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Prix littéraires

  • Oh, Boualem !

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    Évidemment l’Iran, l’Ukraine, l’adjudant-chef Arnaud Frion, les municipales, les caprices du climat, les cernes de Marianne, le pneu arrière de ma moto devenu lisse, l’urgence de passer l’aspi sous le lit ; celle d’acheter des linguine Rummo. Mais Sansal. Boualem Sansal. Je connais un peu le génial et sage homme qui figure à mes yeux un chef Sioux au silence éloquent et à la parole sacrée. Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises, et très vite appréciés avec franchise et sincérité. Je devais organiser - pour lui (il s’en réjouissait par avance) - une soirée autour de Milan Kundera, avec Alain Finkielkraut, Jacques Tarnero, à Paris, mais la tournée promotionnelle d’un de ses ouvrages d’alors en empêcha la réalisation, pourtant facile. J’ai « milité » modestement durant son abjecte captivité dans les geôles algéroises - laquelle l’aura très profondément atteint, c’est certain. Imaginons un seul instant les troubles d’un homme de quatre-vingt-un ans ne pouvant retourner dans sa maison de Boumerdès après une année de privations, d’humiliations, de torture morale, de tentative d’assassinat à petit feu – oui ! Pouvons-nous imaginer qu’il a laissé son « histoire » dans un ordinateur, dans une pièce de son domicile. Imaginons-nous à sa place, asilé provisoirement dans les appartements d’Antoine Gallimard comme un campeur déboussolé, et en recherche active, avec sa femme – me confiait très récemment son éditeur originel Jean-Marie Laclavetine, d’un appartement en région parisienne afin d’y poser et reposer les corps, les âmes, et de rares choses épargnées. Certes, ses livres se vendent bien de par le monde, surtout en Allemagne et en France, et le  récent prix Cino del Duca (doté de 200 000 €) aura mis une noisette de beurre dans ses pois chiches. Les honneurs ont plu, comme son élection impeccable à l’Académie française. Et d’ailleurs, depuis qu’il a recouvré la liberté, devenu Parisien par défaut, je n’ai pas tenté de joindre Boualem afin de respecter sa paix, le sachant extrêmement sollicité de toute part.

    Mais, là, ce soir, devant l’avalanche d’informations plus ou moins fielleuses, je m’interroge. En qualité de journaliste, eu égard à la pauvreté contradictoire des choses qui parviennent truffées d’allégations fantaisistes, je m’interdis bien sûr de porter le moindre jugement – l’éthique de ma profession faisant foi et office de garde-fou. Il s’agit là d’un axiome. Nous lisons et entendons depuis deux ou trois jours des choses propres à alimenter la haine des hyènes toujours à l’affût d’un sujet à métamorphoser en charogne, les yeux fermés, la bave aux crocs, sans se poser la moindre question, car il arrive que les hyènes hurlent avec les loups – lesquels le font avec davantage de classe. Que ceux qui vomissent sur un grand écrivain d’un très courageux humanisme voltairien digne de la plus héroïque Cassandre, sur le respect dû à un Socrate des temps modernes, sans avoir pris la peine de lire un seul de ses livres cessent de me lire à partir de ce point. Je continue de m’adresser aux autres, les gens normaux, curieux, cultivés, calmes, littéraires, doués d’humanité, et forts d’un savoir écouter surtout, ennemis des préjugés et des jugements hâtifs qui dégénèrent parfois en lynchages de toute nature. J’entends la tristesse et la déception d’Antoine Gallimard, trop radin pour n’avoir pas su surenchérir à propos, face à Arnaud Lagardère. Il s’agissait (terme de footeux, que j’abhorre) de « mercato ». Sarkozy fut à la manœuvre, ai-je lu, pour le compte de son pote et éditeur Vincent Bolloré. Avec la vulgarité de « petite frappe » qui le caractérise, l’homme aux chevilles plombées aurait demandé à Sansal combien Gallimard lui refilait afin de lui en proposer davantage. C’est à vomir, s’agissant de livres et pas de crampons. Alors, je veux bien imaginer que Boualem pense au confort matériel de sa femme (et de ses filles), à son âge et se sachant atteint d’un cancer. Je veux bien admettre qu’il ait fini, qu’en sais-je, rien encore, par signer chez Grasset – maison vénérable, littéraire et au-dessus de tout soupçon politique, et qu’il ait « lâché » Gallimard qui l’a soutenu depuis « Le Serment des Barbares » (magnifique premier roman) paru en 1999, qui a œuvré avec des politiques de partout à sa libération, qui a travaillé à son élection au Quai Conti, qui n’a jamais démérité en faveur de sa défense et de la promotion de son œuvre. Mais... Est-il correct de vendre une part de son âme pour un million d’euros ? Et, d’ailleurs, qu’est-ce qu’un million d’euros, se demanderait Charles Péguy, qui écrivit : « Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est maître sans limitation ni mesure. Pour la première fois dans l’histoire du monde, l’argent est seul en face de l’esprit. » Aussi, ce vendredi 13 mars à 21h40, je m’interdis d’évidence de porter le moindre avis sur « une affaire en cours ». Je persiste à penser qu’il y a peut-être, sans doute, autre chose, de moins vil, ou bien quelque chose de très simple, de matériel et d'acceptable. L’urgence de survivre lorsqu’on a frôlé la mort de si près, et que les jours sont désormais comptés, l’amour grand et heureusement présent. Alors, je pense à reléguer en cave - ou au grenier plutôt (épargnons les bouteilles), des considérations de dîner en ville germanopratin devenant pâles tout à coup. A suivre, L.M.

  • Des prix

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    vue depuis mon poste de... travail

    Ecouter un Stabat Mater dirigé par le regretté Jean-Claude Malgoire tout en lisant attentivement un roman à lire car il nous faut en lire afin de pré-sélectionner, puis sélectionner, passer au tamis ès auteurs, au crible intraitable, puis élire un seul lauréat ou lauréate par prix. Travail de juré. Travail de groupe. J'adore cette merveilleuse charge, faite de plaisir du texte, de poésie, de dilettantisme, de liberté totale, de crayon à papier annotant et soulignant, d'énervement parfois, de soupirs, de rares ronronnements de bonheur, de râles de dégoût aussi. On échange entre jurés. C'est toujours drôle, chargé d'humour et d'autodérision. On se marre autour d'un WhatsApp dédié. Aucune prise de tête. Nous demeurons cependant sérieux, consciencieux, amoureux de la seule amante qui vaille et taille notre route depuis notre naissance à elle - la Littérature. En l'occurrence, il s'agit du prochain prix Paul-Jean Toulet, que nous  proclamerons le 30 mai prochain à Guéthary ; forcément à Guéth' (dirait Duras). Nous peinons quelque peu à mettre les mains et les yeux, le coeur et le ventre, la peau et nos os sur la perle rare comme on dit. Cette quête est toutefois excitante. Chacun cherche des cèpes en sous-bois (gare aux cousins vénéneux !). Et signale aussitôt ses prises à la compagnie. Je ne citerai aucun titre de cette rentrée de janvier, épinglé par notre bande de mycologues à la demi-solde et à la noix, évidemment. Secret défonce. Mais un trait de Dominique de Roux me revient : De moins en moins édition. De plus en plus poubellisation. C'est dans Immédiatement. Nous savons de quoi nous parlons, puisque nous avons l'audace, l'outrecuidance d'écrire et de poublier. Misère... Je reprends ma lecture. Je suis passé à un autre volume en apparence attirant. Reniflons la bête. Malgoire, lui, m'emporte, de Beatus vir en Gloria et en Laudamus te... Bonheurs, en dépit d'une pluie rebelle qui cingle mes fenêtres, tandis que j'aperçois une grande trouée de ciel bleu. Le climat est une énigme grandissante, comme la marée montante de la bêtise (Camus)... L.M.

  • Sansal en habit vert

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    Boualem Sansal élu triomphalement à l’Académie française au fauteuil n°3 par 25 voix sur 26 dès le premier tour, c’est la consécration d’un écrivain de talent, d’un homme courageux engagé dans la lutte contre l’islamisme radical et le régime dictatorial actuel de l’Algérie (rappelons qu’il est fanco-algérien*), d’un amoureux et ardent défenseur de la langue française, d’un homme humble, souriant et d’une grande gentillesse (je peux en témoigner). D’un « résistant » enfin aux geôles algéroises une année durant. Il fera l’éloge de Jean-Denis Bredin son prédécesseur. Après le prix mondial Cino del Duca (doté de 200 000€), son élection à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique, deux prix de l’Académie française déjà obtenus, le Grand Prix du roman pour « 2084 » et le grand prix de la Francophonie, Sansal – qui vit désormais à Paris, est couvert de lauriers mérités, n’en déplaise aux fielleux éléfistes ainsi qu’au nouveau chantre du régime de Tebboune, Ségolène Royal... L.M.

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    *Boualem Sansal se dit cependant Français de naissance puisqu’il est né en 1944 quand l’Algérie était encore française.

  • Signature au Kiosque des Docks de Biarritz

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    Je signerai mes deux livres publiés par Cairn samedi prochain 20 décembre de 9h30 à 12h30 à Biarritz (de l'autre côté de la gare, au-delà des rails), aux Docks de La Négresse - pardon, du quartier de L'Allégresse... Soit Les Bonheurs de l'aube, nouvelles, préfacé par Dominique Bona, de l'Académie française, et Belle perdue, roman. Venez nombreux, on boira des coups.

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  • Prix François Sommer 2026, hier

     

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    Les ultimes délibérations furent mouvementées hier à l'heure du déjeuner, dans les somptueux salons du 60, rue des Archives à Paris 3e, au sein de la Maison de la Chasse et de la Nature (l'hôtel de Guénégaud qui abrite la Fondation François Sommer), afin de débattre des ouvrages en lice pour le 46e Prix François Sommer que nous devions désigner au moment du café et du dernier verre de Baron de Brane, second vin d'un splendide margaux, le château Brane-Cantenac de la famille Lucien Lurton. Chacun des douze membres du jury - au complet - y alla de ses couplets de défense et illustration, ou bien d'accablement sans appel apparent. Plusieurs tours furent nécessaires. La terrine de chevreuil comme la blanquette d'agneau passèrent au second plan. Nous mangeâmes littéraire, non sans avoir au préalable, à l'heure de la coupe de champagne bue debout, chaleureusement félicité l'un des membres de notre jury (*), Éric Neuhoff, pour son entrée à l'Académie française. Et, à la fin, ce fut Valentine Goby et son Palmier qui l'emporta. Je pus regretter l'échec de mon chouchou Jean-Noel Rieffel et son si poignant Aimer comme un albatros, publié chez l'ami Olivier Frébourg à l'enseigne des exemplaires éditions des Equateurs, mais la solidarité de notre confrérie impose de défendre comme un seul homme le lauréat millésimé - en l'occurence la lauréate. Ainsi : Tous pour une !.. Et vive le palmier, tous les palmiers ! La remise du Prix eut lieu le soir même, hier à 19h30, avant un coquetaile (aurait écrit Nimier), du meilleur effet gastronomique - mention spéciale pour le délicat pinot noir des hautes-côtes-de-beaune et les saint-jacques lardées montées sur - double - pique, n'est-ce pas, Franck Maubert ?.. Alban de Loisy, directeur général de la Fondation, eut des mots d'une délicatesse de dentellière à l'égard des huit auteurs en finale, Xavier Patier, président de notre jury, eut au cours de son discours des mots métaphoriques du meilleur effet au sujet de la chasse... à la vérité. Et Quentin Ebrard, cheville artistique davantage qu'ouvrière du Prix, ses arcanes et son arrière-boutique, brilla dans l'ombre - c'est sa marque - par la perfection de l'organisation de tout ce bastringue jamais foutraque, mais au contraire tiré au cordeau et à quatre épingles invisibles. Le talent, quoi. Alors, longue vie à ce généreux prix si subtilement tourné vers la Nature, et à l'année prochaine. L.M.

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    (*) J'ai le double honneur d'être membre du jury de ce prestigieux prix littéraire, et d'en avoir été le lauréat en 1993 pour mon premier roman, Chasses furtives.

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