mercredi, 19 novembre 2008

¡ a ver !



podcast

The Moon, by Catpower.

 

Ferme les yeux pour voir

Parfois la vie est dure comme du plomb

heureusement il y a la poésie

 

21:14 Publié dans humeurs | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : poésie

vendredi, 09 mai 2008

Se sentir eluardisé, l'après-midi

La courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,

Un rond de danse et de douceur,

Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,

Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu

C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.

Feuilles de jour et mousse de rosée,

Roseaux du vent, sourires parfumés,

Ailes couvrant le monde de lumière,

Bateaux chargés du ciel et de la mer,

Chasseurs des bruits et sources des couleurs,

Parfums éclos d'une couvée d'aurores

Qui gît toujours sur la paille des astres,

Comme le jour dépend de l'innocence

Le monde entier dépend de tes yeux purs

Et tout mon sang coule dans leurs regards.

 

Paul Eluard, Capitale de la douleur, Poésie/Gallimard

 

 

 

 

18:26 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, eluard

mardi, 18 mars 2008

De Neruda



QUELLE COULEUR

A LE PARFUM

DU SANGLOT BLEU

DES VIOLETTES?

Pablo Neruda 

 


 

les bachianas brasileras, de villa-lobos, reloaded par wayne shorter : ça change de la voix sublimement tremblée de victoria de los angeles


podcast

20:44 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : poésie, neruda

lundi, 27 août 2007

Le pêcheur d'eau

p.41

Le ciel est le plus précieux des biens dans l'existence.

Le seul qu'on puisse perdre le soir et retrouver au matin, à sa place exacte, et lavé de frais.

--------------- 

p.101

(...) quand notre seul souci 

 

est de pouvoir encore gravir un escalier

derrière une inconnue aux jambes déliées

 

et frémir doucement tout en serrant la rampe

de ce reste d'été qui nous chauffe les tempes

 

comme à l'heure des amours qui n'en finissent pas

de rallonger la route en dispersant nos pas.

 

©Guy Goffette, Le pêcheur d'eau, Poésie/Gallimard. 

11:35 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Guy Goffette, Poésie

samedi, 23 juin 2007

Histoire d'un titre (Houellebecq)

Il est, aussi, bon poète.

 

(…) « IL N’Y A PAS D’AMOUR
(Pas vraiment, pas assez)
Nous vivons sans secours,
Nous mourons délaissés.

L’appel à la pitié
Résonne dans le vide,
Nos corps sont estropiés
Mais nos chairs sont avides.

Disparues les promesses
D’un corps adolescent,
Nous entrons en vieillesse
Où rien ne nous attend

Que la mémoire vaine
De nos jours disparus,
Des soubresauts de haine
Et le désespoir nu.

Ma vie, ma vie, ma très ancienne
Mon premier vœu mal refermé
Mon premier amour infirmé
Il a fallu que tu reviennes.

Il a fallu que je connaisse.
Ce que la vie a de meilleur,
Quand deux corps jouent de leur bonheur
Et sans cesse s’unissent et renaissent.

Entré en dépendance entière,
Je sais le tremblement de l’être
L’hésitation à disparaître,
Le soleil qui frappe en lisière :

Et l’amour, où tout est facile,
Où tout est donné dans l’instant
Il existe au milieu du temps
La possibilité d’une île. »

 

©Michel Houellebecq, Le Temps. Le Cherche-Midi.

16:55 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie, M.Houellebecq

mercredi, 20 juin 2007

Peau de laine

« Au fond des retombées

de pollen, de poussière

odorante, marcher,

tout l'homme persévère

dans ce très vieil effort.

 

Ni relâche ni terme,

à l'endroit où la mort

sur l'homme se referme. »

 

Jean-Noël Chrisment, Pollen, Gallimard.

 

 

 

 

12:52 Publié dans Poésie | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Poésie

samedi, 09 juin 2007

Surprenant Guillevic

Voilà un poète que je redécouvre, ou plutôt dont je découvre l'âme sensible, amoureuse. Je ne l'imaginais pas, en lisant jadis Terraqué, Exécutoire, Spère, Paroi... -Autant de livres qui ne m'ont jamais renversé, capable d'avoir écrit (il est mort il y a dix ans) des poèmes d'amour prodigieux. Je viens de les trouver dans Possibles futurs, un recueil qui paraît ces jours-ci en Poésie/Gallimard et qui rassemble notamment Elle et Le matin... Le premier est un bouquet de poèmes d'amour très courts et bouleversants comme les derniers d'Eluard. L'envie d'en citer une poignée me chatouille. On n'imagine pas ce Breton fonctionnaire toute sa vie (il fut un spécialiste du contentieux fiscal), avec sa bouille de moine ou de nain de jardin, écrivant :

Elle peut aussi

Etre colère 

Comme le ruisseau

Devient cascade.

---

Elle est un besoin

Qu'a le mystère

De se manifester. 

---

Quand elle est là

L'ombre se fait pénombre.

---

N'importe où elle marche

C'est son sentier.

---

C'est en elle

Que les courbes

Trouvent leur perfection.

---

Quand elle coule sur elle

L'eau retrouve son origine.

---

Ses cils

Sont le souvenir 

Des forêts originelles

---

Ses seins gardent le secret,

En appellent

Au silence.

Ils ont ce qu'elle a

De plus planétaire.

---

Fréquemment

Son regard

plaide ton innocence.

---

Etc...

Ce ne sont pas des haïkus amoureux, mais des impressions. Des eaux-fortes. Quelque chose apparente ces poèmes fulgurants à l'esquisse, à la calligraphie, à l'estampe. A l'aube. Au silence. Au regard. Au matin des amants et à leur premier regard...

Bouleversant, oui. 

mercredi, 28 mars 2007

René Char, l’indispensable


À l’occasion du centenaire de sa naissance, le pays fête l’un de ses très grands poètes. Char devient un compagnon pour de nombreux lecteurs. Qui s’en plaindra, en ces temps de manque ?
René Char aurait donc eu 100 ans le 14 juin prochain. Avant d’évoquer le poète, ce numéro du Journal du Salon étant consacré au « littéraire et au politique », il nous est permis d’évoquer brièvement le Capitaine Alexandre –surnom de Résistance de René Char-, autrement dit les années sombres qui donnèrent ce chef d’œuvre de poésie et d’engagement intitulé Feuillets d’Hypnos. Des notes qui « marquent la résistance d’un humanisme conscient de ses devoirs, discret sur ses vertus, désirant réserver l’inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils, et décidé à payer le prix pour cela ».
medium_char.GIF Marqué par le message d’Héraclite et par celui d’Hölderlin, Char se situe dans la filiation directe de ces grands voyants. Poète solaire, de l’éclair et du fragment, de « la radicalité de la nuance » (l’expression est de son ami Albert Camus), René Char est aujourd’hui fêté comme l’immense poète qu’il est. Aimé passionnément, plébiscité, lu par de plus en plus de jeunes, la poésie de Char a même inspiré au moins deux générations de poètes, dont une a déjà pris sa retraite. Car le plus difficile peut-être, lorsqu’on entretient un commerce avec la poésie morale de Char, avec ses aphorismes parfois abscons, ses déclarations fulgurantes –derrière lesquelles il nous semble chaque fois entendre sa voix forte à l’accent provençal-, soit avec l’essentiel des poèmes qui composent ses recueils majeurs : Fureur et mystère, Les Matinaux, La Parole en archipel, Le Nu perdu, Recherche de la base et du sommet, c’est de savoir se débarrasser progressivement de Char, dont l’influence est tentaculaire. Char envoûte. Char nous dure. Ils sont nombreux à être tentés de faire de sa poésie, non seulement un oeuvre de chevet, mais un bréviaire pour chaque matin qui se lève. Un compagnon de route. Un viatique. Un allié substantiel… Citer Char peut devenir une manie. Il en existe de pires. Mais, à la manière d’un conseil à un jeune poète, j’ai envie de chuchoter que le danger est alors de se trouver sous emprise. Il faut, à la fin, se garder de Char...
À l’occasion de ce centenaire et du Printemps des poètes, l’indispensable collection Poésie/Gallimard, que dirige un autre poète qui a
medium_Couv_Pays_de_Rene_Char_.2.jpg connu Char, André Velter, publie une édition exceptionnellement belle, précieuse, de Lettera amorosa (enluminée par Georges Braque et Jean Arp). Il s’agit sans doute du plus beau poème d’amour en prose française du XX ème siècle (avec Prose pour l’étrangère, de Julien Gracq). Lettera amorosa devrait être à l’authentique poésie de l’amour pur, ce que Belle du seigneur est devenue au fil des ans, pour le roman de l’amour fou : le cadeau idéal à faire à celle ou celui que l’on aime. C’est en tout cas tout le « mal » que je souhaite à ce magnifique petit livre bleu. De même que je souhaite à tous ceux que l’environnement et l’esprit de l’œuvre de Char intéressent (Char est en effet indissociable des amitiés nombreuses qu’il noua avec les peintres qui comptent le plus aujourd’hui), de plonger dans le magnifique album que Marie-Claude Char donne à Flammarion : Pays de René Char. L’épouse du poète de l’Isle-sur-la-Sorgue n’a de cesse d’œuvrer au rayonnement de cette œuvre capitale, et qui ne fait que grandir, depuis la disparition de son auteur en février 1988. Ce nouvel ouvrage de Madame Char, d’une très haute tenue, nous fait pénétrer l’intimité du monde de René Char.  Aux Busclats, à Paris, en Alsace, ailleurs, en famille, en compagnie d’amis : résistants, compagnons de son village, artisans, peintres célèbres : Gaspérine, Braque, Giacometti, Staël, écrivains et poètes : Camus, Eluard, Dupin, compagnons de route artistique comme les époux Zervos. Tant d’autres personnages admirables, inconnus ou célèbres, ayant fait du chemin avec, à Céreste notamment, ayant vécu la simplicité des jours, l’importance de l’art, le sérieux –ou l’impérieuse nécessité plutôt-, de la poésie, en commune présence avec le poète. « Partout en son Pays : la poésie », souligne Marie-Claude Char. Un ouvrage de référence paraît. Char est splendidement fêté. L.M.
(texte paru dans Le Journal du Salon du Livre de Paris qui vient de s'achever, et que j'ai co-rédigé chaque jour). 

lundi, 12 février 2007

En repassant devant Pessoa

medium_pessoa.jpeg"Sur toute chose la neige a posé une nappe de silence.
On n'entend que ce qui se passe à l'intérieur de la maison.
Je m'enveloppe dans une couverture et je ne pense même pas à penser.
J'éprouve une jouissance animale et vaguement je pense,
et je m'endors sans moins d'utilité que toutes les actions du monde."

"je suis un gardeur de troupeaux.

Le troupeau ce sont mes pensées

et mes pensées sont toutes des sensations."

jeudi, 14 décembre 2006

Char

medium_char.jpeg2007 sera l'année René Char (il est né en 1907) : grande expo en mai à la BNF (et jusqu'en septembre), publications diverses, notamment par Poésie/Gallimard, le Printemps des poètes aura pour thème : "Lettera amorosa" -sans doute le plus beau poème d'amour en prose jamais écrit au XXè siècle (avec "Prose pour l'étrangère", de Gracq), et qui sera réédité pour l'occasion, etc.

Il fait bon le relire tranquille, en ce moment, avant le grand chambardement. 

Au hasard, et plutôt que d'inscrire des citations (c'est si tentant de citer une des nombreuses phrases-éclairs de Char!), voici un poème :

Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

mercredi, 13 décembre 2006

Lorca

medium_lorca.jpegMon père m'aurait fait ce cadeau à Noël. Je suis allé me l'offrir à sa place, cet après-midi. Les poésies complètes de Federico Garcia Lorca en Pléiade. Sans attendre. Noël n'existe pas. Ou plus de la même manière.

Dès la première page (passée l'admirable introduction d'André Belamich, son meilleur traducteur, disparu il y a trois ou quatre mois), le premier poème de jeunesse, écrit en 1920 -Federico a 22 ans-, tout Lorca est là, comme dirait un critique littéraire qui se la pète (et ils sont légion). Extrait, en prenant du début : 

 

 

Vent du Sud,

Brun, ardent,

Ton souffle sur ma chair,

Apporte un semis

De brillants

Regards et le parfum

Des orangers.

 

Tu fais rougir la lune

Et sangloter

Les peupliers captifs, mais tu arrives

Trop tard.

J'ai déjà enroulé la nuit de mon roman

Sur l'étagère!

 

(...)

vendredi, 08 décembre 2006

La bonté

Funambule au bout de nos sexes
Lorsque nos âmes font l’amour

Elle déjoue les accents circonflexes du quotidien
Qui parfois nous éloigne

Lionne patiente comme la pierre
Elle est du bond et de l’éclair


Toi
Tu incendies ma vie

J'accueille ton feu
Comme un vin de jouvence
Un alcool de reconnaissance

Le bain vivifiant de l'aube est notre océan
Un lac de plénitude où nous lui apprendrons à nager


Enfui

medium_Leon_Mazzella_Naphtali_Bengio_100567_BaySt_Bernard_par_GB_1.2.jpgLa sérénité rétablira peu à peu ses quartiers
Dans les territoires de l'amour en friche

Son visage pâle de planète
Se bronze les entrailles
Aux forces gigantesques
De nos sangs mêlés

C’est notre bonne étoile

Elle réside, pulvérisée, au fond de nos regards
Irradie le coeur de nos ventres

mercredi, 15 novembre 2006

Théophile de Viau

Le sonnet ci-dessous date de 1621. Cherchez, au fond, la ride...

 

Je songeais que Phyllis des enfers revenue,

Belle comme elle était à la clarté du jour,

Voulait que son fantôme encore fit l'amour 

Et comme Ixion j'embrassasse une nue.

 

Son ombre dans mon lit se glissa toute nue

Et me dit : cher Tircis, me voici de retour, 

Je n'ai fait qu'embellir en ce triste séjour

Où depuis ton départ le sort m'a retenue.

 

Je viens pour rebaiser le plus beau des Amants, 

Je viens pour remourir dans tes embrassements.

Alors quand cette idole eut abusé ma flamme,

 

Elle me dit : Adieu, je m'en vais chez les morts,

Comme tu t'es vanté d'avoir foutu* mon corps,

Tu te pourras vanter d'avoir foutu mon âme. 

 

----

*baisé, dans une autre traduction

L'aube est (aussi) un genre littéraire

"L'aube : genre et forme littéraire du moyen âge, est une poésie lyrique qui a pour thème la séparation de deux êtres qui s'aiment au point du jour . Accompagnée d'une mélodie savante, elle comporte 3 grands thèmes : séparation des amants à l'aube; chant des oiseaux et lever du soleil, intervention du guetteur qui interdit à tout importun de s'approcher et prévient les amants qu'avec l'aube vient la séparation." (wikipedia.org, portail Littérature / Poésie).