Signature du week-end
Samedi 29 avril de 14h à 18h à la librairie Cultura à Anglet (BAB2);
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.
Samedi 29 avril de 14h à 18h à la librairie Cultura à Anglet (BAB2);
Bon, ça y est, il m'est parvenu, ainsi qu'à la presse. Il sera en librairie le 27 de ce mois (première signature officielle le 29 à Cultura/Anglet).
Réservez-le auprès de votre libraire. On en reparle bientôt.
(Je l'ai aussitôt relu pour me livrer à une chasse à la coquille. Je n'en ai trouvé aucune parmi ses 190 pages. À la bonne heure).
Voici ce que mon éditeur publie ce matin sur son compte Instagram :
Pire que les manuscrits de la Recherche ou ceux de Madame Bovary !..
Le livre paraît demain.
J'ai totalement oublié d'annoncer cet événement qui a débuté hier, qui se poursuit aujourd'hui jusqu'à 18h, et que je parraine. Venez nombreux.
Vivement le 30 mars...
Marie-Luce Ribot et Antoine Tinel, qui pilotent le "mook" (magazine-book) Raffut, "Ceci est plus qu'une revue de rugby", du groupe Sud Ouest, m'ont demandé pour pour la rubrique Art et Littérature de leur n°3 qui paraît ce jour, un assez long texte sur mon rapport au rugby, que voilà (en photos). Ce fut l'occasion d'évoquer surtout mon fils lorsqu'il était rugbyman, ses grands-pères, et de raconter quelques anecdotes personnelles...
Je ne suis pas peu fier d'avoir rédigé les 64 pages du premier magazine du négociant hédoniste en vins du Grand Sud-Ouest Lionel Osmin (& Cie). Il paraît, il est beau, il est riche, gouleyant, friand, convivial, sympa, généreux, très très Sud-Ouest, et il est gratuit. C'est bien plus qu'un catalogue pour les nombreux vins proposés par l'enseigne paloise. C'est la première version de l'expression d'un art de vivre certain. J'ai mis mon coeur à l'écrire, si cela peut se dire. L.M.
Surprise, ce matin, lorsqu'un ami m'informa de la parution, en octobre dernier, d'un épais (430 pages) Dictionnaire des écrivains gastronomes chez Flammarion, signé Jean-Baptiste Baronian, et dans lequel je figure aux pages 257 et 258, entre Harry Mathews et Jay McInerney, pensant que j'étais au courant, ajoutant un tu crois qu'il nous aurait prévenus, ce petit cachottier? à l'adresse d'un mini groupe WhatsApp de quatre personnes... Je m'enquis de sa disponibilité en librairie et en trouvai un exemplaire dans la journée, dont voici des images. L'ouvrage est passionnant, qui va en effet d'Apollinaire à Zola en passant par les classiques Balzac, Baudelaire, Blixen, Boileau, Brillat-Savarin, et les modernes comme Barbery, Barnes, Barjavel, Boudard, pour ne citer que quelques noms épinglés à la lettre B. C'est dire si l'ouvrage est riche. Et savoureux. L.M.
Il est certes trop tôt pour évoquer cela, mais puisque les sites marchands proposent de le pré-commander, je vous montre les "prière d'insérer" de l'éditeur de mon prochain livre, trouvés ce matin sur les sites divers comme la fnac, amazon, Babelio (ce dernier donne un texte plus touchant, mais les deux sont signés de mon éditeur chez Privat, Christian Authier). Patience jusqu'au 27 avril, jour de sortie de mon (très subjectif) Petit éloge amoureux du Pays basque.
Noël 2022 au fin fond du Périgord pourpre en compagnie de ma fille, de son bébé d’un mois et demi et de la famille de son compagnon, le père de Sael Áodhán. Nous sommes treize autour de la cheminée que j’alimente en chêne sec. J’apprends la mort de Françoise Bourdin et je me souviens. Rapidement, je parcours la dépêche reproduite un peu partout, à peine modifiée, sur cet auteur « populaire » qui a vendu plus de quinze millions de livres en cinquante romans issus de sagas familiales comme les lecteurs de Christian Signol, de Claude Michelet... et de Françoise Bourdin les aiment. Pas besoin d’un papier dans Le Monde des Livres ou Le Figaro littéraire - lesquels les boudent en se pinçant le nez - pour propulser ces sous-marins de l’édition qui, sans aucun bruit, en font beaucoup dans les chaumières, loin des bobolands circonscrits à quelques arrondissements germanopratins. Je me souviens... Je copilotais le service des manuscrits de La Table ronde avec Stéphane Guibourgé (que devient-il ?) deux jours par semaine (je vivais encore à Bordeaux), tour à tour rue du Bac, rue Huysmans, rue Corneille... Autrement dit, j’ouvrais le sac postal quotidien en toile de jute beige, j’en extrayais le monceau de tapuscrits, je les flairais tous avec une technique « pro » précise, et, un matin de l’année 1990, je suis tombé sur l’un d’eux, mince, intitulé « Sang et or » (était-ce le titre originel ou bien celui que je trouvai au moment des épreuves corrigées ?) d’une certaine Françoise Bourdin qui n’avait publié jusque là que deux romans chez Julliard, « De Vagues herbes jaunes » en 1974, et « Les Soleils mouillés » en 1975. Rien d'autre depuis quinze années. Je me souviens m’être assis par terre, entouré de piles de tapuscrits sous papier kraft comme un soldat de sacs de sable, et avoir lu d’un trait ce texte dont l’action dure quelques minutes au cours desquelles un jeune torero gravement encorné est transporté à l’infirmerie de l’arène où il est en train de toréer, et l’instant de son expiration. Entre temps, sa vie défile, Bourdin la raconte, et c’est poignant, tendre et tragique, solaire et mélancolique. J’alerte aussitôt mon pote et néanmoins président des éditions Denis Tillinac par téléphone (absent, il surfait alors en Chiraquie). On a reçu un manuscrit fascinant d'une presque inconnue, il faut que tu le lises. Bloque, appelle-là, et tu lui proposes un contrat. Mais, Denis, tu ne veux pas le lire avant ? Pas le temps, j’ai confiance, vas-y. J’appelle Françoise Bourdin. Elle me dit que Actes Sud lui a déjà donné une réponse positive. Je lui coupe quasiment la parole en lui disant que je m’en fiche. Où êtes-vous ? À la Feria de Nîmes justement, pour voir des toros. J’adore. J’arrive. (J’y retournerai en septembre de la même année, à la Feria des Vendanges, pour assister à la prise d’alternative de Jesulín de Ubrique). Je pris un contrat pré rempli comme un constat d’accident au 40, rue du Bac, et un train à la gare Montparnasse. Nous nous retrouvâmes dans les salons de l’hôtel Imperator, et elle signa le contrat tandis que je sifflais manzanilla sur manzanilla La Gitana. Nous publiâmes son troisième roman en mai 1991. Une peinture de Fernando Botero, « Muerte de Luis Chalmeta » orne en vignette la couverture. J’en conçus une certaine fierté lorsque, plusieurs années après, Françoise Bourdin devint l’un des écrivains les plus lus de France, le (ou la ?) cinquième je crois. Je l’ai croisée à plusieurs reprises lorsque je fus éditeur chez Editis entre 2002 et 2006, au sein de Place des éditeurs, dont ma boutique, fitway publishing faisait partie. Mes bureaux étaient voisins de palier de ceux de Belfond, son éditeur historique. Nous prîmes quelques verres lors de salons du livre à Paris et à Francfort je crois aussi, et puis en bas des éditions, avenue d’Italie dans le XIIIe. Elle était timide, frêle, mais son regard était doux et droit, d’acier tendre. La force du jockey sous une apparence cristalline. Elle se souvenait en riant de moi déboulant à Nîmes... Je confesse n’être pas lecteur de ses romans, de cette littérature que l’on dit populaire, mais ni par aversion ni par snobisme. Seulement parce qu’elle ne me « parle » pas, comme par ailleurs la science-fiction, la fantasy, le polar (à de très rares exceptions près), le développement personnel, l'ésotérisme, la B.D. figurent des genres qui me sont étrangers – et je m’en réjouis d’une certaine manière, car cela fait ça en moins à découvrir, lors que je sais, hélas, que je n’aurais pas assez de quarantedouze vies pour avoir le temps long et calme de lire tout ce que j’envisage de lire de poésie, de romans, de philosophie, d’essais... Je confesse n’avoir pas lu une ligne de Françoise Bourdin après « Sang et or », et je me souviens le lui avoir dit, et qu’elle me répondit par un grand éclat de rire, et qu’elle me fit déposer, la délicate, une pile de Pocket choisis de ses romans, mais que je distribuais – sans éprouver le moindre sentiment d’ingratitude, cependant -, à des amies de passage chez moi (car j’ai le sentiment que le public de sa littérature est essentiellement féminin), lors de dîners à mon domicile parisien qui s’achevaient invariablement par une répartition de livres empilés devant la porte – condition expresse établie : nul ne sortira d’ici sans plusieurs livres en mains. « Sang et or » donc, que je viens de retrouver dans le long rayon de ma bibliothèque réservé à la tauromachie littéraire. Je ne sais pas si j’ai envie de le reprendre, tant ma « desafición » est devenue grande. Peut-être, oui, quand même, en souvenir de la confiance de Denis, pour l’effervescence nîmoise de ce jour-là, pour l’émotion singulière, pour la pluie qui tombe soudain sur Bayonne ce 29 décembre 2022 après-midi, et ma moto qui se mouille avec le casque et les gants sur la selle. Pour les livres. Je vais appeler ma fille, tiens, et prendre des nouvelles du petit. L.M.
Les whiskys français sont de plus en plus nombreux. Qu’ils soient bretons, normands, bourguignons, lorrains, lyonnais, célèbres comme Michel Couvreur et sa gamme somptueuse, Armorik la distillerie pionnière, Rozelieures et son savoir-faire céréalier, Bellevoye et sa gamme colorée, Le Domaine des Hautes-Glaces et son sens du terroir, le Château du Breuil et son expertise en Calvados, Ninkasi et son expérience de brasseur... nous avons l'embarras du choix si nous souhaitons faire un pas de côté en laissant au bond - le temps d'un Noël - les Scotchs et autres whiskeys, sans parler des flacons japonais qui inondent le marché...
En voici deux singuliers, Arlett et Laminak... ainsi qu'une surprise remarquable n'ayant rien à voir avec le whisky.
La distillerie charentaise familiale Tessendier, notamment les deux frères Jérôme et Lilian, proposent trois whiskys Arlett : un Single Malt Original, un autre Tourbé, et enfin celui que nous avons goûté, avec une finition d’un an en fût de chênes japonais Mizunara, après un vieillissement de trois ans : la moitié de l’assemblage en fûts de chêne américain neufs et l’autre moitié en fûts de bourbon. Le résultat est envoûtant, élégant, expressif et épicé mais pas trop – poivre, cradamome. Avec ce whisky aux accents « vintage, » les frères Tessandier signent une véritable déclaration d’amour à leur mère Arlette (70 cl, 55€).
Laminak, le tout nouveau whisky distillé par Martine Brana à Saint-Jean-Pied-de-Port – un nom qui fait référence aux petits esprits de la forêt qui sortent la nuit car ils craignent la lumière, est une perle issue de malt français brassé au Pays basque. Après une double distillation dans les alambics à repasse, ce Single Malt a vieilli quatre ans dans des barriques de l’Irouléguy blanc « maison » élaboré par Jean Brana, et ayant contenu du Petit Manseng, cépage caractéristique dont on retrouve la finesse et le fruité dans le verre. Laminak est ample, généreux, frais, correctement boisé, délicatement vanillé, et possède une belle persistance. Premier tirage : 2802 bouteilles numérotées. (70 cl, 78€).
Un chiffre modeste, mais qui paraît grand si nous le comparons à un autre bijou, dernier né de la maison Brana : 972 bouteilles seulement d’un Marc d’Irouléguy XO distillé il y a 30 ans par cépages rouges et blancs séparés, puis vieilli en fûts durant 22 ans. Cette eau de vie rare et précieuse est un régal de douceur, de puissance et de complexité, avec des notes de raisins secs, une pointe réglissée et une autre de pain grillé. C’est profond mais rond, charmeur et pour tout dire bluffant. (70 cl, 148€). L.M.
Pèlerinage émouvant de groupie assumé, hier après-midi à la tour de Montaigne, à Saint-Michel-de-Montaigne (24). Visite monacale et infiniment tranquille à l'heure où la lumière d'hiver baisse en rougissant avec componction un ciel glacé et roide. Emprunter l'escalier en colimaçon aux marches usées, voir le lit, la cheminée, des peintures murales effacées, l'âtre, ce qui faisait office de lieu d'aisance, penser la cuisine, ouvrir les fenêtres, contempler la pièce ronde du bureau surtout, les inscriptions en grec et en latin dans le bois de chacune des poutres - les citations de philosophes (au premier rang desquels loge Socrate) qui accompagnèrent Montaigne, imaginer la bibliothèque face à la table de travail, écouter le silence alors à peine troublé par un pinson et un rouge-gorge, affronter le froid d'hier et ressentir, autant que faire se peut, ce que Montaigne dut tant éprouver là afin d'y écrire ses Essais. D'où, me dis-je, la présence de trois selles d'époque, car Montaigne galopait par monts et par vaux lorsqu'il n'écrivait pas ce que, justement, il prélevait en voyageant, en frottant sa cervelle à celle de l'Autre. Par pénétration, et comme par une sorte de palimpseste, j'eus l'envie forte de croire que je pouvais me projeter instantanément entre 1533 et 1592 là même, et j'imaginai, j'ai imaginé, j'ai forcé mes sens, mes muscles, mes idées rassemblées en désordre. J'ai voulu. Le moment fut délicieux, vivifiant et d'une sereine intensité, car vide de tout élément extérieur, humain surtout. La solitude (partagée) savourée en un tel endroit me fut un cadeau du ciel. J'ai repris les Essais, ce matin, non sans avoir rangé au préalable, dans la part de rayon de ma bibliothèque consacrée à Montaigne, une bouteille qui ne se boit pas, mais qui doit loger parmi l'Oeuvre, ses éditions diverses et son exégèse. Elle porte le nom de l'auteur, car un vignoble en appellation Bergerac prospère tout autour de la tour. L.M.
La poésie militante ou insipide, pénible d'Aragon sent parfois la sueur. Ses poèmes incontinents (il perd aussi son prénom, Louis, sur les trois couvertures) proposés par Gallimard ce mois-ci : Persécuté Persécuteur, Les Chambres (sous-titre : Poème du temps qui ne passe pas), Les Adieux et autres poèmes, m'ont laissé froid. Lire un éloge de Lénine, un autre à la gloire de Staline ne passe plus, et le sigle URSS inscrit à tout bout de vers révulse, quoiqu'on sache du rôle de potiche, de plante verte du PCF qu'occupa le talentueux auteur du Fou d'Elsa au cours de ces années de plomb (lequel servit aussi à imprimer du Aragon). Ce sont là des mots fades, incapables de générer l'émotion, enfilés à la suite les yeux fermés on dirait, même lorsqu'il s'agit de l'immense Hölderlin (son long poème consacré ressemble à une copie de potache chargé d'exécuter un commentaire de texte), tout cela est écrit à la va comme je te pousse, et ne devrait en réalité pas être rassemblé, et proposé (à nouveau) à la lecture. Aragon vieillit mal. Même lorsque, tardivement, il évoque encore Elsa en fin de vie, cela sent l'amour faisandé, le passé suranné - par manque de déodorant sans doute. Et l'on se dit qu'il eut peut-être mieux valu ne pas écrire du tout, se taire et regarder, pleurer mais laisser sa plume tranquille, ou bien faire feu et flamme. Sauf que là, c'est pschitt à chaque page. Le talent a disparu...
Ce n'est pas le cas de Pierre Mendès France (coq à l'âne) dont les portraits d'hommes politiques qui comptent (Churchill, de Gaulle, Ferry, Zola, Caillaux, Briand, Herriot, Jaurès, et Hubert Beuve-Méry !..) dans le recueil La vérité guidait leurs pas, exhalent le sérieux de l'analyse derrière une admiration prudente. La plume de PMF est franche, droite, comme l'homme politique le fut toute sa vie. Sa trempe manque terriblement à cette Ve république sénescente et qui n'engendre que des clowns à l'intérêt autocentré. Mendès représente aujourd'hui une gauche disparue, hélas, pétrie d'humanisme et d'intérêt général - une valeur fondamentale en voie de dilution, lorsqu'elle eut le pouvoir ; sous sa houlette.
Registre voisin, Régis Debray, avec D'un siècle l'autre, un titre célinien, poursuit son autobiographie intellectuelle, désabusée, car l'homme protéiforme, limite caméléon touche-à-tout de génie est revenu de tout (l'auteur a réellement envie de nous faire savoir qu'il a tout vu, tout fait, tout compris), son existence est jalonnée d'expériences à haute valeur ajoutée, certes (le révolutionnaire emprisonné, le conseiller du Prince, le médiologue, le romancier, l'essayiste), qu'il sait mettre en valeur sans trop plastronner, quoique. Un côté Papy, raconte-nous encore l'Indo ! sans que l'on demande au Papy de nous raconter encore l'Indo, remonte à la surface de la lecture... Au soir de sa vie, Debray dresse le bilan, à la colonne PP, pour pertes et profits. D'autres volumes paraîtront. Déjà, L'exil à domicile est sorti ce mois-ci. Pas encore lu. Nous attendons néanmoins la suite de cette suite.
Enfin, kilo de cerises sur le gâteau, un volume capiteux, les Tragédies complètes de Sénèque, 1000 pages, occupera nos prochaines après-midi. Pensez ! Oedipe, Les Phéniciennes, Hercule furieux, Hercule sur l'Oeta, Médée, Phèdre, Thyeste, Les Troyennes, Agamemnon sont capables de nous faire oublier un rendez-vous chez le dentiste. Nous y reviendrons, ici. Merci la collection folio. L.M.
Dans le Speyside, Glen Moray est une distillerie singulière (nous l'avons déjà visitée) qui s'attache, depuis 125 ans, à explorer l'influence des fûts d'origine et de contenant divers sur ses single malts. La mode est au vieillissement et au finish, soit au passage ultime dans un seul fût (single cask) ou dans des fûts ayant contenu d'autres breuvages bizarres - en l'occurrence du whisky de grain, de seigle précisément, Rye Cask Finish pour l'un, et du rhum agricole martiniquais Saint-James 1997 pour l'autre. Les résultats sont sensibles. D'un côté, le caramélisé et l'épicé dominent (vanille, citron frais, poivre blanc, caramel mou, fruits noirs de sous-bois, café en finale assez longue), et là, l'intensité fait place à l'équilibre (du confituré : abricot, poire, ananas, et aussi cerises au kirsch, pain d'épices, raisins secs en finale longue, très longue). Il n'y a que 900 flacons (75 cl, 70 €) de Rye Cask Finish pour la France, et 600 (idem) pour le Rhum agricole Cask Finish Project. Dépêchons-nous. L.M.
Mieux que Sempé. En tout cas selon ma sensibilité. J'adore Voutch, pourquoi le cacher. Je me régale lorsqu'il donne un dessin au Point, ou sur sa page Facebook. Son nouvel opus paraît le 8 décembre au Cherche midi (où l'auteur a déjà publié une quinzaine de livres). Le pire n'est même pas certain. Le titre est déjà un programme. L'album est paru en 1999, mais il a été totalement rénové et enrichi de dessins inédits en livre. L'acuité du regard porté par le dessinateur sur les faits sociaux de notre temps est renversante. Avec toujours cette pointe de cynisme, une touche indispensable de dérision et un trait nonchalant. L'air de ne pas y toucher, Voutch appuie là où ça coince et c'est drôle, très drôle. Qu'il s'agisse de la vie des très riches, du couple qui s'ennuie, du corps médical, de l'atmosphère au bureau (rappelant en cela l'humour décapant du mystérieux Etienne Dorsay, lequel sévit sur twitter et instagram notamment), de la solitude du célibataire, de la psychologie féminine, des animaux de compagnie, du yéti ou du monde de l'édition lorsqu'il se laisse amadouer par les sirènes du marketing le plus outrancier, l'absurde est omniprésent dans le trait et dans le texte. Sacré Voutch... L.M.
Extraits :
Je me trouvais dimanche 23 en Baie du Mont Saint-Michel, sur les prés salés, partageant l'herbe que je foulais avec de réputés moutons aux saveurs singulières, pour une marche tiédie par un air étonnamment hors-saison. Justement, l'herbe. Celle-ci crissait sous la botte par endroits, et pas une goutte d'eau n'irriguait ni les canaux au fond craquelé, ni les mares des huttes de chasse. Tout était sec jusqu'à la lisière du Mont, l'eau retrouvée. Je levai en marchant quelques alouettes, des étourneaux picoraient les crottes de moutons, de rares goélands leucophores s'envolaient à regret à mon approche, des corneilles noires demeuraient; arrogantes - il faut s'y faire depuis un certain nombre d'années. Aucun bec plat, canard ou sarcelle, aucune bécassine, aucun autre limicole, et rien qui striait le ciel, ni pluviers, ni courlis, ni pieds-rouges (chevaliers gambette) - ah si, un vanneau égaré, esseulé sans doute, cria son désarroi en virevoltant à basse altitude, sur le chemin du retour. Pour un peu, je n'aurais pas été surpris de voir décoller une ganga cata. Non, j'exagère. Mais j'y pensais, car j'étais inquiet, voire attristé.
Hier matin, en randonnant du côté d'Etxalar, au Pays basque espagnol (pas loin de Zugarramurdi et Sare), je levai de rares grives sur un sol vert et dru, tandis qu'habituellement elles auraient dû fuser en bouquet de chaque buisson, fut-il d'ajoncs et de ronces. Des vautours fauves planaient en spirale, des milans royaux maraudaient. Quelques coups de feu signalaient un passage timide de palombes peut-être ; de grives plutôt. Le ciel était gris, l'atmosphère opaque, et comme ourdie par un silence inhabituel. Je me suis dit que la migration, qui devrait battre son plein, était en berne, ou bien en grève, ou alors à la messe.
Ce matin, du côté de Bidart, levé à l'extrême pointe de l'aube, café en main, j'eus la joie de voir passer trois maigres vols de palombes, et surtout d'observer des grives musiciennes en migration, mais stationnant afin de se refaire la cerise avant de reprendre leur route vers l'Espagne et au-delà. Elles étaient cependant là, à portée, allant d'une branche à l'autre tout autour, des hauts pins aux petits bosquets, de la haie garnie de lierre et de glycine au laurier rose qui perd peu à peu ses fleurs. J'en conçus une nouvelle et amère constatation. Les grives (musicienne et mauvis, surtout), avaient un peu déserté octobre et novembre ces dernières années, et je m'en étais inquiété. Les voilà qui réapparaissent, en nombre, et c'est tellement heureux. Mais, l'urbanisation et l'invasion du territoire péri-urbain, lequel gagne la campagne, l'espace sauvage, empiète sur le biotope animal, mange l'environnement de l'oiseau. Ainsi, la grive reprend-elle des forces dans les jardins, soit là où il y avait auparavant des haies riches en baies, et des prés sous-cutanés de lombrics gras. Aussi, l'espace vital animal se confond-il désormais avec l'expansion des besoins en logement de l'homme (sur la Côte basque, cela est criant, voire révoltant : où que l'on se trouve, il y a dans notre champ de vision un immeuble en construction ou une grue trônant au coeur d'un chantier). Les grives, donc, s'accommodent des villas, des maisons, des jardins, des rues et des routes bruyantes, où leur instinct les ramène comme un aimant les attirerait inexorablement ; à leur corps défendant. Ainsi se désensauvagent-elles, et c'est cela qui m'est douloureux. L.M.
Les premières pages du nouveau livre de Sylvain Tesson à paraître le 13 chez Gallimard, et intitulé sobrement "Blanc", émaillent quelques citations sur l'idée du départ, du voyage (ci-dessous), et donnent ainsi le ton, soit celui de la bougeotte. J'y ajouterai un vers célèbre de Blaise Cendrars : "Quand tu aimes il faut partir"...
... pour être emporté. Exemple, ce matin, je relis le poème Ophélie, qui possède les accents du Dormeur du val, et ce vers, le trentième, me cloue : Tu te fondais à lui comme une neige au feu. J'en ai frissonné. Certes, c'est l'image, à la Gracq ou à la Giono (je suis en train de me régaler avec Le Chant du monde) qui interpelle, séduit. En littérature, il suffit souvent de l'usage de l'adverbe "comme" (à condition de ne pas en abuser et de lui trouver des remplaçants) pour créer immédiatement une sorte d'émerveillement. Les exemples sont nombreux. Et nous pourrions nous amuser à en collectionner une belle ribambelle...
Le poème de Rimbaud évoque l'Ophélie peinte par J.E. Millais (ci-dessus) et surtout le personnage de Shakespeare (dans Hamlet), qui devint folle, se suicida (?) en se noyant dans un ruisseau et dont le corps entouré de fleurs flottera mille ans sans être altéré. Un mythe naquit.
Gaston Bachelard, dans L'Eau et les rêves, s'est penché sur "le complexe d'Ophélie". L'eau est la vraie matière de la mort bien féminine, écrit-il. L.M.
Cet extrait de Racontez-moi les flamboyants, de Christine de Rivoyre, m'est lumineux. Il parlera à mes confrères et consoeurs animés de l'intérieur par le métier. C'est tellement cela. À l'instar d'Albert Camus disant qu'il n'avait jamais été aussi heureux que sur les planches d'un théâtre, sur un stade de football et dans les salles de rédaction et de montage d'un journal, les bonheurs professionnels de mon existence se sont toujours produits au moment où je démarrais une voiture, entrais dans un wagon, montais dans un avion et partais en reportage, quel qu'il fut, où que ce fut. Puis, ils résidaient dans une rédac, soit là où je me suis toujours senti aussi bien que chez moi. Surtout les jours de bouclage...
Voilà qui résume à mes yeux l'esprit Dada, selon Francis Picabia. Image de synthèse, pourrait-on ajouter. Une illustration qui irait en tout cas comme un gant à la reprise (sans doute prochaine) en folio du magnifique et ultime livre de Michel Schneider, Des livres et des femmes.
Cambo (64), c'est bien sûr Edmond Rostand, mais c'est aussi Paul Gadenne, qu'on ne relit guère plus. J'y serai après-demain pour signer à la demande mes derniers ouvrages, surtout Le Bruissement du monde (Passiflore). L.M.
Retour récurrent, nécessaire, viscéralement ancré au désir incontrôlable, à Procida, isola mia. Pour y écrire. Me laver en écrivant. Bisogno. Avec méfiance, cette fois, car c'est la capitale italienne de la culture depuis le 1er janvier et jusqu'au 31 décembre, et que le monde afflue sur cet isoletto qui n'en peut mais. Certo, la culture c'est mieux que la politique ou le sport pour être distinguée une année durant.
Mais, bon. J'y suis arrivé cet après-midi, et j'ai retrouvé mes marques, mes amis Cesare, Giuseppe, Vincenzo, Aniello, Emanuele... Mes repères et mes repaires aussi, tout ce qui me rend poisson un instant échoué retrouvant la mer à la faveur d'une vague aimante comme un bras par dessus l'épaule à l'instant où on ne l'attend pas, marchant en silence le soir, côte à côte, d'un pas rythmé; entendu. L.M.
Et, soudain, il apparut, dévalant au galop la pente devant moi, à 150 m environ. J’avais par chance mes jumelles en mains. Je rentrais d’une formidable randonnée avec mon fils jusqu’au col des Marsailles, 2 601 mètres. Nous avions surplombé une vallée trouée d’un lac, celui des Cordes où prospèrent truites arc-en-ciel et cristivomers, et de deux laquettes. En face, les Alpes italiennes, leur majesté, leur aridité, leur âpreté. Un paysage somptueux à 360° (photo ci-dessus : Alpes italiennes, laquette et chien de berger). Fierté de partager ce moment avec Robin. Nous retrouvâmes Charles, son troupeau de plus de 1 200 brebis, et ses six chiens, patous compris. Comme une partie des bêtes avait échappé à sa vigilance, il fallait qu’il les retrouve vite. Je laissai Robin aider Charles, et rentrai seul, car une douleur à la hanche gauche venait de me pincer.
Dans la descente en zig-zag sur une pente escarpée et herbeuse, je sentis une présence. Pas n’importe laquelle. Celle d’un loup. Je me retournai souvent afin de saluer mon fils qui, sur la crête, surveillait mon retour, mais je pensai à l’idée d’un loup. Ce sentiment de forte présence qui nous suit montait en puissance. J’imaginais une rencontre, une attaque même. L’imaginaire, appelé à la rescousse, enflait ma démarche prudente à coup de paragraphes romantiques. Arrivé à la cabane, je me lavais sommairement, me changeais, et savourais la saine fatigue en m’installant dehors avec mes inséparables jumelles (seconde photo ci-dessus : la pente où le loup est apparu). Vers 19h30, je vis quelque chose d’étonnant : cinq marmottes réunies comme les doigts d’une main étaient dressées dans une attitude de méfiance.
L’instant d’après, le loup apparaissait loin des marmottes, qui disparurent dans leurs terriers. Je ne voulais pas croire à l’idée du loup, au loup ; à la chance d’en voir un. Je me suis dit intérieurement : ni brebis, ni chien, comment un renard peut-il être si gros et déjà en pelage d’hiver ? Remarque stupide. Dans les jumelles, j’avais reconnu aussitôt la gueule large, les oreilles du loup. Il galopait dans la descente. Cela dura une bonne minute. Je savourai chaque seconde. Puis – avait-il vu bouger les chiots qui jouaient autour de moi -, il bifurqua brutalement à 90° vers ma droite et poursuivit sa course en travers. Je pus ainsi admirer sa forte silhouette, sa longue queue fournie sur une soixantaine de mètres, à une centaine de moi, à flanc de colline. Il disparut enfin à l’épaule d’une crête, derrière un rocher, là, en face... Je n’oublierai jamais ce moment du 23 août 2022 vécu à 2 300 m d’altitude au-dessus de Cervières, au pied du pic Lombard (2 975 m), au cœur du Queyras et non loin du col de l’Izoard ; dans les Hautes-Alpes.
C’était la deuxième fois que je voyais cet animal. La première, à la fin du mois d’août 1997 au fin fond du Kazakhstan, en pleine steppe, loin de tout, ils étaient quatre et j’en fis le récit, intitulé « Le thé aux loups » dans mon livre « Les Bonheurs de l’aube » (La Table ronde). Cette apparition du mardi 23 août à 19h30 m’est revenue en boucle toute la soirée, toute la nuit, et le lendemain je ne cessai de regarder l’endroit où le loup était apparu comme s’il allait repasser, ce qui m’attira les plaisanteries moqueuses de mes enfants, Marine nous ayant rejoints. Oui, à l’aube du mercredi 24 août, café en main, sur le seuil de la cabane, je scrutais la ligne en « L » que l’animal avait parcourue, et je le revoyais avec une infinie précision, ce loup qui continuait de dévaler la montagne devant mes yeux...
Lorsque j’en fis le récit à Robin et à Charles à leur retour avec le troupeau rassemblé, vers 20h30, Charles eut aussitôt cette remarque : « Il y en a qui le guettent durant des mois et ne l’aperçoivent jamais, et toi tu es là depuis deux jours et tu en vois un ! » Autrement dit : aux innocents les mains pleines. Mais je ne me sens pas innocent en la matière. (Il s'agissait sans doute du loup qui croqua l'une de ses brebis la semaine passée, une traînarde malade que le loup empiéta et ne dévora pas entièrement). Mon fils se contenta de remarquer mes yeux « plus brillants que d’habitude », et mon émotion « palpable ». L.M.
Si c'est dans le journal (Sud Ouest) ce matin, même avec un seul "z" à mon nom, c'est que c'est vrai : Signature samedi 20 août à La Chambre d'Amour (Anglet).
Loin du thriller d'Harlan Coben et de son adaptation au cinéma par Guillaume Canet, voici un vin blanc éponyme issu de Marsanne et de Viognier particulièrement agréable, apaisant même, mi-août, à l'heure où le soleil amorce son lent plongeon dans l'océan. Je confesse avoir bu l'étiquette, autrement dit avoir acheté ce flacon hier (chez Arostéguy, épicerie fine à Biarritz) sans réfléchir, sur son nom seul. Certes, j'aime vraiment beaucoup les deux cépages qui le composent. Le premier parce qu'il m'évoque aussitôt les meilleurs Crozes-Hermitage blancs, et le second parce qu'il est synonyme de l'appellation Condrieu, qui a ma préférence en matière de grands blancs hexagonaux. Aussi, prendre cette bouteille en confiance alla de soi (avec des grissins, du fromage de chèvre et du jamón de bellota). Pour 10,50€, je recommande donc ce flacon de 2021 classé en Vin de France, élaboré par la Vinifacture, à Saint-Étienne, parce qu'il est, simplement, de belle facture.
Alliances : Comme chaque fois, je propose une escorte littéraire afin de déguster aussi des mots. L'ABéCédaire de Romain Gary, anthologie concoctée par Mireille Sacotte et Marie-Anne Arnaud Toulouse, recèle des traits d'esprit fulgurants, ainsi que des perles avant-gardistes stupéfiantes, tant sur la détérioration de l'environnement que sur ces menaces d'abrutis que l'on appelle le wokisme (éd. de l'Observatoire). Et Jospeh Anton,
l'autobiographie de Salman Rushdie (folio), car elle évoque presque à chaque page le traumatisme de la fatwa dont l'auteur est l'objet, et la victime. La santé de l'auteur des Versets sataniques s'améliore, ai-je lu ce matin. C'est heureux. L.M.
Un 64 pages "hecho a mano" (gauche, avé stylo au bout des doigts : j'ai quasiment tout rédigé). Réalisé avec le concours de l'Office de Tourisme et de l'agence Atlantica : Bertrand, Yaelle, Théoline, Mathieu. Il paraît et il est gratuit. Chipez-le, bonnes emplettes, cuisine et restos ! L.M.
Je ressors la tribune que Le Monde avait publié en 2012, puis L'Express en 2015, car cela fait 60 ans aujourd'hui que ce "massacre oublié" a eu lieu. Lire aussi l'article que Le Figaro publie ce matin en page 15, et qui évoque lui aussi mon cousin Gérard et son père Naphtali. L.M.
À l’heure où j’envisage très sérieusement de me remettre au surf, malgré le risque, grand, de crampes et de séries de vagues sur la gueule, humilié par des minous qui pourraient tous être mes grands fils (mais peu me chaut), je me dis : tentons de conjurer ! Allez, j'ose... J'ose exposer - quelle impudence, quelle imprudence, quelle impudeur, ces deux vieux clichés. J'ai quinze ans (en couleur) et seize ans (en N&B), et toutes mes dents - quoique, non, peut-être pas car une planche prise en pleine poire m'en ôta un jour quelques unes et au même endroit, soit à ma sacrosainte Petite Chambre d'Amour (Anglet). Ces deux photos me montrent en train de concourir pour mes toutes premières "compètes" de surf internes, celles du O Surf Club, mon unique, mon club de cœur à tout jamais, et elles datent de 1973 et 1974, et se sont déroulées sur des vaguelettes. Sur la première, je me prends pour Gerry Lopez, mon idole d'alors, que, fébrilement, je voyais prendre d'énormes tubes, nonchalant, debout, à peine voûté, les épaules comme rentrées afin de ne pas les mouiller, dandy maillotté, lyrique muet, au spot mythique de Pipeline (Hawaï), sur les films de surf que projetait le cinéma Pax de Biarritz La Négresse. Il ne manquait à Gerry qu'une cigarette forcément allumée au bout de sa main droite... Rêve éveillé, en lévitation dans la salle de cinoche, le soir, où nous nous rendions en Mob' pour des instants de bonheur, augmentés par l'attente fébrile de Surfer magazine dans la boîte aux lettres de la maison familiale...
Je disputai les championnats de France de surf en 1974, 1975, et renonçai à ceux - bien que sélectionné - qui se déroulèrent à Tahiti. Le coût du voyage de deux semaines, formidablement négocié par Jacques Fagalde, alors président de la Fédération Française de Surf et du O Surf Club, dérisoire, ne remua pas un cil de mes parents. Mais j'y renonçai pour les beaux yeux d'une jeune biarrote, que je devais retrouver à la fin de ses vacances en Corse avec ses parents. Je collectionnai alors les t'es con Léon viens fais pas chier pour une gonzesse t'en trouveras une autre... Je demeurai imbécilement sourd à ces prêches amicaux, bienveillants. La camaraderie rugbystique faisait une passe jusqu'à l'océan et je n’en saluai pas la geste. J'en conçus plus tard une honte épaisse... Je le regrettai amèrement. Car, lorsque Florence revint de vacances, elle m'annonça qu'elle avait rencontré un certain Thierry (que j’imaginais boutonneux et inculte) sur son lieu de villégiature, le dernier jour... J'en adore le souvenir, puisqu'il signe une certaine définition de l'ingénuité mâtinée de romantisme post-adolescent. Et c'est plutôt savoureux, non?.. L.M.
Sur la première photo, je suis juché sur ma toute première planche, vert pomme, motif psychédélique façon t-shirt Fruit of the Loom des années Woodstock dessous, et avec un coquillage rouge incrusté sur le devant (devant mes yeux lorsque je ramais) offerte par maman pour mon BEPC. Achetée à un surfer de Long Beach (Californie) pour 300 F. Lequel fabriqua de ses mains ma première combi, une Long John qui me revêtit plusieurs hivers, augmenté à la demande climatique d'un boléro O'Neill de la meilleure facture. La seconde planche, je l'ai achetée à Jean Hazard, un Angloy du club, frère de Jackie, "amie" ici, pour 400 ou 600 F, je ne me souviens plus, mais elle m'était trop lourde, peu maniable sous le pied droit, tandis que la première, généreusement galbée en dessous et avec sa longue bulle d'air oblongue et permanente, m'était légère, légère...
Il y en a tant d'autres, et plusieurs se bousculent tout à trac aux rivages de ma mémoire et de mes lèvres, comme : ... et l'herbe folle au-dessus du fleuve frissonne sans cause comme l'épaule d'un cheval. Une, parmi... Mais celle-là résume, condense, circonscrit, définit mon amour littéraire, mon plaisir textuel gracquien. Savourez : L’ombre de la forêt sur la rivière mêlait à l’eau noire une douce tisane de feuilles mortes et d’oubli. Qu'ajouter? - Rien, bien sûr. L.M.
Photo : © Jean Suquet.
... Celui de retomber sur un passage de Bérénice, de Racine, dans la scène IV du premier acte :
Antiochus :
Rome vous vit, madame, arriver avec lui.
Dans l'Orient désert quel devint mon ennui !
Je demeurai longtemps errant dans Césarée,
Lieux charmants où mon coeur vous avait adorée.
----
Cela m'évoque aussitôt Flaubert, et l'incipit de Salammbô :
C'était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d'Hamilcar.
Il y a des des jours et des phrases, comme ça, qui sont autant d'invitations au voyage à partir des ailes d'un livre ouvert...
Je me dis d'ailleurs qu'il faudrait que je songe à reprendre, en l'augmentant d'une anthologie antonyme, celle des excipit (et pourquoi pas en une maquette tête-bêche), mon petit bouquin Premières phrases de romans célèbres paru en 2006 (fitway)... Cliquez ici => Mon introduction à cette petite anthologie
Je retombe sur ce texte donné à L'INTIMISTE, magnifique site sensible et délicat, découvert par l'entremise de Didier Pourquery, qui y écrit joliment. => My funny ventoline...
Ce fut une première dans tous les sens du terme. Pour tout le monde. Enfin, nous six. Le rugbyman que l'on ne présente plus Pierre Berbizier qui lut de larges extraits de Sur la route de Jack Kerouac, un livre qui accompagne sa vie depuis ses quinze ans, le journaliste de L'Équipe et auteur de nombreux livres sur l'Ovalie Richard Escot (à l'origine de ce montage foutraque et sans presque aucune préparation), au piano pour rythmer les lectures - y compris celles du regretté Michel Sitjar, flanker international d'Agen-même, poète à seize heures et des poussières..., Jean-Michel Agest, ancien joueur de la Section Paloise et poète du rugby, Benoît Jeantet, poète, blogueur, scénariste, fin connaisseur du rugby et coauteur de pas mal de choses avec "Ritchie" Escot, Eric des Garets, ancien joueur amateur, passionné de littérature et lui même auteur de textes fins sur le motif, et enfin ma pomme, Candide de l'Ovale avide d'émotions procurées par les stades. Nous devions lire tour à tour des textes de notre cru (je lus les extraits aux accents rugbystiques de mon Bruissement du monde), sauf Berbizier donc. Sur une vraie scène de théâtre (à l'espace Felix Arnaudin) avec projecteurs, micros, tout le toutim et un public aficionado devant nous. Et nous nous sommes bien marrés durant 1 h 45 samedi dernier 21 mai en soirée... Photos (de la ville de St-Paul-lès-Dax, où se déroula le pestacle qui s'inscrivait dans le week-end Le Grand Maul - lire plus bas -, dont le talentueux directeur artistique est Jean-Claude Barens). L.M.
De gauche à droite, ci-dessus : Eric des Garets, Pierre Berbizier, Léon Mazzella, Richard Escot, Jean-Michel Agest et Benoît Jeantet à l'issue de la représentation.
Dernières images : table ovale en long (cherchez la ronde...), dans l'après-midi sur le thème : Les rugbymen peuvent-ils (encore) devenir des personnages de roman ? Avec, en plus des précités, Serge Collinet, formateur d'entraineurs de rugbymen à Paris et auteur de Rugby au coeur, et Jean Colombier, ancien rugbyman briviste et Prix Renaudot 1990 pour Les Frères Romance (Richard Escot ayant le rôle de modérateur depuis la salle, où se trouvaient notamment Pierre Albaladejo qui nous raconta comment il passa une nuit avec Hemingway durant les fêtes de Pampelune, et Jean-Louis Bérot, célèbre demi de mêlée de l'U.S.D. des années 80). Enfin, la scène et la salle peu avant l'entrée du public.
C'est dans Le Figaro, alors... On va causer hommes du rugby et potentiels personnages de roman, on va lire des extraits de nos bouquins respectifs - ah, les malins ! -, on va rigoler surtout. Ces rencontres sont faites pour ça. Venez nombreux. À St-Paul-ès-Dax le ouiquènde prochain. Augustin Meaulnes et Yvonne de Galais, excusés, ne seront pas de la partie, mais l'affiche promet du beau linge. Ouvrez le programme (joint). Perso, je lirai pas mal d'extraits de mon livre Le Bruissement du monde, dans lequel l'Ovale a souvent sa place. Ce sera Le Grand Maul...
Jean Cocteau, relève Linda Lê (*) dans « Tu écriras sur le bonheur » (Bourgois /Titres), recueil des fines préfaces données au fil du temps à la collection de poche Biblio/ Romans, « n’a qu’une seule devise, le mot d’Antigone : Tout le reste lui est égal. Hormis la poésie, tout le reste lui est égal. » Ajoute que Cocteau suggère d’écrire « mince et musclé. Le virtuose se veut libre de toute technique, il cherche le déséquilibre dans la maîtrise, l’entre-deux qui boîte avec grâce. »
À propos de Morand, Lê évoque ceci : « L’été 1925, Gide vide sa bibliothèque de livres que des amis lui ont dédicacés et les vend aux enchères pour financer son voyage au Tchad. Le milieu littéraire est indigné. Seul Paul Morand se réjouit. Quelques livres sacrifiés à l’appel du large ? Bagatelles aux yeux d’un homme qui déclare vouloir qu’après sa mort on fasse de sa peau une valise . »
Enfin, ce mot de Kafka : « Il y a l’exilé qui abandonne sa langue pour écrire dans une autre langue. Or, « la langue est l’haleine sonore de la patrie. »
Le livre est truffé de remarques de cette qualité. Un régal. L.M.
——-
(*) Linda Lê, écrivain(e) sombre, discrète et raffinée, amoureuse des Lettres, préfacière subtile, n'aura pas survécu bien longtemps (elle est morte le 9 mai) à Roland Jaccard - décédé en septembre dernier, avec lequel elle eut jadis une longue relation forte. "Solo" quelques mois comme être vivant, "L." (ainsi désignée dans "Le Monde d'avant", journal des années 1983 à 1988 de Jaccard), entreprit d'ailleurs d'écrire une thèse de doctorat sur l'emblématique "Journal" intime d'Amiel, puis en abandonna l'idée pour écrire ses propres romans. Elle rejoint RJ dans le noir, après avoir livré une oeuvre abondante. "Je dépérirais, si je lisais moins !", déclarait-elle au "Monde" en février dernier. À nous de la lire.
Besoin récurrent de lire ce passage...
« Il voyagea.
Il connut la mélancolie des paquebots, les froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines, l’amertume des sympathies interrompues.
Il revint.
Il fréquenta le monde, et il eut d’autres amours encore.
Mais le souvenir continuel du premier les lui rendait insipides ; et puis la véhémence du désir, la fleur même de la sensation était perdue. Ses ambitions d’esprit également avaient diminué. Des années passèrent ; et il supportait le désœuvrement de son intelligence et l’inertie de son cœur.
Vers la fin de mars 1867, à la nuit tombante, comme il était seul dans son cabinet, une femme entra. »
Gustave Flaubert, L’Éducation sentimentale, Deuxième partie, (début du) chapitre VI.
Retour d'une salle obscure où la lumière, la Lumière, vint, divine, de la voix rocailleuse de Big Jim, notre cher, si cher Jim Harrison, disparu il y aura six ans dans trois jours. Le film que lui consacrent François Busnel et Adrien Soland est une ode aux grands espaces, à la poésie, à la Nature, aux animaux, aux rivières, aux arbres, aux femmes de la trempe de Dalva, l'inoubliable héroïne de son plus puissant roman, et aussi de Linda son épouse cinquante-quatre années durant. Jim est au bout du rouleau, il titube, tousse, ahane, fume sans relâche, s'aide d'une canne, s'essuie fréquemment la paupière qui abrite un oeil de verre depuis ses dix ans, il est lui-même. Cash. Tellement naturel, à Paradise Valley, dans le Michigan, avec sa bedaine qui jaillit du tee-shirt, ses gris-gris punaisés sur le mur de sa table de travail, où il écrivit tout son œuvre au stylo noir, et jusqu'au volant ganté de cuir indien de son 4x4 qui conduisit l'équipée jusqu'à Patagonia (Arizona), où il résida parfois et où la Faucheuse le cueillit. Ce film est émouvant car il est pudique, franc du collier, sans fard, silencieux, ouvert sur des territoires traversés par un pygargue, un vautour, un chevreuil, des bisons, deux chiens de chasse appartenant à Jim Fergus, une truite hameçonnée, des forêts et des montagnes larges comme l'univers, dans un clair-obscur de circonstance. On y voit aussi les villages américains poussiéreux, leurs commerces, leurs véhicules garés, une station-service à vendre, une désolation palpable, une barmaid sexy que Jim ne peut s'empêcher d'alpaguer en lui baisant élégamment la main droite avec la dégaine de Charles Denner à la fin du film L'homme qui aimait les femmes, de Truffaut. Tout est dit, en sourdine, sur la subtilité, le tact de l'oeuvre d'un grand écrivain américain. J'ai tout lu de lui. Absolument tout, sauf ce que l'édition nous réserve sans doute encore d'inédits, de raclures bonnes à déguster, d'articles récupérés, de nouvelles inédites, de poèmes retrouvés (ce fut un immense poète de la Nature). Je regretterai éternellement cette annulation forcée
(Maman était bien trop malade pour que je parte longtemps) d'un rendez-vous pris avec lui dans le Michigan afin de "tirer" son portrait sur quelques pages dans le magazine (La Chasse) que je pilotais dans les années 1995 à 2000. Je me souviens avoir déchiré avec mélancolie mon billet d'avion. Ce soir, je reprendrai Légendes d'automne et Dalva au hasard des pages, au gré du vent, en entendant le timbre craquelé - you know... - de sa voix de grizzly édenté et romantique. L.M.
Fier de retrouver ce jury depuis hier soir. Me voilà à nouveau membre du Prix littéraire François-Sommer en qualité de juré, récompense qui fut attribuée hier à 18h30 à Charles Stépanoff (photo LM) pour son formidable ouvrage (déjà évoqué ici), L'animal et la mort (La Découverte). Depuis Le Sang noir de Bertrand Hell, nous n'avions rien lu d'aussi intelligent, d'aussi étincelant à chaque page ou peu s'en faut, excepté un ouvrage à caractère historique de Philippe Salvadori sur La chasse sous l'Ancien régime. Le bouquin de Stépanoff fera date, c'est évident. Il traite de la prédation, en ethnologue disciple de Philippe Descola, et donc de Claude Lévi-Strauss, en remontant un peu dans le temps. Son discours, son analyse au peigne anti-poux est admirable de rigueur et de vérité objective. Elle se passe partiellement dans le Perche et alentours. L'auteur est spécialiste du chamanisme sibérien, mais par temps de Covid, il n'a pu décliner son terrain, et s'est rapproché de sa culture originelle.
Or, voilà, je suis fier de retrouver ce club, cette mini confrérie de l'Hôtel Guénégaud, musée impressionnant sis au 60, rue des Archives à Paris, en plein Marais. C'est Xavier Patier, mon ami écrivain (de grand talent) qui m'a invité à rejoindre un jury dont je fis donc déjà partie des années 1993 (date de l'obtention du Prix François-Sommer - des mains de Jacqueline Sommer, excusez du peu ! -, pour mon premier roman, Chasses furtives) à 2000, année au cours de laquelle je "décidai" de ne plus jamais chasser... avec une arme à feu, et de continuer de servir ma passion de l'approche du Sauvage à l'aide de jumelles, voire d'un reflex, lesquels sont capables d'envoyer davantage de flamme à l'âme et au coeur.
À présent, il va s'agir de dénicher, au gré de nos lectures, le prochain lauréat. Bonheur en perspective. L.M.
Un public concerné, attentif et en demande de davantage de mots, d'anecdotes, d'extraits, m'a convaincu du bien fondé de ce genre de manifestation - que je reproduirai à l'envi sur des thématiques diverses (liste foisonnante, en cours de distribution au gré de l'agenda de la Médiathèque). Deux heures trente de tchatche pour une heure requise, et un engouement sans faille, non feint, fut mon salaire d'enthousiaste partageur.
Cliquez là => LE BRUISSEMENT DU MONDE
Le choix de la première chronique littéraire de l’année s’apparente à la cueillette des champignons, dans un sous-bois, à l’automne, quand la feuille morte rythme le pas, quand l’incertitude guide la main du critique. La pluie grise les sentiments, la nature protège et isole; le critique hésite, il tâtonne, il se rétracte parfois, puis il se lance, il a enfin trouvé le livre qui correspond à son souffle intérieur, à son émotion du moment, à sa volonté de ne pas ensorceler le monde. En 2021, l’esprit ne sera ni à la querelle incestueuse, ni à la légèreté béate, plutôt à la beauté qui s’efface peu à peu, elle s’échappe, nous le sentons charnellement, et pourtant, il faut la retenir, s’incliner une dernière fois devant elle, la remercier encore et toujours. Se rappeler que sans elle, nous sommes des êtres désarticulés, surnuméraires fantômes. Cette beauté fugace n’est pas grandiloquente, elle ne bombe pas le torse, elle ne nous fait pas du gringue au coin d’une rue ou à la lecture d’un paragraphe trop étincelant; discrète, elle sait tenir ses distances.
Elle s’apprivoise difficilement. L’écrivain Léon Mazzella, styliste des terres basques, grand spécialiste du vin, part à sa recherche dans Le Bruissement du monde aux éditions Passiflore. Il est de ces explorateurs esthètes qui ne surjouent pas la surprise ou l’émerveillement. Ce gracquien sème la chronique au vent, sans charger sa phrase d’un affect débordant, elle garde sa pureté originelle tout en susurrant son pouvoir d’abstraction. Là, réside le charme vivifiant de ce recueil buissonnier qui promène son bonheur de vivre entre fragments, souvenirs d’enfance, nostalgie du cœur, sens de la transmission et plaisir du palais. Mazzella nous touche car, avouons-le, il caresse notre vieux monde, il cajole notre désenchantement, il ouvre la volière de notre mémoire. Ne vous méprenez pas sur son dessein, il ne panthéonise pas le passé, ce n’est pas un embaumeur, plutôt un exhausteur de goût. Son toucher de plume lifte l’existence, lui donne du rebond. Nous avons les mêmes codes d’entrée, les mêmes marottes, les Renault Floride et les chevauchées landaises de Christine de Rivoyre
Avec ce compagnon hussard, on se rappelle d’un texte lu à l’adolescence qui a fait chavirer notre suffisance, on se met alors à dessiner des volutes de Havane dans le ciel laiteux de la province française, à rêver aux seins obuesques de Silvana Mangano dans « Riz amer » ou à la bouche désirable de l’impénétrable Monica Vitti. À nous extraire simplement de notre quotidien par le talent des autres, voilà un résumé de ce que fut notre jeunesse. Pour nous, garçons ahuris, bouffis de caractères d’imprimerie et de cinéphilie, la réalité passe souvent par le tamis de la fiction. Mazzella est un merveilleux brouilleur de météo, il détraque toutes les horloges. Avec lui, la chronologie s’émancipe des dates. On le suit avec gourmandise dans cette belle littérature, giboyeuse et sauvage des Trente Glorieuses puis, le texte suivant, il nous ramène au présent, dans le spectacle chantant d’une bergeronnette grise ou la pesanteur ensoleillée d’un champ de maïs. Tantôt mélodiste d’antan, tantôt aquarelliste du paysage en mouvement, sa mélancolie sous-jacente n’est ancrée dans aucun port d’attache. Elle est libre, elle se moque des convenances, elle cabote sur des côtes intimes. C’est pourquoi nous prenons autant de plaisir à le lire, surtout quand il écrit: « Je suis Claude Sautet » ou qu’il fait l’éloge du stylo à plume: « Bonheur de retrouver le glissement de l’encre, sa fluidité, et le crissement sur le papier vergé ivoire, cette teinte bleu nuit qui forme les lettres, les mots qui naissent, le mouvement du poignet, le sang qui afflue sur la dernière phalange de l’index comme si nous labourions ». Mazzella sait, par instinct, qu’un bon livre ne ressemble pas à une autoroute rectiligne, il doit cahoter, ne jamais utiliser le même instrument de musique, de la variété naît l’harmonie. Mazzella ose passer de Gracq au Bricomarché, sublime impertinence et poésie de l’infiniment petit, de Calet à Anouk Aimée, de Larbaud à une libellule indisciplinée, de Gómez de la Serna au croquant du chipiron. Vive 2021 !
Le Bruissement du monde de Léon Mazzella – éditions Passiflore.
Lu « Éclats de rire » (hommage au vers fameux d’Apollinaire : « Mon verre s’est brisé comme un éclat de rire »), de Régis Debray (Gallimard) cette nuit, à la faveur d’une insomnie molle. Oh, il ne s’agit pas d'une prouesse : sa soixantaine de pages se boit par saines, car minces gorgées, en une vingtaine de minutes lentes. Il s’agit d’aphorismes cinglants sur l’époque qui tangue, rédigés à la défaveur d’un AVC ayant frappé leur auteur durant l’un des confinements passés. Quelques perles moins ronchonnes que d’autres surnagent, dûment annotées au crayon, et en marge. Exemples (ayant la flemme d’écrire une « critique », ce mercredi, je choisis paresseusement l’exposition du florilège) :
« Pour les idées que l’on se fait du vaste monde, il est conseillé de se rendre sur place, comme pour acheter chaussures et pantalons. » Le terrain, toujours le terrain, sans terrain point de salut, pas de reportage intelligent et sensible, aucun journalisme (je répète cela à mes étudiants en presse écrite à longueur de cours). Idem pour la vie, semble dire Debray. Sans confrontation avec le réel, l’appréhension est biaisée, voire fausse.
« Le panem et circenses contemporain : fric et frime. Il faut se faire voir pour avoir des sous et il faut des sous pour se faire voir. » Certains vont même jusqu’à (ap)paraître au cirque de la lie de la bêtise, Hanouna, des trucs de cette raclure-là.
« L’Occidental domine l’espace et maîtrise l’instant. Il peut sidérer car il a la maîtrise de l’immédiat et des images. Il peut donc envahir, non rester sur place. Le temps joue contre lui. L’Oriental, maître de la durée, gagne le marathon. D’un côté, le raid et le flash. De l’autre, la mémoire et la patience. Côté Orient, on a le temps et les pieds sur terre. Côté Occident, on a l’aviation et les écrans pour soi. » Cela me rappelle les leçons du soir (et d'après boire) de mon ami Saber Mansouri, universitaire tunisien, essayiste et romancier, lecteur assidu d'Aristote, Platon et Averroès, qui m’a souvent dit cela avec un sérieux non feint et une économie de mots supérieure : « Léon, l’Arabe ne pense pas, il réfléchit. Il a le temps pour lui. » Cette sentence me fait chaque fois froid dans le dos. Un froid ophidien qu'aucun événement funeste ne saurait déglacer, et pour cause.
« La règle commune : commencer raton laveur, finir raté râleur. » Fastoche, n'est-ce pas?.. Cela m’évoque ce que me lança un jour ma fille, pourtant pré-adolescente alors : « mon papa il a les cheveux poivre et sel et il finira poivrot et seul ». Dieu merci, elle se trompe encore à ce jour, mais je demeure méfiant, car il m’arrive de croire, par faiblesse, à l’oracle.
« L’existence comme un moteur à deux temps. Dans le premier, on a de la flamme ; dans le dernier, de la flemme. C’est gagné quand le flemmard peut encore, de temps à autre, souffler sur la braise. » Nous y sommes presque, rédigeant nos chroniques des années de baise...
« Le sens de la formule, c’est dangereux, me disait souvent Julien Gracq. Méfiez-vous, cela peut tuer. Il avait tort : on a survécu. Il avait raison : mais dans quel état ! » Debray fut l’ami du grand écrivain. Dans l’un de ses précédents opus, « Par amour de l’art. Une éducation intellectuelle », Debray consacre de très belles pages à l’auteur du « Rivage des Syrtes », intitulées « Bonjour Monsieur Gracq », pp. 415-475 (Gallimard).
Il vous reste à saisir ce petit bouquin afin de passer un agréable moment en contemplant ce que vous voulez : homme, femme, feu de cheminée, de forêt ou de brousse. Pour ma part, c'est l'océan devant mon jardin : la plage de La Petite Chambre d'Amour (Anglet). L.M.
Cela se passera à la Médiathèque de Biarritz le 15 janvier à 15 h. Faites passer !
C'est certes très en avance, et j'en dirai davantage plus tard.
J'y ai écrit pas mal de choses, dont un papier sur les crémants (sur le thème : un bon crémant vaut mieux qu'un mauvais champagne) avec une sélection de mes coups de coeur, comme suite à la dégustation forcément sérieuse d'une cinquantaine de crémants de tous horizons organisée a casa avec une poignée de potes hédonistes.
Un autre article sur les armagnacs de demain, avec un zoom légitime sur les splendides Curiosités de Laubade, mais pas seulement.
Et une série de brèves pour les Fêtes (caviar, vodka, whisky, rhum, gin... exceptionnels).
Tous au kiosque ! L.M.
Voici deux albums richement illustrés que proposent les éditions Quæ : L'art d'être amoureux chez les animaux, de Vincent Albouy, auteur naturaliste et entomologiste de formation, et L'art de communiquer chez les oiseaux, de Barbara Ballantine et Jeremy Hyman, universitaires américains et ornithologues.
Le premier évoque toutes les stratégies amoureuses, les parades nuptiales qui figurent souvent des chorégraphies comme métaphore de l'art de séduire, les luttes entre rivaux, les ruses de toute sorte. Il y est question de recherche de partenaire, de cris, de chants, de phéromones, de joutes, de rixes, d'attachement, de cadeaux puis d'accouplement et de rites sexuels fascinants, qu'il s'agisse du lièvre, de la grue du Japon, du cerf, du rouge-gorge, d'hippocampe, de gorille, de papillon, de loup, de libellule, de seiche ou encore de crapaud, ou d'inséparable(s). Le texte est pédagogique descriptif avec tact et détail, les photos sont splendides (26€).
Le second nous venant des États-Unis, il touche à une avifaune que nous connaissons moins bien que l'Européenne, mais qu'importe. Et puis nous rencontrons aussi au fil des pages des espèces présentes des deux côtés de l'Atlantique. Qu'il s'agisse de la huppe fasciée, de l'hirondelle, du pélican, ou du lagopède. Les auteurs s'intéressent aussi à des oiseaux de chez nous comme le grand tétras, ou le chevalier combattant. Sous-titré Chants, cris, plumes et danses, l'album passe en revue tous les modes de communication, les éléments des "langages oiseau", les moyens de se prévenir l'un l'autre ou d'alerter le groupe par des cris d'alarme, le don d'imitation de certaines espèces, les vocalisations, la magie des plumages changeants et des attributs sexuels hypertrophiés en période pré-nuptiale. Il est également question de territorialité et de défense du territoire... Les textes sont sérieux, précis, et les photos sont un enchantement tant informatif qu'esthétique (28€).
Vinciane Despret, philosophe, psychologue, universitaire, s'intéresse particulièrement au concept de territoire chez l'oiseau, et son étude minutieuse par les ornithologues. Elle en appelle pour ce faire à une pléiade d'auteurs sérieux comme Philippe Descola, par exemple, dans Habiter en oiseau (Actes Sud, coll° Mondes sauvages). Observatrice hors pair de ce monde étrange des oiseaux de toute taille et de toute famille, sédentaires comme migrateurs, et surtout de leurs habitudes, elle décrit leur changements de comportements et s'émerveille de leurs bizarreries, de leur exaltation aussi, lorsqu'ils semblent chanter leur joie d'exister. La recherche du territoire et sa défense fascine l'auteur, comme le marquage, "la puissance des simulacres de présence", généralement l'oeuvre des mâles, l'appropriation, l'agression, la protection, la défense... Éclairé par de nombreuses références, tant historiques, sociologiques que philosophiques (Bruno Latour, entre autres, est convoqué), ou émanant d'une bio-acousticienne (spécialiste de l'écologie des sons), le propos de Despret est limpide, interrogatif, et ne manque pas d'être envoûté poétiquement par le chant d'un merle - lequel est et demeure notre préféré entre tous... (20€) L.M.
Un grand merci à la rédaction.
Dominique Piron, retenez ce nom (souvent écrit, ici), exigez-le ce soir si vous le voyez passer. C'est du très bon en Beaujolais Nouveau, et de l'excellent en Beaujolais Villages. Le premier est un authentique vin de plaisir, de partage, de copains, de rigolade, de charcutaille et de détente (8€). Le second, plus sérieux, est davantage gourmand, présent en bouche, tout en demeurant souple et léger, parce qu'il sait se (re)tenir, lors qu'il possède des réserves "sous le pied" (9,50€). Les deux peuvent être ainsi dégustés toute l'année qui vient, jusqu'en novembre prochain, surtout le second, mais ce soir, régalez-vous entre amis et/ou en famille. La Maison Piron, auteure de flacons iconiques notamment à Morgon, produit avec un souci qualitatif remarquable ces deux vins de soif et de gaité, pourvus d'une élégance et d'une teneur, voire d'une puissance exceptionnelle. L.M.
Au lieu de répéter à l'envi un mot que je dégaine chaque année lorsque, dès le troisième jeudi de novembre, un restaurateur tente de m'imposer une bouteille de Beaujolais Nouveau sur table : Non, merci, je préfère le vin... (usé jusqu'à la lie selon mes amis), et ne souhaitant heurter aucun des 2 000 domaines de l'aire d'appellation(s), je me contenterai cette saison d'une mise à jour de nos connaissances sur le motif.
Un rappel, tout d'abord : Beaujolais, et Beaujolais-Villages Nouveaux figurent deux des douze AOC (Appellation d'origine contrôlée) du Beaujolais, avec de plus sérieuses, voire d'exceptionnelles : Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon (notre préférée), Moulin-à-Vent, Régnié, et Saint-Amour (qui voit ses ventes augmenter un peu bêtement, seulement autour du 14 février).
Le Beaujolais, c'est 13 500 ha plantés dans leur écrasante majorité en cépage gamay noir à jus blanc, qui couvrent 96 communes. Sur les 30 000 ha de gamay plantés à travers le monde, la moitié le sont en Beaujolais. Beaujolais et Beaujolais-Villages Nouveaux couvrent 7 500 ha de vignes à eux seuls. En volume, cela représente en 2020 135 000 hl pour les deux appellations concernées, soit 18 millions de bouteilles. La moitié (plus de 60 000 hl) est exportée vers plus de 100 pays. Le Japon est le plus gourmand, avec 29 000 hl, suivi par les USA (11 200 hl). À l'autre bout de la liste, les Pays-Bas n'en demandent que 900 hl. Autant dire que la fiesta est mondiale et que les bouchons sautent à qui mieux mieux un peu partout dans de nombreux bistrots, à date.
Quelques Beaujolais rosés font leur apparition depuis quelque temps (4% du volume, soit 2 millions de bouteilles quand même, mais nous n'en avons encore jamais goûté). Beaujeu demeure la capitale historique du vignoble. Nous fêtons cette année les 70 ans de la première mise en commercialisation des Beaujolais Nouveaux (15 novembre 1951 : c'est aujourd'hui même !). Et c'est en 1985 que fut promulgué le décret fixant au 3e jeudi de novembre leur mise à la consommation.
En France, dès jeudi prochain, ce sont 75 000 hl de Beaujolais Nouveau qui seront commercialisés, dont 48 000 hl (6 millions de cols) en grande distribution, et plus de 25 000 hl (3 millions de cols) en restauration et chez votre caviste.
Sans attendre la date officielle, et afin de vous proposer un petit choix, nous avons pu en découvrir six, dégustés hier à six (avec force volaille rôtie, pommes de terre grenaille, fromages divers), de qualité inégale mais certaine, car tous étaient de franche tenue.
Petit résumé du millésime : 2021 restera une année compliquée, car faible en quantité en raison d'aléas climatiques de sinistre mémoire. Par bonheur, la seconde moitié du mois d'août et le mois de septembre furent favorables à la préservation de la qualité des raisins. Les vendanges, qui ont démarré à la mi-septembre, ont duré quinze jours intenses, dans des conditions marquées par la fraîcheur, sensation que l'on retrouve avec bonheur dans le verre.
Le Beaujolais Nouveau 2021 est vivace, et d'une expression aromatique appuyée dans l'ensemble. C'est fruité, tendre, gouleyant, friand, gourmand sur toute la ligne de cinq des six flacons dégustés, dont voici le compte-rendu de découverte, verre en main, et crachoir à portée :
Celui de Jean-Paul Brun, baptisé L'Ancien, fut sans conteste le meilleur, le plus sérieux, le plus vineux, le plus chargé d'âme, le plus concentré aussi. Robe cristalline, nez giboyeux, et de cassis, avec un parfum léger de cuir. Ça pinote en bouche, et sa légèreté est contrastée, qui alterne avec une réelle profondeur (9,50€).
Le Beaujo Beau d'Anthony Charvet offre une robe profonde, un nez de cerise mûre, et sa bouche, bien que courte, mâche un peu et laisse une trace de classicisme règlementaire. Notons la singularité de ce vin qui, après une macération de dix jours en qvevri, ou kvevri (jarre ovoïde provenant de Géorgie, le berceau du vin), est pressé en douceur et remis aussitôt en qvevri pendant quelques semaines, le jus profitant ainsi de la micro-oxygénation (8€).
Marie-Claude et Daniel Burnichon proposent un Beaujolais-Villages compétitif à tout point de vue. Oeil violacé avec un joli liseré rouge vif, nez de fruits noirs, bouche de framboise écrasée, avec une finale légèrement réglissée. Une grande fraîcheur générale se dégage de la dégustation, une fois le verre reposé (6,50€).
Perréonissime, du Domaine de la Madone (famille Bererd) présente une robe rubis avec de jolies teintes violines. Le premier nez est un peu carbonique, puis cela s'efface pour laisser s'exprimer la cerise Napoléon. La bouche, ample, rappelle la quetsche croquante du début de l'été. L'ensemble présente une étonnante vinosité, surtout en le goûtant à nouveau (l'envie de vérifier un truc) au bout d'un bon quart d'heure de salutaire aération (8€).
Plaisirs de Pégase, de la famille de Jean-François Pegaz (cela ne s'invente pas) à la robe sombre et profonde, présente un nez à l'attaque relativement vineuse, et des notes de framboise en bouche, et de mûre également. Un ensemble satisfaisant, bien que dénué de longueur, mais nous sommes... à cheval sur les principes (7€).
Enfin, le domaine des Marrans, de Camille et Mathieu Melinand, ne semble pas avoir été filtré, eu égard à l'opacité de sa robe, ni soufré peut-être (?). Rien de gênant, jusque là. Le nez cependant par trop carbonique, le demeure, et la bouche présente une acidité désobligeante. Nous cherchons le raisin, voire le vin; en vain (9,50€). L.M.
---
Beaujolais Nouveau : Pour toute information.
Folio nous régale. Le Journal de Franz Kafka en édition intégrale : les douze cahiers (1909-1923) enfin réunis, près de 800 pages, c'est du lourd. Cette première traduction en format de poche du Journal non expurgé est un petit événement chez les inconditionnels de La Métamorphose, du Château et du Procès. Évidemment, le bonheur ne saute pas à chaque page comme avec Jules Renard ou Miguel Torga, diaristes de très haut vol, mais nous trouvons ici et là des trouvailles qui font tellement écho à la psychologie de Kafka, comme : Une cage allait à la recherche d'un oiseau. Cet épais volume égrène des observations de la vie quotidienne, de la rue, des heures de l'auteur, il alterne visions, débuts de récits, notes sur des personnages et descriptions de lieux familiers... Il nous permet surtout de visiter le chantier de l'oeuvre, l'arrière-boutique, l'atelier de l'auteur. Cela figure toujours un régal, quel que soit l'artiste. Un livre de chevet.
Marc Pautrel possède une petite musique reconnaissable. Nous retrouvons ici la magie de La vie princière, qui fit connaître son auteur à un large public. L'air de rien, la prose de Pautrel coule, mais elle suppose un gros travail d'épure en amont. Cela devient magnétique, car l'auteur n'a pas besoin de nous prendre par le col à la première ligne et de nous lâcher à la dernière, 106 pages limpides et essentielles plus loin. Le consentement du lecteur opère avec alegria. Il s'agit d'une histoire d'amour platonique, ce qui ne court plus ni les rues ni les livres, et rappelle l'amour courtois des Troubadours. Et c'est ce qui insuffle la force, toute en retenue, de ce récit précieux intitulé L'éternel printemps.
Sur un tout autre registre, Cahiers de prison, d'Antonio Gramsci (1891-1937), est une anthologie capitale de quelques 800 pages concoctée par Jean-Yves Frétigné. Les fameux écrits rédigés dans sa cellule de Turi de 1929 à 1935 sur trente-trois cahiers, par le célèbre révolutionnaire italien qui fut l'un des membres fondateurs et même dirigeant du PCI (Parti communiste italien), sont un document pour l'histoire. Gramsci, emprisonné pour vingt ans par le régime fasciste (mussolinien), résista fortement, et travailla en écrivant une oeuvre dont la recherche se demande encore si elle appartient au marxisme ou si elle s'en détache, voire si elle ne constitue pas une théorie singulière, bien qu'imprégnée. Cet intellectuel et ancien journaliste qui était, pour citer Romain Rolland, pessimiste de l'intelligence et optimiste de la volonté, développa donc sa pensée sous les verrous. Fin connaisseur de la philosophie de Machiavel, et de celle de Benedetto Croce - entre autres, de l'histoire en général, en particulier celle de son pays, l'Italie (bien que Sarde, Gramsci devint italien, puis internationaliste), il s'intéresse aussi bien à des figures tutélaires de la littérature comme Pirandello qu'à la Renaissance, appréhendée comme révolution culturelle des classes dominantes. La pensée de Gramsci (que nous avions étudiée avec un réel appétit à Sciences-Po) ne semble pas avoir pris une ride, si nous la considérons comme celle d'un classique pour notre temps, selon l'expression de l'exégète et éditeur de ce large choix d'extraits. Nous retrouvons les grands principes de sa pensée, comme le concept de "populaire-nationale" pour qualifier la culture historique française, et que Gramsci admirait. Cette somme se picore au hasard et galvanise notre lecture d'un chapitre l'autre. Un autre livre de chevet.
Alicia Gallienne (1970-1990) est un météore poétique. L'autre moitié du songe m'appartient, son unique livre (préfacé avec talent par Sophie Nauleau), et publié par la collection Poésie/Gallimard, est un recueil de sensibilité, de fulgurances, de mélancolie, de tonicité et de nombreux traits splendides comme celui-ci : Il est des fois où je voudrais boire la douleur dans tes yeux. Nous songeons à Louise Labé, mais c'est d'Alicia Gallienne qu'il s'agit. La mort par maladie ronge le corps d'Alicia et forge sa poésie, l'amour qu'elle découvre et qu'elle sait condamné à court terme la nourrit et, loin de l'anéantir, la charge d'adrénaline, laquelle devient poème, comme Le sillage du soir venu, insoutenable de beauté, et dont voici les derniers vers : ... Mais il faut partir avant /Avant qu'il ne soit trop tard dans le coeur de tes bras / Avant que tu ne m'oublies dans l'horizon du soir / Avant que tu n'aies l'illusion de me posséder entièrement / Car vois-tu je suis tout comme le vent / Tout comme le vent qui caressera ton visage / Pour toujours / Et qui portera en lui la saveur de ta peau / Où j'ai vu mon empreinte mon image / Une nuit ou peut-être toute la vie. La mort, l'amour, la vie, donc, dirait (presque) Éluard, et une énorme brassée de poèmes vigoureusement tendres nous restent de cette irradiante jeune femme qui écrivit à seize, dix-sept, dix-huit, dix-neuf ans, dans une urgence sereine, et ces précieuses palpitations lui survivent bellement. Et nous bouleversent. Un recueil de chevet (décidément). L.M.
Cette lecture de Catherine Lalanne, rédactrice en chef du magazine, que je remercie derechef :
C'est dès demain.
J'y serai tout le week-end pour signer mes derniers ouvrages.
Bienvenue.
- Salon du Livre de Dax : J'y serai demain matin 16 octobre de 10h à 13h pour signer notamment Le Bruissement du monde.
- La Littorale, Anglet : Rencontre/conférence avec Anne de Malleray sur le thème L'écume des vivants. Suivi d'une signature de plusieurs de mes livres. Samedi 30 octobre à 11h.
Et bien nous tenterons des approches singulières du vivant !..
- Foire du Livre de Brive. J'y signerai les vendredi après-midi, samedi et dimanche 5, 6 et 7 novembre.
- Médiathèque de Biarritz : Le 20 novembre à 15h, Débat animé par Emmanuel Planes (suivi d'une signature) à propos du Bruissement du monde. => Médiathèque : rencontre et livres disponibles sur place
- Salon du Livre de Pau : J'y signerai le 19 ou le 21 novembre.
Cliquez => Approches singulières du vivant
Venez nombreux, comme on dit.
Et j'y ai pas mal donné. Illustration =>
Avis aux Landais (volants ou non) =>
"À la faveur" de la disparition de Jean-Paul Belmondo, je me shoote comme tout un chacun aux extraits marquants de sa filmographie flamboyante. Là, je regarde tout de long "L'Incorrigible", de Philippe de Broca, 1975, d'après "Ah... mon pote", d'Alex Varoux, avec des dialogues de l'immense Michel Audiard. Belmondo, c'est Victor, et je m'incline, aussi, devant le talent théâtral de Julien Guiomar (Camille). Extrait (à la 43e minute), que je vous invite à visionner, et le film in extenso, cela va de soi.
(Camille :) Victor, tu ne crois pas qu'il serait grand temps de te fixer. Mais, j'aimerais que cette fixation ne se situe pas entre l'Alcazar et la Grande Eugène. Où habite Marie-Charlotte?
(Victor :) Senlis.
Ah, ça sonne déjà bien. Que fait le papa?
- Je ne sais pas.
Je ne me fais aucun souci, c'est sûrement un ingénieur des Eaux & Forêts, ou un ancien Gouverneur colonial. Un mariage dans ce milieu, c'est pour toi un sauvetage.
- Un mariage, parlons-en ! T'es revenu tout seul de ton voyage de noces, et Madame Raoul est partie en lui laissant cinq mômes sur les bras.
Tu parles comme un enfant, Victor. Tu vois l'amour à travers les mandolines et les vers de mirliton. L'amour, le vrai, c'est shakespearien. L'amour ne se susurre pas, il se hurle. J'ai hurlé comme personne. Ça m'arrive encore. Antinéa! La garce. Tu te souviens quand elle courait toute nue dans la Baie du Mont Saint-Michel, et que je hurlais son nom du haut des remparts de l'abbaye? Antinéa! Antinéa!.. Tu sais les dernières nouvelles. Le sable a encore gagné sur la mer. Dans cinquante ans, le Mont Saint-Michel sera au milieu des terres.
- Le décor de tes amours au milieu des betteraves.
Ça, c'est d'un goût. Ne serait-ce qu'à cause de ton vocabulaire, tu ne connaîtras jamais l'atroce volupté des grands chagrins d'amour. Mais tout le monde n'a pas la stature d'un tragédien. Contente-toi du bonheur, la consolation des médiocres.
- Tu as raison de me remettre à ma place, Camille. Tu es fait pour les alexandrins et la pourpre, moi pour les shampouineuses et les pinces à vélo. Bas les masques !
Il aura lieu le week-end prochain. J'y serai dimanche pour lire des extraits du Bruissement du monde, et le signer bien sûr, ainsi que Chasses furtives.
Je suis gâté par la presse béarnaise ce matin, puisque un bel article signé Karine Roby sur mon dernier livre paraît simultanément dans La République des Pyrénées et dans L'Éclair Pyrénées :
Art-If-Ice. Même si le nom de cette cuvée est mal trouvé, et évoque une enseigne de coiffeur tentant de surfer sur le mot tif à l'aide d'un mauvais jeu de mots, le résultat est intéressant : Il s'agit d'un champagne (29€) de la Maison Charpentier (évoquée ici il y a peu), composé pour moitié de pinot meunier, de 32% de pinot noir et le reste en chardonnay, dégorgé en novembre dernier. La proposition est originale : verser environ 15 cl de cet effervescent (dosage demi-sec), ajouter un quartier de citron vert et un glaçon. C'est bluffant, délicieusement rafraîchissant, et cela change du Spritz à l'Apérol, à base - au choix : de crémant de Bordeaux, de Prosecco ou bien d'un champagne modeste.
Idéal avec du saumon cru juste mariné dans un généreux trait d'huile d'olive de grande qualité : Fruité Vert Intense, signée Les Terres de Provence, du château Calissanne (8,90€ le mignon flacon de 25 cl). Jolies notes d'artichaut cru, de foin et de chlorophylle.
Camus (mais non, pas Albert !..) propose un coffret (69€) amusant contenant une bouteille de cognac Île de Ré Fine Island (issu de raisins cultivés sur l'île même), une autre d'Amaretto Adriatico (liqueur d'amandes italiennes), un verre et une cuillère à cocktail. Versez le cognac et l'amaretto à part égale, ajoutez un ou deux glaçons, remuez, et le cocktail French Connection est prêt. À déguster avec des fèves de tonka préalablement sautées dans une poêle sèche.
Alliances littéraires : L'édition limitée en folio classique des Fleurs maladives de l'inoxydable Charles Baudelaire, illustrée de photos délicates signées Matthieu Trautmann.
Le subtil Petit éloge de la gourmandise, de Nicolas d'Estienne d'Orves (François Bourin).
Les poèmes profondément simples de la méconnue bulgare Aksinia Mihaylova, Ciel à perdre, suivi de Le Jardin des hommes (Poésie/Gallimard).
Et, enfin, l'extraordinaire Poème de l'olive, de Jean Giono (folio). L.M.
Les proustiens sont à la fête. Qu'on en juge : les Soixante-Quinze Feuillets, la mythique genèse de la Recherche du temps perdu, sont enfin parus avec un appareil critique de haut niveau, signé Nathalie Mauriac Dyer (augmenté d'une préface du spécialiste Jean-Yves Tadié), et un mythe s'est effondré. Celui de la madeleine. Le bruit courait depuis quelques années. Le secret de Polichinelle est apparu au grand jour : la madeleine n'était qu'une biscotte dans l'une des versions du fameux passage de Du côté de chez Swann (le vol.I de La Recherche). Pire, dans la version originelle, Proust avoue qu'il s'agit de pain grillé !.. À noter, dans cette somme d'inédits, et cela est bien plus savoureux, les différentes versions du passage non moins célèbre du baiser demandé à maman. Chacune apporte son touchant, sa note sensible distincte (Gallimard).
Un Cahier de L'Herne consacré à Proust (nous pensions qu'il avait eu droit à cette sorte de consécration depuis belle lurette, mais non), rassemble - outre quelques inédits, notamment des lettres diverses sans grand intérêt -, 300 pages d'exégèse, par une pléiade de critiques et d'écrivains, de Pierre Assouline à Michel Schneider, en passant par Antoine Compagnon, Pierre Bergounioux ou Michel Crépu. Le plus intéressant à nos yeux est l'entretien avec Céleste Albaret (conduit par Joël-Marie Fauquet). La fameuse confidente, la gouvernante qui ne quitta pas un instant Marcel durant les huit dernières années - capitales, pour l'écriture -, de son existence, celle que Proust nomme Françoise dans La Recherche livre son témoignage précieux, éclairant, humble ; essentiel.
D'ailleurs, les souvenirs de Céleste Albaret (qui furent recueillis par Georges Belmont) sont parus en livre chez Robert Laffont, et la collection de CD de Gallimard (écoutez lire, deux CD lus par Lara Suyeux) les proposent ici : Monsieur Proust est un régal à écouter au coucher du soleil, par un soir de cet été...
Enfin, folio reprend Le Mystérieux Correspondant et autres nouvelles retrouvées (neuf en tout, de jeunesse), paru il y a deux ans chez de Fallois (*). L'homosexualité - thème récurrent de ces textes - justifia sans doute qu'elles demeurent si longtemps secrètes. Textuellement, cela ne vaut pas l'écriture mûre de La Recherche. Prenons cet ouvrage comme un document, une pierre de plus de la cathédrale Proust. L.M.
---
(*) C'est à feu Bernard de Fallois que nous devons également l'exhumation des Soixante-Quinze Feuillets.
À Biarritz => Affiche A4 Darrigade (13.07).pdf
J'aime bien cette photo, prise hier par Marta Serra (éditions Passiflore), à Guéthary, à l'occasion des Belles Pages, juste après un débat fort sympathique, arbitré par Nathalie Six, entre Frédéric Beigbeder, Nicolas Espitalier et Ma Pomme, sur le thème des Pépites littéraires.
Dans Sud Ouest Dimanche, ce matin => Les Belles Pages de Guéthary
Débat sur le thème "Pépites littéraires" animé par Nathalie Six, en compagnie de Frédéric Beigbeder et Nicolas Espitalier.
Avec Nicolas Espitalier
Nous avons même signé des ouvrages anciens comme "Les Bonheurs de l'aube", apportés par les lecteurs.
Con el maestro del periodico Benoît Lasserre
Trio
J'ajoute que Karine Beddouk lira des extraits du "Bruissement du monde" à la Mairie de Guéthary à 18h30 (Bonjour les urnes !)...
J'y ai pas mal donné, soit écrit et dégusté... À propos des associations de vigneronnes, des rosés du Languedoc-Roussillon d'exception, de la syrah que je prénomme Carmen et de flacons formidables, de l'influence de l'âge des vignes... Longue vie à Tanin, placé sous la houlette de notre amie Gabrielle Vizzavona, et sous le haut patronage de notre ami Tancrède de la Morinerie. D'ailleurs, je travaille au numéro 2... L.M.
Je suis convié au petit salon du livre de Guéthary les 26 et 27 juin prochains. J'y signerai à la demande mon "Bruissement du monde", et je débattrai le samedi à 14h avec Frédéric Beigbeder et Nicolas Espitalier (Sud Ouest) d'une thématique encore inconnue des services... Cela promet. On va bien se marrer. Voici l'affiche, en attendant.
Lu dans Sud Ouest du onzze zuin...
Une sélection de onze flacons enchanteurs à s'offrir afin de fêter le déconfinement progressif avec effervescence.
VOLLEREAUX cuvée tradition 2014 est brut millésimé de haute tenue (moitié chardonnay et par quart meunier et pinot noir). C’est élégant, et surtout pourvu d’une grande vinosité. La bulle est très fine, l’ensemble équilibré, avec un joli nez abricoté, exotique aussi (mangue), et une bouche où l’on sent l’agrume allié à l’amande grillée. C’est le septième millésime (à peine 4 500 flacons) produit par la maison sise à Pierry, dans la vallée de la Marne, où Franck Vollereaux veille à la vinification. On en redemande ! 26€
DEVAUX (Sélection) D rosé est issu d’une rigoureuse sélection de pinot noir (55%) et de chardonnay (45%). 5 ans d’âge a minima. Belle robe saumonée soutenue, joli nez de groseille et de framboise, une bouche ample et intense avec une note d’abricot. Le champagne des tête-à-tête amoureux, ou de l’écoute solitaire de musique baroque à base de viole de gambe. Séducteur. 55,60€
HENRIOT brut rosé n’est pas réservé à la Fête des mères. Il est issu de pinot noir structuré de la Montagne de Reims, de pinot meunier qui lui donne une note pâtissière, alliée à la franche minéralité du chardonnay. Les vins de réserve de la maison sont ainsi convoqués pour une fiesta dans la flûte. Jolie robe pâle aux reflets cuivrés, nez de petits fruits rouges (framboise, fraise, cerise) et d’agrumes, mais en douceur. Bouche d’une belle persistance, avec des notes végétales, balsamiques et tendrement épicées. Enchanteur. 52€
CHASSENAY d’ARCE rosé 2012 cuvée Confidences est issu de pinot noir (86%), de chardonnay (12%) et de pinot blanc (2%). 6 ans de vieillissement en bouteilles sur lie pour ce millésimé à la robe saumonée profonde. Nez de fruits rouges et blancs avec une pointe réglissée. Bouche friande, veloutée, avec une finale assez longue. « Une expression racée et avenante, Confidences illustre le meilleur du terroir de la vallée de l’Arce », dixit Brice Bécard, chef de cave. Gourmand. 66,30€
CHARLES de CAZANOVE cuvée bio est une splendeur ! Issu à 100% de pinot meunier du terroir de Vandières dans la vallée de la Marne, ce champagne naît sur un vignoble certifié HVE niveau 3 (Haute valeur environnementale). Superbe robe claire, bulle très fine, joli cordon, nez de petites baies rouges du sous-bois, de fruits confits aussi, bouche généreuse, consistante, avec de légères notes d’agrumes. Hédoniste. 30€ (une affaire).
AYALA Rosé Majeur, ou la délicatesse. Le chardonnay (50%) s’impose avec sa pureté. Le pinot noir (40%) d’Aÿ classés Grand Cru (dont 6% de vin rouge) contribue à donner ce nez subtil de framboise et de groseille. 10% de meunier complète la palette. Faiblement dosé (7%), ce rosé à la robe pâle possède un nez de pêche de vigne allié aux petits fruits rouges mûrs. Bouche d’une grande fraîcheur, avec une persistance friande et juteuse (framboisée). Équilibré. 42€
ANDRÉ FAYS, cuvée Infinity (Blanc de Noirs). Cette cuvée confidentielle (2500 bouteilles) en viticulture raisonnée, issue de pinot noir (100%), naît sur les coteaux ensoleillés de la vallée de l’Ource (Côte des Bar). Non dosée, elle exprime une vinosité remarquable. La robe jaune citron est soutenue, la bulle est vive. Le nez est de fruits blancs et d’agrumes surtout. Les notes rappellent la brioche, la mirabelle, la mûre et le pomelo rose. La bouche est crémeuse et charpentée, avec un final lent. Une belle découverte. Remarquable. 33€
LAURENT LEQUART et ses 3 cuvées 100% pinot meunier effectue un travail formidable à Passy Grigny, au cœur de la vallée de la Marne. Certifié HVE niveau 3 de surcroît, l’exploitation rend des hommages appuyés et savoureux au meunier, donc. De droite à gauche, pour les photos : La cuvée Prestige pur Meunier Extra Brut (vendange 2016, mise en bouteilles juin 2017, dégorgement en décembre 2019), avec son nez de fruits jaunes et sa pointe d’épices douces (vanille, cannelle), est un régal en bouche, où le charnu le dispute à l’élégance. Classe. 49,50€ La cuvée Blanc de Meunier Brut Nature (vendange 2016, mise en février 2017, dégorgement en novembre 2020), est somptueuse au nez : fleurs blanches, orange. Bouche souple, d’un grand équilibre, où pointe la mirabelle, et un léger zeste d’agrumes. Persistant. 33,60€ Enfin, la cuvée Réserve Extra Brut (vendange 2017, mise en février 2018, dégorgement en décembre 2019), est un effervescent simplement gourmand, à cheval sur les fruits rouges et les agrumes. Le genre de bouteille dont on fait sauter le bouchon à la moindre occasion. Sympa. 23,90€
CHARPENTIER Pinot Meunier Zéro dosage. Jean-Marc Charpentier est un champenois étonnant installé à Charly-sur-Marne. « Vigneron humaniste et agronome audacieux », il pratique la biodynamie depuis 2009 pour ses fameuses cuvées Terre d’Émotion. Celle-ci, 100% meunier, est limitée à 3508 flacons. Elle est issue de la parcelle Les Chauffours, plantée en 1962. La vendange eut lieu en 2017 et son dégorgement en mai 2020. Robe or soutenue, joli nez de fruits à chair blanche, bouche dense, d’une grande fraîcheur pour ce champagne non filtré, non collé, à peine soufré. Charnu. 42€ (Nous reviendrons bientôt pour évoquer la cuvée Art-If-Ice du même Charpentier).
L.M.
J’ai repris Othello, ce matin, afin de retrouver ce moment de la scène finale (la II, de l’acte V), où le héros shakespearien s’apprête à tuer Desdémona, qu’il accuse d’adultère avec Cassio, au prétexte que ce dernier aurait été vu avec un mouchoir qu’Othello avait offert à sa belle. Je souhaitais plus précisément retrouver cette phrase si émouvante dans la langue de William : « So sweet was never so fatal », qui devient, dans la traduction qu’en donne François-Victor Hugo (La Pléiade/Gallimard) « Jamais chose si douce ne fut aussi fatale », car j’aime ce vers. Et je suis tombé sur une réplique d’Othello en forme d'onomatopée qui m’a laissé tout chose l'espace d'un instant. Lisez ci-dessous, vous comprendrez... L.M.
Ayant participé à la dégustation de nombre de bouteilles en qualité de membre du jury, je me suis engagé à dévoiler les résultats de cette grande dégustation. Voici les 24 lauréats : 6 blancs, 6 clairets, 6 crémants, 6 rosés, soit autant d'ambassadeurs des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur, dont les noms figurent ci-dessous :
Bordeaux blanc
Le Loup de la Loubière (9 €) Château Roc Meynard (7,50 €) Château Labatut - Cuvée Prestige (4,20 €) Château La Verrière (5,60 €) Château de Lussac - Le Blanc (11,50 €) Château de Bonhoste - Cuvée Prestige (10,20 €)
Bordeaux clairet
Château de Haux (7 €) Arsius (5,20 €) Château La Mothe Du Barry - Cuvée French Kiss (6 €) Château de Lisennes (6 €) Château Sainte Catherine (6 €) Château Penin (7,30 €)
Crémant de Bordeaux blanc
De Luze (5 €) Bulles de Lisennes (8,50 €) Premius (6,45 €)
Crémant de Bordeaux rosé
Bulles de Lisennes (8,50 €) Les Cordeliers Vintage (15,90 €) Mission Saint Vincent - Cuvée du Saint-Patron (4,50 €)
Bordeaux rosé
Château Caminade Haut Guérin (5 €) Château Gandoy-Perrinat (4,95 €) Château Mousseyron (5,20 €) Belle Rosée de Fontenille (10 €) Carrelet d'estuaire - Confidences (6,90 €) Château Penin (7,20 €)
Extrait du communiqué des organisateurs et de sa chargée de communication, Julia Badets : "Influenceurs, blogueurs, journalistes et amateurs, le Syndicat des AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur a sélectionné un jury de 50 passionnés de vins qui dévoile aujourd’hui les 24 cuvées stars du millésime 2020 dans les appellations Bordeaux blanc, Bordeaux rosé, Bordeaux clairet et Crémant de Bordeaux. Ces experts connectés et actifs sur les réseaux sociaux ont goûté à distance plus de 80 échantillons finalistes sur 300 échantillons présentés lors de la première présélection qui a eu lieu par un jury de professionnels à Planète Bordeaux en mars dernier. Ce jury de la finale des Oscars des Bordeaux de l’été a partagé sa dégustation avec sa communauté et bien plus encore... Dégustation connectée réussie : Avec plus de 3500 likes obtenus sur l’ensemble des posts, le compte Instagram @planetebordeaux compte désormais plus de 2500 abonnés (+2,5% en quelques jours)."
C'est étrange. Je découvre à l'instant, ou peu s'en faut (question d'heure) la publication déjà ancienne d'un article que j'ai écrit sur le phénomène des tanins, ô combien riche et complexe (qu'on lise Selosse !). Il figure en page 7 d'un nouveau magazine intitulé Racines, "le magazine réservé aux membres du club Ventealapropriete.com." Et voilà que j'attends sous peu la parution du numéro un d'un magazine éponyme, TANIN, auquel j'ai collaboré sans compter, puisqu'il est placé sous la houlette de mon amie Gabrielle Vizzavona. Avec un ou deux "n", éternel dilemme, les tanins surnagent et délivrent leurs tenaces saveurs. C'est l'essentiel. L.M.
... Ma Carte blanche intitulée My funny Ventoline (<= cliquez, puis déroulez).
La cuvée T (rouge) 2018 du château Trians, AOP côteaux varois en Provence, produit par Emmanuel Delhom et sa famille, est un vin bio (depuis 2012) capiteux, généreux, ample, très présent, avec des syrah de caractère (80% de l’encépagement) à peine tutoyées par des grenaches (20%) qui ne s’en laissent pas compter. Un vin gourmand et gorgé de notes de fruits rouges. Le flacon, râblé et large d’épaules, donne le ton en désignant son contenu. 18,50€
Le sauvignon gris de Grain de Lune est un bordeaux blanc singulier, car le cépage dont il est issu est relativement confidentiel. Robe jaune pâle, des notes d’agrumes mais pas trop, bouche élégante, finale à peine musquée. C’est le compagnon idéal pour un filet de merlu ou des grosses gambas rôties.. C’est Producta vignobles qui propose cette nouvelle cuvée craft pour à peine 5€
Le Pinot noir 1957 by Pfaff est un AOP Alsace 2019 qui fait écho à la date de création de la cave des vignerons de Pfaffenheim. La gamme propose aussi un riesling, un gewurztraminer et un pinot gris. Nous avons choisi de découvrir le Pinot noir, lequel offre une belle robe rubis, un nez agréable pourvu de notes franches de framboise et de fraise, et une réelle présence en bouche, avec des tanins délicats. 12€
Métayage Pinot noir 2019 fait partie de la nouvelle gamme bio de la famille Abbots & Delaunay, célèbre pour son savoir-faire bourguignon. Nous sommes cependant sur les collines de Limoux (Sud de France) avec ce flacon sérieux. Belle robe pourpre, nez de petits fruits rouges et noirs (framboise et myrtille dominent), bouche ronde et délicate avec une finale légèrement boisée. Les tanins, tendrement épicés, s’expriment au bout d’une trentaine de minutes, lorsque le vin a trouvé son équilibre. 13€
Brio 2009, second vin du château Cantenac Brown, est une splendeur lorsqu’on le marie à une txuleta de bœuf souletin maturée à souhait, mais également pour lui seul ! Ce margaux de noble extraction (3e cru classé 1855), sur un millésime des plus réussis de ces vingt dernières années et davantage, est un régal de gourmandise et de fruité (cerise mûre, pruneau en finale), d’élégance (tanins formidables), et de délicatesse (léger vanillé) alliés à une force intérieure qui signe les vins des grands terroirs bordelais. Ajoutez une fraîcheur et une longueur exceptionnelle, et vous n’attendez pas la fin du repas pour passer commande. 40€ environ.
Les Hautains de la cave de Crouseilles sont des vins bios sympas. Il y a un blanc moelleux, un Pacherenc du Vic-Bilh 2019 proposé en demi-bouteille : jolies notes d’ananas mûr et d’agrumes confits. Un vin pas trop chargé en « sucre », avec une pointe d’acidité qui donne un coup de fouet bienvenu (6,40€). Et un Madiran. Nous avons dégusté ce dernier dans le millésime 2019 avec beaucoup de plaisir. Il est issu de tannats et des cabernets (sauvignon et franc) d’une belle vérité. Franc, direct, voilà un madiran de caractère qui peut se résumer par les mots de puissance élégante. Belle robe grenat sombre, nez de fruits noirs (mûre) et de réglisse. Bouche soyeuse, avec des notes épicées (vanille). Un régal avec un simple magret. 6,95€
La cave du Marmandais offre de L’Air Libre avec ses deux flacons sans sulfites ajoutés. Ce sont un rouge (merlot 65%t, malbec, cabernet franc) et un rosé (cabernet sauvignon 53%, cabernet franc, merlot, malbec, fer servadou) tout simples, élevés en cuve inox, sans chichis, de vrais vins de copains, de fraîcheur, de charme, de fruité léger et d’apéro. 6,50€
Le Beillou 2018 est un carignan
expressif proposé par Les Jamelles. Ce rouge du sud du Minervois est le produit d’une sélection parcellaire de vignes centenaires. Une robe très sombre, presque noire, un nez subtil de mûre, de myrtille, et une persistance fruitée et épicée en bouche (poivre, léger mentholé) font de ce flacon (élégante bouteille lourde, à épaules larges) l’allié de la cuisine orientale de Yotam Ottolenghi et Sami Tamimi lorsque nous ouvrons l’un de leurs merveilleux livres de recettes de cuisine israélo-palestinienne afin d’en réaliser une. La synthèse. 19,95€ Notons le rosé issu de Mourvèdre 2020 de l’arrière-pays narbonnais et de la plaine de l’Aude, également proposé par Les Jamelles, car il est d’une rare complexité aromatique (agrumes, herbes, épices, fleurs...). 7,40€
La Cave de Tain s’encanaille avec Lou Garouge et Déshaltère. Les étiquettes de ces deux vins sont drôles, et leur jeu de mots bienvenu. Le premier est un 100% syrah 2020 des Collines Rhodaniennes pourvu d’un nez riche en fraise des bois et en mara aussi. Bouche gourmande, simple, on sent les jeunes syrah, n’hésitez pas à rafraîchir la bouteille tandis que vous disposez la chiffonnade de jamón et de chorizo de bellota. Déshaltère 2020, est lui aussi issu de syrah, et il se revendique moelleux. Or, il est plutôt agréablement sec. À servir « frappé », ce rosé humble au nez de fruits rouges et de bonbon anglais présente une grande douceur persistante en bouche. Alliances : un fromage de chèvre frais. 5,90€
Rouge Fusion 2018 de la Cave de Lugny est une vraie découverte. Cédric Gayet fait se rencontrer Pinot noir et Gamay, et « ça le fait ». Le mariage est connu. Mais, là, il y a du nouveau : les gamay sont élevés en fûts de chêne et en cuves, et les pinots le sont en cuves classiques et en cuve béton ovoïde six mois durant, vous savez ces grands œufs que l’on voit de plus en plus dans les chais ? L’assemblage suit, qui produit un vin étonnament aromatique. Cerise, framboise explosent au nez, et la bouche, ronde, est d’une grande tendresse. Étiquette sympa et un brin militante, avec l’œuf qui y figure. 11,20€
Élégance rosé 2020 du château
Beaubois (Costières de Nîmes): le charme même. Syrah (60%), grenache et cinsault à part égale composent ce flacon chic qui reflète la classe naturelle de Fanny Boyer, qui l’élabore avec son frère François. Robe pâle mais scintillante, comment dire... Nez délicat de pêche, de framboise, de groseille sans acidité, bouche ample et généreuse, bien là comme un régal qui se répand. Longueur évidente. Un bonheur rose pour lui-même, ou bien pour trinquer au jardin, devant la mer, avec ou sans charcuterie, mais en musique. Olé ! 11€
À suivre, car j’ai encore nombre de notes de dégustation en retard. A presto.
L.M.
Avec « Demi-siècle », Christian Authier se lâche davantage qu’à l’accoutumée. Sa prose est plus déliée, décontractée, farcie par endroits de parler à voix haute (il manque juste le son). Les formules, les traits, les remarques sur notre monde tel qu'il va plus ou moins bien sont toujours aussi ciselées, percutantes et pertinentes, mais il y a davantage de laisser faire, de tableaux minutieusement décrits dans un style d’une souplesse féline – les deux soirées de la fin du livre (surtout la longue première, hilarante), sont un régal fitzgeraldien, ou capotien (si ça se dit, pour Truman). Nous retrouvons l’auteur et son double, Patrick Berthet (la fidélité à la référence de ce patronyme est devenue indéfectible), journaliste « vieille école » ignorant les réseaux sociaux, cultivant un goût précis pour les bons flacons dont chacun, débouché au fil des pages, est précisément nommé (de Gramenon, des Foulards rouges, de Drappier, de Selosse, de l’Anglore, nous sommes informés de cuvées précises, et pas des moindres – et les partageons en pensée avec Patrick et ses potes tout en lisant). Laurence – une fois n’est pas coutume, une femme d’importance, escorte le narrateur, et il s’agit là d’un amour fort. Ces deux là s’aiment à Paris, à Toulouse (dont on connaît à la fin du livre le nom de chaque rue et place), à Istanbul, à Beyrouth sans mesure, et avec une franchise intérieure enviable. « Demi-siècle » est un brin désenchanté comme les quatre ou cinq précédents romans de Authier, bardé de touches à la Houellebecq sur notre triste époque numérisée et envahie par des Arthur qui sont davantage Andersen que Rimbaud. C’est un livre toujours aussi imprégné de cinéma – une drogue dure -, de rock de légende, et de littérature de référence, comme on le dirait de « la puissance de feu d’un croiseur et des flingues de concours ». Les codes, les lieux (comme le Comptoir du relais, à l’Odéon, Paris VI), sont nombreux, et les aficionados, ou bien les habitués de la production de Christian Authier, s’amusent à les reconnaître en les annotant en marge, au crayon. Un jeu toujours réconfortant, façon chat qui ronronne, affalé sur le chauffage. Et la lecture de ce roman tendre et croquant à la fois comme une saint-jacques impeccablement snackée en devient un régal pâtissier. L.M.
---
Christian Authier, « Demi-siècle », Flammarion 19€
Proposé dans le millésime 2018, Le Petit Ducru de Ducru-Beaucaillou (2018) est une splendeur. C’est le troisième vin du mythique château Ducru-Beaucaillou (Saint-Julien), que pilote Bruno-Eugène Borie (le second vin de la propriété se nomme La Croix Ducru-Beaucaillou). Merlot (60%) et cabernet-sauvignon (40%) sont à la fête (avec un soupçon de petit verdot, certains millésimes) dans ce jus généreux qui n’a de petit que le nom. Issu d’une sélection des vignes diverses du domaine, il ne trahit pas son sang, la signature Ducru-Beaucaillou, faite de charme, d’élégance, de pureté et de puissance domptée, soit une certaine volupté. Son élevage « sous bois » dure une année, et s’effectue avec un tiers de fûts neufs. La robe est grenat, profonde. Au nez, c’est l’explosion : fruits rouges, cassis, mûre, poivre blanc, champignon cru tranché arrivent tour à tour, et cela progresse au fil des minutes. À la première gorgée, le jeune homme bien élevé se tient dans le vestibule. Puis, il déboutonne sa veste, nous retournons intensément le vin dans le verre, et des arômes de sous-bois, de chêne, des notes animales surgissent, entre poil et cuir. Enfin, des notes plus sauvages encore, et de petits fruits noirs à nouveau, de tabac (havane), de cèpe, de selle de cheval, et de confiture de mûres donneraient presque le tournis à force de respirer attentivement et par plaisir un vin si intense, doté d’une belle longueur en bouche, qui persistera dans notre mémoire. Le garçon s'est décontracté, il a allongé ses jambes et croisé les pieds devant la cheminée... Déjà formidable à boire, Le Petit Ducru saura attendre cinq bonnes années, et accompagnera toujours volailles et gibier avec superbe (28€). L.M.
Le premier tirage ayant été épuisé en deux mois (bon, ce n'était pas non plus celui des Mémoires de Barack Obama!), voici la première réimpression, augmentée d'un bandeau imprimé avec quelques extraits de presse. L'occasion de remercier à nouveau (par ordre alphabétique) Frédéric Beigbeder, Xavier Houssin, Benoît Lasserre, et Thomas Morales.
Il y eut, douloureusement, le roman posthume de Denis Tillinac, Le Patio bleu (Les Presses de la Cité). Sa page de faux-titre sans dédicace – et pour cause, résonna longtemps comme le timbre éraillé de sa voix, « Comment tu vas!.. ». Il y a tout là-dedans, il y a beaucoup dans cet épais roman riche d’images percutantes et de phrases aussi tendres qu’assassines parfois, et si justes, si fortes. Il s’y trouve une maturité de romancier impeccablement ramassée, une intrigue tillinacienne totale, la province gersoise, Condom – d’Artagnan n’est pas loin -, des Rastignac femelles, le désir d’en découdre avec une bourgeoise a priori rangée, les intrigues de ministère comme il y en eut de cour, les coups bas ou fourrés, l’amitié triomphale, les non-dits et les ouï-dire, la tendresse des paysages d’une France encore profonde dans tous les sens du terme, une mélancolie viscérale et bougonne par crainte de paraître trop délicate, des traits d’une justesse dans le mille à faire pâlir le La Bruyère des Caractères. Une ambiance IVe République, avec un Chirac en culottes courtes, une atmosphère « rad-soc » qui eut cours dans les campagnes qu’un jacobinisme arrogant ignorait, de Bellême (Perche) à Tulle (Corrèze), en passant par Condom, donc. Un air de Claude Sautet à la caméra plane sur ce dernier opus de Denis, et l’on se souvient tout à trac de son regard de saurien lorsque le silence se faisait parfois, qu’il suspendait sa cigarette (moment rare), et que nous l’entendions nous dire tant de choses dans le virage du rien. Salut l’ami.
Il y eut la somme de chroniques d’Éric Neuhoff parues dans Le Figaro, sous le titre Sur le vif (Le Rocher), évoqué brièvement ici il y a peu, pour nous offrir le plaisir de relire les phrases brèves et toniques, à la Nimier, le style félin et claquant de son héritier spirituel. Qu’il évoque Biarritz, Brigitte Bardot, Los Angeles, Françoise Sagan, la Fontaine de Trévi, Frédéric Berthet, Cadaqués, Stallone comme Mastroianni, le Toulouse de Christian Authier ou encore l’une de ses idoles, Frank Sinatra, Dieppe ou Truman Capote, Le Ritz ou Michel Déon, Neuhoff délivre ses denses déclarations d’amour comme on ne délivre plus des compressions de César, car lui le fait avec tact et sensibilité, intelligence et style. Un pur bonheur.
Et, comme le hasard n’existe pas, il y eut deux compilations fraternelles quasiment au même moment à l’étal des librairies : d'un côté, les romans corréziens de « Tilli » chez Omnibus, Le Bonheur en Corrèze, qui rassemble en un épais pavé huit de ses romans essentiels, et de l’autre, trois romans indispensables de Neuhoff réunis par Albin Michel, Les romans d’avant.
Il y eut le premier roman d’Olivier Mony, Ceux qui n’avait pas trouvé place (Grasset) retardé pour cause de pandémie, enfin entre nos mains (nous l’achetâmes le jour de sa parution), un bref roman modianesque en diable – tant qu’on croirait entendre la voix de Patrick le Nobel le dicter, avec des personnages foutraques, soit attachants (Serge, bien sûr, Elkoubi, etc, et puis Piètre, et d’autres), un Bordeaux lisse et troussé en connaisseur, et au fond un livre comme un tapis volant sur lequel nous sommes priés gentiment d’embarquer, ce que nous avons fait gaiement.
Il y eut cette belle surprise stylistique, rugueuse et âpre, si vraie « avé l’accent » médocain, ces très courtes nouvelles qui circonscrivent des personnages forts, durs, à la Franck Bouysse, des scènes d’un quotidien que peu connaissent, sauvage, reculé, essentiel car forestier, chasseur, braconnier, rude, d’une vérité crue à côté de laquelle steak tartare et carpaccio passent pour des carnes cuites. Presqu’îles, de Yan Lespoux (Agullo) est un livre précieux comme un premier roman de Sylvie Germain ou de Jean Carrière. Un beau cèpe cru dans ce beau voisinage gionesque-là...
Il y eut l’annonce du Printemps des poètes, avec pour thème Le Désir, loué par Sophie Nauleau chez Actes Sud (nous attendons l’ouvrage), et des phares ici et là pour éclairer la route du mot qui émeut plus qu’un coup de foudre. André Velter, compagnon de la précitée, livre Séduire l’Univers, précédé de À contre-peur, illustré de « tracés sonores » de Jean Schwarz (le premier), et de quatre « ciels » de Marie-Dominique Kessler (le second). Il s’agit de l’un de ces livres composés à plusieurs mains, dont Velter a l’habitude, et qui produisent un dialogue en fruition, une poésie non pas amalgamée, mais épousée, risquons un mot : « puzzle-isée », c’est l’agudeza de Baltasar Gracián invoquée par l’auteur, autrement dit l’acuité ingénieuse, dont il est ici question. « Par-delà l’espace et le temps », dit l’auteur, « il est des affinités électives, ou ce que Julien Gracq appelait des consanguinités d’esprit, qui ne peuvent durablement rester sans résurgence. »
Ainsi, par ailleurs, cet ouvrage de plus en collaboration : André Velter avec Ernest Pignon-Ernest (nous avons évoqué ici même les précédents), nommé Sur un nuage de terre ferme (Actes Sud) et où il est question de tauromachie, mots et dessins mêlés, plus précisément de José Tomás à Grenade le 22 juin 2019. Faena mystique entre toutes. La grâce transcendée en textes et en traits, le vertige, un certain duende, l’émotion qui frissonne durablement ; un torero « sur un nuage de terre ferme ». Soit une chanson de geste d'un singulier maestro qui, lorsqu’il se rend aux arènes, laisse son corps à l’hôtel (dixit Francis Marmande). Le sable et l’indicible, en somme.
Il y eût la somme infiniment précieuse, l’anthologie personnelle de l’immense Charles Juliet que propose Poésie/Gallimard, Pour plus de lumière, 1990-2012. L’essentiel, choisi donc par l’auteur lui-même (à l’instar de Commune présence, de Char, et de L’encre serait de l’ombre, de Jaccottet), d’une poésie placée sous le signe d’une « ardente recherche de la lumière » (et je m’autorise à reproduire ici, avec ces quelques mots, un extrait de la dédicace que l’auteur a rédigée sur mon exemplaire). Nous y retrouvons les recueils majeurs comme Affûts, Ce pays du silence, Moisson... Des trésors réunis en un seul recueil lourd et compact, que l’on a envie de trimbaler chaque week-end, où que l’on aille.
Il y eut, dans la même collection fétiche, Poésie/Gallimard, une « compil » (bilingue) d’Erri de Luca, Aller simple, suivi de L’hôte impénitent, où l’on retrouve l’auteur limpide d’œuvre sur l’eau. Poésie presque parlée, comme récitée à l’église le matin, morale par endroits, humble toujours, où la barque et le filet du pêcheur, ses quelques prises, ont la grâce du simple recueillant avec reconnaissance ce qui lui suffit. Demi-surprise : Aller simple évoque l’épopée tragique des migrants échouant tant bien que mal sur les côtes italiennes, ou la poésie devient politique, militante, mais avant tout humaniste avec une remarquable sobriété qui rappelle les récits de Primo Levi. Cependant, les poèmes qui composent L'hôte impénitent nous font retrouver le De Luca romancier devenu alpiniste mystique, et toujours sensuel, dont les épaules porteront toujours les traces salées de la Méditerranée, du côté de l'île d'Ischia...
Enfin, il y eut, juste après la disparition du très grand Philippe Jaccottet, deux inédits, Le dernier livre de Madrigaux, et La Clarté Notre-Dame (Gallimard), pour nous rappeler à l’essentiel, soit au chant fragile des oiseaux à l’aube dans un verger de peu planté de longue date à Grignan, dans la Drôme, l’écho d’une cloche des Vêpres à Salernes (où vécut sur le tard le regretté Pierre Moinot), « dans l’enceinte sacrée, très-haut » (Hölderlin), des mots simples comme de ces brindilles dont Char rêvait de bâtir un rempart, des mots tragiques à peine d’un poète avouant son grand âge et citant Hölderlin encore comme on lance un grappin, « Énigme, ce qui sourd pur ». Des textes essentiels et crépusculaires, et néanmoins heureux, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer Claudio Monteverdi, « c’est par urgence que sa voix prend feu ». « Ainsi lié, je me délivre de l’hiver »... Jaccottet a rejoint, à 95 ans, « le tissu bleu du ciel ». Et nous continuerons d’entretenir commerce quotidien avec son œuvre capitale. L.M.
Merci à son espiègle auteur.
Le JT de France 3 Nouvelle Aquitaine, une signature demain toute la journée à Biarritz, et une belle surprise dans Sud Ouest le Mag (demain).
Voilà qui fait plaisir. Xavier Houssin avait déjà chroniqué il y a vingt ans un de mes livres, Les Bonheurs de l'aube. Là, il signe une synthèse d'une grande justesse qui désigne le lecteur subtil, sensible, sagace. Trois s. J'en suis scharmé. À lire donc sans Le Monde daté du 12 mars (youpi).
... par ces mots d'un (une?) libraire du nord du Médoc, signalés par mon éditrice et publiés sur Instagram, et que voilà. Je suis particulièrement touché par le choix du visuel. Ce sont ces messages-là, qui viennent du coeur de la profession essentielle, qui réchauffent autant que des témoignages amicaux et sincères, laissent espérer un bouche à oreille, un chuchotement; une espèce de bruissement en somme...
Aux confins de l'Indre et du Cher, au sud de Vierzon, l'appellation berrichonne Reuilly produit des rouges remarquables issus de pinot noir, et des blancs issus de sauvignon d'une grande franchise intérieure. Ainsi de cette cuvée Les Fossiles (2020) de Denis Jamain, vigneron scrupuleux sachant respecter la terre - son vignoble est doublement certifié : en agriculture biologique depuis 2007 (Veritas) et en biodynamie depuis 2011 (Demeter). Le garçon, fort de ses 21 ha de vignes (12 de sauvignon, 4 de pinot gris et 5 de pinot noir) veille par ailleurs sur une forêt familiale réputée pour ses chênes dont on fait les meilleures barriques. Ces Fossiles - du nom d'une parcelle de 3 ha sur un sol argilo-calcaire kimmeridgien, sont d'une immense douceur. Aucune agressivité au nez, passé l'observation or pâle de la robe. Nulle acidité, ni raideur, ni agrumes vifs venant si souvent gâcher la dégustation. Non, c'est fin et délicat, intense, légèrement mentholé, les fruits à chair blanche apparaissent discrètement. En bouche, la fraîcheur, la complexité, une belle teneur, et un mélange aérien de minéralité et de salinité nous font retrouver le fruité, tandis qu'une note florale passe comme un voile. Ce
vin est un Largo de Haendel. Il fut dégusté pour lui-même au premier verre, puis il escorta avec élégance, voire avec courtoisie, un dos de cabillaud épais et juteux. J'ajoute qu'il épouse par ailleurs la lecture des chroniques parues dans Le Figaro et rassemblées, d'Éric Neuhoff, Sur le vif, car il y a là aussi une mélancolique douceur sous le claquant du masque d'un Hussard sachant comme personne dire ses préférences et taire ses blessures. Un vin et un livre à la fois légers et profonds. Le grand style, quoi. L.M.
---
Blanc AOC Reuilly 2020 de Denis Jamain, cuvée les Fossiles, 13,50€
Éric Neuhoff, Sur le vif, Éd. du Rocher, 18,90€ Nous reviendrons prochainement sur cet ouvrage.
Le monde du vin sacrifie lui aussi au marketing de la Saint-Valentin, à l’instar d’une autre fête comme celle des mères. L’appellation beaujolaise Saint-Amour surfe par exemple la vague de la fête des amoureux depuis des lustres (même si la Saint-Amour est inscrite dans le calendrier à la date du 9 août, mais que celle-ci passe curieusement inaperçue). Parmi les nombreuses cuvées au nom évocateur, nous avons sélectionné neuf flacons alliant l'appel de Cupidon avec la qualité.
Les bulles étant inévitables dimanche prochain, voici pour commencer en fanfare, Petite Douceur, champagne rosé de la plus ancienne maison de vins de la Champagne, Gosset. Et pourquoi pas déboucher cette petite douceur au lit à l’heure du brunch, avec viennoiseries, brioche bien beurrée et des œufs au bacon ! Oubliez les boissons chaudes et les jus de fruits. Ce champagne à la robe délicatement saumonée et au nez de petits fruits rouges maintient également son cap de pureté face à un financier, un macaron, et saura escorter plus tard un plat sucré-salé, ou bien exotique et volontiers épicé (55€). Notre coup de cœur effervescent.
Le Champagne Chassenay d’Arce propose sa cuvée Confidences (rosé 2012, 66,30€). Belle robe intense, bulle généreuse, joli nez de fruits rouges et blancs, d’épices et légèrement réglissé. 86% de pinot noir (dont 13% de vin rouge), dopés par 12% de chardonnay et 2% de pinot blanc. C’est élégant, profond, charnu, friand, riche et persistant en bouche, avec des notes florales et minérales. Six ans de vieillissement en bouteilles sont nécessaires à l’élaboration de ce champagne digne d’accompagner un carpaccio de Saint-Jacques, puis un dos de cabillaud très peu cuit au four, juteux à souhait.
Plus modeste mais bluffant en le dégustant à l’aveugle, Sainchargny Extatic Brut Blanc est un Crémant de Bourgogne de la Cave de Lugny, issu de pinot noir (45%), de chardonnay (35%) et de gamay (20%). Sa robe pâle laisse apparaître des cordons de bulles plutôt fines. La bouche, noisettée, va vers d’autres fruits secs, et ce crémant élaboré selon la méthode traditionnelle s’accorde bien avec les tartelettes aux fruits et le kouglof, comme avec un curry d’agneau, ou encore un Brie de Meaux coulant (9,55€).
Beauregard est le nom de la cuvée du Domaine Roux, un Santenay Premier Cru (subtile AOC située à l’extrême sud de la Côte de Beaune). Ce 2017, 100% chardonnay (29€) se révèle splendide au nez : fleurs blanches, acacia, verveine, noisette, pain grillé et beurré. Sa bouche, opulente, d’une grande douceur, mêle la poire et un léger miellé. Servez-lui du saumon cru mariné, une volaille de belle naissance (Challans, Bresse), un foie gras au torchon de votre fabrication, et vos papilles participeront à la fête.
Les Vignerons artisans de Carcastel (Corbières) proposent la cuvée L’Ange Blanc, en IGP Vallée du Paradis. (2019, 7€). Ce blanc issu de roussanne (85%) et de marsanne (15%) est idéal pour un apéritif amoureux, à condition d’avoir préparé, pour deux, deux tranches (calibrées) d’aubergine passées au four, beurrées de tapenade noire maison et deux filets de rougets saisis (sur peau) à l’unilatérale que l'on allonge sur ce beau matelas. Un filet d’huile d’olive, une pincée de sel, et hop ! Vin d’une grande fraîcheur, doté d’une nervosité agréable, il exprime le chèvrefeuille, l’abricot, le miel (la délicate roussane) d’une part, les fruits jaunes et blancs, les fleurs, le noisetté (la vigoureuse marsanne) d’autre part. Un couple dans la bouteille.
Du côté du Muscadet de Sèvre-et-Maine, en Cru Clisson (Cru communal depuis 2011), le Château d’Amour 2014 (14,50€) doit son nom aux amoureux du village de Maisdon-sur-Sèvre qui se retrouvaient en cachette derrière le chai de ce domaine, dans les années 1890, alors délaissé après le passage du phylloxera. Blanc sec issu de melon de Bourgogne, riche, structuré, élégant, Château d’Amour exprime un nez de fruits mûrs et confits. Sa bouche, ronde, grasse, flirte avec le coing, les agrumes mûrs, et ses notes légères de miel ne contraignent pas sa minéralité. Un régal avec une cuisine de la mer (Saint-Jacques snackées, queue de lotte rôtie, dos de merlu à l’Espagnole...). Notre coup de cœur en blanc.
À Régnié (quel drôle de nom, dirait Prévert), appellation d’origine protégée, Cru du Beaujolais, le Domaine Franck Chavy propose la cuvée Paradis (2019, 9,60€) issue de gamay noir. Vieilles vignes, petits rendements, utilisation de la micro-oxygénation afin d’accompagner le mûrissement avec précision, tout est pensé chez Chavy. Cette cuvée paradisiaque s’accorde à merveille avec la charcuterie ibérique à l’apéritif, puis avec une viande rouge grillée au barbecue ou bien à la cheminée, ainsi qu’avec un fromage de brebis basque (ardi gasna), grâce à son nez de petits fruits noirs (mûre, myrtille), et rouges (cerise, surtout), et à sa bouche gourmande et souple donnant l’agréable sentiment de croquer dans une pêche de vigne.
La célèbre maison Vidal-Fleury (sise à Tupin-et-Semons) propose une Côte-Rôtie, Brune & Blonde (2018, 60€) issue de syrah et de 5% de viognier (nos deux cépages fétiches). Le nom de la cuvée fait référence aux deux vignobles de l’AOC. La brune évoque la tendresse et la puissance, la blonde la vivacité et la délicatesse. Ce nectar-ci est élevé « sous bois » (fûts et foudres) deux années durant. Sa robe a de beaux reflets carmin (Carmen n’est jamais loin, avec la syrah). Son nez vif, intense, possède des notes caractéristiques de fruits noirs frais, de violette, de poivre blanc et d’olive noire. La bouche, riche, ample, est « pleine », profondément fraîche, épicée. Belle longueur. C’est le vin qui se fiance à un gibier à poil (chevreuil, sanglier) avec panache et sans ambages. ¡ Olé !
Afin d’achever ce florilège aux noms évocateurs, toujours en Côte-Rôtie (notre appellation favorite : nous ne sommes pas difficile !..), le Domaine Christophe Pichon, à Chavanay, propose la cuvée Promesse (2019, 42€), laquelle représente à peine 4 ha. Le vin est issu de syrah (90%) et de viognier (10%). Il passe 13 mois en fûts neufs (75%) et en fûts d’un an (25%). Puissance et élégance sont sa double signature. Sa robe sombre et profonde, son nez fruité mais aussi fleuri et épicé (cassis, myrtille, léger grillé), sa bouche généreuse et longue, accentuent la typicité de l’appellation. La syrah tient sa promesse d’excellence, elle est présente, pulpeuse, fraîche, d’une élégance rare. Idéal avec une côte de boeuf de Galice maturée quelques semaines, ou bien une paire de sarcelles d'hiver rôties à la goutte de sang. Notre (grand) coup de cœur en rouge. L.M.
Papier touchant signé Blandine Vié dans Greta Garbure. C'est à lire ici => Le Bruissement du monde
Michel Le Bris enfui, le découvreur d'inédits de Robert-Louis Stevenson, le créateur et capitaine au long cours du Festival des Étonnants Voyageurs, de Saint-Malo et de partout ailleurs, du monde entier et de plus loin encore, partout où le verbe itinérant naît, grandit, devient, fait texte, l'autre homme aux semelles de vent s'est carapaté hier. Et oui. Nous nous rappelons alors de ce texte qu'il accueillît avec enthousiasme, il y a une poignée d'années, c'était avant l'euro je me souviens. Le voici, en hommage réitéré à cet humble découvreur, à ce grand partager d'émotions textuelles, d'où qu'elles vinrent => La littérature a de l'asthme
Voici la version en ligne d'un article à paraître dans Sud Ouest Dimanche, signé Benoît Lasserre => J'écoute le bruissement du monde
Et sa version in extenso ci-dessous, pour ceux qui ne sont pas abonnés au journal => Sud Ouest Dimanche 2021-01-27.pdf
Faites passer !
Des notes inédites du grand écrivain paysagiste
Un cadeau nous vient du ciel qui a été concocté sur terre par Bernhild Boie, laquelle a conduit l’édition des œuvres de Julien Gracq en deux volumes de La Pléiade, et qui veille à présent au fonds de l’auteur figurant au Département de la Bibliothèque Nationale de France. S’y trouvent notamment 29 cahiers intitulés Notules qui ne pourront paraître qu’à partir de 2027, selon le vœu de l'écrivain, disparu le 22 décembre 2007. Voici donc, dans l’attente, et après Manuscrits de guerre en 2011, et Les Terres du couchant en 2013 (évoqués ici), le troisième inédit posthume de l’auteur du Rivage des Syrtes. Ce recueil de notes d’« une écriture qui donne à voir, à sentir et à penser », relève Bernhild Boie dans l’avant-propos, s’apparente aux ouvrages fondamentaux de non-fiction de l’auteur, tels Lettrines, Carnets du grand chemin, En lisant en écrivant. Le sommaire en quatre parties emblématiques l’énonce clairement : Chemins et rues ; Instants ; Lire ; Écrire. Et nous retrouvons avec délice la prose impeccable, le style somptueux du géographe au regard si précis, l’amateur d’auteurs fétiches - ses préférences : Stendhal, Verne, Poe, Proust, Goethe, Breton, mais aussi Tolkien, Pouchkine, Tolstoï, Gide, Valéry, et toujours de nombreux poètes, René Guy Cadou, Rimbaud bien sûr. Nous voilà à savourer ces Nœuds de vie (*), « quelques fils seulement, venus de l’indéterminé et qui y retournent, mais qui pour un moment s’entrecroisent et se serrent l’un l’autre. (...) Une sorte d’enlacement intime et isolé. » D’emblée, nous retrouvons avec une familiarité certaine la parole gracquienne, hiératique, cousue main, rigoureuse et d’une beauté unique, puis les marottes de l’auteur, ses descriptions minutieuses des paysages cachés d’une France buissonnière dont il parcourut si souvent les chemins de traverse à bord d’une 2CV (voire à bicyclette, comme en ce mois de mai 1944 qui le vit pédaler sur des routes désertes, de Caen à Saint-Florent-le-Vieil). En vrac, et en picorant le recueil comme on musarde devant une bibliothèque à la manière de celui qui déguste des tapas, « vallons raides couturés de haies », « pics neigeux, si acidement décapés sur le ciel qu’ils semblent baigner dans une salive d’azur », « bleu métallique et luisant de zinc neuf qu’on voit au ciel des dernières gelées quand les jours allongent », « lacs d’images calmes et composées pris dans le réseau des bois comme des rêves dans le tissu du sommeil »... Gracq est un sensuel olfactif qui aime « l’odeur déjà ligneuse des hautes herbes de juin chauffées par le soleil au long des sentiers de l’après-midi : odeur âcre, odeur poisseuse, poivrée et amère, presque sexuelle, entêtante comme aucune. » Le Gracq que l’amateur de style de haut-vol et de poésie en prose affectionne est là, intact. Ces notes ont d’ailleurs été rédigées entre 1947 et 1992, et auraient pu figurer dans les essais emblématiques cités plus haut. Certaines sont datées, qui évoquent par exemple Francis Ponge de son vivant, ou l’enterrement de Paul Valéry. Cela ne rend pas le moindre fragment de ce livre moins intemporel pour autant. Les souvenirs intimes, comme celui du grand-père vigneron et taciturne touchent, comme visent si juste les remarques du critique rouvrant Proust à n’importe quelle page, et qu’il aime relire au gré, comme on navigue. Il arrive à Julien Gracq de se confier davantage que dans ses précédents ouvrages de notes, évoquant son bonheur dénué de scrupules de rester au chaud dans son lit certains matins, « douillettement pelotonné, fort bien réveillé », faisant allusion à sa façon d’écrire, justifiant son usage appuyé de l’italique, déplorant le recours effréné à l’audiovisuel par une jeunesse, et qui « met hors de jeu la musique de la prose », réfléchissant à la poésie, qui « n’a pas de définition, mais que des symptômes, comme une cause qui se résoudrait entièrement dans ses effets. » Savourant enfin la chance de n’avoir jamais été un écrivain à la mode, « mais de s’être tenu dans une zone de retrait et de pénombre où ne venaient à lui que ceux qui avaient vraiment envie de le rencontrer. » L.M.
----
(*) Éditions Corti, 18€ (notons que le prénom de José Corti a disparu de l’enseigne, et que depuis quelques années déjà, les livres publiés sous la houlette de Bertrand Fillaudeau, co-directeur avec Fabienne Raphoz, mais pas parce que l'oiseau, hélas, sont dûment massicotés et plus non-découpés ; comme tous les autres en somme. Rien de commun, ou presque...). Ci-contre, portrait de l'auteur par Hans Bellmer qui était accroché dans le salon où il recevait ses aficionados...
Sortie officielle chez votre libraire du petit dernier. On y court, allez, allez !.. Ou bien on le commande
Sous la plume de Didier Pourquery, cet éloge des nuits à lire in extenso ci-dessous, en faisant dérouler jusqu'au texte intitulé Les sortilèges de la nuit (et pensez à vous abonner à L'Intimiste, c'est gratuit et c'est chouette) => Les sortilèges de la nuit
Il est signé du talentueux Thomas Morales. Et j'en suis ému.
Des carnets inédits de Julien Gracq, des fragments de prose, sur lesquels nous reviendrons d'évidence. Il faudra attendre 2027 pour pouvoir lire ses Notules.