aile ou épaule (ça, c’est le but suprême) est excitante,  car la moindre faute de synchronisation avec le chant et c’est la catastrophe. Rideau ! Le maître s’envole, le spectacle est interrompu. L’approche devra continuer plus loin, plus tard, avec un autre coq…
 
Une nuit sur deux, nous contournions la place de chant des grands tétras parmi les sapins et nous partions à la rencontre des tétras-lyre. Pour cela, il faut marcher moins longtemps en forêt –environ deux heures -, et sortir en plaine jusqu’à un abri sommaire fait de branchages bas ; installé en plein milieu d’un champ. Arrivés là (il n’était pas trois heures du matin) nous nous installions pour dormir un peu,  recroquevillés dans ce mètre carré pourvu de suffisamment de paille pour nous chauffer ; en attendant la première pointe d’avant - aube. Il s’agit –pour les grands comme pour les petits tétras, d’arriver sur les places de chant longtemps à l’avance et le plus discrètement possible. Afin de se fondre dans le paysage, dans le premier cas, et pour faire corps avec la nature dans le second. Ceci afin de ne pas effrayer ni perturber les oiseaux à une période sensible  et sublimée de leur vie.
Tout bruit, toute apparence qui trahit notre présence, compromet d’un seul coup la chance d’entendre les oiseaux parader : ils s’enfuient, dérangés et plus furieux que morts de trouille. Dans le meilleur des cas, ils se taisent, restent cachés, attendent ; s’abstiennent…
Le signal de l’aube était donné par le premier chant du premier tétras - lyre. Les coqs de bouleau (une autre façon de les désigner) sortent des bois en quelques coups d’ailes, rasent la plaine en planant, puis se posent sur leur place de chant, et chantent pour défier les mâles et séduire une poule qui fait toujours celle qui n’entend jamais rien, mais qui voit tout et qui fait tranquillement son choix tout en picorant quelques larves dans les chaumes…
Le premier coq chante bien avant l’aube, en pleine nuit, puis un autre renchérit, d’autres surenchérissent et tout à coup nous nous trouvons au cœur d’un salon de musique  en plein air, dissimulés au centre d’un chœur de solistes qui se toisent et se répondent, se défient et se menacent tout en tentant de charmer les femelles. Nous sommes à l’écoute d’un concert amoureux, nous ne voyons que rarement, à travers les branchages et à la jumelle, la tête noire avec la caroncule rouge vif du coq, dépasser d’un long peigne de tiges de céréales. Nous entendons surtout. Nous écoutons car ce qui compte, ici, c’est le son, c’est la stéréophonie entêtante des coqs qui se répondent et qui insistent à mesure que l’aube approche. Il s’agit d’un roulement davantage que d’un roucoulement. Un chant qui devient perpétuel, intense juste avant l’aube, et qui cessera d’un coup lorsque le jour sera complètement levé, étalé ; blanc. Les coqs chantent à tue-tête et l’acoustique –il n’y a pas d’autre mot possible- est parfaite. Jamais je n’ai autant joui de la stéréophonie. Jamais aucun son, aucune musique –sauf le brame d’un certain cerf bulgare et la Callas sur certains passages précis de Verdi -, n’ont autant réjoui mes oreilles, que les chants de ces tétras – lyre au cours de ces trois aubes russes.
A la fin de l’aube, lorsque le jour s’est imposé, que le soleil commence à monter, jaune orangé, dans le ciel et que d’autres sons, des bruits quotidiens apparaissent, les coqs se taisent donc. Certains parviennent à s’accoupler, vite, avec les plus consentantes des poules. Les autres regagnent la forêt avant eux en quelques coups d’aile et en vol plané et rasant. Comme à l’aller. C’est la fin du concert. Nous sortons de notre cabane, hérissés de paille, avec nos courbatures et l’enregistrement parfait dans nos mémoires, de cette singulière musique amoureuse. L.M.


vendredi, 22 février 2008

lien reçu par @

Ca date, mais je maintiens le propos.

http://www.balades-pyrenees.com/edito.htm 

Il en va de la marche comme de la pensée.
"Je pense avec les pieds", nous chucote Montaigne.

samedi, 22 septembre 2007

Grèce de canard

A LIRE DANS "MAISONS SUD-OUEST" QUI PARAÎT JUSTE, LÀ, ce reportage que j'ai réalisé sur "Le Bordeaux de Xira". En voici les premières et les dernières lignes. Le reste? -en kiosque, té!..
 
 
D’aucuns ignorent qu’il y a dakis derrière et Jean-Pierre devant, tant Xira est connu par son diminutif. Jean-Pierre Xiradakis, le moins Grec des Bordelais, le plus Bordelais des Grecs, le plus Gascon des hommes de goût (avec une poignée d’autres, de la trempe d’un Jean-Jacques Lesgourgues ou de celle d’un Jean Lafforgue), que la Gascogne ait engendrés depuis un bail, Jean-Pierre Xiradakis fait partie des meubles de sa ville, entrée au Patrimoine de l’humanité le jour où nous réalisions cette interview. L’Unesco, ça va donner 30% de tourisme en plus. La belle cité des 3M (Montaigne, Montesquieu, Mauriac) feint de n’en avoir pas besoin. Demeure British jusque dans ses moindres, ou planétaires, affectations. Avec son miroir d’eau, devant la Garonne et face à la somptueuse Place de la Bourse, que les pieds nus des Bordelais se sont immédiatement approprié et quantité de rafraîchissements et autres ravalements de façades, la ville a été refaite à neuf, briquée comme une pièce de cent sous, y compris sa rive droite, qui revit depuis quelques années. Le long des quais, à deux arrêts de tramway de la Gare St-Jean, se trouve une porte, moins impressionnante que l’une de ses voisines, la Porte-Cailhau, sous laquelle ont longtemps siégé les précieuses éditions de l’Orée, de Martial Trolliet (en voilà un autre, authentique Gascon !) : la Porte-de-la-Monnaie. À l’instar de la rue Vital-Carles que l’on pourrait rebaptiser rue Mollat en ajoutant librairies Vital-Carles, la rue Porte de la Monnaie pourrait être rebaptisée un jour rue Xira ; restaurants de-la-Monnaie. Une institution y trône au premier angle, c’est la Tupiña. Avec un tilde (prononcez « énié ») sur le « n ». Même s’il ne figure pas sur tous les documents et même si Xira lui-même s’en fiche un peu, que cette moustache capricieuse repose ou non sur le « n » du nom de ce restaurant, qu’il acheta pour une poignée de lentilles, comme le père Tari acheta château Giscours une poignée de pois chiches et comme Curzio Malaparte acheta sa fameuse maison à Capri une poignée de figues...
 
...Alors c’est vrai qu’une rando à pied en sa compagnie dans les rues méconnues du « Bordeaux de Xira », du côté des « Capu », de la rue Elie-Gentrac, de Saint-Michel dans les coins, peut ressembler à une présentation en règle de ses copains fournisseurs ou pas, d’ailleurs. Du genre : je vous amène des journalistes. C’est précisément là que réside la générosité du bonhomme, que d’aucuns (encore eux !) confondraient avec de l’opportunisme déguisé. Sous-genre : j’avance toujours, pedibus cum jambis, dans les rues de ma ville, chaque matin dès 8 heures, précédé de mon ventre (fais un peu gaffe, Jean-Pierre) et suivi d’une Cour « Pressée ». Après tout, l’Ambassadeur number one des produits authentiquement sud-ouest fait son boulot. Et bénévolement en plus. Sa ville le lui rend bien. Comme le Candide de Voltaire cultivait son jardin, le faux Candide Xira, en vrai bretteur gascon, sait cultiver ses connexions.  On le dit large avec « qui il faut ». Paroles de mauvaises langues, donc de mauvais palais. De buveurs d’eau. Xira a toujours su de quel côté la tartine était beurrée. C’est tout. Sinon, il n’aurait pas fait cuisinier. Mais taupinier.