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Nimier a 100 ans

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Roger Nimier est devenu une légende. Il aurait eu cent ans le 31 octobre dernier et nous préférons ne pas l’imaginer cacochyme et ridé comme une golden oubliée, l’éternel jeune homme fracassé dans le métal déchiqueté de son Aston Martin lancée trop vite, à l’âge de trente-sept ans. James Dean de la nrf. Il avait prédit cette fin en publiant onze ans plus tôt l’un de ses plus beaux romans, « Les enfants tristes ». Excipit : Olivier lança la voiture à 130, brûlant des feux rouges, évitant de justesse des camions, des cyclistes. Après avoir roulé quelque temps à cette allure sur les boulevards extérieurs, il trouva ce qu’il était venu chercher dans un grand chantier où l’on avait creusé des fosses profondes. Catherine est la plus charmante veuve de Paris. Catherine ne se nommait pas Sunsiaré de Larcône, morte à côté de Roger (mais sans doute Nadine, la mère de Marie)... Sunsiaré, jeune romancière d’un seul livre, ex-amante de Julien Gracq, nouvelle conquête de Nimier, aurait été au volant du bolide, ce funeste 28 septembre 1962 (sale mois qui vit disparaître six jours plus tôt sur la route et dans la tôle froissée une autre légende fauchée en pleine jeunesse, Jean-René Huguenin, 26 ans, quelques livres magnifiques que nous relisons aussi fidèlement que nous reprenons ceux de Nimier). L’époque était à la vitesse débridée selon Morand, il n’y avait ni ceinture ni sécurité, mais une fureur de vivre sous la pédale de droite. Sans jeu de mots bien sûr. Il suffisait d’appuyer. L'autre  « Pléiade du pauvre » avec la collection Bouquins chez Robert Laffont, soit la merveilleuse collection Quarto de Gallimard rassemble un choix des écrits du Hussard en chef (avec Blondin, Déon et Laurent, puis Fraigneau, Frank sur le flanc gauche) sélectionnés par le spécialiste et déjà biographe Marc Dambre – dont l’introduction à ce volume-hommage de 1216 pages nous est précieuse. Nous aurions procédé à un autre ordonnancement, mais laissons (en ajoutant « L’Étrangère », par exemple, quitte à retrancher quelques critiques littéraires, même si elles sont toutes étincelantes). De Nimier, nous ne devons pas seulement retenir aujourd’hui l’icône et des anecdotes célèbres comme la sortie de garde à vue d'Antoine Blondin par un Roger venu déguisé en chauffeur en livrée – ça le changea tant de n’être pas enivré (quoiqu’il le fut peut-être aussi, de la veille), l’amitié légendaire justement avec l’homme des « litres et ratures », deux stylistes hors pair, paire de sacrés prosateurs dont les livres demeurent, pour notre bonheur, un viatique efficace contre la pluie incessante de ces derniers jours. Il fait en effet un temps à écouter grincer les essuie-glaces, mais sans aller flâner à 130 sur les boulevards. D’ailleurs, cela tombe bien, l’Aston est en réparation. Alors relisons Nimier. C’est si sain, Martin. L.M.

Commentaires

  • Julien Gracq a été plus prudent que Roger Nimier avec Sunsiaré. Guy Dupré raconte dans Les manœuvres d’automne que Julien Gracq , parti en voiture avec Sunsiaré, était revenu par le train…

  • Excellent !..

  • C’est la même Sunsiaré, née Suzy Durupt, qui aurait dit à son entourage avant de partir avec Roger Nimier le 28 septembre 1962 « Je vais voir ce qu’il a dans le ventre » (sic).

  • Cela figure également dans le livre de Dupré ?

  • De Dupré, j'ai le formidable "Les Fiancées sont froides", et "Le Grand Coucher", pas celui que vous citez, que je commande illico (merci). J'ai aussi repris ce matin le très intéressant "A la recherche de Sunsiaré. Une vie", de Lucien d'Azay. Mais je n'ai pas encore lu "La Messagère"...

  • Je viens de relire le chapitre Sunsiaré qui ouvre le livre de Guy Dupré. La phrase que je cite n’y figure pas. J’ai dû la lire chez Marc Dambre.. En revanche, vous y lirez le souvenir que Guy Dupré a gardé de la seule fois où il est monté dans la voiture conduite par Sunsiaré. Sa conclusion page 24 « Jamais plus ».

  • « «Je verrai ce qu’il a dans le ventre » aurait-elle dit de Nimier ce soir là selon un témoignage indirect rapporté vingt ans plus tard par André Pieyre de Mandiargues »-Marc Dambre, Roger Nimier Hussard de demi-siècle page 552.

  • J'ai retrouvé la page 552 : "Eprise de vitesse comme on l'est alors souvent parmi la jeunesse, Sunsiaré de Larcône rêve d'une voiture qui ressemblerait fort à une Aston Martin. Il se peut qu'elle adopte une attitude de défi...

  • Voici un article qui confirme ce que vous écrivez (Gracq revint du Perche par le train) => https://actualitte.com/article/35059/ensables/les-ensables-la-messagere-de-sunsiare-de-larcone-1935-1962-ou-la-mort-avec-nimier

  • S’agissant de Julien Gracq et de Sunsiaré, je fais confiance à Guy Dupré qui, manifestement, les connaissait très bien tous les deux.Quitte à décevoir et même si il s’agit des tribulations d’un hussard, Les fiancée sont froides me tombe des mains. J’ai la deuxième réédition de 1992 du roman aux Éditions du Rocher.La préface de François Nourissier intitulée Le hussard de l’armée morte comprend ce passage « On eût donné un fou rire aux petits profs progressistes en leur annonçant qu’on écrirait un jour des thèses sur Nimier « .

  • « Les fiancées… »

  • Je possède sa reprise en Petite Vermillon (LTR) préfacée par un pote lointain, Jean-Marc Parisis. Le texte de Dupré persiste à me plaire, en tous cas à trouver grâce à mes paresseuses relectures, celles qui consistent à relire seulement nos annotations (forcément inscrites dans un temps et une humeur) en marge des pages...

  • Et - pardon - le trait de Nourissier est édifiant !

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