samedi, 23 juin 2007
Weyergraf
Je viens de remonter le courrier. S'y trouvait un folio : Trois jours chez ma mère, de François Weyergans, avec un bref communiqué de presse de l'éditeur, plié à une page. La 21 :
" Pendant la veillée funèbre, mon père reposait sur un lit que ma mère et moi avions fait le matin même avec des draps de lin blancs brodés. Je ne sais plus comment nous avions placé le drap du dessous, c'est encore moins facile avec un mort qu'avec un malade. Au moment de la mise en bière, je crus que ma mère allait s'effondrer quand les deux employés des pompes funèbres introduisirent sans ménagement le corps de son mari dans un grand sac-poubelle gris avant de déposer ce paquet dans le cercueil. "
Si le hasard existait, cela se saurait, me dis-je pour la énième fois...
12:20 Publié dans roman | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Weyergans
Gardel l'Etranger
Mon ami Louis Gardel (Fort Saganne etc) m'envoie son dernier roman, La baie d'Alger (Seuil). Ses accents camusiens y sont torrides, fréquents, justes. C'est du très bon Gardel. P.167, il emmène une fille à la plage, un Arabe passe devant eux exactement comme dans la scène du célèbre roman de Camus. Le garçon le désigne et dit à la fille : "C'est comme dans L'Etranger!". Mais l'effet tombe à plat car elle n'a pas lu le livre. C'est avec ce genre de déconvenues que l'on se retrouve seul, les pieds douloureux sur le sable brûlant. Je veux dire seul avec soi-même en dépit de la présence de l'autre et que (personnellement) je rêverais de sauter sur un étalon noir à la crinière vaporeuse et de fuir, oui tant pis : fuir!, au triple galop le long de la plage jusqu'à disparaître, baigné dans l'océan de mes cris. Plutôt que de rester faire la causette et dragouiller une fille à la peau de toute façon trop pâle...
12:05 Publié dans roman | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Louis Gardel : La baie d'Alger, Albert Camus : L'Etranger
La musica callada
Ceci est une note spécial-auto-promo. J'assume.
Les robes à volants préférées d’Orabuena étaient la noire à pois rouges, la noire doublée de soie rose et la blanche à broderies ocres. Trois robes d’un mimétisme taurin qui évoquaient une tornade lorsque Orabuena lançait un zapateo avec ses semelles qui s’achevait lentement avec les talons seuls, jusqu’à ce silence sonore, cette musique tue qu’évoque Rafael Alberti à propos du toreo :
Lointaine solitude sonore
source sans fin d’insomnie d’où jaillit
du toreo la musique tue.
©Léon Mazzella, Flamenca, roman, La Table ronde 2005. Pages 29-30.
11:45 Publié dans roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Roman, Flamenca, Alberti, Toreo
samedi, 01 avril 2006
Flamenca (extrait)
Voici les premières pages de Flamenca, roman, ©La Table ronde, janvier 2005.
Île de Procida, 21 septembre.
Esther étendit ses longues jambes bronzées sur la chaise, les caressa, se retourna vers la cuisine et lâcha un petit pet discret. La femme pète aussi. Il faut en accepter l’idée.
La mer cachait son jeu. Un bateau croisait au large. Ciracciello. À cette heure-là, les goélands voletaient contre le vent endormi, marchaient sur la plage en quête de miettes. Un chien famélique allait, reniflait le sable en trottant à la lisière de l’eau, se foutant des goélands.
-J’ai soif, Naphtali.
- Que veux-tu, thé ou café ?
Jamais de café, tu as oublié !
Esther sortait d’un cadran de sommeil. Douze heures de paix. Sur les traits à nouveau lisses de son visage, Naphtali pouvait lire en creux des larmes anciennes, la trace d’une crispation sèche. Elle secoua ses cheveux noirs, y noya une main pour en chasser des chauve-souris et des merles bleus. Deux braises décidées le fixèrent.
- J’y vais, j’y vais. Tu ne m’as pas dit… Ah oui, thé !
Pendant longtemps, Naphtali n’avait pu admettre que les femmes pussent mourir. Pis : qu’elles puissent souffrir avant de passer. Il aimait tellement la femme qu’il lui avait été difficile de se résoudre à cette idée jusqu’à l’âge de trente ans.
-Ne le fais pas trop fort. Tu me réveilleras ce soir pour aller dîner chez Vincenzo, dit Esther.
- Je réserverai une table contre l’eau, commanderai une dorade.
Que vas-tu faire?
- M’occuper des restes de maman. Des pêcheurs les ont remontés dans leurs filets. Ils ne savaient pas comment me le dire, alors ils sont allés les porter à la police.
Esther se tut, pleura, puis vomit et alla se coucher. Un quart d’heure plus tard, elle dormait comme un bébé et Naphtali eut à boire son thé. Il monta un drap jusqu’au cou de la belle endormie. Le soleil apparut sur l’île de Procida et l’inonda de cette lumière de l’aube dont on retrouvait la suavité à Cadaquès au crépuscule et la douceur à la plage de la Chambre d’Amour, l’hiver.
Leur mère s’appelait, s’appelle Orabuena. Orabuena Gargiulo-Bereshit. Née à Oran en novembre 1938. Son nom de jeune fille ? « Au commencement » en Hébreu. Les premiers mots de la Torah. De la Bible. Au commencement Dieu créa le ciel et la Terre. Son prénom veut dire « Heure bonne ». Bonheur. 
Au commencement était le bonheur.
LM
15:30 Publié dans roman | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note











