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KallyVasco - Page 5

  • Salon du livre pyrénéen (Bagnères-de-Bigorre)

    Capture d’écran 2013-10-04 à 09.11.34.pnghttp://www.salondulivre-pyreneen.fr/

    J'y serai tout le week-end pour signer mon nouveau livre (que je n'ai pas encore vu, car il paraît pile aujourd'hui : je le découvrirai ce soir) :

    26 VILLAGES PYRENEENS (Atlantica). 

    http://www.atlantica.fr/livre/11366/26_Villages_Pyreneens

    Si vous êtes dans le coin...

    Capture d’écran 2013-10-04 à 09.15.56.png



  • Una furtiva lagrima

    Il y a des soirs, comme ça. Faut pas chercher.

    http://www.youtube.com/watch?v=t936rzOt3Zc

    (Donizetti, L'elixir d'amour, le fameux passage intitulé Una furtiva lagrima, interprété en 1904 par Enrico Caruso).

  • almost blue...

    http://bit.ly/16IvhYi

    Chet.

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  • Le sommeil d'une femme

    Une phrase de Julien Gracq (je crois que c'est dans Le roi Cophetua, une des trois nouvelles de La Presqu'île, mais sans garantie), m'habite depuis de nombreuses années et, comme une chanson entêtante dont on sait qu'on ne parviendra pas à s'en défaire vite, car c'est elle qui décidera de s'évanouir sans prévenir, comme un banc de thons lorsqu'on les pêche, vite, très vite, à la ligne au large de Saint-Jean-de-Luz, cette phrase habille ma pensée, chacun des soirs, chacun des matins -ou presque- que le monde fait. La voici : Le sommeil d'une femme qu'on regarde intensément conjure autour d'elle une innocence, une sécurité presque démente : il m'a toujours paru inconcevable de s'abandonner ainsi les yeux fermés à des yeux ouverts.

  • Les plus belles fesses du Louvre...

    images.jpeg...Se retrouvent commentées dans un délicieux petit livre (que j'ai rewrité comme on dit, pour les éditions Séguier, et qui paraît le 3 octobre. 96 p. 16€). Il est co-signé Bruno de Baecque (texte) et Joëlle Jolivet (dessins), sur une idée de Jean Le Gall, qui préside aux destinées (je n'aime pas cette expression pontifiante et pourtant elle vient de me venir), de Séguier et Atlantica.

    Il s'agit d'un parcours artistique, de fesses peintes en fesses sculptées, sises ou assises au Louvre, de Delacroix à Ingres, de Bartolini à Prestinari et d'Odalisque à Vénus et d'hermaphrodite en Marie-Madeleine...

    Le livre épaule une proposition de visite thématique et commentée.

    En voici un feuilletage 

    http://www.dailymotion.com/video/x14vuc8_plus-belles-fesses-du-louvre_creation

  • Non, vous ne rêvez pas.

    http://www.vinetsociete.fr/magazine/article/le-vin-produit-en-voie-d-extinction-sur-internet

    Faites passer, mobilisez-vous, (ré)agissons.Capture d’écran 2013-09-26 à 13.17.20.png

  • Chinon rien

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    Il est vrai que je suis à fond pour le développement du... Rabelais, que là-bas, je bois le vin rouge local issu de cabernet franc, chinon rien... Mais quelle ne fut pas ma surprise lorsque je fus invité à être intronisé au sein de la confrérie des Entonneurs Rabelaisiens, en qualité de blogueur vins ! Cela se passait le 12 septembre dernier au Bistrot d'à côté (rue Capture d’écran 2013-09-25 à 11.50.39.pngLalande dans le 14 ème à Paris), à l'occasion de la Saint-Gargantua (en réalité la Saint-Apollinaire, sur le calendrier), qui fut célébrée dans 28 bistrots parisiens. Et c'est dans celui "d'à côté" que le chapitre des intronisations eut lieu. Parmi les nouveaux chevaliers, il y a, de gauche à droite sur la photo ci-dessus : mes consoeurs Ophélie Neiman (blogueuse vins : Miss Glou Glou) et Anne-Victoire Jocteur Monrozier (blogueuse vin : Vicky Wine, à qui j'ai l'impression d'en coller une en prêtant serment et c'est dommage car elle est très mignonne, mais on peut la voir plus bas et des centaines de fois sur son blog), ma pomme, Charlie Darenne (illustrateur), Thierry Cap de Coume (dessinateur, photographe) et Laurent Cazaux (du Bistrot qui nous accueillait). Avouez qu'on a l'air un peu benêts avec nos bavettes, puis avec nos diplômes de chevaliers et nos grosses médailles, mais bon, c'est ainsi. On assume; cul-sec (le deal était de jurer de défendre les vins de Chinon en tous lieux, puis de vider le vase afin d'obtenir la médaille. Et à 17 h, c'est pas facile...).

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    Capture d’écran 2013-09-25 à 11.23.33.pngLO2A2085.jpg

    ©KOEphotography.com 

     

    www.chinon-stgargantua.com 

  • Le chemin des morts

    images.jpegAnnées 80. Une décennie entre deux mondes. L'Espagne est devenue une démocratie. La France n'a plus de raison de continuer d'accorder le statut de réfugié politique aux militants de la cause basque. Le narrateur est un jeune magistrat administratif rattaché au Conseil d'Etat, nommé à la commission des recours des réfugiés. Il va commettre une sorte d'erreur judiciaire. Un dossier se présente à lui. Le cas d'un réfugié devenu relativement paisible et qui a même condamné l'assassinat par ETA de l'amiral Carrero Blanco -dauphin désigné de Franco-, en 1973, ce qui lui valut l'inimitié forte de ses comparses. Le jeune magistrat appliquera néanmoins le droit en vigueur et par conséquent la justice, en retirant son statut de réfugié à Javier Ibarrategui, venu demander son maintien. Celui-ci, en plaidant sa demande sans contester la décision qui lui fut signifiée sur le champ, précisa qu'il serait vraisemblablement assassiné dès son retour en Espagne par les polices politiques comme les GAL (Groupes antiterroristes de libération, les fameux "guérilleros du Christ-roi", liés au pouvoir espagnol, dans cet après-franquisme pour le moins hésitant et brutal). Ce fut le cas : Ibarrategui pérît à Pampelune de quatre balles de revolver tirées depuis une moto. Souvenez-vous, cela n'était pas rare à cette époque; voire dangereusement banalisé. Le récit de François Sureau (Gallimard), à l'écriture percutante et précise, dit le désarroi, trente ans après, d'un magistrat devenu avocat et écrivain (c'est peut-être l'auteur lui-même, peut-être pas), et dont la mort de ce réfugié basque hante chaque jour la conscience, tant professionnelle que personnelle. Il dit aussi combien elle continuera de le hanter jusqu'à sa dernière plaidoirie, jusqu'à son dernier livre et jusqu'à son dernier souffle (la fin du récit, à ce propos, est d'une force et d'une douceur impeccables). Court, ce livre d'une cinquantaine de petites pages est plus que touchant : il est poignant par sa crudité, sa clairvoyance, son effroyable sincérité. L'auteur ne cesse de réfléchir au "pouvoir de dire le droit sans rendre la justice, voire en commettant la plus grande des injustices". Nous pouvons, dit-il encore dans un entretien audiovisuel, "en toute conscience, concourir à des crimes, à des oublis, à une certaine manière de négliger la personne humaine". François Sureau est parvenu avec talent, grâce à une écriture sobre, tendue et droite, à rendre également "sensible la manière dont on peut penser accomplir son devoir en obéissant à sa conscience" et puis devoir affronter les conséquences ô combien détestables de ses actes. Ce Chemin des morts, qui désigne le parcours particulier qu'effectue, au Pays basque, la famille qui porte le défunt, depuis sa maison (l'etxe y figure le centre de tout) jusqu'au cimetière, est, selon les mots de l'auteur, "un appel à dépasser les notions de droit et de justice pour s'attacher davantage aux notions d'humanité". Et un pur joyau de littérature forte, nue, essentielle.

    TERRASSES DU LARZAC MAS HAUT-BUIS.jpgALLIANCES

    Comme toujours, j'ai plaisir à suggérer une alliance gourmande avec une lecture. Devant l'exceptionnelle gravité du sujet qui précède, je choisis quand même un vin qui, loin d'être austère, présente un sérieux qui force le respect et qui n'en est pas moins festif (cherchez l'erreur ou dites tout de suite que je cultive le sens du paradoxe!). Il s'agit d'un AOC Languedoc Terrasses du Larzac, appellation située au nord-ouest de Montpellier, on ne peut plus louable et qui effectue de prodigieux progrès depuis une poignée d'années. Les paysages y sont somptueux bien qu'arides, le climat méditerranéen dispense sa chaleur de garrigue, les vins y ont par conséquent un sacré caractère pour la plupart : puissants, généreux, frais, mais aussi élégants et globalement équilibrés. J'ai choisi l'un d'eux, un rouge gourmand et épicé mais pas trop, la cuvée Costa Caoude 2011 du Mas Haut Buis (21€), conduit par Olivier Jeantet à La Vacquerie et Saint-Martin. 650m d'altitude. 10 ha de vignes conduites en agriculture biologique, parmi des oliviers et des amandiers, donnant des "raisins vivants" : 40% en grenache noir, 33% en syrah et 27% en (vieux) carignan. Costa Caoude (50% grenache, 30% carignan, 20% syrah), fermente en cuve de béton, il est légèrement soufré, puis il passe un an en foudres de 20 hl et cuve béton tronconique de 30 hl. C'est un vin d'homme (*) pour escorter un gibier à plume ou à poil, ou bien une viande de boeuf racée et rassise (côte, onglet, merlan). Epicé et pourvu de notes délicates de thym et de romarin, il exprime surtout les fruits rouges et noirs sans excès et la fraîcheur caractéristique des vins rouges de l'appellation étonne toujours agréablement, ce dès l'attaque. Enjoy! 

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    (*) Que les femmes me pardonnent cette appellation non contrôlée : mon amie Brigitte Lurton, qui sait de quoi il en retourne, réagit à ce papier sur ma page facebook (où il est publié simultanément -ainsi que sur mon compte twitter) en précisant que les femmes, souvent, aiment les vins d'hommes. Et vice-versa, ai-je répondu : les hommes ne sont jamais insensibles aux vins que l'on dit féminins. Mais il est entendu qu'il faut cesser de sexer les vins comme les oiseaux sans dimorphisme apparent, que l'on prend aux filets afin de les baguer. Force est aussi de reconnaître que l'attirance hétérosexuelle joue instinctivement à pleins ballons en matière de vins. Et je connais des expertes en dégustation qui ne supportent plus l'adjectif féminin adossé aux vins -sans féminisme aucun, faut-il le préciser. Mais au nom d'une liberté sensorielle et langagière, au nom du libre cours à l'imagination lorsqu'on déguste : il faut aller plutôt vers le soyeux, le velouté, la caresse, l'élégance, la classe et autres attributs qui désignent plus spontanément les femmes que les hommes, lorsque nous sommes en présence, nez dans le verre, d'un vin dont le raffinement exclut d'emblée et sans aucun doute possible la vision du poil aux pattes. 

  • Esprit de Granit et Les Hauts du Fief

    images.jpegJe ne dirai jamais assez de bien de la Cave de Tain, à Tain L'Hermitage (Drôme). Voici deux de ses nombreuses réussites et d'abord : Esprit de Granit, un Saint-Joseph 2011 issu de syrah soyeuses comme rarement, avec une robe rubis lumineuse, un nez de fruits noirs compotés, épicé (cardamome), une bouche ample et puissante sans être machiste : élégante mais virile. Idéal sur les viandes rouges que l'on avait délaissées cet été, voire une volaille forte comme la pintade, en attendant les premières grives ou le perdreau rouge de septembre, voire le sanglier d'avant-ouverture... Renseignements pris après dégustation, il s'agit d'une sélection parcellaire, issue d'un terroir exceptionnel, en gros. Tout est maîtrisé, du travail en vert, effeuillage compris, jusqu'à la date optimale de la récolte, en passant par la sélection précise des baies juste avant la vendange. Ici, il s'agit de vieilles vignes plantées en coteau sur les contreforts du Massif Central, sur des arènes granitiques. Le flacon vaut 15€ et c'est une paille, eu égard au bonheur produit.

    images (1).jpegUne autre des dix cuvées parcellaires bichonnées par des hommes constamment sur le terrain et proposées par la Cave de Tain, est un Crozes-Hermitage 2011, Les Hauts du Fief. Et c'est splendide, corpulent, gentleman-farmer, issu de syrah de 30 ans. Robe profonde. Nez épicé (poivre) et de fruits noirs bien sûr, un rien minéral, ce qui éclaircit les fosses nasales au passage, les yeux archi-fermés. La bouche, fraîche et profonde, persistante et réglissée mais à peine, nous redonne des baies mûres à foison; et on prend. Avec ça, sortez un vieil ardi gasna (un brebis forcément paysan d'Ossau-Iraty), juste après une côte de boeuf bien persillée et sortie du froid au moins deux heures avant. Cuisson : Juste aller-retour, dirait Firmin Arrambide (Les Pyrénées, à St-Jean-Pied-de-Port, 64), sur la plancha archi-chaude. 13€ la boutanche, c'est cadeau, té!


    images (2).jpegimages (3).jpegimages (4).jpegALLIANCES : Joseph Kessel, Les mains du miracle, Jérôme Garcin, Olivier, (les deux en folio), Dylan Thomas, Portrait de l'artiste en jeune chien (Points). Du poignant, du qui décoiffe, du mémorable, qui décante en somme. Et en tongs s'il vous plaît, parce qu'il fait beau et qu'il convient de détendre l'esprit du texte. En plus, y'a été indien en vue! Si, si...

  • Drouant et l’Académie Goncourt

    Voici un papier retrouvé à l'instant dans mes archives et que publia une revue d'histoire. A l'heure où l'on pense déjà fort au lauréat du plus prestigieux des prix littéraires français, voici une évocation historique de ce restaurant chargé d'anecdotes. 

    (Personnellement, et puisque personne ne me pose la question, je donne Jean-Philippe Toussaint -pour son roman Nueque publie Minuit le 5 septembre prochain- vainqueur. Nue clôt le cycle romanesque consacré à Marie Madeleine Marguerite de Montalte, après Faire l'amour, Fuir, et La vérité sur Marie. Quatre bijoux). Et vous?


    téléchargement.jpeg« Drouant dérive du germanique drogo, qui signifie quelque chose comme le bon combat ». C’est Hervé Bazin qui parle. L’auteur de « Vipère au poing » qui fut un membre marquant de l’Académie Goncourt, savait de quoi il en retournait dans le salon du premier étage. Le bon combat demeure, qui fait triompher le livre, au restaurant Drouant, chaque année à l’heure du déjeuner, début novembre…

    Le génie d’un lieu provient du lien entre des êtres géniaux. Ici, l’escalier est signé Ruhlmann, la cuisine actuelle Antoine Westermann, l’atmosphère est résolument Art déco ; l’esprit, Goncourt.

    L’âme du lieu est double : littéraire et gourmande. Gastronomie et littérature ont toujours fait  bon ménage. La plume tombe vite le masque lorsque la fourchette montre les dents.

    Le restaurant de la Place Gaillon (Paris 2ème), n’échappe pas à la règle. Mieux : il la dicte depuis un siècle et un an. Une paille !

    Entrer chez Drouant, c’est pénétrer l’antre d’un club fermé et fixé à dix membres selon les vœux des frères Edmond et Jules de Goncourt.

    L’Académie française a ses fauteuils, ses habits verts et ses épées pour ses pensionnaires. L’Académie Goncourt elle, a ses couverts gravés au nom de ses membres. Cela vous pose. « Cette nuance, soulignait Roland Dorgelès, aide à prouver combien les académiciens de la place Gaillon se veulent des copains au sens étymologique, « ceux qui partagent le pain ». Plus prosaïquement, ajoutait Dorgelès, on parle des déjeuners Goncourt et des séances du quai Conti ». Mais la querelle de bretteurs n’a pas eu lieu. Les Académies ne se tordent pas le nez et observent au contraire un respect mutuel qui n’a pas de prix.

    Pour l’historien, Drouant évoque aussitôt Louis XV, qui aimait chasser au faucon à proximité de la porte Gaillon, l’une des six percées dans l’enceinte bastionnée dont Louis XIII avait ceinturé la capitale.

    L’homme de lettres pense immédiatement à Zola, qui campa « Au bonheur des dames » dans ce quartier, et nourrit son livre des scènes de rue quotidienne de la place et ses alentours.

    L’amateur gourmand pense à la boucherie Flesselles, qui fut célèbre dans les années 1870 et qui fut remplacée par le restaurant Drouant en 1880.

    Lorsque l’Alsacien Charles Drouant, échouant à Paris, ouvre alors un modeste café-tabac, il est loin d’imaginer  que son nom va se perpétuer ainsi. Il l’agrandit néanmoins sa petite échoppe, en fait un bistrot que des artistes et des écrivains ont la bonne idée de fréquenter : Pissaro, Daudet père et fils, Renoir, Rodin, … La bande d’intellos artistes s’agrandit, peintres, sculpteurs, poètes, journalistes, romanciers, agrandissent le cercle et en font leur repaire. Leur rituel dîner du vendredi forge la célébrité du lieu dans le métal le plus résistant.

    Le prix Goncourt existe depuis 1903 (il fut attribué pour la première fois, le 28 août de cette année-là, à Jean-Antoine Nau pour son roman « Force ennemie ». Déjà tout un programme qui renvoie à la sagacité de Bazin à propos de « Drouant / drogo »…).

    Le prix ne commencera à être décerné chez Drouant que le 31 octobre 1914 par la Société littéraire des Goncourt. Le prix ne fut pas décerné cette année-là pour cause de guerre (et il fut par ailleurs refusé une seule fois, en 1951 par Julien Gracq -photo-, pour son magnifique roman « Le rivage des Syrtes ». L’immense écrivain eut toujours « La littérature à l’estomac » et pas devant les flashes et les caméras…).

    L’Académie est donc fidèle à Drouant depuis 1914. Le testament d’Edmond de Goncourt résume l’affaire : « Je nomme pour exécuteur testamentaire mon ami Alphonse Daudet, à la charge pour lui de constituer dans l’année de mon décès, à perpétuité, une société littéraire dont la fondation a été, tout le temps de  notre vie d’hommes de lettres, la pensée de mon frère et la mienne, et qui a pour objet la création d’un prix de 5000F destiné à un ouvrage d’imagination en prose paru dans l’année, d’une rente annuelle de 6000F au profit de chacun des membres de la société » .

    Il est précisé que les dix membres désignés se réuniront pendant les mois de novembre, janvier, février, mars, avril, mai et que le prix sera décerné dans le dîner de décembre… Les frères Goncourt avaient en effet voulu recréer l’atmosphère des salons littéraires du XVIIIème siècle, et aussi l’ambiance des déjeuners et dîners littéraires mondains du XIXème, comme les fameux dîners Magny. Jules meurt trop tôt, en 1870. Edmond anime alors seul le Grenier, puis la Société littéraire, qui devient Académie afin de se démarquer de l’autre, la Française du quai Conti, parce qu’elle refusa l’immortalité à de nombreux grands écrivains comme Flaubert, Zola, Balzac, Baudelaire et Maupassant.

    Encore le bon combat. Et c’est à vous donner envie de paraphraser Sacha Guitry lorsqu’il conchiait la Légion d’Honneur : «il l’avait, encore eut-il fallu qu’il ne l’eut pas mérité »…

    48 heures après la mort d’Edmond en 1896 –il avait 74 ans-, son notaire, Maître Duplan, lisait ainsi à Alphonse Daudet et Léon Hennique, ses légataires universels, le testament précité. L’aventure était lancée.

    Depuis, le Goncourt est le plus convoité des très nombreux prix littéraires français. « Il y en a davantage que des fromages », plaisantait François Nourissier. Il assure gloire et fortune à un auteur et à son éditeur. Le restaurant Drouant bénéficie par conséquent depuis longtemps du mythe Goncourt. Abriter l’Académie équivaut à posséder le Trésor des Pirates. Un trésor métaphysique.

    À l’étage, chez Drouant, nous trouvons les Salons Goncourt, Apollinaire, Colette, Ravel et Rodin. Il est très agréable d’y déjeuner ou dîner dans la grande salle du rez-de-chaussée, près du monumental escalier.

    La veille de notre visite au restaurant, j’y avais retrouvé le lauréat 1976, Patrick Grainville, afin de lui demander un texte pour les éditions que je dirigeais alors.

    Lors de notre second passage, Jorge Semprun (mort depuis) y mangeait en agréable compagnie à une table voisine. Juillet tirait à sa fin. L’esprit du lieu était habité à tous les étages par l’Académie. Nous prenions notre repas en bas, avec une amie.

    La mosaïque bleue travaillée à la feuille d’or, le fer forgé, les glaces immenses pour « narcisser » entre la poire et le fromage ou parmi les superbes peintures qui ornent les murs, le service élégant et discret, prévenant et jamais obséquieux, escortèrent avec grâce le foie de canard marbré de pigeon et sa gaufre au lard fumé, la blanquette de barbue et de queues de langoustines et le risotto à la truffe d’été, le carré d’agneau et son gnocchi… Les fameuses feuilles de chocolat en hommage à Jules et Edmond sont un dessert des éditions… Ganache, reconnues dans le village « germanopralin ». Le vin de Vacqueyras fut parfait du début à la fin. Joie ! C’est à peu près le menu qui fut servi en 1903 lors de l’attribution du premier Goncourt (bisque d’écrevisse, barbue sauce poivrade, terrine de foie gras…), chez Champeaux.

    Les membres de l’illustre Académie doivent leurs couverts à leur nom, à André Billy (académicien de 1943 à 1971, qui en suggéra la création. Et c’est Mr Odiot, fondeur en vermeil de la Place de la Madeleine qui grava fourchettes et couteaux. De là à penser avec feru Robert Sabatier, que c’est avec ceux-ci que l’on fait de la cuisine littéraire, il n’y a qu’un « plat » que nous ne franchirons pas.

    Plutôt citer Jacques de Lacretelle, qui résumait merveilleusement l’alliance de la littérature avec la gastronomie. Composer un roman ou un menu relèverait d’une alchimie voisine : « C’est un art (la gastronomie) où il faut suivre une tradition, mais où l’on peut tout inventer. Je ne vois pas de plus belle définition pour dire ce qu’est le talent littéraire ».  L.M.

  • Un été avec Montaigne, un automne avec Camus


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    Montaigne illuminé par Antoine Compagnon -un vrai passeur, cet érudit, est la bonne surprise de l'été qui s'achève(*). Bravo à Olivier Frébourg, éditeur (Les Equateurs), pour ce formidable succès éditorial, en partie imprévisible comme il se doit et par conséquent tellement rassurant : aucune affirmation de marketteux, ni aucun pifométrage ne guideront jamais le choix du public -ce bouche à oreille magique qui tout à coup enflamme les consciences et les tables des libraires, en l'occurrence. Il en va toujours ainsi. Qui peut dire que tel roman sera le succès absolu, l'ouvrage plébiscité par un large public, cette rentrée-ci? Bien sûr il y a des tendances. Certaines sont lourdes mais sans surprise (Nothomb, d'Ormesson retrouveront leur armée de fidèles). Toussaint, Haenel, Darrieussecq, Gallay, Rolin, Germain, Ford, Coetzee, Chalandon vendront. Minard, Razon, Thomas, Ovaldé et Cabré aussi. Mais il y a certainement, parmi les 555 livres parus ou à images (1).jpegparaître ces prochains jours, un ou deux romans qui ne font pour le moment d'autre bruit que celui de leurs pages entre les doigts de lecteurs avisés et curieux et qui vont sortir de l'ombre comme le soleil entre deux masses nuageuses. On parie! Tiens, jouons un peu : vous pensez à quel livre?.. Moi je ne pense à aucune nouveauté de cette rentrée, mais à un auteur : Camus. Albert Camus. Et oui. Le 7 novembre prochain il aurait eu 100 ans (et j'espère que j'en aurai 55), et de nombreux éditeurs, à commencer par le sien (Gallimard), vont fêter l'événement, puisqu'une soixantaine d'ouvrages sont attendus sur l'inépuisable sujet. Il y a déjà eu le superbe album de Jacques Ferrandez, L'Etranger, une BD littéraire de haut-vol avant l'été (Gallimard). En folio le mois prochain, reparaîtront Les Carnets (en trois volumes), les Journaux de voyage, ainsi que des coffrets thématiques : L'absurde (L'étranger, Caligula, Le malentendu, Le mythe de Sisyphe),  La révolte (Les Justes, La peste, L'homme images (2).jpegimages (3).jpegrévolté). Vous allez voir ce que l'on va lire! Encore Camus... Je préfèrerais me réjouir du succès des livres de certains de mes amis présents à cette rentrée, comme Saber Mansouri, Je suis né huit fois (Seuil) ou Jean Le Gall, New York sous l'occupation (Daphnis et Chloé) -remarquables premier et second romans (j'y reviendrai). Mais qui sait! Et si c'était eux? dirait Lévy (Marc). Croisons les doigts.

    (*)Un été avec Montaigne est un petit livre épatant que l'on rachète et que l'on offre après l'avoir lu, avec ce plaisir de transmettre un objet à haute valeur ajoutée. A l'origine, il s'agit d'une série d'émissions brèves qui furent diffusées sur France Inter au cours de l'été 2012 (cet été, la série eut Proust pour sujet, par le même Compagnon, très fin connaisseur de l'auteur de La Recherche). La lecture revigorante du petit livre jaune agit par contagion, car la philosophie simple et droite de Montaigne l'naltérable opère, via la lecture qu'en fait Compagnon, comme une bière fraîche au coeur de la soif. L'éthique de l'auteur des Essais est une leçon de vie permanente et une esthétique : un art de vivre en beauté. Qu'il évoque l'altérité, le pouvoir et la corruption, l'éducation, le corps, la lecture ou l'arrogance, le négoce (negotium) et le loisir (otium), l'acédie ou la solitude, la vanité ou l'Amitié, la mort ou le désir, Montaigne est un guide étonnement moderne, à l'avant-garde pour son époque, qui ne cesse de douter et de rechercher son assiette (un terme d'équitation et Montaigne chevauchait beaucoup), dans un monde qui bouge; rien de plus mais le projet est de taille et permanent. Le relire est toujours aussi salutaire et à travers le libre éclairage qu'en donne donc Antoine Compagnon, Montaigne nous devient encore plus familier, plus tutoyant. Faites passer!

    PS : nous pouvons bien sûr nous interroger sur ce recours aux classiques, qui rassure en période de crise, lorsque celle-ci opère par capillarité jusque dans le moindre recoin de nos existences (la lecture, un recoin?!..), et cela ne doit pas occulter notre curiosité vive face à tant de nouveautés, de fleurs en somme, que sont les nouveaux livres d'auteurs connus et les premiers livres d'auteurs à découvrir avec alegria.

  • Frédéric Musso poète

    images.jpegFrédéric Musso fait de la photo à sa façon. Ses instantanés sont des poèmes en prose ciselés, aussi vifs que toniques et qui possèdent une qualité rare, que j'appellerai la souplesse du chat : prenez un chat, jetez-le par la fenêtre (du premier étage, ho!), le chat retombera sur ses pattes. Toujours. Un bon poème est un chat lancé par la fenêtre du premier. Un bon poème est rond. Un peu comme un oeuf (mais un oeuf c'est ovoïde, c'est pas rond! Okok). En tous cas, ça retombe sur ses pattes en bouclant sa boucle et en la bouclant, voire en vous la bouclant (en nous en bouchant un coin, quoi). Frédéric Musso y parvient. Poète exigeant, il apparaît intraitable avec le choix du mot juste (et parfois rare, ou bien oublié). Ses poèmes courts et denses sont de temps en temps teintés de lointains jeux de mots. Ils disent tous l'essentiel d'une sensation, ils captent à temps des instants fugitifs avec la main, avec une épuisette, ils enserrent un sentiment, ce sont des tableaux aussi et encore des souvenirs (d'Algérie). Certains poèmes de ce nouveau recueil au titre camusien : L'exil et sa demeure (La Table ronde, 96 p. 14€), contiennent des images fortes : "peler les mots jusqu'au trognon pour que se lève le poème"... "tu vacillais le coeur haut comme la patte du chien qui pisse"... "le bois flotté des métaphores"... "La beauté fut condamnée par contumace. On accusa les ombres de légèreté."

    En voici une petite poignée en guise d'appât : 

    "Debout dans les trèfles l'enfant se caresse comme on froisse une rose. Son autre main arrondit le soir. Enfant royal. Plus tard chargé de mots il s'astiquera sous la lampe, l'être tout entier en branle. Désuni."

    "Le coeur saillant pousser la porte d'une femme. Considérer que l'aménagement des corps ne relève pas seulement du territoire. S'asseoir au bord de la finitude et contempler l'innocence de l'origine du monde."

    "Poésie qu'on file avec la patience des vieux marcheurs. La renverser d'un revers de rêve pour que chantent les mots qu'elle brise sous nos pas."

    "Bel canto des corps. Le vent velours caressait nos chairs de poule. Un cri d'enfant est sorti de ta bouche. Quand le soleil a posé son front sur la mer nous avons allumé des américaines et nous avons souri comme des demi-dieux."

    "Dans l'odeur nue de l'aube le piéton de la plage pouvait croiser la perfection d'un squelette d'oursin, le bras d'honneur d'une branche sur le sable ou l'idée singulière que les ombres mûrissent en douce avant de s'allonger."

    "Le temps glissait sur son erre. Une créature s'attardait aux angles morts du désir. Elle caressait ta peau comme on dessine sur le sable quand le soleil va se coucher."

    "Les rêves consumés dans la broderie du sommeil. Les mots qui cillent. Ferme la fenêtre. Tire le rideau. Ta main à fleurs de cimetière sous la lampe, son ombre sur le papier où se dénoue le plus clair de ta nuit."


  • Qui o qua

    IMG_0944.jpgProcida me réconcilie avec la vie lorsque celle-ci glisse entre mes yeux. Cette île me rassemble et me ressemble. Elle irradie en moi, éloigne de la peau de mon âme les tourments. J’habite Procida comme le fleuve finit par habiter la mer. Ma confusion des sentiments s’épanouit sur le microcosme de la Corricella comme une feuille de thé dans l’eau bouillante. Chaque chose reprend place, chaque être observe l’autre en amitié ; insulairement. Ici je découle. Deviens poisson, nage en eaux claires. Je mûris comme le citron sous le soleil clément. J’oublie le manque. Je me nourris d’ombre et de petites tomates. Je IMG_0945.jpgplonge dans l’eau noire, pilote le bateau, un gozzo,  comme je caresserais une nouvelle femme. Le voilier de Paolo qui s’avance pour mouiller dans l’anse de Chiaia, le regard du vieux pêcheur taiseux qui reprise son filet, l’écho d’une Vespa à l’assaut de Terra Murata suffisent à mon bonheur écrasé de soleil du passager clandestin que je suis devenu sur l’île de mes ancêtres. 

    (photos : seul à bord, stasera : il benessere).

    Traduction de mon amie écrivaine napolitaine/procidienne et présidente du Prix Elsa Morante, Tjuna Notarbartolo : 

    Procida me riconcilia con la vita quando mi scivola negli occhi. Quest'isola mi ripiglia e mi somiglia. Mi splende dentro, allontana i tormenti dalla pelle dell'anima. Abito Procida come il fiume finisce per abitare il mare. i miei sentimenti confusi si stemperano sul microcosmo della Corricella, come una foglia di tè nell'acqua bollente. ogni cosa è al suo posto, ogni essere osserva l'altro in piena amicizia; insularmente. Sono alla deriva. divengo un pesce, nuoto in acque chiare. divengo maturo come il limone sotto un sole clemente. Scordo ogni mancanza. Mi nutro d'ombre e di pomodorini. Mi immergo nel mare profondo, guido la barca, un gozzo, come se accarezzassi una nuova donna. La barca a vela di Paolo che si avvicina per bagnarsi nell'ansa della Chiaia, lo sguardo del vecchio pescatore taciturno che ripara la sua rete, l'eco di una Vespa che scala Terra Murata, bastano alla mia felicità schiacciata di sole, da passeggero clandestino, quale io sono divenuto sull'isola dei miei avi.

  • La Corricella depuis la terrasse de la famiglia Notarbartolo

    Avec la prison (Terra Murata, Istituto de pena) au premier plan. Au fond, Ischia et la courbe du Monte Epomeo, au-delà de la Chiaiolella et de l'isoletto de Vivara. Une terrasse sublime, vue à 360° sur Procida dans son entier, Ischia, Capri, le Vésuve, la Baie de Naples et, par beau temps, les îles Pontines de Ventotene et Ponza. Aïe aïe aïe.Capture d’écran 2013-08-04 à 11.11.32.png

  • 7 à lire

    TROIS DE MES RÉCENTES CHRONIQUES PARUES DANS TÉLÉ 7 JOURS

    téléchargement.jpegDes noeuds d'acier, par Sandrine Collette

    Théo Béranger, quarante ans, vient de purger de longs mois de prison pour une rixe fratricide. La taule n’a pas réussi à briser ce costaud un peu violent. Il part en forêt pour faire le point. Tombe sur deux vieux fous armés qui le capturent et en font son esclave. Enchaîné, battu, sans eau, à peine nourri au fond d’une cave, corvéable à l’extrême, il perd toute humanité, devient moins qu’un chien. Cette terrifiante descente aux enfers décrite au scalpel tient en haleine et signe l’entrée fracassante dans le roman noir d’une auteure encore inconnue.

    Roman, Denoël, Sueurs froides, 270 pages, 17€

     


    images (1).jpegLe spectre d’Alexandre Wolf, par Gaïto Gazdanov

    Un soldat russe blanc tue un soldat bolchevique un jour de 1917. Ce meurtre hante sa vie. Emigré à Paris, devenu journaliste, il tombe sur une nouvelle écrite par un certain Alexandre Wolf qui décrit précisément l’épisode obsédant. Le narrateur n’a alors de cesse de vouloir trouver cet auteur. Une histoire d’amour fou pour la fascinante Elena ajoutera du mystère à sa quête. La rencontre avec Wolf, spectre vivant, aura lieu, mais ne fera que corser l’ensemble d’un roman captivant où l’intensité de la narration et la force des personnages rappellent Dostoïevski.

    Roman, éditions Viviane Hamy, 172 pages, 18€

     

     

    images.jpegL’armée furieuse, par Fred Vargas

    Un meurtre par étouffement à la mie de pain ouvre les nouvelles aventures de l’attachant commissaire béarnais Jean-Baptiste Adamsberg, flanqué de son complice Danglard et ici de son fils Zerk ainsi que d’un pigeon blessé aux pattes. Puis c’est le mystère d’une légende tenace du XI ème siècle, celle de l’Armée furieuse, des revenants qui chevauchent  deux ou trois fois par siècle et se saisissent des méchants pour les tuer d’atroces façons dans le bocage normand, vers Ordebec, qui va hanter ce roman aux rebondissements captivants. Adamsberg n’y croit pas, mais il enquête depuis qu’une femme, Lina, prétend avoir vu passer l’Armée, car des personnages disparaissent... Rustique, poétique, fantastique, la magie Vargas opère.

    Roman, 442 pages, J’ai Lu, 7,90€

     

     

  • Lasciare

    DSC01118.JPG

  • Une certaine vérité et une vérité certaine se trouvent sur ce blog

    Alors allez-y voir et donnez-m'en des nouvelles : http://territoirescritiques.blogspot.fr/

    Pour les clics ultérieurs, il figure parmi les favoris (colonne de gauche, plus bas).

    Tout est bon chez Sylvain. Bons voyages.

  • Ode à Clément Faugier

    Je retrouve ce texte hivernal tandis que je bois de l'eau glacée pour me rafraîchir et que je ne veux manger que des salades frâiches et des fruits mûrs...

     

    AUX AFICIONADOS DE LA

    CREME DE MARRONS

     

    La gourmandise est faite de connivences inattendues et de correspondances inédites. Les amateurs de crème de marrons sont des passionnés : qu’un étranger évoque leur penchant dans un compartiment de train ou sur le zinc d’un bistrot et leur œil s’allume, leur sourire apparaît, leur regard devient lumineux, curieux ; ami. La conversation s’engagera inévitablement et quelque chose naîtra entre deux inconnus que rien ne liait jusque là. La crème de marrons possède cette magie de créer des liens entre aficionados silencieux, car un peu seuls avec leur gourmandise. Avouez que beaucoup n’aiment pas la crème de marrons et je me demande toujours pourquoi ils n’apprécient pas cette ineffable onctuosité, cette sensation infiniment sensuelle procurée par une incomparable consistance, ces saveurs d’automne, ce goût de nature (ardéchoise) brute, adouci par un sucré subtil et un vanillé indispensable…

    J’aime la crème de marrons. À même le pot avec une cuiller, le matin  et le soir, ou bien avec du fromage frais. Mais elle est meilleure toute seule. La crème de marrons est la madeleine de ses aficionados : leur plaisir remonte à l’enfance. Souvent j’ai été tenté de lancer un appel aux gourmands de mon espèce pour créer un club d’amateurs de crème de marrons (qui existe sans doute déjà) et je confesse un plaisir formidable à en déguster en compagnie d’un ou d’une qui l’aime autant que moi. Par goût du partage simultané. Comme pour un grand sauternes. Mais cela est étrangement rare.

    Les bonnes crèmes de marrons ne sont pas légion et celle de Clément Faugier –qui inventa la sienne en 1885 en utilisant astucieusement des bris de marrons glacés mêlés à la farine de châtaignes, du sirop de confisage, du sucre et de la vanille -, excellente, présente l’avantage d’être disponible à peu près partout, en boîtes de plusieurs tailles et même en tube ! Ah le tube de crème de marrons… Je ne connais pas de meilleur dentifrice. En montagne, c’est mon trompe-creux de huit ou neuf heures. 

    J’ai noté un jour dans un carnet, pour définir le poids de l’ennui, que certains dimanches après-midi étaient aussi épais que de la crème de marrons. Mais avec elle, l’ennui désépaissit. Lorsque je prends une copieuse cuillerée de crème de marrons, j’ai l’impression de rouler une pelle à Clément Faugier. Bizarre. L.M.

     

     

     

     

  • 5.7.

    Piqure de rappel : papier paru il y a un an jour pour jour pour évoquer une sorte de vide historique : LE MONDE 6:7:12.pdf

  • Mauléon, les fêtes

    Ce reportage paraît dans le n° spécial Pays basque de Pyrénées magazinePPYRH0052Mauléon.pdf

  • Oui, j'ai connu des jours de grâce

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    Nota : Le prix Albert-Londres récompensa le journaliste Pierre Veilletet (texte paru cette semaine dans Télé 7 Jours).

  • L'âme basque

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    Tel est le titre du long papier introductif (qui suit un bel édito), du numéro spécial Pays basque que publie Pyrénées magazine pour l'été 2013, sous la houlette de Marie Grenier (actuellement en kiosque, couverture ci-dessus). J'y signe aussi Les fêtes de Mauléon, un reportage réalisé en juillet dernier. Ca me fait drôle, car j'ai été rédacteur en chef de Pyrénées magazine et je suis un peu à l'origine de Pays basque magazine. Bon, voilà le truc sur cette indéfinissable âme basque : 


    HSbasque2013_identite.pdf

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    Dans mon pays, on remercie. Ce trait lapidaire de l’immense poète provençal René Char peut s’appliquer à l’âme basque. Ici aussi, on remercie. On reconnaît. On sait reconnaître d’un coup d’œil l’authenticité, on sait distinguer le passager sincère du faisan, on décline l’invitation du bavard, on observe le taiseux, on se toise d’un regard droit comme une pelote bien frappée. La suite appartient au temps. Celui que l’on sait donner sans compter si l’autre se montre digne de. De quoi au juste. Oh, de pas grand-chose de palpable à vrai dire, mais de tellement important, de si capital à la vérité. Un truc, une complicité, un silence éloquent, un partage fort comme un frisson, un truc quoi. Le « ça ». Un je-ne-sais-quoi-de-presque-rien-du-tout, une connivenciaSans ça, tu passes pas, tu restes là, voire tu rebrousses. Tu te casses quoi. C’est ainsi. Ainsi que la mémoire n’est pas trahie par de sournois virus, que le présent n’est pas empégué par de nuisibles invasions, que l’âme peut continuer de se sculpter au fil des jours et des nuits, à la faveur des étoiles et du savoir être de ceux qui remercient. 

    Qu’on ne se méprenne cependant pas : l’excès de méfiance nuit au développement de l’âme, la chose est entendue. Le message est passé. L’esprit n’est plus crispé sur ses traditions réputées intouchables selon une vieille rengaine devenue ringarde. Evoluons, disent les jeunes. On entend, disent les vieux. L’âme épouse l’histoire, bat la mesure de son temps, regarde devant, adossée au tronc de son précieux passé. Le tronc justement. Ce tronc commun qui n’est pas si singulier qu’il en a l’air. Qui force le respect, attire la curiosité. À présent, il convient de définir les contours, de croquer cette âme au fusain à la manière d’un jardinier paysagiste. Car elle est vaste, protéiforme, complexe et d’un bloc, paradoxalement. La nature, tantôt rugueuse, tantôt clémente du Pays a forgé l’âme basque. 

    Demandons-nous s’il est nécessaire de n’être pas Basque pour définir cette essence, à l’instar des historiens subtils de la psychologie sociale des peuples, comme le Britannique Théodore Zeldin qui a su mieux que n’importe quel observateur définir les passions françaises. Mieux vaut être un brin étranger à la cause, ou du moins avoir en soi la distance nécessaire pour pouvoir évaluer un esprit, soupeser cette fameuse âme à défaut de savoir la circonscrire exactement. Toute personne en empathie physique, géographique, sentimentale, ayant des attachements –réputés bien plus forts que d’ordinaires attaches-, avec la terre du Pays basque, peut éprouver des sensations qui touchent à cet impalpable recherché, à ce quasi-indéfinissable. « La voix, c’est ce que l’on a de plus précieux, c’est presque l’âme », me chuchote souvent une amie. Il y a un peu de cela dans l’âme basque. Au-delà du silence essentiel qui en dit long sur l’acceptation de l’un par l’autre, il y a comme une voix, une parole qui chuchote à qui sait écouter, indique le chemin ; montre la voie en somme. 

    Si nous décidons de bâtir notre demeure en terre basque, si celle-ci devient la terre élue comme on le dit d’un peuple, la résidence choisie comme on le dit de l’immigration, un courant certain, fluide et franc surtout, passe. Car c’est sur cette terre à l’âpreté profondément humaine que l’on peut se sentir habiter le monde. Le Pays basque happe. Un mot de Jorge Luis Borgès l’exprime avec une infinie justesse : « J’habitais déjà ici et ensuite j’y suis né ». Grandir, évoluer en terre basque permet d’en ressentir les bonheurs de l’enracinement serein, progressif ; souple. Se frotter aux êtres comme aux éléments permet d’en éprouver leur rigueur et leur exigence. Le Pays basque est une région de confins, ouverte sur le monde avec son balcon atlantique, qui se noie quelque peu dans des cultures cousines du Sud-Ouest et s’adosse aux Pyrénées pour mieux se tenir face aux vents. Ainsi fiance-t-il avec talent paysages et caractères. Le Pays basque s’offre à l’autre en le voyant venir. La vie d’un homme dépend tellement du génie des lieux et du beau hasard des rencontres qu’il convient d’en rater le moins possible. Davantage qu’ailleurs peut-être, le Pays basque sculpte l’autre. Nous y éprouvons avec force le sens de la fidélité et celui du bonheur. Nous y apprenons chaque jour l’amour et l’amitié qui dessinent notre géographie intérieure et délimitent nos frontières affectives. Ce territoire est une aporie heureuse. La chose est rare et par conséquent à préserver. Nous y cherchons ce qui est juste et bien. La tranquillité de l’esprit. Le repos du corps vivifié. La stimulation de la parole, le courage de regarder. 

    Le Pays basque est peuplé de femmes et d’hommes jamais blasés de leur enviable quotidien. Ils s’émerveillent sans forfanterie du pur plaisir d’exister. Cette terre enseigne le dédain du chiqué. Nos frères de joie vivent selon l’humeur des éléments : l’océan, les caprices du climat, la douceur des villages, le vent du Sud qui monte les esprits comme du lait, la montagne qui dit non. Cette façon d’être paysanne –un œil au ciel, l’autre sur la terre et cet instinct de cueilleur –saisir le bonheur, oiseau migrateur, à chaque éclaircie, apparentent l’homme d’ici à un épicurien forcé de limiter ses désirs. C’est pourquoi il est étincelant. Sa manière de vivre est une philosophie de l’instant partagé. Ce n’est pas un sage. Il sait que la parole économise l’action, mais il préfère agir, donner son pays. C’est un passeur. Ici, on s’ouvre à l’autre de manière oblative et sans se mentir à soi-même. L’âme du Pays basque est aussi une morale. Milesker. L.M.

  • boutanches hors-saison


    images.jpegBon. Ca continue. Le temps de chausser les lunettes de soleil pour pouvoir déjeuner en terrasse de choses fraîches (des huîtres et une daurade grillée), que l'orage grondait au loin. Alors, "pop!", nous avons eu juste le temps de déguster à l'apéro un Alsace épatant, le Chasselas 2012 de Paul Blanck avec quelques dés d'un Comté de Marcel Petite affiné 30 mois. Robe or pâle d'un bel effet. Nez charmeur, fort en gueule, exotique, très fruité. Bouche d'une grande fraîcheur et d'une minéralité exacte. Finale épicée (8,50€).

    Puis, re-pop (une fois les huîtres gobées et la daurade servie), nous avons découvert le Blanc de Franc de Couly-Dutheil,
    un sec de Chinon 2012  lightbox_CoulyDutheilBlancDeFrancBlancSec.jpgétonnant. Joli nez de baies sauvages et de fleurs blanches, légèrement épicé en bouche. Ce vin, 
    issu de cabernet-franc (raisin noir à jus blanc) est vinifié comme un blanc. Sa robe est d'ailleurs un chouia rosée. Il provient des premières sorties de presse. C'est un ovni blanc (6,80€).

    images (1).jpegComme il faisait à nouveau gris, froid, qu'il pleuvait jusqu'à plus soif les jours suivants, nous nous sommes risqués sur un grand flacon lourd de Rasteau 2010, ico(o)n pour escorter un gros poulet fermier à la broche qui suinta sur des patates et de l'ail en chemise. Grenache, syrah, mourvèdre composent ce vin d'une concentration et d'une complexité aromatique bluffantes. La Cave de Rasteau en a fait sa cuvée d'élite. ico(o)n est né en 2009 avec le statut de Cru (c'est en 2010 que l'INAO a approuvé le passage des vins rouges secs de Rasteau du statut de Côtes du Rhône Villages à celui de Cru). ico(o)n possède une robe noire et profonde, un nez dense de fruits rouges et noirs bien mûrs avec un accent de garrigue. La bouche est corpulente, puissante même, sans être agressive. C'est précis, compact et néanmoins charmeur. Une réussite (qui vaut quand même 42€).

     

  • Inlassablement

    images.jpeghttp://bit.ly/ La musique sensuelle et lancinante de Georges Delerue, ce générique qui signe l'amour du cinéma, le timbre de la voix de Michel Piccoli (Paul Javal), l'ingénuité légendaire de la diction de Brigitte Bardot (Camille), la mâchoire prédatrice et le regard mongol de Jack Palance, son Alfa Romeo rouge, l'escalier de la villa de Curzio Malaparte, le bleu de la Méditerranée à Capri, le texte désabusé d'Alberto Moravia, Il disprezzoFritz Lang himself, l'Odyssée, les fesses de B.B. bien sûr, les jeux de lumière de la scène culte, la tragique histoire d'un amour qui sombre et puis l'époque, mes parents, mon enfance... Inlassablement Le Mépris de Jean-Luc Godard (: un bien fou). Je t'... t..., t..., t...

     

    Le cinéma, disait André Bazin, substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs. Le Mépris est l'histoire de ce monde. JLG

    Le manuscrit autographe du film, 59 pages écrites de la main de Godard (tous les autres sont des tapuscrits), vient d'être vendu aux enchères pour la somme record de 144.300€ chez Artcurial le 9 juin dernier. C'est un collectionneur français qui en a fait l'acquisition.

  • Erri De Luca

    Numériser.jpgJ'apprends qu'il est presque en tête des ventes en France et qu'il continue de caracoler en Italie. Erri De Luca est devenu un auteur européen phare qui n'en finit plus de raconter les dix-huit premières années de sa vie passées à Naples et à Ischia. Il vit près de Rome depuis et a aujourd'hui la soixantaine sage et rassérénée par de nombreuses randonnées en haute montagne. J'ai lu, ou relu à la faveur de rééditions en 

    images (3).jpegimages (1).jpegimages (2).jpegfolio, pas mal de choses de lui ces derniers temps : En haut à gauche (des nouvelles précieuses sur l'enfance, la liberté, le soleil, les premiers frissons amoureux : tout De Luca est déjà là et c'est paru en 1994), Première heure (le versant mystique de l'auteur, fervent lecteur matinal des Saintes Ecritures -L'auteur publie en outre, au Mercure de France, Les Saintes du scandale : Tamàr, Rahàv, Ruth, Bethsabée, Miriam-Marie, prostituées ou adultères, elles ont transgressé et choqué durablement une chrétienté par trop pudibonde); Le jour avant le bonheur (magnifique roman napolitain qui décrit un jeune orphelin -le double de l'auteur). Et là, j'ai eu par chance à chroniquer son dernier livre au titre si fort : Les poissons ne ferment images (4).jpeg20130504_195517.jpgpas les yeux, pour Télé 7 Jours. La veine de l'enfance n'est pas tarie et rappelle parfois l'écriture d'Elsa Morante (dans l'Île d'Arturo bien sûr et au gré, dans Le monde sauvé par les gamins). L'ancrage à l'île d'Ischia du jeune Erri, incarné par un gamin d'une sensibilité extrême, est là. La sensibilité d'Erri De Luca opère par capillarité, elle est virale et chatoyante à l'intérieur de nous. Le lecteur sort par conséquent de chacun de ses livres comme galvanisé par une douce énergie faite de simplicité solaire, d'épaule salée, de regards profonds, de bonté vraie et de silences amicaux.

    images.jpegJe signale enfin un texte magnifique d'Erri De Luca, sur Les odeurs de Naples, qui paraît dans le n°4 de Long Cours, le "mook" le plus littéraire du moment et le plus subtilement dédié au grand reportage. il y est question de Naples en général et de ses parfums entêtants : les gaz d'échappement, le soufre de Pozzuoli, la bolognaise -une nécessité de produire une odeur, le dimanche; le cirage pour les chaussures et les urines torrentielles des soldats américains de la seconde guerre; le calamar mit à sécher qui servira d'appât pour la pêche, la transpiration de l'auteur mêlée au parfum d'herbe fumée de son amour napolitain enfin, cette fille qui se confondait avec la ville; avec la vie que De Luca aurait pu avoir là-bas...


  • Pourquoi ils vont voir des corridas

    images.jpegLa question méritait (enfin) d'être posée, de s'intéresser à ceux qui peuplent les gradins et non plus seulement à ceux qui jouent leur vie dans l'arène. Ce collectif d'auteurs (textes réunis par Marc Delon, éd. Atlantica) où l'on trouve notamment Francis Marmande, Florence Delay, François Zumbiehl, Guy Lagorce, Jean-Marie Magnan et de nombreux anonymes (instituteurs, kinésithérapeuthes, retraités, collégiens...), exprime les motivations de deux millions de personnes qui vont aux toros en France chaque année. Ce n'est pas rien. J'y ai apporté ma petite pierre, puisque l'éditeur m'a demandé s'il pouvait reprendre un court texte intitulé Invincible, déjà paru dans Philosophie intime du Sud-Ouest (Les Equateurs) et qui évoque ma fille. Le voici :

    Marine.jpg

  • Hier : 670/4799

    Ce sont les statistiques quotidiennes de ce blog : d'une part le nombre de visiteurs uniques pour la seule journée d'hier : 670. Et d'autre part le nombre de pages vues au cours de cette même journée du 10 juin : 4799. Alors je m'interroge : qui êtes-vous? Qu'avez-vous lu? Retenu? L'écririez-vous ici?

  • Lire Lydia Flem...

    ...En cas de besoin
    Voici les notes (composées essentiellement d'extraits) que j'ai publiées ici même les 9 et 11 décembre 2006, le 18 janvier et le 24 mai 2007 et enfin le 1er mars 2009 à propos de deux livres merveilleux de Lydia Flem qui reparaissent en format de poche (Points/Seuil); et d'un troisième aussi.

    C'est donc à la faveur de ces rééditions que je me permets de les rajeunir.

    Orage émotionnel

    images (1).jpeg"A tout âge, on se découvre orphelin de père et de mère. Passée l'enfance, cette double perte ne nous est pas moins épargnée. Si elle ne s'est déjà produite, elle se tient devant nous. Nous la savions inévitable mais, comme notre propre mort, elle paraissait lointaine et, en réalité, inimaginable. Longtemps occultée de notre conscience par le flot de la vie, le refus de savoir, le désir de les croire immortels, pour toujours à nos côtés, la mort de nos parents, même annoncée par la maladie ou la sénilité, surgit toujours à l'improviste, nous laisse cois. Cet événement qu'il nous faut affronter et surmonter deux fois ne se répète pas à l'identique. Le premier parent perdu, demeure le survivant. Le coeur se serre. La douleur est là, aiguë peut-être, inconsolable, mais la disparition du second fait de nous un être sans famille. Le couple des parents s'est retrouvé dans la tombe. Nous en sommes définitivement écartés. Oedipe s'est crevé les yeux, Narcisse pleure".

    Ainsi commence Comment j'ai vidé la maison de mes parents, de Lydia Flem (Points/Seuil), un livre très émouvant et recommandable entre tous. En de telles circonstances ou pas, d'ailleurs. Que philosopher c'est apprendre à mourir…

    Extraits : Cette étrange et envahissante liberté... 

    "D'abord, l'impudeur. L'obligation de bafouer toutes les règles de la discrétion : fouiller dans les papiers personnels, ouvrir les sacs à main, décacheter et lire du courrier qui ne m'était pas adressé. Transgresser les règles élémentaires de la politesse à l'encontre de ceux qui me les avaient enseignées me blessait. L'indiscrétion m'était étrangère..."

    " En disparaissant, nos parents emportent avec eux une part de nous-mêmes. Les premiers chapitres de notre vie sont désormais écrits."

     "En les couchant dans la tombe, c'est aussi notre enfance que nous enterrons."

     "Est-ce bien normal d'éprouver successivement ou simultanément une impression effroyable d'abandon, de vide, de déchirure, et une volonté de vivre plus puissante que la tristesse, la joie sourde et triomphante d'avoir survécu, l'étrange coexistence de la vie et de la mort?"

     "C'est dans la solitude que chacun se retrouve (...) Chacun fait ce qu'il peut pour surmonter l'épreuve, bricole à sa manière, toujours bancale, malheureuse, conflictuelle, et se tait."

     "Même après leur mort, ne cessons-nous jamais de vivre pour eux, à travers eux, en fonction d'eux ou contre eux? Est-ce une dette qui nous poursuit toujours?"

     "Se séparer de nos propres souvenirs, ce n'est pas jeter, c'est s'amputer."

    "Donner est un grand bonheur. Ce que j'offrais, ce n'était pas un objet."

     "L'écriture naissait du deuil et lui offrait un refuge. Un lieu où se mettre à l'abri avant d'affronter de nouvelles vagues malaisées à contenir."

     "Devenir orphelin, même tard dans la vie, exige une nouvelle manière de penser. On parle du travail du deuil, on pourrait dire aussi rite de passage, métamorphose."

    "Les arêtes vives des premières douleurs s'émoussent, hébétude et protestations font place à une lente acceptation de la réalité. Le chagrin se creuse. Avec des moments de vide, d'absence, de tumulte. Plus tard se répand une tristesse empreinte de douceur? Une tendre peine enveloppe l'image de l'absent en soi. Le mort s'est lové en nous. Ce cheminement ne connaît pas de raccourcis. On n'y échappe pas. La mort appartient à la vie, la vie englobe la mort."

    "Mail il est un temps pour le chagrin, et un temps pour la joie."

    © Lydia Flem, Comment j'ai vidé la maison de mes parents, Seuil. 


    images.jpegLydia Flem a poursuivi avec un talent et une émotion égales, son travail -universel- de deuil de ses parents, avec Lettres d'amour en héritage (Points/Seuil). C'est d'une pudeur extrême et d'un amour infiniment grand. Le livre retrace la vie de ses parents disparus, à travers trois cartons de leur correspondance amoureuse, depuis les débuts, que leur fille (l'auteure) découvrit, en vidant la maison, une fois orpheline... La tendresse résume ce livre précieux. Il n'est pas innocent que l'écriture soit devenue, très tôt, le terrain de jeu de l'auteure, puis que celle-ci ait fait profession de psychanalyste. Par bonheur, ces deux livres sont exempts de théorie, mais emplis, au contraire, de sensibilité à vif -mais douce, comme ces napperons brodés que nous avons tous vus dans les mains de notre mère, tandis qu'elle les rangeait avec un soin particulier, alors qu'ils sentaient encore le "chaud" du fer à repasser, sur une étagère d'une armoire, quelque part dans une pièce de la maison familiale...

    Une perle parmi cent : le corps de la mère, c'est la première géographie, le pays d'où l'on vient.

     

    images (2).jpegAutres extraits

    "Largués par nos parents qui disparaissent et par nos enfants qui quittent la maison, c'est le plus souvent au même moment de la vie que nous sommes confrontés à ces séparations : nos parents meurent, nos enfants grandissent. Coincés entre deux générations, ceux à qui nous devons l'existence, ceux à qui nous l'avons donnée, qui sommes-nous désormais? Les repères vacillent, les rôles changent. Comment faire de cette double perte une métamorphose intérieure?

    Longtemps j'ai été la "fille" de mes parents, puis je suis devenue une "maman". Cette double expérience, je l'ai vécue avec ses tensions, ses lassitudes, ses émerveillements. Mais qui suis-je désormais? Quel est mon nom?

    Fille, j'ai fini de l'être. Mais cesse-t-on jamais d'être l'enfant de ses parents? Notre enfance s'inscrit dans nos souvenirs, nos rêves, nos choix, nos silences; elle survit en coulisses. Ne devenons-nous des adultes que lorsqu'il n'y a plus d'ancêtres pour nous précéder, nous protéger? Suis-je encore maman alors que mes enfants ne sont plus des enfants? La langue manque de mots pour désigner toutes les nuances de notre identité.

    Comment me situer aujourd'hui dans ma généalogie? Ne faudrait-il pas un mot particulier pour nommer les parents dont les enfants ont quitté la maison? Suis-je une "maman de loin"? Une maman à qui l'on pense, à qui l'on téléphone pour un conseil, une recette, de l'argent, un encouragement, dont on a parfois la nostalgie, mais une maman avec qui on ne sera plus jamais dans le corps à corps premier." ©Lydia Flem et Le Seuil, pour "Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils".

    Pour finir, ce mot de Primo Lévi, prélevé sur le blog de l'auteur : http://lyflol.blog.lemonde.fr

    “J’écris ce que je ne pourrais dire à personne.”

  • FOG

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  • miaMai

    cfo74_2_6_1.jpg

    Avec un temps pareil, contraint de retarder les salades tomate-mozza dans le jardin que je n'ai pas avec des rosés plongés dans un seau métallique tandis que la plancha s'échauffe -quelle plancha?-, j'ai ouvert (pour trois personnes) et avec bonheur images.jpegl'excellent canard fermier aux olives vertes et son jus de romarin en bocal de 700 g de La Comtesse du Barry (19,95€) et nous l'avons escorté avec des tagliatelle fraîches et un Cahors de Rigal, contes et légendes 2010 (100% malbec, 4,90€ seulement), riche, puissant mais 

    images (1).jpegsouple et même élégant sur ces cuisses soyeuses de canard habillées d'olives. 

    Il s'agit de vins et de plats d'automne mais comme cette saison semble déjà là -Zou! 

    Nous avons récidivé quelques jours plus tard puisque le soleil restait en berne et la pluie au flot fixe, avec le coq au vin de Madiran de la même Comtesse du Barry, en bocal de 700 g itou (19,95€), et ce fut délicieux avec des papardelle fraîches cette fois et un flacon Ortas tradition 2011 de la cave de Rasteau téléchargement.jpeg(Vaucluse) -grenache, syrah, mourvèdre. Aussitôt le Sud souffla, s'assît à côté de nous, donna son jus ensoleillé aux accents de vacqueyras de ce vin (7,70€) aux nez de fruits noirs, d'épices et un rien animal. Le Madiran de la sauce, discret, laissant la vedette aux morceaux généreux et tendres de coq, l'accord se fit. Et ceci n'est pas une contrepèterie.


  • minis

    téléchargement.jpegAu début je trouvais le format mal commode et devoir prendre le livre verticalement m'était trop inhabituel et puis je m'y suis fait bien sûr, au mini format de la collection Point2 et là, j'ai plaisir à me bidonner en relisant Desproges : Les réquisitoires du tribunal des flagrants délires (et à me redire qu'il nous manque, mais qu'il nous manque!..), à rire aussi avec Le dico de l'humour juif, de Victor Malka, à me régaler en téléchargement (1).jpegm'instruisant avec Le petit livre des expressions, de Gilles Henry et Marianne Tillier, pour téléchargement (2).jpegconnaître le sens et l'origine de : en voiture Simone, soupe à la grimace, être beurré comme un p'tit Lu, à la fortune du pot, broyer du noir, mon cul sur la commode... Un livre à rapprocher du classique La puce à l'oreille du regretté Claude Duneton (Livre de Poche) et dont Points publie justement un dico indispensable à mes yeux, le Petit dictionnaire du françaisimages.jpeg familier, où l'on comprend le sens de confiote, pote, fric, baffe, se cailler, Pétaouchnok, torgnole, pignouf, flic, zizi, barca, furax, blairer, etc. Un régal. Toujours en Point2, Sylvie Dumon-Josset donne 1001 secrets de la langue française : orthographe, conjugaison, style, vocabulaire -tout y passe pour nous ôter des épines du pied lorsqu'on écrit... à la main et que l'on doute d'un pluriel malicieux, que l'on ne téléchargement (3).jpegsait plus conjuguer le verbe coudre, qu'on hésite à mettre une cédille là-dessous, à coller un accent ici ou là, qu'un pléonasme surgit à notre insu ou que l'on colle au féminin un mot masculin; entre autres! Avec Point2, je peux aussi écouter Brassens en lisant les paroles de toutes ses chansons, être sérieux et relire Le mondetéléchargement (4).jpeg de Sophie, de Jostein Gaarder, sorte d'histoire des idées philosophiques et de leurs auteurs à travers un roman largement épistolaire et qui a conquis quarante millions de téléchargement (5).jpegtéléchargement (6).jpegtéléchargement (7).jpeglecteurs depuis 1991 (ce livre indispensable et qui a mis le feu à l'intérêt général pour la philosophie à portée de tous -souvenez-vous!, est paru en 1995 en France). Je peux aussi -et quel bonheur c'est!, reprendre tranquillou Roméo et Juliette de Shakespeare ou A l'ombre des jeunes filles en fleur, de Proust, tout en attendant le bus, un ami ou le beau temps (et pour cette dernière attente, choisir Proust est plus prudent)...

    9,90€ chaque Point2 sauf exception, et 12€ le Duneton (Points).

  • Télé7, others

    Trois de mes récentes petites chroniques parues dans Télé 7 Jours.

    images (12).jpegCode 93, par Olivier Norek

    L’auteur, lieutenant de police à la section Enquête et Recherche du SDPJ 93, le Service départemental de police judiciaire de Seine Saint-Denis, sait ce qu’il endure. Du lourd chaque jour. Soit des crimes gratuits, des violences extrêmes, une jeunesse qui se bousille, les drames de la banlieue. Ce premier roman n’est pas du Fred Vargas, mais si ça y ressemble. Un air des scénarios d’Olivier Marchal flotte entre ses pages. Il y a beaucoup d’hémoglobine, des faits dingues comme un mort qui se réveille en pleine autopsie ou un toxico qui périt par autocombustion et surtout Coste, double de l’auteur, flic sensible, mystérieux, attachant, à la fois dur à cuire et cœur d’artichaut. Code 93 se lit comme on regarde Les Experts : avec un plaisir vrai.

    Roman, Michel Lafon, 300 pages, 19€


    images.jpegRemonter la Marne, par Jean-Paul Kauffmann

    L’écrivain décida de remonter à pied les 520 km de la rivière depuis sa confluence avec la Seine aux portes de Paris jusqu’à sa source sur le plateau de Langres, lesté d’un sac à dos de 30 kg contenant notamment  une provision de cigares. Le voyage à pied permet de scruter une région chargée d’histoire, d’observer les paysages avec un regard de géographe et les riverains avec un œil d’ethnologue bienveillant. Il nécessite surtout un talent de prosateur à l’écriture somptueuse. Jean-Paul Kauffmann a le don du mot juste. Ce récit est aussi celui des sens, surtout celui de l’olfaction. « Chemin faisant », la Marne devient un être vivant. Nous croisons des écrivains locaux comme Bossuet et des compagnons de marche : Bachelard, Ponge. Et surtout des citoyens de bords de Marne indociles appelés « conjurateurs ». Un voyage profondément humain et au plus près de la nature, au cœur d’un extrait de France comme on le dit d’un livre. 

    Fayard, 264 pages, 19,50€


    images (13).jpegL’étoile et la vieille, par Michel Rostain

    L’étoile, c’est Odette, célèbre accordéoniste qui marqua la France des années 50. La vieille, c’est encore elle, l’artiste qui refuse d’admettre que les désastres de la vieillesse pourraient l’empêcher d’effectuer sa dernière tournée. Odette, c’est Yvette Horner, une étoile qui ne brille plus. Le livre conte l’histoire forte entre la star et son « metteur » (en scène), double de M.Rostain, au cours des répétitions quotidiennes ; jusqu’à l’annulation du spectacle. « Un artiste meurt toujours une première fois avant de mourir physiquement ». Un roman poignant à partir d’une histoire vraie, par l'auteur du" Fils", Goncourt du premier roman 2011. 

    Roman, Kero, 222 pages, 17€ 

  • essentiels

    images.jpegLe livre majeur paru ces derniers mois est Remonter la Marne, de Jean-Paul Kauffmann (Fayard). J'ai lu deux fois ce livre : en l'achevant, je l'ai aussitôt recommencé afin de rester dans la musique, dans la phrase, dans la subtilité des descriptions, l'analyse aiguë des personnages croisés, le choix du mot juste et parfois rare ou oublié, la remarque qui touche, l'extrême sensibilité de l'auteur et puis bien sûr la démarche générale : une pérégrination à la manière des travel-writers comme Jacques Lacarrière (Kauffmann avait d'ailleurs promis à l'auteur de Chemin faisant d'effectuer images (1).jpegun périple semblable -c'est chose faite), à la recherche de soi-même au détour d'un chemin, dans la fumée d'un havane, à la tombée du soir lorsque la lumière touche à la grâce. Dans la foulée, j'ai lu Dans les forêts de Sibérie, de Sylvain Tesson (folio), que je rapproche du premier. Une longue marche d'un côté, une retraite statique de l'autre, mais un même élan vers la vérité intérieure, la quête des limites, la communion avec le simple, le rugueux, la nature, l'essentiel. L'épure à la fin. Des livres comme ces deux-là sont rares. L'un et l'autre images (2).jpegpossèdent une écriture somptueuse de surcroît. Je les ai rangés côte à côte à présent, pas trop loin de (presque) tous les autres livres de ces deux auteurs précieux. A noter un folio 2€ de Tesson, extrait de Une vie à coucher dehors (folio) et qui s'intitule L'éternel retour -cinq nouvelles coups de poing. Un petit régal.

    L'aventure, pour quoi faire? Telle est la question posée par les onze auteurs d'un manifeste que publie Points Aventure/Seuil et qui ouvre une nouvelle collection de livres en format de poche écrits par des aventuriers tes temps modernes, images (3).jpegdes bourlingueurs nommés Patrice Franceschi (il pilote la collection), Jean-Claude Guillebaud (beau texte intitulé Vers l'autre et vers soi-même), Olivier Frébourg (superbe texte intitulé Fuir seul, vers le seul -le mot est emprunté à Plotin), Sylvain images (4).jpegimages (5).jpegTesson, Tristan Savin (qui pilote le "mook" Long Cours, auteur ici de la nouvelle forte Le lion de Belfort), Gérard Chaliand, Bruno Corty, Jean-Christophe Rufin, Martin Hirsch, Laurent Joffrin et Olivier Archambeau. L'aventure peut elle encore avoir un sens dans un siècle exploré jusqu'à l'os, où la technologie interdit à l'homme de se perdre, où le principe de précaution et la recherche de sécurité sont des diktats ordinaires digérés ?.. L'altérité, la rencontre vraie, l'esprit de liberté demeurent. "L'aventure ou l'antidote au suicide collectif", écrit l'ami images (6).jpegFrébourg, qui pense aussi que "la liberté, ça ne se négocie pas : c'est la part des anges". Parmi les premiers titres de cette collection, outre ce manifeste inédit, citons le très beau livre de Luis Sepùlveda et du photographe Daniel Mordzinski, Dernières nouvelles du Sud -un long voyage en Patagonie, à rapprocher du touchant journal de voyage, Patagonie intérieure, que Lorette Nobécourt publie chez Grasset en plus de son roman sur Hildegarde de Bingen, La clôture des merveilles.

    Oui, j'ai connu des jours de grâce, l'oeuvre de Pierre Veilletet, paraît en un seul volume chez Arléa, avec une touchante introduction de Catherine Guillebaud (il me semble avoir été écouté par l'éditeur... Lire ici à la date du 15 janvier, en bas de l'article : http://bit.ly/13AcnET) et c'est un vrai bonheur teinté de tristesse : relire les sept livres de Veilletet en sachant qu'il n'y en aura plus d'autre est une peine. Le refaire c'est le fêter et c'est avant tout retrouver un plaisir du texte devenu rare lui aussi. Veilletet est définitivement un grand styliste doublé d'un romancier et d'un essayiste d'une sensibilité percutante.

    Aussi incongru que cela puisse paraître, j'enchaîne avec Alcools dont folio publie une édition anniversaire (c'est le centième de sa publication), superbement enrichie de textes d'Apollinaire sur la 

    images (7).jpeggenèse, la création, la composition de l'emblématique recueil avec un flip-book qui montre des photos (datant de 1914) d'Apollinaire et de son ami André Rouveyre en train de rire. Il y a aussi des textes admirables de Paul Léautaud, Blaise Cendrars, Pierre Reverdy, Max Jacob, René Guy Cadou, Maurice Fombeure, Louis Aragon, Allan Ginsberg et, plus près de nous, de Jacques Réda, André Velter, Guy Goffette, et Adonis, qui rendent hommage à la beauté d'Alcools. A noter également la publication d'un folioplus sur le recueil, doté d'un solide dossier analytique signé Sophie-Aude Picon.

    Poétiquement encore, citons la remarquable édition bilingue de Partie de neige du grand Paul Celan (Points/Poésie).

    images (9).jpegSoixante-dix poèmes écrits au cours des deux dernières années de la vie de Celan, 1967-68, fortement teintés d'un érotisme discret.

    Dans la même collection, paraissent les Derniers poèmes de Hölderlin (édition bilingue également, traduction de Jean-Pierre Burgart). Ce sont les fameux poèmes "de la folie" (que nous possédons dans la traduction de Pierre-Jean Jouve, chez Gallimard), écrits entre 1807 et 1843 dans la tour de Tübingen, chez le menuisier Zimmer qui logeait un immense poète devenu complètement fou à son retour, à pied, de Bordeaux... Une voix unique.

    En Poésie/Gallimard, l'édition de Cellulairement, suivi de Mes prisons (petits texte en prose), de Verlaine, images (10).jpegest précieuse car elle comprend le fac-similé du manuscrit original. Et il est toujours touchant de "lire l'écriture" des écrivains que l'on aime. Ici, les pages sont limpides, sans ratures (l'inverse d'un manuscrit tempétueux, foisonnant, d'un Flaubert ou d'un Proust), et pourtant Verlaine écrivit cela en prison, à Bruxelles,

    images (11).jpeg puis à Mons entre 1873 et 1875. La Chanson de Gaspard Hauser et L'Art poétique, entre autres poèmes célèbres, figurent dans ce livre.

  • Il n'y en aura pas pour tout le monde

    Capture d’écran 2013-05-21 à 20.08.57.png



















    Papier paru ce matin dans Billebaude n°2, un "mook" très nature (éd. Glénat).

  • juste ça

    http://bit.ly/12HqKVH

  • Dans L'Obs paru hier

    Capture d’écran 2013-05-16 à 18.58.11.pngchasses-furtives.jpeg

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Chez votre libraire, ou bien directement chez l'éditeur (même prix :  port offert) : http://bit.ly/Z0xUXT 

  • EkAT à la Bastille

    Six larmes 146 x 97.jpg

    Du premier mai (demain) et jusqu'au 5, de 11 h à 20 h (sauf le 2 : vernissage/nocturne jusqu'à 22 h), EkAT expose ses nouvelles toiles sur le stand n° 580 du Grand Marché d'Art Contemporain, place de la Bastille à Paris.

    Invitations à télécharger sur : joel-garcia-organisation

    Photo ©EkAT : Six larmes, 146 x 197, technique mixte sur toile. ekat.fr

  • un livre, une rose

    Capture d’écran 2013-04-27 à 10.20.46.pngJ'ai capturé ces images sur une page facebook recommandable, celle de Improbables Librairies, Improbables Bibliothèques. Je me trouvais chez mon libraire fétiche, de quartier, un arbre à lettres (image africaine, "griote", voyageuse...), ce matin lorsque une auteure Stock, par ailleurs en charge du ministère de la culture, y entra aussi (suivie de quelques paparazzis). J'appris que c'était la journée des droits d'auteur et aussi celle de l'opération un livre, une rose... Charmante Aurélie, fondue dans un jean neuf, qui acheta notamment Les poissons ne ferment pas les yeux, le dernier livre d'Erri De Luca. Ainsi eut-elle "un homme dans la poche".Capture d’écran 2013-04-27 à 10.19.05.pngCapture d’écran 2013-04-27 à 10.26.52.png

  • Les séparés, de Marceline Desbordes-Valmore (1786-1859)

    Les Séparés

    N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
    Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
    J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre, 
    Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
    N'écris pas!

    N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
    Ne demande qu'à Dieu...qu'à toi, si je t'aimais!
    Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
    C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
    N'écris pas!

    N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ; 
    Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
    Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
    Une chère écriture est un portrait vivant.
    N'écris pas!

    N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire : 
    Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ; 
    Que je les vois brûler à travers ton sourire ; 
    Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
    N'écris pas!

    images.jpegExtrait d'une superbe anthologie que publie Poésie/Gallimard, intitulée Je voudrais tant que tu te souviennes, Poèmes mis en chansons de Rutebeuf à Boris Vian (éd. de Sophie Nauleau). On relit Rimbaud, Villon, Michaux, Queneau, Apollinaire, Eluard, Labé, Cadou... Et en même temps on chantonne Ferré, Brassens, Gréco, Gainsbourg, Jean-Louis Murat, Julien Clerc (écouter ci-dessous), Cora Vaucaire... Le bonheur.

    Mieux, l'intention de ce petit livre est de rendre aux poètes ce que l'on a fini par attribuer à leurs interpètes chanteurs. Ainsi Barbara doit-elle à Brassens, Gréco à Queneau et Ferrat à Aragon. D'abord! Salutaire et beau.

    Il y a des après-midi où l'on se sent ainsi serti dans ce poème sublime de M.D.-V., et résonne alors qu'Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes, / C'est entendre le ciel sans y monter jamais. Soit un sentiment étrange, car éloigné du sujet, mais dont l'empathie littéraire nous fait monter les larmes aux yeux, quand bien même nous ne nous sentons pas ou plus touchés au coeur par ces mots, mais plus bellement atteints durablement dans notre peau, par la force du souvenir d'une écorchure vive, par la beauté de la douleur, la sainteté du malheur; la poésie en somme.

     

    http://www.dailymotion.com/video/xdtefg_julien-clerc-les-separes_music#.UXKXESskZQo


    Alliances roses : 

    images (1).jpegimages (2).jpegChâteau de Jau, avec ce poème et cette mise en musique, car ce Côtes du Roussillon rosé (60% syrah, 40% grenache noir) possède une énergie rare par les temps qui courent et qui nous donnent à boire  de ces rosés pétale de rose et un rien évanescents; creux en somme. Celui-ci est frais, vivace comme une plante qui se réveille aux premiers rayons du soleil et sa vinosité est présente autant que ses arômes de fruits rouges croquants (7,95€). Le Jaja de Jau, sa petite soeur -rosée elle aussi, plus simple (4,95€), n'en est pas moins affriolante et agréable : c'est une syrah de la famille Dauré (qui vinifie les deux), elle exprime la Méditerranée avec brio; dans sa simplicité chaleureuse. Pour le bonheur de nos fin d'après-midi d'arrière-printemps (pourri -soit, mais bon). Drappier, images (3).jpegimages (4).jpegchampagne rosé brut nature, 100% pinot noir, est une valeur sûre. Vivacité,  fin cordon, bulle fine, un nez de fruits rouges et ce très léger épicé en bouche en font un champagne printanier idéal. Pour lui-même ou avec une soupe de fraises (33,56€). Perles grises est une jolie surprise qui vient des coteaux du Vendômois. Signé Patrice Colin, cet effervescent 100% pineau d’Aunis à la robe saumonée et à la belle minéralité possède un nez d’agrumes et légèrement herbé du meilleur effet (7,60€). R'osez, côtes du rhône d'Ortas (Cave de Rasteau) innove avec un look résolument r_osez_3_bouteilles_ortas_cave_de_rasteau copie.jpg
    contemporain et qui vise de nouveaux consommateurs, jeunes et sans prise de tête; avec ce serpent qui ondule sur l'étiquette. Le vin est simple et efficace, car sur le fruit, les rouges comme les agrumes. Sa fraîcheur persistante avec ce rien de bonbon anglais et de poivré en font un rosé de soirée séduisant (5,55€). Plus austère est le rosé d'Epineuil, un bourgogne de Moutardtéléchargement.jpeg Diligent, 2010, méticuleusement vendangé nuitamment, vinifié avec méticulosité, car c'est un rosé racé bien que sauvage, persistant et rebelle jusqu'en fin de bouche : on adore, sur un onglet poêlé ou bien avec un pigeonneau acheté au marché d'Evry-le-Châtel, non loin d'Epineuil (8,30€), dans l'Aube encore, et que l'on grille dehors en regardant passer et en écoutant craquer les grues cendrées qui remontent le ciel tout en visant une halte salutaire sur le Lac de Der quasi voisin. Enfin, hommage à images (5).jpegce rosé formidable de Bandol, gourmand et de repas, gastronomique comme on dit ici ou là : le Domaine de la Nartette (2012, 12,80€, Moulin de la Roque, vin biologique), est un ravissement printanier sur une dorade à la plancha, une poignée d'amis choisis et un rayon vif de soleil attendu patiemment. 60% mourvèdre, 25% grenache, 15% cinsault, fruits rouges, ananas, miel, tilleul. Charnu, épicé, à peine poivré : un délice. Ample, très aromatique, puissant sans être envahissant, c'est un rosé de caractère. Voire de respect.

    Dessert :

    http://www.youtube.com/watch?v=GFJnJsPgss8&list=RD025ppiWEdors4

    Kapsberger, Piccinini Chiaconna, par Jan Grüter au luth théorbe.

  • barock

    Jacaras par l'ensemble Arpeggiata, dirigé par Christina Pluhar (luth), accompagné de Pepe Habichuela pour la note de guitare flamenca à la fin de ce morceau baroquissime et un rien rock du grand Kapsberger (1580-1651) : http://bit.ly/14wlJoh

  • Faire plaisir

    Si tu m'appartenais (faisons ce rêve étrange!),

    Je voudrais avant toi m'éveiller le matin

    Pour m'accouder longtemps près de ton sommeil d'ange,

    Egal et murmurant comme un ruisseau lointain.

     

    J'irais à pas discrets cueillir de l'églantine,

    Et, patient, rempli d'un silence joyeux,

    J'entr'ouvrirais tes mains, qui gardent ta poitrine,

    Pour y glisser mes fleurs en te baisant les yeux.

     

    Et tes yeux étonnés reconnaîtraient la terre

    Dans les choses où Dieu mit le plus de douceur,

    Puis tourneraient vers moi leur naissante lumière,

    Tout pleins de mon offrande et tout pleins de ton coeur.

     

    Oh! Comprends ce qu'il souffre et sens bien comme il aime,

    Celui qui poserait, au lever du soleil, 

    Un bouquet, invisible encor, sur ton sein même,

    Pour placer ton bonheur plus près de ton réveil!

     

    René-François Sully Prudhomme, Les Solitudes - 1869.



    Alliances: 

    images.jpeg- Kapsberger, Toccata arpeggiata :

    http://www.youtube.com/watchv=6bLMwphe284&list=PLIHXLH60E8Lx1QhG_Ozj1QWnyRTNa-z1s

     

    téléchargement.jpeg- Couvent des Visitandines, Pinot noir 2010 (Patriarche, à Beaune, 5,40€). Robe intense, brillante. Nez de fruits rouges frais comme la framboise cueillie et aussitôt croquée. Bouche fine, légère, tanins souples. Un rouge clair et printanier pour prendre par le bras un pigeonneau en crapaudine.

  • siffler

    Je me disais à moi-même, enfant : Comment fais-tu pour te donner du courage? -Je siffle fort et je chante jusqu'à ne plus rien entendre autour lorsque je marche seul dans une forêt, la nuit, pourquoi...

    Hier encore, un arc-en-ciel, un ciel d'étain, des lueurs d'aube de l'humanité vinrent frapper le soir. Je me disais à moi-même, en prenant un verre à une terrasse-querencia : et, vois-tu comme la lumière orangée des soirs nuageux de cet avril mouillé passe sa main sur les choses, les arbres, les immeubles pour les rassurer? -Oh oui et cela m'a rasséréné hier encore, tandis que je marchais parmi.


    Fin d'après-midi, je vais prendre Philippe Jaccottet (Tâches de soleil, ou d'ombre), et reprendre Claude Simon (La route des Flandres, Les Géorgiques) pour la soirée ; c'est essentiel. Cela permettra d'oublier les cahuzaqueries du monde nauséabond qui vaque et autres turpitudes sans intérêt général. Non? (si-si).

     

  • Des arbres et des fleurs

    images (1).jpegLe beau livre des arbres et des fleurs que signe Dominique Pen Du -journaliste et auteur spécialisée (Chêne, 25€) faisait l'objet de deux ouvrages distincts parus l'an dernier. Réunis en un joli beau volume illustré de chromos anciennes : une page de texte sur un arbre ou une fleur et un chromo en face -telle est la maquette, d'une efficace simplicité, de ce dictionnaire compact de 350 pages. L'ouvrage offre plus de 160 entrées sous formes de fiches où l'anecdote est partout, et l'histoire, les termes vernaculaires, les rappels de certaines croyances dont la botanique est truffée sautent à chaque paragraphe. Le livre va d'Abies Pinsapo (le sapin d'Espagne) à Zinnia (une fleur de la famille des Astéracées), en passant par l'ancolie, la digitale, le mancenillier, le phlox, la reine-des-prés, le sycomore et encore la verveine... Une lecture vivifiante.

    images.jpegDans le même esprit, le somptueux Grand dictionnaire de mon petit jardin, d'Anne-France Dautheville (Belin, 28€), paru précédemment chez Minerva, est riche de 400 entrées où l'on passe en revue fleurs, arbres, insectes, oiseaux, maladies, haies, sol et autres serpents ou termes comme la floraison et concepts comme la ruse -car les herbes, mauvaises ou non, savent inventer des tours de passe-passe. Chaque note sur une plante, une fleur, un arbre, un fruit... délivre son bouquet d'informations insolites, d'enseignements historiques, anecdotiques ici aussi ou encore étymologiques. On ressort plus riche de chaque lecture faite au gré. Ce gros livre est de surcroît admirablement illustré de planches en couleurs et il comporte -cerise sur le gâteau-, des petits encadrés systématiques sur la culture (quand et comment planter) et les astuces (pour que ça pousse bien). C'est précieux. Il faut dire que son auteur est une spécialiste très cultivée, une voyageuse qui a sillonné le monde, discuté avec les jardiniers de tous les continents et qu'elle possède une plume alerte.

    images (2).jpegA la cueillette des plantes sauvages utiles. Plantes médicinales, tinctoriales, aromatiques, dépollueuses, fourragères... Ou comment savoir les reconnaître et minimiser le risque si l'on tente une aventure into the wild, ou bien si l'on souhaite par exemple fabriquer une eau de toilette personnalisée, ou vouloir bien identifier, tout simplement, les plantes sauvages entre elles. Tels sont les objets de ce livre très utile signé Nathalie Machon et Danielle Machon (Dunod, 15,90€). Ce guide "nouvelle génération", réalisé en collaboration avec le Muséum national d'Histoire naturelle, est extrêmement fiable et pratique. Il appartient à la collection L'amateur de Nature, qui rassemble des guides de terrain comme celui-ci, richement illustrés (par Delphine Zigoni, en l'occurrence), bourrés d'infos et d'astuces. A glisser dans le sac à dos.

    images (3).jpegPour un nouvel exotisme au jardin, de Jean-Michel Groult (Actes Sud, 22€), fait le point sur la quête de l'exotisme devenue omniprésente dans nos jardins et ce depuis des lustres. L'auteur, à qui nous devons nombre d'ouvrages sur le sujet botanique (notamment, et parmi les plus récents, Une histoire des plantes politiquement incorrectes, évoquée sur ce blog), parle d'invitation au voyage immobile. Groult pense et démontre que cet exotisme va loin : fruit d'un tourment complexe fait de songes et de passions, il n'exprime pas qu'un aimable dépaysement, mais une façon bien occidentale, d'appréhender une relation au monde. Un essai brillant (admirable troisième chapitre, intitulé tropical pour être honnête). 


  • Vivement l'été italien


    podcast

    tu vuo'fa'l'americano (Renato Carosone)

  • Astrance, le livre

    images.jpegIl est rare que je garde des "beaux-livres" de cuisine, de ces albums à la gloire de, avec des photos léchées abusivement, prises en gros plan avec des floutés et des bougés devenus ringards aujourd'hui, de pleines pages qui sont comme des peintures sur assiette -et on voudrait nous faire croire qu'on feuillette un catalogue d'art contemporain et puis des textes hagiographiques, des dithyrambes, des recettes maquettées comme des poèmes inédits de Rimbaud. Bref, en général, je m'en sépare vite en les offrant à des amies aimant cuisiner et qui se fichent de cette mise en scène et qui les chargent vite en projections de graisse tout en tambouillant, un oeil sur eux, un autre sur le motif; le sujet. Là, je pense aux rares bouquins que j'ai gardés, comme celui de Michel Bras (Rouergue). Il en reste peu. Le pontifiant Une journée à elBulli (Ferran Adria, Phaidon), m'a gonflé -le pape de la moléculaire eut la suffisance de le présenter à la presse à... Beaubourg! Le grand livre d'Hélène Darroze aussi (offert vite). Enfin, bon, là, j'en tiens un vrai, un qui n'est pas prêt de quitter mes lieux : Astrance Livre de cuisine (Le Chêne, 70€). Parce que le bouquin est vraiment somptueux, sous emboîtage, avec son second livre, un cahier de recettes pas-à-pas, qui frappent par leur modestie : Pascal Barbot (le chef) y livre ses secrets pour tenter de réalsier les grands classiques de sa table comme l'aubergine au miso, le millefeuille de foie gras (une tarte avec des  champignons de Paris d'un incroyable croquant), le dashi, et aussi la façon de cuire avec précision un poisson à la poêle ou à la vapeur... Les textes -du gros livre principal-, sont de Chihiro Masui, une Japonaise infusée, perfusée à la haute gastronomie française. Les photos sont signées Richard Haughton, un Irlandais familier des grandes cuisines françaises. Astrance nous dit surtout la fusion, l'alchimie de la rencontre entre un chef cuisinier réellement exceptionnel, Pascal Barbot, formé chez Passard (L'Arpège) notamment, et un chef d'orchestre en salle, Christophe Rohat donc, maître de cérémonie plutôt, directeur de la machine ainsi que leur brigade décontractée et tellement talentueuse qu'on est tenté de se dire, en entrant à l'Astrance (mon restaurant préféré et de loin dans sa catégorie), que l'exigence de l'excellence est ici au rendez-vous jusque dans le moindre recoin, lequel n'a rien à cacher. Les deux complices ont ouvert l'Astrance en 2000 (25 couverts et pas un de plus, jamais!  -C'est plein chaque jour, réservez bien à l'avance). A l'époque, je dirigeais les rédactions de GaultMillau (magazine et guides) et ma rédac. se trouvait à un jet de galets de là, Square Petrarque. téléchargement.jpegL'Astrance est rue Beethoven et tout cela gravite autour du Trocadéro, à Paris, sur les hauteurs puisque, d'en haut, on voit la Seine qui ne serpente pas. La découverte de cette table (je fus alerté par une éclaireuse hors-pair, mon amie Marie-Caroline Malbec, laquelle fait la tambouille à Alain Passard à l'occasion et la faisait également à feu Bernard Frank lorsqu'il traînait par chez elle, car c'est une journaliste-cuisinière de haute volée), fut une révélation qui vous scotche pour longtemps. Je n'en fis pas ma cantine, pensez!.. Les notes de frais connaissaient déjà leurs limites et mes ressources étaient maigrichonnes. Mais nous fîmes de Barbot le cuisinier de l'année, au Guide jaune. C'était le minimum. Avec une note au maximum, délivrée par l'un de mes plus fiables enquêteurs (je ne devais pas à intervenir, oeuf corse) et le grand papier qui allait avec, dans le magazine. La cuisine inventive, révolutionnaire, d'une simplicité touchante et pour tout dire émouvante de Barbot, allait droit au coeur de tous ceux -et ils furent vite nombreux à se passer le mot, qui savent distinguer l'essentiel de l'esbrouffe (l'esbrouffe? -Un truc très parisien qui fonctionne comme un virus souriant et il faut apprendre à se méfier de ces sourires figés-là). Aujourd'hui, l'Astrance est l'une des meilleures tables de l'hexagone. Et la sincérité, le savoir-faire, la créativité, la générosité, la modestie jamais feinte, la magie et les recettes de ce duo (Pascal et Christophe), impeccablement épaulé par une équipe réduite mais redoutablement efficace, n'a pas pris un pépin de melon en treize ans. Rare. Ce livre est à leur image : aucun texte qui escorte de sublimes photos n'est inutile, car tous fouillent l'anecdote, l'arrière-histoire comme disait René Char à propos de ses poèmes, l'avant-cuisine, ce qui se passe dans la tête de Pascal, ce qui chuchote en lui lorsqu'il voyage en Extrême-Orient, à la recherche de flaveurs et d'alliances, ce qui lui passe par l'esprit quand il pense à la perfection de l'oeuf, lorsqu'il met au point un plat risque zéro, ou bien qu'il flirte avec l'excellence en sachant qu'elle sera -heureusement- toujours à venir. Sauf qu'à chaque repas, Barbot et Rohat, animés par l'envie de faire plaisir, cette chose toute simple, réussissent leur coup à force de talents réunis, conjugués; bien dans leur tête. Dire que le livre passe en revue les agrumes, les piments, les herbes, les fleurs, les algues, les  vinaigres, les épices, les truffes, le pain grillé... est faible. Ses 350 pages mettent en scène, en lumière, en musique et en joie cent et un produits. Le livre devient une invitation au voyage, comme chaque repas pris à l'Astrance est une expérience singulière; l'apprentissage de l'épure intellectuelle et gustative.

    Photo : Christophe Rohat (à g.) et Pascal Barbot ©vivelarestauration.com

  • cadeauésie

    images.jpegLe coffret est arrivé par coursier et quand je l'ai ouvert, je me suis exclamé de bonheur. Il y a des jours comme ça où vous pensez que c'est votre fête, mais non -ou bien oui. 

    Poésie/Gallimard (André Velter) et Télérama (Fabienne Pascaud) se sont associés pour proposer une Petite Bibliothèque de Poésie (30€) composée de douze volumes d'un format agréable, plus petit que l'habituel de la collection Poésie, minces (48 pages dont 40 de poèmes), essentiels, qui sont donc eux-mêmes des mini-anthologies de poètes emblématiques, intemporels ayant bousculé le langage et innové en leur temps respectif. Ce Coffret des Douze marquera.

    En voici l'éclectique composition : François Villon, Frères humains qui après nous vivez. Charles d'Orléans, En la forêt de longue attente. Maurice Scève, Plutôt seront Rhône et Saône déjoints. Pierre de Ronsard, Afin qu'à tout jamais de siècle en siècle vive. Théophile de Viau, Après m'avoir fait tant mourir. Jean de La Fontaine, Un savetier chantait du matin jusqu'au soir. Marceline Desbordes-Valmore, Qui me rendra ces jours où la vie a des ailes. Victor Hugo, Car le mot, qu'on le sache, est un être vivant. Gérard de Nerval, Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée. Charles Baudelaire, Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat. Paul Verlaine, Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant. Arthur Rimbaud, J'étais soucieux de tous les équipages. On se lassera de ces compagnons avec difficulté et c'est heureux. Ce coffret de chevet est un cadeau poétique majeur; un viatique. La véritable  marque de l'arrivée du printemps.

    En offrande, ce sonnet de Théophile de Viau :

    Je songeais que Phyllis des enfers revenue,
    Belle comme elle était à la clarté du jour,
    Voulait que son fantôme encore fît l’amour
    Et que comme Ixion j’embrassasse une nue.
     
    Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
    Et me dit : « Cher Thyrsis, me voici de retour,
    Je n’ai fait qu’embellir en ce triste séjour
    Où depuis ton départ le sort m’a retenue.
     
    « Je viens pour rebaiser le plus beau des amants,
    Je viens pour remourir dans tes embrassements. »
    Alors, quand cette idole eut abusé ma flamme,
     
    Elle me dit : « Adieu, je m’en vais chez les morts,
    Comme tu t’es vanté d’avoir foutu mon corps,
    Tu te pourras vanter d’avoir foutu mon âme ! »

  • Mort d'un grand éditeur

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    Jean-Marc Roberts vient de capituler face au cancer. Il luttait depuis longtemps. Il avait trouvé la force et l'élégance de donner un dernier livre de souvenirs et de dialogue avec sa maladie, Deux vies valent mieux qu'une (Flammarion), car c'était aussi un écrivain raffiné; au talent précoce : romancier à dix-huit ans, prix Renaudot à vingt-cinq pour Affaires étrangères. Il présidait les éditions Stock avec sa grande personnalité, son flair, un talent qu'il avait exercé longtemps au Seuil (où je fis sa connaissance dans les années 1982-84. Il ressemblait alors à cette photo de ©Sophie Bassouls), puis chez Fayard avant de lancer la fameuse collection Bleue chez Stock. Certains de mes amis étaient, sont ses auteurs sous casaque bleue : Christian Authier, Simonetta Greggio, Jean-Marc Parisis. C'est à eux que je pense aussi, ce soir.

     

  • lire7

    Quelques unes de mes chroniques parues récemment dans Télé7jours.images.jpeg


    Chronique d’hiver, par Paul Auster

    À l’âge de 64 ans, un grand écrivain américain se penche sur son passé à la deuxième personne. En se parlant à lui-même, il nous tutoie. Un homme est entré dans l’hiver de sa vie et se souvient. Ce premier volume de mémoires (le second aura trait au travail d’écriture) saisit l’auteur à l’âge de 3,5 ans lorsqu’une glissade lui fait frôler la mort. Avec une sincère lucidité, Paul Auster revisite les moments saillants –et anodins, donc universels-, d’une existence traversée depuis 30 ans par l’amour total -pour et- d’une seule femme, l’écrivain Siri Hustvedt. On y croise leur fille Sophie, des êtres qui comptent et surtout une multitude de faits quotidiens, consignés ici parce qu’ils devaient frapper la porte de l’esprit. Crépusculaire, grave et beau, c’est le livre le plus touchant d’Auster. L.M.

    Mémoires, Actes Sud, 252 pages, 22,50€


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    Bérénice 34-44, par Isabelle Stibbe

    Son prénom la prédestinait. Sa vocation sûre de comédienne la fera entrer au Conservatoire, puis à la Comédie-Française en 1937 contre l’avis de son père, le fourreur parisien Maurice Capel, né Moïshe Kapelouchnik. C’est la consécration à 18 ans pour Bérénice de Lignères (son nom d’artiste). Mais la seconde guerre éclate et la barbarie nazie n’épargne pas la Maison de Molière, où nous croisons notamment Louis Jouvet. Ce premier roman à l’écriture enveloppante conte le destin d’une femme courageuse dont les origines juives seront dénoncées, dans un Paris occupé admirablement décrit. L.M.

    Roman, Serge Safran éditeur,  320 pages, 18€


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    La Campagne de France, de Jean-Claude Lalumière 

    Installés à Biarritz, Alexandre et Otto donnent dans le voyage culturel. Forcés de revoir leurs ambitions à la baisse, ils inscrivent Bergues (Bienvenue chez les Ch’tis) à leur programme, via quand même la Gironde de François Mauriac, Oradour-sur-Glane et le Limousin de Jean Giraudoux. Leur « Cultibus » embarque douze retraités Luziens forts en gueule et aux préoccupations terre-à-terre. Cela donne une comédie désopilante et burlesque fleurie d’une kyrielle d’aventures rocambolesques. L’équipée est gratinée et l’auteur excelle dans la satire raffinée. L.M.

    Roman, le dilettante,  288 pages,  17,50€


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    La montée des cendres, par Pierre Patrolin

    Dans ce roman singulier, il pleut sur Paris. Beaucoup. Et puis il neige. Et la Seine grossit. Un homme, qui vient d’emménager au cœur de la capitale, a trouvé un briquet laissé à côté de sa cheminée. Dès lors, alors que la ville se noie, ce Robinson urbain se sent investi d’une mission : entretenir la flamme fragile que, par réflexe, il a allumée en s’installant chez lui. Mettre la main sur tout ce qui brûle, dans les rues, les jardins, devient son obsession… Où cela peut-il le conduire ? Une fable poétique, dans la veine de La Route, de McCarthy. L.M.

    Roman. P.O.L., 188 p., 16 €


  • flacons frais

    images.jpgPour escorter un Saint-Félicien bien fait, le Château de France, pessac-leognan blanc (2011), 80% sauvignon, 20% sémillon, avec son nez gourmand d'agrumes et de fruits exotiques et sa bouche délicatement épicée, est un régal. 4 ha sur les 40 que compte cette propriété sont consacrés à l'élaboration de ce blanc raffiné et résolument de garde. A peine 15000 bouteilles (21€) sont produites. Rappelons que l'AOC Pessac-Leognan produit sans conteste les meilleurs mages.jpgblancs de toute la région de Bordeaux.

    Le champagne Brut Réserve de Charles Heidsieck est un multi millésime remarquable. Sa bulle est fine et le cordon élégant. Le nez est brioché et de fruits exotiques et de fruits secs. En bouche, cette sélection de vins de réserve ayant jusqu'à dix ans lui donne de la profondeur et une onctuosité charnue. Un beau flacon (40€) pour accompagner un foie gras au torchon par exemple.

    iges.jpgSaint André de Figuière, de la famille Combard à Londe les Maures (près de Toulon), célèbre pour ses rosés tranquilles, produit Atmosphère, un extra-brut rosé (2011) -un vin "méthode traditionnelle" issu de cinsault et de grenache vinifiés séparément, qui subissent une première fermentation en cuve et une seconde en bouteille (la prise de mousse, par addition de moût de raisin, ou liqueur de tirage). Cet effervescent provençal a tout pour plaire. Beau nez tendre et friand de baies rouges fraîches, bulle assez fine, notes toastées en bouche, finale fraîche et ronde (17,50€). Et je m'interdis d'écrire qu'il s'agit d'un vin féminin!

  • Salon du Livre

    chasses-furtives.jpgSpécial autopromo... Je suis invité à signer Chasses furtives sur le stand des éditions Passiflore (U65 - T77) http://www.editions-passiflore.com/collection-itineraire-roman/35-chasses-furtives.html  samedi prochain 23 mars à partir de 16h au Salon du livre de Paris.

    Comme je me suis laissé dire qu'il se trouvait encore quelques rares citoyens qui ne possédaient curieusement pas ce livre, ce message leur est particulièrement adressé. Il n'y aura donc pas foule devant la table du singe. 

    http://bit.ly/X048l7

  • Villa Blanche

     

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    C'est un grand chardonnay d'une belle complexité,  droit, minéral, acide ce qu'il faut, à l'attaque vive et puissante, à la fois aromatique et gras donc élégant et doté d'une belle longueur en bouche. Elaboré avec autant d'amour que de savoir-faire, semble-t-il, c'est un vin signé Calmel + J.Joseph, soit un grand vin du Languedoc-Roussillon (IGP Pays d'Oc, 2012) et sur la contre-étiquette de cette cuvée rare appelée Villa Blanche, nous lisons avec plaisir un concentré de la philosophie de ces vignerons scrupuleux : Transparence pour des vins libres. J'adore! La bouteille est équipée d'un bouchon à vis. J'aime de plus en plus cela. Pas vous? Voilà un grand blanc de confiance parmi des vins de respect et surtout un chardonnay exceptionnel (7€).

  • VDD

    images.jpgimags.jpgimas.jpgDom Brial (Baixas, Pyrénées-Orientales) est une grande cave qui regroupe 380 coopéateurs produisant 85000 hl de vins sur 2500 ha de vignes. C'est énorme. Cela ne l'empêche pas de bénéficier pour ses vins qui voient le jour en Languedoc-Roussillon et grâce à  un travail raisonné sur la nature effectué jour après jour depuis longtemps déjà, du label VDD, Vignerons Développement Durable, certifié par l'Institut Coopératif du Vin et qui touche une douzaine de caves identiques à celle-ci. Ces caves oeuvrent à l'utilisation et à la promotion d'énergies douces (solaire, notamment) et aux traitements alternatifs propres (comme la fertilisation naturelle). La gamme Helios de Dom Brial, déclinée dans les trois couleurs désigne des vins tranquilles très simples et au rapport qualité-prix intéressant (5€ chaque flacon). Helios rouge (carignan, grenache, syrah, mourvèdre) est puissant et possède un beau nez de baies rouges et noires bien mûres. Helios blanc (grenache blanc, malvoisie, macabeu) est frais mais on lui reprochera un léger perlant un peu gênant en bouche. Helios rosé (syrah, grenache noir) est un honnête vin de grillades printanières. Des flacons sudistes sans prétention et à qui nous ne demanderons rien d'ailleurs, pour tant de beaux jours à venir.

  • Royal palais

    Pierre au Palais-Royal à Paris (10, rue de Richelieu) est un beau restaurant bistronomique, frais et dont la clarté tranche sur les tons noir et blanc et sur cette originale décoration africaine, tendance résolument zébrée, surtout dans la seconde salle du fond. Jolie moquette lie de vin. L'accueil sympathique et le discours à la prise de commande d'Eric Sertour, son accent de Montélimar, son expertise en vins et ses conseils judicieux, notamment sur les plats du marché du jour ajoutés au formidable menu-carte, font oublier un service un peu froid par ailleurs. Superbes produits maîtrisés -qu'ils proviennent de la mer ou de la terre-, magnifiés même, audacieusement associés et dont les cuissons sont d'une précision d'horloger genevois. Les desserts sont par ailleurs dignes de ceux d'un vrai bon pâtissier. A la carte, nous sont proposés, pêle-mêle : Poêlée d'ormeaux et berniques à l'ail, salicornes (+7€ s'il est choisi au menu-carte recommandable). Sardines bretonnes cuites au citron confit et absinthe fraîche, salade de lentilles blondes, mâche et grenade. Filets de rouget barbet de l'île d'Yeu, poêlée de courgettes fleurs, girolles et amandes fraîches, beurre blanc au thym citronné. Saint-Pierre rôti, fricassée d'aubergines et piquillos, pistou à la roquette et noix (+5€). Filet de boeuf de race Normande façon Rossini (foie gras, sauce truffée) pommes de terre boulangère (+15€)... Et aussi des nèfles tièdes au miel, pain d'épices et sorbet yaourt, gingembre confit (je les ai goûtées en annexe, car devant mon hésitation avec une autre douceur, il me fut proposé gracieusement un échantillon de mon non-choix -cette marque de tact est remarquable. Cependant, le pain d'épices était sec, les nèfles fades et le sorbet bon). Mon repas du 14 juin dernier fut composé d'un risotto d'orge perlée au parmesan et cresson et premiers champignons sauvages (mousserons et petites girolles) : orge trop croquante, bon jus de viande pour relever l'ensemble, qui réclame le poivre du moulin... Puis d'un canard croisé "comme dans le XIII ème", l'aile laquée, la cuisse en raviole poêlée, sauté de langues, gombos et blettes aux cinq parfums : un pur délice! L'aile désigne ici le flanc (ou magret), mais passons. Superbes cuissons distinctes, très bons légumes, ravioles fortes en goût (y avait-il aussi le foie en elles?). Et enfin d'un millefeuille au chocolat et noix de macademia, la "crema" d'un expresso : Délicieux, infiniment délicat, très belle exécution (visuelle et gustative). Le café est bon, sans plus et servi avec deux mini financiers à la noisette excellents. Le pain est un honnête "campagne" à la bonne odeur fraîche de levain lorsqu'on plante discrètement mais profondément ses narines dans la mie. La carte des vins est judicieuse : à noter que le chef, Eric Sertour (aujourd'hui secondé par un ancien de chez Jacques Cagna, Konrad Ceglowski), est également Meilleur Sommelier de France), mais elle est très chère; sauf au verre : 6€ et quelques bons choix, notamment le rosé de Mourgues du Grès (costières-de-Nîmes), ou encore le rouge de La Célestière (un châteauneuf-du-pape déclassé en côtes-du-rhône), les deux proposés dans le millésime 2010. Il existe aussi un très intéressant menu-carte à 33€ (entrée+plat ou plat+dessert), ou bien à 39€ (dessert compris). Le plat du jour pris seul coûte 28€. Les plats de ce jour-là étaient une poêlée de girolles d'Auvergne (minuscules comme des boutons). Un sandre poché. Une caille désossée flambée à l'eau de vie, purée de patates douces. Un dernier mot sur le hall d'accueil, qui est chaleureux, ce qui n'est pas souvent le cas dans ce quartier froid qui va du Palais-Royal à l'Opéra Garner. Pierre au Palais-Royal est un resto cosy de déjeuner d'affaires et aussi une table chic pour y diner entre amis, voire en amoureux (personnellement, ce n'est pas là que j'amènerais des potes du Sud-Ouest ni ma dulcinée, mais bon). Enfin, il m'en a coûté 61€ pour ce repas avec 3 verres de vin... J'enquêtais -comme souvent- pour un célèbre guide gastronomique. Si je publie ce compte rendu de visite succinct, c'est parce que je viens de tomber dessus et que je m'aperçois tardivement qu'il est resté au marbre de l'édition 2013 dudit guide. Alors autant partager ici ; une fois n'étant pas coutume!

  • Les poètes des jardins

    ndex.jpgLe paysagiste est un poète des jardins et cet ouvrage magnifique est pour lui et tous ceux qui poursuivent des études d'architecte-paysagiste : Carnet de travail d'un jardinier paysagiste, de Hugues Peuvergne (Ulmer, 30€), est une sorte de carnet intime des nombreuses réalisations d'un virtuose de la nature, étape par étape avec force illustrations, photos, dessins, plans, textes poétiques et nécessairement pratiques, voire techniques mais dans une langue imagée et simple. L'ouvrage présente dix-sept des plus beaux jardins mis en scène par l'auteur dont c'est le métier depuis vingt-six ans, aménagés avec subtilité, intelligence, sensibilité, à Paris, en région parisienne et au-delà. Cela ressemble à un carnet de voyages dans un espace vert et fleuri et dans un temps apaisé, rasséréné par le travail harmonieux de l'homme lorsqu'il sait écouter la nature et l'allier à notre quotidien. Vivant, ce livre l'est aussi par le récit de rencontres humaines et paysagères, par ses anecdotes et ses croquis et esquisses, de la genèse de chaque projet à sa livraison.

    Hugues Peuvergne donnera une conférence (dédicace) le 12 avril prochain au fameux Domaine de Saint-Jean-de-Beauregard, dans l'Essonne (situé à 27 km de Paris).

  • Rambaud, dernière

    index.jpgC'est le sixième et dernier volume de la chronique rédigée à la manière d'un Duc de Saint-Simon des temps modernes, du règne de Nicolas Ier, Notre Culotté Potentat qui présida le pays dans l'intérêt particulier davantage que général; ce durant cinq ans. Patrick Rambaud excelle avec cet ultime opus irrévérencieux à souhait et comme tous les autres désopilant. L'ouvrage voit également le couronnement de M. de la Corrèze et nous permet de revivre l'affaire DSK (avec M. de Washington), entre autres faits marquants de cette pitoyable fin de règne d'un Sautillant Monarque par trop autocrate. J'ai particulièrement savouré le chapitre V qui évoque sous le sous-titre : La corrida de Bayonne l'accueil particulièrement vif que les Bayonnais réservèrent à Notre Leader Furieux au cours de la campagne. Souvenez-vous comme ces moments furent délicieux...  Tombeau de Nicolas Ier et avènement de François IV, par Patrick Rambaud, Grasset 16€.

     

  • Sagesses à 2€

    images (2).jpegLe marché est encombré mais les éditeurs y vont encore : folio 2€ lance sa sous-collection, baptisée Sagesses, avec une
    images (1).jpeg dizaine de titres minces et essentiels : Cioran, Pensées étranglées (extraits du Mauvais démiurge), Ellul, Je suis sincère avec moi-même (déjà évoqué ici il y a quelques jours : "Presse Papier". Extraits de Exégèse des nouveaux lieux communs), Sénèque, De la providence (extraits de Lettres à Lucilius et de Stoïciens), Tchouang-tseu, Joie suprême, Maître Eckhart, L'amour est fort comme la mort, Saâdi, Le Jardin des Fruits, et encore Liu An, Du monde des hommes (de l'art de vivre pami ses semblables), un ouvrage01073218624.gif sur la voie du zen de Dôgen, Corps et esprit, et un extrait de La Légende dorée (vie des saintes 01074165624.gifillustres) de Voragine... Avec une collection à ce prix, ces petits livres que l'on a envie d'offrir comme on achète des chocolatines sont voués au succès. C'est le miracle du (mini) poche que de faire tenir tant d'esprit, de sagesse, de réflexions intemporelles pour la plupart, dans un bouquin aussi épaisimages.jpeg qu'une tranche de pain de mie et à peine davantage qu'une tranche de jambon coupée comme avant. La images (3).jpegforme est séduisante et les textes sont des compagnons pour le jardin, l'attente, les 01073219624.giftransports en commun. Quoi de plus stimulant en effet, tandis que l'on attend un ami quelque part, surtout pas temps de neige comme aujourd'hui, que de lire des aphorismes de Cioran, une pensée de Sénèque, des réflexions sur le bonheur d'un sage chinois, des sentences et des historiettes persanes ou encore des méditations sur la vie contemplative, le détachement, la honte, la jalousie, le pardon, le discernement... qui nous sont chuchotées par les maîtres -anciens et modernes- de la sérénité (re)trouvée? On en redemande.

  • Damiano Damiani

    l-ile-des-amours-interdites-affiche_240844_14171.jpgUn nom du cinéma italien des grandes années vient de mourir le 7 mars à l'âge de 90 ans. De Damiano Damiani, on se souvient peut-être de El Chuncho (1967), un western spaghetti dans la veine des Sergio Leone, avec la révolution mexicaine de 1910 pour cadre et Gian Maria Volonte et Klaus Kinski pour acteurs principaux. On se souvient de Pizza Connection  -à propos de la mafia (Ours d'or à Berlin en 1985), ou de La mafia fait la loi (1968, avec Claudia Cardinale; d'après un roman de Leonardo Sciascia). Pour la télévision, Damiano Damiani fut le co-auteur des premiers épisodes (on ne parlait pas encore de saisons), d'une série lancée en 1984 et qui connut un grand succès au-delà des frontières de la Botte : La Piovra (La Mafia), avec Michele Placido pour acteur principal. Mais qui se souvient de L'île des amoursth.jpg interdites, adapté de l'Isola di Arturo, L'Île d'Arturo, d'Elsa Morante, le grand roman (Prix Strega 1957 -le Goncourt italien), de "la" Morante et qui a Procida pour cadre? Le film valut à Damiani le Grand Prix du Festival de Saint-Sebastien en 1961. Damiani était le cinéaste des problèmes sociaux et il se rapproche en cela du néoréalisme italien. L'Île des amours interdites, tourné en noir et blanc, montre une Procida encore sauvage, une prison, Terra Murata, en activité (elle ne fermera qu'en 1988) et des personnages d'une sensibilité à fleur de peau. De ce film, fidèle au roman, il se dégage une poésie simple, un dépouillement; une vérité pure comme l'enfance lorsqu'elle rencontre la mélancolie et qu'elle cesse de jouer avec un chien sur la plage.

     

  • Ivre de poésie

    « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! » Baudelaire.

    imges.jpegA noter, la parution d'une précieuse petite anthologie concoctée par Zéno Bianu, orfèvre en la matière : Poèmes à dire, une anthologie de poésie contemporaine francophone, publiée par Poésie/Gallimard (6,90€) à l'occasion du Printemps des Poètes 2013 (du 9 au 24 mars). De Paul Claudel à Valérie Rouzeau, de Guillaume Apollinaire à Serge Pey, de Jean Malrieu à Bernard Manciet, de Georges Ribemont-Dessaignes à Dominique Sampiero, de Paul Eluard à André Velter, voici un florilège à déclamer au lit, assis tailleur sur les draps : Ecoute, amour, écoute!.. A proposer à l'inconnu, à lire, à dire, à crier, à chanter, à téléphoner, à laisser sur un répondeur, à reproduire dans une lettre -une vraie, avec une enveloppe et un timbre choisi et son adresse écrite à la plume; à textoer (pourquoi pas!), afin de révéler le cante hondo ou jondo, ce chant profond de la poésie viscérale andalouse, flamenca et plus largement, afin de voir fleurir, s'épanouir l'émotion qui se dégage et s'impose à partir de chaque poème francophone reproduit dans ce précieux petit bouquin, lorsque chacun d'entre eux est vécu et offert avec la voix; avec la voix seulement (sans malédiction), la voix qui vient du ventre qui bouillonne, celle qui vient aussi du coeur qui gonflonne... Aux seules fins de la jubilation du partage comme me l'écrit lui-même Zéno; dans la commune présence d'une fraternité essentielle, afin de tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile...

    Extrait au pif : 

    Dormir avec toi.

     Ecoute le tonnerre, ce bûcheron, traverser la nuit. Entends ce délire. Ah! Serre-moi dans tes jambes nues. Inonde-moi de chaleur, de lumière. L'orage monte des draps froissés. Je ne suis qu'un homme dans les bras de la nuit (...)

    Dormir avec toi.

     Je dors en toi. Je dors toujours en toi, plus profondément en toi. Je t'enlace, tu me pénètres des dents, des bras. Tu as le râle des palombes. Les yeux fermés, je vois ouverts tes yeux. Y dérivent les rivières. (...)

    Jean Malrieu, extrait, page 78.


    Un dernier pour le chemin

    La main, en écrivant

    La main est le berger de l'ombre. L'ombre des mots. L'ombre de rien. Elle rassemble. Une île entre le visible et l'invisible. C'est par là qu'elle touche les morts, qu'elle les caresse et leur parle. Ils posent leur front glacé entre nos doigts. C'est la mémoire des outils, des courbatures. Des gestes vers la terre. Et l'on se surprend à tracer dans l'air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre. A détourner des rivières muettes. La main sait tout. Le mouvement du pain. Les poutres sur l'épaule. Conduire les troupeaux. Cueillir, toucher, ouvrir (...) 

    Dominique Sampiero, extrait, page 156. 

     


  • Pascale Arguedas

    image003.jpgJe suis tombé là-dessus il y a quelques minutes en (je confesse) "googlisant" les mots chasses furtives :  http://calounet.pagesperso-orange.fr/resumes_livres/mazzella_resume/mazzella_chassesfurtives.htm

    Je ne connais pas l'auteur de cet article juste qui m'émeut. 

  • Comte-Sponville, quand même

    images.jpegBon, le gars ne m'émeut guère, j'ai lu ses principaux bouquins (tous des best-sellers comme ceux de Onfray mais je préfère Onfray et je me réjouis de toute façon tellement de ce que des livres de philo, même softs, se vendent comme des chocolatines!...), mais bon, voilà. Sauf que là, dans un avion, j'ai lu un entretien tout simple, voire simpliste, avec André Comte-Sponville à propos de la simplicité je crois; ça devait être dans une revue de compagnie aérienne, était-ce Air France mag?.. Je ne sais plus (et j'aurais aimé pouvoir citer au moins le confrère qui a réalisé l'interviouve (j'ai arraché une page du mag, mais elle est tronquée). En tout cas, voici ce qu'il fallait en retenir, car c'est bluffant ce qui suit, même si parfois le gonze enfonce des portes ouvertes à deux battants larges -mais bon, vous allez aimer j'en suis sûr, ou bien alors je me fais moine (enfin... Oupoupoup... On verra, hein).

    Citations :

    "La simplicité n'est pas de l'ordre de l'avoir, mais de l'être (...) La simplicité c'est d'abord le naturel. C'est la vie réduite à sa plus simple expression. La vie insignifiante.

    Le contraire du simple n'est pas le complexe, mais le faux. Etre simple, c'est ne pas faire attention, ne pas calculer, être sans ruser et sans secret, sans idées de derrière, sans programme, sans projet... La simplicité est oubli de soi, c'est en quoi elle est une vertu : non le contraire de l'égoïsme, comme la générosité, mais le contraire du narcissisme, de la prétention, de la suffisance. Le simple n'a rien à prouver, puisqu'il ne veut rien paraître, ni rien à chercher, puisque tout est là. Quoi de plus simple que la simplicité? Quoi de plus léger? Quoi de plus difficile? C'est la vertu des sages et la sagesse des saints.

    Quant à la sérénité, ce qu'Epicure appelait l'ataraxie, elle est peut-être le plus simple et le plus rare de nos états d'âme... (...) Les plaisirs de la promenade (exemple) : c'est le corps qui se promène. Mais c'est l'esprit qui en jouit. 

    A propos du plaisir simple et du présent : Le passé n'est pas, puisqu'il n'est plus. Ni l'avenir, puisqu'il n'est pas encore. Donc il n'y a que le présent. Mais le plus souvent, nous en sommes séparés par le regret ou la nostalgie, ou bien par l'espoir et la crainte... Nous ne sommes plus dans la simplicité de vivre, mais dans la dualité, dans la distension de l'âme, comme disait Saint-Augustin, comme écartelés entre le passé et l'avenir... Vivre simplement, c'est donc vivre au présent. C'est en quoi la simplicité nous ouvre au monde et aussi à l'éternité.

    Le présent, contrairement à ce qu'on dit souvent, ne disparaît jamais. Les événements changent : le présent demeure.

    Il ne faut pas confondre la simplicité et le bonheur. Quand vous êtes malheureux, soyez simplement malheureux. Cela vaut mieux que vouloir à tout prix le bonheur, quand le réel s'y oppose. Et quand vous n'êtes ni heureux ni malheureux, ce qui est le cas le plus ordinaire, soyez simplement dans l'entre-deux... La simplicité est une vertu. Le bonheur une chance. Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il est difficile d'être heureux quand on ne sait pas apprécier les plaisirs simples de l'existence. Non qu'ils suffisent toujours au bonheur, hélas, mais parce que le bonheur, sans eux, n'est qu'un rêve ou un mensonge.

    Il y a de grands plaisirs (dans l'amour, l'art, la sexualité, la philosophie, la spiritualité ou l'action), qui sont plus précieux que les petits. Ils sont souvent moins simples? Soit. C'est pourquoi la simplicité est une vertu nécessaire et difficile. Etre simple, ce n'est pas chercher la petitesse. C'est refuser les fausses grandeurs."

  • 603 / 1226

    Je ne pige pas le truc. Hier, vous avez été 603 visiteurs uniques sur ce fucking blog et vous avez regardé 1226 pages d'içelui. Et combien de commentaires? -Z. Pourquoi. Je ne pige toujours pas le truc. Le truc de la participation, de l'interactivité, tout ça, cela m'échappe. Alors oui j'ai eu 2-3 mails directs. Mais bon... Je pige aussi, un peu, le truc de la conso d'un blog, en passant, je musarde -ça oui (la preuve). Mais bon, un blog c'est aussi fait pour lui donner de la vie, du sang, de la chair, des frottements, des frictions, du peps, non?.. Ou alors je me trompe...  ¡A ver!

  • bruits

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     Vietnam ©L.M.

  • viral

    IMG_8047.JPGEnseigner la philosophie, pour Nicolas Grimaldi, c'est tenter de rendre la pensée aussi contagieuse que l'émotion.


    Lorsque je jouis seul d'un paysage merveilleux, que je ne peux donc pas partager mon émotion, ce que je ressens alors est étrange : c'est comme si j'en étais privé.

    Ce qui n'est déjà plus l'ombre et pas encore la proie (André Breton, à propos du chien-et-loup).

    Etrangeté du manque. Et de l'imagination, qui tient une si grande place dans l'amour que quelquefois nous avons hâte de voir partir la personne aimée : elle nous gêne pour penser à elle.

    Photo : Pêcheur sur l'eau, Hanoi, ©L.M.

  • Fond d'écran

    Photo prise au nord du Vietnam en janvier dernier. Fond d'écran, depuis. Partage.

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  • gloûté pour vlous

    images.jpgTrès belle prestance pour ce rouge de la région de Béziers. Roqua Blanca est un vignoble d'une trentaine d'hectares sur des sols schisteux ici et argilo-calcaire caillouteux là. Le vin s'appelle La Croix Chevalière et il est réalisé par les vignobles Laroche à Chablis. Nous avons goûté le 2009, un vin de garde assurément. Sa robe obscure, son nez un rien torréfié avec des dominantes de cassis mûr et sa bouche ample et opulente en font un rouge idéal sur une côte de boeuf (ce fut le cas). La syrah, fiancée au merlot et à la grenache, s'assouplit en conversant avec ses copines. Belle bête. 23€

    Family Reserve Hautes-Terres 2004, du château Fourcas-Dupré (Listrac) est aussi splendide mais pourvu de plus d'élégance, si l'on Image 4.pngpeut comparer les deux flacons sur la même côte de boeuf (ce qui fut fait). Vin de garde, prestigieux, il exprime le meilleur de cette propriété emblématique de l'appellation médocaine, pilotée par Patrice et Ghislain Pagès. Attaque douce, montée en puissance au nez et en bouche avec une belle longueur. Flaveurs épicées, toastées, de sous-bois, giboyeuses même, avec un rien de réglissé. Un chouia plus de cabernet-sauvignon que de merlot, un peu de cabernet-franc et un soupçon de petit verdot, un tiers de fûts neufs, une conduite raisonnée de la vigne... En bouche, cela donne une belle fraîcheur mi-poivrée, mi-chocolatée. La finesse est là et la force aussi, mais discrète, pas trapue. L'élégance, quoi. 14€

    Le gagnant (sur la côte de boeuf) fut Coin Caché, cuvée très concentrée et issue de vieilles vignes - 85% grenache et le reste en syrah, du mas de la dame, un rouge en appellation Les Baux de Provence 2008 capiteux, riche, à la robe noire, au nez franchement expressif de fruits rouges mûrs en soupe (fraises) ou même à l'eau de vie (cerises) et d'épices douces. La parcelle qui le produit est la plus ancienne de ce domaine conduit en bio (Qualité France). Simone de Beauvoir évoque les vins du mas de la dame dans La Force de l'âge; ceci pour l'anecdote. Ce sont cependant deux femmesimmmages.jpg ex-journalistes, Anne Poniatowski et Caroline Missoffe qui pilotent le mas bien nommé : elles ont repris la propriété familiale il y a bientôt vingt ans et se sont entourées des conseils de Jean-Luc Colombo (dont les Cornas sont légendaires). Néanmoins, Coin Caché n'a rien d'un vin féminin -qualificatif ridicule à la vérité, chacun en convient aujourd'hui. Sauf que cette cuvée, qui titre d'ailleurs 14,5°, possède vraiment du poil aux pattes. Dominent ce nez de fruits macérés et surtout cette bouche charnue, ample, avec une longueur remarquable et d'une puissance à faire trembler la daube de sanglier la plus sauvage. Env. 20€

    image1.jpgTrès intéressante gamme d'Ackerman (Saumur) : Secret des Vignes. Le blanc, un Saumur (2010) 100% chenin, est d'une grande fraîcheur et pourvu d'une belle matière. Nez explosif de fleurs blanches et légèrement miellé, voire exotique. Bouche structurée, fruitée, épicée légèrement et d'une remarquable persistance. Parfait pour un poisson blanc à la crème ou bien une viande blanche grillée. 8,90€

    Le rouge de la gamme, un Saumur Champigny 2010, est surprenant de force. Ce 100% cabernet-franc (sélection de vieilles vignes à faibles rendements), exprime une concentration, un soyeux, une structure franchement notables. Très beau nez de fruits rouges et noirs mûrs, bouche épicée. Bien sur un jamon pata negra avec juste du pain aux céréales. 9,90€

    A noter, le Pinot Gris 2010 Ancestrum, de la Cave des vignerons de index.jpgPfaffenheim. Ce diamant jaune d'Alsace possède un joli nez d'agrumes confits, de poivre blanc et de raisin pas tout à fait sec. Bouche vive, épicée et longue. Un plateau de fromages de chèvre lui imaes.jpgva bien. Le Gewurztraminer 2011, de la même cave, est très floral avec des notes complexes de fruits à chair blanche et jaune. Belle minéralité en bouche, concentration appuyée, longueur remarquable. Bien sur un fromage à pâte persillée un peu gras (gorgonzola) ou bien une tarte à la pâte d'amande, de type galette des rois. 16€ chaque flacon.

    idex.jpgBelle surprise, enfin, que cette Mondeuse (Savoie) 2011 de La Cave du Prieuré (Barlet Raymond & Fils) à Jongieux. Ce rouge d'une grande franchise surprend par sa puissance, son équilibre remarquable et sa complexité, assez peu courants pour l'appellation (et le cépage mondeuse), en tous cas dans nos souvenirs. Remarquable. 7,20€

     

  • L'avantage, avec Spinoza...

    ... C'est que, ouvrir au hasard l'Ethique produit le même effet que celui d'ouvrir au hasard le Journal de Jules Renard : à chaque page ou mieux : à chaque tombée des yeux sur un passage -aussi maigre soit-il, il se produit une petite décharge électrique, une lumière, une satisfaction intellectuelle immédiate, confondante, transmissible, irradiante. Exemple : il y a une minute, j'ai ouvert Ethique, je suis tombé sur la page 425 de l'édition bilingue en Points et j'ai lu ceci :

    Proposition LIV :

    Le Repentir n'est pas une vertu, autrement dit, ne naît pas de la raison ;  mais qui se repent de ce qu'il a fait est deux fois malheureux, autrement dit impuissant.

    Question : la psychanalyse a-t-elle envisagée l'impuissance à la suite de la double peine?.. (Merci Baruch!).

  • Presse papier

    imagesA.jpegIgnacio Ramonet (Le Monde diplomatique) livre une histoire synthétique de la presse écrite française et surtout des crises qu'elle traverse, dans son précieux essai intitulé L'explosion du journalisme. Des médias de masse à la masse des médias (folio actuel). La révolution numérique, les réseaux sociaux qui font de n'importe qui un producteur d'informations capable de s'improviser journaliste et qui sacralisent ainsi l'amateurisme; le phénomène Wikileaks (un journalisme sans journalistes), la crise grave bien sûr qui rend le lecteur de presse papier rétif à l'achat d'un contenu qu'il prend l'habitude de lire désormais sur sa tablette, son ordi, son téléphone -et aussi en raison d'une perte de crédibilité aiguë de la presse en général; la pub qui déserte les supports traditionnels, la fermeture des kiosques, Presstalis, principal acteur chargé d'acheminer notre canard préféré dans lesdits kiosques qui licencie 50% de son personnel, faute de taff, les charrettes dans les rédac invitant à passer au guichet en zappant l'étape caisse, etc. De Sud-Ouest à El Pais en passant par tant de confrères, nous en connaissons hélas la musique... Le tableau est noir mais dopant, à la réflexion, car Gutenberg n'est pas mort, même si on annonce sa disparition depuis plus d'un siècle; la presse n'ayant pas encore vécu son Age d'or.

    Le vrai journalisme : de terrain, de reportage, d'investigation, a du plomb dans l'aile car il est devenu coûteux, voire jugé inutile (par certaines rédactions qui sont tombées sur la tête!) dans un monde en pleine mutation technologique et où l'accès instantané à une overdose d'informations planétaire, mondialisée permet de faire l'économie du terrain... Et donc de la qualité (qui dit reportage dit automatiquement terrain et un papier fait sans terrain est un papier sans saveurs, voire sans consistance; de toute façon sans grand intérêt). Mais cette forme de journalisme, rigoureux par essence (et cela devrait être un pléonasme), reste justement le dernier rempart contre la médiocrité de la course à l'info (la dictature de l'urgence, voire du sensationnel seulement), qui néglige jusqu'à la vérification élémentaire de la véracité et propage la rumeur à l'occasion, entretenant ainsi une diminution de l'exigence d'un lecteur saoulé, eu égard à la faiblesse neuronale d'une certaine offre éditoriale. Car le terrain est gage de qualité s'il est assorti du travail normal de décryptage, d'analyse, de mise à distance du sujet : le B.A BA. 

    Et cela, seule la presse écrite -de qualité- peut encore l'offrir à un lecteur conscient images (4).jpegde la valeur du travail correctement fait ; car il en reste, de ces lecteurs. Ramonet dresse par ailleurs un tableau complet de l'univers de l'information reloaded : le Web, les sites d'info gratuits, les payants (aucun n'ayant encore trouvé un modèle économique qui pourrait être suivi), les pure players, le pari fait par certains groupes de presse sur la tablette comme outil miraculeux et garant de l'avenir de la presse "écrite", etc.  

    L'essai vivifiant quant au fond, d'Ignacio Ramonet est à rapprocher du passionnant Manifeste (une plaquette de vingt pages) que le mook XXI offre avec son n°21 : Un autre journalisme est possible, disent ses rédacteurs (Patrick de St-Exupéry et Laurent Beccaria), car parier aveuglément sur la révolution numérique est peut-être un leurre, que des journaux sans publicité sont possibles, et qu'un journalisme utile a un bel avenir devant lui, pour peu qu'il revienne un peu aux "fondamentaux" : le temps, le terrain, le rôle capital de l'image, la cohérence; l'indépendance, l'audace, le désir de refonder une presse pour un lecteur et non pas pour des annonceurs. Cette plaquette aura beaucoup fait parler d'elle dans le Landerneau et au-delà heureusement -preuve qu'un certain nombre de lecteurs s'interrogent sérieusement à propos des dérives d'une certaine presse sans qualités et qui pourrait devenir une nouvelle norme si l'on n'y prend pas garde.

    En cela, le rôle du journaliste éclairé rejoint celui du images (3).jpegphilosophe dans la cité. C'est à lui que revient le rôle d'éveilleur des esprits lorsque ceux-ci sont atteints des syndrômes du laisser-faire, de la banalité du mal (cher à Hannah Arendt); bref lorsqu'ils sont sous anesthésie sociale. L'aiguillon, la mouche du coche, l'empêcheur de penser en rond, c'est autant ce grain de sable qui dérange (le journaliste selon Edwy Plenel), que le philosophe. Socrate n'a-t-il pas un peu inventé une certaine forme de journalisme de qualité, avec la fameuse ironie qui images (2).jpegcaractérise sa réthorique (lorsqu'il s'adressait aux Sophistes ou aux simples citoyens d'Athènes et qui séduisit tant le Camus journaliste*), et même l'art de conduire un reportage, avec la maïeutique, ou l'art d'accoucher les esprits?

    Ce sont autant de (re)lectures passionnantes, auxquelles il conviendra d'ajouter une réédition d'un livre de Jacques Ellul : "Je suis sincère avec moi-même" et autres lieux communs (folio 2€) : extraits d'Exégèse des nouveaux lieux communs, et la publication éclairante de Hériter d'Ellul (actes des conférences du 12 mai dernier à l'occasion du centenaire de sa naissance), qui contient notamment les contributions précieuses de Simon Charbonneau, Sébastien Morillon et Jean-Luc Porquet (la collection La Petite Vermillon, de La Table ronde, poursuit -et c'est admirable-, la publication de l'oeuvre capitale d'Ellul : 13 titres sont déjà parus). Ellul, qui répétait à l'envi dans son cours sur La pensée marxiste à Sciences-Po Bordeaux (j'en ai le vif souvenir) : Exister c'est résister, Ellul pour finir, donc, cité dans le Manifeste XXI : Ce qui nous menace ce n'est pas l'excès d'information, mais l'excès d'insignifiance. Dont acte.

    *Lire Les devoirs du journaliste, d'Albert Camus, dans Le Monde daté du 17 mars 2012

  • Par amour

    images.jpgAmour (Haneke) est un film important pour tous ceux qui ont vécu un accompagnement, une fin de vie, un désastre par l'amoindrissement lent et irréversible. Son réalisme est non seulement touchant mais impressionnant -je veux dire qu'il nous renvoie à nous même comme un bain révélateur impressionne (encore parfois) un papier photosensible. J'y ai relevé quelques phrases qui figurent des sortes de pétales :

    Jean-Louis Trintignant à Emmanuelle Riva, en rentrant d'un concert qui donnait Schubert : T’ai-je dit que je t’ai trouvée belle, ce soir ?..

    Emmanuelle Riva à Jean-Louis Trintignant, revenant seul de l'enterrement d'un ami mais elle ne peut désormais plus se déplacer, car elle est devenue hémiplégique : Qu’est-ce que tu dirais si personne ne venait à ton enterrement ? Lui : -Rien, probablement…

    JLT à ER, puis la réponse de  JLT, au chevet de sa femme : Mais tu ne m’infliges rien !.. -Tu n’es pas obligé de mentir.

    Le film aurait pu s'appeler "Par amour". Il nous concerne tous, un jour ou l'autre. L'épure de Haneke le rend essentiel. Et beau comme la peau.



  • Jean de La Ville, again

    Je retombe sur ce papier de Jérôme Garcin (attention, je vais parler de moi!), paru dans La Provence et qui faisait écho au "Coup de coeur" qu'il me consacra quelques jours plus tôt dans Le Nouvel Observateur. J'avais oublié cette mise en parallèle enviable avec Jean de La Ville de Mirmont. A l'heure où Garcin consacre son dernier livre à la vie trop brève du poète bordelais -mais je n'ai pas encore lu Bleus horizons (Gallimard), cet hommage est comme une balle correctement tirée. Il va droit au coeur.

    Image 4.png

  • Lectures pour 7

     

    index.jpgLa femme infidèle, de Philippe Vilain

     

    Pierre Grimaldi, expert-comptable, a épousé Morgan Lorenz, consultante. Ils ont 35 ans, pas d’enfant, vivent paisiblement à Paris depuis 8 ans lorsque Pierre découvre que sa femme le trompe. Atterré, il ne parvient pas à l’affronter, l’espionne sans conviction. Ce long monologue comme une lettre à un inconnu explore la psychologie du couple avec talent et mièvrerie mêlés.Un voyage à Naples où l’aveu sera fait, une virée à Capri de Pierre seul, dénoueront l’esprit d’un homme soudain conscient qu’il a droit à plusieurs vies. Lui aussi. Grasset, 160 pages, 14,95€

    imaes.jpgVénéneuse, de Patrick Eudeline

     

     

    Antoine, écrivain parisien branché, tombe fou amoureux de Camille, de 30 ans sa cadette. Elle est « l’Enfer et le Paradis réunis ». Cette Nîmoise déjantée va les engouffrer dans une passion guidée par le sexe. Roman très contemporain à l’écriture hachée (l’auteur est très rock), Vénéneuse fleure le Paris futile des night people en quête et en perte d’eux-mêmes. On y lit l’aveuglement d’un quinqua qu’une beauté volage, attirée par un certain Peter puis par des apprentis toreros, rendra fou. Ce qui rend attachant ce roman trépidant. Flammarion 240 pages, 19€

     


    ims.jpgLa nuit  tombe, d’Antoine Choplin

    Gouri prend la route de Kiev à Pripiat, à proximité de Tchernobyl, avec sa moto et une remorque. Il retourne dans la zone interdite où errent des gardes et des voleurs. Fait halte chez d’anciens amis reclus ; irradiés. Resserrés dans l’hébétude comme des animaux dans le froid, ils attendent et se souviennent de la pluie noire. Un silence lourd habite ce road-roman à l’écriture hiératique. Retourner dans la ville fantôme est une folie. Mais Gouri veut revoir son appartement et  en rapporter une porte.Son ami Kouzma l’accompagnera.Un air d’apocalypse flotte, qui rappelle « La route » de Cormac McCarthy. La Fosse aux Ours, 128 pages, 16€ Prix France Télévisions.


    images.jpg

    Portraits de femmes, de Philippe Sollers

    Voici un livre vrai qui dépeint avec tendresse les femmes qui ont jalonné la vie de Sollers l’érudit. Sa mère d’abord, « bourgeoise décalée », Eugenia, l’employée de maison qui le déniaisa à l’âge de 15 ans, l’écrivain Dominique Rolin, de 23 ans son aînée –une histoire forte, la psychanalyste Julia Kristeva, l’épouse depuis 1967, offrent les pages les plus émouvantes de ce bilan qui dévoile aussi les prénoms des femmes qui ont nourri chacun des livres d’un auteur amoureux des héroïnes de la littérature et de l’Histoire. Un hommage sensible. Flammarion, 160 pages, 15€.

     

     Quatre de mes chroniques plus ou moins hebdomadaires données à Télé 7 Jours (A suivre)

     

  • The Peterson

    images.jpgLe Peterson (le Guide Peterson des oiseaux de France et d'Europe, de P. Peterson, G. Mountfort, P.A.D. Hollom et P. Géroudet; Delachaux & Niestlé, 29€) n'a pas relooké que sa couverture. The guide indispensable, qui escorte inlassablement des dizaines de milliers d'aficionados a los oiseaux depuis 1954 et qui en fait de bons ornithos de base, est indétrônable. On aura beau faire, il reste le meilleur. Entièrement revu, corrigé, augmenté, actualisé, il est encore plus riche de 1500 illustrations nécessaires à l'identification sûre de plus de 700 espèces d'oiseaux. 366 cartes de distribution géographique éclairent un propos concis, précis, juste, fiable et passionnant. Une mine, un compagnon, un objet inséparable de la boîte à gants, de la poche de la veste en toile brune, de la table de chevet et de la mémoire; à la fin. Bref, Le Peterson, quoi.

  • Car j'ai de grands départs inassouvis en moi

    50 manières de dire je t'aime.jpgC'est plus original que l'indigeste Belle du seigneur d'Albert Cohen. Les éditions Marabout proposent cette boîte de 50 petits messages amoureux roulés qui disent l'amour de ce grain de beauté là rien qu'à moi, ou bien l'amour de ta part de mystère à toi... 50 manières de dire je t'aime, 6,99€ Pour ceux qui sacrifient au rituel marketté et forcément mièvre de la Saint-Valentin en y injectant de l'humour.

    Villa Chambre d'Amour est un blanc de VillaChambredAmour.jpegGascogne légèrement moelleux (75% gros manseng, 25% sauvignon blanc) au nez d'agrumes, d'ananas et de vanille. Il escorte bien le foie gras, la tarte tatin et la fourme d'Ambert. (Vignobles Lionel Osmin. 7,50€ le flacon).

    images.jpegL'idéal est de le déguster à la plage de La Chambre d'Amour (Anglet), assis sur le parapet et face à un océan qui était légèrement déchaîné dimanche dernier... En reprenant au hasard les poèmes de L'Horizon chimérique (extrait ci-dessous), de Jean de La Ville de Mirmont, dans la nouvelle édition de ses oeuvres complètes que propose La Petite Vermillon (La Table ronde, 8,70€) sous le titre (de l'unique roman de l'auteur), Les dimanches de Jean Dézert. Le recueil contient donc également le splendide City of Benares, qui ouvre les Contes.

    Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.

    Le souffle qui vous grise emplit mon coeur d'effroi,

    Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,

    Car j'ai de grands départs inassouvis en moi.

  • L'aube, toujours

    images.jpegSurprise du soir : je viens de trouver ce papier anonyme sur un site que je ne connaissais pas : 

    http://www.lecturissime.com/

  • Nouilles froides à Pyongyang

    images.jpegCe récit de voyage est terrifiant. Déguisé en professionnel du tourisme en quête de nouveaux marchés, Jean-Luc Coatalem s'est introduit, avec son ami Clorinde (qui ressemble comme deux chemises Marcel Lassance à Dominique Gaultier, pilote dandy des éditions le dilettante) dans ce mystérieux pays à l'opacité légendaire et dont on sait moins de choses qu'on parvient à en connaître des lointaines galaxies. La Corée du Nord n'est pas franchement un paradis pour touristes libres. Aucun mouvement n'y est possible sans le contrôle paranoïaque d'une collante poignée de guides complices d'un pouvoir absolu et froidement dictatorial. Néanmoins, Coatalem, dont on connaît le talent pour raconter ses voyages au Vietnam ou au Paraguay, nous embarque, avec Nouilles froides à Pyongyang (Grasset, 17,60€) dans cet univers concentrationnaire, ubuesque tendance nazi, kafkaïen version schizoïde, totalement absurde à la vérité, en nous faisant rire jaune. Lui-même a peur parfois. Souvent il se demande ce qu'il est venu foutre dans ce pays, mais jamais il ne nous ennuie car ses descriptions, à partir de notes et d'observations dérobées, soulignent la singularité planétaire d'un pays qui musèle son peuple avecIMG_9525.JPG une violence dont on ne peut que deviner l'ampleur. Ce récit se double d'une excellente histoire résumée du pays, de ses chefs fous (Kim Jong-il et Kim Jong-un notamment), non sans dériver avec bonheur en compagnie de Melville (l'archipel de papier de Mardi deviendra un refuge), Larbaud, Valéry, le subtil Marcel Thiry et autres nourritures qui viennent images.jpgcompenser la faim au sens propre. A noter aussi la reprise en poche du Gouverneur d'Antipodia (J'ai Lu), précédent livre de Coatalem, qui lui a valu le Prix Roger-Nimier 2012; l'année du cinquantenaire de l'accident mortel de l'auteur des Enfants téléchargement.jpegtristes. D'ailleurs, saluons au passage la qualité et l'audace de l'éditeur Stéphane Million et de sa revue littéraire iconoclaste Bordel, dont le dernier numéro est consacré aux Hussards (la bande -fondatrice- à Déon, Blondin, Nimier, Laurent et aussi Frank, Haedens, voire Huguenin et quelques autres). Cette revue rassemble surtout les signatures de l'écurie maison, laquelle livre des points de vue d'une pertinence rare sur un sujet maintes fois traité. 


  • Les Français d'Algérie, de Pierre Nora

    images.jpgDécevant. Nous avions tant attendu (des années!) la réédition de ce livre épuisé depuis des lustres... Pierre Nora, brillant historien et essayiste que nous savons, académicien, manitou de la non fiction chez Gallimard, pilote emblématique de la somme éditoriale intitulée Les lieux de mémoire... Donnait son premier livre en 1961 avec ces Français d'Algérie. Il était alors enseignant à Oran. Le livre parut juste avant le putsch d'un quarteron de généraux à la retraite. Son analyse de la société pied-noir est à ce point méprisante (cette société-là semble lui inspirer le dégoût caractéristique de cette gauche bourgeoise qui affecte de ne pas prendre le métro, qui vit dans le 7ème à Paris tout en affichant des amitiés avec le peuple socialiste), qu'on se demande en tournant les pages pourquoi il se livra à une telle étude. Les Français d'Algérie reparaît donc, augmenté d'une préface (Cinquante ans après) et surtout d'une lumineuse longue lettre inédite (trente pages) de Jacques Derrida adressée à son ami Nora (Bourgois, 17€). Le propos s'éloigne d'emblée, à nos yeux, de la notion ethnographique de terrain, car l'historien semble se pincer le nez devant son sujet -il eut mieux fait d'aller exercer son jeune talent sur les rives plus lisses (quoique) du Lac Léman. Oui, le petit peuple d'Algérie que décrivit si admirablement Albert Camus (que Nora déglingue comme il déglingue -curieusement- Germaine Tillion) avait sa structure sociologique propre, extrêmement humble dans son écrasante majorité, qui n'était pas franchement celle des CSP++ d'aujourd'hui, sinon ils n'aurait pas quitté l'Europe des années 1830 et suivantes pour aller retrouver fortune, tenter sa chance, se refaire la cerise, manger à sa faim, fuir des persécutions politiques, dans ce qui figurait un nouvel Eldorado, un Far-West transméditerranéen. Cela, Nora semble l'occulter et c'est dommage. Car, à l'évidence, ce peuple (contexte de l'époque) était populiste comme on fut plus tard poujadiste en métropole, certes il fut antisémite à la marge, lorsqu'à Paris on dénonçait à tout va et on collaborait copieusement, certes il n'avait pas la culture des étudiants de la rue d'Ulm, certes il eut parfois des comportements comparables à ceux qui furent constatés à des époques semblables en Indochine, en Inde, au Sénégal et dans toutes les colonies. Oui, certains pieds-noirs furent un brin militaristes, anti-parisiens, anti jacobins, un peu Corses dirons-nous, voire autonomistes mais avec ambiguité : en acceptant les subsides de la maison mère, ce qui peut à la limite se traduire par du cynisme mais qui fut je crois de l'opportunisme basique. En historien contemporain qui travaille sur le vivant, Nora se confronte en filtrant, semble-t-il. Parfois, il donne l'impression d'avoir bossé à l'hygiaphone plutôt qu'au microphone et au carnet de notes. La presse qui fit écho du livre (admirable papier de Jean Lacourure dans Le Monde du 29 avril 1961) n'épargnât pas davantage Nora que Derrida ne le fit, mais ce dernier avec une condescendance amicale, dans sa longue lettre qui égratigne profondément, mais avec respect, le propos. Nora semble mettre dans le même panier (le préjugé et la tentation à généraliser sont pourtant des écueils faciles à éviter, car spectraux), les colons, les militaires, les gouverneurs et tous les autres. Le "tous colons", tous pourris affleure à certaines pages et c'est le plus surprenant, venant de la plume d'un grand esprit de ce temps; déjà. La vulgarité populaire dégoûte l'historien qui devrait a minima garder la distance nécessaire, indispensable avec son sujet. Certes l'analyse est fine, construite, nourrie, souvent brillante, même si elle comprend de grosses lacunes (pas un mot sur le FLN par exemple). La démonstration de l'intégration comme mythe de compensation, celle de l'existence tenace et farouche d'un certain paternalisme autoritaire représentant un idéal de justice, qui dédouanait cette communauté de son racisme ordinaire, sont admirables d'intelligence, autant que sont captivantes, ébouissantes, les analyses de la distance raciale et sociale des Français d'Algérie avec les Arabes. L'historien (trop sérieux?) est cependant mal à l'aise, voire affligé lorsqu'il cite l'humour simpliste et désespéré d'un peuple qui répond par une boutade à des propositions (déjà décidées), de De Gaulle : Autodétermination?.. Et pourquoi pas bicyclette-détermination! Nora condamne par ailleurs de la même manière le moralisme de Camus et celui des libéraux (une auberge espagnole, à vrai dire), comme il décrit de façon hâtive ce peuple de petits blancs humiliés et méprisants, leur hospitalité agressive, leur culte de l'individu, leur bonne conscience, l'affinité profonde, en leur sein, entre le soldat et le colon... Une phrase importante ouvre le livre : les Français d'Algérie ne veulent pas être défendus par la métropole. Ils veulent en être aimés. Elle est malheureusement laissée sur le bas-côté de l'analyse. L'objectivité glacée de Nora, comme le souligne Lacouture, manque de cette chaleur propre à la rue de là-bas. Et par voie de conséquence à une analyse talentueuse qui aurait été exemplaire si elle n'avait pas été -pour résumer; antipathique.

    PS : ce mépris du bout des lèvres, près d'un million de pieds-noirs l'ont ressenti de la part des "patos" (Français de France), lorsqu'ils débarquèrent au cours de l'été 62 en terra incognita ou presque, en terra "hostilita" surtout -à Marseille et partout ailleurs. Il s'est clairement apparenté à un racisme qui n'a jamais eu le courage de dire son nom.

    http://www.wat.tv/video/pierre-nora-francais-algerie-5m3ij_2iynl_.html


  • Traces

    images.jpgC'est un ouvrage volumineux qui restera à la maison. Sur le sujet, il vaut mieux avoir avec soi un petit poche comme le Sylvain Thomasson, Guide des traces d'animaux (Livre de Poche) : celui-ci ne quitte pas ma voiture, ou bien le petit Nathan/Nature de Bernard Loyer, 100 traces et empreintes faciles à voir -celui-là a sa place dans un vieille veste en toile. Avec ce nouveau grand livre, le Guide Delachaux des traces d'animaux, de Lars-Henrik Olsen (Delachaux et Niestlé, 30€), nous tenons une jolie bible sur le sujet, pour suivre à la trace les oiseaux et mammifères d'Europe. Remarquablement illustré, d'un sérieux irréprochable -la garantie de cet éditeur spécialisé dans les ouvrages naturalistes-, ce nouveau grand guide des traces est vraiment complet car il ne se contente pas d'apprendre à reconnaître les empreintes de pattes et autres indices sur le sol meuble ou la neige comme les traces d'envol, ou encore les laissées, fumées, fientes, crottes et autres reliefs de repas, mais aussi de reconaître par exemple les marques de dents sur une branche ou dans un fruit, les frottis, les dégâts comme l'écorcage, les trous dans la terre et dans les troncs, les indices divers fondamentaux : plumes, poils, pelotes de réjection... Il en devient passionnant à apprendre, à étudier, à retenir. Modes de vie, habitats, au-delà des descriptions de base, enrichissent considérablement cet ouvrage phare sur le sujet.  

  • Dixit Michel Serres

    «Cette question du mariage gay m'intéresse en raison de la réponse qu'y apporte la hiérarchie ecclésiale. Depuis le 1er siècle après Jésus-Christ, le modèle familial, c'est celui de l'église, c'est la Sainte Famille.

    Mais examinons la Sainte Famille. Dans la Sainte Famille, le père n'est pas le père : Joseph n'est pas le père de Jésus. Le fils n'est pas le fils : Jésus est le fils de Dieu, pas de Joseph. Joseph, lui, n'a jamais fait l'amour avec sa femme. Quant à la mère, elle est bien la mère mais elle est vierge. La Sainte Famille, c'est ce que Levi-Strauss appellerait la structure élémentaire de la parenté. Une structure qui rompt complètement avec la généalogie antique, basée jusque-là sur la filiation : on est juif par la mère. Il y a trois types de filiation : la filiation naturelle, la reconnaissance de paternité et l'adoption. Dans la Sainte Famille, on fait l'impasse tout à la fois sur la filiation naturelle et sur la reconnaissance pour ne garder que l'adoption.

    L'église donc, depuis l'Evangile selon Saint-Luc, pose comme modèle de la famille une structure élémentaire fondée sur l'adoption : il ne s'agit plus d'enfanter mais de se choisir. à tel point que nous ne sommes parents, vous ne serez parents, père et mère, que si vous dites à votre enfant «je t'ai choisi», «je t'adopte car je t'aime», «c'est toi que j'ai voulu». Et réciproquement : l'enfant choisit aussi ses parents parce qu'il les aime.

    De sorte que pour moi, la position de l'église sur ce sujet du mariage homosexuel est parfaitement mystérieuse : ce problème est réglé depuis près de 2 000 ans. Je conseille à toute la hiérarchie catholique de relire l'Evangile selon Saint-Luc. Ou de se convertir.» 

    Source : © La Dépêche du Midi.
  • Pierre Veilletet

    images.jpgC'est un grand journaliste doublé d'un écrivain précieux, précis qui vient de quitter ce monde à l'âge de 69 ans, le 8 janvier dernier. A Bordeaux. Sa ville. Né à Momuy dans les Landes et d'origine flamande par ailleurs, Pierre Veilletet aura effectué une brillante carrière au journal Sud-Ouest, qu'il pilota, jusqu'à son éviction brutale en 2000 -qu'il ne digéra pas. Prix Albert-Londres 1976 pour ses reportages sur l'agonie de Franco, il préféra rester le premier à Bordeaux au lieu d'être un numéro à Paris. C'était un maître à l'écriture rigoureuse, au ton singulier, hiératique et profond. Un styliste. Un observateur d'une finesse désarçonnante. Un taiseux au sourire rare aussi. Un personnage un rien intimidant mais toujours prompt à lancer un trait d'esprit pour détendre une atmosphère qu'il savait avoir rendue pesante, dans son bureau au journal ou ailleurs par hasard dans les rues de la ville. Veilletet avait le tact inscrit en lui. Et une délicatesse parfois gauche mais jamais empruntée. Il n'était pas d'accès libre. Ce n'est qu'à l'âge de 43 ans qu'il publia son premier livre, le court et dense roman La pension des nonnes, chez Arléa, maison cofondée avec ses amis Jean-Claude et Catherine Guillebaud et à laquelle il restera aussi fidèle que Julien Gracq le demeura à José Corti. L'allusion vaut rapprochement : le choix scrupuleux de l'adjectif, l'usage de l'italique pour appuyer comme on adresse un clin d'oeil entendu, rendent l'écriture de Veilletet voisine, sinon cousine de celle du grand écrivain de Saint-Florent-le-Vieil. Si Querencia et autres lieux sûrs peut faire penser à La première gorgée de bière de Philippe Delerm pour sa thématique, mais avec une autre tenue, une exigence altière, ce recueil de courts textes qui sont autant de bijoux ciselés évoque davantage les Préférences ainsi que Liberté grande, de Gracq, tant par sa subjectivité que par sa prose somptueuse. Le journaliste aura marqué Sud-Ouest Dimanche, qu'il dirigea dès 1979 de main de maître. Je le connus là, en 1981. Il fut mon premier rédacteur en chef et me permit d'écrire notamment des critiques de livres durant des années. J'entrais dans ma vie d'homme. François Mitterrand venait d'accéder au pouvoir et j'achevais mes études. Étrangement (encore que...), j'ai toujours trouvé en Veilletet un indéniable côté mitterrandien, dû sans doute à sa timidité -qui pouvait passer pour de la froideur et que l'on résumait en disant que c'était son côté British qui dépassait le côté Bordelais d'un homme à la casquette en tweed distincte de ses vestes de la même étoffe -qui le faisaient ressembler, physiquement aussi, au "Prince des reporters". L'homme impressionnait. Je n'oublierai pas ces inconnus célèbres (les seconds couteaux de la littérature que nous chérissions : Forton, Gadenne, Bousquet, Guérin, Perros, Augiéras, De Richaud, Henein, Vialatte, Calet...), dont nous fîmes une série dans le journal, avec Yves Harté -l'autre grande plume, qui lui succéda à Sud-Ouest Dimanche. Je n'oublierai jamais ce soir de 1986 copieusement arrosé que nous passâmes tous les trois (Yves Harté, Pierre Veilletet et moi), pour fêter la parution imminente de La pension des nonnes. En fin de soirée, nous avions porté à bout d'épaules un Pierre Veilletet ivre de bordeaux et de bonheur, de chez moi à chez lui ou jusqu'à un taxi, je ne me souviens plus très bien. Je garde précieusement le "tapuscrit" de ce roman, qui porte un titre originel schubertien : Un voyage d'hiver. Veilletet connaissait les vins et la tauromachie sur le bout des doigts et il a écrit des textes magnifiques sur ces sujets solaires qui le passionnaient.
    Attiré par l'Espagne autant que par l'Italie et par certaines villes du Nord, par les ports et par les fleuves, il plaçait l'exigence journalistique et la littérature au-dessus de tout. Il procurait, avec ses articles que nous guettions, ce plaisir du texte que l'on ne trouve plus guère dans les journaux et qui était alors flatté, encouragé à Sud-Ouest, journal de plumes donnant d'excellents papiers. Dans ses livres, que je relis depuis trois jours avec un plaisir mâtiné de tristesse, il donnait tout simplement la mesure d'une littérature de haut-vol. Car c'était un grand. Un très grand. 

    Lire (j'espère qu'Arléa aura la bonne idée de publier une compil°, un "Tout-Veilletet" comme cet éditeur de qualité a publié la totale d'Albert Londres, câbles compris, ou les Essais de Montaigne reloaded par Claude Pinganaud, ou bien comme il existe un Bouquins/Laffont des oeuvres d'Antoine Blondin, histoire de nous éclipser et de le relire peinard, à l'écart, comme un chien s'en va ronger au fond du jardin). Lire donc : Querencia et autres lieux sûrs (Mots et merveilles en collection de poche), La pension des nonnes, Bords d'eaux, Coeur de père, Mari-Barbola, Le vin, leçon de choses, Le prix du sang, Le cadeau du moine (tous chez Arléa); Le peuple du toro (Hermé), De l'esprit des vins (Adam Biro).

    Photo : Pierre Veilletet (lunettes) avec Jean-Claude Guillebaud (Prix Albert-Londres en 1972. Yves Harté le fut en 1990), dans le sannées 2000 : © Archives Philippe Taris/Sud-Ouest.


    P.S. : "l'avantage" d'un blog sur une publication dans la presse traditionnelle (je pense immédiatement et quasi exclusivement au support papier : je suis old school et j'aime ça), est de pouvoir s'autoriser des digressions personnelles, de se mettre en avant, ce qui est bien sûr proscrit partout ailleurs. C'est pourquoi je me suis laissé allé ci-dessus à partager une ou deux anecdotes, des souvenirs qui parlent de toute façon directement de Pierre Veilletet.


  • Dans Sud-Ouest Gironde

    ...Ce papier de Benoît Lasserre paru le 29 décembre dernier.

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  • A lire sur aqui.fr

    http://www.aqui.fr/cultures/entre-les-lignes-chasses-furtives-de-leon-mazzella-aux-editions-passiflores,7782.html

    CULTURE | Entre les lignes : Chasses furtives de Léon Mazzella aux éditions Passiflores

    29/12/2012 | Voyage sur les barthes de l'Adour, côté Landes, au dessus pic d'Iraty, au Pays-basque, sous la plume de Leon Mazzella

    chasses furtives de Leon Mazzella

    Jean, épris de nature, ne trouve de « sens à l'existence que dans les bois et les marais. » Léon Mazzella compose Chasses furtives à l'âge de 23 ans, à une époque où il fréquente moins les amphis de Sciences-Po à Bordeaux que les marais et les bois des Landes et du Pays-basque. « Je ne le sortis d'un tiroir que dix ans après », écrit-il. « Les articles élogieux qu'il récolta quelques mois après sa naissance m'étonnèrent. Il reparut en 1995 augmenté d'une préface de Michel Déon, de l'Académie française », complète-t-il dans la préface de cette nouvelle édition parue chez Passiflore, trente ans après.

     

    Chasses furtives -  Léon Mazzella
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    Chasses furtives est un roman solitaire, un roman d'amour entre un jeune homme et la Nature. A l'âge où les garçons découvrent les filles, Jean et son chien chassent dans les barthes des Landes, « son jardin des délices ». Le lecteur découvre une nature sauvage érotisée par l'auteur. « Il caressa le couple d'oiseaux, embrassa leur poitrine comme chaque fois. » Il peut sentir l'odeur de la terre mouillée, entendre le fracas des ailes des oiseaux et voir la lumière glisser entre les arbres.

    Léon Mazzella nous offre aussi dans Chasses furtives une poésie secrète des barthes de l'Adour, côté landais, par temps bleu et froid. « Marais pris en écharpe par le brouillard (...) qui exhale, comme une immense tisane glacée, ses aromates nocturnes. Ou encore : Le marais est un immense frémissement(...) une mosaïque de flaques de cristal brisées de joncs, couleur mi-lune, mi-étain. » Puis les couleurs du marais contrastent avec la blancheur de l'hôpital où agonise son grand-père tant-aimé. La description de la mort, passage particulièrement beau du roman, montre la profondeur d'écriture d'un jeune écrivain de 23 ans devenu grand auteur du savoir-vivre.

    Un chasseur de saisonsRoman couleur d'automne jusqu'à la mort du grand-père d'adoption, « le grand-père était mort en hiver », puis le livre voyage au printemps dans les Pyrénées basques au dessus de la forêt d'Iraty et devient roman d'été lorsque Jean se souvient des après-midi écrasées de soleil en Algérie, au pays des clémentiniers, des orangers et des citronniers. Mais ce sont toujours les oiseaux qui rythment les pages de Mazzella, chasseur de saison en saison. « Un pollen tardif chargeait un air tiède. Les Milans et les Buses paradaient encore. Les hirondelles et les tourterelles des bois se rassemblaient pour le grand départ vers le Sud. La saison de chasse allait recommencer. »

    Jean a rencontré au printemps cette « femme-renarde », Marie qui « exhalait un parfum sauvage, mélange de cèpe, de lichen et de paille brûlée qui le transportait dans un sous-bois trempé d'automne ». Mais le songe d'une bécasse jaillissant des roseaux, le claquement des ailes et le regard du chien rappelaient Jean à la chasse. « Non retour. Seul avec son esprit traqué par la disparition des êtres et par la transparence des choses. » Le sentiment de contingence de Jean exigeait qu'il s'entoure dès que possible de l'existence de la Nature.  

     

    Olivier Darrioumerle
    Olivier Darrioumerle

    Crédit Photo : Passiflores

  • Au cul des coqs dans la bruyère kazakh

    Capture d’écran 2013-10-16 à 09.20.18.pngL'une des magies d'Internet est de retomber sur un texte ancien, de le relire et de se dire : ça tient encore la piste (ayant davantage emprunté des chemins de traverse qui ont toujours engendré mes chemins d'écriture -que des routes droites et balisées), et de se dire donc : tiens, et si je le mettais en ligne, celui-ci... En voici donc un, dans les archives, qui fut publié par feu Le Journal des Lointains, que l'écrivain Marc Trillard dirigeait chez Buchet-Chastel. Une revue-livre littéraire dédiée au grand reportage; un ancêtre des mooks d'aujourd'hui, abondamment illustrés -à l'instar de l'emblématique revue XXI (Les Arènes), ou bien du jeune Long Cours (L'Express). Cela se passait au Kazakhstan en 1997. Et fut publié dix ans après (en général, je publie dix ans après).

    Nota Bene : c’était à la période où Lady Di mourût. Je l’appris avec une semaine de retard. Dans la steppe où je me trouvais –à huit mille cinq cents kilomètres de Paris, trois mille cinq cents de Pékin, à cinq heures de piste d’un premier village et à dix-huit du premier centre de soins hospitaliers, le monde pouvait tourner en vrille sans que je le sache. Et c’était bien ainsi… Surtout de réaliser qu'avec mes compagnons de fortune, nous faisions partie des rares humains qui apprenaient cette nouvelle planétaire avec tant de retard, en tombant sur ses portraits qui inondaient le kiosque à journaux de l'aéroport d'Istanbul, au retour de notre longue virée.

     

    AU CUL DES COQS DANS LA BRUYERE KAZAKH


    29 août. Vol Paris-Istanbul. Escale dans la capitale turque. Eternelle magie du voyage. Jusque dans les façons de faire pour reconnaître individuellement ses bagages sur la piste, avant de remonter dans l’avion... Ce qui me ravit délicieusement énerve toujours quelques grincheux qui ont vite recours à l’adjectif sauvage pour désigner les us d’une civilisation étrangère. C’est affligeant. Les veneurs qui sont du voyage et qui tenteront de prendre un cerf maral –le plus gros du monde- avec leur meute de quarante-deux chiens solognots et les petits chevaux kazakhs, sont moins cul pincé que je ne le craignais. Ils sont même assez chauds : chaque femme qui passe est déshabillée du regard et abordée sans ambages. Ils aiment aussi l’alcool et les cigares et semblent peu habitués à voyager. C’est de bon augure. Touffeur. Attente. Retard (prévisible) de l’avion pour Alma-Ata (j’ai du mal à dire ou à écrire Almaty car Alma-Ata, c’est comme Samarkand et Zanzibar, comme la route de la soie ou celle des épices : du rêve brut). Vendeurs de loukoums. La photo de Carole Bouquet au duty-free. Bu une bière tiède. 21 heures (locales). L’avion est plein. Beaucoup de chinois et de mongols, j’avoue ne pas les distinguer avec certitude.

    Vol Istanbul - Alma-Ata. 4 h 45 dans les airs. Il sera environ cinq heures du matin à l’arrivée (heure kazakh), soit environ deux heures du matin ce samedi 30 août en France. Là, nous avons le choix entre une visite de la capitale du Kazakhstan (aux allures de cité russe formée de gros cubes de béton triste), puis prendre un avion réputé improbable, voire périlleux (2 h 30 de vol) ou bien se taper, avec les chiens, environ trente heures de bus sur les « routes » …

    Autrement écrit, mon choix est fait. Je testerai le talent des pilotes de la Kazakhstan Airlines.

    Almaty signifie « le village des pommiers ». Kazakh, selon la même source –une brochure égarée-, signifie brigand, rebelle, guerrier nomade en lutte contre l’Etat, et ses compatriotes. De tels éclairages laissent à penser qu’un tel pays ne peut pas avoir de mauvais fond.

    Alma-Ata est appelée Almaty depuis le printemps 1993. Je reprends mes deux vieux Hemingway dans l’édition de La Pléiade. Les exemplaires sont fatigués, usés par les voyages que nous avons faits ensemble. Mais là, c’est différent, je les sors de la routine africaine, puisque je les ai emmenés en Asie.

     

    31 août. Après le vol Almaty – Ust-Kamenogorsk (vite surnommé : Ouste ! Calmez les gosses), à bord d’un avion d’une vétusté de cheval fourbu et de camion retraité  -il n’y avait même pas de ceinture de sécurité à mon siège-  , nous avons pris la route. Huit heures de bus prévues. Il y en aura dix-huit.

    Nous sommes déjà dimanche matin, il est 7 h 30, et nous avons dormi dans le bus, habillés, sur des sièges durs comme du bois ; au bord d’un lac immense, en attendant le bac qui doit nous faire passer. Malgré nos fusées éclairantes et notre klaxon qui déchirait un silence de nuit dans le désert, il n’est pas arrivé à l’heure, hier soir. L’explication est simple, et courante : l’équipage était fin saoul, à bord. Nous entendions leurs chants d’ivresse. Le bac a passé la nuit en face… Aube. Un vol de canards passe au ras de l’eau. Il y a des mouettes et, curieusement, des pigeons bisets surgis de nulle part, et une longue file de camions et de voitures derrière nous. Les Russes qui nous accompagnent sont toujours souriants et aimables. Depuis hier, nous mangeons un pain dur et gris, du saucisson de cheval, une sorte de gros fromage de vache à pâte molle, des petits-beurre et de l’eau gazeuse légèrement salée dans des bouteilles de plastique trop mou. Ce matin, ils ont trouvé le moyen de faire du thé : un bonheur ! Hier soir, l’atterrissage de notre petit Tupolev sur la piste d’Ust-Kamenogorsk fut splendide. Il était environ 19 heures, la lumière était douce et le paysage infiniment serein, vert amande. Rivière argentée, montagnes au loin, longue, longue plaine à donner envie de chevaucher sans fin. Un paysage de film russe. Nuit dans le bus qui cahotait, puis, à l’arrêt, dans le même bus, à la recherche du sommeil, entassé comme les autres sur les sacs et les sièges, la tête contre mon barda, dur, avec la mallette à cartouches pour oreiller, ma veste de chasse pour couverture et mes pataugas aux pieds depuis maintenant plus de 48 heures. Nous sommes précisément à Buhtarma. Cette première nuit kazakh fut si étoilée que j’ai trouvé –pour la première fois -, qu’il y en avait trop ! Et toujours ce temps superbe, bleu dur. 

    Traversée en bus de la steppe. Je me serais cru dans « Urga » et dans « Soleil trompeur », les films magnifiques de Nikita Mikhalkov, surtout lorsque nous avons perdu notre route (l’épisode fameux du camion qui cherche à retrouver son chemin, dans « Soleil trompeur », et qui traverse tout le film, ne quittera pas mon esprit pendant tout le voyage).

    Arrivée après 5 h 30 de chaleur, de poussière fine et pénétrante, de chaos qui faisaient ruer le camion-bus, au campement de yourtes. Le paysage immédiat est montagneux. Nous sommes à 1500 mètres d’altitude. Tout autour du campement,une large plaine sauvage d’herbes sèches qui alterne curieusement avec des champs de blé,  car on a de la peine à imaginer que l’homme puisse travailler le sol ou autre chose, ici, si loin de tout.

    J’ai vu une énorme crotte d’ours fraîche, en partant pour la première chasse. Charmant, lorsque l’on s’en va chercher des petits coqs de bruyère. Les ours viennent dans les champs, la nuit. Il y en a beaucoup, paraît il.  C’est un brun assez semblable au notre. Les loups aussi sont nombreux par ici. Les tétras-lyre sont en revanche assez rares. Le paysage m’évoque les plateaux de Castille. Je retrouve aussi la Russie des grands tétras. Mais foin des comparaisons, je découvre surtout le Kazakhstan dans toute sa beauté sauvage. Pas un avion ne passe, pas une trace blanche, donc, pour rayer le ciel bleu, ni l’écho d’un bruit. Cela devient rare. Au cours du premier dîner sous la yourte-restaurant, un chasseur de maral cita cette phrase fameuse de Charles X, dans une lettre à sa femme : « Madame, il fait grand vent et j’ai pris trois loups »…

     

    1 septembre. Aujourd’hui, je n’ai tiré que deux cartouches avec mon petit calibre vingt : deux tétras au tableau (pourvu que ça dure). Les paysages sont splendides. Les couleurs d’automne : mordoré, jaune, rouge, habillent les arbres dont les tons changent vite. La montagne est sèche, l’herbe et les bois cassants. Le vent est tiède et très desséchant aussi. Nos lèvres gercent et se fendent. Le guide de chasse kazakh fut un peu benêt : il semblait découvrir les territoires en même temps que nous, mais la journée fut belle. Nous avons trouvé un piège à ours artisanal : un braconnier avait installé une carcasse de cheval (et une autre de chien, ou bien c’était la victime du piège devenue appât). L’entrée du piège était barrée d’un fil de pêche tendu à hauteur d’un ours marchant à quatre pattes. Une grosse branche avait été disposée pour forcer l’animal à entrer ainsi car, au bout du fil, la détente d’un vieux fusil à un coup du type Simplex ou Baïkal, solidement attaché et dissimulé, devait porter un coup de feu à la tête et à bout portant. C’était la seule entrée du piège : les trois autres côtés étaient barrés par d’épais branchages. Les braconniers font cela pour la peau de l’ours.

    Au retour, je me suis baigné dans l’eau glacée d’un torrent, sous l’œil d’un aigle (et de Samia, l’unique femme de l’équipée. Elle a dix-neuf ans, son bac en poche, et s’offre un grand voyage dépaysant parce qu’elle adore la chasse. Elle est très belle. Très blonde. D’origine Germanique. Vierge, sans doute). Vivifiant à crier ; le bain.

    La soirée fut longue et arrosée, placée sous les signes entrelacés de la vodka et des chansons ; nous avons ri sous les étoiles très tard dans la nuit, avec nos compagnons kazakhs, jusqu’à ce qu’un chasseur se mette à hurler depuis sa yourte, « vos gueules ! ».

    Bonne nuit.

     

    Mardi 2 septembre. Ce matin, réveil vers 9 h 30, calmement. Nous allons monter les chevaux kazakhs. Aucune chasse n’est prévue, sauf que j’ai envie, avec mes deux compagnons de chambrée (ou de yourte) d’aller faire un tour à cheval, carabine en bandoulière, là où passent parfois les loups, selon les guides ; puis de vérifier si la bécassine solitaria, qu’un veneur m’affirme avoir levé, se trouve encore autour du petit marigot, au-delà du campement. L’équipe de TF1 est arrivée dans la nuit. Ils dorment, sauf Christophe, qui prépare le tournage en lisant sa documentation. Il fait grand vent (doux) et je n’ai pas vu, pas pris, de loup…

    J’ai bu l’eau de la rivière et ne fut pas dérangé. Il est recommandé, avant cela, de vérifier si une carcasse de cheval ne traîne pas dans l’eau, en amont ; les kazakhs ayant la fâcheuse manie d’abandonner dans le courant et pas sur l’herbe. Nous sommes au cœur de la civilisation du cheval : le peuple kazakh, nomade, le monte (ils semblent nés sur une selle) et le mange.

    Merveille de pouvoir ainsi boire l’eau pure d’un pays sauvage, préservé (je serai sourd, tout au long du séjour, aux dires concernant les essais nucléaires répétés –mais où ?- et sur la radioactivité élevée du pays)… Après-midi douce. Lumière extraordinaire, à rendre fou un photographe. Les bouleaux prennent un peu plus d’automne chaque jour. Monter à cheval dans un tel paysage n’a pas d’équivalent. Nous avons tourné ensemble, avec TF1, notre recherche de la bécassine solitaire. Nous n’en avons vu (et pris) qu’une ordinaire. Et examiné de belles crottes d’ours pleines de baies à peine digérées. Certains ont aperçu des loups. Demain, les veneurs chasseront. Les chasseurs à tir comme moi pourront les suivre à cheval ou bien marcher derrière les coqs de bruyère, ailleurs. Je ne partirai pas avec les veneurs à cause des plaies que la selle kazakh, a déjà infligé à mes fesses. Il est question de faire une battue au loup, après-demain. Puis de partir vers un camp volant dans les parages duquel vivraient quelques chevreuils de Sibérie et de nombreux tétras. Chouette programme en perspective. L’impression de dépaysement que je ressens est telle que le mot dépaysement me paraît désuet. J’ai la flemme de chercher le mot ad hoc.

    De là, nous passerons à nouveau par Ust-Kamenogorsk.
    Bonheur de se laver dans la rivière ou de prendre un banhia, cette sorte de sauna russe improvisé sous une yourte hermétique, qui garde la chaleur d’un poêle. De laver mes vêtements dans le courant du ruisseau, d’observer ces ciels incroyablement étoilés. Samia, dans la yourte qui abrite le banhia, m’a appelé pour que je vienne lui frotter le dos. Je l’ai fait avec reconnaissance.

    Isolement et bonheur simple. Ce soir, les veneurs et leurs 42 chiens sont partis bivouaquer loin d’ici, pour chasser de bonne heure demain. Sans les aboiements incessants de la meute, parquée dans un chenil de fortune, la nuit sera plus calme.

     

    Mercredi 3 septembre. Ce matin tôt, quatre loups sont passés en trottant sur la crête au-dessus du campement, à une centaine de mètres, tandis que j’achevais mon thé. Un cheval découpé hier, et dont les restes ont été laissés sur place, à proximité des yourtes, les aura attirés. Ils se sont arrêtés, m’ont regardé, et disparu dans la coupure du jour, à l’embrasement de l’aube. Le camp est vide, nous partons chasser le coq. Il fait froid la nuit, et chaud durant la journée. A huit heures, le pull-over devient incommodant. Journée dure (physiquement) mais saine, beaucoup d’oiseaux défendant chèrement leur peau,  crapahut sur des crêtes et des pentes escarpées, échappée belle et montagnarde. Comme j’aime. Nous avons appris à boire l’eau des ruisseaux, à plat ventre, à l’aide d’une paille que l’on confectionne en  coupant une branche de sureau. Bain, presque nus, dans la rivière. Le bonheur inouï procuré par la première gorgée de cette bière locale, même tiède, appelée « Faxe », lorsqu’on ne l’attend pas, ou plus…

    Et cette soif immense, ce bonheur de boire à une source qu’il faut imaginer pure, ou bien à laquelle il vaut mieux ne pas penser. Volodia, le chauffeur, m’a tendu depuis son camion un verre de vodka kazakh, au moment où le soleil disparaissait à l’horizon et où des tétras-lyre quittaient les vallées fraîches pour se rendre au gagnage dans les champs de blé, sur les plateaux. Plaine rase et paysage infini de montagnes mauves. Au cours du dîner, les veneurs ont raconté comment ils avaient « attaqué » un cerf maral ce matin, puis leur déconvenue, la perte de plusieurs chiens. Le banhia fut salutaire, après cette journée écrasante de chaleur. Je me serais cru à nouveau sur les plateaux de Castille en août, lorsque l’on y chasse la caille ; ou en Corse –le grésillement perpétuel des insectes en moins. Avant de dîner, j’ai pris un cheval sellé et, carabine dans le dos,  suis parti au-delà des collines qui entourent le campement, avec l’espoir d’apercevoir encore quelque loup…

    Je repense aux quatre silhouettes de l’aube. Longtemps, je les verrai repasser dans ma tête, sur cette crête découpée comme une mâchoire.

     


    Jeudi 4 septembre.
    Affût à l’ours, très tôt. Nous sommes partis chevaucher vers 5 heures 30 et nous nous sommes postés loin de nos chevaux, éloignés de plus de quatre cents mètres les uns des autres, derrière des rochers. J’étais flanqué de l’équipe de TF1, qui a l’habitude de rester immobile et silencieuse. À midi, nous avions pour invités quelques apparatchiks locaux, sans doute attirés par un possible bakchich. Les organisateurs français de ces chasses doivent savoir les flatter de temps à autre… Ce soir, je reprendrai un cheval sellé et je repartirai en balade jusqu’au couchant, ma carabine dans le dos et les jumelles battant mon ventre, « dans la nature, heureux comme avec une femme » (Rimbaud) à moins que Samia ne veuille m’accompagner.

     

    Vendredi cinq septembre. Temps couvert. Je n’ai pas eu le courage de me lever à 5 heures pour aller à la rencontre des loups avec mes compagnons de yourte, et je m’en veux. Une grande battue collective est organisée aujourd’hui. Ours, loups, marals, chevreuils de Sibérie et autres lynx peuvent être aperçus. Nous ne verrons rien. Sauf un paysage grandiose et des lumières d’une beauté rare. Le meilleur, ce fut de retourner à cheval jusqu’au campement (l’aller avait été effectué en camion) : deux heures trente de galop et de trot, à cinq cavaliers, dont un kazakh facétieux qui veillait sur nous et s’amusait à tenter d’attraper nos chevaux au lasso, et à essayer de dénouer nos selles pendant le galop. Nous avons fait la course sur les chemins avec eux, et j’étais comme un cosaque de sous-préfecture.


    Samedi six septembre. Il a plu toute la nuit et il ne fait plus chaud mais assez frais. Il paraît que la neige peut arriver très vite et qu’en quelques jours nous passions d’un climat estival à l’hiver, le vrai, avec une épaisse couche de neige. Les kazakhs commencent d’ailleurs à démonter quelques yourtes. Le campement sera bientôt déplacé vers une zone plus clémente. Chasse au tétras. Le peu d’oiseaux que nous réussissons à capturer améliorent l’ordinaire, fait de cheval à midi et de cheval le soir… Nous avons dormi sur les chaumes, à l’abri du camion, après le casse-croûte de midi. Passée aux coqs, le soir. Les voir planer, ailes arquées, comme des bolides d’un autre temps, est un ravissement. Je ne peux me résoudre à les tirer, ce soir. Les copains s’en chargent. Nous en plumerons pour le dîner.

     

    Dimanche sept septembre. Nous quittons le campement. Le long trajet de retour commence. Journée passée dans le bus, depuis les yourtes que nous avons longtemps regardées derrière nous et à travers le nuage de poussière du camion, jusqu’à Ust-Kamenogorsk, via le bac qu’il fallut bakchicher de plus de 200 dollars afin qu’il parte plus vite, ceci pour ne pas rater l’avion. Nous l’avons eu (nouveaux bakchichs et palabres interminables avec les autorités pour les armes et l’excédent de poids, qui grève nos réserves en liquidités).

    Délices et affres du voyage dans un bus fatigué de rouler comme un vieux canasson fourbu. Les arrêts, les pauses, les petites pannes et ça repart, les sautes d’humeur du moteur, la côte qui essouffle le vieux cheval de métal jusqu’à l’inquiétude, l’inconfort auquel personne ne fait plus attention ; la beauté salutaire, salvatrice, des paysages immenses et ces lumières splendides du Kazakhstan effacent tous les déboires ordinaires –lesquels, de toute façon, font le piment de tout voyage. « Sérénité crispée », préciserait René Char.

    Au bac, devant le lac, des gamins qui ne semblent rien posséder nous ont offert des poissons séchés, un homme nous a servi de la vodka maison qui tenait de l’éther et du désinfectant domestique, et une femme est venue ajouter une pastèque à ces dons du fond du cœur. Vive émotion parmi nous (si j’excepte les propos déplacés, mais vite matés, sur la nourriture pleine de microbes qu’il ne faut pas toucher…). Dîner rapide à Ust-K., dans un restaurant sinistre, dans cette ville sinistre elle aussi.  Le Tupolev, aussi usé que le bus, a péniblement décollé pour Alma-Ata. Une hôtesse est venue me demander si je possédais un revolver. Ma voisine de gauche sera habitée par le soupçon jusqu’à l’arrêt complet de l’appareil à l’arrivée. Au restaurant, quelques heures auparavant, nous fûmes comme des enfants, plantés devant une grande glace : après tant de jours sans nouvelles du monde ni de nous-même, certains se sont trouvés amaigris et bronzés.

    Sur le trajet du retour, lors de haltes dans des hameaux, j’ai offert quelques couteaux de poche et des dizaines de stylos. Les couteaux pour les hommes, les stylos pour les enfants (et des regards pour les femmes) parce que la culture se transmet par le trait (par l’écrit ou par le dessin). Et que donner un stylo (là où on n’en trouve aucun) me semble être un geste symbolique fort, davantage que l’illustration caricaturale du colonisateur qui jette les bics aux gamins africains, du haut de son 4x4 filant à vive allure…

     

    Lundi 8 septembre. Départ d’Alma-Ata après une courte nuit à l’hôtel. Blattes, robinetterie défectueuse, eau brune, personnel froid, lit passable, interminables formalités administratives avant d’obtenir la clé de la chambre ne m’ont jamais exaspéré. Ailleurs comme ici. Surtout ici où, dès lors que l’on est immergé dans les difficultés locales, notre patience se renforce et le chasseur voyageur acquiert une certaine sérénité devant toute difficulté.

    Vol pour Paris via Istanbul. Survol magnifique de la Géorgie, de l’Azerbaïdjan  et de l’Arménie. Ciel bleu dense et montagnes enneigées. Nous sommes passés juste au-dessus de Tbilissi. Transit en Turquie. Certains d’entre nous en ont marre : c’est ce fameux empressement de retrouver son chez soi aussitôt que nous sommes sur le chemin du retour… Plusieurs d’entre nous toussent ; moi, j’ai mal à la gorge et ne parviens pas à faire cesser un saignement de nez intermittent depuis plusieurs jours. D’autres ont de sérieux problèmes intestinaux, c’est la « tourista » de règle (transit double). Dans la salle d’embarquement, bigarrée comme j’aime, le contraste saisissant d’une jeune fille en gandoura noire et tchador jusqu’aux yeux, chaussée de baskets vert cru très tendance, aux semelles compensées et walkman sur les oreilles. Je mange des loukoums. Des bébés braillent dans tous les coins. Et il y a toujours un imbécile (blanc) pour se plaindre des étranges manières des étrangers, chez eux... Nous apercevons la ville d’Istanbul au-delà des avions. Elle est très proche. Il est toujours un peu frustrant de ne pouvoir visiter une telle ville lorsque l’on se trouve ainsi entre deux vols ; assignés à résidence. Les yeux verts et les yeux bleus, si clairs, des visages turcs. Leur beauté paysanne rugueuse et forte. Visages d’hommes rudes, durs, comme dans les films de Ylmaz Güney, notamment « Yol ». À côté d’eux, les canons de la beauté dominante, internationale, blonde et pâle, me semblent anémiés, privés de force et de caractère. L’avion est plein d’enfants. Les passagers sont presque tous Turcs. Vont-ils tenter une autre vie en France ? Couleurs, voiles, yeux clairs, regards droits. Paris est raide, devant. Et possède encore le goût rogue de la fadeur jalouse. Partir, vite. Repartir…

    ©LM

  • Dans Sud-Ouest Pays basque

    ...De ce matin (signé Emmanuel Planes). Bon, bé, ça sent Noël tout ça :


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  • A lire chez Mango (Liratouva)


    http://liratouva2.blogspot.fr/2012/12/chasses-furtives-de-leon-mazzella.html#comment-form

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    Auprès de l'éditeur : http://www.editions-passiflore.com/35-chasses-furtives.html  (port gratuit). Ou bien demandez-le à votre libraire s'il ne l'a pas en rayon.

  • Grands reporters

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    Voici un 10/18, Grands reporters,  à garder précieusement. Plus de 800 pages de pur talent. Cent reportages d'exception de 1950 à aujourd'hui, choisis par d'anciens Prix Albert-Londres et parmi les reportages qu'ils ont particulièrement aimé écrire, au-delà de ceux qui leur ont valu le prestigieux prix.

    Un pur régal en somme. Henri de Turenne, Yves Courrière, Jean Lartéguy, Henri Amouroux, Josette Alia, Jean-Claude Guillebaud ouvrent le bal. Excusez du peu. Suivent des perles : Veilletet, Pomonti, Niedergang, Kravetz, Hoche, Ullmann, Chalandon, Caradec'h... Les signatures de nos années de formation, d'éveil au métier. Celles que nous guettions au kiosque et que nous dévorions avec autant d'avidité que les nouveaux livres de nos auteurs préférés en librairie. 

    Et cela fait un bien fou de lire ou relire leurs récits, leurs impressions, leurs propos recueillis au Vietnam, en Espagne, à Prague, en Afrique, dans le djebel, en banlieue ou à Jérusalem. Un tel bouquin nous enchante autant qu'un recueil de reportages d'Albert Londres, le maestro, dont le nom désigne donc le prix qui récompense les meilleurs reportages et les meilleures plumes de l'année.

    C'est truculent, ça swingue à chaque chapitre, car une nouvelle personnalité apparaît, s'imprime dans l'esprit, s'impose à force de mots choisis façon percutante et que le journalisme, écrire pour le journal, c'est ça aussi.

  • Bayonne par Toulet

    téléchargement.jpegOh, c'est loin d'être le meilleur poème des Contrerimes, de Paul-Jean Toulet, mais il s'intitule Bayonne, alors... Et puis j'y vois -mais c'est personnel- tant de choses dans cette rue Port-Neuf effleurée par Toulet, de l'héritage au coeur en morceaux, de l'insupportable soeur aux alarmes -et aux larmes que seul un chocolat chaud (de Cazenave) est capable de sécher.






    Bayonne ! Un pas sous les Arceaux


    "Bayonne ! Un pas sous les Arceaux,
    Que faut-il davantage
    Pour y mettre son héritage
    Ou son coeur en morceaux ?

    Où sont-ils, tout remplis d’alarmes,
    Vos yeux dans la noirceur,
    Et votre insupportable soeur,
    Hélas ; et puis vos larmes ?"

    Tel s’enivrait, à son phébus,
    D’un chocolat d’Espagne,
    Chez Guillot, le feutre en campagne,
    Monsieur Bordaguibus.

    Paul-Jean Toulet, Contrerimes (Poésie/Gallimard).


    ALLIANCES

    FRAPIN_multimillesime_serie5.jpg(En-deçà du chocolat chaud). Une fois n'est pas coutume : en pays d'armagnac, voici une recommandation -rarissime sur ce blog- pour un cognac. Frapin, le "trésor" du château Fontpinot, propose une Grande Champagne nommée Multimillésime n°5 : 1982 - 1986 - 1989. Décidément, la mode est au n°5 (Laubade, déjà -lire plus bas à la date du 24 novembre), soit au parfum dont une seule goutte habillait Marilyn Monroe pour la nuit. Là, il s'agit de la 5ème édition d'un multimillésime maison. Le 1982 apporte ses notes de rancio, de fruits secs et d'épices douces. Le 1986 enrichit l'assemblage avec ses notes fruitées et de fleurs blanches. Le 1989 offre enfin son bouquet fleuri, ses touches d'abricot sec et de compote de coing. Nous y avons également apprécié, à l'épreuve du verre sec, ses arômes de boîte à cigares et de cheminée chaude. Série très limitée (1270 ex. 180€). 

  • Islay al Dante

    12yearsold.pngLes single malt de Bowmore 12 ans, 15 ans ou 18 ans d'âge possèdent un subtil arôme tourbé que la distillerie prend à sa source, dans l'eau d'une pureté confondante du fleuve Laggan. Bowmore est l'une des huit distilleries de la toute petite île d'Islay et elle fut fondée en 1779 par un marin nommé David Simson. C'est aussi l'une des très rares distilleries à produire sa propre orge maltée sur aire, retournée comme il se doit par les malteurs à l'aide de pelles à malt en bois. Le maltage est l'une des sept étapes de l'élaboration d'un whisky. Il est suivi du séchage au four, du broyage, du brassage, de la fermentation, de la distillation et enfin de la maturation. La présence d'un parfum de sel marin signe les grands Islay comme le 12 ans d'âge à la robe ambrée et chaude, au nez fumé et miellé avec une pointe d'agrume et à la persistance, en bouche, où perce une note cacaotée et finement tourbée. Le 15 ans, Darkest, porte bien son nom. Plus boisé, plus puissant aussi, il dégage des flaveurs de cèdre et de Xérès qui rappelle l'origine des fûts dans lesquels il vieillit. Le 18 ans, plus doux mais si fin, légèrement caramélisé au nez, exprime un fruité exotique en bouche et possède une finale qui répugne à mourir et dans laquelle nous retrouvons l'iode, la tourbe et le parfum de l'herbe coupée que les si nombreux cerfs d'Islay broutent la nuit (32€ le 12 ans).

    Zimages.jpgAlliances : La Comédie, du divin Dante, dans sa nouvelle édition avec une traduction révisée, signée Jean-Charles Vegliante, publiée par Poésie/Gallimard. Parce que cet inoxydable chef-d'oeuvre (de 1250 pages dans la présente édition bilingue), peut ressembler aux tempêtes qu'essuie Islay et particulièrement la distillerie Bowmore, dont les flancs blancs sont régulièrement battus par les vents et les vagues comme un insubmersible rafiot. Et que Bowmore est un whisky diabolique. Comme La Comédie est un fleuve immense au débit bouillonnant qui emporte le lecteur comme une bûche dans un rapide. Par opposition, l'accord se fait, qui procède comme souvent d'un paradoxe et d'une sensationnelle tension.

  • souvenirs du paradis et autres sites paysagers

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    Souvenirs du paradis. Le titre, déjà, est une invitation au voyage. Ce voyage est poétique, photographique, architectural mais c'est d'architecture des jardins qu'il s'agit dans ce magnifique album très richement illustré. Johann Kraftner, son auteur, a consacré quinze années de recherches et de voyages à travers le monde pour faire ce livre (Actes Sud) qui collectionne les chefs-d'oeuvre de l'architecture des jardins. Baroques, classiques, contemporains, italiens, français, japonais... Chacun est remarquable et reflète les plus belles réalisations du genre à travers le monde. Emblématiques pour certains, inédits pour d'autres, tous ces jardins constituent des sujets d'étude pour de futurs architectes-paysagistes. De l'Arcadie retrouvée (Italie) aux jardins anglais et leur mise en scène caractéristique, du style enchanteur aux folies de l'imagination, des structures japonaises conçues par abstraction pour la méditation, des parcs-jardins aux cours fleuries, des espaces privés somptueux aux commandes les plus capricieuses, les plus délirantes aussi, ou bien pragmatiques -s'agissant de réalisations à destination d'un public urbain, ce voyage à travers l'espace-temps du jardin appréhendé comme un monde d'harmonie et de paix, par la grâce du végétal et par la main habile de l'homme, est ici réuni dans une somme précieuse.

     

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    Michelin ne s'intéresse pas qu'aux bonnes tables et aux bons hôtels. En publiant le Guide des Parcs et jardins de France, Bibendum a sélectionné plus de 200 sites emblématiques sur les 2000 classés et jouissant d'une protection au titre des Monuments historiques. Remarquables pour leur originalité, leur rareté et leur exotisme, ces sites sont autant de buts de balades à travers les routes de l'hexagone. Classés en six catégories : cottage, contemporain, utilitaire, botanique/exotique, paysager, régulier, ils sont richement illustrés (rare pour un guide chez cet éditeur) : 350 photos pour 300 pages environ. Un livre -pratique comme il se doit- à laisser dans la voiture, assurément.

     

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    Demain? Déjà? L'Observatoire des Tendances du jardin a 10 ans et il fête cet anniversaire en publiant un numéro essentiel. Ce carnet n°10 revisite dix thèmes, comme Le nouvel exotisme (plantes indigènes près de chez vous), La nature urbaine (d'un jardinier rebelle), Profession d'avenir (pépiniériste), Technologies avant-gardistes (pour jardins de lumière), et aussi Les jardins expérimentaux, Les plantes acrobates qui défient les forces de la pesanteur, La ville comme terrain d 'expériences fertiles pour les futures générations de jardiniers... Riche de textes d'experts, illustré avec tact et science sans être abscons, voici une publication de garde où l'on retournera souvent.


    ovg0033_La_France_des_paysages_full.jpg

    La France des paysages (Omniscience) recense les plus beaux sites de France. Une équipe de spécialistes a contribué à l'enrichissement d'un album dont l'iconographie est irréprochable. Ce qui frappe dans cet ouvrage, c'est l'originalité de son approche. Ce sont des sites géologiques qui ont été retenus. A partir de la géologie du paysage, une infinité de promenades pédestres, culturelles, imaginaires est en effet rendue possible. Toute randonnée en est même magnifiée. La magie opère, y est-il rappelé, à partir d'une simple lumière particulière qui fera apparaître un détail insoupçonné, lequel participera de l'émerveillement, pour qui sait s'arrêter, observer et non plus voir seulement. De la métaphore à la réalité, le paysage est une marque concrète qu'une société donne à sa relation à l'espace et à la nature. L'ouvrage invite par conséquent à une relecture des récits des écrivains voyageurs comme Hugo, Maupassant, Elisée Reclus entre autres exemples emblématiques du XIXème siècle seulement. Les lieux célèbres : dune du Pilat, roche de Solutré, Puy de Dôme, côte de granite rose, cap Fréhel, Crozon, l'île de Groix, cap de Bonifacio, Fontainebleau, Peyrepertuse, gorges du Tarn, chaos de Roquelaure, cirque de Gavarnie, falaises d'Etretat, calanques proches de Marseille, mont Ventoux, ainsi que la montagne Pelée (Martinique) ou la soufrière (Guadeloupe) et encore Bora Bora (Polynésie) ou le piton de la Fournaise (Réunion), et tant d'autres figurent bien sûr dans l'ouvrage, aux côtés de sites moins connus mais tout aussi enchanteurs. Tous nous rappelent la richesse protéiforme de la France, vu sous l'angle géologique, cette matrice, cette source d'enchantements fondateurs qui forgent le regard du promeneur depuis l'aube de l'humanité.

  • Intemporel N°5 de Laubade, havane et Gracq boum hue!

    Je ne connais pas de meilleur chasse-spleen, tonifiant comme les oeuvres complètes de Cioran (puisqu'il me galvanise à l'envers avec son pessimisme érigé en système de pensée), de meilleur compagnon à un havane rare -et un ami : indispensable!-, de meilleure escorte à une Pléiade racornie par tant de feuilletages avides, de Gracq (les somptueux poèmes en prose qui composent Liberté grande, ce coup-ci), de Saint-Simon ou de Flaubert (ce plaisir enfant de relire...), à une poêlée d'helvelles crépues, des champignons cueillis par ma fille dans l'Aube et qui ont un sérieux air de famille -croquant, saveurs-, avec les morilles, que l'Intemporel n°5 de Laubade, un armagnac hors-normes, hors-tout. Laissons les bêtes de concours à leurs compètes. Intemporel N°5, j'en ferai bien mon parfum et d'ailleurs il faudra que je le dise à Jean-Jacques Lesgourgues, propriétaire de Laubade : j'en ai mis une goutte sur l'index et m'en suis parfumé les deux côtés du cou sous les oreilles et jusqu'à la chemise plusieurs jours durant. C'est super. Ça fonctionne. Ca le fait papa, ai-je entendu dire. Il ne manque plus que le vaporisateur sur le goulot, comme je l'avais dit il y a des années à Brigitte Lurton, lorsqu'elle dirigeait un sauternes d'exception, le château Climens, à Barsac. Du très haut-vol. Ces alcools, ces vins presque parfums sont presque parfaits. Et c'est heureux qu'ils demeurent en deçà, car l'imperfection est la cime, dit avec justesse Yves Bonnefoy (à la suite de Rilke), et la cicatrice est bien la marque qui singularise la beauté davantage qu'un tatouage. Non? -Cependant, je ne vois pas la fêlure, je ne trouve pas la faille en humant longtemps, longtemps, longtemps (l'armagnac se respire jusqu'à plus soif), puis en buvant un peu cet alcool gascon, sauvage, paysan à chemise blanche mais pas fermée jusqu'en haut, jamais guindé, ignorant avec superbe et l'emprunt et l'artifice, cet alcool plus bronzé qu'ambré, au regard droit (et à la fin il faudra bien que le coeur se brise ou se bronze, nous chuchote Chamfort), cette franchise intérieure en bouteille, ce truc magique qui sort d'un alambic et qui est à mes yeux davantage mystérieux qu'un tube cathodique, que l'appel que je reçois depuis mon téléphone portable. L'armagnac. Le Bas-Armagnac. Laubade, Intemporel N°5 -et dieu sait si la gamme de Laubade est riche, complexe, envoûtante dans le dédale du temps, de ses millésimes si expressifs-, est une synthèse. Synthèse des meilleurs millésimes -certains sont quinqa comme moi : Vé! Conservés dans ce beau domaine cerclé comme des douelles d'un paysage d'une douceur inimitable en Cognac, cela va sans médire (on est Armagnac ou Cognac comme on est Rolling Stones ou Beatles, Klimt ou Dali, chocolat amer ou au lait). Assemblage subtil, fruit de l'harmonie des quatre cépages rois de l'appellation, avec le Baco qui se taille la part du lion (43%). Sa robe profonde m'évoque des vers de Baudelaire et un sous-bois chalossais, voire la forêt d'Iraty dans l'arrière-automne. Après la palombe, pendant la bécasse, avant la neige, pendant un rêve d'ours. Au nez, j'ai relevé ce que me disait le domaine, pour vérifier et j'ai tout coché : rien ne manque : ce rien de zeste d'orange confite comme chipé au fond d'une assiette au cours d'un coquetaile littéraire (orthographe à la Nimier) enflé de strass, de jalousies, de coups bas et de faux semblants; le clou de girofle pommé dans un plat de lentilles du premier janvier ou qui nous rappelle en nous faisant frissonner le pansement antique du dentiste : le clou importun/important que l'on chope entre les dents sans le voir comme on écrase un grain de poivre bien rond en mâchant une tranche de saucisson -ça dure et le point d'orgue sensoriel est aussi long à venir que la fin d'une anesthésie de gencive... Le caramel carré Dupont d'Isigny de notre enfance, à l'entracte au cinéma La Feria, à Bayonne, le jeudi après-midi (on y projetait Ben Hur ou Autant en emporte le vent). Il était mou et il collait un peu mais aux doigts seulement en l'ôtant du plastique -pas aux dents, mais ça nous empéguait quand même les phalanges le film durant. Il avait ce côté rimé que l'on retrouvait dans la casserole de Mamie lorsqu'elle achevait le riz au lait. Dans Intemporel aussi, car c'est une source proustienne où les madeleines sont des étincelles de mémoire affective et sensuelle, il y a ces souvenirs qui remontent du verre ad hoc -bien refermé. La cannelle et le cacao, en respirant à fond, les yeux fermés, me propulsent dans un roman de Jean Forton, au coeur d'un poème de Jean de La Ville de Mirmont, soit sur les quais de Bordeaux lorsque c'était il y a longtemps, quand l'existence était en noir et blanc nous semble-t-il, un vrai port avec des bateaux, des marins, des barriques, des bois exotiques, des odeurs partout, des bars à putes et des tentations, des sensations de voyages immobiles mais planants. Laubade vous offre ça. Il y a encore -ce n'est pas fini- du pruneau confit, avec son noyau (important le noyau, il apparaîtra dans le verre sec, et surtout le lendemain matin puisqu'il sera interdit de le laver car il faudra le laisser là pour le respirer au réveil), de la pomme au four un rien cramée parce qu'on aura mal réglé la chaleur et du tabac respiré à même la blague. Sans rire. En bouche, puisqu'il faut s'y résoudre à notre nez défendant, il y a de l'épicé, de la puissance contenue, une lionne qui ne dort que d'un oeil toujours, une grosse cylindrée qui ignore tout de la frime, une touche d'amande grillée, une douceur qui n'en finit plus de caresser notre langue et de réveiller notre palais en le piquant un chouia. Le bonheur passe le grand braquet, car avec un bas-a, soit avec un être vivant qui n'arrête pas de bouger comme un bel oiseau que l'on contient, pataud, à pleines mains, ça évolue, ça bouge, ça voyage, ça circule, ça se dirige tranquillou -au nez encore et en bouche aussi, té! Enfin bon, là ça touille, ça se mélange, ça s'escrime et ça ping-pongue- vers l'empyreumatique via le fruit confit; vers l'ineffable parfum de bitume en été juste après une pluie soudaine. Celle qui, à la plage, fait bêtement sortir les gens de l'océan et puis qu'à l'arrière de la Floride décapotée de maman, une fois tout plié, on rigole, enfants, parce que les grosses gouttes de pluie jouent de la batterie sur la carosserie et sont douces à nos lèvres salées. Retour de la Chambre d'Amour. Oui, c'est bien cette odeur chaude de route martelée par surprise et qui fume après la pluie d'été que je chope au vent de Laubade... Et encore la réglisse Haribo en rouleau, pas le Zan! Ça déménage jusqu'à la dernière vapeur de la dernière goutte. Celle qui donne naissance à l'esprit, cette étrangeté qui prolonge le voyage des heures durant. Alors merci à ceux qui oeuvrent à son élaboration, au premier rang desquels il faut saluer Arnaud Lesgourgues. Et j'arrête là, d'un coup -cut- car mon havane (Montecristo "A" -Et merde! C'est pas tous les jours dimanche. D'ailleurs c'est samedi), en est à son quatrième tiers et qu'il me brûle les doigts et que ceux-ci tapotent également l'ordi avec moins de dextérité que Glenn Gould son piano lorsqu'il vivait Bach.

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    96€ départ cave. Eu égard à cet alcool d'Apollinaire, dyonisiaque, bachique et hédoniste en diable, élu -au passage- World Best Brandy à la San Francisco World Spirit Competition en 2007, c'est que dalle. Et qu'un flacon vous dure toute la vie, si celle-ci est faite de mémoire.

     

  • La bière est une femme

    Ce que je préfère dans la bière, c'est la moustache blanche qu'elle laisse sur ta bouche lorsque tu bois à mon verre et que tu ris d'aise, coquine au regard de voleuse de cerises. Ce n'est ni une Kriek, ni une Mort Subite, mais une blonde à l'amertume bouleversante venue des contrées de Hamlet, le Danemark. To beer or not to beer ?... Nous dînons sur les Champs, ce n'est pas un déjeuner sur l'herbe, pourtant l'aneth embaume la table, le saumon porte un nom de baiser, de chanteur  -Bécaud ; et je t'embrasse.  J'absorbe l'écume de basse mer sur le liseré de ta lèvre supérieure. Nous avons sillonné la Scandinavie et la Belgique des abbayes de brasserie en brasserie, comme des moines trappistes.

    *

    Ambrées, rouges, gueuzes à la bulle fine comme le meilleur champagne, bulle grossière de certains lambics, kirschées,  cidrées, maltées à mort, épicées, nous avons bu l'alcool de ta passion.  J'ai suivi. Moi le buveur de bordeaux. Certains soirs, aux alentours de minuit, lorsque notre identité ignore les frontières, nous entrions dans une toile de Brueghel le Vieux. Je tenais ma chope aussi sûrement que tes hanches.

    Tu invoquais Gambrinus, le roi légendaire, protecteur de la bière. Je pensais au meilleur café du monde que l'on boit au bar éponyme de Naples. Tu précisais que dans l'Egypte ancienne, la bière, d'origine divine, était placée sous haute et double protection : celle d'Isis, déesse de l'orge et celle d'Osiris, le patron des brasseurs. D'après Le livre des rêves, un rêve de bière est un présage favorable. Patron, remettez-nous  ça !..

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    Tu me dis qu'elle a toujours été un Hausgebräu, une activité domestique réservée aux femmes, comme la cuisson du pain. Dans la mythologie germanique, comme dans une saga romanesque scandinave, celle qui fait la meilleure bière –fut-ce avec sa salive pour levure-, décide du choix d'Odin… C'est ainsi que Geirhildr emporta le cœur du roi Alrekr en laissant  Signy fermenter son chagrin au pied de  l'alambic.  La déesse de la bière fait aussi la cervoise dans le Bas-Rhin médiéval. De nos jours, lorsqu'elle porte les chopes par demi-douzaines entre les bancs d'une brasserie peuplée de marins, j'entends Brel. Et je ferme les yeux sur celui qui caresse ses fesses en passant. En pensant au bas de tes reins. Au parking sous tes reins, aussi.

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    Tu féminises ton alcool préféré à outrance. La bière, dis-tu, est sensible à toutes les infections tandis qu'elle fermente. L'orage est un fléau aussi grave qu'une femme ayant ses règles : si celle-ci vient à pénétrer une cave de fermentation, la bière tourne. Faemina menstruata est une croyance dure qui perdure. Un spectre aussi redoutable qu'une sphinge à l'entrée du sommeil.

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    Tes souviens-tu du Fischermännele, le petit garçon Fischer des plaques émaillées de notre enfance ? Il est assis sur un tonneau et vide goulûment une grande chope. Cette modeste bière alsacienne bien houblonnée se prend à la pression et à la hussarde, sans chichis ni cacahuètes, dans tous les bars de la planète nord, ou presque.

    J'ai en mémoire une bière polonaise bue un matin d'août dans la campagne de Gdansk, l'été de mes vingt ans. C'est un mélange très spécial qui permet au paysan de se rouler nu dans la neige avant d'enfourcher son tracteur. En voici la recette : porter une bière à ébullition, y ajouter deux jaunes d'œufs et une cuillérée à soupe de sucre en poudre. Boire chaud. L'été, cela fait l'effet d'un sauna et l'alcool monte vertigineusement à la tête. L'initiation relève du bizuth.

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    C'est dans une corne d'aurochs que la bière circulait  dans les antiques libations, rappelle l'ethnologue Bertrand Hell, auteur de ton livre de chevet durant ce voyage, L'homme et la bière. Le mâle affirmait sa virtus en la brandissant galbée et sans faux-col.

    Luther , dans ses Propos de table, écrit : « le vin est un don de Dieu, la bière une tradition  humaine ». Elle est quand même issue de quatre éléments : l'orge, que l'on transforme en malt, l'eau pure, le houblon –épice dont on n'utilise que les cônes, soit les fleurs femelles non fécondées.  La levure constitue l'âme de la bière, elle transforme les sucres du malt en alcool et gaz carbonique.

    Au-delà, il s'agit d'un mariage mystique : tu cites à nouveau Hell à propos du feu et de l'eau, symbolisés par deux triangles, l'un pointé au nord, l'autre pointé au sud et qui, combinés, forment le sceau de Salomon que l'on retrouve au-dessus de la cuve à brasser.  « Cette union de l'eau et du feu, du principe générateur masculin  et de la semence féminine », s'exprime à la manière d'une alliance alchimique.

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    La bière génère un discours alambiqué, si l'on s'intéresse à son élaboration. Mais comme tu es du côté des hédonistes qui ne lisent jamais les notices d'utilisation, tu sais l'essentiel : les lager, les pils, les bières de garde –qui ne manquent pas de corps. A voix basse, tu dis qu'elles mûrissent lentement sous leur bouchon muselé, en cave, là où s'ourdissent les complots et s'élaborent dans un silence obscur les grands breuvages issus de l'orge ou de la vigne. En Belgique, on parle alors de bière sur levure, de bière sur lie et de bière vivante ! Si je libère la gardienne de sa muselière, tu crois qu'elle me mordra ?

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    La bière perd-elle sa virilité ? L'image d'une boisson amère à l'odeur déplaisante, propre à effrayer les femmes, n'a plus cours et tu en conçois une certaine fierté : 35% des buveurs sont des buveuses et la place de la bière dans les rites d'initiation où la virilité d'un homme est jaugée à l'aune de sa capacité d'absorption est frappée du syndrome d'Epinal.

    Conviviale, on la partage et on la boit rarement seul. Sauf pour le plaisir « delermien » de la première gorgée.

    Rien ne remplace la fraîcheur d'un verre de bière désiré comme une femme, ou un homme, au cœur de l'été.

    Nous tombons d'accord : il manquera toujours à l'eau ce piquant, cette chaleur intérieure, cette complexité organoleptique que possède chaque bière –il ne s'agit pas, à l'instar  des portos et des champagnes, d'un produit générique !-. La bière est comme le vin un alcool évolutif auquel on accorde un vocabulaire identique de dégustation à l'œil, au nez et en bouche, avec bouquet, robe, longueur, saveurs et flaveurs infinies et décrites avec poésie ou jargon abscons ; c'est selon.

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    Les bières brassées par des moines sont mystérieuses.

    Grâce soit rendue aux cisterciens qui inventèrent la bière trappiste, leur ordre, au sein de cinq communautés à peine (Orval, Chimay, Westmalle, Rochefort et Westvleteren). Les bières d'abbaye (bénédictines ou norbertines), sont en revanche brassées de façon « laïque », rarement  au sein d'une abbaye. Question d'opportunisme : sur l'étiquette, c'est du faux fait maison.

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    Avant l'heure de la mise en bière, il convient d'éviter la petite bière et lui préférer la cuisine à la bière, comme savent la faire les cuisiniers des Flandres, d'Alsace et de Scandinavie. Tu m'avais invité chez Ghislaine Arabian, chef française d'origine belge aux humeurs célèbres, car elle excellait, là où elle exerça et exaspéra, dans la haute cuisine à la bière. Au-delà de la cochonaille et de la pomme de terre –la bière est résolument du côté du gras-, elle osait le turbot et autres produits nobles.

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    Reste qu'avec la bière, tu trouves que les hommes font les choses à moitié.

    Ne commande-t-on pas un demi (qui est en réalité un quart), au lieu d'une entière ?

    Merci par conséquent à toi et à toutes les femmes de faire baisser la pression et de lever nos inhibitions en buvant plus souvent leurs demis avec les hommes, leurs compléments d'objet direct. A la mienne!

    L.M.

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    Bertrand Hell, « L'homme et la bière », éd. Jean-Pierre Gyss.

    Papier paru dans Senso il y a cinq ou six ans, voire plus et que m'avait demandé Olivier Barrot. Je viens de retomber dessus. Envie de le mettre ici.

  • Sur France Info aujourd'hui

    Le Livre du jour, par Philippe Vallet. France Info ce 15 novembre (à 5h25, 6h42, 11h55, 13h12, 16h12, 22h25 et 0h15 ) -cliquez sur ce lien : "Chasses furtives", de Léon MazzellaBonne écoute.

    Pratique : le livre peut être commandé directement chez l'éditeur (Frais de port offerts. Expédition sous 24h). Cliquez sur : http://www.editions-passiflore.com/35-chasses-furtives.html -ou commandé à votre libraire, bien sûr, s'il ne l'a pas encore.

  • Télé 7 jours, ce matin

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    http://www.editions-passiflore.com/35-chasses-furtives.html


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    Après 20 minutes,

    http://www.20minutes.fr/article/1020446/ynews1020446?xtor=RSS-176

    voici (lire ci-dessus) un papier délicat, très bien senti, dans Télé 7 jours (signé France Cavalié), l'un des rares magazines français à avoir un tirage qui dépasse le million d'exemplaires -cela fait du bien à mon éditeur, à moi-même et à notre diffuseur!.. A venir cette semaine : la chronique Le livre du jour, de Philippe Vallet, sur France Info, une journée durant (à 5h25, 6h42, 11h55, 13h12, 16h12, 22h25 et 0h15. Le dimanche à 8h57, 15h20, 19h10 et 21h50).

  • Grands reportages et grands procès (Le Monde)

    images.jpgNotre façon d'être journaliste, friand de récits de mémoire du boulot, compte quelques opus précieux, soigneusement rangés dans un rayon particulier. Il y avait eu Grands reportages, 43 prix Albert-Londres, 1946-1989, reparu en Points Actuels en 1989 (l'édition que je possède) et parus initialement chez Arléa en 1986. Un délice qui dure 660 pages, un tour du monde et des mots, de la teneur et du désir urgent, nécessaire, salutaire de plonger la plume dans la plaie (Albert Londres). Puis il y eut Siècle (Phaidon, 2002) -parce que l'écriture photographique est aussi du (très) grand reportage-, que mon fils m'offrit alors qu'il n'avait que onze ans : le XXème siècle en photo-reportage. Du dur, du vrai, du fort. Un monument émouvant et inaltérable. Et là, Pocket, à la suite des éditions des Arènes, nous propose en format de poche élargi (un format formidable, au passage), Les grands reportages du journal Le Monde. Une sélection de 100 récits exceptionnels parus entre 1944 et 2012. Des textes où le processus narratif s'exprime à plein talent. Bon, la chose est entendue : Le Monde est l'un des dix meilleurs quotidiens de la planète et si l'on excepte El Pais, en cruelle difficulté actuellement, c'est sans doute le meilleur quotidien européen. Et je ne dis pas cela parce qu'il m'arrive d'y donner un papier de temps à autre. Voilà, sur 900 pages, de la Libération et de la prise de Shanghai par les troupes de Mao jusqu'au tsunami japonais de 2011, un bouquet qui constitue, en choeur et individuellement, un roman de l'histoire immédiate d'un demi-siècle. Une énorme tranche de notre temps passé sur le terrain, à aller voir ce qui se passe dans le monde entier -d'en bas de ma rue jusqu'à l'extrémité des pôles, pour le re-porter à ceux qui ne sont pas in situ. Le boulot de base du journaliste, fait d'observation et d'humilité, d'empathie avec distance, de respect et de retrait, de ressenti avec affect mais pas trop -est là, de Cuba à l'Algérie, du Vietnam à la Roumanie, de Berlin à Barcelone, de Bokassa à Allende, de Nasser à Aldo Moro, de Sabra et Chatila à la cache de Massoud, des Tchétchènes aux Rebeus de la Courneuve, sous l'oeil et avec la plume de tant de "d'historiens de l'instant" (la formule est de Camus pour désigner le journaliste) : Pierre Georges, Jean Lacouture, Jean-Claude Guillebaud, Jacques Almaric, Marcel Niedergang, Bernard Guetta, Jean-Jacques Bozonnet, Patrice Claude, Ariane Chemin, Francis Deron, Eric Fottorino, Alain Frachon, Bruno Frappat, Sylvie Kauffmann, Robert Guillain, Jean de la Guérivière, Jean-Pierre Langellier, Jean-Yves Lhomeau, Rémy Ourdan, Jean-Claude Pomonti, Marc Roche, Robert Solé, Jean-Pierre Tuquoi... Autant de noms familiers pour tout aficionado du quotidien du Boulevard Blanqui et dont on retrouvait/retrouve le style, le ton, la patte à la page idoine -celle à laquelle on se rend sans pouce férir, pour entendre le Nicaragua, Berlin, Sangatte, Ceausescu, un SDF, Maria Callas, le massacre des Tutsis, le portrait d'un rugbyman déchu, un trafic de cocaïne, des tournantes en Seine St-Denis, une brèche dans le rideau de fer, des gosses palestiniens électrisés...). Cette très précieuse compilation (que je brandirai dès lundi matin et durant toute la semaine à mes étudiants en journalisme auxquels j'enseigne une matière de dinosaure : la presse écrite), s'accompagne chez Pocket également, d'un autre opus aussi passionnant, du Monde, consacré aux images1.jpgGrands procès (1944-2012, 100 audiences exceptionnelles) qui nous font revivre tant d'affaires historisques sous la plume de feu l'un des princes des chroniqueurs du quotidien du soir, Jean-Marc Théolleyre (surnommé "Théo" le juste), mais aussi avec le regard perfide de Bertrand Poirot-Delpech, qui fut chroniqueur judiciaire avant d'être chroniqueur littéraire. Et tant d'autres (Jean-Michel Dumay, Pascale Robert-Diard...), ayant relaté avec maestria, du procès de Pétain à celui de Dutroux en passant par Laval, les porteurs de valises, Omar Raddad, Goldman, Mesrine, la légitime défense, Rouillan, Papon, Yann Piat, Virenque, François Besse, les caricatures de Mahomet, les écoutes élyséennes -un demi-siècle de moments forts. Ces deux petits pavés de près de 1000 pages et d'à peine 14,50€ chacun, je les conseille à tous. Ce sont, servi avec un talent incontesté, un pan de notre mémoire, historique, sociale, économique, politique, judiciaire; humaine. D'ici et d'ailleurs. Faites passer et lisez. Ce sont des "romans" polyphoniques, des odes sérieuses -au plus près du fait-, au temps qui passe, que ces petites pierres marqueront durablement grâce à l'expression d'un grand professionnalisme, du sens absolu d'un métier qui exprime la volonté de ne connaître qu'une seule ligne : celle du chemin de fer (Albert Londres, again).

     

  • Prix Elsa Morante, session paroles en musique

    211217_392347694167351_1026296184_n.jpgPour l'édition du centenaire de la naissance de l'auteur de L'île d'Arturo, de Aracoeli, de La Storia et autres chefs-d'oeuvre, le Prix Elsa Morante -présidé par Tjuna Notarbartolo, une amie follement amoureuse de Procida, écrivain (son dernier livre A volo d'angelo, Felici editore, connaît actuellement un joli succès dans la Botte) et critique littéraire napolitaine, morantienne jusqu'au dernier cheveu noir jais-, s'enrichit d'une session "paroles en musique" (présidée par Dacia Maraini) -signe d'ouverture des prix littéraires italiens totalement inédite, inconnue, voire inenvisageable (?) en France. Il a désigné ce matin la chanteuse Gianna Nannini pour le côté morantissime de ses chansons et surtout deimages.jpg leurs paroles. Extrait du Corriere della sera de ce jour : Nel centenario della nascita di Elsa Morante, il Premio intitolato alla grande scrittrice si arricchisce di una nuova sezione, 'Parole in musica', dedicata ai grandi cantautori italiani, e la giuria presieduta da Dacia Maraini premia Gianna Nannini ''per la narrativita' luminosa delle sue canzoni, veicolo di emozioni nel senso piu' 'morantiano' del termine'. Voici le site de Gianna Nannini, italianissime comme on aime, la voix éraillée à mort, qui semble gravée à la grappa et à la clope, à l'insomnie et au sexe; bref d'un certain glamour... : index.jpghttp://www.giannanannini.com/it/home/ Il donne de nombreux courts extraits de ses chansons, pour ceux qui ne connaissent pas encore le timbre mélancolique de sa voix. On aime ou on n'aime pas. "C'est variétoche à donf!", diront certains. Et alors? L'éclectisme n'empêche pas de continuer de frissonner en écoutant Schubert, de pleurer en écoutant les Doors et Bashung, d'être bouleversé en écoutant M. de Sainte-Colombe et Chet Baker et d'aimer aussi Nannini sans se sentir incohérent!.. Indéniablement, l'italianité, la langueur, le fading des chansons de Gianna N.téléchargement.jpeg rappelle -en la modernisant considérablement, cela va de soi-, la prose langoureuse, enveloppante, envoûtante, impregnée de tant de sortilèges de "la" Morante, dont on ne se lasse pas de relire L'Île d'Arturo, entre autres romans marquants de la littérature italienne du XXème siècle. Lire par ailleurs ses Récits oubliés publiés par Verdier, l'heureux et méritant éditeur de Lagrasse qui vient de remporter ce matin le Prix Décembre avec Mathieu Riboulet et ses Oeuvres de miséricorde.

    Un autre mot, tiens, à propos de Prix d'automne, sur la surprise du Renaudot, attribué hier : je déjeunais tardivement (et pour cause) avec un ami finaliste de ce prix, Christian Authier, qui me fit part en me rejoignant au Comptoir du Relais (de l'Odéon, Paris VI), piloté par notre pote Yves Camdeborde, de la stupeur qui planait chez Stock, son éditeur, où un autre finaliste, Vassilis Alexakis, donné favori, affichait une triste mine. Chacun sait à présent que Jean-Marie Gustave Le Clézio a sorti de son chapeau, au dernier moment (après dix tours de piste) un livre,index.jpg  Notre-Dame du Nil (Gallimard, éditeur de Le Clézio... et qui n'avait pour l'heure rien raflé dans la course aux Prix) et son auteure rwandaise méconnue, Scholastique Mukasonga, alors qu'il ne figurait pas sur la short list et que peu de jurés avaient même eu connaissance du livre (Jérôme Garcin, de L'Obs, l'avait, lui, lu et en avait rendu compte dans ses pages). L'auteure, aussitôt prévenue, aurait même cru à une blague par téléphone. C'est dire! Comment comprendre une telle surprise dont le Renaudot est d'ailleurs coutumier (Némirovsky et Pennac, déjà, pour des raisons différentes...). Le non-respect des règles, passe. Ce détournement au service de rattrapages, non. Mais on va encore penser que je suis mauvaise langue.

    Mais bref, bravo à l'initiative, à l'esprit d'ouverture du Prix Elsa-Morante et à l'équipe qui l'anime sans compter ni son temps ni son énergie (je pense notamment aux soeurs jumelles Iki et Gilda Notarbartolo, ainsi qu'à Enzo Colimoro, tous trois brillants journalistes napolitains). Un seul regret : que ce prestigieux prix littéraire ne soit plus attribué à Procida. Mais bon, je m'en suis déjà consolé...

    Photos : Elsa Morante, Gianna Nannini, Scholastique Mukasonga.

  • La Griffe du Diable

    lagriffedudiablepinotnoircavevigneronspfaffenheim_resized.jpgC'est un Pinot noir alsacien élaboré par la Cave des Vignerons de Pfaffenheim, c'est corpulent et raffiné. Ce premier millésime (2009) est passé en barriques un peu plus d'un an avec un tiers de fûts neufs. La robe est grenat, brillante, profonde mais claire lorsqu'on tend le verre vers le soleil de novembre. Le nez est rafraîchissant et immédiatement gourmand avec ses notes marquées de cerise noire, de poivre, de cacao et aussi de petites baies rouges plus acides comme la groseille. Un grillé arrive à ma narine gauche et un soupçon vanillé par la droite je crois, mais je n'en jurerai pas. En bouche, c'est rond, complexe, les tanins sont fondus à souhait, les fruits rouges et noirs remontent à la surface et une belle longueur épicée mais doucement, s'étend comme une baigneuse sur un transat. Avec une volaille (c'est le cas), une viande rouge, un gibier à plumes, cette Griffe du Diable est l'escorteur idéal. Cela vaut 12€ et c'est une réelle découverte. L'origine du nom provient d'uneimages (1).jpeg légende : en haut du Schauenberg, colline surplombant les vignes de Pfaffenheim, se trouve un haut lieu de pélerinage. Avec un rocher ayant gardé la trace des griffes du Diable. Celui-ci tenta d'écraser, à l'aide du rocher, une chapelle dédiée à la Vierge Marie, mais le Malin ne parvint pas à le projeter... Que feuilleter en dégustant ce Pinot Noir? -Trois petits bijoux publiés en Points (Seuil) : d'abord le Petit dictionnaire du français familier, du regretté Claude Duneton (l'homme de La puce à l'oreille, indispensable images (2).jpegouvrage), qui définit 2000 mots et expressions, d'avoir la pétoche à zigouiller, en partant de leur nom ou formulation originels et chics : peur et tuer, en l'occurrence. C'est truculent, drôle, enrichissant. Et puis Le petit livre des expressions, en Points2, de Gilles Henry etimages.jpeg Marianne Tillier, un bréviaire qui nous donne le sens et l'origine de tas d'expressions comme En voiture Simone, Soupe à la grimace, Une histoire à la mords-moi le noeud, Chair à canon, etc. Enfin, Le dico de l'humour juif, de Victor Malka, un recueil d'histoires courtes et pour la plupart désopilantes.