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Vous prendrez bien un peu d'acide dans le café, ce matin?
Jacques Duquesne, vieux Manitou, biographe de Dieu et juré Interallié, interrogé par une télé dans "le train du choléstérol" qui dépose à la Foire de Brive, déclarait sans ambages, il y a quelques jours donc, que son jury, en passant en dernier, ne pouvait pas toujours primer une maison qu'ils voulait récompenser. (Pauvres auteurs...). Lapsus? Même pas! Pensez donc! Rien de nouveau sous le soleil (pour citer à nouveau Ileana), mais "désormais, on ne s'en cache pas : c'est rentré dans les moeurs", comme ne dirait pas la concierge de l'Elégance du hérisson. Du coup, le travelling dans le wagon, où l'on aperçevait un Sabatier repu et las (on entendait presque les gargouillis de son ventre et la remontée de ses prochains rots), l'ami Louis Gardel au sourire dévastateur sous sa moustache blanche, une Madame Edmonde qui faisait sa très sérieuse, une Chandernagor toujours aussi sexy qu'une théière... Bref! le wagon prenait des airs de business-class : on y parlait affaires, pas littérature. Et ces gens-là semblaient se rendre à une bâfrerie où, entre deux gavages, l'on discuterait transferts et gros sous, comme au foot et j'espère pas bientôt au rugby, con!
La République littéraire a aussi ses "gros pardessus"...
"Et c'est ainsi qu'Allah est grand!", écrivait Alexandre Vialatte à la fin de chacune de ses chroniques, dans La Montagne.
Ah! Les Polnareff de notre enfance remixed par l'auteur!..
La râfle de Gallimard sur les prix littéraires d'automne continue et il ne s'agit pas d'un hod-up! Comme le précisait justement mon amie Ileana en aparté, il y a simplement que Gallimard continue d'être un excellent éditeur (sans parler des magouilles en tous genres du milieu), et que la maison de la rue Sébastien-Bottin est bien "la Banque de France de l'édition". L'expression est de Sollers.
(En inaugurant la place René-Char, à quelques mètres, Antoine G. a réclamé à Delanöe qu'on re-baptise un jour la Séb.-Bottin rue Gaston-Gallimard, du nom du papy fondateur. La place Jacques-Lemoîne est bien devenue l'adresse du journal Sud-Ouest!),
- Rappels avec annotations, sur la râfle Gallimard et sa périphérie :
Goncourt (Mercure de France, filiale à 100%. Un "petit Goncourt", ainsi que le susurrent en prédicateurs si sûrs d'eux-mêmes, les aigres, les suffisants, les blasés et autres chieurs-spécialistes).
Renaudot (une sorte de putsch de FOG sur socle d'un Le Clézio qui ne savait pas, depuis Macao je crois... pour un tout jeune auteur parfaitement inconnu du public, une vraie révélation donc. Son nom : Pennac, Daniel Pennac. Remarquez c'est bien, comme çà, le mecton pourra vendre un peu son livre! Il n'en avait déjà écoulé que 100 000! C'est un peu comme le prix de Flore remis à Nothomb, dont chacun sait qu'elle ne vend jamais un bouquin... Faut encourager les moussaillons!).
Fémina (au très brillant directeur du Monde, et j'ignore -ne l'ayant pas lu- si ses Baisers de cinéma sont doux et durables).
Décembre (l'actu sollersienne de la saison déborde à l'Infini. "On dit" pourtant que ce Cercle, de Haenel, est pâteux et assemblé, que ce collage racolleur -qui ne fait pas un roman-, aurait, de surcroît et selon Alina Reyes, puisé sa source dans la Forêt profonde d'icelle. "Affaire" à suivre...). En tout cas, ça fait 30 000 € pour son auteur. Déjà çà que la Sodis n'aura pas...
- P.S. 1 :
Stock prend le Grand Prix du Roman de l'Académie française (Alexakis) et le Goncourt des Lycéens (Claudel).
Le Seuil prend le Médicis (poignant Hatzfeld qui ne se remet pas, de livre en livre, de ses chocs rwandais). A noter que ce petit grand prix revient, comme l'an dernier (Sorj Chalandon), à un (ex-) grand reporter de Libé...
Un mot en forme de bravo amical à l'élégant, subtil et discret Olivier Germain-Thomas. Son succulent Bénarès-Kyoto (journal très "écrit" d'un authentique travel-writer qui pense joliment, avec Montaigne, que la philosophie, ça rentre mieux par les pieds), a eu le Renaudot-Essais.
Le Médicis étranger revient à un "très grand livre, mieux que le Littell", selon ma soeur Muriel et apparemment 30 000 autres fans déjà, soit à l'épais opus de Daniel Mendelsohn, Les Disparus, que je lirai bientôt (tu me le prêteras, Mumu?..).
- P.S. 2 :
Il est d'usage perfide (ce sont mes us préférés) d'appeler le dernier prix d'automne (d'importance) l'Intergrasset. Et de ne plus l'attribuer forcément à une carte de presse. En lice sous casaque jaune, Donner, le grand vexé du Renaudot, ayant supplié qu'on le retire des listes, plus de Grasset en finale, cette année! (Schneider et sa very successfullMarilyn s'était consolé avec ce prix, l'année dernière, et aurait acheté une maison sur "mon" île -Grrrrr!, avec ses droits d'auteur, car le bouquin a été acheté par plus de 20 pays). Alors? Ono-dit-Biot (Birmane, Plon), le protégé de l'influent FOG, son employeur au Point? Ou Libérati (Flammarion! Mais oui! le Flammarion reloaded de Teresa Crémisi!). Parce que Fotto. et Hatzfeld ayant été servis, il s'agit d'un duel. Sauf si un autre effet-Pennac sort du chapeau, chez Lasserre, à l'heure de l'apéro...
Réponse à l'heure du déjeuner, les enfants...
Après?.. Suivront des prix de plus en plus influents, à la suite du Wepler-Fondation de La Poste, dont le jury est tournant, à l'anglo-saxonne, et du Goncourt des Lycéens : le RTL-Lire, Le Livre Inter, celui des Lectrices de Elle...
Il y a des jours où l'on a l'impression que ces prix sont remis au Stade de France...
Sinon, Angelina en a marre qu'on la confonde avec Jennifer ou avec Aniston, je ne sais plus, et d'ailleurs Brad s'en fout, mais moins que moi, car cette nuit j'ai lu El Verdugo, relu Une passion dans le désert et je me suis dit (attention, scoop!) que Balzac était... est?.. un extraordinaire novelliste, autrement dit un écrivain complet : brillantissime sur la longueur, l'ample, le large, le gigantesque, autant que sur le bref, le ténu, le dense et le percutant. Rares sont les auteurs capables, ainsi, de savoir-faire sur la fresqueet sur le détail.
Enfin, Anna K. va bien, merci d'avoir posé la question. Les Cosaques attendront, en jouant au mus avec les Karamazov brothers ... Je demanderai à Manech de leur apprendre des coups (Imbido! Induki! Té!.. Yo!).
(Vous aviez dit rentrée littéraire?.. Attention jeunes talents?...)
Que faisait cette mante religieuse sur le perron de la terrasse, à Bayonne, le 2 novembre dernier, à l'heure du café? Elle resta ainsi statufiée, s'eut voulu mimétique pour accentuer sa défense. Je pus donc la photographier comme on photographie une énigme. Un fantôme hiératique sorti d'une pièce de Shakespeare revu par Peter Brook. Un boxeur préhistorique ignorant qu'il personnifie l'élégance, aux yeux amis.
C’est une question de nature. Et de culture. Une affaire viscérale, accrochée, comme le coquillage au rocher. Là où l’esprit souffle avec les vents, le souci de bien réussir ses jours et ses nuits fleurit et fait des petits. Le Grand Sud Ouest qui va de l’Atlantique à la Méditerranée en s’adossant aux Pyrénées et en ne remontant pas au-delà du raisonnable, souffle partout. Ca rentre dans chaque pore et ça sourit sur chaque lèvre. Et c’est communicatif, comme le fou-rire. Ici, on aime la vie et elle nous le rend bien. D’aucuns appellent cela « l’art de vivre ». Réducteur. Ici, chaque femme, chaque homme est un artiste de cette alchimie. Qui procède de ce que l’on reçoit. Cela vient de l’air, du temps, du paysage, de tout ce que les cinq sens prennent et gardent parce que c’est bon. C’est aussi une propension naturelle à se sentir en accord avec les couleurs, les produits, les sons, les saveurs, les lumières, la générosité, le sens de la fête, le rire, l’accueil. La beauté surtout. Le culte du bien-être ne demande aucun effort par ici. Ce n’est pas une gymnastique mais plutôt une respiration. Une marque de fabrique. Chaque matin qui se lève est une promesse de bonheur et de distance raisonnablement tenue avec les spectres empoisonnants de l’existence... Quand je suis sur place, ma légitime ambition est de prendre ces pays à bras le corps et la tronche. D’embrasser tout ce qui fait le sel de la vie, au sud de la Loire, laquelle coule de source. C’est quoi, ce sel de la vie? –C’est la nature, les paysages, les arts, l’histoire, l’architecture et les sports, la littérature comme les passions de chacun, de la star locale à l’inconnu célèbre. C’est autant la gastronomie que le surf et la palombe, les granges à retaper, la vigne à tailler et les quais à aménager, c’est un peintre taurin, la poésie d’une rue le dimanche, un festival, une foire, un marché, un portrait, une recette, une vue de l’esprit, un bouquet de talents… C’est le regard vrai surtout, car cette terre est faite des femmes et des hommes qui l’habitent. De l’intérieur. L.M.
Ne pas tout dire, mais suggérer. La littérature, dont c’est l’obsession originelle, n’a jamais fait autre chose pour exprimer l’amour. Dire et redire je t’aime de façon toujours différente est l’une de ses marottes. La déclaration d’amour en devient un genre. La poésie en témoigne, qui ne se trouve pas que dans le poème, mais occupe aussi le terrain de la prose. Il y a dans chaque déclaration d’amour un souci de fulgurance, de foudre, d’impact. « L’annonce faite à », doit frapper, car elle a l’ambition de ferrer, et de durer. Ambiguïté de l’amour : le mot latin « amor » décrit à la fois le désir charnel et l’aspiration spirituelle ; et révèle ainsi la source même de ce qui nous bouleverse. Omniprésence de l’amour : même les textes sacrés en sont empreints. Le Coran infuse sa sensualité dans la poésie amoureuse, la Bible célèbre le désir érotique dans le Cantique des cantiques. Absolu de l’amour : le chant courtois des troubadours, le chant profond de la « copla » andalouse, cherchent obstinément l’amour pur. Plus généralement, la littérature internationale, intemporelle, ne recréée qu’une seule et même chose : l’aveu qui cloue, qu’il exige une ou 800 pages d’approche ! Parce qu’il y a mille et mille façons de le lui dire, l’imaginaire de l’écrivain trouve, depuis l’invention de l’écriture, un inépuisable sujet dont la beauté parfaite est toujours à venir. Toute déclaration, tout « dit d’amour », suggère l’éternité, sinon ce n’est pas un serment d’amour. L.M.
Introduction à « Les100 plus belles déclarations d’amour », choisies par Florence Pustienne (fitway). J'ignore d'ailleurs si on peut encore trouver ce petit bouquin.
L’avantage du tantrisme, c’est de cultiver la rétention pour sublimer le plaisir. Ce n’est pas seulement faire en sorte que ça dure le plus longtemps possible (ce qui est déjà une fin en soi), mais de faire de la sexualité un aventure spirituelle. C’est d’une extase amoureuse qu’il s’agit, par d’une technique de performance. Le tantrisme vient de l’Inde ancienne, tantra signifie tissé ensemble : le couple ne connaît pas de dominant. Partie du Bouddhisme tibétain, le tantrisme est fondé sur la maîtrise de soi. L’homme y apprend notamment l’orgasme sans éjaculation. Le but est d’atteindre un nirvana sexuel, en poussant le désir jusqu’aux extrémités. Cet érotisme paroxystique procure aux initiés des plaisirs incroyables, à côté desquels nos orgasmes occidentaux paraissent bien instinctifs. Mais le tantrisme est une doctrine qui va bien au-delà de la sexualité : proche du yoga, il s’agit d’une philosophie complexe, avec ses dieux fondamentaux : Shiva et sa déesse Shakti (qui signifie énergie). Ombre et lumière, création et destruction. L’initiation au tantrisme polit l’ego, pacifie le mental, pour parvenir au maïthuna, le rituel de l’union sexuelle sacrée. Retiens-moi !.. LM
il y a des matins marshmallows où je me sens prêt à lire ou à entendre ce genre de choses...
Un lépreux : Merci Seigneur El Cid. Rodrigue : Tu sais donc comment on m’appelle? Le lépreux : Il n’y à qu’un seul homme en Espagne qui puisse humilier un Roi et faire boire un lépreux à son outre.
(…)
Chimène : Rodrigue, pardonne-moi. Veux-tu m’emmener avec toi ? Rodrigue : Mais je suis un proscrit désormais, et je n’ai nulle part où te conduire. Chimène : Mais nous serons ensemble. Nous ne serons pas nulle part. Je t’aime Rodrigue. Je t’aime…
Nous y prélevons ceci (*) ce matin, comme on cueille une primevère à l'épaule d'un talus. La sensibilité de son auteur semble n'avoir aucune limite. L'enchantement qu'il nous procure, à nous lecteurs, nous rend soudain plus délicats, ralentit nos gestes et nous incite tout à trac à regarder ce que nous ne faisions que voir l'instant d'avant. J'aimerai toujours la littérature pour la magie qu'elle engendre instantanément, sans jamais nous prévenir.
Vronsky et Anna ont désormais une liaison adultérine… Chapitre XX. « Anna s’étant donnée à lui par amour avait droit à tout son respect autant et plus que si elle eût été son épouse légitime ; l’estime la plus haute à laquelle une femme pût prétendre, il la professait pour elle et se serait fait couper la main plutôt que d’y attenter par un mot, voire par une simple allusion. Chacun pouvait soupçonner sa liaison, nul devait se permettre d'en parler : autrement il eût contraint les indiscrets à se taire,à respecter l'honneur de la femme qu'il avait déshonorée. Quant à la conduite à tenir envers le mari, rien n’était plus clair : du jour où Anna l’avait aimé, lui Vronski, ses droits sur elle lui semblaient imprescriptibles. Le mari n'était plus qu'un personnage inutile et gênant, position peu enviable sans doute mais à laquelle nul ne pouvait rien. Le seul droit qu'il lui restât était de réclamer une satisfaction par les armes, que Vronski était tout prêt à lui accorder, » Ca a vraiment de la gueule…
Reportage aller/retour à Cahors sur la truffe noire (Tuber melanosporum) selon Pébeyre, pour Maisons Sud-Ouest. L’occasion, à bord des Corail Teoz qui s’arrêtent partout en Corrèze, de lire, lire… Malgré ma ténacité, ma pugnacité, mon entêtement à vouloir savoir pourquoi des Michon placent Si je t’oublie Jérusalem - Les palmiers sauvages, et Absalon ! Absalon ! de Faulkner (les deux dans L’Imaginaire/Gallimard) au-dessus de tout, je me suis cogné les opus du zozo du Deep South. Alors il y a des débuts de chapitres à photocopier et à afficher dans ses chiottes, devant soi assis (tellement c'est beau : je me suis surpris à relire certaines pages à haute voix entre Vierzon et Limoges. C'est dire!). C’est net. Mais il y a aussi, surtout, je trouve, des passages longs comme un jour sans vin et qui relèvent de la littérature Dupont d’Isigny : ça colle aux dents. Voire de cette prose fétide qui renifle le tirage à la ligne, ce creux qui est là pour remplir, comme si le gonze était payé au signe près, par Life. J’ai baillé. Donc ça ne fait pas deux livres. Ni un. Ni nada. Jubilatoire est Une gourmandise (folio), de « la » Barbéry (Muriel) dont le si élégant hérisson, qui flirte avec les 700 000 ex., cloue le bec à tous les jurés de tous les prix de l’hexagone, avec la toute puissance -et il vous emmerde tous- du bouche à oreille. Aux orties le marketing, l'astrologie littéraire et les pronos à la con. On rigole (*). Ce subtil, audacieux, judicieux et superbe éloge du goût , de la Madeleine version sardine grillée (couillue, quoi), du style, volontiers grand mais toujours retenu, fin, racé, des sensations brutes que le vrai gourmand ressent, en font un grand petit livre. Là, voilà. Adieu, de Balzac (Le Livre de Poche à 1,50€), confirme mon pressentiment de découvreur du gonze Honoré : ce bonhomme fait ample comme personne et même quand il fait bref, il fait dense et renvoie les câbles d’Albert Londres, les grands reportages de Kessel ou de Boudard dans leur 22. Indépassable Comédie humaine… Ce « réalisme » à l’état pur, sa force de description de la guerre sur la Bérésina (la déroute de la campagne napoléonienne contre des Russes affamés, tourne au tragique comique épique et cru), ces personnages : deux amis chasseurs qui errent à la manière des personnages hiératiques du Septième sceau -le film de Bergman-, une femme folle, sont immenses tant ils sont vrais, pathétiques, poignants, touchants. Et çà tient dans moins de 80 pages ! Du grand art. En revanche, cet Empereur d’occident (Verdier Poche) que Pierre Michon lui-même (son auteur) n’aime pas beaucoup (il le dit dans Le roi vient quand il veut) est faible, asthmatique, un rien ampoulé, limite amphigourique. Il est poussif et pas crédible un seul instant. Allez va ! Relisez tous sa Grande Beune ce soir et tout ira bien demain.
Ciao bonsoir, happy bloggers!
(*) Un mot sur la rafle-coup de cul Gallimard : quand on y pense ! : après Les Bienveillantes, Harry Potter 7 et L’élégance du Hérisson, vla qu’ils squattent les 2 grands prix : Pennac avec la Blanche et Leroy avec le Mercure de France, filiale à 100%… (j’excepte Alexakis/Stock de l’Académie) ¡A ver ahora lo que sigue y sale, joder !.. Porque mañana es otro dia, no?!..
C'est Alina Reyes qui m'a alerté l'année dernière. Elle fermait le sien, convaincue du gâchis de la chose, parce qu'une armée des ombres pompe la substance des blogs comme autant de sangsues sans vergogne. En toute impunité, à la manière des pillards sur un champ de bataille. A se demander si Yannick Haenel, accusé par Aline Nardone, "survivante" d'Alina Reyes, d'avoir plagié le dernier roman de "feue" Alina Reyes, n'a pas construit son Cercle (Gallimard) à partir des coupes de Forêt profonde (Le Rocher) qu'Alina donnait, innocemment, sur son propre blog (qu'elle vient de rouvrir pour l'occasion, ai-je appris). Je l'ignore, n'ayant lu aucun de ces deux ouvrages. La polémique n'a pas eu lieu, comme elle a surgi entre Camille Laurens et Marie Darrieussecq (et leur éditeur au milieu, P.O.Laurens). Alors? Fermer son blog or not. J'avoue que certains jours, je donne à manger à mon chien (c'est ainsi que je désigne le fait d'ajouter une note ici même) en étant saisi d'un sentiment pregnant de vacuité, d'inutilité, qui ne s'apparente, hélas, ni à un acte gratuit, ni à un geste surréaliste; mais à rien. Sauf à un lancer d'avion en papier, comme on continuera encore d'en faire longtemps dans les écoles primaires. Chacun sait plier la feuille. Lancer, c'est autre chose. Jamais nul ne sait à l'avance si l'avion de papier piquera du nez aussitôt ou s'il effectuera un joli vol, dont la durée (et c'est beau à cause de cela) n'excèdera pas quelques secondes. Ah! Si nous pouvions faire ainsi des livres de sable, chers à Borgès...
Le grand écrivain des vies minuscules et autres vies de... livre un beau bouquet d'entretiens sur la littérature, donnés ici et là depuis 23 ans et rassemblés par Albin Michel sous le titre Le roi vient quand il veut. Une somme d'intelligence à l'état brut, un feu d'artifies de subtilités sur l'esprit de la création littéraire. Michon confie qu'il "écrit court pour garder intacte l'émotion, le tremblement, d'un bout à l'autre. La longueur de corde impartie au fildefériste est brève", ajoute-t-il. Pierre Michon recherche l'épure du roman, ou du récit, et pense avec Bataille que l'on ne peut s'attarder à des livres auxquels, sensiblement, l'auteur n'a pas été contraint. Si cela était raisonnablement observé par la machine littéraire, les libraires auraient davantage de place...
En feuilletant ce matin les archives de ce blog, ce que chacun peut faire, je reprends cet extrait d'une note écrite le 26 octobre 2006, il y a pile un an : la peinture comme le papier-peintn'ont pas encore besoin d'être changés.
"On devient vraiment majeur en donnant à ceux qui ont lâché les chiens contre nous sans savoir ce qu'ils faisaient le geste de paix nécessaire à une vie par-delà le ressentiment - trop coûteux en énergie gaspillée. La magnanimité est une vertu d'adulte. (...) Serein, sans haine, ignorant le mépris, loin de tout désir de vengeance, indemne de toute rancune, informé sur la formidable puissance des passions tristes, je ne veux que la culture et l'expansion de cette "puissance d'exister" -selon l'heureuse formule de Spinoza enchâssée comme un diamant dans son Ethique. Seul l'art codifié de cette "puissance d'exister" guérit des douleurs passées, présentes et à venir".
La culpabilité est une passion triste, qui ne doit en aucun cas être encouragée. (p.93)
Toute force réactive hait la douceur et cherche à la remplacer par d'odieux simulacres : la mièvrerie, la niaiserie, l'infantilisme, le consensus. (p.10)
Les puristes font la gueule, mais les puristes font toujours la gueule.(p.35)
Les douceurs sont des forces : un enfant sait cela. Souffler la graine des pissenlits. Caresser un caneton. Embrasser la petite fille de ses rêves. Porter un poisson rouge gagné dans une fête foraine. Goûter. Vivre ravit, chavire.(p.50)
Godard, jadis : on dit faire l'amour, c'est bien qu'il y a une notion de travail. L'amour est une douceur violente, comme l'espérance. Un oxymore, quand la passion est un simple paroxysme.(p.56)
La brièveté en poésie n'est pas tant le signe d'une modestie que celui d'un orgueil : il s'agit de parler peu, mais de dire l'essentiel.(p.64)
Il existe des violences propres à la douceur. Puisqu'elles nous emportent, appelons-les des ravissements.(p.70)
Il faut, nous dit Barthes, lire Sade selon un principe de délicatesse. A vrai dire, c'est toujours ainsi qu'il faut lire. La lecture est la plus subtile, la plus tendre, la plus raffinée, la plus raffinante de toutes les activités.(p.74)
... De lire la tribune signée par l'avocat Alain Weber et que publie Le Monde daté d'aujourd'hui (page 19) sous le titre : "Amis Anglais, merci d'avoir gagné!", car elle est brillante et salutaire.
Le chapô du papier, seulement (à vous de voir la suite) : "L'échec français met fin au hold-up de Sarkozy sur la Coupe du monde de rugby".
Dans VSD, pages 78 à 81, mon reportage rugby sur Saint-Vincent de Tyrosse, village Gaulois. Ou plutôt Gascon. Résistant, le village Landais enfante des champions depuis des lustres. Question de microclimat, affirment les hommes du club. Reportage aux sources du rugby, donc, dans le village d’Astérix le rugbyman. Là où, précisément entre la place du Foirail avec la 10 dans le dos, le bar Beneyx et le stade La Fougère, se trouve l'âme du rugby hexagonal. Il y avait longtemps que je voulais le faire, ce papier... Oui, cela fait bien 30 ans que j'entends parler de Tyrosse le crot à bons joueurs, alors té! Voilà la copie (réduite de moitié pour la maquette étriquée de l'hebdo, mais je garde au frais mes chutes et autres bons -pas bas!-, morceaux pour une autre fois).
Dans Le Nouvel Observateur, Paris-Ile de France, pages 30 à 32, mes idées de balades gourmandes en famille, dans le 77 et dans les Vosges, à l'occasion de la Semaine du Goût (dans le Spécial Junior de ce numéro).
Sinon, on commence à lire ici et là des bonnes feuilles des Mémoires de Sollers, qui arrivent le 25 chez Plon, après la Finale et avant la fin du tumulte des prix littéraires d'automne.
La Une de Libé est drôle : Desperate Housewife (à propos du divorce des Sarko). J'adore.
"Il fait bon savoir que les oenologues distinguent, au sein de la complexité d'un vin : la robe, le nez, la bouche. Et que la bouche, par exemple, comporte trois temps : l'attaque, le milieu, la finale. Ces finesses de langage correspondent à une finesse pratique du sensible et sont un salutaire appel à la lenteur des dégustations, qu'il n'est aucune raison de ne pas étendre à l'ensemble des objets du monde sensible. La haine petite-bourgeoise à l'encontre des finesses de vocabulaire, de sensations des amateurs de vins et, d'une façon plus générale, à l'égard de toute différence, est proprement terrifiante." Stéphane Audeguy, Petit éloge de la douceur.
"Et n'oubliez pas le jardin, je vous prie, le jardin aux grilles dorées. Et entourez-vous d'hommes qui soient comme un jardin, ou comme une musique sur l'eau quand le soir tombe et que le jour n'est plus qu'un souvenir. Choisissez la bonne solitude, la solitude libre, capricieuse et légère, celle qui vous accorde aussi le droit de rester bons en quelque manière." Nietzsche, Par-delà bien et mal.
TGV Paris-Marseille A/R, avant-hier et hier. Alors j'ai lu... Le somptueux Rafael le chauve, de Jacques Durand, sur El Gallo, torero couard et légendaire, magnétique et drôle des années d'avant, avant... (Actes Sud).
Le délicieux et si délicat, subtil même Petit éloge de la douceur de Stéphane Audeguy (auteur de l'inoubliable et magique Théorie des nuages), les 2 en Folio, le premier en Folio à 2€, ce qui est encore mieux.
L'énigmatique et violent Hommes entre eux de Jean-Paul Dubois, d'habitude si gracile et léger, désinvolte et aérien (L'Olivier).
Entamé -enfin!- La Reine de pommes de Chester Himes (folio noir),
et parcouru, en baîllant grave, le dernier Modiano ainsi que l'inutile et sénile opus sur Hitler môme, signé Norman Mailer, lequel s'achève mal, le pauvre. En plus, le titre (de son éditeur français) est si gracquien (Un Château en forêt. Il fallait oser!..) qu'une telle usurpation, un tel squatt, me dégoûtent définitivement.
Heureusement, entre deux, il y eût le Vieux-Port, des balades, le "ferry-boîte" pour aller de la Mairie à La Marine (le bar), un apéro ici, un truc là, un dîner inoubliable au "29", Place aux Huiles, à l'angle de la Place d'Etienne-d'Orves où siègent le journal "red" La Marseillaise et Les Arcenaulx des soeurs Laffitte, éditrices-librairistes-galeristes-restauratrices-amatrices-souriantrices (j'ai juste embrassé Jeanne en passant : c'était complet!). Le "29" inaugurait ce soir-là (avant-hier) : le mecton est un bon, qui fit ses classes chez les plus grands, comme Ducasse etc, et qui officia comme second de Lionel Lévy pendant pas mal d'années (Une table au Sud, the best of Marseille à mes yeux, que je dopais comme "meilleur espoir de l'année" il y a 4 ou 5 ans je ne sais plus, lorsque je dirigeais les rédactions de GaultMillau). Là, il vole de ses porpres ailes, le minot, en mâtinant néanmoins sa carte de chimie "mode" façon Ferran Adria sous-titrée par Hervé This (la description, orale, des plats, par un mec fin et vif, pas con, cependant, m'a quand même donné l'impression de lire un devis de révision de ma bagnole), mais ça reste bien, et surtout bon (aïoli reloaded, sepias bien aliacées, et un Domaine Sorin, vin de St-Cyr-sur-Mer, à tomber...). Les coquillages en veux-tu-en-voilà chez "Toinou" (Canebière, au début à droite après l'Opéra, tu vois?) furent comme d'hab' formidables (araignée, oursins, tout le truc, le vacqueyras blanc en cuvée toinou -les yeux fermés tu prends, etc).
De quoi oublier modianiania, mailerdeseretireràpetitspas, gars! l'Iran et Poutine, Cécilia qui se retrouve être la SEULE femme de France à ne pas pouvoir divorcer (lire Libé d'aujourd'hui) , la petite finale, la grisaille du ciel parisien cet aprèm, et mon téléphone qui déconne. Bisous
Le Hmmmmm… poussé par le public des stades lorsque Sébastien Chabal prend le ballon ovale et le Hooouuuu… que celui des arènes pousse lorsqu’un énorme taureau jaillit du toril, ont partie liée. Ils expriment la nostalgie des origines. Il semble révolu le temps métrosexuel où le monde n’avait d’yeux que pour David Beckham et ses clônes ou pour les éphèbes du Stade Français propres et nets, façon pub pour produits de beauté masculins. Voici revenu le temps de l’homme des cavernes, de ce fond d’animalité qu’on croyait disparu au cœur de la nature humaine, urbaine et lisse. Une soif de Sauvage gronde dans les tribunes des stades de rugby, à la faveur d’une Coupe qui sacre la force davantage que la tactique. Elle ne doit pas être confondue avec la sauvagerie mâtinée de haine ayant cours dans certains stades de foot. Aux corridas, c’est pareil : la corpulence d’aurochs est admirée. Il faut du brutal et du costaud partout. De l’être préhistorique. Des cheveux longs, de la barbe, des carrures sorties de la BD Rahan. Les ados surnomment Chabal Hulk. En trois mois, le rugbyman est devenu une star absolue, à son corps défendant. Passé du stade « inconnu au bataillon » au statut de people du Stade de France. Cet engouement est de bon aloi. En exultant, les spectateurs (certains se déguisent en Chabal) expulsent cette part manquante d’une société où le politiquement correct cerne, puis noie toutes les strates du comportement. Et il ne s’agit pas de violence, mais de joie. Celle de projeter sur un athlète au look antique les fantasmes de combats âpres et loyaux. Chabal est là pour enfoncer une ligne adverse, mais c’est un combattant armé de respect. Dans l’arène, le frisson provoqué par un de ces taureaux échappés d’une gravure de Goya, renvoie à un temps finalement cyclique. Rien n’est jamais irrémédiable, sauf la mort, nécessaire, du taureau. Les opposants à la corrida, dont le lobbying est plus puissant lui aussi, ne feront pas de différence entre une bête effilée comme un sanglier corse et une autre surarmée accusant 600 kg sur la balance. Donc, qu’importe. Avec un « toro-aurochs » le combat est plus dur, plus équitable. Et le respect reste l’arbitre de chaque corrida. Le public réclame davantage de spectacle, des jeux du cirque. Rome ! Il espère que Chabal prendra le ballon à chaque percée bleue. Qu’il envisage de faire un tour chez le coiffeur-barbier devient une rumeur nationale. La menace d’interdire la corrida aussi. Ce retour à l’âge de fer ou de pierre, à l’heure où les ours blancs luttent pour leur survie sur une banquise fondante, est salutaire. Il exprime une résistance. Une morale de la solidité. Une éthique homérique.
Et le plus savoureux est que Chabal et les beaux taureaux se retrouvent unis dans la ferveur, lorsque à chaque match de rugby, les « bandas » (ces orchestres de rue sont tous du Sud-Ouest : ceci explique cela) entonnent, comme à chaque corrida, Paquito chocolatero, ce paso doble taurin symbole de fiesta, de feria, de gaîté partagée et de rassemblement, toutes origines confondues . Car c’est un hymne à la joie qui met immédiatement le feu du bonheur et qui n’a pas la morgue guerrière de la Marseillaise ni le ton rogue et mortifère de la Lettre de Guy Môquet. Il soulève les foules. ¡Ola ! Léon Mazzella
PS : je devrais citer aussi Vino griego, fameux chant de fin des fêtes de Dax, tous foulards rouges tendus à bout de bras dans les Arènes d'abord, lorsque toutes les bandas sont dans le ruedo, et qui marque -à l'instar de Pobre de mi à la fin des Sanfermines, les fêtes de Pampelune-, le début de l'attente : à partir de ce chant, il ne reste plus qu'un an à tirer avant de revivre l'ouverture des Fêtes!.. Vino griego est aujourd'hui souvent donné (mais peu entonné) dans les stades (pendant cette Coupe, c'est le cas) et ça réchauffe les coeurs. Moi, ça me rappelle chaque fois Dax, en particulier la fin de Toros y Salsa de septembre 2002. Les larmes aux yeux je te dis, oui!..
Photos : Chabal, avec ou sans cheveux, ne produt pas le même "impak".
Toro de Osborne.
Lien media : Paquito chocolatero, à écouter en lisant ce papier. (Pour écouter Vino griego, rendez-vous sur radioblogclub.com : zik seule, ou bien sur UTube : ils ont la video en plus!)
"Ce matin, allons, il faut sécher nos larmes, savoir remercier nos joueurs, et se draper de dignité ( pour le coup, de grâce, ne cédons pas à la franchouillardise) avant d'aller doucement chuchoter à l'oreille en chou fleur de toute une équipe dévastée de chagrin, ces mots de Jean- Pierre Rives"le rugby est l'histoire d'unballon avecdes hommesautour; et quandiln'yaplus de ballon, ilreste l'essentiel, les hommes. "...(Benoît Jeantet)
Je restai éveillé auprès d'elle assez longtemps. Le sommeil d'une femme qu'on regarde intensément conjure autour d'elle une innocence, une sécurité presque démente : il m'a toujours paru inconcevable de s'abandonner ainsi les yeux fermés à des yeux ouverts.
Julien Gracq, Le Roi Cophetua, in La Presqu'île (José Corti)
confier à l'autre son sommeil est peut-être la seule impudeur laisser se regarder en train de dormir, d'avoir faim, de rêver, de se tendre, de s'évaser, est une étrange offrande une incompréhensible offrande
(...)
le jour s'était levé. de sa vie jamais Ann n'avait dormi si longtemps qu'auprès de cet homme.
La vie ne vaut rien rien La vie ne vaut rien Mais moi quand je tiens tiens Mais moi quand je tiens Là dans me deux mains éblouies Les deux jolis petits seins de mon amie Là je dis Rien Rien Rien Rien ne vaut la vie Rien rien rien… Rien ne vaut la vie.
Je ne me lasse pas de cette phrase, de l'écho qu'elle provoque à chaque lecture.
"Et si la littérature était un animal qu'on traîne à ses côtés, nuit et jour, un animal familier et exigeant, qui ne vous laisse jamais en paix, qu'il faut aimer, nourrir, sortir? Qu'on aime et qu'on déteste. Qui vous donne le chagrin de mourir avant vous, la vie d'un livre dure si peu, de nos jours". Roger Grenier, Les larmes d'Ulysse, Gallimard.
(…) C’est l’année du besoin. Cinq cents semaines durant j’ai été absent de mes desseins, déposé en nodules et silencieux jusqu’à la malédiction. Entre-temps la torture a pactisé avec les mots. Maintenant un visage sourit et son sourire se dépose sur mes lèvres, et l’avertissement de sa musique explique toutes les pertes, et il m’accompagne. Il parle de moi comme une vibration d’oiseaux qui auraient disparu et seraient de retour ; il parle de moi avec des lèvres qui répondent encore à une douceur de paupières.
Le Clezio, parfois, a des moments beaux. Simplement beaux. Ces lignes extraites de Lullaby, par exemple, parce que son dernier, Ourania, était mou, mais d'un mou (lui aussi...) Lullaby sentit que ses forces revenaient. Elle sentit aussi le dégoût, et la colère, qui remplacaient peu à peu la crainte. Puis, soudain, elle comprit que rien ne pourrait lui arriver, jamais. C'etait le vent, la mer, le soleil. Elle se souvint de ce que son père lui avait dit, un jour, à propos du vent, de la mer, du soleil, une longue phrase qui parlait de liberté et d'espace, quelque chose comme cela. Lullaby s'arrêta sur un rocher en forme d'étrave, au-dessus de la mer, et elle renversa sa tête en arrière pour mieux sentir la chaleur de la lumière sur son front et sur ses paupières. C'etait son père qui lui avait appris à faire cela, pour retrouver ses forces, il appelait cela boire le soleil...
Soldier, avec Akon (lien ci-dessus), sauve le dernier cd de Tiken, "L'Africain", déçevant dans l'ensemble. En revanche, le dvd joint est intéressant, émouvant même.
Mais qu'est-ce qu'ils ont tous à être mous du genou en ce moment! C'est l'époque ou quoi?..
Les derniers Manu Chao, Ben Harper et Tiken sont mous mous mous, monochromes, fatigués, dépourvus des reliefs vallonnés auxquels ils nous avaient tous trois habitués (pour ne citer qu'eux)...
Cela sent l'ennui, la sueur et le ton poussif qu'un homme d'affaires emploie l'après-midi, au bout lippu d'une haleine alliacée et burpantée par un déjeuner gras.
A LIRE DANS "MAISONS SUD-OUEST" QUI PARAÎT JUSTE, LÀ, ce reportage que j'ai réalisé sur "Le Bordeaux de Xira". En voici les premières et les dernières lignes. Le reste? -en kiosque, té!..
D’aucuns ignorent qu’il y a dakis derrière et Jean-Pierre devant, tant Xira est connu par son diminutif. Jean-Pierre Xiradakis, le moins Grec des Bordelais, le plus Bordelais des Grecs, le plus Gascon des hommes de goût (avec une poignée d’autres, de la trempe d’un Jean-Jacques Lesgourgues ou de celle d’un Jean Lafforgue), que la Gascogne ait engendrés depuis un bail, Jean-Pierre Xiradakis fait partie des meubles de sa ville, entrée au Patrimoine de l’humanité le jour où nous réalisions cette interview. L’Unesco, ça va donner 30% de tourisme en plus. La belle cité des 3M (Montaigne, Montesquieu, Mauriac) feint de n’en avoir pas besoin. Demeure British jusque dans ses moindres, ou planétaires, affectations. Avec son miroir d’eau, devant la Garonne et face à la somptueuse Place de la Bourse, que les pieds nus des Bordelais se sont immédiatement approprié et quantité de rafraîchissements et autres ravalements de façades, la ville a été refaite à neuf, briquée comme une pièce de cent sous, y compris sa rive droite, qui revit depuis quelques années. Le long des quais, à deux arrêts de tramway de la Gare St-Jean, se trouve une porte, moins impressionnante que l’une de ses voisines, la Porte-Cailhau, sous laquelle ont longtemps siégé les précieuses éditions de l’Orée, de Martial Trolliet (en voilà un autre, authentique Gascon !) : la Porte-de-la-Monnaie. À l’instar de la rue Vital-Carles que l’on pourrait rebaptiser rue Mollat en ajoutant librairies Vital-Carles, la rue Porte de la Monnaie pourrait être rebaptisée un jour rue Xira ; restaurants de-la-Monnaie. Une institution y trône au premier angle, c’est la Tupiña. Avec un tilde (prononcez « énié ») sur le « n ». Même s’il ne figure pas sur tous les documents et même si Xira lui-même s’en fiche un peu, que cette moustache capricieuse repose ou non sur le « n » du nom de ce restaurant, qu’il acheta pour une poignée de lentilles, comme le père Tari acheta château Giscours une poignée de pois chiches et comme Curzio Malaparte acheta sa fameuse maison à Capri une poignée de figues...
...Alors c’est vrai qu’une rando à pied en sa compagnie dans les rues méconnues du « Bordeaux de Xira », du côté des « Capu », de la rue Elie-Gentrac, de Saint-Michel dans les coins, peut ressembler à une présentation en règle de ses copains fournisseurs ou pas, d’ailleurs. Du genre : je vous amène des journalistes. C’est précisément là que réside la générosité du bonhomme, que d’aucuns (encore eux !) confondraient avec de l’opportunisme déguisé. Sous-genre : j’avance toujours, pedibus cum jambis, dans les rues de ma ville, chaque matin dès 8 heures, précédé de mon ventre (fais un peu gaffe, Jean-Pierre) et suivi d’une Cour « Pressée ». Après tout, l’Ambassadeur number one des produits authentiquement sud-ouest fait son boulot. Et bénévolement en plus. Sa ville le lui rend bien. Comme le Candide de Voltaire cultivait son jardin, le faux Candide Xira, en vrai bretteur gascon, sait cultiver ses connexions. On le dit large avec « qui il faut ». Paroles de mauvaises langues, donc de mauvais palais. De buveurs d’eau. Xira a toujours su de quel côté la tartine était beurrée. C’est tout. Sinon, il n’aurait pas fait cuisinier. Mais taupinier.
• Il y avait rugbymane, le blog rugby-littéraire de Benoît Jeantet (lien ci-dessous colonne de gauche), voici http://lachoule.blogs.paramourdurugby.com C'est un autre blog intello de la chose ovale. Allez-y c'est du sûr.
• News rumeur : Chabal, sortirace soirdes vestiaires avec la boule à Z et rasé de frais. Info ou Intox?..
• News perso : Et mon fils (il commence le rugby cette année) qui s'est fracturé le pouce avant-hier à l'entraino de sélection du PUC en se prenant le ballon et la godasse d'un autre à bout portant! Urgences à Cochin jusqu'à pas d'heure (on adore), 3 semaines de plâtre! Pour son 2è entraino, c'est pas du jeu!.. Si encore il avait essayé de se la jouer Imanol!..
Feu rouge à Saint-Paul (dans le Marais à Paris) saisi par ma fille. Il faudrait photographier ce genre d'initiative parisienne : le mot Amour taggé un peu partout, sur les trottoirs notamment, en est le plus joli exemple.
Mais le faire aussitôt, car certains ne tiennent pas longtemps : ce coeur a déjà disparu, arraché par les services municipaux, davantage chirurgicaux que poètes et qui n'adressent guère de télégrammes à la Yves Montand (Vous savez! Le fameux : "je-t'aime-je-t'aime-je-t'aime-je-t'aime-3-fois"...)
Au journal « Sud-Ouest », où il officia et où j'étais également reporter, Patrick Espagnet fit exploser son talent de journaliste sportif. On avait coutume de comparer Patrick à Antoine Blondin, c’est notre Blondin, résumait-on. Ses vrais amis préféraient dire de Patrick qu’il était leur Espagnet. Son style, ses portraits inoubliables des Rapetous du CABBG, le club de Bègles, ses amitiés ovales, sa faconde et sa générosité n’avaient d’égal que son talent immense et ses propensions à se foutre dans des colères blacks lorsqu’il avait un peu bu. Ce qui arrivait fréquemment. Ce que nous lui pardonnions tous. Enfin, presque tous (la drection du journal vit cela d'un oeil de plus en plus torve, à la fin). Patrick a laissé quantité de reportages sur le rugby qui lui ont valu une moisson de prix de journalisme sportif, et un bouquet de nouvelles ciselées comme des diamants remontés brut de pomme d'une mine d'Af'Sud. « Andy » est l’une d’entre elles. Elle résume, depuis un coin paumé de Nouvelle-Zélande, le lien viscéral qui unit tous les membres de la famille ovale. J’ai envie de vous offrir les premières lignes de ce texte, en hommage à une plume du rugby disparue trop tôt, le 18 janvier 2004. ¡Adios amigo! Adiou lou Patrick de Grignols! LM
ANDY
« Masterton. Nouvelle-Zélande. Un drôle de bled. Un trou du cul du monde qui aurait pas de fesses. Des rues coupées au couteau, droites et longues et qui sentent autant la vie qu’un cyber-café sent le bistrot. Deux pubs. Quelques magasins de fil de fer barbelé, de clôtures en tous genres. Quelques garages de machines agricoles. Des épiceries achalandées comme pour passer les Rocheuses. Des gens costauds, sympathiques et lisses, usés comme des pionniers. Masterton. Deuxième match de l’équipe de France de Berbizier en Nouvelle-Zélande. Un match du mercredi, comme on dit en tournée. Un match de peu, mais avec toutes les trouilles. Celle des remplaçants qui aimeraient bien gameller à l’auge des tests. Celles des titulaires qui ont peur de lâcher le fricot. Déjà le Catalan Macabiau semble sur le point de goûter le bois du banc… Le groupe, comme ils disent, est tendu. Avec des clans qui paraissent s’observer. Sans vraie joie. Avec un entraîneur plus abbé de Lannemezan que jamais. On a mis cinq heures de bus pour arriver là. On rencontre même pas une équipe de province. Simplement il s’agit, en toute reconnaissance pour immenses services rendus, de faire plaisir à Brian Lochore, le magnifique et mythique numéro huit Black des années soixante. Il est éleveur de moutons, comme presque tout le monde ici. Un colosse à la gueule de John Wayne mais dont on soupçonne qu’il n’aura jamais besoin d’une Winchester pour inquiéter la menace… » Patrick Espagnet, in : « XV Histoires de rugby », éditions Culture Suds, 3, rue Sansas, 33000 Bordeaux.
Et nous sommes nombreux à être contents d'apprendre, ce matin, que les "cotches" viennent de titulariser Chabal pour faire brouter du trèfle aux Verts, vendredi soir à Saint-Denis (avec Ibañez au talonnage et re-Michalak - Elissalde, charnière si brillante la semaine dernière). Face au bataillon de blessés (Skréla, Pelous, Harinordoquy) il va falloir une solide ligne arrière. Irish Mist peut faire mal, très mal. Car nous devons oublier dare-dare le triomphe sans gloire d'une victoire sans péril contre des Namibiens pénétrables en défense comme un pain de beurre sorti du frigo depuis deux heures, dans ma cuisine baignée par un Eté Indien de la mort de ta race... Une victoire beaucoup moins remarquable que celle qui consista à trancher fin du rosbif surgelé, façon carpaccio, avec des lames Boks effilées, méthodiques et acharnées à infliger un zéro pointé. On fait difficilement plus humiliant pour the Rose, sur une pelouse froggy...
Sujet : que vous inspire cette photo? Répondez en quelques lignes.
Rappel en forme d'autopromo : si vous ne l'avez pas encore, précipitez-vous chez votre marchand de journaux et achetez "The" hors-série rugby spécial Coupe du monde de VSD. Mais magnez-vous! Il est là depuis bientôt 8 semaines et il va pas tarder à être retiré. Après : raaaak! finito de bayona!
Pas mal, l'idée de Leroy (Alabama song, au Mercure) de se mettre dans la peau de cette tarée de Zelda et de nous montrer Fitz sous l'angle : j'ai vécu avec cette folle, mais j'étais bien atteint moi aussi...
A quand une fiction semblable sur l'une des égéries de Hem'?..
A part çà, la cuisine d'Antoine Westermann, chef du Drouant, est assez roots-grand-mère Reloaded. Intéressant.
Le magazine VOYAGEUR n°3, qui vient de paraître, publie un reportage que j'ai effectué chez Paul Canarelli, près de Sartène en Corse du Sud.
En voici les premières lignes. Les photos, extraordinaires, sont signées Erick Bonnier (sauf celle-ci, qui montre Erick l'oeil dans son boîtier et Paul, en retrait).
Le paradis des chasseurs existe. Il se trouve en Corse, au Domaine de Murtoli, au creux de la vallée de l’Ortolo. 2000 hectares de maquis giboyeux, d’une sauvage beauté...
Paul Canarelli habite une sorte de paradis. La phrase a l’air banale, comme ça, posée comme une certitude. C’est pourtant vrai. Et celui qui se rend chez lui le ressent comme une évidence. Le Domaine de Murtoli, dans le sud de la Corse, du côté de Sartène et vers Porto-Vecchio, c’est un cordon de littoral de 8 km de plages privées et 2000 hectares de maquis montagneux traversés par une rivière, l’Ortolo, le tout clôturé et parsemé de maisons habilement dissimulées dans la nature et toutes d’une beauté époustouflante. Chacune possède sa piscine et ses agréments divers selon sa taille (hammam et bar extérieur notamment) et a été aménagée avec un sens extrême du raffinement qui échappe au luxe dans ce qu’il a de m’as-tu vu. Ici, tout est discrétion, matières brutes, détails subtils, harmonie des tons et de l’espace. L’espace, c’est l’horizon bleu, le silence du maquis, à peine troublé par l’envol d’un perdreau ou d’un faisan et par le passage furtif d’un sanglier. Les petits chemins sinueux qui y conduisent sont difficiles car le repos à Murtoli se mérite jusqu’au bout. Cette alliance du rustique et du raffinement produit justement cette magie, unique.
TOUT EN ECOUTANT "MY FATHER" PAR NINA SIMONE, JE VOUS PROPOSE DE VOTER POUR LE GONCOURT, DONT LA PREMIÈRE SÉLECTION VIENT DE TOMBER, COMME TOMBENT LES FEUILLES. MORTES. (my choice is done)
L'Académie Goncourt a publié mardi sa première sélection pour son prix, qui doit être attribué le lundi 5 novembre.
Olivier Adam : "A l'abri de rien" (L'Olivier)
Pierre Assouline : "Le portrait" (Gallimard)
Philippe Claudel : "Le rapport de Brodeck" (Stock)
Marie Darrieussecq : "Tom est mort" (P.O.L.)
Vincent Delecroix : "La chaussure sur le toit" (Gallimard)
Delphine De Vigan : "No et moi" (J.C. Lattès)
Michèle Lesbre : "Le canapé rouge" (Sabine Wespieser)
Clara Dupont-Monod : "La passion selon Juette" (Grasset)
Yannick Haenel : "Cercle" (Gallimard)
Gilles Leroy : "Alabama Song" (Mercure de France)
Amélie Nothomb : "Ni d'Eve ni d'Adam" (Albin Michel)
Olivier et Patrick Poivre d'Arvor : "J'ai tant rêvé de toi" (Albin Michel)
Une page consacrée à ma fille Marine, dans "Le Monde 2"-ci-contre- lequel publie 2 de ses photos (qui faisaient partie de sa première expo de mai dernier, dont celle ci-dessus) sur le thème des verres en mouvement (verres et bouteilles de vin). La page s'intitule "objets animés" et Marine leur donne une âme. Son père est fier. Normal, nan?!.. Ce n° du Monde 2 est entièrement consacré au rugby, il est en vente à Paris aujourd'hui et en province demain.
Nota Bene :
"le prix de l'exclu mon cul"
remarque amère sur les photos de Michel Birot et autres auteurs de son agence Sport Attitudes, qui paraissent dans ce n° du Monde2. L'une d'entre elles (un essai de Chabal, en page 63) est parue dans le hors-série rugby (pp.14/15) que j'ai réalisé entièrement pour VSD, avec l'assurance de Michel Birot, "qu'au prix où il me cédait ses photos, elles sortaient de la sélection et ne paraîtraient nulle part ailleurs"... Moi je crois ce qu'on me dit et je paye donc le prix fort, rugby sur l'ongle!.. Ce mec a beau avoir du talent, il n'a donc pas de parole. Et pour moi, la parole vaut davantage que le reste, mais passons... Webb Ellis reconnaitra un jour les siens.
Par ailleurs, la superbe photo d'Ibañez qui illustre l'ouverture de la séquence sur les XV de ce hors-série de VSD, fait la couv. du Fig'Mag. d'aujourd'hui. Mais son auteur ne s'étant pas engagé de la même manière, je n'y vois aucun inconvénient et j'éprouve même de la fierté à l'avoir sélectionnée et publiée en juillet...
Quart d'heure autopromotionnel spécial autocopinnage grave : voici le texte de quatrième de couverture de mon petit livre "Je l'aime encore" (Abacus). Si vous avez du mal à le trouver chez votre libraire de quartier, vu que vous allez tous y foncer, @-moi! -Je vous arrangerai le coup...
Ca fait plus de trente ans que ça dure : à chaque écoute de Una Lacrima sul viso, je défaille. D'abord je revois mon père mettre le 45 tours à fond et courir aussitôt jusqu'à ma mère, en cuisine ou par là, pour la faire danser tout en chantant. Puis je me vois, il y a plus de quinze ans, dans ma première Alfa Roméo, sur la N10 plongée dans la nuit forestière, de Bordeaux à Bayonne, la cassette à fond. Je chante aussi et je suis "heureux comme avec une femme"...
Le bouquin que je préfère de cette nouvelle rentrée est une réimpression, en réalité. Je ne me lasse pas de sa lecture (la 3ème en 15 jours!). Je l'ai découvert l'année dernière, pour être franc. Mais cette fois, je le relis un peu par dépit et c'est une joie! Je me demande quand même si son Service de Presse a été correctement fait à l'occasion de cette salutaire remise en vente, car aucun feuilletonniste n'en a encore parlé. Attendons les premières sélections des grands prix d'automne! Il risque de créer la surprise. On parie?... Proche du Nouveau roman et de l'Oulipo, il déstructure davantage l'aventure lexicale que ne le faisait le genre à ses débuts, il enferme l'action pour mieux la circonscrire et laisse une incroyable liberté à ses personnages, dont l'étude psychologique, réduite pourtant à néant, en fait des êtres immatériels comme seules les contes, les légendes, ou le fameux "livre de sable" cher à Borgès, nous en offrent. Minimaliste, ne serait-ce que par sa minceur digeste, son économie de phonèmes et l'équilibre général entre la sémantique post-barthesienne et la narrativité néo-bovaryenne qui va de Céline à Dantec et Darrieussecq, l'ouvrage possède de surcroît une qualité double et de moins en moins rare : il se lit en 20 minutes et il est gratuit. Ce livre, au titre très Minuit, POL, ou groupe de Rock français, c'est : Le Contrat de confiance. Son auteur (préciosité?) néglige de se prénommer : Classe! C'est donc signé simplement, de manière lapidaire : Darty. Retenez bien ce nom. Il risque de nous étonner. D'autant qu'à l'instar de Thomas Pynchon, J.D. Salinger, Henri Michaux et Maurice Blanchot, le mystérieux et talentueux écrivain qui se dissimule (se préserve?) semble refuser toute interview et apparition publique, dans le culte ou la dévotion (je parie aussi) de la littérature dans ce qu'elle a de plus pur. Et çà, moi, j'adore. (photo ci-dessous : la couv. du bouquin, version "format à l'italienne").
Le chef Landais Alain Dutournier (Le Carré des Feuillants à Paris) pôele les gambas et les escorte d'une vraie nougatine sucrée, crémée, à l'ail et au gingembre! Dément. L'ail, tranché fin, sèche au four. Un verre de jurançon derrière et il fait beau en sortant.
Ce site a la bonne idée de publier des extraits des livres qu'ils présentent et conseillent. Voici celui qu'ils ont choisi de "Mon Livre de cave".
"L’ABC de la dégustation chez soi
De même que le vin que l’on remonte ou que l’on sort de la cave ne doit pas être brutalisé, la dégustation, surtout si elle se déroule en dehors d’un repas, exige du calme et un silence relatif (et une bouche débarrassée d’aliments qui altèrent le goût). Du calme mais pas de recueillement ! Le vin est l’ennemi de l’austérité. Il est avant tout plaisir des sens, synonyme de partage, de convivialité et de joie de vivre. Cependant, avant d’en parler, il convient de le déguster en trois étapes : à l’œil, puis au nez et enfin en bouche.
- À l’œil :
Un vin se regarde, comme une femme ou un homme qui passe. Un vin doit retenir le regard. Sa « robe » s’apprécie à sa limpidité ou bien à sa densité. L’intensité d’un vin se « lit » avec les yeux. Certes, il y a des vins trompeurs, mais l’œil désigne immédiatement un caractère. Ou une absence de caractère. Cependant, gardons-nous, à ce stade, de tout jugement hâtif ! Un vin gras ou tannique larme, ou pleure, il laisse des jambes couler le long de la paroi du verre. Un cordon se forme dans la flûte de champagne, sa bulle fine s’apprécie (et se préfère à la bulle grossière). Remuez doucement le verre. Poursuivons…
- Au nez :
Un mouvement giratoire du verre permet au vin d’exprimer ses arômes. Plongez votre nez. Respirez lentement. Les flaveurs fondamentales apparaissent aussitôt : floral, minéral, épicé, brûlé, animal, boisé, végétal… Le respirer une deuxième fois, puis une troisième, permettent de trouver d’autres arômes, plus précis. Le vin affirme sa personnalité : fruits rouges frais sur les rouges, agrumes ou fruits à chair jaune sur les blancs, champignons, terre, cuir, poivre, fleurs blanches… Certains vins nous chuchotent des promesses formidables, au nez, qui retombent comme un soufflé une fois le vin en bouche. Il n’est donc pas encore temps de parler.
- En bouche :
Certains vins sont si diserts, si bavards au nez, et si bons, que l’on a plaisir à retarder le moment de les porter délicatement en bouche. Même s’il peut paraître inélégant d’aspirer un peu d’air en faisant tourner le vin dans sa bouche, cela permet de bien ressentir ses saveurs « d’attaque », ses tanins, sa structure déjà. Puis vous éprouverez le corps du vin, et enfin sa longueur en bouche, soit sa persistance. Certains vins ont un final magnifique, d’autres sont courts. Voire fuyants. Aucun ne ressemble à un autre, y compris dans une même caisse ! C’est aussi cela, la magie, le mystère, le plaisir de la dégustation. À présent, vous pouvez en parler. Et vous resservir…"
Le dernier CD de Manu Chaho est poussif et laborieux, il sent la sueur de la paresse, pas celle du travail. La redite. Le je-m'en-foutisme-de-nous-tous : bref! Le bonhomme manque de souffle, il épouse son époque : aucune durée, aucune vue à long terme.
Le dernier CD de Ben Harper, je ne sais pas encore : aussitôt acheté, hier, je l'ai offert à mes enfants sans l'écouter : ma fille m'affirme déjà qu'il est top!
Sebastien Castella, torero de verdad, n'a rien coupé à Bayonne, dimanche (toros de mierda).
J'aurais dû suivre mon idée de mettre Sébastien Chabal en couverture du hors-série rugby que j'ai fait pour VSD : plus fulgurante-star, tu meurs! M'est avis que le portrait qu'en a fait Benoît Jeantet (dans ce n° "anticipatif" qui se vend très bien), y est pour pas mal dans l'allumage du feu aux poudres.
Interlude (arrêt sur images, comme dans un générique de Godard) : les Sébastien ne sont pas tous martyrs.
Le mystère José Tomas (¡torero gigante!) m'envoûte. A côté de la misère quotidienne de tous ceux qui se rendent à leur travail "en entreprise" et sa cohorte de radio-moquette, de non-dits, de coups de couteaux dans le dos, de codes hiérarchiques ridicules, de réunions stériles, chronovores et coûteuses, de "plateaux" où tout le monde s'emmerde, est payé à regarder ses poils pousser dans les deux paumes, où le "tigidigig" de MSN règne en nouveau maître des consciences au court-bouillon sur chaque écran, où l'hypocrisie est une valeur bien côtée en Bourse... A côté, le mystère José Tomas me captive; oui. Fièrement.
Je confirme : "Le Canapé rouge" de Michèle Lesbre (éd. Sabine Wiespeser) est un excellent roman qui surnage , souverain à mes yeux, au-dessus cette rentrée littéraire poisseuse.
Vous savez ce qui manque à cette "rentrée"? Un Tanguy Viel, un Claude Simon, un Julien Gracq, une correspondance retrouvée de Flaubert, un inédit de Faulkner. Au lieu de quoi Gallimard nous annonce (punition?) un inédit de Saint-Exupéry. Et nous attendons "le" Quignard en octobre, chez Flamm. (voir note précédente à propos de lui et de ces connards d'ultra-cathos -aussi terrifiants que des Etarraks ou des Al-Qaïdiens-, qui versent avec une couardise doublée d'une lâcheté signée, du gas-oil à Lagrasse, sur les livres de la librairie toulousaine, entre toutes exemplaires! "Ombres blanches"... Putains de cathos!)
Caméléon, restaurant "mode" de la rue de Chevreuse (6ème arr. à Paris, côté Coupole, Dôme, limite 14ème) est cher, mais bon (plats correctement exécutés au peloton du piano). Arabian, grand communiquant, est d'un tutoyant de bon aloi. Mode, lui aussi. Le problème, c'est que côté fumeurs, on se cogne Fashion-TV sur écran plat, lorsque nous avons envie d'échanger calmement, à voix douce, basse, sur l'expression "morantienne" de l'île, unique, de Procida, sur l'avenir de la littérature contemporaine d'après Julien Gracq et sur le bien-fondé de la biodynamie pratiquée, en précurseur, par un vigneron d'exception comme Lapierre à Morgon : on est complètement sur le fruit, ça se mâche, c'est gourmand et, comme dirait mon ami Christian Authier, "il ne manque plus que les poissons rouges dans le verre opaque!".
J'ai placé cet extrait en exergue du roman que je suis en train d'écrire...
« Elle est étrange cette soif de se confesser, de demander pardon à quelqu’un par l’intermédiaire d’un livre… Je ne dis pas seulement cela pour m’excuser. Les indiscrétions criardes de certains écrivains dans leurs livres sont peut-être un hommage à la femme qu’ils ont aimée et que souvent sans le vouloir ils ont fait souffrir. Comment mieux demander pardon, comment rendre un plus bel hommage à l’objet de leur amour, comment le faire de manière plus éclatante et plus sincère qu’en écrivant ?... Peut-être qu’à l’origine de mon livre, il y a le besoin de demander pardon à Ileana. Noces au paradis : il me semble que ce titre en dit assez… J’espérais qu’au moins ce livre racontant notre histoire, s’il tombait un jour sous ses yeux, la persuaderait de revenir… Je l’attends. Parfois je m’imagine, vieux, seul au milieu de mes livres, penché sur la même table, tel qu’Ileana m’a vu tant de fois, des nuits d’affilée. Et j’imagine alors que quelqu’un frappe à la porte, que je vais ouvrir distraitement et que je la trouve sur le seuil. J’y pense constamment… »
Mircea Eliade, Noces au paradis (L'Imaginaire/Gallimard)
"Sur les 875 millions d'armes dans le monde, 650 millions sont détenues par des civils et 225 millions par les forces militaires ou de police." Le rapport 2007 sur les armes légères, qui émane du Graduate Institute of International Studies de Genève, estime que les citoyens américains détiennent 270 millions d'armes à feu sur les 875 millions répertoriées dans le monde. Le Yémen est à la seconde place derrière les USA!
L'avenir est au polar. Mais serai-je capable d'en écrire un? -Non.
Sinon, à propos de pétard, courez voir "La fille coupée en deux", le dernier Chabrol, notre Hitchcock balzacien. Il sent , comme les autres, toujours autant la naphtaline de nos provinces. On y ressent toujours autant de névroses petites ou grande-bourgeoise (en l'occurrence grande, et Lyonnaise en plus!). L'étude de moeurs et de caractères est franchement littéraire : du Mauriac sur le Rhône mis en pelloche, avec toute la modernité dont Chabrol sait si bien orner ses films. Glauque à souhait, pervers à la marge, le film est fidèle au fameux regard suraigü d'ethnographe que possède Chabrol. Et puis il y a la divine Sagnier, le très surprenant Berléand, le performant Magimel. Les autres acteurs sont exacts et précis dans leur rôle respectif. Soit menés, conduits de main de guide. Je le reverrai volontiers. Et çà, c'est un signe. (l'affiche est signée Miss-Tic, ma voisine. Et elle n'est pas bécassine).
C'est mon nouveau livre. Ecrit avant l'été. Une pause. Entre deux livres importants (un roman et un récit, en cours). Modeste, il évoque le vin et les bonnes manières de le choisir, le conserver, le servir, et tout çà. Voici la fiche de l'éditeur (Le Chêne) que l'on trouve sur le site.
Un bravo très spécial à la maquette et à la réalisation générale de l'ouvrage, car elle est superbe, puisqu'elle est signée GRAPH'M (Gérard Paulin), un grand pro de la chose, avec lequel j'ai eu le bonheur de réaliser tous les livres de fitway publishing et même le hors-série rugby que j'ai fait pour VSD, paru à la mi-juillet.
Mon Livre de Cave
Léon Mazzella
août 2007
Un livre raffiné et pratique à remplir vous-même pour gérer votre cave, référencer tous vos vins et noter vos commentaires de dégustation. Des pages de conseils et d'astuces pour bien choisir et acheter vos bouteilles, composer votre cave idéale, servir et déguster vos vins. Indispensable à tous les amateurs de vin !
160 pages | 210 x 280 mm | prix public : 25,00 € | Code ISBN / EAN : 9782842777654 | Hachette : 3419272
Présentation de l'éditeur Tout amateur de vin qui se respecte adore partager son plaisir de découvreur et d'épicurien. Le vin étant un produit qui se bonifie avec le temps, " monter " sa cave devient vite une nécessité. Collectionner en achetant judicieusement, conserver dans les conditions optimales, " gérer " ses grandes bouteilles et ouvrir chacun des trésors que l'on a entreposés au pic de son apogée, constitue une récompense d'esthète soucieux de convivialité et d'hédonisme, qui ne doit cependant rien laisser au hasard. L'homme de goût trouvera dans cet ouvrage les conseils indispensables à la constitution d'une cave qui s'approchera de la notion d'idéal (de toute façon, celui-ci n'existe pas). Du décodage d'une étiquette aux astuces pour aménager l'espace qui accueillera les bouteilles, des conseils d'achat du vin aux clés des alliances inédites entre mets et vins, des cépages du monde au choix du verre idoine et du meilleur tire-bouchon, de la dégustation en trois leçons au panorama des plus grandes régions vinicoles de France et du monde, mon livre de cave deviendra vite le compagnon idéal de votre cave.
Biographie de l'auteur Léo Mazzella, journaliste, écrivain, a notamment été directeur de la rédaction de GaultMillau.
"Son grain de beauté noir, elle sait bien. Et ma main droite pour sceller son sommeil, bien calée sous son sein gauche. Et le matin, cette très grande paix sans conquête ni victoire, ineffaçable comme tout ce bleu carillonnant contre le ciel de Vaugirard, comme dans ses cheveux ruisselants le parfum de l'évidence." 59 préludes à l’évidence, d’Arnaud Oseredczuk (Gallimard)
...Cet extrait déjà cité dans une note du 26 mai dernier, car en feuilletant plusieurs romans de cette rentrée, je ne trouve pas encore l'équivalent.
Sauf peut-être... -mais je l'ai à peine entamé, dans Le Canapé rouge de Michèle Lesbre (éd. Sabine Wespieser) : p.16, déjà : "Je savais que le véritable voyage se fait au retour, quand il inonde les jours d'après au point de donner cette sensation prolongée d'égarement d'un temps à un autre, d'un espace à un autre."
p.19 : "Ces matins incertains, sans lieu précis, sans heure exacte ou même approximative, quelque part dans une durée indéterminée, me propulsaient bien au-delà du paysage visible. Des gares en ruine m'évoquaient d'autres pays où parfois je n'étais jamais allée, lieux improbables donc, plombés par une inquiétante désolation où quelque drame se jouait à l'insu du monde."
D'emblée, nous savons que nous sommes en présence d'un véritable auteur ayant un souci majeur de l'équilibre de la phrase et sa musique.
madblogman collectionne les blogs thématiques, il les écrit tous chaque jour, alimente sa meute de chiens avec talent, je découvre celui-ci ce matin : de la littérature considérée comme une course de fond...
Si vous aimez cela passionnément, surtout la littérature, lisez ces 64 pages de pur bonheur, signées de notre meilleur chroniqueur/écrivain taurin (n'en déplaise au Bayonnais Francis Marmande -que j'adore lire dans Le Monde), Jacques Durand. C'est le plus beau livre sur la tauromachie qu'il m'ait été donné de lire depuis "Le Torero Caracho" de Ramon Gomez de la Serna. Actes Sud l'a publié. D'abord enrichi de photos, superbes, de Marie Fouque. Mais, comme chacun sait ou ne sait pas, les "beaux-livres" empêchent la lecture du texte qui les soutient généralement et les font valoir. Ceci explique cela. Donc, l'éditeur a resorti le texte seul. Et il s'agit bien d'un diamant. D'un régal absolu. Mon stylo, toujours prompt à souligner, en cours de lecture, la phrase exceptionnelle qu'il faudra que je retienne pour les prochaines relectures, s'est emballé. Tout, ou presque, est soulignable. Et fut souligné. Un bijou, dis-je. Une merveille de littérature et de profondeur. De sentido et de sentiment. D'humour raffiné et de connaissance suraiguë. ¡Ooo-lééééé ! (Depuis, José Tomas Roman est revenu. A Barcelone le 7 juin dernier, puis ici et là cet été...).
PS : le problème avec mon clavier, c'est qu'il refuse de mettre des accents là où la langue Espagnole en exige : le cas échéant, sur les a de Tomas et de Roman. ¡Disculpe! José Tomas, roman...
Je ne me lasserai jamais, je crois, d'écouter Paquito chocolatero. Et ça fait bien vingt que çà dure...
Peu de musiques sont autant capables de me transporter à la vitesse de la Lumière, de me propulser littéralement comme un Spoutnik, tchaak! En un éclair, dans une arène a las cinco de la tarde (o a las seis), baignée d'un soleil écrasant comme il faut qu'il soit et d'une atmosphère de liesse aficionada de folie. J'adore. N'en déplaise à ceux qui refusent d'essayer de "piger le coup" (no discussion is possibeule, de toute manière, sur le sujet -et c'est finalement mieux ainsi : chacun mes goûts et mes dégoûts), j'écoute Paquito, là, en écrivant cette note et je me souviens des tardes bitteroises et dacquoises de l'été qui ne s'achèvera pas, non, sans que je vois encore des toros (que l'on espère toujours nobles) et des artistas (toreo de verdad prévu avec Tomas et Castella) en septembre, de Bayonne à Nîmes en passant par Dax...
¡Suerte para todos et que Dios reparta bien las cornadas! (Joder...)
PS : je suis content! je peux enfin joindre de la musique sur mon blog! Youpi...
Castella à gauche, Tomas à droite. Le coeur au centre.
« Je n’étais pas là la nuit où j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque "l’origine". Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l’effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu’ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde. Si derrière la fascination, il y a l’image qui manque, derrière l’image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit. »
Pascal Quignard, La Nuit sexuelle, à paraître en octobre chez Flammarion
moi je n'en peux plus d'écoeurement, ce samedi 25 août...
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(*) vous avez été 569 à visiter mon blog la nuit dernière -un record pour un 24 août?! Dans le lot, vous serez bien une poignée à lire cette lettre sereine et brillante des éditions Verdier, à Lagrasse, Aude et à réagir ici, si vous le voulez bien.
Plus nauséabond, tu meurs! Malodore est le nom d'un répulsif puant (dans tous les sens du terme!) qui va être utilisé par le Maire d'Argenteuil (Val d'Oise) pour éloigner les SDF, oui, les sans domicile fixe, pas les rats, non! Des êtres humains mais qui n'ont pas de maison!.. Du centre de sa commune.
Je ne rêve pas en lisant cela ce matin (dépêche AFP d'hier soir reproduite sur la page d'accueil de Yahoo). Je me dis seulement, en enrageant en silence, que cette planète ne tourne vraiment pas rond.
Le maire s'appelle Mothron (Ump) il a une gueule de vrai con, la société qui fabrique Malodore, "produits d'entretien"..., se nomme Firchim et les sdf qui vont s'en prendre plein la tronche sont bien sûrs anonymes, comme les chiens errants.
Ce n'est pas scandaleux. C'est inqualifiable. Et à pleurer.
Sinon, Barre est mort et il était temps, car ses neurones devenaient violemment racistes, sur le tard (souvenez-vous de ses déclarations odieuses, au printemps dernier).
Et la rentrée "littéraire" est déjà dominée par une espèce de "roman" (Stendhal, Proust et Flaubert se sont bruyamment retournés dans leur tombe, en voyant les Une des magazines consacrés au sujet) signé Reza, dramaturge bien connue, sur la campagne de France du Nabot 1er qui nous gouverne presque seul.
Rappel en forme de maxime apprise à Sciences-Po à l'époque du Plan Barre 2 et dont j'ai oublié la paternité : "Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument".
Second rappel (après je file me refaire du café. Je suis d'humeur passablement écoeurée, ce matin!) en forme de citation : "De moins en moins édition. De plus en plus poubellisation" (D. de Roux).
Conclu : Relisez "Le Baron perché" du génial Calvino (Points/roman), dégustez le mince et si dense "Mal de pierres", de Milena Angus (Liana Levi), guettez le nouveau O.Adam (à L'Olivier) et le prochain P.Quignard (Flammarion, octobre) mais, de grâce! Ignorez l'opus-cule de Y.Reza, que d'aucuns et des plus bien-pensants (les pages Livres de grands quotidiens et news!) veulent nous faire passer pour de la littérature.
C'est Le Petit Robert qui n'en revient pas, à ses pages 1995/96...
Si vous aimez les notules enlevées et profilées sur les livres à vocation littéraire évoquant le rugby, foncez sur le blog de benoît jeantet : http://rugbymane.blogspot.com/ à la rubrique lignes de fuite. C'est du comack.
"Son sexe, je le trouve beau, beau à regarder lorsqu'... écarte ses jambes parce qu’elle veut que je la pénètre, et que je suis sur le point de le faire et que je retarde ce moment. Parce que j’aime regarder son sexe longuement, avant de l’embrasser, de le happer, de le manger avec mes lèvres. Y entrer enfin, faire disparaître mon sexe dans le sien comme un sous-marin en plongée, un dauphin de fresque de Cnossos, est aussi une affaire de regard porté sur nos corps. J’en aime la vision. L’image d’abandon, de disparition, de plongée justement, au fond de son ventre à elle.
Voir son sexe a pris une dimension étrange, depuis l’accident. Je le regarde comme l’entrée de L'Origine du monde. Je suis parfois bloqué devant le paysage du sexe de mon amour. J’en ai les jambes coupées. Le regard paralysé. Je suis à proprement parler fasciné. D’abord par sa beauté. Oui, vraiment. Je ne m’étais jamais extasié auparavant devant le sexe d’une femme. Mais les courbes de l'aine d’..., les légers renflements, les molles ondulations figurant des dunes de sable, achèvent ses cuisses –là où le poil pubien apparaît de part et d’autre-, avec la grâce d’un fusain d’Ingres. La forme de son triangle, ce petit grain de beauté placé là, le livre de ses petites lèvres qui me tirent un tout petit bout de langue rose –leur marque-page, que je ne me hâte pas d’embrasser, non, jamais tout de suite, pas déjà me dis-je, préférant continuer de vivre l’emprise de cette délicieuse paralysie, sans la brusquer ; me font défaillir. Tout cela me fait bander de partout, par tous les pores, tous les cheveux, et du sexe jusqu’à la douleur."
Ce que je préfère dans la bière, c’est la moustache blanche qu’elle laisse sur ta bouche lorsque tu bois à mon verre et que tu ris d’aise, coquine au regard de voleuse de cerises. Ce n’est ni une kriek, ni une mort subite, mais une blonde à l’amertume bouleversante venue des contrées de Hamlet, le Danemark. To beer or not to beer ?... Nous dînons sur les Champs, ce n’est pas un déjeuner sur l’herbe, pourtant l’aneth embaume la table, le saumon porte un nom de baiser, de chanteur -Bécaud ; et je t’embrasse. J’absorbe l’écume de basse mer sur le liseré de ta lèvre supérieure. Cette Carlsberg ne va pas sans Aquaviit, l’alcool blanc que tu me fis découvrir à Copenhague ; ta ville. C’était juste avant que tu me pousses à visiter Aalborg. Nous avions déjà sillonné la Belgique des Abbayes comme des moines trappistes : de brasserie en brasserie.
Blondes, ambrées, rouges, gueuzes à la bulle fine comme le meilleur champagne, bulle grosse comme ça de certains lambics, miellées, acides, grasses, kirschées, cidrées, maltées à mort, épicées, nous avons découvert ensemble l’alcool de ta passion. J’ai suivi. Sans coup férir. Moi le buveur de bordeaux. L’enivrement fut à la hauteur de mon émerveillement. Certains soirs, entre chienne et louve puis aux alentours de minuit, lorsque notre identité ignore les frontières, nous entrions dans une toile de Brueghel le Vieux. Je tenais ma chope aussi sûrement que tes hanches. Tu invoquais Gambrinus, le roi légendaire et laïc, protecteur de la bière. Je pensais au meilleur café du monde que l’on boit au bar éponyme de Naples. Sous tes longs cheveux blonds, tu précisais en pointant un index que dans l’Egypte ancienne, la bière, d’origine divine, était placée sous haute et double protection : celle d’Isis, déesse de l’orge et celle d’Osiris, le patron des brasseurs. Boisson d’offrande religieuse, la bière fut d’abord liée au culte des morts. D’après « le livre des rêves », un rêve de bière est un présage favorable. Patron, remettez-nous ça!..
(début d'un long papier que j'ai publié dans Senso il y a deux ou trois ans, pour un n° spécial Nord!...)
juillet, out : ce mois distendu qui sonne comme on désignait un vieux caleçon au lycée, à Bayonne (en disant un zlip : soit en entendant l'élastique en pré-retraite) n'est pas propice à l'alimentation régulière d'un blog. Pire, celui-ci ressemble à un animal familier abandonné pendant les vacances. Dernière note? 9 out. Rhôô! Loin du Mac, loin du coeur du sujet. Pas des coeurs de canards (dacquois) pour autant, ni des coeurs à prendre et qui passent, oiseaux migrateurs, dans le ciel de nos rêves les plus fidèles. Mais nous contemplons, nous contemplons seulement, oisifs rêveurs actifs du temps qui place. Les oiseaux sauvages et leur trace sur le bleu. Et nous continuons de rêver, plus ou moins sereinement, de Pandora...
Et je tombe là-dessus, ce soir (à propos des Bonheurs de l'aube) en flânant sur Google. Merci M. Sorgue... En courts récits, Léon Mazzella raconte quelques bonheurs du jour naissant : une marche dans les Pyrénées, la pêche au thon près de Saint-Jean-de-Luz, l'errance à Venise. En lisant ces chroniques tout à la gloire de la nature sensuelle et de la fraternité des guetteurs de soleil, on pense à Hemingway et à d'autres chantres américains de l'outdoor life. Ce qui veut dire aussi que Léon Mazzella sait écrire : les quelques lignes sur la traque clandestine et quasi érotique d'un cerf sonnent juste. Et puis il y a le texte qui ouvre le recueil : trois petites pages pudiques pour dire l'aube qui a suivi la mort de sa mère et les volets ouverts sur le matin des Pyrénées. Quelques mots d'amour. --Pierre Sorgue, Télérama
L'endroit était idéal pour le lire : j'étais à Procida (Golfe de Naples, ma querencia...) -photos ci-contre, ces dix derniers jours. J'y ai lu le magnifique Dictionnaire amoureux de Naples, de Jean-Noël Schifano (Plon). Avec sa langue baroque, sensuelle, truculente, excessive parfois (mais à la manière d'un Grainville ou d'un Sollers), Schifano nous fait comprendre une Naples foisonnante, protéiforme, fière, splendide, inaltérable. Et au-delà, puisqu'il évoque Procida, Pompéi, Herculanum, Capri... J'y reviendrai plus en détails.
Juste une remarque en forme d'étonnement avant de passer à tout autre chose : je m'étonne de ce que le plus Napolitain des Français, qui a eu l'élégance de m'adresser son livre peu de temps avant mon départ (le hasard n'existe décidément pas) en précédant son envoi, nourri d'un sensible : "molto cordialmente", de mon nom... avec un seul Z! Damned, aurait dit Rahan! Comment Schifano a-t-il pu écrire cela, lorsque de pizza à mozzarella, il n'est guère de mots et de noms dont on ne double la consonne -surtout le z, par là-bas... L'attachée de presse de Plon lui aura collé un fichier approximatif (donc Parisien, soit par-dessus la jambe, hop!) sous le nez, qu'il aura scrupuleusement recopié, ortografe douteuse itou. Mais bon, détail, disai-je, non...
Je voudrais -donc- d'abord raconter une anecdote toute fraîche.
En rentrant de Naples, en avion, hier, j'ai été témoin d'une scène bouleversante. Devant moi, une femme lisait La Peur d'aimer, un essai visiblement. Et, peu de temps après avoir mis les écouteurs de son iPod, elle s'est mise à pleurer. Longtemps, abondamment. J'ai interrompu ma lecture du Quichotte pour saisir mon carnet, en arracher une double page -ce que je ne fais jamais, et lui adresser un billet qui je voulais strictement réconfortant. Je lui ai donc glissé quelques mots pour lui dire que sa peine était bouleversante et que je lui souhaitais du bonheur, un atterrissage les yeux secs... Lorsqu'elle le lut et se tourna vers moi, son beau sourire faisait écho à ses yeux mouillés. Je me suis contenté de poser mon index droit sur mes lèvres en mimant chhht! Puis rien. Nous avons atterri. J'ai récupéré mon bagage et suis allé attendre un bus pour regagner Paris. C'est alors que, depuis le quai d'Orly Sud, elle me fit signe, de loin : elle faisait glisser deux doigts de sa main sur ses joues. Comme je ne comprenais pas, elle s'approcha pour m'expliquer son geste : "Les deux à la fois : ce sont les deux, le livre et la musique, qui m'ont fait pleurer". J'avais l'explication et j'en fus soulagé : j'avais déjà osé imaginer (tentation de romancier) un énorme chagrin d'amour, une rupture déchirante, la perte d'un être cher... Je lui ai signifié mon soulagement d'un mot et puis j'ai disparu dans le Jetbus, satisfait que mon billet l'ait réconfortée. Heureux, surtout, d'avoir osé accomplir un geste, certes sybillin, mais qui avait eu la chance de n'être pas mal interprété. Comme quoi, il ne faut pas désespérer de l'intelligence des relations humaines, parfois. Car elles peuvent être touchantes. Simplement touchantes...
Venise en Crète est une Venise fortitifée, un cordon de traces -à Rethymnon notamment (photo).
J'ai donc cherché davantage la puissance vénitienne que la Crète, dans les villes de là-bas.
C'est absurde, j'en conviens.
Sinon, les cigales au chant assourdissant, à faire exploser notre oreille interne et au point de penser que nous ne sommes qu'acouphènes, elles, sont bien Crétoises : un peu miss-sans-gêne; envahissantes. Un trait de caractère inaperçu dans les Cyclades.
Celui qui parle le mieux de la Crète dans les profondeurs de son âme, c'est encore Jacques Lacarrière dans son indépassable (malgré son âge) Eté grec (Pocket/Terre Humaine).
Insolite réception : Smurf m'adresse cette photo de Bayonne prise en 1900. La Maison Dagourette (l'actuel Musée Basque) à gauche, côté Petit Bayonne, face au pont Pannecau, duquel j'ai plongé, une nuit d'ivresse de fêtes de Bayonne, aux sons de : (t'es pas cap') "Paquito Chocolatero"... A droite, on devine les Halles actuelles. Vu des Cyclades, cette carte sepia possède un côté singulier. Au dos, il y a juste une inscription à l'encre bleue : Mo Smurf. P.O.Box 77. Ileana City.
L'incidence de l'Histoire et de notre écume culturelle font que nous appréhendons un pays avec l'empreinte intérieure d'une non-réalité. Souvent d'un anachronisme doublé d'une idéalisation. Ainsi de la Grèce où je me trouve. Je m'attendais très stupidement à croiser Socrate dans Plaka, à proximité de l'Agora. Sur les plages de Martselo et de Malatesta, sur l'île de Paros ce matin, je me suis étonné de ne pas voir Achille pleurant Patrocle. Un remous dans l'eau et je pensais très connement à Poseidon. Je dois ces visions à des lectures matinales (mon viatique grec se compose d'une carte Visa, d'une brosse à dents, de tissus divers et de:Vidal-Naquet, Homère, Vernant, Lacarrière, Veyne, Citati). Le mérite de cette imprégnation est de devenir (presque) aveugle au tourisme qui m'entoure. Cela ne durera pas. Déjà, les voix indécentes des touristes gagnent le silence qui habitait la Baie de Parikia depuis l'aube. Les touristes ont des moeurs exactement inverses à ceux de la population locale, sous ces latitudes : ils sortent et s'exposent au grill du soleil aux heures les plus folles, lorsque le Grec se terre à l'ombre et au frais; jusqu'à l'heure exquise de l'ouzo... La non-réalité c'est que le Grec qui vit de la viande touristique, porte une casquette NY, un faux tee-shirt Von Dutch, des tongs comme vous et moi et qu'il ignore peut-être tout de la geste homérique, comme l'Espagnol de la Costa Brava connaît le Quichotte par si-dire et le franchouille de Palavas ou de Bénodet, La Recherche à travers... rien. Voyager n'est pas décevant pour autant. Ou si peu. Le regard porte loin lorsqu'on sait dépasser. La vérité est souvent dans le dépassement...
Yeux bleus, cheveux mi-longs, voix grave, jeans & pieds froids sur le seuil, il sonna, menaçant sans doute, de l'index droit. J'eus la lâcheté de ne pas répondre immédiatement. Coldplay m'enivrait. Vrai. Minuit : l'heure du scream... "Ohé, on va se calmer sur la musique, sinon dans 2 minutes, j'appelle les flics". Waasssccchhh... Vérification faite de l'oeil droit, le volume hi-fique affichait 27 (genre : thermostat 8...). Chaudlesmarrons. Dakodak. Vu que la réserve de Ricard était à moins sec depuis des plombes, il aurait été impossible d'honorer convenablement la visite d'une maréchaussée réputée sans humour (dans cet arrondissement et alentour itou) et seulement solvable -ou soluble-, dans le "Jaune". Avec ou sans glace, d'ailleurs. So... Je suis passé au thermostat 3. Genre timidousse cuisine végétarienne sans sel pour endive bouillie spécialement moulée pour plateau d'hosto calibré mince. Mince alors. Et là, j'écoute quoi, à présent? Brahms? Mozart... Mieux vaut retourner à la fenêtre et mater les taxis qui ne s'arrêtent pas devant des bras levés, timides, trop timides (les bras). Trop cons (décidément) les tacots. Et finir, vautré, sous couette, A l'ombre des jeunes filles en fleur (Marcel) et Au-delà du fleuve et sous les arbres (Hem'). Genre, toujours...
Je reprends le Zarathoustra dans une traduction nouvelle, poétique, simplifiée, plus proche de notre réel que de celui de Nietzsche (une nouvelle traduction ne vaut que pour ça : Montaigne, le Quichotte en sont de bons exemples. Les autres : Fitzgerald, Blixen, du marketing d'éditeur. Conrad, Rulfo, d'accord...). Et Z me scotche. Comme Baruch (Spinoza) me scotche chaque matin dans les toilettes (ptin, il ne nous épargne rien!). Situation guère enviable, au demeurant, car resté scotché là, empêche. Mais bon, L'Ethique, quoi...