lundi, 28 janvier 2008

écrire en confiance

Antoine Compagnon, dans Les antimodernes (Gallimard), cite ceci de Gracq (à propos de Paulhan) : ignorant l'écrasante force de dissuasion de la littérature déjà écrite, il faut écrire comme on se jette à l'eau, en faisant un acte de confiance.

Telle est la réflexion du jour. J'invite à y réfléchir et à m'écrire. 

lundi, 07 janvier 2008

JG, je m'interroge


Gracq, écrivain tantrique?
Gracq était un guetteur pusillanime qui observait au-delà, tapi en deçà. Occupé à sa phrase qui gouvernait seule la possibilité d’une action libératrice ; un dénouement. S’il avait le goût du risque calculé, il lui manqua l’audace de  franchir ce pas au-delà qui l’aurait propulsé dans l’arène du monde et du vivant. Au lieu de quoi Julien Gracq fut l’écrivain du regard scrupuleux et de la rétention. Il fut résolument l’écrivain du désir. Et plus encore de cette incapacité à se résoudre à sortir, non pas de sa réserve mais du lit du pensionnat. J’en reste convaincu. Gracq n’aura jamais pu affronter l’inconnu de ce dortoir qu’il maintînt à distance respectable. Et sa vie sociale tout entière fut le prolongement de ce choc à la fois fondateur  et déconstructeur. Le hiératisme de Gracq tiendrait finalement davantage d’un banal défaut de courage que d’une ascèse admirable et exemplaire car naturellement consentie. Sans doute est-ce pourquoi il vénérait  « Les aventures du capitaine Hatteras ». Elles flattaient à l’envers son impuissance à agir. L’action dans son œuvre est toujours à venir. Comme le livre de Blanchot, le silence de Jabès, la musique tue mais si sonore de Bergamin et les chemins qui ne mènent nulle part de Heidegger. Il est l’anti-Char de l’éclair me dure et qui était du bond (Un Char d’action). Gracq ou l’immobilité seulement mue par les tourbillons et les remous de l’Evre et de la Loire à ses bords ? –Chi lo sa ?


vendredi, 04 janvier 2008

after JG

Voici quelques liens pour ne pas perdre le contact. Voir aussi le site officiel de JG (celui de son éditeur de toujours, José Corti), qui figure dans les "sites amis" de ce blog.

 

http://lauravanel-coytte.hautetfort.com/julien_gracq/

http://fr.wasalive.com/fr/julien+gracq

http://www.republique-des-lettres.fr/10226-julien-gracq.php

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3260,50-992797,0.html

http://afterjuliengracq.blogspot.com/2008/01/lon-mazzella-dans-liberation.html

 

Les obsèques civiles de l'auteur du "Rivage des Syrtes" se sont déroulées à Montreuil-Juigné, près d'Angers, où il est décédé samedi 22 décembre dernier à l'âge de 97 ans.

 

 

L'écrivain Julien Gracq a été incinéré, jeudi 27 décembre, au crématorium de Montreuil-Juigné (Maine-et-Loire), près d'Angers. Ses obsèques étaient simplement civiles, selon l'avis publié dans la presse locale. En effet, ses proches ont indiqué que l'auteur du "Rivage des Syrtes" ne se préoccupait pas de l'au-delà. Ses cendres seront déposées dans une tombe dans le cimetière de son village natal, Saint-Florent-le-Vieil.
Depuis des années, Julien Gracq vivait retiré dans sa maison familiale de Saint-Florent-le-Vieil. Il est mort samedi, à l'âge de 97 ans, à l'hôpital d'Angers où il avait été transporté après un malaise. (source : nouvelobs.com dont je vous invite à consulter l'admirable DOSSIER JULIEN GRACQ : lien http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/12/24/mort-de-julien-gracq)

 

jeudi, 03 janvier 2008

JG, suite

André Breton, L’Amour fou. "J’aimerais que ma vie ne laissât pas après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique." Jamais la phrase de Breton, le découvreur, l'ami et maître de Gracq, n'a été aussi nécessaire.

Gracq, donc


 1de78d07e2fde1d5c20c8eeea486f216.jpegVoici un papier donné à Libération le 31 et qui paraît ce matin. Voici le lien : http://www.liberation.fr/rebonds/301441.FR.php

Il suit un autre, plus court, donné à chaud à Sud-Ouest, publié le 24 et que voici :  

(photo : JG) 

Ces journées chez lui

C’est à la faveur d’un article consacré à son livre sur Nantes (La forme d’une ville), que je donnais à Sud-Ouest Dimanche en 1985, que j’ai « rencontré » Julien Gracq comme il a toujours envisagé toute rencontre : à travers les mots. Au bout  de quatorze années d’un « commerce » épistolaire, rare, dense, précieux, je me proposais de lui rendre visite. Je me sentais enfin prêt. C’est le 30 janvier 1999 que je rencontrais pour la première fois mon monument préféré. Ce jour-là, j’eus l’impression de me rendre à la fois chez Flaubert, Proust et Stendhal. J’étais chez Gracq. Un homme simple, affable, gourmand (je me souviens de cette bouteille de vin d’Anjou que nous avons sifflée avant d’aller déjeuner à « La Gabelle »), curieux ; vert. La légende vivante, l’auteur classique et déjà intemporel, m’a reçu chaque année dans ce petit salon sobrement décoré, rehaussé d’un portrait de l’auteur signé Hans Bellmer et d’une énorme télévision ! Y trônaient, la première fois, Télé 7 jours et un roman de Sagan… Julien Gracq, alias Louis Poirier, vivait comme tout le monde. C’est au cours de ce pèlerinage annuel ou presque, qui n’interdit pas notre correspondance, que j’ai pu découvrir un Gracq inédit, surprenant de vitalité et de lucidité. D’abord il était bavard comme une pie. Il me posait sans cesse des questions sur ma vie, mes goûts, « mon » sud-ouest, la gastronomie, la tauromachie, la vie sauvage… Son évocation d’une corrida à Bayonne dans les années cinquante n’avait d’égal que celle de la route d’Hossegor ou encore d’un canard Apicius dégusté chez Senderens. Mais l’essentiel de notre temps était consacré à la littérature. Son impressionnante connaissance et la subtilité de son analyse du sujet, que je connaissais à travers ses essais, je l’entendais ! L’homme était surprenant par sa « radicalité de la nuance » : refuser catégoriquement que son œuvre paraisse en format de poche correspondait à une vision noble du livre. « Le poche dévalorise le livre, en fait un produit jetable… et ne rapporte rien à l’auteur », me dit-il. Au fil de nos rencontres, l’homme ne semblait jamais faiblir. Son coup de fourchette demeurait aussi alerte que ses coups de griffes à l’adresse des poseurs du mundillo littéraire. La seule amertume de Gracq, ces derniers temps, était de se sentir en surnuméraire : « mes amis ont tous disparu et d’aucuns me pensent mort ». Gracq a continué d’écrire jusqu’à la fin. Des fragments, à la manière de ceux qui firent Lettrines, ou Carnets du grand chemin. Il m’affirma ne jamais avoir tenu de journal intime. Et qu’il n’entendait plus publier, après ses Entretiens, un livre de compilation. Il me récitait des poèmes entiers de Baudelaire par cœur, relisait ses chers Poe et Verne avec une passion intacte. Il ne redoutait que la mort du livre. Gracq, sur le perron de sa maison, me répondit d’une grimace et d’un geste vague de la main lorsque je le questionnais sur sa santé, à la fin de notre dernière rencontre. Sa dernière lettre, en octobre dernier, fut terrible. Il l’achevait par ces mots : « je ne suis hélas guère plus visitable… ». L.M.
 

 

mardi, 01 janvier 2008

JG, 27/07/10 - 22/12/07

J'aborderai les rivages du sujet à mon retour de la montagne et des côtes du Pays basque espagnol; dans quelques jours.

Trop important. 

vendredi, 12 octobre 2007

Le Roi Cophetua

En écho à Quignard (lire plus bas) :

Je restai éveillé auprès d'elle assez longtemps. Le sommeil d'une femme qu'on regarde intensément conjure autour d'elle une innocence, une sécurité presque démente : il m'a toujours paru inconcevable de s'abandonner ainsi les yeux fermés à des yeux ouverts.

Julien Gracq, Le Roi Cophetua, in La Presqu'île (José Corti)

mardi, 09 octobre 2007

Gracq, toujours

Une lettre de lui, ce matin.

Un plaisir, toujours.

Rare.

Compté, désormais.

22 ans déjà que je collectionne ses lettres. 

L'écriture tremble davantage (97, 5 ans).

J'ai peur.
Une vraie peur.


 

mardi, 29 mai 2007

Gracq, again...

f4efe2d6bd823b91b64b05474ee9d9a1.gifLe Magazine Littéraire de juin offre un long entretien avec le plus grand écrivain français vivant. Avec "le dernier classique vivant". Cet homme que j'ai l'immense chance de voir de temps à autre chez lui à St-Florent-le-Vieil, en bord de Loire. L'entretien (avec Dominique Rabourdin) est lumineux. J'y ai retrouvé certaines confidences faites dans le salon de sa maison où il reçoit.

Un entretien éclairant, oui, sur sa foudroyante lucidité sur la Littérature, le monde tel qu'il (ne) va (pas) et demain, qui ne le verra pas. Son retour sur son parcours d'écrivain est également phosphorescent (Gracq est une luciole sur le chemin nocturne du marcheur égaré car trop rêveur) quant à son absence d'illusion sur l'oeuvre avec un grand O, le fameux work in progress... Gracq ? Le plus grand dilettante de génie que la terre de France ait porté depuis... Allez! Stendhal et Flaubert à match nul.

Extraits en forme de tapas (mise en bouche littéraire) : 

fe9861a5952922a87c53301624617314.jpeg... " Et qui font que les dates de parution de mes livres me donnent moins le sentiment d'une "carrière" que celle d'une maigre série échelonnée d'affaires de coeur, à laquelle l'écriture fragmentaire vient prêter à la fin par son tissu une relative consistance". 

"La mort survient, un jour ou l'autre; quoique très proche pour moi (Julien Gracq aura 97 ans le 27 juillet prochain), sa pensée ne m'obsède pas : c'est la vie qui vaut qu'on s'en occupe."

(Photos : Gracq marchant en bord de Loire devant chez lui. Et "chez lui", rue du Grenier-à-Sel...)

samedi, 09 décembre 2006

303

Voici "l'argu", soit le texte de présentation du dernier numéro (hors-série) de l'excellente revue nantaise 303, laquelle avait déjà consacré un numéro à julien gracq, début 1986.

Que sait-on de Julien Gracq ?

Ce qui est le plus couramment dit de lui : c'est un grand écrivain, entré de son vivant dans la collection de la Pléiade, et un maître de la langue, ce dont on se persuade aisément à le lire. Ecrivain « à part », il a toujours eu horreur des feux de la rampe, à contre-courant d'une époque radicalement médiatique. Beaucoup n'ont vu qu'orgueil dans son refus du prix Goncourt en 1951, se méprenant sur le sens de son geste : l'invitation pressante faite aux lecteurs à revenir au texte et à juger d'abord par eux-mêmes de la valeur d'un livre.

Cet écrivain si délibérément en retrait n'est pourtant en rien l'homme distant trop souvent décrit. Il a fait le choix -assez inhabituel - d'une vie saine et rangée, mettant à profit une tranquillité jalousement préservée pour lire et pour écrire, se promener et converser. Car Julien Gracq n'a jamais fermé sa porte à quiconque venu échanger avec lui, à la seule condition qu'il soit question d'écriture et de littérature.

C'est ce personnage à deux facettes - l'homme : Louis Poirier / l'écrivain : Julien Gracq - que 303 s'attache à présenter dans cet ouvrage grâce aux regards croisés d'une soixantaine de témoins privilégiés, célèbres ou inconnus (écrivains, traducteurs, visiteurs, lecteurs...) qui ont eu le privilège de converser ou de correspondre avec lui, d'être reçu dans sa retraite angevine des bords de Loire.

 

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