samedi, 09 juin 2007

Surprenant Guillevic

Voilà un poète que je redécouvre, ou plutôt dont je découvre l'âme sensible, amoureuse. Je ne l'imaginais pas, en lisant jadis Terraqué, Exécutoire, Spère, Paroi... -Autant de livres qui ne m'ont jamais renversé, capable d'avoir écrit (il est mort il y a dix ans) des poèmes d'amour prodigieux. Je viens de les trouver dans Possibles futurs, un recueil qui paraît ces jours-ci en Poésie/Gallimard et qui rassemble notamment Elle et Le matin... Le premier est un bouquet de poèmes d'amour très courts et bouleversants comme les derniers d'Eluard. L'envie d'en citer une poignée me chatouille. On n'imagine pas ce Breton fonctionnaire toute sa vie (il fut un spécialiste du contentieux fiscal), avec sa bouille de moine ou de nain de jardin, écrivant :

Elle peut aussi

Etre colère 

Comme le ruisseau

Devient cascade.

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Elle est un besoin

Qu'a le mystère

De se manifester. 

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Quand elle est là

L'ombre se fait pénombre.

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N'importe où elle marche

C'est son sentier.

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C'est en elle

Que les courbes

Trouvent leur perfection.

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Quand elle coule sur elle

L'eau retrouve son origine.

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Ses cils

Sont le souvenir 

Des forêts originelles

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Ses seins gardent le secret,

En appellent

Au silence.

Ils ont ce qu'elle a

De plus planétaire.

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Fréquemment

Son regard

plaide ton innocence.

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Etc...

Ce ne sont pas des haïkus amoureux, mais des impressions. Des eaux-fortes. Quelque chose apparente ces poèmes fulgurants à l'esquisse, à la calligraphie, à l'estampe. A l'aube. Au silence. Au regard. Au matin des amants et à leur premier regard...

Bouleversant, oui.