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peinture

  • Kiefer / Rodin

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    Evidemment, des photos prises avec un téléphone ne rendent rien. C'est l'une des toiles, avec un peu du plomb du toit de la cathédrale de Cologne que l'artiste a racheté, et l'une des sculptures sous vitrine de l'immense Kiefer, exposées au musée Rodin *. Il s'agit d'une interprétation par Kiefer des Cathédrales de France, de Rodin (le livre que le sculpteur fit paraître en 1914). De la matière épaisse, goudronnée, chargée de pigments, sur ses grands formats, et puis ces vitrines, toutes inédites, avec fleurs de lotus carbonisées, et toujours, le Livre... Transpercé par le végétal, ici. Ailleurs dans cette expo, des dessins érotiques et des moulages de Rodin, et puis des fragments, des lambeaux de tissus, des inscriptions, des empreintes, des traces, des esquisses, des accidents, des repentirs. Une émotion. L'alliance formidable de deux monstres. L.M.
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    * Rue de Varenne, à Paris. L'exposition s'inscrit dans le cadre du centenaire de la mort du grand sculpteur.
    Capture d’écran 2017-03-14 à 10.14.11.png 

  • Le gisant mis en lumière

    René Char enluminé par Alexandre Galpérine (Gallimard) :

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  • Europe1 Social Club

    Si vous n'avez rien de mieux à écouter tout à l'heure (de 20h à 21h), allumez la radio : l'émission de Frédéric Taddei, "Europe1 Social Club", accueille Denis Tillinac, Serge Bramly, Christian Berst et votre serviteur.

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  • Choses vues à Amsterdam

     

    J'ai vu des trucs rigolos à Amsterdam le week-end dernier : une guimbarde havanaise. U

    n frère de nuit. Un héron climatisé devant une poissonnerie au marché Pijp (ah, les harengs frais aux oignons!..). Des tulipes bien sûr (pas rigolo, ok). Une Cinquecento en vitrine (ça change des péripatéticiennes du quartier rouge). Une occasion de ne pas boire de la bière mais un très bon vin blanc hollandais, si si! Un air de Naples dans le Waterland peuplé de beau linge : oies, canards de diverses sortes - et de limicoles aussi. Ces colverts, c'est depuis un bar que je les chope en vol, oui un bar, situé à un jet de galet du petit ferry qui nous envoie de l'autre côté du centre, depuis la gare ou par là. Un musée d'art contemporain baignoire. Un IMG_0237.JPGIMG_0241.JPGIMG_0261.JPGIMG_0274.JPGIMG_0278.JPGIMG_0332_2.JPGIMG_0448.JPGIMG_0429.JPGIMG_0337.JPGIMG_0359.JPGIMG_0379.JPGIMG_0389.JPGValloton franc de la fesse molle (oui, je sais, je fais mon snob : ayant raté l'expo à Paris, je suis allé la voir à Amsterdam. Carrément - au musée Van Gogh, et ouais : prononcez van-kkhhheeuuhh comme si vous crachiez un vieux glaviot n°3 dans les tournesols arlésiens). Des sucettes à l'amende (même pas!). Des lieux d'aisance aériens. Des vélos partout, même là. Un commerce de bouche qui ne vexera personne.

    Une injonction paradoxale dans la ville de la fumette. Un canard vénitien sans lecteurs. Un bar à tapin (ça change des tapas). Un disquaire qui aime beaucoup King Crimson! Une banque avec des racines (sans doute un Crédit agricole local. Non?.. - Ah bon). Mon IMG_0393.JPGIMG_0413.JPGIMG_0421.JPGIMG_0517.JPGIMG_0527.JPGIMG_0532.jpgIMG_0533.JPGIMG_0544.jpgIMG_0559.JPGIMG_0560.JPGpote Spinoza! Un magasin avec que des capotes à vendre.
    Et enfin Le vieil homme (et la mer) de retour au port avec son marlin même pas bouffé par les requins! Happy Gregorio...

  • Pleine lune à Cogolin, hier

    Photo prise avec mon smartphone devant le château Saint-Maur, qui produit de très bons vins rosés à Cogolin (près de Saint-Tropez), et dont le domaine flambant neuf était inauguré hier soir, au cours d'une jolie fiesta.

     

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  • Les plus belles fesses du Louvre...

    images.jpeg...Se retrouvent commentées dans un délicieux petit livre (que j'ai rewrité comme on dit, pour les éditions Séguier, et qui paraît le 3 octobre. 96 p. 16€). Il est co-signé Bruno de Baecque (texte) et Joëlle Jolivet (dessins), sur une idée de Jean Le Gall, qui préside aux destinées (je n'aime pas cette expression pontifiante et pourtant elle vient de me venir), de Séguier et Atlantica.

    Il s'agit d'un parcours artistique, de fesses peintes en fesses sculptées, sises ou assises au Louvre, de Delacroix à Ingres, de Bartolini à Prestinari et d'Odalisque à Vénus et d'hermaphrodite en Marie-Madeleine...

    Le livre épaule une proposition de visite thématique et commentée.

    En voici un feuilletage 

    http://www.dailymotion.com/video/x14vuc8_plus-belles-fesses-du-louvre_creation

  • EkAT à la Bastille

    Six larmes 146 x 97.jpg

    Du premier mai (demain) et jusqu'au 5, de 11 h à 20 h (sauf le 2 : vernissage/nocturne jusqu'à 22 h), EkAT expose ses nouvelles toiles sur le stand n° 580 du Grand Marché d'Art Contemporain, place de la Bastille à Paris.

    Invitations à télécharger sur : joel-garcia-organisation

    Photo ©EkAT : Six larmes, 146 x 197, technique mixte sur toile. ekat.fr

  • EkAT, nouvelles toiles

    EkAT http://www.ekat.fr/ expose de nouvelles peintures, place de la Bastille à Paris depuis hier et jusqu'au 5 novembre, sur le stand 587 du Grand Marché d'Art Contemporain. 

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  • Crucifiction

    IMG_0633.jpgC'est un lumineux jeu de mots. Nous devons cette touchante faute d'orthographe (l'auteur en commet plusieurs sur ses toiles, en écrivant par exemple détrese pour détresse), à Louis Soutter (1871-1942), peintre autodidacte étonnant dont j'ai vu l'oeuvre (ses peintures "aux doigts" de personnages en mouvement perpétuel sont particulièrement frappantes) à la Maison Rouge (Boulevard de la Bastille à Paris). Crucifiction... Cela fait réfléchir, non?

    (photos volées avec mon téléphone : la toile et le détail).IMG_0632.jpg




  • Expositions phares

    01071466564.gif01071555564.gif01017267333.gif01070610333.gifBeautés animales (Grand-Palais, à Paris, jusqu’au 16 juillet), donne A la gloire des bêtes un petit hors-série  plein de dépliants dont Gallimard/Découvertes a le secret. Signé Emmanuelle Héran, il montre des tableaux de Jeff Koons comme de Rembrandt, Dürer et Giacometti. De même, sur Degas et le nu (Musée d’Orsay, Paris, jusqu’au 1er juillet), un livre semblable, Les nus de Degas permet de voir de splendides reproductions du maître en les dépliant soigneusement. En parallèle, la collection Découvertes publie une très intéressante petite biographie illustrée : Degas, "Je voudrais être illustre et inconnu", signé Henri Loyrette (président-directeur du Louvre), à la plume alerte et vive. Un régal. Une autre exposition

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    d’importance sur le chamanisme, le Vaudou…  se tient au Quai Branly, toujours à Paris et jusqu’au 29 juillet, Les maîtres du désordre, sous la direction de l'anthropologue Bertrand Hell, dont il faut lire aussi l'ouvrage quasiment éponyme : Possession et chamanisme. Les maîtres du désordre (Champs/Flammarion), et donne l’occasion à la précieuse collection Découvertes encore, de publier un ouvrage richement illustré sur Le chamanisme de Sibérie et d’Asie centrale, de Charles Stépanoff et Thierry Zarcone. Pour mieux comprendre la vie, l’amour des femmes et donc la peinture de Degas, la fascination de l’homme pour l’animal –à distinguer de l’anthropocentrisme et de la zoolâtrie ; et pour enfin mieux appréhender le monde invisible avec lequel les chamanes -ces étranges bardes thérapeuthes mystiques et démiurges- dialoguent de manière pour le moins ésotérique en faveur des hommes ordinaires.

  • EkAT expose

    C'est au Grand Marché d'Art Contemporain,

    Place de la Bastille à Paris,

    du 26 avril au WP_000944.jpg

    Graziella.jpgpremier mai, de 11h à 20h.

    Nocturne le jour du vernissage, jeudi 26 : 17h-22h.

    EkAT : stand 556. www.ekat.fr









    De haut en bas :

    Misty, 195x130

    Graziella, 146x89

    Léa, 120x100

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  • L’année Klimt à Vienne

    Papier paru cette semaine dans Le Nouvel Obs CinéTéléObs/Oxygène.

    Cela ne se rate pas, si l'on aime ce peintre génial mort en 1918 à l’âge de 56 ans. Vienne fête tout au long de l’année le 150ème anniversaire de sa naissance avec de nombreuses expositions. L’occasion de découvrir une ville-musée riche de cafés littéraires et de bars à vins.

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    C’est d’abord l'occasion de voir plus de toiles du maître Gustav Klimt qu'il n'y en a jamais eu dans sa ville. Et celle de contempler l'oeuvre de son disciple Egon Schiele. Les principales expositions se tiennent aux grands musées Leopold, et Belvedere, mais aussi au Kunsthistorisches Museum (l’équivalent de notre Louvre), à l’Albertina où l’on peut admirer les très nombreux dessins de Klimt jusqu’au 10 juin. Et encore au Musée Autrichien du Théâtre, où se trouve « La vérité nue ». Sans oublier les œuvres singulières comme « La frise Beethoven », à la Sécession, centre d’art  du nom du mouvement artistique dont Klimt fut l’un des fondateurs. Mention spéciale au musée Leopold, qui propose jusqu’au 27 août une exposition rare, Klimt Persönlich (intime), avec plus de 400 documents écrits, en particulier de nombreuses cartes postales adressées par Klimt à Emilie Flöge, l’égérie de sa vie. Le Klimt peintre de paysages y est également très présent, ainsi que des documents photographiques, une reconstitution du bureau de son atelier et d’immenses toiles inachevées. A noter que le Musée Leopold publie à cette occasion un catalogue absolument splendide (version anglaise disponible). Le Belvedere donne à voir les œuvres les plus considérables de Klimt, notamment le fameux « Baiser », décliné jusqu’à l’écoeurement dans d’innombrables produits dérivés. Le Leopold possède la plus grande collection au monde de peintures du génie expressionniste Egon Schiele. Contre le Leopold, se tient le Mumok, musée d’art contemporain de belle facture, prolongé de la Kunsthalle, elle aussi dédiée à l’art contemporain. Tous ces trésors se trouvent dans le bien nommé Quartier des Musées, et le Kunsthistoriches n’est pas très loin de là. Vienne, c'est aussi se faire plaisir –entre deux expos Klimt, en (re)voyant des toiles fétiches au « Louvre autrichien » : un Bruegel emblématique, « Les chasseurs dans la neige », un petit Friedrich, un Velasquez, quelques Kokoschka… N’oublions pas un autre grand artiste viennois, plus contemporain, disparu en 2000 : Hundertwasser, dont on visite la maison et le musée. Par ses réalisations, ce peintre et architecte extravagant donne à Vienne une touche à la Gaudi dans Barcelone. Les autres architectes et décorateurs emblématiques de la Vienne de Klimt se nomment Joseph Hoffmann et Adolf Loos, lequel aménagea par exemple le café Museum, qui est l’un des cafés littéraires les plus célèbres de Vienne. Car cette « ville-musée » est aussi celle du bon café (certains bars en proposent plusieurs dizaines, tous différents, à part le fameux café viennois, mais le simple moka est aussi bon qu’un ristretto napolitain). C’est la ville du bon chocolat (impossible de ne pas goûter à la Sacher Torte, chez Demel ou au Café Sacher –deux institutions). Et des bars à vins. Les Heuriger (tavernes à vins) sont nombreux : goûtez surtout les vins blancs, légers et fruités des collines voisines au-delà de Grinzing, tout en dégustant une bonne charcuterie, chez Gigerl, à l’Artner ou au Zwolf Apostelkeller. Vienne, qui n’est pas la ville des buveurs de bière, est également le repaire d'une certaine mémoire littéraire que l'on s'efforce de chercher en flânant dans les rues, en traînant dans les cafés, dont certains ont conservé dans leur patine un charme qui semble intact. L‘ombre de Stefan Zweig semble planer au superbe café Sperl, et c’est là que les peintres du mouvement Sécession : Klimt, Kokoschka, Schiele, imaginaient leur œuvre (et nous ne parlerons pas des musiciens). Certes, il n'y a pas de passages de l'œuvre de Schnitzler, ou des aphorismes caustiques de Kraus dans l'atmosphère, comme ça, uniquement parce qu'on souhaiterait qu'il y en eût parmi les voitures et les immeubles, et ce malgré un vieux tramway et une architecture imposante; voire lourde. Pourtant, les écrivains célèbres furent ici légion : outre les plus fameux, il y a le vivier des Hofmannsthal, Musil, Canetti, Broch, Musil et autres auteurs « périphériques » comme Rilke, Celan, Stifter. Mais fouiner, renifler les façades, les intérieurs, les visages, pour qui cherche l’esprit d’un Zweig ou celui d’un Klimt, dans les rues de la ville de Freud également, est à la fin fructueuse. Pugnace, la quête aboutit toujours à des lieux de réminiscences, à quelque détail évocateur. Le hasard accroît le plaisir : mieux vaut ne pas se préparer à tout, et laisser au génie des lieux le soin de nous réserver quelque surprise. N'est-ce pas d'ailleurs une définition possible du voyage? Car si le musée Sigmund Freud (le cabinet de consultation, au 19, Berggasse) peut décevoir les aficionados, certains cafés littéraires comme le Central, ou Landtmann, sentent les mots et les pinceaux. Quant à la scénographie exemplaire des expositions consacrées à Klimt, elle augmente notre fringale d’art. Alors pour apaiser une fringale plus terrestre, à proximité de la Sécession d’un côté, et de splendides façades Art Nouveau de l’autre, se trouve Naschmarkt, long marché de plusieurs centaines de mètres, agrémenté d’épiceries fines multicolores et d’une enfilade de bistrots et restaurants en tout genre, comme le délicieux Neni et ses spécialités israéliennes. L.M.

    Lire aussi, ici même, à la date du 27 février, Vienne en passant : http://leonmazzella.hautetfort.com/archive/2012/02/27/vienne-en-passant.html

  • Vienne en passant

    IMG_6748.JPGC'est l'année Klimt : ça ne se rate pas, si l'on aime ce peintre génial. Et l'occasion d'aller voir plus de toiles du maître Gustav Klimt qu'il n'y en a jamais eu à Vienne, est aussi celle de contempler l'oeuvre de son disciple Egon Schiele (sans Klimt, pas de Schiele). Pour cela seulement, et à condition d'admirer l'un et l'autre peintres, le voyage est indispensable en 2012 (rendez vous aux musées Leopold et Belvedere, principalement). Vienne, c'est aussi se faire plaisir en revoyant des toiles fétiches, un petit Friedrich ici, un Velasquez là. Cette ville musée, qui est aussi celle du bon café, IMG_6807.jpgdu bon chocolat et des bars à vins, est également le repaire d'une certaine mémoire littéraire que l'on s'efforce de chercher en flânant dans les rues, en traînant dans les cafés (certains ont conservé dans leur patine un charme qui semble intact), mais que l'on échoue à trouver bien sûr. Il n'y a pas de passages de l'oeuvre de Zweig ni de celle de Schnitzler, ou bien quelques aphorismes caustiques de Kraus dans l'atmosphère, comme ça, uniquement parce qu'on souhaiterait qu'il y en eut parmi les voitures et les immeubles, et malgré un vieux tramway et une architecture imposante; voire lourde. Nous finissons certes par relever des traces éparses, mais cette recherche est souvent vaine. C'est pourtant ainsi : nous ne pouvons pas nous empêcher de nous transformer en épagneul breton lorsque nous débarquons quelque part, là où un écrivain a vécu, écrit, aimé (et à Vienne ils sont légion). Mais fouiner, renifler les façades et les intérieurs, les perspectives ou les visages ne produit qu'une construction mentale aux contours arrangés par notre désir seulement. Alliée de la pugnacité, la bredouille n'existe cependant

    IMG_6725.JPGpas, et notre quête aboutit toujours à des lieux de réminiscences, à quelque détail évocateur qui nous ravit autant que le sentiment d'une bécasse blottie dans un inextricable roncier enivre l'épagneul précité. Le hasard accroît le plaisir : mieux vaut ne pas se préparer à tout, et laisser au génie des lieux le soin de nous réserver quelque surprise. N'est-ce pas d'ailleurs une définition possible du voyage? Sans nous laisser porter ni nous laisser guider, nous pouvons, à la façon de Montaigne, nous répéter : "je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, et non pas ce que je cherche". A Vienne en 1982, visitant le Kunsthistorishes Museum, jeIMG_6751.jpg tombai en arrêt, littéralement, devant ma peinture préférée à cette époque et dont j'avais une copie à l'échelle 1 dans ma chambre d'adolescent -nous vivions ensemble, en quelque sorte (il s'agit des "Chasseurs dans la neige", de Bruegel) et comme j'ignorais que l'original se trouvait là, ce me fut un choc pictural énorme. Revoir ce tableau la semaine dernière fut forcément moins terrible. De même, tandis qu'on cherche dans la nuit viennoise et dans un dédale de ruelles un bon Heurige (taverne à vins), tomber sur une plaque évoquant Adalbert Stifter, lors que l'on admire l'auteur de "L'homme sans postérité" et que l'on ignorait qu'il faisait lui aussi partie du vivier, est un bonheur de voyageur. (Stifter, homme des grands bois et des montagnes, vécut surtout à Linz, ce n'est pas bien loin, mais Vienne l'aura "récupéré" comme elle tente de s'approprier des morceaux de Celan et de Rilke. Renseignements pris, il existe même un musée Stifter à Vienne). Mais bon, Klimt... Klimt! Et Schiele! Oui-oui, les deux. -Allez!

    Photos : © L.M.

  • Le Yémen croqué

    pres_carnet_yemen_05.jpgPhilippe Bichon est un globe-croqueur. Il parcourt le monde en le capturant avec ses pinceaux (il peint à l'aquarelle) et ses crayons. Il a déjà publié plusieurs livres, écrits et illustrés par lui, sur l'Egypte, la Jordanie (Petra), l'Inde (Rajasthan, Benares...), l'Iran, le Tibet. Il publiera ses carnets de voyage au Mali, en Birmanie, en Ethiopie. Celui que nous tenons entre les mains nous tient particulièrement à coeur car il est consacré au Yémen, un des plus beaux pays du monde, où la nature, l'architecture, les gens, sont uniques. Feuilletez ceci et vous comprendrez : http://www.globecroqueur.com/carnet_yemen.htm#

    Couv_Yemen2.jpgIl s'agit d'un énorme travail, d'une somme, d'une sensibilité avant tout, d'une poésie
    et d'une démarche de respect, d'immersion, d'observation pudique de l'autre, mon semblable à la culture différente. J'y ai retrouvé des paysages que j'ai aimés avec une émotion intense, dans cette "Arabie heureuse" où j'ai eu la chance de séjourner deux fois, en voyage, en reportage (et publiés la première fois avec un carnet de dessins de Catherine Delavallade dans "Voyageur", puis avec des photos, mais sur Sana'a seulement, dans "VSD"). 
    Philippe Bichon possède un énorme talent. Il peint et décrit ces paysages, ces villages d'une splendeur confondante, et les visages de ces hommes et femmes avec un tact inouï, une douceur, une délicatesse qui expriment totalement ce que le voyageur éprouve en marchant dans les rues d'une ville, d'un village perché dans la montagne, sur les marchés, chez l'habitant. C'est magnifique. Mention spéciale à Bleuéditions, installées à Pau, qui publient tous ces carnets : http://www.bleueditions.net/

    Le livre vaut 28€, et c'est vraiment cadeau

    (Il ne s'agit pas dans cette note d'évoquer les problèmes politiques que le Yémen rencontre, car le propos de Philippe Bichon est autre, soit au-delà de tout clivage, en empathie avec un peuple, une nature, une architecture surtout, et une humanité fondamentale -toutes choses qui frappent lorsqu'on visite ce merveilleux pays).

  • Un site d'une beauté troublante

    C'est ma fille Marine qui l'a porté à ma connaissance et je souhaite aussitôt le partager avec vous : 

    http://lapetitemelancoly.tumblr.com/

    Les extraits, les auteurs choisis sont remarquables (ils figurent de surcroît dans le petit panthéon personnel de la partie peut-être la plus précieuse de ma bibliothèque). Quant aux illustrations, elles sont simplement splendides, et toutes, sans exception je crois, pourvues d'une beauté rare. La mélancolie -en tant que phéomène artistique, que concept philosophique, littéraire, pictural, est ici portée à son plus haut point de pureté troublante. C'est une rencontre. Un voyage. (Merci ma puce).

  • 100 Paysages

    images.jpegIl s'agit d'un album dont l'originalité est d'être parvenu à rassembler soixante spécialistes de la lecture du paysage dans la peinture occidentale. 100 Paysages, Exposition d'un genre (éditions infolio) nous donne à voir cent oeuvres éclairées par cent textes (sur cent doubles pages), signés de noms prestigieux comme ceux de Serge Briffaud, Michel Butor, Yves Hersant, Jean-Pierre Le Dantec ou encore Jean-Robert Pitte. Chacun nous apprend à lire le paysage et son évolution à travers l'art pictural, en s'appuyant sur une peinture. Et c'est lumineux, car les commentaires ne sont ni didactiques ni abscons, mais humblement éclairants, et les oeuvres choisies, la plupart connues, sont emblématiques.

    Il s'agit d'une sorte de musée portatif, d'un recueil de la mémoire de l'architecture du paysage et de sa représentation dans la peinture occidentale, et aussi d'un mini-traité de l'histoire de l'art, vu par la lorgnette du cadre paysager de chaque peinture présentée. Cette manière inédite de raconter l'art du paysage est enrichissante, car elle s'éloigne d'emblée du piège d'une lecture bucolique, décorative -tour à tour pittoresque ou sublime-, de la représentation du vivant, tel que représenté par la peinture. Ce livre d'art puise, entre autres, chez Giotto, Van Eyck, Uccello, Mantegna, Bosch, Dürer, Da Vinci, Titien, Bruegel, El Greco, Rubens, Rembrandt, Poussin, Vermeer, Watteau, Gainsborough, Boucher, Fragonard, Turner et Friedrich.

    Le paysage par la fenêtre

    A l'origine, le paysage désigne une peinture qui n'est qu'une représentation de la nature. Il montre parfois un espace hostile, sauvage,  un paysage à apprivoiser. Puis l'humain et la construction humaine s'y inscrivent, plus ou moins discrètement. Le principe de l'autoportrait au premier plan et d'un morceau de paysage en fond, par une fenêtre souvent, occupent une place importante dans l'art, jusqu'à l'envahir parfois. Le portrait est lui aussi touché par cette composition de la peinture : songeons à La Joconde et souvenons-nous du paysage, tourmenté d'ailleurs, placé derrière la célébrissime peinture... 

    Figurent également dans cet ouvrage, à l'opposé, des oeuvres montrant un personnage qui contemple un paysage en tant que sujet principal du tableau (chez Friedrich, notamment). Le paysage, suis-je tenté d'ajouter, augmente aussi la dimension imaginaire de celui qui l'observe sur une peinture : j'ai personnellement rêvé des heures durant, pendant des années, enfant puis jeune homme, en présence (dans ma chambre) de la reproduction (à l'échelle Un) des Chasseurs dans la neige, de Bruegel, plongé que j'étais presque continuellement dans ce paysage médiéval hivernal, avec un ciel strié d'oiseaux migrateurs, des personnages mystérieux et une forêt attirante comme de grandes vacances... 

    Le paysage en tant que genre pictural, inclut progressivement la perspective, la mise en scène paysagère, tantôt méticuleuse, précise, tantôt panoramique, et non plus la nature prise seulement comme simple decorum, "toile de fond" -comme on parle de musique d'ascenseur. Cette distinction circonscrit précisément le genre. Lequel englobe le pittoresque (surtout au XVIIIème siècle) avec ses fausses ruines à foison, par exemple.  Bien que solidement ancré dans la pratique picturale, le paysage a toujours débordé le cadre de l'histoire de l'art au sens restreint du terme; autrement dit, le paysage n'est pas un phénomène isolé, mais une réalité liée directement à l'évolution du regard et à la perception, aux modes de représentation et à l'histoire de la technique, à la cartographie et à l'arpentage, souligne Michael Jakob (co-réalisateur de l'ouvrage, avec Claire-Lise Schwok).

    Ce livre précieux nous rappelle que le paysage en tant que genre a été une école du regard (d'abord pour les voyageurs soucieux de peindre la nature afin de "reporter" au mieux ce qu'ils avaient vu -dès avant l'invention de la photo). Cela dura jusqu'à ce que la peinture (avec Monet, Cézanne et quelques autres) ferme la fenêtre et mette le genre à genoux, puis à mort. La seconde moitié du XIXème siècle sonne ce glas et annonce une peinture post-paysagère. Subsistent le regard paysager et le territoire paysagé, précise M. Jakob. C'est ainsi qu'apparaît le pictural paysager, avec l'art des jardins et l'architecture du paysage. Un autre regard naissait, en peinture (et dans la littérature). Et une autre histoire... 


  • Lagrime di San Pietro

    Le 24 mai 1594, Orlando Lassus, 62 ans, Maître de chapelle du duc de Bavière, dédie son chant du cygne, « Lagrime di San Pietro », Les larmes de Saint-Pierre,  cycle monumental de vingt et un madrigaux, au Pape Clément VIII, composé à partir de poèmes de Luigi Tansillo. Philipp Herreweghe et son ensemble Collegium Vocale, restituent cette oeuvre avec un art, un talent, une douceur, une délicatesse qui forcent le respect et les larmes les plus rétives. J’en frissonne rien que d’écrire cela, au souvenir de ce concert de voix si parfaitement accordées. Avec l’image, cela donne une diffusion sur Arte, le 22 avril prochain à six heures du matin, parce que l’avenir sensible appartient à ceux qui tendent l’oreille tôt. Et puis de toute façon, l’aube étant incontestablement le moment unique de la vie si l'on prête un tant soit peu attention à celle-ci, aller à sa rencontre pour écouter cela, c'est juste du bonheur à l'état pur, de l'eau de source entre les mains jointes par le bas, un haïku amoureux reçu/envoyé à l'élu(e) tandis que nous pensons à autre chose, à Piss Christ, oeuvre majeure d'Andres Serrano, saccagée en Avignon par d'inquiétants extrémistes par exemple...

  • Barcelone : en finir avec Gaudi

    Papier paru cette semaine dans Paris Télé OBS (Le Nouvel Observateur)

    C'EST PAR L'ART QU'ON  ENTRE ICI

    Un arbre cache la forêt de l’art dans la capitale catalane. Il se nomme Antoni Gaudi. Or, Barcelone sans Gaudi existe. Nous l’avons visitée.

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     Pour en finir avec l’omniprésent architecte, synonyme de Barcelone, et dont les reproductions figurent sur les casquettes et les porte-clés, au point qu’un certain tourisme se mue en terrorisme et « oblige » chaque visiteur à se rendre au Parc Güell, il suffit de penser Miro, Picasso et Tapies.  Idem pour la littérature : Manuel Vasquez Montalban, écrivain « officiel » de la ville, semble faire partie des produits touristiques, au même titre que les Ramblas et la Sagrada Familia. C’est oublier Eduardo Mendoza, Carlos Ruiz Zafon ou Francisco Gonzalez Ledesma d’un côté, et par exemple la tour Agbar, signée Jean Nouvel de l’autre.

    Tout Miro

    S’agissant d’art pictural contemporain, la Fondation Joan Miro, dans le quartier haut de Montjuic (la montagne des Juifs), au sud de la ville, recèle au bord d’un parc paisible, et à côté du plus important musée d’art de Catalogne (le MNAC), quatorze mille œuvres du grand artiste avant-gardiste, dont dix mille dessins, dans un somptueux édifice signé Josep Lluis Sert. L’œuvre protéiforme de Miro est là réunie, avec les nombreuses sculptures, peintures, céramiques, qui font écho à toutes les époques du créateur. La Fondation est également riche d’une aile en hommage aux « alliés substantiels » (l’expression est de René Char) de Miro, et donne ainsi à voir des œuvres de Marcel Duchamp, Alexander Calder, Antoni Tapies, Pierre Alechinsky, Fernand Léger, Wilfredo Lam, Balthus, Yves Tanguy, André Masson, Antonio Saura, Max Ernst ou encore Eduardo Chillida.

    Picasso jeune et Bleu

    C’est dans une rue piétonne du vieux Barcelone, juste avant Barceloneta, que se trouve le musée Picasso, dont la richesse n’a rien à envier à ses homologues de Malaga et de Paris. S’il ne possède pas certaines toiles emblématiques (le talent des musées Picasso est d’avoir « su » répartir l’œuvre), il comprend de nombreuses pièces maîtresses, comme l’interprétation des Ménines de Velazquez, soit une célèbre série de cinquante-huit tableaux. Et aussi Le Fou, et d’innombrables dessins – plus de mille sept cents œuvres au total, couvrant les années de jeunesse et la période Bleue, offertes par l’immense Pablo à la ville de ses attachements fondamentaux.

    Tapies tout neuf 

    Les lieux de l’art moderne les plus emblématiques de Barcelone sont par ailleurs le Musée d’Art contemporain (MACBA) et le Centre de Culture Contemporaine (CCCB), lequel fait partie du premier, au cœur du vibrant Barrio Chino, peuplé d’intellectuels et d’étudiants. On y trouve notamment des œuvres  de Jorge Oteiza, Miro et Tapies.

    La Fondation Tapies se trouve justement rue Aragon, en plein centre, à quelques mètres de la Casa Batllo, sans doute la plus subtile réalisation de Gaudi pour un client privé. L’extraordinaire musée dédié à Antoni Tapies, a rouvert en mars 2010 après deux ans de fermeture pour travaux. La façade du bâtiment, signée Lluis Domenech i Montaner, surmontée de « Nuage et chaise », structure géante en fil métallique signée Tapies, abrite l’œuvre du chef du file du courant Moderniste, les collections personnelles accumulées par l’artiste et des expositions temporaires des créateurs qui marquent leur temps. Louise Bourgeois y a exposé. D’importantes rétrospectives (Brassaï, Picabia, Andy Warhol), y ont eu lieu. Les Fondations Miro et Tapies sont les passages privilégiés de l’expression catalane de l’art contemporain ; dans la ville de Gaudi.

    ©L.M.

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    Tarragone, future capitale culturelle ?

    À quarante minutes de train du centre de Barcelone, par une voie côtière ravissante, se trouve une cité balnéaire riche de vestiges romains impressionnants, comme cet amphithéâtre qui mord le sable fin de la plage, en plein centre ville, une cité au passé médiéval entretenu, et une ville high-tech résolument tournée vers l’art contemporain. Tarragone, où se fabriqua jusqu’en 1989 la fameuse liqueur Chartreuse, est une cité déjà classée en 2000 au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco pour ses richesses archéologiques. Candidate à l’élection de capitale culturelle européenne 2016 (Cordoue et Malaga sont ses principales concurrentes espagnoles), Tarragone regarde devant elle, poursuit une vaste politique de grands travaux visant à renforcer ses structures d’accueil pour l’opéra et toutes les formes de musiques, la danse moderne, la peinture et la sculpture contemporaines. Elle transforme, entre autres, une gigantesque fabrique de tabacs et ses arènes en futurs lieux de rencontre culturels, destinés à faire de cette cité dotée d’un des ports les plus actifs de la Péninsule, un prolongement naturel à Barcelone. D’autant qu’ici, c’est un tapis de Miro qui capte l’attention du visiteur du musée d’art moderne de la ville, et que seul un élève de Gaudi, Jujol (Josep Maria Jujol I Gibert), signa discrètement mais efficacement le décor du théâtre Métropol, lequel figure un paquebot, le long de modestes Ramblas qui vivent intensément la nuit. L’empereur Hadrien vécut à Tarraco –nom romain de Tarragone (elle fut la capitale de l’Empire sous Auguste) et quitta la cité pour Tivoli, en déclarant que son cœur demeurerait « dans la ville où le printemps est éternel. » Joan Cavallé Busquets, écrivain, dramaturge, érudit local et artisan militant de la candidature de Tarragone, nous a confié qu’elle est « la ville de la culture de la paix ». Constamment détruite au fil des siècles, mais toujours debout, cette ancienne ville de garnisons sous Franco n’a-t-elle pas réhabilité ses casernes en départements de son Université...

    L.M.

     

    Pratique :

    Comment s’y rendre : Vols quotidiens depuis Paris et les principales villes de France, sur Iberia, Air France, et les compagnies low coast comme Vueling.

    Dormir à Barcelone : Chic & Basic Born. Hôtel archi design de très bon goût dans le vieux quartier (50, rue Princesa), à quelques mètres du Musée Picasso.

    Manger à Barcelone : Lonja de tapas, Place del Palau, et Celler de la Ribera, 6, Place de las Olles  : délicieuses tapas, vins catalans au verre.

    Dormir à Tarragone : Husa Imperial Tarraco, Passage Palmeres. Idéalement placé, devant l’amphithéâtre romain et la mer.

    Manger à Tarragone : aq restaurant, ou la modernité gastronomique dans sa belle expression (l’esprit d’Adria plane ici). 7, rue les Coques. Et L’Anap, bâti contre un mur du Forum romain (classé). Cuisine inventive, artistique. 14, rue Comte.

    Lire : Les romans « barcelonais » de Montalban et de Mendoza (Points/roman) et « Les Marana », roman de Balzac dont l’action se déroule à Tarragone (Albin Michel)

  • 3 randos dans Le Nouvel Obs de ce matin

    Je les signe les 3. Elles ont des thèmes distincts :

    la première, nature à fond, s'intitule Pêcher à la mouche dans l'Allier et ses affluents. Parce que le fly-fishing de truites sauvages dans un département aussi préservé vaut son pesant de mouches artificielles.

    La seconde est une balade littéraire : La Charente est un songe. Ses compagnons se nomment Chardonne, Loti, Vigny, sans oublier la BD, et Georges Monti, éditeur singulier à l'enseigne du temps qu'il fait

    La troisième touche à l'art moderne et contemporain à Barcelone : C'est par l'art qu'on entre ici, ou comment en finir avec l'envahissant Gaudi en allant directement voir Tapiès, Miro et Picasso.

    Télé Paris OBS du 9 au 15 mai, paru ce jeudi 7, pages 22-23 et 30-31.

     

    Voici la littéraire :

    LA CHARENTE EST UN SONGE

    La Charente a eu Vigny et son chantre se nomme Chardonne. C’est aujourd’hui le cœur du sujet BD. Promenade avec incursion maritime, pour saluer Loti, et la lumière de Ronce...

    « Pour moi, la Charente est un songe ; pays plus rêvé que réel. Pays marin par sa lumière, ses nuages lourds entre des percées d’azur, ses pluies qui ont tant de force. La mer est proche, même si l’on habite Barbezieux. » Difficile d’évoquer la Charente littéraire sans dégainer la prose douce et crémeuse et néanmoins envoûtante de Jacques Chardonne. En dépit de son passé collaborationniste qui lui valut d’être emprisonné à la Libération, et à condition de vouloir un instant distinguer l’homme de l’œuvre (comment lire Céline, sinon ?), l’envie est donc grande de citer « l’écrivain du couple » que François Mitterrand –un voisin de Jarnac, admirait et aimait tant lire, et qui décrivit la Charente avec la sensibilité d’un Vuillard peignant.

    Barbezieux ne serait qu’une ville de province banale sans l’aide de Chardonne. Son livre « Le bonheur de Barbezieux » la métamorphose : « Cette cité éphémère sur la place du Château, ses rumeurs, ses senteurs, ont contenu pour moi l’exotisme du monde. Plus tard, dans mes voyages, mes amours, je n’ai rien connu de plus brûlant ; et je sens toujours ce qui m’aurait manqué, quand le goût me vient d’écrire, si je n’avais pas été enfant dans une petite ville. » Notons que la maison natale de l’écrivain ne se visite pas et filons vers le Nord-Ouest.

    À Cognac, le festival de Littératures européennes, qui accueillera l’Espagne en novembre prochain, est devenu un rendez-vous capital. Né en 1988 à l’occasion du centenaire de la naissance de Jean Monnet, ce festival est devenu un véritable carrefour des littératures où l’on débat trois jours durant, où les Prix Jean-Monnet et Prix Bouchons de culture sont décernés, et où l’on discute avec de nombreux auteurs, car le festival se veut avant tout un « lieu de rencontres et de dialogue entre les écrivains et le public ».

    Cognac est aussi la ville d’un éditeur singulier, Le temps qu’il fait, créé par Georges Monti en 1981. Cet éditeur exigeant, de la trempe d’un José Corti, d’un Verdier ou encore de L’Escampette, que dirige son voisin (de Chauvigny, dans la Vienne) et ami Claude Rouquet, a des noms prestigieux à son catalogue riche de plus de 500 titres, tous joliment imprimés de surcroît :Il n’est qu’à citer Armand Robin, Jean Paulhan, Christian Bobin, Jean-Loup Trassard, Jean-Claude Pirotte, Jean-Pierre Abraham, André Frénaud, François Augiéras, Philippe Jaccottet, Georges Perros, pour se convaincre de la qualité d’un éditeur pour lequel la littérature est « cette science subtile de l’égarement », selon le mot d’André Dhôtel. Cap à l’Est, à présent.

    À Angoulême, c’est bien entendu le festival international de la BD qui se tient chaque année à la fin du mois de janvier, qui est associé depuis plus de trente ans à cette ville. La Cité internationale de la BD et de l’image, avec son musée, sa bibliothèque, sa maison des auteurs, ses expos, rencontres, colloques, projections, animations pour les enfants à longueur d’année a renforcé le prestige, et donné à la capitale de la Saintonge de solides galons en matière de 9ème art (après le cinéma et la télévision –l’expression fut trouvée par Morris en 1964).

    À Champagne-Vigny, situé à environ 20 km au sud d’Angoulême, se trouve une propriété viticole où l’on produit du cognac, du pineau et du vin, Le Maine Giraud, ou Logis Alfred de Vigny. Il s’agit d’un musée et d’un chai doublé d’une distillerie. La tour d’ivoire du poète de « La mort du loup » se visite. Vigny appelait sa propriété « ma sainte solitude ».

    Sauter par-dessus les limites administratives et se risquer vers la mer pour mieux revenir dans les terres, est le propre de l’écrivain. Ainsi, de Royan, Chardonne préfère évoquer la forêt voisine de Braconne plutôt que les plages surpeuplées l’été. Puis, il contourne, prend le lecteur par la main et le conduit à Ronce-les-Bains, « où la Seudre s’étale dans l’océan. La somptueuse route qui vient d’atteindre la Coubre à grands frais n’a pas encore déversé sa furie dans la forêt de Ronce. À Ronce, la mer se retire si loin qu’elle semble disparaître découvrant un désert mouillé, une étendue de sable et de vase mauve… » S’il n’avait pas signé tant de romans d’amour, Chardonne pourrait passer pour un écrivain régionaliste : « À Ronce, le soir, qui délaisse la côte pour l’intérieur, quand la mer est basse sur l’étendue de sable mouillé, palette brune, des reflets concentrés se déposent en taches huileuses, rouges, verts, ors violents, vite dissipés, et qui reviendront à l’aube prochaine, dilués dans les nuées de nacre et d’ambre. »

    Evoquer ici le Rochefort de Pierre Loti signifie carrément braconner en Charente-Maritime, mais la maison-musée (visites sur rendez-vous) de Julien Viaud, alias Pierre Loti, aussi somptueuse qu’extravagante car elle reflète l’exotisme des nombreux voyages du capitaine de vaisseau écrivain que fut l’auteur de « Pêcheur d’Islande » et de « Ramuntcho », vaut franchement que l’on pousse jusque là.

    Et c’est à 32 km de là, à Ronce encore que, feuilletant Chardonne, nous avons envie de retourner pour achever cette balade. « Ici, la lumière existe en soi, onctueuse, teintée de nacre, comme indépendante des choses qu’elle éclaire ; lumière vibrante des terres basses, pareille en Hollande ; un nuage brusquement s’ouvre comme une fleur bleue ; beauté indéfinissable, telles ces nuances de la vie, ces choses qui sont et ne sont pas, qui dépendent du regard… »

    ©L.M.

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    De Jacques Chardonne, sur la Charente, lire notamment « Propos comme çà », « Matinales », « Le Bonheur de Barbezieux » et « Le ciel dans la fenêtre » (Grasset, Albin Michel, Stock, La Table ronde).

    http://www.livre-poitoucharentes.org

    Cognac : http://www.litteratures-europeennes.com

    BD : www.bdangouleme.com

    http://www.citebd.org

    Vigny : http://www.mainegiraud.com

    Maison de Pierre Loti : http://www.ville-rochefort.fr Tél. 05 46 82 91 90

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    - S’y rendre :

    TGV Paris-Angoulême (2h30 env.)

    En voiture : A10 (4h env.)

    - Se loger :

    Angoulême : Le Palma, 0545952289

    Cognac : Héritage, 0545820126

    Rochefort : Palmier sur Cour, 0546995454

    Ronce : Le Grand Chalet, 0546360641

    - Se nourrir :

    Angoulême : Agape, 0545951813

    Cognac : La Courtine, 0545823478

    Rochefort : La Belle Poule, 0546997187

    Ronce : Le Grand Chalet, 0546360641 (restaurant de l’hôtel)

     

  • Préfaces

    Effilage du sac de jute, de René Char, enluminé par Zao Wou-Ki, paraît en poche (Poésie/Gallimard), et c'est très beau : l'écriture de Char (il s'agit de la reproduction de manuscrits) et les huiles de son "allié substantiel" furent publiés à 100 ex. de luxe il y a un lustre. Certes, le texte seul est publié depuis 32 ans 01069154821.GIFpar Gallimard, mais là, nous sommes en présence d'un petit format qui "donne à voir" quand même un dialogue poète - peintre comme ce duo là savait les construire. Les "richesses du livre pauvre" surgissent de ces alliances précieuses. "Faire du chemin avec", semblent nous rappeler les deux artistes, à la pointe d'un écho ténu et fragile comme le givre sur l'herbe lorsque le premier rayon du soleil perce aux alentours de huit heures du matin, l'hiver. Seule ombre au tableau : la préface, signée Dominique de Villepin. Comment diable admettre l'alliance d'un politique -certes féru de poésie au point d'avoir emprunté le titre d'un poème de Char, Le requin et la mouette, pour titrer l'un de ses essais, et aussi d'avoir publié une anthologie poétique, Eloge des voleurs de feu - avec cette beauté-là! Cela m'émeut à l'envers au lieu d'aiguiser ma curiosité. Est-ce parce que le préjugé m'interdit provisoirement de passer outre ma surprise?.. C'est sans doute aussi pourquoi je n'ai jamais ouvert l'anthologie de la poésie française de Georges Pompidou. En revanche, j'aime lire Senghor, Césaire; moins Havel... Je lirai, certes, la préface sûrement ampoulée, voire amphigourique, du Romantique de la République, mais bon, là, je ne le peux pas encore. Remarquez, il y a trois mois, j'ai publié (excusez immédiatement la comparaison, s'il vous plaît!) un livre sur les Landes et c'est Henri Emmanuelli qui a préfacé le bouquin! Et l'an passé, j'avais déjà donné des textes sur les Lacs des Pyrénées au même éditeur (Privat), et c'est Jean-Louis Etienne qui avait préfacé l'ouvrage joliment aquarellé. Mais (re)bon... Je compte moi-même quatre préfaces à mon actif, l'une pour un livre sur un bar emblématique bayonnais, Rendez-vous, Place Saint-André, une autre sur les Histoires d'un braconnier, deux autres enfin sur des Chasses gasconnes, et enfin des Chasses extraordinaires. J'en compte une seule au front de mes propres livres : celle que Michel Déon me donna pour la réédition de mon roman Chasses furtives... Mais je frise l'indécence en précisant tout cela. Et je remarque combien ma première vie, de chasseur (stoppée net il y a onze ans par une sorte d'AVC métaphysique), fut préfacière. Reste Char et Zao. Un petit bijou de livre, un cadeau.

     

     

    zao_wou-ki200.jpg

    Ecoutez (page 11) :

    L'écoute au carreau

    Pour l'agrément d'un instant j'ai chanté le givre, fils du dernier spasme de la nuit d'hiver et de l'éclair arborisé du petit jour, avant-coureur piétiné des longues présences du soleil. Mon givre! Tué par la cupidité de celui qui n'osa pas t'aborder avec franchise : "Que ce qui émerveille par sa fragilité s'étiole dans l'ombre ou périsse! Mon ardent ouvrage presse." Son ardent ouvrage presse!

     Parmi les déments disséminés dans l'étendue de la mémoire assourdie, l'astre de tous le moins guérissable.  

     

  • EkAT et emm.t

    Elles sont soeurs. Catherine (EkAT) peint, Emmanuelle (emm.t) photographie, et plus encore.

    Christiane les évoque dans ses derniers commentaires, sous la note EkAT (cliquez ci-contre à droite pour les lire).

    Voici donc leur lien respectif, pour aller plus loin :

    EkAT

    emm.t

  • EkAT

     

    IMG_2741 - Copie.jpg

    (1) Les charmes, huile sur toile, 162x114

    IMG_2746 - Copie.JPG
    (2) Le merle, huile sur toile, 130x130

    IMG_2749.jpg
    (3) Au jardin, huile sur toile, 195x98.

    Voici trois créations parmi les plus récentes d'EkAT, www.ekat.fr . Des femmes presque nues, très belles, mélancoliques. Elles portent une fêlure en elles, elles sont sensuelles et végétales, ce sont des huiles sur toiles auxquelles l'artiste ajoute du bitume, de la cendre, des pigments divers et qui, par couches ou par palimpseste, ont chacune une histoire dense, parfois proche du retournement.

  • Lydie Arickx

    Dans le dernier n° du magazine Maisons Sud-Ouest, outre un portrait que j'ai brossé de Claude Cabanes, qui fut longtemps rédacteur en chef de L'Huma, j'ai décrit la maison merveilleuse d'une artiste singulière et immense : la peintre et scultpeur Lydie Arickx. Photos de son atelier  (celles de la maison sont en kiosque!) et texte :

    Une maison de lumières

    La scène se passe quelque part au sud des Landes (pour créer heureux, créons cachés, chuchote l’artiste).  Visite à Lidye Arickx, peintre et sculpteur qui décoiffe, au cœur de sa maison de lumières...

    À l’origine, c’est la matrice, la maison IMG_1850.JPGdes racines adoptives. Des origines flamandes n’empêchent pas l’élection du lieu, le choix du cœur, si fort qu’il dépasse le déterminisme des racines. « Ma mère adorait les Landes et, à force d’y passer des vacances, elle voulut y établir les siens. » Ainsi la famille Arickx vécut-elle là. Dans une petite basco-béarnaise ordinaire, plutôt sombre, étroite, ramassée sur elle-même, entourée de friches gourmandes qui gagnaient du terrain à la manière des végétaux froissés dans les contes fantastiques que l’on raconte le soir à des enfants fascinés. C’est la maison des parents, la maison de famille. Là où Lydie Arickx a grandi avant de s’envoler, de papillonner ici et là : études à l’ESAG (école supérieure d’arts graphiques) de Paris, ville où elle vécut jusqu’en 1991. À partir de ce moment-là, tout bascule : elle part s’installer dans les Landes, à Saint-Geours-de-Maremne, douze années durant, puis elle revient, en 2003, là où elle a passé son enfance, à quelques lieues de là, dans la maison des parents, une fois ceux-ci décédés. Ni son frère ni sa sœur ne souhaitant reprendre la matrice, c’est Lydie, son compagnon Alex Bianchi, photographe qui travaille chaque jour dans l’immense atelier de Lydie à maroufler, monter des châssis, photographier tout, et leurs deux fils Baptiste et César, qui vont faire de la maison de l’enfance de Lydie un chef d’ œuvre de demeure contemporaine ouverte à la lumière comme un corps vivant offert à l’amour, et aux prolongements comme des membres faits pour entourer ceux qui y vivent et y accueillent leurs amis ou des rencontres de passage avec ce qu’il faut de génie naturel pour que chacun s’y sente chez soi, entouré d’art et d’amitié. Le contraire de la pieuvre : ici, nul tentacule, mais que des bras aimants.

    Lydie a tout cassé, tout contrôlé aussi. Avec, toujours, l’œil complice d’Alex, sa moitié au sens premier du terme, son soutien permanent, son châssis fondamental, l’armature d’une femme peintre et sculpteur, célèbre en Europe, et dont les œuvres font partie du fond du Musée National d’Art Moderne de Paris. Du patrimoine. Elle a vécu dans cette maison de l’âge de cinq ans à l’âge de vingt ans. Elle est revenue s’y établir dans les grandes largeurs à l’âge de  quarante-neuf ans. « On a tout agrandi, tout ouvert. Les enfants ont fait pousser des ailes à la maison-mère, à la matrice centrale, au berceau originel. Alex, mon  mur porteur, a veillé à tout à mes côtés. Et je n’ai pas perdu un geste de ce IMG_1857.JPGque chaque personne chargée des grands travaux a fait. »  Lydie a aimé charnellement vivre ce chantier comme si elle avait assisté à la réalisation d’une œuvre gigantesque. Habituée aux immenses toiles, aux IMG_1848.jpgfresques de quinze mètres de long, aux lourdes et imposantes sculptures en bronze, la conduite à distance des travaux de renaissance de la « domus » fut pour l’artiste une jubilation permanente. « Bien sûr, les travaux ont été confiés à un architecte Bayonnais de renom, Patrick Arotcharen et à un maçon exceptionnel qui a pratiquement construit la maison tout seul, Alain Lemonnier, mais j’ai infléchi les actes au fur et à mesure de leur apparition. » Lydie considère qu’il est indispensable d’habiter une maison en chantier. Assister chaque coup de pelle, tout accompagner, épauler sans jamais conduire les travaux, apporter les touches nécessaires à l’harmonie des goûts fut une aventure  formidable pour la famille. Lydie se souvient de cette période de camping sauvage dans un chantier sans fenêtres, sans toit un temps, des intempéries, des difficultés tournées en dérision, comme d’une expérience créative et de plein contact avec la matière de ce qui devenait, au fil du temps, la maison du bonheur. Une telle « performance » -il n’y a pas d’autre mot lorsqu’il s’agit de la maison d’un couple d’artistes, est un incessant ballet de réajustements, un flux constant de personnalisation, de mise en adéquation, de projection dans un quotidien que l’on souhaite parfaitement adapté, sur mesure, fondu enchaîné, souple, en écho à soi-même.

    « Une maison, c’est notre espace du corps », dit-elle. Son père et son frère avaient construit une première fois IMG_1853.JPGcette maison dans les années soixante-cinq. Le corps originel, c’est eux. La maison-mère, ce sont les hommes du clan qui l’ont bâtie. Ses splendides prolongements, c’est la fille qui les a signés, avec l’aide d’une poignée de spécialistes à l’écoute de chaque membre du clan. « Aujourd’hui, c’est une maison de jubilation. Les lumières y entrent différemment à chaque moment de la journée et ne sont jamais les mêmes selon la saison, le temps… C’est aussi une maison de sons et de bruits sympathiques. L’un de ceux que nous préférons, loin d’être désagréable ou inquiétant, est celui de la pluie d’orage qui avance, avec la force variable du vent, en martelant l’étang depuis la forêt jusqu’aux murs et aux verrières. » La maison de Lydie et Alex est un lieu fondamentalement ouvert. C’est un jeu d’interfaces. Dans l’espace, nous voyons toujours ce qui se passe d’une pièce à l’autre, les gens qui y évoluent ne se sentent pas pour autant regardés. « C’est une maison de communication, au sens fort du terme. Car une maison est davantage qu’un simple abri pour le cocon familial, c’est aussi le reflet de ce que l’on vit chacun, et comment nous vivons ensemble ce cocon, ces relations entre nous et notre relation globale au lieu. » De fait, la maison de Lydie est un lieu d’échanges, de vie, un espace de respect et de liberté de chacun, pris dans une communauté de communication. « Chacun s’affaire à son occupation et tous se sentent rassurés car rassemblés. » L’architecture de la maison a considérablement œuvré dans ce sens : on y IMG_1843.JPGévolue, on passe d’une pièce à l’autre en cheminant, en effectuant une sorte de voyage d’une zone commune à un espace privé, et en étant constamment escorté par des œuvres d’art de Lydie, des photos d’Alex, de nombreuses peintures et sculptures d’artistes amis, aussi. Certains meubles sont également sortis des mains imaginatives et adroites d’Alex. Il faut dire que ces deux-là forment un couple insécable d’amoureux réputés fusionnels comme ces oiseaux d’oisellerie nommés inséparables. À la question : êtes-vous attachée  à une galerie parisienne comme celle de Jean Briance, Lydie répond spontanément : « je ne suis attachée à rien, sauf à Alex. » Et lui se plait à dire qu’il a arrêté la cigarette, mais qu’il continue de fumer –uniquement- des Arickx… L’addiction est identique.

    Il y a beaucoup d’angles de murs en verre, afin que le regard de Lydie ne puisse jamais se trouver arrêté, bloqué par une impossibilité de voir à IMG_1849.JPGtravers. Ainsi, la nature est omniprésente, puisqu’on peut l’admirer de n’importe quel endroit de cette grande maison aux multiples prolongements et recoins. « Notre maison est devenue en moins de cinq années, une maison de rencontre qui marche beaucoup à l’instinct. Chacun s’y sent libre, y évolue tout de suite sans crainte, naturellement. Qu’il s’agisse de la famille, des amis proches et fréquemment présents, ou bien d’amis de passage, de rencontres nouvelles. Et c’est un grand bonheur de s’apercevoir de cela, que cette connivence entre le lieu et l’Autre opère facilement. C’est magique et ce n’est pas un hasard. » Pour Lydie comme pour Alex, leur maison est le reflet de leur « posture de vie », de leur attitude face à la vie. « La maison parle d’ailleurs pour nous, enchérit-elle, et la refaire complètement m’a considérablement ouverte. Nous sommes, elle et moi, entièrement tournées vers la lumière. » L’atelier de l’artiste, où elle se rend chaque jour avec Alex, est l’ancienne usine de son père, où étaient fabriqués des socles en béton pour compteurs électriques. Elle est au bout d’un chemin, sur la propriété, et il s’agit d’un espace gigantesque, à la mesure des travaux de Lydie, avec une partie dédiée à la peinture, et une autre à la sculpture. Une hauteur sous plafond de cathédrale –une chance, eu égard à la production incessante de l’artiste-, permet de stocker toiles, dessins et sculptures. « Prendre ce chemin à pied m’est une respiration indispensable. Il me IMG_1844.JPG permet à la fois de lâcher prise et de me préparer à attaquer une œuvre. » La maison de Lydie Arickx n’a pas de nom. « Nous avons pensé à la maison de là-bas, à la maison du bout du rien, à la maison du bout du chemin de là-bas, aussi. Elle n’a en réalité pas besoin d’être nommée. De toute façon, ces choses-là, ce baptême-là ne se décident pas, si elle doit porter un nom, celui-ci s’imposera un jour à elle-même. Et à nous ! Nos chats non plus n’ont pas de nom. » Pas plus que les canards colverts et les oies grises, d’Egypte et bernaches nonettes qui volent, broutent ou barbotent près du magnifique étang. Un étang artificiel qui a une histoire singulière. Il n’a pas cinq ans. Un jour, Alex et ses fils se sont attaqués à la jungle de vergnes qui envahissait le parc devant la maison, bouchait l’horizon, menaçait d’étrangler le terrain. Ce jour-là, un sourcier de la région vint les voir. Personne ne l’avait requis, cependant il avait senti qu’il lui fallait venir. Comme Gérard Gauyat connaissait parfaitement le terrain, il indiqua avec précision la nature du sol de chaque parcelle et la présence de chaque source. Ainsi, une fois le terrain élagué, totalement défriché, puis creusé, il fut relativement simple de le mettre en eau et de faire un étang artificiel. Le rêve de Lydie se réalisa. Et Gérard lui apprit aussi que c’était le rêve secret de son géniteur. Ainsi, la fille accomplît-elle sans le savoir un double souhait profond. Gérard Gauyat est mort peu de temps avant la fin des travaux, il y a bientôt quatre ans. Aujourd’hui, il semble avoir toujours existé, apporte une atmosphère infiniment paisible, qui tranche avec le tumulte des chairs, contenu dans la peinture de Lydie. Entre la maison, l’étang et l’immense atelier, il y a un chemin de paix. Et entre Lydie et son art, il y a l’esprit du lieu. La magie de « la maison de là-bas »…

    © L.M.

    texte et photos

  • La beauté

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    Buste d'Eve

    Détail de l'Agneau mystique,

    triptyque de Jan Van Eyck (vers 1430).

    Cathédrale St Bavon à Gand.

     

    merci au blog :  http://nicephore.hautetfort.com/ de m'avoir donné l'idée de cette note

  • La nuit de noces

    la nuit de noces.JPG
    avez-vous remarqué les poissons japonais qui tournaient sur le dos du personnage féminin?..