jeudi, 20 août 2009

Sol originel

Je suis né sur une terre rendue arable par endroits avec l'aide des amis de mes aïeuls (je ne compte aucun "colon" parmi les miens), et justement rendue aux Arabes, inaliénables propriétaires du sol d'Algérie. Bicot, raton sont des mots haineux, inqualifiables pour quiconque possède un soupçon de discernement, voire d'intelligence, qu'aucun membre de ma famille, d'origines diverses (Andalouse, Napolitaine, Lorraine, Juive de Tétouan), n'a jamais prononcés, même au plus fort des "événements", lorsque les attentats aveugles surgissaient n'importe où. Mon grand-père maternel fut épargné, par une nuit d'embuscades généralisées dans les rues d'un Oran scintillant du reflet de la Lune sur les armes blanches brandies à tout va, au début de l’année 1962 je crois : "Non, pas lui, c'est un Saint!", hurla à temps l'un de ses agresseurs (du FLN), parce qu'il avait reconnu celui qui parlait couramment sa langue et soignait les enfants du bled durant ses week-ends (il était comptable, mais il avait appris les rudiments de la médecine pour ce faire et se rendait en moto dans le Jbel avec sa trousse, sa seringue). Il était fondamentalement humble, il avait compris les conditions -si simples!-, à réunir pour prétendre rester là où il était né (à Laferrière) : parler la langue de son hôte était la première d'entre elles. Mais bon sang, que mon grand-père Bienaimé, et Jules Roy (dans "Les Chevaux du Soleil"), avaient raison, lorsque l'un disait, et que l'autre écrivait : "là-bas, on était tous frères mais rarement beaux-frères"... Mon père, un peu tête brûlée, alors jeune (23 ans) et fougueux, s'enticha mollement des "thèses" sommaires de l'OAS sans grande conviction je sais, donc sans jamais y adhérer. Pour beaucoup, ces trois lettres représentaient un dernier joker, le Baroud d'honneur. Je ne conçois pas cela comme une tache en héritage, car son engagement (très relatif) lui appartint, par définition, en propre. Je ne suis pas de ceux qui subissent le poids des travers paternels ou maternels. J'ai mon existence à moi et elle est depuis toujours affranchie, bien distincte du vécu de mes géniteurs. Pas de mes origines ni de ma culture. Donc rien à cacher. Les équipages des cargos qu'il possédât après 1962, furent toujours composés d'Arabes en priorité, puis de Basques et de Bretons. La "nostalgérie" l'habitât jusqu'à sa mort, il y a deux ans et des poussières. Je ne suis pas encore retourné sur le sol qui m'a vu naître, comme cela se dit dans les romans désuets de Pierre Benoît ou de Louis Bertrand. Et j'ignore pourquoi ces pensées traversent soudain mon esprit, en cette matinée caniculaire d'août, troublée (c’était avant-hier) par le vacarme d’un hélicoptère jaune et rouge qui fait du surplace au-dessus de chez moi et m’empêche d’écrire. Comme je n’en peux plus, au bout d’une bonne heure, j’ouvre une fenêtre et constate qu’un bataillon de policiers a bouclé le quartier. Des membres du GIGN armés jusqu’aux cagoules trottent par endroits. Animé soudain d’une conscience banalement professionnelle, je prends ma carte de presse, mon appareil photo, un carnet et un stylo et je descends, voir. Que se passe-il ? –Motus des flics, qui m’indiquent un point presse improvisé en bas de la longue rue. Sous un soleil de plomb, des caméras s’entrechoquent. Un policier en civil, bronzé, costume gris anthracite à reflets moirés, crâne rasé, deux portables en main, s’avance au bout d’une interminable demi-heure : bousculade sauvage de confrères et de consoeurs (j’ai l’habitude : les technos des télés se croient prioritaires et sont prêts à écraser, de leur arrogance, les indigents de la presse écrite, ces préhistoriques !). L’homme à la démarche soudain chaloupée doit se sentir sur les marches, à Cannes. Il s’arrête contre le ruban de plastique rouge et blanc faisant office de barrière à la meute de sauvages chargés de retransmettre l’info au peuple de France et d’ailleurs, et déclare ceci : « Je ne peux vous communiquer aucune information pour le moment »… L’hélico fait toujours du surplace et un bruit d’enfer. Une heure plus tard, l’homme au costume anthracite nous apprend généreusement qu’un couple de jeunes braqueurs a été interpellé par la 3è DPJ et la PN et qu’une troisième personne est toujours recherchée… Nous connaissons la suite depuis deux jours. Petit fait divers. Je pense davantage à photographier le manège de mes confrères qui se tirent la bourre, et l’hidalgo de western-spaghetti, que l’éventuelle charge de la brigade légère. Puis je me ravise, en me disant que seul "Le Parisien" –forcément surreprésenté, traitera le sujet, et je rentre chez moi. L’hélico se tait enfin... Mais voilà, j’ai perdu le fil algérien. Je le retrouverai plus tard. C’est l’heure de l’apéro.

vendredi, 28 septembre 2007

drapeau, souvenir

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samedi, 16 juin 2007

Ca la fiche

http://arpel.aquitaine.fr/spip.php?article100000559

vendredi, 29 décembre 2006

La saint Gaspard

"J'adore les huîtres : on a l'impression d'embrasser la mer sur la bouche."     Léon-Paul Fargue.

 

C'est çà même (tout est dit).

 

Sinon, les Lumières n'en finissent pas de briller. Voltaire n'est pas franchement mort. Ah, ça non! Regardez autour de vous! On ne parle que de çà. Et tant mieux. Les remparts contre la Barbarie tiendront encore bon longtemps, longtemps...


Et (par ailleurs), je vous recommande, d'urgence, la lecture des "Antimodernes", d'Antoine Compagnon (Gallimard/La Bibliothèque des idées). Plus vivifiant, plus tonique, plus intelligent aussi, tu meurs!

Sauf les matins, tôt, de ces derniers jours, dans les Landes et à Bayonne. Jusqu'à ce matin, plus doux. Plus banalement moderne... (et moins intelligent, du coup).

 

Entre temps, il y a eu une après-midi (celle d'hier), braconnière en diable, dans les barthes. Une après-midi unique. Empreinte de classe davantage que de chasse, de silence grand, de regards détachés, de sagesse déjà là. Une grande après-midi sauvage comme je les aime (qu'est-ce que je fous à Paris!), bottes aux pieds, avec un ciel bleu, un froid de bon aloi, et des oiseaux nobles, comme on dit. L'auteur de cet après-midi fut mon fils Robin. Il a fait oeuvre. D'une sorte d'art. Une nouvelle s'écrit à ce sujet. Patience...

 

vendredi, 12 mai 2006

ECOUTE, C'EST SIMPLE

La première fois que j'ai vu Ileana, je l'ai trouvée franchement sexy.

Ceci est la première phrase de mon nouveau roman.

Je l'ai commencé la nuit dernière, après une soirée passée avec mon ami Christian Authier, dont le troisième roman paraîtra en septembre (chez Stock, comme les deux excellents précédents).

Dîner délicieux à "L'Ourcine", rue Broca (Paris 13), un bistro sans chichis, avec de beaux produits, des vins judicieusement choisis et un service très souriant.

A une heure du matin, et jusqu'à quatre heures, d'un coup d'un seul, "ça" m'est (re)venu. Je me suis (enfin) débouché. J'en avais un besoin vital.

J'ai saisi mon petit Mac comme on reprend un bon bouquin très prenant, qu'on a laissé toute une journée sur la table de chevet : avec cet étrange, formidable et si jouissif appétit, que seule la littérature -la lecture, l'écriture-, procure.

J'ai écrit une vingtaine de pages d'un trait. Le titre (provisoire) est "Ecoute, c'est simple". La première phrase a un indéniable accent de l'Aurélien d'Aragon. Mais à l'envers, car Aurélien trouve Bérénice franchement laide, lui.

(à suivre)

mardi, 11 avril 2006

Chez le libraire, six

6
Le hasard existe-t-il ? Je pose le stylo, prends l’air glacé, reviens avec une brouette de bûches, saisis un livre que je ne connais pas.
Et je tombe sur cette parole de Salomon, placée en exergue du second chapitre du « Salon du Wurtemberg », de Pascal Quignard : « Il y a quatre choses que je ne sais pas : le chemin de l’aigle dans le ciel , le sentier du serpent sur le rocher, le chemin du navire en haute mer, le sentier du nom d’un homme dans le cœur d’une femme ».
Je m’assois. Comme je me trouve dans une maison que mes amis J.P. et G. m’ont prêtée, sur l’île de Ré, je sors, enfourche un vélo et file à la librairie du port (l’homme est un vrai amoureux des livres, un délice, et il m’est toujours agréable de discuter avec lui), l’espoir chevillé aux pédales et aux poignets, qu’il aura ce livre en Folio dans ses flancs. C’est plus fort que moi : il me faut l’acquérir immédiatement, thésauriser (ah! le thésor des pirates!), l'ajouter au trésor que constitue ma bibliothèque (c’est elle qui m’a toujours empêché d’acheter une maison –mais j’habite en elle, et je finirai peut-être enseveli sous eux).
Je dispose pourtant du livre –en collection blanche de surcroît-, et j’ai le temps de le lire ici : une semaine va se dérouler lentement comme un tapis volant, devant moi!
Mais non : il me faut interrompre immédiatement cette lecture naissante, et lire mon exemplaire.
Pouvoir l’annoter au crayon. Le tatouer de mes émotions...
Avec les livres, je suis possessif comme on peut l’être avec ceux que l’on aime.
Et c’est aussi pourquoi, chez le libraire, j’acquiers.

(fin)

Chez le libraire, cinq

5

Chez le libraire, je suis berger. Je compte les moutons qui appartiennent à mes patrons. Je visite. Passe. Fait passer.
Et puis je m’en vais. Jamais sans avoir pris au moins une brebis ou un agneau. Question de principe. Absurde, donc. Et de respect du métier de libraire, de la chose écrite, de solidarité avec mes sœurs et frères d’armes. Je ne puis me résoudre à sortir d’une librairie sans avoir au moins acheté un poche. C’est plus fort que moi. Je me sentirais coupable, sans cela. Voleur de mots à la sauvette. J’ai prélevé des choses, pris du plaisir : cela se paye. Alors j’achète. Souvent pour offrir : je rachète. Afin de partager mes émotions textuelles, anciennes ou récentes.
Chez le libraire, je n’existe pas. Je vis. A fond. Un ami pourrait arriver et feuilleter à côté de moi, je ne le verrais pas. Mon regard, mon être, sont concentrés sur les livres. J’ai alors l’esprit en entonnoir vers eux. Je ne vois absolument rien d’autre. Un vrai photographe au moment délicat de la mise au point.
C’est parmi les livres et dans la nature, lorsque bat la migration d’octobre, que je me sens le mieux habiter cette terre. J’écris cette phrase en pensant à Albert Camus, qui a écrit que les deux seuls endroits où il se sentait réellement bien, étaient un stade de foot et les planches d’un théâtre. Deux scènes où l’existence se joue. Ma vie se situe résolument entre livres et oiseaux.
(Les femmes? -une pomme de discorde). Et la librairie, ma trousse d’urgence.

lundi, 10 avril 2006

Chez le libraire, quatre

4

Dans ma querencia (Bayonne), c’est différent : je fais la tournée des libraires (la plupart sont des potes), les samedi matin que je peux , et comme c’est jour de marché, après les poules, les fromages et les foies gras sur les quais de la Nive, j’achète la presse et je fais ma tournée. J’ai le sentiment étrange que les livres y ont l’accent. C’est un peu comme le pigeon ramier : c’est un grand migrateur qui ne fait que passer au-dessus du Sud-Ouest, or ici, nous l’avons baptisé palombe et nous la tutoyons parce que nous nous sommes un peu approprié l’oiseau : il est sédentarisé dans notre affection. Pareil pour les bouquins (un terme qui désigne les lièvres mâles en période nuptiale : le lièvre bouquine au printemps. Le bouquinage désigne cette période de reproduction. J’aime assez l’idée sémantique qui confond faire l’amour et lire. Et lièvre n’a qu’un « e » à l'accent grave, de plus que livre).
À l’étranger, je commence par m’enquérir des auteurs français nouvellement traduits. C’est du sport. C’est comme de lire les résultats des matches du week-end dans « L’Equipe » du lundi. La littérature n’échappe pas aux changements de Poules. Ni aux transferts. C’est assez peu intéressant. J'ai perdu la manie d'acheter les éditions étrangères des livres de Gracq. Moins groupie, moins systématique. Je ramollis...

(à suivre)

dimanche, 09 avril 2006

Chez le libraire, trois

3
Chaque livre est attendu de moi et le moindre retard m’agace. L’attente se situe ailleurs. Dans l’arrivée du dernier untel;
la couverture de la reprise en format de poche d’un autre. Après, tout devient personnel et relève de la manie. Chez le libraire, je me contente de retourner les romans comme des cèpes (il y a de la chasse aux champignons dans la visite aux livres), pour parcourir le texte de quatrième de couverture. Je feuillette seulement la poésie, pour la lire à peine, la prélever comme on pince un peu de peau croustillante au poulet rôti qui grésille à la sortie du four. Je n’ai qu’un regard vague pour l’histoire, une attention distraite pour les essais et autres documents empilés sur table. Je marque le pas au rayon philosophie. Et puis il y a les réflexes : aller toujours à C et à G pour relever les Char et les Gracq présents, à P pour les Platon, à B pour aimer soudain le libraire qui compte un Blondin parmi ses pensionnaires à l’année. Et qui ne lui présente jamais aucune note. Avant de prendre un livre avec lequel je sortirai, je le goûte : j’en lis un extrait ici, un autre là, et lorsque le plaisir littéralement pâtissier arrive, que je salive, je referme l’ouvrage : à la maison ! Je te mangerai chez moi, nous serons bien, tu verras…

(à suivre)

Chez le libraire, deux

2

Feuilleter les nouveaux-nés de la littérature dans leur pouponnière est un plaisir insatiable. Où tout est prévu. Sexe, poids, nom sont connus longtemps à l’avance. Livres Hebdo ne cache rien, m’avertit du mauvais comme du bon, du su comme du vérifiable, sans oublier ce qu’il faudra découvrir sur place, à la faveur du hasard. Il n’y a donc pas de « livre à venir » comme il existe une femme à venir dans la vie d’un homme qui les aime. Ou comme il existe un taureau à venir dans la tête de chaque aficionado torista –le toro qui tutoiera la perfection en la frôlant.

(à suivre)

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