Des prix

vue depuis mon poste de... travail
Ecouter un Stabat Mater dirigé par le regretté Jean-Claude Malgoire tout en lisant attentivement un roman à lire car il nous faut en lire afin de pré-sélectionner, puis sélectionner, passer au tamis ès auteurs, au crible intraitable, puis élire un seul lauréat ou lauréate par prix. Travail de juré. Travail de groupe. J'adore cette merveilleuse charge, faite de plaisir du texte, de poésie, de dilettantisme, de liberté totale, de crayon à papier annotant et soulignant, d'énervement parfois, de soupirs, de rares ronronnements de bonheur, de râles de dégoût aussi. On échange entre jurés. C'est toujours drôle, chargé d'humour et d'autodérision. On se marre autour d'un WhatsApp dédié. Aucune prise de tête. Nous demeurons cependant sérieux, consciencieux, amoureux de la seule amante qui vaille et taille notre route depuis notre naissance à elle - la Littérature. En l'occurrence, il s'agit du prochain prix Paul-Jean Toulet, que nous proclamerons le 30 mai prochain à Guéthary ; forcément à Guéth' (dirait Duras). Nous peinons quelque peu à mettre les mains et les yeux, le coeur et le ventre, la peau et nos os sur la perle rare comme on dit. Cette quête est toutefois excitante. Chacun cherche des cèpes en sous-bois (gare aux cousins vénéneux !). Et signale aussitôt ses prises à la compagnie. Je ne citerai aucun titre de cette rentrée de janvier, épinglé par notre bande de mycologues à la demi-solde et à la noix, évidemment. Secret défonce. Mais un trait de Dominique de Roux me revient : De moins en moins édition. De plus en plus poubellisation. C'est dans Immédiatement. Nous savons de quoi nous parlons, puisque nous avons l'audace, l'outrecuidance d'écrire et de poublier. Misère... Je reprends ma lecture. Je suis passé à un autre volume en apparence attirant. Reniflons la bête. Malgoire, lui, m'emporte, de Beatus vir en Gloria et en Laudamus te... Bonheurs, en dépit d'une pluie rebelle qui cingle mes fenêtres, tandis que j'aperçois une grande trouée de ciel bleu. Le climat est une énigme grandissante, comme la marée montante de la bêtise (Camus)... L.M.







Artaserse, ultime opéra baroque de Leonardo Vinci (1690-1730, rien à voir avec le peintre), fut donné en 1730 à Rome pour la première fois. Le rôle d'Arbace (contre-ténor) est interprété l'année suivante à Milan par Carlo Broschi, le fameux castrat Farinelli. Cette vidéo (Nancy, 11 octobre 2012) montre le contre-ténor argentin Franco Fagioli dans le rôle d'Arbace, ami d'Artaserse (prince, futur roi de Perse, interprété par Philippe Jaroussky), amant de sa soeur Mandane, et accusé à tort du meurtre de Xerxès, le père d'Artaserse. Le Concerto Köln, dirigé par un génial Diego Fasolis, est dans la fosse. Nous ne sommes guère éloignés de Haendel (Xerxès/Serse, et l'indépassable Largo intitulé Ombra mai fu...). La mise en scène est subtilement contemporaine (tant de femmes des coulisses pour un opéra interprété par des hommes exclusivement : quatre contre-ténors sur scène, notamment, puisque les femmes étaient interdites de scène à l'époque de la création de cet opéra, en vertu d'une ordonnance papale qui sera démentie en 1798. Aussi, les personnages féminins comme Semira et Mandane sont-ils interprétés par des hommes) . L'extrait, Vo solcando un mar crudele, clôt avec splendeur le premier acte, dont voici l'argument : "Le Préfet Artaban vient d’assassiner le roi de Perse Xerxès Ier ; il projette de tuer également son fils et successeur Artaserse, afin d’installer sur le trône son propre fils, Arbace. Celui-ci avait été banni par Xerxès à cause de son amour pour Mandane, sœur d’Artaserse. Mais Arbace, ami d’enfance d’Artaserse, refuse de se joindre au complot. Artaban persuade Artaserse d’ordonner la mort de son frère Darius, au motif qu’il serait coupable de la mort de leur père. Mais l’erreur est bientôt révélée, et Arbace est accusé d’être l’assassin. Ne pouvant se défendre sans dénoncer son père, il se tait et est condamné à mort." Mais la fin sera heureuse, malgré une tension à son comble au troisième acte... Soulignez le jeu d'acteur de Fagioli, sa performance totale, eu égard aux changements de ton de sa voix, de l'aigu au grave. Bonheur. L.M.