J'aime le XV écossais

J'aime le rugby avant d'aimer mon équipe, qu'elle soit de coeur ou atavique. J'aime le jeu et j'applaudis quand c'est beau, y compris, voire surtout lorsque c'est l'adversaire qui signe la beauté. Ainsi de cet après-midi. Un Ecosse-France d'anthologie. Une équipe au chardon exceptionnelle de puissance, d'organisation, de volonté, de détermination, de technique, de fluidité ; d'évidence. Face à un XV cocorico débordé, ce fut aussi indéniable que surprenant. Ce soir, les pintes vont mousser autour de Murrayfield. Et les Ecossais sont de véritables gentlemen. J’ai le souvenir d’une 3e mi-temps à Murrayfield (*) justement (2000 ou 2001). Nous - le XV bleu - les avions pulvérisés, un score indécent - un peu comme aujourd’hui, mais à l’envers. De quoi avoir honte d’être frenchy en déambulant. Et bien, au cours de la tournée des pubs, à chaque comptoir, les vainqueurs que nous figurions se voyaient offrir force bières. Une soirée mémorable de savoir vivre, de savoir perdre, de savoir être. Sportsmen, old chap… "La classe du rugby" m'a soufflé mon fils, à l'issue du match de ce 7 mars et au souvenir que je lui évoquais. Excellent résumé de cette incomparable et si humaine philosophie de la vie. Je garde une trace émue de cette soirée. Aussi forte que, ce jour-là également, au moment vibrant des hymnes, mon insoutenable émotion : je m'étais levé comme un ressort pour chanter la Marseillaise à gorge déployée, et je me souviens avoir pleuré sans retenue. Cela s'appelle la magie du stade. Celle d'y être. L.M.
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(*) Ce fut un week-end faste : soirée (dîner) et nuit du vendredi à Paris au Plaza Athénée d'Alain Ducasse alors, à tester pour Gault-Millau dont je pilotais les rédactions. Somptueux repas, chambre de rêve. Je laissais au lit la mère de mes enfants vers cinq heures du matin pour sauter dans un taxi. Direction Edimbourg. Reportage whisky sur l'île d'Islay à la clé, avec le match évoqué ici en prime. J'ai le souvenir, aussi, en milieu de nuit post match, d'un bain sur le toit de l'Hilton de la capitale écossaise. La brume de chaleur de l'eau brûlante de la piscine avec la vue à 360° sur la ville, et les essais que l'on commentait en boucle en gueulant comme des veaux...