samedi, 19 septembre 2009

Ne rien faire à Venise

Ville aimant, ville amante, ville mante, ville menteuse, fardée, ville phare, Venise est un trésor caché sous le manteau, qui éclaire le pas du voyageur. Une flamme fragile. Venise brille sous une pellicule de poussière d’histoires, Venise est une vieille dame qui ne masque plus son âge et dont on devine la beauté enfuie.

images.jpgByron l’appelait  « le masque de l’Italie ». Derrière le masque, je vois Vénus.

Là, rien ne presse. Quand je circule sur l’eau, il me semble que je glisse avec le temps et quand je marche, à chaque croisement de rue, surgit quelque chose de nouveau à angle droit, une rupture sensorielle, trois fois rien : un gosse accroupi près d’une rigole, une façade de marbre usée, du linge aux fenêtres, des enfants qui courent (ils sont bien les seuls à le faire dans cette ville) après les pigeons.

Dans le silence du matin, une gondole semble ouvrir l’eau du canal comme une nappe de tissu et derrière elle, l’eau ne cicatrise jamais tout à fait. Cette impression revient sans cesse à moi. Dans la brume, lorsque l’eau coule comme du plomb fondu, la gondole apparaît comme une maquette de vaisseau fantôme et je pense à Pandora, le film. C’est avec Ava Gardner que j’aurais aimé faire l’amour à Venise, lorsque je m’y suis rendu la première fois. La gondole est un long cercueil de poèmes chuchotés derrière le masque de satin des soirées louches. Moins classe, mais plus agréable, le vaporetto me transporte et plus encore. L’accelerato (le plus lent, curieusement), en hiver, permet de circuler à l’aise dans une Venise prise, en partie paralysée par le letargo, cette léthargie qui donne à la cité la silhouette d’une belle allongée sur les eaux dormantes.

Les noms des îles principales évoquent un animal monstrueux : Dorsoduro (rond et dur comme le dos),

Spinalunga (échine longue), Cannareggio (touffes de roseaux dressés sur les eaux). L’animal fétiche de Venise, c’est le lion. Volontiers ailé place Saint-Marc, il balise la ville et certains attribuent l’origine de Pantalone à pianta leone en référence à la manie du marchand vénitien de planter des lions sur toute terre conquise, à compter des années 828.

Les pigeons vénitiens sont paresseux. Cocteau disait qu’ici, « les pigeons marchaient et les lions volaient ».

J’aime marcher jusqu’à me perdre dans le labyrinthe des rues et des fondamente cousus de ponts et de sottoportici (passages voûtés) qui images1.jpgcomposent les Sestieri, les six quartiers principaux : Castello, San Piero, l’Arsenal, San Marco, Canal Grande et Canareggio. Certaines rues ont des noms étranges, comme la rue « du soleil qui mène à la cour des ordures ».  D’autres finissent en cul-de-sac, version locale : au hasard de ces rues noires où l’on n’entend que ses propres pas et où nous  ne croisons que des amoureux et des chats, il arrive de trouver un canal pour seule issue. J’aime particulièrement San Michele, l’île cimetière, parce qu’elle sent la résine, la tulipe et la terre fraîchement retournée. L’herbe caresse nonchalamment les tombes comme des anémones de mer et les cyprès, raides comme des morts debout, y figurent un orgue gigantesque et silencieux.

La meilleure raison d’aller à Venise et de ne rien y faire, de se prélasser à la terrasse du Florian et d’y compter les pigeons –et les canards de l’orchestre qui joue chaque soir des airs vieillots. De marcher le long du Lido, aux charmes comparables, en hiver, aux longues plages landaises et à celle de Biarritz sous les embruns, lorsque l’hôtel du Palais est fermé. Loin du centre très touristique, les Vénitiens vivent leur ville. Le silence habille le geste lent du fabricant de gondoles, le pas du chat et les mouvements de tête de la vieille veuve noire qui se chauffe sur une chaise au soleil.

Venise elle-même se laisse aller. Elle s’abandonne à son destin sous-marin, mais sans précipiter le cours des choses. Elle s’enfonce de quatre millimètres par an dans la lagune, ai-je appris. L’acqua alta projette à période fixe ce qu’elle sera. Son matelas de bois ne la soutient plus. À Venise, les arbres sont sous les pieds du voyageur : douze millions de troncs venus des Alpes et des Balkans supportent la cité à bout de bras, et sont aujourd’hui à bout de forces. J’aimerais recouvrir Venise d’une cloche de verre pour la préserver encore, ou la piquer à je ne sais quoi pour retarder sa disparition. Au moins l’adoucir. Venise s’engloutit sans se hâter, à la manière d’un transatlantique sombrant vers une cité disparue.

J’en aime l’idée…

© L.M.

Voyageur, un magazine auquel je collabore de temps à autre, publie ce texte, que j'ai écrit il y a des années. Envie, du coup, d'y retourner. Au moins pour aller goûter Orto, le seul vin de la lagune, issu de malvoisia istria, in situ. Et de manger à la Locanda Montin.  Penser à vérifier, d'ailleurs, que la carte du restaurant montre toujours un portrait peint du poète Ezra Pound (enterré à San Michele)...

mardi, 21 juillet 2009

Ostapéouivlove

Ouiquende (aurait écrit Nimier) à Bidarray, à l'auberge Ostapé. Le bonheur en terre basque, je l'ai déjà écrit ici et là. La sérénité apprivoisée et à peine obérée par le froissement des ailes d'un vautour qui plane au-dessus de la piscine avec vue sur les montagnes dont la douceur rappelle seulement les hanches d'une, ou dune. L'insolent raffinement de la chambre. Et de la table : Claude Calvet, le chef, signe une cuisine franche et noble, caractérisée et audacieuse, mais sage cependant. Les produits basques doivent être, eux aussi, domptés. Splendide déclinaison du cochon d'Oteiza "de la tête aux pieds", extraordinaire pigeonneau... Petit-déjeuner formidable (la charcuterie! le mamia! la vue!).

Surprise : l'excellence du turbot aux champignons (cèpes, girolles, truffe d'été et champignons nippons dont j'ai oublié le nom) au Blue Cargo, sur la plage de Bidart, eu égard au côté mode/people et donc laissez-aller de l'adresse.

En revanche, la salade du Paseo Café (à La Chambre d'Amour), est une mezcla de no se que pas très fraîche et hors de prix.
Enfin, sachez qu'au bar du bout du Port Vieux à Biarritz, à l'emplacement idéal pour regarder le soleil se coucher à la fois sur l'Espagne, la Côte des Basques et le Rocher de la Vierge (à la table du haut à gauche, dans les rochers), la rondelle de citron qui accompagne le Perrier est facturée à  0,20€ sur le ticket. Choquant.

J'écris depuis la plage des Estagnots, à Seignosse-le-Penon, Landes. Ici, la wifi est au prix de quelques grains de sable fin sur mon nouveau MacBookPro qui n'a que 4 jours d'âge (un café -le plus cher du monde-, ayant tué net le précédent Mac...).
La houle est souple. Hier, j'avais l'impression de plonger dans la peau d'un dauphin, car un vent de terre s'était levé -rare!- dans l'après-midi, creusant les vagues, lissant la surface de l'eau, éclairant les tubes dans lesquels nous voyions passer des bancs de bars fuselés comme des étourneaux. L'envie de lancer une ligne avec un Rapala au bout me démangea.

Poursuite de la lecture de Spinoza et de la connaissance du personnage. Savez-vous qu'il exerca, jusqu'à sa mort en 1677, le métier de polisseur de lentilles pour instruments d'optique? Et qu'il excella dans cette tâche qui lui assura toujours l'indépendance financière et la liberté de ne pas se fourvoyer avec l'Université, après son exclusion ou hérem (excommunication) en 1656 -il n'a alors que 24 ans-  de la communauté juive d'Amsterdam?

DSCF6143.JPG

mercredi, 11 mars 2009

nage avec les baleines

cela fait sens
DSCF5606_1.JPG











mardi, 18 novembre 2008

San Pietro


podcast

Ciaccona, de Kapsberger (1640), in : Libro Quarto D'intavolatura Di Chitarone, par Rolf Lislevand (luth).

Ernst Jünger écrivit une plaquette sur San Pietro, « l'Île » (Sarde) par excellence selon lui, ou il assista, notamment, à une matanza (pêche -radicale et sans issue- au thon rouge) qui le marqua à jamais. Et une pêche à l'espadon, décrite dans ce petit livre précieux.

Il y est aussi question de l'essentiel du voyageur. Un air de Nicolas Bouvier flotte à la surface du texte magnifique de Jünger, à la manière de la peau du lait à la surface d’un bol chaud. On aime la crème ou on ne l'aime pas. Avant de livrer quelques mots de San Pietro (suivi de Serpentara, précieuse plaquette parue à La Délirante -je me souviens d'une conversation avec le poète Fouad-El-Etr, qui dirige ces éditions, à propos de Jünger, avant de lui acheter ce livre, il y a sept ans, au « Marché de la Poésie » annuel de la Place St-Sulpice, à Paris : émouvante, simple et dénuée d'atours : nul ne tentait de prouver quoi que ce soit à l'autre ; cela devient si rare!), et bien que cela n’ait aucun rapport, le vin de Sauternes, château Gilette 1955, Crème de tête, bu avec mes enfants et quelques fidèles, samedi dernier, en guise de dessert et accompagné juste de la voix de Catpower, dépassait, d’au moins trois franches coudées, tous les opéras italiens et les paysages givrés, d’aube de l’humanité, grâce à ses flaveurs de melon glacé, de confiture de pastèque, de foie gras poivré, de tarte à la rhubarbe, et aussi, oui ! de baies croquantes quoique flétries, de raisin surmûri, gavées de soleil et de brouillards matinaux. Un très grand moment…

Donc, de Jünger, cet extrait, comme on arrache une dent à la Vénus de Milo (sans gloire, car comment pourrait-elle se défendre ?..) : « Tout voyage doit inclure le pèlerinage au sens ancien du terme. Sinon, il ne reste qu’une accumulation d’images avec lesquelles le promeneur remplit son for intérieur, comme un album avec des cartes, mais cela reste plutôt nuisible, car le moi est dispersé. N’avons-nous pas souvent l’évidence d’une médiocre chasse aux images avec ces voyageurs qui, de spectateurs en éveil, se transforment en preneurs de clichés photographiques, et traversent le monde en aveugles ?  (…) Il n’y a qu’un voyage, le voyage de la vie, et chaque déplacement dans ce monde en est un des segments. Le but de chaque journée est à l’image du but de la vie, et devrait être un pilgrim’s progress. Sinon, nous avons fait un mouvement raté, inutile, nous multiplions le nombre des rotations vaines. »
Je comprends –tout à trac-, pourquoi Gracq fut le grand ami de Jünger. Il y a là, concentrée, l’acuité d’un regard (porté) sur le monde (in)actuel, que les deux grands écrivains partageaient.

vendredi, 30 mai 2008

Wanderer


Les commentaires laissés par Aude, hier, m’ont donné envie de revenir à un livre de Sylvain Tesson ce matin. Mes annotations nombreuses me rappellent que j’avais consacré une bonne demi-heure à son Petit traité sur l'immensité du monde, sur les ondes de Sud-Radio (ainsi qu'à Anatomie de l'errance de Chatwin). Il cite Saint-Augustin : « le bonheur, c’est de désirer ce que l’on possède déjà ». Ceci pour la note récente consacrée au désir, qui a généré tant de commentaires.
Tesson pense à la figure du wanderer, qui n’a pas d’amarres à couper puisqu’il n’en a aucune. Il s'en sent proche. Errant libre de toute entrave, le wanderer se distingue du voyageur classique : vagabond romantique, loup des steppes misanthrope, cavalier seul, ermite des taïgas, moine-mendiant, troubadour, hobos, trappeur, coureur de bois, errant. C’est un être « perpétuellement en état de poésie » (Novalis). Il ne supporte pas que le soleil, à son lever, parte sans lui, dit Tesson. Le nomade  « change le sable du sablier en poudre d’escampette, brise le cadran de l’horloge et se sert des aiguilles pour piquer sa propre croupe. (… ) Au tic-tac de l’horloge, le voyageur répond par le martèlement de sa semelle… » Lisez Tesson et partez (ou l’inverse : partez et lisez-le au bivouac).

vendredi, 09 mai 2008

Montaigne, toujours...

"Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent raison de mes voyages : je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche."

Les Essais, III, 9, éditions Arléa.

lundi, 21 avril 2008

AV206 NICKELCHROME

Cela n'a rien à voir... Mais je vends une Peugeot 206 HDI (diesel) 5 portes, gris métallisé, clim, lecteur cd, novembre 2001, 83000 km, contrôle technique ok, très bien entretenue et sous-kilométrée, argus, soit 5000€ au centime près.

jeudi, 06 décembre 2007

Le tour du monde sans escale?

Impossible!

fc8452be3650215a30b9b5c9fc2e9bac.jpg

lundi, 08 octobre 2007

Cardiff-Procida

f24ea31d5c5868e83242b580cf15fc42.jpg16e18622a42b7425f6a0a8d13d792a17.jpgProcida la magnifique, la sereine, quelques heures avant le match contre les Blacks (© photos L.M.). Ici, dans la Baie de Naples, le rugby est un mot que l'on n'a pas encore pensé à traduire dans les faits. Il planait sur l'île une atmosphère  pré-apocalyptique, samedi 6. Les goélands étaient devenus fous, qui prévenaient sans le vouloir les humains de l'imminence d'une catastrophe. Un orage, une armée d'orages se préparaient au large du Vésuve et au-delà de la  mer en direction de nulle part, vers d'insensés horizons qui froncaient. Déjà, les éclairs zébraient, marbraient le ciel qui prenait une couleur d'étain. La mer était du plomb fondu, le sirrocco soufflait fort et la pluie, si rare ici, vint. Violente, frappante, abondante, elle acheva de désaler ma peau qui avait plongé avec tant de volupté, à la plage del Pozzo Vecchio, surnommée plage del Postino (le film). Bien longtemps après la victoire des Bleus sur les Blacks (suivie à grand'peine sur le petit écran de télévision de l'hôtel), les éclairs continuèrent de blanchir la nuit et le tonnerre de gronder entre les parois de la baie de la Corricella aux larges bras en  arc, à la manière d'un crabe qui  voudrait retenir pour toujours tous les bateaux au havre de sortir. Le lendemain, hier, lavée, Procida semblait endimanchée, les joues roses, prête à faire un tour de balançoire dans le parc, baignée  par une jeune lumière d'automne, aussi douce que l'était la mer, où l'on entre en octobre comme en août. Le soir, au Stade de France®, je  voyais des Pumas  bouffer du chardon comme le font les ânes : avec gourmandise et cela ne manqua pas de piquant. Effeuiller brutalement la Rose sera plus compliqué, avec un Jonny Wilkinson revenu aux affaires, sauf à saboter son pied d'ici là. Mais ce serait déloyal, avouez... Le plus couard serait de le "concasser" comme dit Chabal, pour venger Betsen qui s'emplâtra Rocococko pleine poire. Alors :  ¡Vaya con dios! Et que le plus inspiré gagne.af02d1bdee274e194332d217a19a95ab.jpg

 

 

dimanche, 23 septembre 2007

A moi, l'île! Deux mots!

Paris me pèse. Je refile à Procida. Tant pis pour les quarts de finale... (photos ©L.M. prises en août dernier).3a6777014cf21d74d77dfb19d6d7435a.jpg4962a4b6f715140c62c737f3d7daa6dd.jpg

256fef8eef41feb50fe445c19ad51e21.jpg3bc97c9f993c5d811ef7b4f05498fd35.jpg40ba2ca83c993567ffb2caa1c35f4df2.jpg 21b17ddff8e82c6840818f1bedcc26f6.jpg

Toutes les notes