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dimanche, 08 janvier 2012

100 Paysages

images.jpegIl s'agit d'un album dont l'originalité est d'être parvenu à rassembler soixante spécialistes de la lecture du paysage dans la peinture occidentale. 100 Paysages, Exposition d'un genre (éditions infolio) nous donne à voir cent oeuvres éclairées par cent textes (sur cent doubles pages), signés de noms prestigieux comme ceux de Serge Briffaud, Michel Butor, Yves Hersant, Jean-Pierre Le Dantec ou encore Jean-Robert Pitte. Chacun nous apprend à lire le paysage et son évolution à travers l'art pictural, en s'appuyant sur une peinture. Et c'est lumineux, car les commentaires ne sont ni didactiques ni abscons, mais humblement éclairants, et les oeuvres choisies, la plupart connues, sont emblématiques.

Il s'agit d'une sorte de musée portatif, d'un recueil de la mémoire de l'architecture du paysage et de sa représentation dans la peinture occidentale, et aussi d'un mini-traité de l'histoire de l'art, vu par la lorgnette du cadre paysager de chaque peinture présentée. Cette manière inédite de raconter l'art du paysage est enrichissante, car elle s'éloigne d'emblée du piège d'une lecture bucolique, décorative -tour à tour pittoresque ou sublime-, de la représentation du vivant, tel que représenté par la peinture. Ce livre d'art puise, entre autres, chez Giotto, Van Eyck, Uccello, Mantegna, Bosch, Dürer, Da Vinci, Titien, Bruegel, El Greco, Rubens, Rembrandt, Poussin, Vermeer, Watteau, Gainsborough, Boucher, Fragonard, Turner et Friedrich.

Le paysage par la fenêtre

A l'origine, le paysage désigne une peinture qui n'est qu'une représentation de la nature. Il montre parfois un espace hostile, sauvage,  un paysage à apprivoiser. Puis l'humain et la construction humaine s'y inscrivent, plus ou moins discrètement. Le principe de l'autoportrait au premier plan et d'un morceau de paysage en fond, par une fenêtre souvent, occupent une place importante dans l'art, jusqu'à l'envahir parfois. Le portrait est lui aussi touché par cette composition de la peinture : songeons à La Joconde et souvenons-nous du paysage, tourmenté d'ailleurs, placé derrière la célébrissime peinture... 

Figurent également dans cet ouvrage, à l'opposé, des oeuvres montrant un personnage qui contemple un paysage en tant que sujet principal du tableau (chez Friedrich, notamment). Le paysage, suis-je tenté d'ajouter, augmente aussi la dimension imaginaire de celui qui l'observe sur une peinture : j'ai personnellement rêvé des heures durant, pendant des années, enfant puis jeune homme, en présence (dans ma chambre) de la reproduction (à l'échelle Un) des Chasseurs dans la neige, de Bruegel, plongé que j'étais presque continuellement dans ce paysage médiéval hivernal, avec un ciel strié d'oiseaux migrateurs, des personnages mystérieux et une forêt attirante comme de grandes vacances... 

Le paysage en tant que genre pictural, inclut progressivement la perspective, la mise en scène paysagère, tantôt méticuleuse, précise, tantôt panoramique, et non plus la nature prise seulement comme simple decorum, "toile de fond" -comme on parle de musique d'ascenseur. Cette distinction circonscrit précisément le genre. Lequel englobe le pittoresque (surtout au XVIIIème siècle) avec ses fausses ruines à foison, par exemple.  Bien que solidement ancré dans la pratique picturale, le paysage a toujours débordé le cadre de l'histoire de l'art au sens restreint du terme; autrement dit, le paysage n'est pas un phénomène isolé, mais une réalité liée directement à l'évolution du regard et à la perception, aux modes de représentation et à l'histoire de la technique, à la cartographie et à l'arpentage, souligne Michael Jakob (co-réalisateur de l'ouvrage, avec Claire-Lise Schwok).

Ce livre précieux nous rappelle que le paysage en tant que genre a été une école du regard (d'abord pour les voyageurs soucieux de peindre la nature afin de "reporter" au mieux ce qu'ils avaient vu -dès avant l'invention de la photo). Cela dura jusqu'à ce que la peinture (avec Monet, Cézanne et quelques autres) ferme la fenêtre et mette le genre à genoux, puis à mort. La seconde moitié du XIXème siècle sonne ce glas et annonce une peinture post-paysagère. Subsistent le regard paysager et le territoire paysagé, précise M. Jakob. C'est ainsi qu'apparaît le pictural paysager, avec l'art des jardins et l'architecture du paysage. Un autre regard naissait, en peinture (et dans la littérature). Et une autre histoire... 


19:48 Publié dans Livre, peinture | Lien permanent | Commentaires (0)

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