jeudi, 21 mai 2009

Rapprochements

Un homme sans femme, c’est un pistolet sans chien : c’est la femme qui fait partir l’homme. Ferdinand Buisson, cité par Julien Gracq dans Lettrines (José Corti).

À rapprocher de la fin du poème La femme intérieure, de Georges Henein, dans La force de saluer (La Différence) :

friable
comme une poignée de mains
entre deux êtres sans avenir

dure
comme le commencement du monde

visage secret
visible une fois par vie
en appuyant sur la gachette


Lu un petit bijou, L’occupation des sols, de Jean Echenoz (Minuit), ou la force du sentiment par petites touches qui ne donnent pas l’air d’y toucher. Mais qui bouleversent.


A rapprocher de Ce que c’est que l’amour, extraits des Microfictions de Régis Jauffret (folio) : de l’acide cru sur la vie de couple, ses sournoiseries perverses; le monde du sentiment amoureux comme il se délite. Décapant. À côté de cette prose coupante, l’humour noir, c'est de l’eau de Cologne.

À rapprocher de cette phrase de Flaubert, dans Madame Bovary : Il ne distinguait pas (…) la dissemblance des sentiments sous la parité des expressions. Et cinquante pages plus loin : D’ailleurs, la parole est un laminoir qui allonge toujours les sentiments.

Ci-dessous, la tombe de Roland Barthes à Urt (64), sans rapprochement.

DSCF6222.JPG

mercredi, 05 novembre 2008

Inven-terre

Affligeant. Le 12 novembre prochain, deux commissaires-priseurs, Couton & Veyrac, procèderont à la dispersion du mobilier et des objets personnels de la "succession Julien Gracq", lors d'une vente aux enchères qui se tiendra à Nantes. "L'impression de violer l'intimité de cet intraitable discret", commente avec amertume Pierre Assouline sur son blog (La république des livres). Nous partageons ce sentiment. Pour avoir vu ces objets (peintures, bibelots, télé...), m'être assis dans l'un de ces fauteuils, lors de mes précieuses visites au grand écrivain, je ressens par avance le vide abyssal de la maison du n°3 de la rue du Grenier-à-Sel, à St-Florent-le-Vieil. Et j'entends Gracq évoquer ces paysages dévastés, d'après la débâcle...

jeudi, 09 octobre 2008

Gracq sur Balzac

Sa préface à Béatrix est un monument. Et puis il y a cette remarque, dans son essai jaune : En lisant en écrivant (à propos de Marie de Verneuil, Une Vieille Fille, déjà présente dans Les Chouans) : "Ce qui était d'abord simple articulation romanesque est devenu avec le temps, dans la conception de La Comédie humaine, osmose et même circulation du sang. Le lierre finit par enfoncer des racines vives dans le mur auquel il s'était d'abord seulement agrafé."

lundi, 28 janvier 2008

écrire en confiance

Antoine Compagnon, dans Les antimodernes (Gallimard), cite ceci de Gracq (à propos de Paulhan) : ignorant l'écrasante force de dissuasion de la littérature déjà écrite, il faut écrire comme on se jette à l'eau, en faisant un acte de confiance.

Telle est la réflexion du jour. J'invite à y réfléchir et à m'écrire. 

lundi, 07 janvier 2008

JG, je m'interroge


Gracq, écrivain tantrique?
Gracq était un guetteur pusillanime qui observait au-delà, tapi en deçà. Occupé à sa phrase qui gouvernait seule la possibilité d’une action libératrice ; un dénouement. S’il avait le goût du risque calculé, il lui manqua l’audace de  franchir ce pas au-delà qui l’aurait propulsé dans l’arène du monde et du vivant. Au lieu de quoi Julien Gracq fut l’écrivain du regard scrupuleux et de la rétention. Il fut résolument l’écrivain du désir. Et plus encore de cette incapacité à se résoudre à sortir, non pas de sa réserve mais du lit du pensionnat. J’en reste convaincu. Gracq n’aura jamais pu affronter l’inconnu de ce dortoir qu’il maintînt à distance respectable. Et sa vie sociale tout entière fut le prolongement de ce choc à la fois fondateur  et déconstructeur. Le hiératisme de Gracq tiendrait finalement davantage d’un banal défaut de courage que d’une ascèse admirable et exemplaire car naturellement consentie. Sans doute est-ce pourquoi il vénérait  « Les aventures du capitaine Hatteras ». Elles flattaient à l’envers son impuissance à agir. L’action dans son œuvre est toujours à venir. Comme le livre de Blanchot, le silence de Jabès, la musique tue mais si sonore de Bergamin et les chemins qui ne mènent nulle part de Heidegger. Il est l’anti-Char de l’éclair me dure et qui était du bond (Un Char d’action). Gracq ou l’immobilité seulement mue par les tourbillons et les remous de l’Evre et de la Loire à ses bords ? –Chi lo sa ?


vendredi, 04 janvier 2008

after JG

Voici quelques liens pour ne pas perdre le contact. Voir aussi le site officiel de JG (celui de son éditeur de toujours, José Corti), qui figure dans les "sites amis" de ce blog.

 

http://lauravanel-coytte.hautetfort.com/julien_gracq/

http://fr.wasalive.com/fr/julien+gracq

http://www.republique-des-lettres.fr/10226-julien-gracq.php

http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0@2-3260,50-992797,0.html

http://afterjuliengracq.blogspot.com/2008/01/lon-mazzella-dans-liberation.html

 

Les obsèques civiles de l'auteur du "Rivage des Syrtes" se sont déroulées à Montreuil-Juigné, près d'Angers, où il est décédé samedi 22 décembre dernier à l'âge de 97 ans.

 

 

L'écrivain Julien Gracq a été incinéré, jeudi 27 décembre, au crématorium de Montreuil-Juigné (Maine-et-Loire), près d'Angers. Ses obsèques étaient simplement civiles, selon l'avis publié dans la presse locale. En effet, ses proches ont indiqué que l'auteur du "Rivage des Syrtes" ne se préoccupait pas de l'au-delà. Ses cendres seront déposées dans une tombe dans le cimetière de son village natal, Saint-Florent-le-Vieil.
Depuis des années, Julien Gracq vivait retiré dans sa maison familiale de Saint-Florent-le-Vieil. Il est mort samedi, à l'âge de 97 ans, à l'hôpital d'Angers où il avait été transporté après un malaise. (source : nouvelobs.com dont je vous invite à consulter l'admirable DOSSIER JULIEN GRACQ : lien http://bibliobs.nouvelobs.com/2007/12/24/mort-de-julien-gracq)

 

jeudi, 03 janvier 2008

JG, suite

André Breton, L’Amour fou. "J’aimerais que ma vie ne laissât pas après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur, d’une chanson pour tromper l’attente. Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique." Jamais la phrase de Breton, le découvreur, l'ami et maître de Gracq, n'a été aussi nécessaire.

Gracq, donc


 1de78d07e2fde1d5c20c8eeea486f216.jpegVoici un papier donné à Libération le 31 et qui paraît ce matin. Voici le lien : http://www.liberation.fr/rebonds/301441.FR.php

Il suit un autre, plus court, donné à chaud à Sud-Ouest, publié le 24 et que voici :  

(photo : JG) 

Ces journées chez lui

C’est à la faveur d’un article consacré à son livre sur Nantes (La forme d’une ville), que je donnais à Sud-Ouest Dimanche en 1985, que j’ai « rencontré » Julien Gracq comme il a toujours envisagé toute rencontre : à travers les mots. Au bout  de quatorze années d’un « commerce » épistolaire, rare, dense, précieux, je me proposais de lui rendre visite. Je me sentais enfin prêt. C’est le 30 janvier 1999 que je rencontrais pour la première fois mon monument préféré. Ce jour-là, j’eus l’impression de me rendre à la fois chez Flaubert, Proust et Stendhal. J’étais chez Gracq. Un homme simple, affable, gourmand (je me souviens de cette bouteille de vin d’Anjou que nous avons sifflée avant d’aller déjeuner à « La Gabelle »), curieux ; vert. La légende vivante, l’auteur classique et déjà intemporel, m’a reçu chaque année dans ce petit salon sobrement décoré, rehaussé d’un portrait de l’auteur signé Hans Bellmer et d’une énorme télévision ! Y trônaient, la première fois, Télé 7 jours et un roman de Sagan… Julien Gracq, alias Louis Poirier, vivait comme tout le monde. C’est au cours de ce pèlerinage annuel ou presque, qui n’interdit pas notre correspondance, que j’ai pu découvrir un Gracq inédit, surprenant de vitalité et de lucidité. D’abord il était bavard comme une pie. Il me posait sans cesse des questions sur ma vie, mes goûts, « mon » sud-ouest, la gastronomie, la tauromachie, la vie sauvage… Son évocation d’une corrida à Bayonne dans les années cinquante n’avait d’égal que celle de la route d’Hossegor ou encore d’un canard Apicius dégusté chez Senderens. Mais l’essentiel de notre temps était consacré à la littérature. Son impressionnante connaissance et la subtilité de son analyse du sujet, que je connaissais à travers ses essais, je l’entendais ! L’homme était surprenant par sa « radicalité de la nuance » : refuser catégoriquement que son œuvre paraisse en format de poche correspondait à une vision noble du livre. « Le poche dévalorise le livre, en fait un produit jetable… et ne rapporte rien à l’auteur », me dit-il. Au fil de nos rencontres, l’homme ne semblait jamais faiblir. Son coup de fourchette demeurait aussi alerte que ses coups de griffes à l’adresse des poseurs du mundillo littéraire. La seule amertume de Gracq, ces derniers temps, était de se sentir en surnuméraire : « mes amis ont tous disparu et d’aucuns me pensent mort ». Gracq a continué d’écrire jusqu’à la fin. Des fragments, à la manière de ceux qui firent Lettrines, ou Carnets du grand chemin. Il m’affirma ne jamais avoir tenu de journal intime. Et qu’il n’entendait plus publier, après ses Entretiens, un livre de compilation. Il me récitait des poèmes entiers de Baudelaire par cœur, relisait ses chers Poe et Verne avec une passion intacte. Il ne redoutait que la mort du livre. Gracq, sur le perron de sa maison, me répondit d’une grimace et d’un geste vague de la main lorsque je le questionnais sur sa santé, à la fin de notre dernière rencontre. Sa dernière lettre, en octobre dernier, fut terrible. Il l’achevait par ces mots : « je ne suis hélas guère plus visitable… ». L.M.
 

 

mardi, 01 janvier 2008

JG, 27/07/10 - 22/12/07

J'aborderai les rivages du sujet à mon retour de la montagne et des côtes du Pays basque espagnol; dans quelques jours.

Trop important. 

vendredi, 12 octobre 2007

Le Roi Cophetua

En écho à Quignard (lire plus bas) :

Je restai éveillé auprès d'elle assez longtemps. Le sommeil d'une femme qu'on regarde intensément conjure autour d'elle une innocence, une sécurité presque démente : il m'a toujours paru inconcevable de s'abandonner ainsi les yeux fermés à des yeux ouverts.

Julien Gracq, Le Roi Cophetua, in La Presqu'île (José Corti)

Toutes les notes