ma "Philo intime du Sud-Ouest" sur France Inter, aujourd'hui
http://www.radiofrance.fr/franceinter/em/carnetsdecampagne/index.php
Allez sur le pavé couleur bordeaux à droite, (ré)écouter, l'émission du 31 mars : clic! Et zou!
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Ma fille aura vingt ans demain, 2 mars. Emotion. Loin des deux chansons de Reggiani, plus près de la vérité. De la mise en lumière, de l'exposition à la lumière, de l'existence; l'unique. De l'expérience, prodigieuse, de la mise au monde par paternité.

ombra mai fu, haendel (difficile à dépasser...)
Extrait, encore : "Largués par nos parents qui disparaissent et par nos enfants qui quittent la maison,c'est le plus souvent au même moment de la vie que nous sommes confrontés à ces séparations : nos parents meurent, nos enfants grandissent. Coincés entre deux générations, ceux à qui nous devons l'existence, ceux à qui nous l'avons donnée, qui sommes-nous désormais? Les repères vacillent, les rôles changent. Comment faire de cette double perte une métamorphose intérieure?
Longtemps j'ai été la "fille" de mes parents, puis je suis devenue une "maman". Cette double expérience, je l'ai vécue avec ses tensions, ses lassitudes, ses émerveillements. Mais qui suis-je désormais? Quel est mon nom?
Fille, j'ai fini de l'être. Mais cesse-t-on jamais d'être l'enfant de ses parents? Notre enfance s'inscrit dans nos souvenirs, nos rêves, nos choix, nos silences; elle survit en coulisses. Ne devenons-nous des adultes que lorsqu'il n'y a plus d'ancêtres pour nous précéder, nous protéger? Suis-je encore maman alors que mes enfants ne sont plus des enfants? La langue manque de mots pour désigner toutes les nuances de notre identité.
Comment me situer aujourd'hui dans ma généalogie? Ne faudrait-il pas un mot particulier pour nommer les parents dont les enfants ont quitté la maison? Suis-je une "maman de loin"? Une maman à qui l'on pense, à qui l'on téléphone pour un conseil, une recette, de l'argent, un encouragement, dont on a parfois la nostalgie, mais une maman avec qui on ne sera plus jamais dans le corps à corps premier." ©Lydia Flem et Le Seuil, pour "Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils".
Ce mot de Primo Lévi, prélevé sur le blog de l'auteur : http://lyflol.blog.lemonde.fr
“J’écris ce que je ne pourrais dire à personne.”
elle nous a donné "comment j'ai vidé la maison de mes parents", puis "lettres d'amour en héritage", dont ce blog parla abondamment.
voici "comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils" (seuil).
un nouveau bijou de sensibilité qui parle à chacun, de "la danse fragile de l'existence".
"la littérature permet d'échapper à la vie -celle qu'on croit, à tort, la vraie- pour en inventer une autre, bien plus exaltante...
"de la littérature on ne sort jamais indemne. on y parcourt la planète dans son ombre...
"l'art nous transforme. on se surprend à n'être plus tout à fait pareil en lisant, page après page, ces histoires qui deviennent notre intimité extrême, épousant les plis de nos pensées...
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par ailleurs, voici un chouia d'éluard, qui soutient man ray (les mains libres, poésie/gallimard), pour aérer un peu la fenêtre de ce gentil dimanche premier mars qui nous chuchote le printemps, avec une délicatesse comparable aux adieux lents, monstrueusement émouvants, d'Alain Bashung et au vol des oies des moissons qui strient le ciel de leurs "V" renversants en revenant d'Afrique, là-haut, très haut, si près si l'on sait voir ou mieux : les regarder -sans les entendre-, fendre l'air.
le don
elle est noyau figue pensée
elle est le plein soleil sous mes paupières closes
et la chaleur brillante dans mes mains tendues
elle est la fille noire et son sang fait la roue
dans la nuit d'un feu mûr.
Le nouveau livre de Tillinac, "Rue Corneille", évoque entre autres ses années passées à La Table Ronde, que j'ai un peu connues au tout début*, puisque Denis m'avait appelé à la rescousse dès qu'il prit la barre du bateau alors ancré rue du Bac : "En 1990, au moment où l'on m'a proposé de diriger les Editions de La Table Ronde", écrit Tillinac, "j'allais suivre en Somalie un ami abouché avec les ennemis de Siyad Barré. Dégommer un tyran, c'est toujours une bonne chose. Du moins j'avais envie de m'en persuader. J'ai hésité et finalement j'ai choisi la littérature, contre l'aventure. (...) Voici en substance mon anti-destin." Puis la frégate a accosté rue Huysmans -personne n'aimât : "triste, sombre, grand mais gris", disait José (l'un des piliers de la maison, avec Françoise) cet après-midi, puis rue Corneille, avant d'amarrer rue Séguier, où Denis est venu signer avec stylo bille et nonchalance, son service de presse, aujourd'hui. Alice : "Alors, tu as vu ton livre? Ca te fait quoi?" Lui : "C'est le 30ème, qu'est-ce que ça pourrait me faire!". Dans ces mémoires, le venin de la mélancolie se mêle à celui de la nostalgie. Les années pédégèsques du Hussard chiraquien qui s'est souvent trouvé en Afrique davantage qu'à Auriac, Corrèze, sont placées sous le signe de la profonde complicité avec Marie-Thérèse Caloni, qui fut son bras droit à La Table, et que la maladie emporta au cours de l'été 2006. Le livre lui est naturellement dédié. Tilli y raconte par le menu "le ressac de ses sentiments, les éclats d'une conscience tantôt en vadrouille, tantôt lovée dans le giron de son village ou à l'ombre des arcades du théâtre de l'Odéon. Deux capitaineries aussi peu modernes l'une que l'autre." Il ajoute ailleurs : "Je ne suis pas branché. Je préfère les idées qui émeuvent à celles qui mobilisent, le sourire de l'humour à la hargne de l'engagisme, les sentiments qui rafraîchissent à ceux qui culpabilisent." Tout DT. Suivent la Chiraquie, le rugby, la Corrèze, l'équipe de LTR (Olivier Frébourg, Alice Déon qui sa succédé à Denis Tillinac...), les affinités et les inimitiés politiques et littéraires, les indéracinables amitiés : Debray, Kauffmann, Dauzier... Et, toujours, comme un chant de merle au crépuscule de son Petit Liré, le retour au bercail, et un avion qui trace le ciel et file -qui sait-, vers Bamako ou Brazzaville. Marie-Thérèse Caloni plane au-dessus du livre, de la page 7 à la page 206, laquelle s'achève par une remarque, tendre, de lucidité méritoire : "Le coeur, grâce au Ciel, n'a pas le don de la chronologie. Le mien en tout cas. Mes années Table Ronde, je les revois comme si c'était hier, je les revis quand ça me chante et ainsi suis-je fait que mes souvenirs ont la manie de seriner sans relâche des airs d'autrefois. C'est peut-être pour ça que je suis devenu un écrivain, et rien d'autre." Yep, Denis, et tu as eu raison de faire diversion (passe croisée) tout à l'heure, en disant que çà faisait vraiment mal au coeur, cette forêt Landaise que nous aimons tous les deux, couchée en une nuit...
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"Rue Corneille", La Table ronde, 18€. Un précédent livre de Tillinac, "Dernier verre au Danton" (Pocket) évoquait déjà les premières années Table Ronde.
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* J'y bouffais du manuscrit deux jours par semaine. Je vivais alors à Bordeaux et le TGV était mon salon de lecture préféré. Cela dura deux années. Après, je migrais à Toulouse où un boulot chez Milan mit fin à ces zig-zags. En 2001, je me retrouvais par hasard "auteur maison". La suite appartient à ceux qui lisent tôt.
... Brisez la glace à l'aide du petit marteau qui frappe à l'intérieur de votre tête.
Anne Dufourmantelle, dans son précieux -bien que parfois complexe, jargonaute, livre : En cas d'amour. Psychopathologie de la vie amoureuse, Payot, cite Pascal (Discours sur les passions de l'amour, in Ecrits sur la grâce).
"Les âmes propres à l'amour demandent une vie d'action qui éclate en événements nouveaux. Comme le dedans est mouvement, il faut aussi que le dehors le soit, et cette manière de vivre est un merveilleux acheminement à la passion. (...) Dans l'amour, on n'ose hasarder, parce que l'on craint de tout perdre : il faut pourtant avancer; mais qui peut dire jusqu'où? L'on tremble toujours jusqu'à ce que l'on ait trouvé ce point. La prudence ne fait rien pour s'y maintenir quand on l'a trouvé."
C'est la réflexion du jour. A vos remarques, prêts? -Ecrivez!
558 romans, dont 347 Français, c’est le thermostat de l’avalanche annoncée en librairie. Pour une « rentrée », ça ressemble davantage à une sortie, façon buse (le tuyau) de bord de mer.
On parle de « poids lourds » de la littérature comme des « éléphants » au PS, en citant, pêle-mêle : Vautrin, Queffelec, Combescot, Auster, Chessex, Rouaud, Decoin, Coe, Labro, Sollers, Rambaud, Djian, Makine, Fernandez, Dugain…
Et j'ai la vision de rouleaux compresseurs jaunes craignant pour le maintien de leur position enviée, sur les sentiers de la gloire*, comme le cerf devant son harpail au moment du renouvellement du bail : le brame.
Cela donne envie d’aller voir les « chevau-légers », pas encore « camionnisés », mais pas à la remorque non plus : Adam, Viel, Delaume, J. Rolin, Millet, Ph. Besson, Lindon, de Prada, Pancrazi, Rohe, Du Boucheron…
Vite parcourus :
Le nouveau Audeguy, « Nous autres », très Kenyan, déroute par sa densité et son tissage. À lire, puis reprendre « La Théorie des nuages ».
Le Bolaño, « Le Secret du mal », est le résultat d’un coup de balayette avec la pelle dans l'autre main sur ses inédits, articles et autres trucs inachevés. Reprendre « Les Détectives sauvages ».
Le nouveau Sepulveda me semble en appeler aux vieux trucs qui ont fait le succès du « Vieux qui lisait des romans d'amour » (le chasseur de jaguars, etc) mais j'espère me tromper. Quoique, c'est si bon... Lire celui-ci et reprendre le classique.
Le Rolin à propos des chiens errants du monde entier (métaphore de l'écrivain?) est hiératique et sculptural : « Un chien mort après lui ». Se jeter dessus.
Le nouveau Adam semble reprendre ses déjà vieux démons, qui font le troublant de ses précédents romans. Là, il campe son histoire à St-Malo. Reprendre « Falaises ». Mais lire « Des Vents contraires ».
Le nouveau Viel, « Paris-Brest », attire. Comme les précédents. À cause de la langue, de la désinvolture, du « ton » Minuit. À lire. Et reprendre « Insoupçonnable », qui reparaît.
Aller renifler le nouveau Goux : « Les Hautes falaises » pour découvrir un auteur exigeant, le Djian, « Impardonnables » car il se passe au Pays basque, et le Rouaud, « La Femme promise » pour retrouver sa musique.
L’inclassable de Dantzig, « Encyclopédie capricieuse du tout et du rien », m'est tombé des mains. Tandis que son « Dictionnaire égoïste de la littérature française » m’avait enchanté. Le reprendre.
Attendre un petit inédit annoncé, de Claude Simon, « Archipel, et Nord).
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* "L'ambition est le fumier de la gloire". L'Arétin.
Non... C'est un auteur discret, Lyonnais, publié par José Corti (rien de commun est la devise de l'éditeur de Gracq et de Bachelard). "La robe " (son premier roman), reparaît en format de poche (Points), et c'est un bijou cette robe, un bijou de moins de quatre-vingt dix pages. Austérité, rigueur militaire, libertinage, beauté italienne voluptueuse (façon Bellucci), un air de "Senso", le livre, un air de Visconti aussi -lorsqu'il adapte le texte de Camilo Boito, mais avec une économie janséniste des mots en cadeau sec. Une sorte de roman d'amour constat, mais pas froid. Et c'est la magie de ce petit bouquin : en apparence rebutant comme un réveil de chambrée de caserne, il se révèle, au fil des pages, aussi doux et érotique qu'une grasse matinée très très amoureuse. Fascinant!
Il est des livres, brefs et coupants, dont on ne se sépare jamais, même si notre oublieuse mémoire les néglige. Ainsi de Chaves, d'Eduardo Mallea, dont mon regard, ce matin, a surpris le dos. J'ai tiré l'ouvrage du rayon et relu certains passages annotés en première lecture. La Patagonie, le silence, l'âpreté, l'aridité des regards, des sentiments, des paysages, des traits taciturnes, des yeux brûlés à force de rester ouverts, une bouche rigide, des cheveux charbon, Chaves (pas de prénom) est un léopard nocturne sans voracité ni proies en tête, qui regarde les choses. Personne ne voit en lui un poète écorché. Il entre dans son univers de silences, s'écarte, mais sait tant écouter les autres. Surgit une femme providentielle nommée Pure. L'amour. Sauvage et beau. Naît une fille. Donc, rien que du banal... Mais dans la langue sèche de Mallea, les petits riens deviennent de l'or en pépites brutes. "Ainsi, la ferveur succédant à la crainte, s'écoulèrent sept années pendant lesquelles la vie les effleura sans s'appesantir, comme un avion frôlant le sol au décollage." Impassibilité, gravité, mutisme, autisme? Chaves, c'est la forteresse du vide. Et ça remplit; fort.
(éd. autrement).
The man who sold the world, in Unplugged in New York, Nirvana.
"Résonances. Cette chambre d'hôtel a ta voix, tes reins, tes pas et ton agacement matinal. Résidence provisoire de notre amour. Le silence qui a suivi ton départ referme sur moi son étourdissement serein. Ses traces sont des sillons d'évidence.
La nuit souveraine déplie l'étrange jusqu'au coeur des corps, dénoue la douleur fil à fil, renoue nos regards nus, emboîte notre chance unique jusqu'au matin magicien.
L'amour dépose ses auréoles sur les draps pour sanctifier nos nuits. En eux, je me sens chaud de toi.
Fondre, se refondre dans ce lit défait où tes beautés dardantes laissent des traces profondes en s'élevant vers le soleil."
©L.M. Première page de : "Je l'aime encore", éd. Abacus, 1995.
Peinture : © EKAT
Gimme Shelter, by Patti Smith
Il y a des chasse-spleen, comme çà, qui se lisent et ne se boivent pas, quoique la lecture... J'ai eu Cioran, longtemps, pour vitamine C. Il vivifiait la noirceur (- + - = + !). L'homéopathie agissait comme un onguent. Les Pensées de Flaubert et le Journal de Jules Renard ont ce pouvoir voisin de la douleur, de diffuser du bonheur comme du parfum à l'intérieur de soi. Ce sont des piqûres sur nos fesses d'enfant : l'appréhension, la frousse, puis l'étonnement du même-pas-mal. Enfin, le soupir de soulagement, parfois un hoquet d'émotion et des yeux enlarmés qui sourient large. Une sorte de fading...
Great Gustave :
"Sans cesse l'antithèse se dresse devant mes yeux. Je n'ai jamais vu un enfant sans penser qu'il deviendrait vieillard, un berceau sans songer à une tombe. La contemplation d'une femme nue me fait rêver à son squelette. C'est ce qui fait que les spectacles joyeux me rendent triste et que les spectacles tristes m'affectent peu. Je pleure trop en dedans pour verser des larmes au dehors; une lecture m'émeut plus qu'un malheur réel."
"Quand une fois on a baisé un cadavre au front, il vous en reste toujours sur les lèvres quelque chose, une amertume infinie, un arrière-goût de néant que rien n'efface."
"Le seul moyen de supporter l'existence, c'est de s'étourdir dans la littérature comme dans une orgie perpétuelle. Le vin de l'art cause une longue ivresse, et il est inépuisable. C'est de penser à soi qui rend malheureux."
...est plus dangereux qu'un fusil chargé de plomb. Proverbe napolitain.
Antonio Vivaldi, Dixit Dominus (final) : Sicut erat in principio (Jean-Claude Malgoire, dir. et l'English Bach Festival Orchestra). Pour Alina...
Et l'extrait qui suit est chargé d'érotisme comme un canon de 75 mm : jusqu'à la gueule. Comme quoi, suggérer sera toujours la cime.
(Deux phrases-phares, avant : Ne pas tout dire mais suggérer. Philippe Jaccottet. L'imperfection est la cime. Yves Bonnefoy.)
"A Megara on met encore des oeillets aux balcons, et les femmes portent des robes longues; c'est pour cette raison que la simple vision d'une cheville fait littéralement trembler les jeunes gens. Mais ceci arrive rarement, car elles sont prudentes et surveillées; et elles se surveillent elles-mêmes; et s'il pleut, elles préfèrent rentrer à la maison avec l'ourlet de leur robe maculé de boue que d'avoir les bas mordus par des regards chauds comme des baisers." Giuseppe Antonio Borgese, Les Belles (Gallimard).
"Elle aspira de l'éther, sourit au doux froid qui entrait. O le petit salon du premier soir, son petit salon qu'elle avait voulu lui montrer tout de suite, après le Ritz. Debout devant la fenêtre ouverte, ils avaient respiré la nuit d'étoiles, avaient écouté le remuement des feuilles dans les arbres, murmures de leur amour. Toujours, elle lui avait dit. Ensuite, le choral qu'elle avait joué pour lui. Ensuite, le sofa, les baisers, premiers vrais baisers de sa vie. Ta femme, elle lui disait à chaque arrêt et reprise de souffle. Infatigables, ls s'annoncaient qu'ils s'aimaient, puis riaient de bonheur, puis unissaient leurs bouches, puis se détachaient pour infiniment s'annoncer la merveilleuse nouvelle. Et maintenant, maintenant." (Belle du Seigneur, d'Albert Cohen, of course)
C'est le cadeau de Grasset, en ce début de novembre : un inédit de Stefan Zweig, Le Voyage dans le passé.
Page 28, cet apéritif : Dès leur première rencontre, il l'avait aimée, mais ce sentiment, qui le submergeait jusque dans ses rêves, avait beau être une passion absolue, il lui manquait néanmoins l'événement décisif qui viendrait l'ébranler, c'est-à-dire la claire prise de conscience que ce qu'il recouvrait, se dupant lui-même, du nom d'admiration, de respect et d'attachement, était pleinement de l'amour, un amour fanatique, une passion effrenée, absolue...
Page 29 : Cependant l'amour ne devient vraiment lui-même qu'à partir du moment où il cesse de flotter, douloureux et sombre, comme un embryon, à l'intérieur du corps, et qu'il ose se nommer, s'avouer du souffle et des lèvres.
Les Equateurs ont la belle idée de reprendre, dans l'élégante collection Parallèles, "Ce que c'est que l'exil", de Victor Hugo. Un texte bref, magnifique, concis et sans concession.
Extraits en guise de tapas : Chapitre I : "Quand ils dépouillent et découronnent le droit, les hommes de violence et les traîtres d'Etat ne savent ce qu'ils font." (...) Chapitre II : " L'exil, c'est la nudité du droit. Rien de plus terrible. Pour qui? Pour celui qui subit l'exil? Non, pour celui qui l'inflige. Le supplice se retourne et mord le bourreau." (...) Vous exilez un homme. Soit. Et après? Vous pouvez arracher un arbre de ses racines, vous n'arracherez pas le jour du ciel. Demain, l'aurore." (...) "Un homme tellement ruiné qu'il n'a plus que son honneur, tellement dépouillé qu'il n'a plus que sa conscience, tellement isolé qu'il n'a plus près de lui que l'équité, tellement renié qu'il n'a plus avec lui que la vérité, tellement jeté aux ténèbres qu'il ne lui reste plus que le soleil, voilà ce que c'est qu'un proscrit." (...) Chapitre III : "Guernesey est faite pour ne laisser au proscrit que de bons souvenirs; mais l'exil existe en dehors du lieu d'exil. Au point de vue intérieur, on peut dire : il n'y a pas de bel exil. L'exil est le pays sévère; là tout est renversé, inhabitable, démoli et gisant, hors le devoir, seul debout, qui, comme un clocher d'église dans une ville écroulée, paraît plus haut de toute cette chute autour de lui. L'exil est un lieu de châtiment. De qui? Du tyran. Mais le tyran se défend..."
Mais l'enveloppe était vide et, comme les feuilles elles-mêmes, elle ne portait ni adresse d'expéditeur, ni signature. "C'est étrange", pensa-t-il, et il reprit les feuilles. Comme épigraphe ou comme titre, le haut de la première page portait ces mots : A toi qui ne m'a jamais connue. Il s'arrêta étonné. S'agissait-il de lui? S'agissait-il d'un être imaginaire? Sa curiosité s'éveilla et il se mit à lire.
Zweig, Lettre d'une inconnue
La morale bourgeoise, c'est l'introduction de la discipline dans la vie privée (définition donnée par D. Fernandez dans "L'art de raconter"', magnifique livre de lectures).
Connaissez-vous le principe de la randonnée littéraire ? Cela consiste à marcher en montagne –Basque, en l’occurrence, avec des randonneurs lecteurs, amateurs (une centaine, dimanche dernier), des gens de bonne compagnie qui aiment le texte et le sentier, qui vont, « caminando », deviser avec quelques auteurs invités et pilotés par deux couples de libraires lumineux : sortes de Platon en chaussures de montagne dirigeant leurs Socrate à la voix et au geste. C’était bien…
Avec « Elles » (folio), J B Pontalis se livre, ouvre le catalogue de ses conquêtes, convoque ses rencontres au soir de sa vie, et consulte le carnet des femmes qui lui ont échappé. Il cite Valéry : « Ni vu ni connu / Le temps d’un sein nu / Entre deux chemises », Toulet. Reprend des « cas » épanchés dans son cabinet d’analyste, évoque le vide des don juan de sous-préfecture qui cachent le creux d’une avidité ; l’inconsistance intérieure. Il dit la lâcheté des libertins qui se considèrent fidèles à leur femme. Mais à eux-mêmes ?..
Evoque les éconduits qui se sentent soudain « exportés », les jeunes filles qui attirent un JB prenant les traits –à la lecture- d’un Balthus libidineux devant ses modèles. Invoque Proust, le souffle coupé lorsque Albertine s’en va, car « une séparation subie coupe non seulement de l’autre mais de soi ». JB rêve, car rêver de ses amis disparus les rend présents. « Le rêve est notre mémoire vive », écrit-il. I
l arrive même à Pontalis d’avoir le style de Dumas, selon Stevenson; en moins riche : « léger comme une crème fouettée, résistant comme de la soie, prolixe comme un conte villageois, concis comme la dépêche d’un général. »
Et puis il y a l’opéra (napolitain surtout) dans le discours littéraire de Dominique Fernandez : « Où étudier le mieux les mœurs latines ? À l’opéra en Italie, à la corrida en Espagne. » À suivre, donc….
"Le prix Nobel de littérature 2008 a été attribué à l'écrivain français Jean-Marie Gustave Le Clézio pour son oeuvre "de la rupture", a annoncé, jeudi 9 octobre, l'academie suédoise. L'académie a fait ce choix d'un "écrivain de la rupture, de l'aventure poétique et de l'extase sensuelle, l'explorateur d'une humanité au-delà et en-dessous de la civilisation régnante", selon les attendus de l'académie. Il recevra un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,02 million d'euros), le 10 décembre à Stockholm." Dixit "Le Monde.fr"
Je me souviens tout à trac de L'Inconnu sur la terre, de Mondo et autres histoires, de Désert, de Diego et Frida, du Chercheur d'or... Même si le gonze m'ennnuie souvent, depuis Onitsha et surtout Ourania, je reprendrai ces émotions -intactes-, au saut du livre et du lit. Histoire de.
Merci Richard (blog : comme fou).
Proust nommait son asthme « mon péché originel ». Est-ce ce mal qui lui fit penser, très jeune, que l’amour est condamné et que le bonheur n’existe pas ?
L'événement fondateur des premières pages de « La Recherche », l'épisode du baiser maternel demandé, refusé, puis arraché, ce baiser perdu et retrouvé est sans doute –souligne Gerge D. Painter, son biographe incontesté, « la blessure décisive de la vie enfantine de Marcel ». Première défaite de sa « petite Maman », il faut s’interroger sur la distinction possible entre le refus initial de celle-ci et sa capitulation finale. Ainsi que sur l’obsession permanente, de MP de regagner l’amour de sa mère. L’asthme de Proust apparaît donc dans ce contexte. Il ne le quittera plus. « Son manque de souffle reproduisait peut-être », suggère Painter, « l’instant de suffocation qui survient également dans les larmes et dans le plaisir sexuel. » Le rapport causal entre les émotions fortes et l’asthme est connu. Dostoïevsky et Flaubert avaient leur épilepsie, Proust avait son asthme. Painter, perfide : « cela lui permit de se retirer du monde et de produire une œuvre de si longue haleine. »
"Là, se dit-elle en fixant dans ce trou noir les traverses recouvertes de sable et de poussière, là, au beau milieu; il sera puni et je serai délivrée de tous et de moi-même." (...) "Elle eut le temps d'avoir peur. "Où suis-je Que fais-je? Pourquoi?" pensa-t-elle, faisant effort pour se rejeter en arrière. Mais une masse énorme, inflexible, la frappa à la tête et l'entraîna par le dos. "Seigneur, pardonnez-moi!" murmura-t-elle, sentant l'inutilité de la lutte. Un petit homme, marmottant dans sa barbe, tapotait le fer au-dessus d'elle. Et la lumière qui pour l'infortunée avait éclairé le livre de la vie, avec ses tourments, ses trahisons et ses douleurs, brilla soudain d'un plus vif éclat, illumina les pages demeurées jusqu'alors dans l'ombre, puis crépita, vacilla, et s'éteignit pour toujours".
Ainsi disparait Anna Karénine à la page 810 du roman éponyme de Tolstoï. Depuis cette lecture, je ne peux m'empêcher d'avoir peur, lorsque j'aperçois une femme sur un quai de gare...
"Etre d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort; être d'arrière garde, c'est l'aimer encore." (R. Barthes, "Réponses", Oeuvres complètes, Paris, Seuil, 2005, t. III, p. 1038).
Barthes dit de lui-même qu'il se situe à l'arrière-garde de l'avant-garde.
Merci, ami Saber, pour ces rappels salutaires...
Le nouveau livre de Philippe Vilain, Faux-père (Grasset) dresse l'autoportrait sans concession d'un salaud désinvolte, libertin, cynique, vautré avec plaisir dans son ennui, son égoïsme (il y a du Drieu antipathique dans ce roman), agrippé à son oisiveté comme la moule au rocher, brandissant la peur du néant comme on agite un drapeau blanc au bout d'une baïonnette, qui engrosse une jeune turinoise amoureuse folle de lui, qui écrit dans son journal intime qu'il ne veut pas de cet enfant et souhaite une fausse couche, qui laisse trainer ce journal, que la pure et belle Stefania découvre... C'est le roman (écrit avec précision, au scalpel, et avec une économie de mots redoutablement efficace), de la peur de l'engagement, d'un affligeant manque de courage, de la frousse du bonheur peut-être, et de la trahison qui survient par négligence -avec la découverte du carnet-, lorsque la résignation a enfin gagné l'homme lâche... Cette femme allait faire du narrateur un homme et voilà que celui-ci fuit Turin, regagne Paris, abandonne une femme profondément disgraziata. Puis il regrette (comme c'est étrange!), retourne à Turin, mais trop tard : elle a avorté dangereusement, elle est à l'hôpital, la tendre et douce Stefania. Alors, oui, il écrit que: "Tout se passait comme si, en refusant d'être père, j'avais à jamais voulu rester un fils." Mais on s'en fout. On s'en fout complètement.
Le dernier roman de Dubois ressemble aux précédents : humour, dérision, mélancolie, tendresse, histoire ricaine, fonds toulousain, sauf qu'en prime, il nous sert une femme dépressive, un père survolté devenant parvenu sur le tard, un narrateur infiniment attachant (ça c'est comme d'hab') et un passage en revue des maux de notre époque. "Les accomodements raisonnables" (L'Olivier) est un beau titre. Lui : "Souvent j'éprouvais le sentiment qu'Anna m'avait glissé entre les mains, comme du sable trop fin, que je n'avais pas été capable de l'aider ni de la retenir, de trouver une alternative acceptable au Seroplex." Il cite Pessoa : "Tout effort est un crime parce que toute action est un rêve paralysé". Lui, encore, cite son père : "Tu veux savoir la seule véritable erreur que j'ai commise avec ta mère? C'est d'avoir cru absurdement que, dans la vie, les choses un jour finissent par s'arranger." (en pensant aux liens indéfectibles qui unissent un père à son fils et au gouffre qui, malgré tout, toujours, les séparera. Ce qui vaut aussi pour les filles avec leurs pères, au passage...). C'est l'histoire d'un mec qui a besoin d'être débarrassé de lui-même. Qui quitte sa femme, tombe sur le clône d'icelle, mais avec vingt/trente ans de moins, je ne sais plus, s'envoie en l'air et reçoit des appels de la première, d'outre-atlantique ou d'outre-tombe, c'est pareil. Qui en conçoit, quand même, un certain remords. Bon, en fond, y'a une histoire de scenarii hollywoodiens upper level, donc nous sommes en plein remakes à tous les étages, mais qui m'a fait tourner les pages assez vite, et puis ce passage, là, vers la fin (je suis allé jusqu'au bout parce que le mec m'est vraiment très sympathique) : "Je lui devais sans doute la déclaration la plus étrange qu'on m'ait jamais faite : Un jour je t'aimerai. Il n'existait pas de promesse plus intangible et pourtant ces quelques mots suffirent parfois à donner le courage de se fondre dans la foule et de marcher avec elle le temps qu'il fallait." Donc, allez-y, mais ne trainez pas dessus, il n'y a pas que ça à faire, non plus, moi je vous attends déjà; ailleurs.
"Est-il légitime que des forces intérieures jusqu’alors inconnues se déploient et réclament d’agir? Ainsi de la recherche obstinée d’un amour égaré par négligence et qui survit, tapi dans les caves du coeur. L'amour grand n'abdique jamais. Tandis qu'il oeuvre à sa reconquête, le guetteur sent une peur acide lui monter à l’âme. L’aboutissement de sa recherche produira une infinie tendresse aux liserés sensibles comme les lèvres de l’huître. Et si l'issue devient jus de citron : il est trop tard, il songe. Pense passer à côté de la vie, celle qui correspond au partage absolu. Car cet amour est le seul à surnager à la surface du lac de sa vie. C’est là le plus troublant, le plus déchirant. Le temps engloutit les bonheurs, les malheurs et nous laisse avec une forêt de souvenirs en héritage. Mais qui peut lui dire où va cette nageuse unique au crawl suave, à la surface du lac?" (Auteur anonyme, deuxième moitié du XXème siècle).
http://www.wat.tv/video/faure-requiem-sanctus-tuxf_lup3_.html
| Si tu aimes les chieuses, c'est parce que... - tu préfères les femmes qui ont beaucoup de caractère (voir trop) à celles qui passent leurs temps à se taire et à dire oui à tout - tu aimes être renvoyé dans les cordes de temps en temps (elle est si belle quand elle s'énerve) - une femme qui tient absolument à porter la culotte est souvent entreprenante -une chieuse ne te laissera jamais t'encroûter -une chieuse exige toujours l'excellence, c'est pourquoi elle te poussera toujours à te surpasser et à donner le meilleur de toi même - une femme peut être chieuse par amour - une bonne dispute, ça fait du bien de temps en temps à elle comme à moi -une chieuse te reprendras à chaque faute de langage, ce qui te permettra d'aborder tes entretiens professionnels avec un vocabulaire soutenu -il n'y a rien de plus mignon qu'un couple ou des ami(e)s qui se fait/font la gueule et qui se réconcilie(nt) après 13 minutes et 45 secondes -une chieuse joue la chieuse dès lors qu'elle souhaite prendre soin des autres. Si elle daigne t'adresser la parole, c'est qu'elle t’apprécie -parce que charmer une chieuse est un tout autre challenge que de draguer une fille sans caractère -être caractérielle, ça fait partie du charme féminin -une chieuse n'est jamais foncièrement méchante -lorsqu'une chieuse est fière de toi, elle ne te diras rien mais son regard sera lourd de sens -épater ou surprendre une chieuse flatte ton ego -pour certains, une chieuse peut leur rappeler leur mère, une soeur, une tante, une proche, que l'on apprécie également -les chieuses s'entendent rarement entre elles. Si tu en as déjà une, les autres ne viendront pas te faire chier -lorsque tu as une remarque désagréable à faire à un proche, ne t'inquiète pas, une chieuse la feras pour toi - ce sont celles qui paraissent le plus pour des chieuses qui sont finalement les plus sensibles -parce qu'on ne les voudrait pas autrement, tout simplement |
Signe d'époque : la critique se penche à juste titre sur la perle rare : le sixième roman (en 45 ans : 6 événements) de l'invisible Thomas Pynchon. 1200 pages, touffu, complexe, "Contre-jour" (Seuil) ne fera pas des ventes comme un Nothomb ou un Dubois. Mais le plus suprenant est que l'on s'attache moins au contenu de ce livre qu'au mystère qu'entretient -sans doute à son corps défendant- son auteur. Que l'on revienne toujours à l'homme invisible davantage qu'à l'écrivain. Une photo de lui -la seule-, prise dans les années 50, montre un jeune homme au regard triste et aux incisives de lapin (il doit zozoter). Comme il a toujours fui la presse, les plateaux télé, que sa biographie tient au gros feutre sur un ticket de métro, on en fait un phénomène. Certes, il a été lu et a inspiré nombre d'auteurs américains, il est de la trempe des plus grands écrivains secrets (Beckett, Cioran, Blanchot, Michaux, Gracq, dans leur registre propre), mais de là à s'esbaubir sur "l'écrivain que l'on ne voit pas", dont on ne sait rien, qui n'apparaît pas, n'a pas d'adresse... Lisons-le e basta! Si vous cherchez Pynchon, allez en librairie. M'est avis qu'il habite son oeuvre et nulle part ailleurs. Mais cela ne suffit pas à notre époque cathodique, où le strass et le brushing avant de "passer" chez Trucmuche, devant une noria d'attachées de presse stressées, sont devenus la règle. Triste. Comme le regard que semble déjà porter T.P. sur le monde. Ses livres l'ont d'ailleurs prouvé, un à un. Le désenchantement fait oeuvre. C'est déjà ça.
Le quatrième roman de Christian Authier, Une Belle époque, (lire la note intitulée Province, publiée le 26 août), possède l’épaisseur, le corps tranquille et l’amplitude des livres de la maturité, comme on dit dans les feuilles littéraires. Authier sait construire un roman de 300 pages qui alterne le récit des péripéties politico-humanitaires, légères, d’une bande de potes, tous anciens de Sciences-Po Toulouse, dans les années quatre-vingt-dix, jusqu’aux élections de 95 (la machine politique, véreuse, et le clan Baudis en particulier, sont ici laminés en règle), la peinture ironique d'une droite qui essaya de devenir la plus sympa après avoir été la plus bête du monde, et une histoire d’amour avec une Clémence au charme envoûtant. Sans oublier de traiter au vitriol La Dépêche du Midi (à peine déguisée en Gazette) et le passé nauséabond de la famille qui possède encore le journal toulousain. Je serais d’ailleurs curieux de connaître les provisions pour procès de Stock, son éditeur. Authier détruit avec humour les suffisants, les parvenus de l'économie locale, les emperlousées des cocktails de préfecture, comme Muriel Barbéry a su le faire dans les cent premières pages de son élégant Hérisson. Authier y ajoute une distance qui est la marque des auteurs de fond. Ceux qui savent être sans concession, y compris avec eux-mêmes. Qui n'ont pas besoin de décrire le tragique des événements pour que nous le ressentions jusqu'à la moelle, avec le recours, simple à première vue, au verbe rare, à l’adjectif pudique, à la phrase courte et néanmoins souple : il faut parfois sacrifier à la tentation littéraire authentique, qui est de dire ces choses réputées indicibles que le lecteur a déjà vécues. La mélancolie d’Authier navigue au plus près du fil de l’eau lorsqu’il décrit Clémence, dont « la fraîcheur me ramenait vers ces contrées où l’impatience se marie à la langueur et à l’assurance qu’un soleil de printemps réchauffera toujours l’eau froide des grands âges ». Page 248, la jeune femme devient une déesse. L'image de la vérité, qui ne dure jamais. Rappelle que tout le reste n'est pas littérature. Authier, qui ne lâche son lecteur qu'à la dernière ligne, l'étreint avec la ceinture de l’émotion, par touches, à pas de loup, vers ce plaisir étrange que l’on dit textuel. Une réussite.
Une Belle époque, de Christian Authier, paraît chez Stock. Je viens de l'acheter. Les premières pages évoquent avec subtilité les charmes désuets de la province (l'action se passe à Toulouse). Ecoutez (je reviendrai sur le livre lorsque je l'aurai terminé) : "En province, la vie est molle et le temps passe lentement. On peut parfois vieillir sur pied. (...) A Paris, personne ne se regarde. Chez moi, tout le monde s'observe. Ici, on a besoin d'être vu pour se sentir exister. D'où l'importance des terrasses de café, des grandes places, des rues piétonnes et des soirées privées de quatre cents personnes. (...) La province ne connaît pas la solitude, on s'y ennuie ensemble." C'est si juste.

Voir, colonne de gauche, la revue de presse de ce livre.
4 de couverture :
« Je compte Bayonne comme point d’ancrage et la plage de La Chambre d’Amour pour épicentre. Autour, jusqu’à Bordeaux au nord, Saint-Sébastien et Pampelune au sud, Toulouse à l’est, j’ai ménagé des repaires.
En partant à la rencontre d’un pays dont je me suis épris de bonne heure, j’ai sillonné avec appétit, routes, villages et sentiers envahis de ronces.
Mes camarades de surf ont perdu leurs mèches blondes. Je les retrouve chaque été aux Fêtes de Bayonne et de Pampelune. Nous sommes saisis de crampes lorsque nous tentons de suivre nos fils sur les vagues.
Dans mon Sud-Ouest, je cherche la tranquillité de l’âme, le repos du corps vivifié, la stimulation de la parole, le courage du regard. Le Sud-Ouest est peuplé de femmes et d’hommes jamais blasés de leur enviable quotidien. Ils s’émerveillent sans forfanterie du plaisir d’exister. Mes frères de joie vivent selon l’humeur des éléments : l’océan, les caprices du climat, le vent du sud qui monte les esprits comme du lait. Ici, on s’ouvre à l’autre sans se mentir. »
Léon Mazzella, journaliste et écrivain, a notamment publié Les Bonheurs de l’aube et Flamenca aux éditions de La Table Ronde.
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Philosophie intime du Sud-Ouest, Editions des Equateurs, 128 pages, 14€. En vente partout vers la fin du mois de juin.
Philosophie intime du Sud-Ouest.pdf
La morale du Sud-Ouest.pdfNote spéciale autopromo...
Voici ce que le site de la fnac annonce.
Il est grand temps que je remette le manuscrit définitif à mon éditeur!..
Donc : merci par avance d'en réserver, chacun, une douzaine d'exemplaires chez votre libraire...
http://livre.fnac.com/a2237852/Leon-Mazzella-Philosophie-gourmande-du-sud-ouest?Mn=-1&Ra=-1&To=0&Nu=9&Fr=0
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Nous avons évoqué ici même les deux précédents ouvrages de Sylvain Tesson, infatigable marcheur, travel-writer, loup solitaire constamment into the wild, sorte de Walden (de Thoreau), d'homme ayant recours aux forêts (selon Jünger), de Jack London de tous les horizons possibles, un écrivain du grand dehors, héritier de Chatwin, Théroux et Bouvier. Nous avions loué les qualités de son "Petit Traité sur l'immensité du monde" et de son "Eloge de l'énergie vagabonde". Paraissent ses "Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages" avec de délicates illustrations bleu nuit, noir et blanc de Bertrand de Miollis (les trois aux éditions des Equateurs). Ce sont des pensées ultra-courtes, entre le haïku et le mot d'humour, le calembour et le fragment à la Jules Renard (dans son Journal). Toutes ont trait à la vie sauvage, loin des hommes et de ce qu'ils (dé)font de la planète en jouant dangereusement avec elle.
Le livre ouvre avec celle-ci : La mer : un coeur qui bat entre deux côtes. A chaque page, une trouvaille tendre, séduisante : Un paysan ignorant dans un champ cultivé... A quoi rêve un sage endormi dans un champ d'herbes folles?.. Idiot du bocage : sot de haies... Boire du thé fait pisser le temps... (c'est bien vrai!). Ce n'est pas en les coupant qu'on rendra meilleures les mauvaises herbes... Un fruit de la Passion rêvait de rencontrer un buisson ardent... La mer est la descente de lit des fleuves... Le courage n'existe pas : même le soleil se couche... Une régate de femmes voilées sur le trottoir d'une ville d'Islam... La ville : gueule de bois des hommes ivres de nature... Le Marais est un quartier chic où vivent les vanneaux huppés... On ne rempote pas une jeune fille en fleur... Voyage organisé : oxymore... J'aimais flâner avec elle. Sans "L", je fâne...
Et beaucoup d'autres comme celles-là, glânées au hasard. Lisez Tesson, et faites passer.
L'entreprise revient aux éditions des Equateurs : publier la monumentale Histoire de France de Jules Michelet (1798-1874), parue dès les années 1833 (la présente édition est issue de l'incontestable "édition Gabriel Monod", publiée à cette époque à l'enseigne de la Librairie Ernest Flammarion). Monumentale entreprise d'édition! Courageuse, salutaire, formidable. C'est bon, c'est merveilleux, de (re)lire -de découvrir, pour ce qui me concerne, le savoir, doublé du style de Michelet, son souffle, "son" Histoire des Français. Cela débute avec La Gaule, Les Invasions, Charlemagne, et s'achèvera (en librairie, à la fin de l'année probablement), avec Louis XV et Louis XVI. Michelet, c'est une encyclopédie, un ton, un rythme, une patte, des idées ditillées aussi!.. Un écrivain, un vrai, dans la marmite à neurones d'un historien hors-norme. Cette édition, en semi-poche, de 17 volumes (15€ l'unité, c'est cadeau), parait à un rythme soutenu. J'en ai cinq devant moi. Un ou deux autres ont du déjà les suivre. C'est un événement. Editorial, intellectuel, national. Deux universitaires, Paule Petitier et Paul Viallaneix, en ont assuré la maîtrise et l'orchestration, l'enrichissement et l'édition générale. L'idée de génie revient à l'éditeur, Olivier Frébourg, lequel dirige ses Equateurs. Il s'agit véritablement d'un chef-d'oeuvre (à l'origine, d'un travail titanesque, mais vraisemblablement jouissif pour son auteur, lequel y consacra quarante années de sa vie). Cette Histoire de nous-mêmes, donne à redécouvrir notre pays, ses habitants, ses acteurs, depuis les Celtes et les Ibères jusqu'à la décaptitation du Roi Soleil... Cerise sur le gâteau : cela se lit comme un (bon) roman d'aventures.
Dans la grande pente vers chez Hélène, vers la Grande Beune, le soleil parut, le ciel s'ouvrit et les arbres blonds s'élancèrent : j'avais dans la gorge, dans les oreilles, quelque chose de plaintif, de puissant comme le cri interminable mais coupé net, modulé, plein de larmes et d'invincible désir, qui fait venir de gorges nocturnes, enchaînées, curieusement libres, le mot honey, dans les blues.
Pierre Michon
Marc-Aurèle, Pensées, Livres VII et IX (folio) : "Comprends-le bien, sois sensé; tu peux revivre. Vois à nouveau les choses comme tu les voyais; car c'est cela revivre".
"Ne pas penser aux choses absentes comme si elles étaient déjà là; mais parmi les choses présentes, tenir compte des plus favorables et songer à quel point tu les rechercherais, si elles n'étaient pas là. Prends garde aussi de ne pas t'habituer à les estimer au point d'y prendre un tel plaisir que tu sois troublé si elles disparaissaient".
"Fais toi une parure de la simplicité, de la conscience, de l'indifférence envers tout ce qui est entre la vertu et les vices. Aime le genre humain..."
"Le corps lui aussi doit être ferme et ne doit pas se laisser aller ni dans son mouvement ni dans son attitude. Comme la pensée donne à la physionomie et lui conserve un aspect intelligent et distingué, il faut l'exiger aussi du corps tout entier. Il faut en cela se garder de toute négligence".
"...Ne te suffit-il pas d'avoir agi selon ta nature propre? Demandes-tu encore un salaire? C'est comme si l'oeil demandait un don en retour parce qu'il voit, ou les pieds, parce qu'ils marchent. De même que ces organes, faits pour un but déterminé, reçoivent ce qui leur est dû dès qu'ils agissent selon leur nature propre, de même l'homme, qui par nature est bienfaisant, dès qu'il accomplit un acte de bienfaisance ou qu'il apporte autrement son aide en des choses indifférentes, agit pour la fin pour laquelle il est fait, et il a son dû".
Philippe Jaccottet, Ce peu de bruits (Gallimard) : "D'avoir marché sous ses arbres, on aurait ses manches trempées; mais nullement de ces larmes des poètes d'Extrême-Orient qui pleurent une absence ou une trahison".
"Un peu avant huit heures, la couleur orange, enflammée juste au-dessus de l'horizon, du ciel qui s'éclaircit et où, plus haut, luit le mince éperon de la lune. Il ne fait pas très froid.
Cela aide le corps à se démêler du sommeil, et l'esprit à se déplier".
"La pluie froide comme du fer".
"A cinq heures et demie du matin, sorti dans la brume d'avant le jour, j'entends le rossignol, le ruy-señor espagnol, l'oiseau dont le chant est un ruisseau".
Ramuz, Aline (Le livre de poche): "Ses yeux étaient redevenus clairs comme les lacs de la montagne quand le soleil se lève".
... "tandis que derrière la fenêtre de la voiture-salon le paysage défilait et leur procurait cette inoubliable excitation des premiers voyages, cet amenuisement du moi, ce sentiment d'isolement et de séparation que nous éprouvons lorsque pour la première fois, nous admettons l'évidence irréfutable de la nature sphérique de la Terre alors même que mentalement nous retombons à quatre pattes pour mieux nous cramponner, décontenancés que nous sommes par la rupture de l'armistice conclu avec l'horreur de l'espace."
William Faulkner, "Le Caïd" (in "Idylle au désert et autres nouvelles", folio)
Voici vos premières réponses, auxquelles j’ai ajouté deux ou trois alternatives. On continue !
Süskind : Le Parfum,
Zweig : La Confusion des sentiments, et Amok,
Sartre : La Nausée,
Fitzgerald : Gatsby le magnifique, et :Tendre est la nuit,
Kawabata : Les Belles endormies,
Faulkner : Sanctuaire,
Echenoz : Les grandes blondes, et : Je m’en vais,
Cohen : Belle du seigneur, et : Solal,
Gary : La vie devant soi, et : Les cerfs-volants,
Vialatte : Les fruits du Congo,
Brautigan : Mémoires sauvées du vent,
Barrico : Novecento,
Duras : L’après-midi de M.Andesmas,
Tabucchi : Tristano meurt,
St-Exupéry : Le Petit-Prince,
Hesse : Siddharta,
Fante : Mon chien Stupide, et : Rêves de Bunker Hill,
Gide : Les faux-monnayeurs,
Cendrars : La main coupée,
Modiano : Villa triste,
Giono : Un roi sans divertissement,
Camus : L’étranger,
McLiam Wilson : Euréka est mort,
de Luca : Montedidio,
Capote : Petit-déjeuner chez Tiffany,
Kadaré : Le général de l’armée morte,
Blondin : Un singe ne hiver,
Rouaud : Les champs d’honneur,
Millet : La gloire des Pythre,
Le Clézio : Le chercheur d’or, et : Désert,
Kessel : La règle de l’homme, et : Les cavaliers,
Cook : Le soleil qui s’éteint,
Caldwell : La route au tabac,
Greene : La puissance et la gloire,
Le Carré : La constance du jardinier…
Cher amis bloggers,
Vous êtes entre 100 et 800 (certains jours) à passer ici. Peu écrivent, je le regrette (âge 1 du blog...).
Avez-vous pensé, s'agissant des romans qui auront marqué le XXème siècle (et les suivants), à :
Gracq, Le Rivage des Syrtes
Simon, La Route des Flandres
Proust!, Du côté de chez Swann
Faulkner, Tandis que j'agonise
Hemingway, lequel?.. (la plupart)
Céline!, Voyage au bout de la nuit
Harrison, Dalva
Eliade, Noces au Paradis
Et tant d'autres...
En plus de :
Gabo (Cent ans de solitude), Joyce (Ulysse), Kafka (Le Procès), Kipling, Musil (L'homme sans qualités), "le" Lowry (Sous le volcan), Hesse (Le Loup des steppes), un Vargas Llosa, un Fuentes, un Delibes, un Cohen, un Conrad!, un Sepulveda, un Hamsun (Pan), un Lampedusa (Le Guépard), un Pavese...
Après, c'est selon notre carte du Tendre, notre géographie littéraire sentimentale : un Michon bien sûr, un Himes (La Reine des pommes), un T.E.Lawrence (Les Sept piliers de la sagesse), un Durrell (Le Quatuor d'Alexandrie), un Torga (Senhor Ventura), un McGuane, un Mauriac, un Morand, un Blondin, un Nimier, pas un Drieu, un Aragon (Aurélien), un Camus (pas forcément L'Etranger), un Malraux, un Nabokov (plutôt Ada que Lolita), un Ramuz, un Yourcenar (Mémoires d'Hadrien ou Alexis, ou Le coup de grâce), un Simenon (au choix)...
Bref, je vous relance sur cette question quizz, posée il y a quelques jours, pour que vous ne vous cantonniez pas à vos lectures ultra contemporaines récentes. (Bien sûr Echenoz, Fante, Duras...). Mais élargissons. Le siècle commence en 1900 et s'achève en 1999. A vous lire. Tous, ou presque.
10+10, je le sais, c'est drastique, contraignant, cornélien; chiant. Choisir l'est toujours. Si c'était facile, comme tout dans la vie, ce ne serait pas drôle. Alors...
Bon, à la lecture de vos premiers "post", je vois que ça se complique. Il y a trop de monde à élire, trop de bonne littérature au fond. Il faut en rajouter : je propose que vous dressiez deux listes : les 10 romans français, et les 10 romans étrangers qui, selon vous, ont le plus marqué le XX ème siècle. A vous de jouer. Merci!
Karine Henry (avec son complice Xavier Mony) fut ma libraire lorsque je vivais encore dans le Marais, à Paris. Leur librairie, « Comme un roman », rue de Saintonge, où je lus un soir, sur leur invitation, plusieurs de mes nouvelles des « Bonheurs de l’aube », avait des dimensions raisonnables. Elle était ma querencia du quartier, mon refuge presque quotidien. Elle est devenue un formidable espace de 300 m2 sur deux niveaux, rue de Bretagne, à quelques mètres, près de l’entrée du Marché des Enfants Rouges. Ce soir, Karine et Xavier fêtaient leur installation là, juste avant Noël, ainsi que la parution du premier roman de Karine, « La Désoeuvre » (Actes Sud). J’en reviens (je déteste les cocktails. Au bout d’un quart d’heure, je m’y sens aussi à l’aise qu’un poisson rouge tombé dans la gamelle d’un chat angora, je transpire, je cherche la sortie, je file à l’Anglaise…). Je tenais à aller embrasser Karine, qui m’avait adressé son livre. Je savais, nous savions tous que Karine était habitée par les mots, fascinée par les livres et nourrie de littérature exclusivement. J’ignorais, nous ignorions presque tous qu’elle écrivait. Chaque matin. Tôt. Qu’un fucking bug avait fait disparaître son roman de son pc. Qu’elle le réécrivît cinq ans durant. Il est épais, touffu, c’est une forêt. Avec songes, sortilèges, peurs, traumas, folie dévastatrice et immense douceur aussi. J’y entre à peine, par conséquent je n’en parlerai pas encore. Cependant, dès les premières lignes, je suis pris comme le thon dans le filet. J’y reviendrai, lorsque je serai sorti de cette forêt de 500 pages. (Bravo Karine…).
Premiers mots : « Un bruit. Un bruit sec d’os qui se brise. Je me redresse. Le feu. C’est le feu qui éclate, claque devant mes jambes rougeoyantes. Ma jupe est brûlante, je dois l’écarter de mes cuisses avant de ramener mes pieds nus sous mon corps abandonné au fauteuil et à la chaleur de la cheminée qui l’enveloppe, alanguit sa chair. La nuque ploie, et de là, de cet angle cassé, j’aperçois à mes pieds la bouteille de sancerre vide à la moitié… »
En deux mots : "Marie hérite de la maison de sa soeur Barbara à Artel. Les carnets de cette dernière offrent à la cadette l'occasion de revenir sur les traces de son enfance minée par la mort tragique de ses parents et la folie de sa soeur."
Lien avec la librairie et un résumé du livre de Karine : http://www.comme-un-roman.com/auteur/karine-henry/la-desoeuvre.html
Lien pour écouter/voir Karine parler de son roman : http://marais.evous.fr/Karine-Henry,2882.html
C'est le thème de la Leçon inaugurale du Collège de France qu'Antoine Compagnon a prononcée en prenant sa Chaire de Littérature française moderne et contemporaine (Fayard).
Pudiquement retranché derrière des phrases phares d'auteurs, il exprime notamment ceci :
"La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c'est la littérature". Proust, Le Temps retrouvé. La réalisation de soi, jugeait Proust, a lieu non pas dans la vie mondaine, mais par la littérature, non seulement pour l'écrivain qui s'y voue en entier, mais aussi pour le lecteur qu'elle émeut le temps qu'il s'y adonne (ajoute Compagnon).
Francis Bacon a tout dit : "La lecture rend un homme complet, la conversation rend un homme alerte, et l'écriture rend un homme précis" (...) Suivant Bacon, proche de Montaigne, la lecture nous évite de devoir recourir à la sournoiserie, l'hypocrisie et la fourberie; elle nous rend donc sincères et véritables, ou tout simplement meilleurs.
Bergson (a une comparaison sur les poètes et les romanciers qui peut rappeler Proust, précise Compagnon) : "Au fur et à mesure qu'ils nous parlent, des nuances d'émotion et de pensée nous apparaissent qui pouvaient être représentées en nous depuis longtemps, mais qui demeuraient invisibles : telle l'image photographique qui n'a pas encore été plongée dans le bain où elle se révèlera".
Tout Proust est là : "Chaque jour j'attache moins de prix à l'intelligence, énonçait-il au départ de la Recherche. Chaque jour je me rends mieux compte que ce n'est qu'en dehors d'elle que l'écrivain peut ressaisir quelque chose de nos impression passées, c'est-à-dire à atteindre quelque chose de lui-même et la seule matière de l'art".
Nous le savions si malade. Christian Bourgois apparaissait encore, rarement, terriblement amaigri, mais vêtu d'une impeccable dignité. Sans faux-pli. Hasard ou pas, hier matin, j'ai acheté la presse et, dans la foulée, "Mémoires sauvées du vent", de Richard Brautigan (10/18), un grand auteur parmi tant d'autres, offerts au lecteur français par Christian Bourgois*. Ce n'est qu'après avoir découvert l'extraordinaire première page de ce livre que j'ai appris la disparition de Bourgois, en lisant dans Libé et dans Le Monde, les deux beaux papiers qui étaient consacrés à l'un des derniers grands éditeurs français. Je me suis souvenu du jour où il m'avait amicalement offert les "Aventures d'un gourmand vagabond" de Big Jim (Harrison). Nous avions déjeuné et parlé abondamment de gastronomie et de littérature. Il avait été l'éditeur du tout premier Guide GaultMillau, paru chez Julliard à l'époque (lors de ce déjeuner, en 2002 ou 3, je pilotais alors la machine GM). Ce grand découvreur, ce "passeur" comme le souligne Libé, aura tant fait pour notre bonheur. Donc, Brautigan, qu'il publia et rencontra peu avant son suicide. Je suis émerveillé par le début de ces "mémoires" si célèbres et que je suis si heureux de découvrir aujourd'hui seulement. Voici donc leur première page:
"J'ignorais, cet après-midi-là, que la terre attendît de se changer à nouveau en tombe quelques brèves journées plus tard. Dommage que je n'aie pu arrêter la balle dans sa course et la remettre dans le canon de la 22 long rifle pour qu'elle reparcoure en sens inverse la spirale, réintègre le chargeur et se resolidarise avec la douille, se conduise enfin comme si on ne l'avait jamais tirée ni même chargée dans la carabine.
Je voudrais bien que cette balle rejoigne dans sa boîte ses quarante-neuf autres frères et soeurs de balles, que la boîte soit de nouveau en sécurité sur l'étagère de l'armurerie, et m'être contenter de passer devant la boutique en cet après-midi pluvieux de février sans jamais y pénétrer.
Je voudrais bien avoir eu envie d'un hamburger au lieu de balles. Il y avait un restaurant tout à côté de l'armurerie. On y faisait de très bons hamburgers, mais je n'avais pas faim."
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*merci à Benoît Jeantet de m'avoir donné envie de lire ce livre, culte pour lui, je crois.
Les Procidiens d'Oran
Essai de Jean-Pierre Badia
(éditeur inconnu)
L'histoire de l'immigration des habitants de Procida vers Oran et Mers-el-Kébir, au travers d'anecdotes et de faits historiques.
Cet ouvrage, paru en 1956, n'est plus disponible.
Si vous en (s)avez un quelque part, je prends! LM
Giuseppe Tomasi di Lampedusa
Giuseppe Tomasi, duc de Palma de Montechiaro, prince de Lampedusa, est un écrivain sicilien né le 23 décembre 1896 à Palerme en Sicile et mort le 23 juillet 1957 à Rome. Il est le fils de Giulio Maria Tomasi et de Beatrice Mastrogiovanni Tasca di Cutò.
Enfant, Giuseppe Tomasi di Lampedusa vécut dans une sorte de Paradis terrestre : personne ne refusait rien au roi de la maison ; et, pendant toute sa vie, il chercha involontairement et de toutes ses forces à régresser vers cet état bienheureux où n'existaient ni le travail ni la responsabilité adulte. Il a vite été un enfant solitaire et taciturne, qui vivait plus volontiers parmi les choses qu'avec les êtres humains, et se perdait dans les salles des immenses demeures familiales. Cette expérience de la solitude - tantôt angoissée, tantôt heureuse - ne le quitta jamais. Mais sa solitude ne fut pas entière : car sur tous les êtres, toutes les choses planait l'ombre de sa mère, qui l'empêcha de grandir, de mener sa propre vie, et le traita jusqu'à sa mort comme un petit garçon - ou plutôt une petite fille très aimée.
Puis vinrent les années des voyages et des grandes lectures. Il se rendit en France, en Angleterre, en Allemagne et dans les pays baltes. Il avait un cousin, Lucio Piccolo, excellent poète, auteur des Chants baroques : entre 1925 et 1930, Lampedusa écrivit, de Paris et de Londres, de nombreuses lettres à Piccolo et à ses frères, aujourd'hui publiées au Seuil. Lucio Piccolo racontait que, dès qu'il quittait l'Italie, Lampedusa semblait un autre. Il n'était plus le prince sicilien fin de race, gras, timide, fils trop aimé de sa mère, mais un jeune homme vif, qui attrapait au vol les autobus de Londres, son pardessus flottant autour de lui.
Il aimait en Angleterre la discrétion, l'excentricité, le commerce avec les esprits de l'air, la folie - et en France, la richesse des sensations, la lucidité, le suprême courage intellectuel. Il commença à lire passionnément des livres d'histoire et de littérature, anglaise et française surtout ; et sa Littérature anglaise, ses essais de littérature française, révèlent dans quels labyrinthes, souvent inconnus des spécialistes, il s'aventura, et quelle multitude de textes, y compris mineurs et minimes, il avait en mémoire. Il lisait par plaisir, par curiosité et divertissement ; avec une grande candeur, cherchant dans les livres cette richesse d'expériences et d'aventures que la vie ne lui avait pas donnée.
Si nous feuilletons les lettres de ces années-là, nous avons l'impression que Giuseppe Tomasi de Lampedusa n'existait pas : peut-être était-il lui aussi l'un de ces spectres mélancoliques que ses Anglais aimaient tant. La vie, pour lui, était un vide ; ou, comme il le disait, citant Shakespeare, "une histoire contée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, et dénuée de sens" ; et lui, plongé dans ce bruit et cette fureur, n'avait pas la force de vivre.
Il rencontra Alexandra Wolff Stomersee : nous conservons quelques lettres qu'il lui adressa au printemps 1932 ; il n'y a jamais une seule ligne, dans ces lettres, qui suscite l'écho d'un sentiment. Les termes n'en sont qu'une pâle imitation des termes que Tomasi imaginait que l'on devait trouver dans une correspondance amoureuse. Au cours de l'été de la même année, il épousa Alexandra : peut-être craignait-il sa femme comme il avait craint, et craignait toujours, sa mère.
Quand cette même mère imposa aux deux jeunes gens de vivre avec elle, Lampedusa laissa sa femme retourner dans le magnifique château balte de Stomersee, où elle s'occupait de psychanalyse, et demeura dans le moelleux giron palermitain. Ainsi, treize années durant, son mariage fut fait de très longues absences et de visites l'été à Stomersee, pour Noël à Rome et à Palerme. Après quelques années, il affirma que son amour "augmentait avec la distance et s'affirmait avec l'absence". Il aurait pu construire de sa plume un amour fait d'absence et d'imagination amoureuse, comme celui qui, vingt ans auparavant, avait uni et séparé Kafka et Félice.
Mais ses lettres parlent uniquement de chiens, de repas, de locataires, de la chaleur et du froid. Rien, jamais, n'est rêverie ou obsession amoureuse - même si ce singulier mariage donna naissance avec le temps, sinon à un amour, du moins à une profonde complicité psychologique entre lui et sa femme.
Il commença à vivre en tant que personne quand il vendit la maison de Santa Margherita Belice et que, en avril 1943, les bombardements détruisirent le Palazzo Lampedusa à Palerme : les deux demeures de son coeur et de son imagination. La blessure fut terrible : après la destruction, il ne parla pas pendant trois jours ; mais ce désastre libéra en lui les sentiments qui étaient restés objectivés dans les choses.
Dès lors, il commença à exister dans les souvenirs. Comme il aimait son enfance, où il n'avait pas encore été chassé du Paradis : les voix, les bruits, les ombres, les lumières, tantôt filtrées par les rideaux de soie, tantôt exaltées par les dorures, ou peuplées de myriades de grains de poussière ! Il n'avait pas pu prolonger l'enfance autour de lui : il n'avait pas pu continuer à dormir dans la chambre où il était né ; et si la lumière du souvenir l'agressait, il était bouleversé par sa violente beauté.
Il parcourait par l'imagination l'immense demeure de Santa Margherita Belice, avec ses trois cents pièces, ses trois cours, ses quatre terrasses, son jardin, ses escaliers grandioses, son théâtre et son église, ses vestibules et ses couloirs : il les avait traversés, enfant, comme une forêt enchantée ; et il en revisitait maintenant les lieux et les objets. Il n'avait pas besoin de les envelopper de sentiment : il suffisait de les nommer ; car l'âme demeurait tapie dans tous les objets conservés par sa mémoire.
Grâce aux souvenirs de Francesco Orlando et de Gioacchino Lanza, nous disposons d'un portrait vivant du vieux Lampedusa. Il n'était d'ailleurs pas si vieux. Quand ces amis le connurent, il avait 56 ans ; mais il était précocement rongé et appesanti par la vie qu'il n'avait pas vécue. Il habitait désormais au 28, via Butera, parmi les sédiments et les reliques du passé ; avec sa femme, enfin.
Il sortait de chez lui tôt le matin, comme s'il voulait se libérer de toute claustration. Gros, gras, pâle, pareil à un général au repos ou à un énorme félin, il traversait le centre de Palerme, avec un sac chargé de livres. Il emportait toujours avec lui un volume de Shakespeare et des Papiers posthumes du Pickwick Club. Il dépensait dans les livres beaucoup de ses maigres ressources, et mentait à sa femme en prétendant avoir acheté ces ouvrages d'occasion. Il cultivait la discrétion, l'ironie et les bonnes manières. Il était heureux quand sa femme lui disait : "Je t'aime comme Stomersee."
Si nous devions le décrire, nous pourrions évoquer l'une de ses pages sur Montaigne et Shakespeare : "Nous trouvons chez tous deux la même a-religiosité mêlée à la même émotion devant les sensations religieuses des autres, la même compassion universelle non dépourvue d'une légère teinte de mépris, le même acharnement à démonter le mécanisme de la psyché humaine, le même scepticisme serein, qui accueille toutes les opinions avec un "si" ironiquement condescendant."
Par moments, on eût dit un moraliste français du Grand Siècle ; ou un romantique désenchanté ; ou un adorateur des passions frénétiques et révolutionnaires ; ou un grand historien dilettante. Très vite, ses jeunes amis comprirent que, derrière son visage souriant, le vieux prince cachait des angoisses intenses. En 1957, il écrivit dans son journal : "A la maison dans la soirée, nette sensation d'être à bout de forces. Cela passera cette fois encore peut-être. Mais un jour ou l'autre, cela ne passera plus."
Courtisait-il la mort, comme le dit Tancrède à Fabrizio Salina dans Le Guépard ? Ou la mort était-elle pour lui une expérience qui lui avait "percé la moelle des os" : un deuil qui grandissait chaque jour dans son corps, et qu'il ne parvenait pas à tenir à distance ?
Pietro Citati
(Traduit de l'italien par Brigitte Pérol)
« Nunc et in hora mortis nostrae. Amen. »
La récitation quotidienne du Rosaire était finie. Pendant une demi-heure la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères Douloureux ; pendant une demi-heure d’autres voix, entremêlées, avaient tissé un bruissement ondoyant d’où s’étaient détachées les fleurs d’or de mots inaccoutumés : amour, virginité, mort ; et pendant que durait ce bruissement le salon rococo semblait avoir changé d’aspect ; même les perroquets qui déployaient leurs ailes irisées sur la soie de la tenture avaient paru intimidés ; même la Marie Madeleine, entre les deux fenêtres, ressemblait davantage à une pénitente qu’à une belle grande blonde, perdue dans on ne sait quels rêves, comme on la voyait toujours.
« Nunc et in hora mortis nostrae. Amen » Le rosaire quotidien s’achevait. Pendant une demi-heure, la voix paisible du Prince avait rappelé les Mystères glorieux et douloureux, pendant une demi-heure, d’autres voix mêlées avaient tissé un bruissement ondoyant où s’épanouissaient les fleurs d’or de mots insolites : amour, virginité, mort. Le salon rococo semblait avoir changé d’aspect ; les perroquets eux-mêmes, qui déployaient leurs ailes irisées sur la soie des tentures, paraissaient intimidés ; quant à Madeleine, entre les deux fenêtres, elle prenait des airs de pénitente ; ce n’était plus la belle blonde opulente qu’on voyait d’habitude, perdue dans Dieu sait quelles rêveries.
Voici le début du Guépard, de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Deux traductions. Je ne les ai pas signées ci-dessus, volontairement. Afin de jouer un peu. Il y a celle en vigueur depuis 1959 de Fanette Pézard et celle de mai 2007 de Jean-Paul Manganaro, qui a donc chassé la première. Les deux au Seuil. Je vous mets au défi de les identifier et de m'écrire, surtout, ce qu'apporte réellement la nouvelle. En n'importe quel point, d'ailleurs. Il n'y a pas que la "modernité", il y a la langue, l'esprit, la littérature, le ressenti, tout quoi.
Car lorsqu'il s'agit de la nouvelle traduction de La Ferme africaine de Karen Blixen (Gallimard, déjà en folio), de celle de tout Conrad (*) par Odette Lamolle chez Autrement, je m'incline. Lorsque Jacques Tournier "donne" un nouveau Fitzgerald essentiel (Gatsby, Tender...) à Belfond, je m'interroge sur le ramdam autour d'une trad. qualifiée de révolutionnaire. Idem pour Dostoïevsky chez Actes Sud. Quant à celle de Juan Rulfo (Pedro Paramo, le Llano en flammes) chez Gallimard, désolé, mais je préfère le Llano paru chez Maurice Nadeau, plus opulent, plus sud-américain. (Je n'ai lu aucun Ulysse, de Joyce, ni l'ancien, ni le nouveau -présenté lui aussi comme un "nouveau" texte...).
Traduire est un acte capital. Et je ne parle même pas de ceux qui disent que tel livre est très bien traduit. La plupart du temps, ces snobs n'ont pas jeté un oeil sur le texte original. Mais force est de constater, en revanche, que tout l'oeuvre de Miguel Torga, traduite par Claire Cayron et elle seule (chez José Corti surtout), est un ravissement... dû à Torga avant tout. Mais pourquoi alors parler de sa traductrice?.. Je m'interroge. Et je ne parle malheureusement pas un mot de Portugais.
Voilà. A vos claviers. J'attends votre avis sur la nécessité de retraduire Le Guépard (à partir de ces premières lignes seulement, je m'en excuse, mais je ne me sentais pas de saisir davantage de texte ce matin. Et ne trichez pas, c'est pas jeu!) ou tel autre grand roman, si l'on n'est pas éditeur en mal de communication.
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(*) Un mot sur le petit livre délicieux et précieux de Jospeh Conrad qui paraît aux Equateurs : Du goût des voyages, suivi de Carnets du Congo. Traduits et commentés par Claudine Lesage, ces courts textes nous éclairent sur le maître-livre de Conrad, pour la plupart d'entre nous : Au coeur des ténèbres.
Je cherche un livre épuisé, Confession inachevée, de Marilyn Monroe, paru chez Robert Laffont en 1992.
Qui se souvient de Il regardait la mer, de Bernard Clesca, paru chez Régine Deforges en 1986 ? Un bijou de 80 pages (remarquez une chose : lorsque la littérature devient capitale, elle excède rarement les 80 pages. C’est un Cap). J’en écrivais ce qui suit dans Sud-Ouest Dimanche, le 25 mai 86 (papier retrouvé plié en marque-page du Clesca, avec la copie d’une pub parue dans Le Monde, qui reprenait un extrait de mon papier, façon « Un écrivain est né!», Adrien Machprot, EscarteFigue-Mag.)...
Le lui dire
Ne pas tout dire, mais suggérer. La littérature, dont c’est l’obsession originelle, n’a jamais fait autre chose pour exprimer l’amour. Dire et redire je t’aime de façon toujours différente est l’une de ses marottes. La déclaration d’amour en devient un genre. La poésie en témoigne, qui ne se trouve pas que dans le poème, mais occupe aussi le terrain de la prose. Il y a dans chaque déclaration d’amour un souci de fulgurance, de foudre, d’impact. « L’annonce faite à », doit frapper, car elle a l’ambition de ferrer, et de durer.
Ambiguïté de l’amour : le mot latin « amor » décrit à la fois le désir charnel et l’aspiration spirituelle ; et révèle ainsi la source même de ce qui nous bouleverse.
Omniprésence de l’amour : même les textes sacrés en sont empreints. Le Coran infuse sa sensualité dans la poésie amoureuse, la Bible célèbre le désir érotique dans le Cantique des cantiques.
Absolu de l’amour : le chant courtois des troubadours, le chant profond de la « copla » andalouse, cherchent obstinément l’amour pur.
Plus généralement, la littérature internationale, intemporelle, ne recréée qu’une seule et même chose : l’aveu qui cloue, qu’il exige une ou 800 pages d’approche !
Parce qu’il y a mille et mille façons de le lui dire, l’imaginaire de l’écrivain trouve, depuis l’invention de l’écriture, un inépuisable sujet dont la beauté parfaite est toujours à venir.
Toute déclaration, tout « dit d’amour », suggère l’éternité, sinon ce n’est pas un serment d’amour. L.M.
Introduction à « Les100 plus belles déclarations d’amour », choisies par Florence Pustienne (fitway). J'ignore d'ailleurs si on peut encore trouver ce petit bouquin.
Vronsky et Anna ont désormais une liaison adultérine… Chapitre XX.
« Anna s’étant donnée à lui par amour avait droit à tout son respect autant et plus que si elle eût été son épouse légitime ; l’estime la plus haute à laquelle une femme pût prétendre, il la professait pour elle et se serait fait couper la main plutôt que d’y attenter par un mot, voire par une simple allusion. Chacun pouvait soupçonner sa liaison, nul devait se permettre d'en parler : autrement il eût contraint les indiscrets à se taire, à respecter l'honneur de la femme qu'il avait déshonorée. Quant à la conduite à tenir envers le mari, rien n’était plus clair : du jour où Anna l’avait aimé, lui Vronski, ses droits sur elle lui semblaient imprescriptibles. Le mari n'était plus qu'un personnage inutile et gênant, position peu enviable sans doute mais à laquelle nul ne pouvait rien. Le seul droit qu'il lui restât était de réclamer une satisfaction par les armes, que Vronski était tout prêt à lui accorder, »
Ca a vraiment de la gueule…
Le grand écrivain des vies minuscules et autres vies de... livre un beau bouquet d'entretiens sur la littérature, donnés ici et là depuis 23 ans et rassemblés par Albin Michel sous le titre Le roi vient quand il veut. Une somme d'intelligence à l'état brut, un feu d'artifies de subtilités sur l'esprit de la création littéraire. Michon confie qu'il "écrit court pour garder intacte l'émotion, le tremblement, d'un bout à l'autre. La longueur de corde impartie au fildefériste est brève", ajoute-t-il. Pierre Michon recherche l'épure du roman, ou du récit, et pense avec Bataille que l'on ne peut s'attarder à des livres auxquels, sensiblement, l'auteur n'a pas été contraint. Si cela était raisonnablement observé par la machine littéraire, les libraires auraient davantage de place...
EXTRAITS DOUX :
La culpabilité est une passion triste, qui ne doit en aucun cas être encouragée. (p.93)
Toute force réactive hait la douceur et cherche à la remplacer par d'odieux simulacres : la mièvrerie, la niaiserie, l'infantilisme, le consensus. (p.10)
Les puristes font la gueule, mais les puristes font toujours la gueule.(p.35)
Les douceurs sont des forces : un enfant sait cela. Souffler la graine des pissenlits. Caresser un caneton. Embrasser la petite fille de ses rêves. Porter un poisson rouge gagné dans une fête foraine. Goûter. Vivre ravit, chavire.(p.50)
Godard, jadis : on dit faire l'amour, c'est bien qu'il y a une notion de travail. L'amour est une douceur violente, comme l'espérance. Un oxymore, quand la passion est un simple paroxysme.(p.56)
La brièveté en poésie n'est pas tant le signe d'une modestie que celui d'un orgueil : il s'agit de parler peu, mais de dire l'essentiel.(p.64)
Il existe des violences propres à la douceur. Puisqu'elles nous emportent, appelons-les des ravissements.(p.70)
Il faut, nous dit Barthes, lire Sade selon un principe de délicatesse. A vrai dire, c'est toujours ainsi qu'il faut lire. La lecture est la plus subtile, la plus tendre, la plus raffinée, la plus raffinante de toutes les activités.(p.74)
©Stéphane Audeguy, Petit éloge de la douceur, folio 2€
TGV Paris-Marseille A/R, avant-hier et hier. Alors j'ai lu... Le somptueux Rafael le chauve, de Jacques Durand, sur El Gallo, torero couard et légendaire, magnétique et drôle des années d'avant, avant... (Actes Sud).
Le délicieux et si délicat, subtil même Petit éloge de la douceur de Stéphane Audeguy (auteur de l'inoubliable et magique Théorie des nuages), les 2 en Folio, le premier en Folio à 2€, ce qui est encore mieux.
L'énigmatique et violent Hommes entre eux de Jean-Paul Dubois, d'habitude si gracile et léger, désinvolte et aérien (L'Olivier).
Entamé -enfin!- La Reine de pommes de Chester Himes (folio noir),
et parcouru, en baîllant grave, le dernier Modiano ainsi que l'inutile et sénile opus sur Hitler môme, signé Norman Mailer, lequel s'achève mal, le pauvre. En plus, le titre (de son éditeur français) est si gracquien (Un Château en forêt. Il fallait oser!..) qu'une telle usurpation, un tel squatt, me dégoûtent définitivement.
Heureusement, entre deux, il y eût le Vieux-Port, des balades, le "ferry-boîte" pour aller de la Mairie à La Marine (le bar), un apéro ici, un truc là, un dîner inoubliable au "29", Place aux Huiles, à l'angle de la Place d'Etienne-d'Orves où siègent le journal "red" La Marseillaise et Les Arcenaulx des soeurs Laffitte, éditrices-librairistes-galeristes-restauratrices-amatrices-souriantrices (j'ai juste embrassé Jeanne en passant : c'était complet!). Le "29" inaugurait ce soir-là (avant-hier) : le mecton est un bon, qui fit ses classes chez les plus grands, comme Ducasse etc, et qui officia comme second de Lionel Lévy pendant pas mal d'années (Une table au Sud, the best of Marseille à mes yeux, que je dopais comme "meilleur espoir de l'année" il y a 4 ou 5 ans je ne sais plus, lorsque je dirigeais les rédactions de GaultMillau). Là, il vole de ses porpres ailes, le minot, en mâtinant néanmoins sa carte de chimie "mode" façon Ferran Adria sous-titrée par Hervé This (la description, orale, des plats, par un mec fin et vif, pas con, cependant, m'a quand même donné l'impression de lire un devis de révision de ma bagnole), mais ça reste bien, et surtout bon (aïoli reloaded, sepias bien aliacées, et un Domaine Sorin, vin de St-Cyr-sur-Mer, à tomber...).
Les coquillages en veux-tu-en-voilà chez "Toinou" (Canebière, au début à droite après l'Opéra, tu vois?) furent comme d'hab' formidables (araignée, oursins, tout le truc, le vacqueyras blanc en cuvée toinou -les yeux fermés tu prends, etc).
De quoi oublier modianiania, mailerdeseretireràpetitspas, gars! l'Iran et Poutine, Cécilia qui se retrouve être la SEULE femme de France à ne pas pouvoir divorcer (lire Libé d'aujourd'hui) , la petite finale, la grisaille du ciel parisien cet aprèm, et mon téléphone qui déconne. Bisous
confier à l'autre son sommeil est peut-être la seule impudeur
laisser se regarder en train de dormir, d'avoir faim, de rêver, de se tendre, de s'évaser, est une étrange offrande
une incompréhensible offrande
(...)
le jour s'était levé. de sa vie jamais Ann n'avait dormi si longtemps qu'auprès de cet homme.
Pascal Quignard, Villa Amalia, Folio
Le Clezio, parfois, a des moments beaux. Simplement beaux. Ces lignes extraites de Lullaby, par exemple, parce que son dernier, Ourania, était mou, mais d'un mou (lui aussi...)
Lullaby sentit que ses forces revenaient. Elle sentit aussi le dégoût, et la colère, qui remplacaient peu à peu la crainte. Puis, soudain, elle comprit que rien ne pourrait lui arriver, jamais. C'etait le vent, la mer, le soleil. Elle se souvint de ce que son père lui avait dit, un jour, à propos du vent, de la mer, du soleil, une longue phrase qui parlait de liberté et d'espace, quelque chose comme cela. Lullaby s'arrêta sur un rocher en forme d'étrave, au-dessus de la mer, et elle renversa sa tête en arrière pour mieux sentir la chaleur de la lumière sur son front et sur ses paupières. C'etait son père qui lui avait appris à faire cela, pour retrouver ses forces, il appelait cela boire le soleil...
Pas mal, l'idée de Leroy (Alabama song, au Mercure) de se mettre dans la peau de cette tarée de Zelda et de nous montrer Fitz sous l'angle : j'ai vécu avec cette folle, mais j'étais bien atteint moi aussi...
A quand une fiction semblable sur l'une des égéries de Hem'?..
A part çà, la cuisine d'Antoine Westermann, chef du Drouant, est assez roots-grand-mère Reloaded. Intéressant.
Quart d'heure autopromotionnel spécial autocopinnage grave : voici le texte de quatrième de couverture de mon petit livre "Je l'aime encore" (Abacus). Si vous avez du mal à le trouver chez votre libraire de quartier, vu que vous allez tous y foncer, @-moi! -Je vous arrangerai le coup...
"Cette femme n'est pas dans les livres, ni dans les rues, ni dans un autre monde ou dans une autre ville. Cette femme, j'en aperçois la silhouette, une chevelure à peine. Elle a des gestes ingénus qui me font défaillir. Cette femme existe. C'est elle. Je peux désormais me balader comme un aveugle dans la ville. Elle m'a dit : je veux te montrer du doigt et penser et dire que tu es l'homme que j'aime. Je sais aussi nos craintes et notre empressement; comme si nous étions en retard sur l'amour. Je l'aime dans l'attente, dans le désir, dans l'ombre, à la lumière et dans le clair-obscur de nos rêves, avec des mots et la complicité d'un silence qui s'établit en vérité. Et ma force est de savoir que je la verrai dans moins d'une heure". ©Léon Mazzella.

J'ai placé cet extrait en exergue du roman que je suis en train d'écrire...
« Elle est étrange cette soif de se confesser, de demander pardon à quelqu’un par l’intermédiaire d’un livre…
Je ne dis pas seulement cela pour m’excuser. Les indiscrétions criardes de certains écrivains dans leurs livres sont peut-être un hommage à la femme qu’ils ont aimée et que souvent sans le vouloir ils ont fait souffrir. Comment mieux demander pardon, comment rendre un plus bel hommage à l’objet de leur amour, comment le faire de manière plus éclatante et plus sincère qu’en écrivant ?...
Peut-être qu’à l’origine de mon livre, il y a le besoin de demander pardon à Ileana. Noces au paradis : il me semble que ce titre en dit assez… J’espérais qu’au moins ce livre racontant notre histoire, s’il tombait un jour sous ses yeux, la persuaderait de revenir…
Je l’attends. Parfois je m’imagine, vieux, seul au milieu de mes livres, penché sur la même table, tel qu’Ileana m’a vu tant de fois, des nuits d’affilée. Et j’imagine alors que quelqu’un frappe à la porte, que je vais ouvrir distraitement et que je la trouve sur le seuil. J’y pense constamment… »
Mircea Eliade, Noces au paradis (L'Imaginaire/Gallimard)
C'est mon nouveau livre. Ecrit avant l'été. Une pause. Entre deux livres importants (un roman et un récit, en cours). Modeste, il évoque le vin et les bonnes manières de le choisir, le conserver, le servir, et tout çà. Voici la fiche de l'éditeur (Le Chêne) que l'on trouve sur le site.
Un bravo très spécial à la maquette et à la réalisation générale de l'ouvrage, car elle est superbe, puisqu'elle est signée GRAPH'M (Gérard Paulin), un grand pro de la chose, avec lequel j'ai eu le bonheur de réaliser tous les livres de fitway publishing et même le hors-série rugby que j'ai fait pour VSD, paru à la mi-juillet.

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| Mon Livre de Cave Léon Mazzella août 2007 |
| Un livre raffiné et pratique à remplir vous-même pour gérer votre cave, référencer tous vos vins et noter vos commentaires de dégustation. Des pages de conseils et d'astuces pour bien choisir et acheter vos bouteilles, composer votre cave idéale, servir et déguster vos vins. Indispensable à tous les amateurs de vin ! |
| 160 pages | 210 x 280 mm | prix public : 25,00 € | |
Again, for the pleasure...
"Son grain de beauté noir, elle sait bien. Et ma main droite pour sceller son sommeil, bien calée sous son sein gauche. Et le matin, cette très grande paix sans conquête ni victoire, ineffaçable comme tout ce bleu carillonnant contre le ciel de Vaugirard, comme dans ses cheveux ruisselants le parfum de l'évidence."
59 préludes à l’évidence, d’Arnaud Oseredczuk (Gallimard)
...Cet extrait déjà cité dans une note du 26 mai dernier, car en feuilletant plusieurs romans de cette rentrée, je ne trouve pas encore l'équivalent.
Sauf peut-être... -mais je l'ai à peine entamé, dans Le Canapé rouge de Michèle Lesbre (éd. Sabine Wespieser) : p.16, déjà : "Je savais que le véritable voyage se fait au retour, quand il inonde les jours d'après au point de donner cette sensation prolongée d'égarement d'un temps à un autre, d'un espace à un autre."
p.19 : "Ces matins incertains, sans lieu précis, sans heure exacte ou même approximative, quelque part dans une durée indéterminée, me propulsaient bien au-delà du paysage visible. Des gares en ruine m'évoquaient d'autres pays où parfois je n'étais jamais allée, lieux improbables donc, plombés par une inquiétante désolation où quelque drame se jouait à l'insu du monde."
D'emblée, nous savons que nous sommes en présence d'un véritable auteur ayant un souci majeur de l'équilibre de la phrase et sa musique.
A suivre...
« Je n’étais pas là la nuit où j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque "l’origine". Je cherche à faire un pas de plus vers la source de l’effroi que les hommes ressentent quand ils songent à ce qu’ils furent avant que leur corps projette une ombre dans ce monde. Si derrière la fascination, il y a l’image qui manque, derrière l’image qui manque, il y a encore quelque chose : la nuit. »
Pascal Quignard, La Nuit sexuelle, à paraître en octobre chez Flammarion
Et je tombe là-dessus, ce soir (à propos des Bonheurs de l'aube) en flânant sur Google. Merci M. Sorgue...
En courts récits, Léon Mazzella raconte quelques bonheurs du jour naissant : une marche dans les Pyrénées, la pêche au thon près de Saint-Jean-de-Luz, l'errance à Venise. En lisant ces chroniques tout à la gloire de la nature sensuelle et de la fraternité des guetteurs de soleil, on pense à Hemingway et à d'autres chantres américains de l'outdoor life. Ce qui veut dire aussi que Léon Mazzella sait écrire : les quelques lignes sur la traque clandestine et quasi érotique d'un cerf sonnent juste. Et puis il y a le texte qui ouvre le recueil : trois petites pages pudiques pour dire l'aube qui a suivi la mort de sa mère et les volets ouverts sur le matin des Pyrénées. Quelques mots d'amour. --Pierre Sorgue, Télérama
Retour en terreJamais peut-être Big Jim n'a été si profond, si grave. Est-ce l'âge? A l'instar des grands vins qu'il adore, et si je n'évoque que ses plus récents livres, il se bonifie sacrément depuis... La route du retour. En route vers l'Ouest fléchissait à peine ce nouveau cours dense et profond. En marge (ses mémoires) reprit la bride : un Harrison sûr de sa définitive et belle maturité revenait à nous. Puis il y eut le somptueux De Marquette à Veracruz. Voici Retour en terre. Beau à pleurer. A nous donner -presque- envie de laisser de côté l'inoubliable Dalva, Chien Brun et autres personnages des premiers grands opus (Légendes d'automne, La femme aux lucioles, Julip, etc) qu'il est bon de retrouver de temps à autre et d'un livre l'autre. Oui, Jim Harrison est un sacré auteur qui risque de nous devenir indispensable.
Voici, très banalement (mais elle dit bien les choses) la 4 de couv du bouquin :
Donald, métis Chippewa-Finnois de 45 ans, souffre d’une sclérose en plaques. Prenant conscience que personne ne sera capable de transmettre à ses enfants l’histoire de leur famille après sa mort, il commence à la dicter à sa femme Cynthia. Il dévoile ainsi, entre autres, sa relation à un héritage spirituel unique et l’installation de ses aïeuls dans le Michigan voilà trois générations. Pendant ce temps, autour de lui, ses proches luttent pour l’accompagner vers la mort avec la dignité qui l’a caractérisé toute sa vie.
Jim Harrison écrit sur le cœur de ce pays comme personne, sur le pouvoir cicatrisant de la Nature, le lien profond entre la sensualité et le spirituel et les plaisirs qui élèvent la vie jusqu’au sublime.
Lisez le dernier Harrison si vous ne voulez pas mal finir votre dimanche 24 juin
Variante : Chauves! Lisez Harrison, vos cheveux repousseront...
Il y a des textes de 4ème de couverture qui donnent immédiatement envie d'entrer dans le livre qu'elles résument. Celui-ci par exemple Philosophie de la corrida, qui paraît chez Fayard :
(...) "Parce qu'elle touche aux valeurs éthiques et qu'elle redéfinit l'essence même de l'art, la corrida est un magnifique objet de pensée.
La corrida est une lutte à mort entre un homme et un taureau, mais sa morale n'est pas celle que l'on croit. Car aucune espèce animale liée à l'homme n'a de sort plus enviable que celui du taureau qui vit en toute liberté et meurt en combattant. La corrida est également une école de sagesse : être torero, c'est une certaine manière de styliser sa vie, d'afficher son détachement par rapport aux aléas de l'existence, de promettre une victoire sur l'imprévisible. La corrida est aussi un art. Elle donne forme à une matière brute, la charge du taureau; elle crée du beau avec son contraire, la peur de mourir; elle exhibe un réel dont les autres arts ne font que rêver.
Sous la plume jubilatoire de Francis Wolff, on découvre ce que Socrate pensait de la tauromachie, que Belmonte peut être comparé à Stravinsky, comment Paco Ojeda et José Tomas fondent une éthique de la liberté et pourquoi Sébastien Castella* est un virtuose de l'impassible..."
*(photo).
"Sur toute chose la neige a posé une nappe de silence.
On n'entend que ce qui se passe à l'intérieur de la maison.
Je m'enveloppe dans une couverture et je ne pense même pas à penser.
J'éprouve une jouissance animale et vaguement je pense,
et je m'endors sans moins d'utilité que toutes les actions du monde."
"je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau ce sont mes pensées
et mes pensées sont toutes des sensations."
Lydia Flem ("Comment j'ai vidé la maison de mes parents"), poursuit avec un talent et une émotion égales, son travail -universel- de deuil de ses parents, avec "Lettres d'amour en héritage" (Seuil, comme le précédent). Voir mes notes des 9 et 11 décembre, intitulées Orage émotionnel et Les extraits. C'est d'une pudeur extrême et d'un amour infiniment grand. Le livre retrace la vie de ses parents disparus, à travers trois cartons de leur correspondance amoureuse, depuis les débuts, que leur fille (l'auteure) découvrit, en vidant la maison, une fois orpheline... La tendresse résume ce livre précieux. Il n'est pas innocent que l'écriture soit devenue, très tôt, le terrain de jeu de l'auteure, puis que celle-ci ait fait profession de psychanalyste. Par bonheur, ces deux livres sont exempts de théorie, mais emplis, au contraire, de sensibilité à vif -mais douce, comme ces napperons brodés que nous avons tous vus dans les mains de notre mère, tandis qu'elle les rangeait avec un soin particulier, alors qu'ils sentaient encore le "chaud" du fer à repasser, sur une étagère d'une armoire, quelque part dans une pièce de la maison familiale...
une perle parmi cent : "le corps de la mère, c'est la première géographie, le pays d'où l'on vient".
Le dernier roman de Philippe Besson, Se résoudre aux adieux (Julliard), est un bijou de tact, de retenue, de clairvoyance psychologique, et d'analyse d'une rupture. Besson a choisi le roman épistolaire à une voix (elle lui adresse des lettres auxquelles il ne répond pas), pour dire une douleur et un silence, une fuite et une remontée à la surface de la vie, et cela permet au texte d'être plus bouleversant encore. Une réussite, en somme, sur un sujet affreusement banal, donc délicat à traiter.
J'ai piqué cette superbe photo sur le blog de [chooseaname]. Merci à son auteur.
C'est le titre d'un premier roman, signé Sylvie Aymard. Publié sous la casaque Maurice Nadeau, c'est un gage de qualité et donc de confiance en la littérature, vraie, celle que ce découvreur a toujours su flairer avant les autres, à la manière des petits clubs de rugby des Landes qui révèlent de futurs internationaux et qui se les font piquer rapidement par de plus gros clubs... (Houellebecq en est le dernier exemple). Maurice Nadeau est un éditeur-pépinière. Ce roman n'échappe pas à la règle, à bisto dé naze. Je l'ai lu d'une traite, hier matin devant la cheminée, en Corse. Et ce fut le bonheur de découvrir une musique, un ton, un humour, une force à dire le terrible, une dérision "uppercutante", un regard sans concession d'enfant sur les adultes, un regard d'adulte vitrioleur sur "le goût des autres" adultes infatués, une mélancolie amoureuse sans faute de goût, ni de style, une pudeur juste pour dire l'état amoureux et la sexualité vaine, parfois. La mort, enfin. Et la nature aussi. Enfin,... J'aimerais avoir là, tout de suite, son second livre. Mais l'a-t-elle seulement écrit?..
Mon père m'aurait fait ce cadeau à Noël. Je suis allé me l'offrir à sa place, cet après-midi. Les poésies complètes de Federico Garcia Lorca en Pléiade. Sans attendre. Noël n'existe pas. Ou plus de la même manière.
Dès la première page (passée l'admirable introduction d'André Belamich, son meilleur traducteur, disparu il y a trois ou quatre mois), le premier poème de jeunesse, écrit en 1920 -Federico a 22 ans-, tout Lorca est là, comme dirait un critique littéraire qui se la pète (et ils sont légion). Extrait, en prenant du début :
Vent du Sud,
Brun, ardent,
Ton souffle sur ma chair,
Apporte un semis
De brillants
Regards et le parfum
Des orangers.
Tu fais rougir la lune
Et sangloter
Les peupliers captifs, mais tu arrives
Trop tard.
J'ai déjà enroulé la nuit de mon roman
Sur l'étagère!
(...)
" En disparaissant, nos parents emportent avec eux une part de nous-mêmes. Les premiers chapitres de notre vie sont désormais écrits."
"En les couchant dans la tombe, c'est aussi notre enfance que nous enterrons."
"Est-ce bien normal d'éprouver successivement ou simultanément une impression effroyable d'abandon, de vide, de déchirure, et une volonté de vivre plus puissante que la tristesse, la joie sourde et triomphante d'avoir survécu, l'étrange coexistence de la vie et de la mort?"
"C'est dans la solitude que chacun se retrouve (...) Chacun fait ce qu'il peut pour surmonter l'épreuve, bricole à sa manière, toujours bancale, malheureuse, conflictuelle, et se tait."
"Même après leur mort, ne cessons-nous jamais de vivre pour eux, à travers eux, en fonction d'eux ou contre eux? Est-ce une dette qui nous poursuit toujours?"
"Se séparer de nos propres souvenirs, ce n'est pas jeter, c'est s'amputer."
"Donner est un grand bonheur. Ce que j'offrais, ce n'était pas un objet."
"L'écriture naissait du deuil et lui offrait un refuge. Un lieu où se mettre à l'abri avant d'affronter de nouvelles vagues malaisées à contenir."
"Devenir orphelin, même tard dans la vie, exige une nouvelle manière de penser. On parle du travail du deuil, on pourrait dire aussi rite de passage, métamorphose."
"Les arêtes vives des premières douleurs s'émoussent, hébétude et protestations font place à une lente acceptation de la réalité. Le chagrin se creuse. Avec des moments de vide, d'absence, de tumulte. Plus tard se répand une tristesse empreinte de douceur? Une tendre peine enveloppe l'image de l'absent en soi. Le mort s'est lové en nous. Ce cheminement ne connaît pas de raccourcis. On n'y échappe pas. La mort appartient à la vie, la vie englobe la mort."
"Mail il est un temps pour le chagrin, et un temps pour la joie."
© Lydia Flem, Comment j'ai vidé la maison de mes parents, Seuil.
"A tout âge, on se découvre orphelin de père et de mère. Passée l'enfance, cette double perte ne nous est pas moins épargnée. Si elle ne s'est déjà produite, elle se tient devant nous. Nous la savions inévitable mais, comme notre propre mort, elle paraissait lointaine et, en réalité, inimaginable. Longtemps occultée de notre conscience par le flot de la vie, le refus de savoir, le désir de les croire immortels, pour toujours à nos côtés, la mort de nos parents, même annoncée par la maladie ou la sénilité, surgit toujours à l'improviste, nous laisse cois. Cet événement qu'il nous faut affronter et surmonter deux fois ne se répète pas à l'identique. Le premier parent perdu, demeure le survivant. Le coeur se serre. La douleur est là, aiguë peut-être, inconsolable, mais la disparition du second fait de nous un être sans famille. Le couple des parents s'est retrouvé dans la tombe. Nous en sommes définitivement écartés. Oedipe s'est crevé les yeux, Narcisse pleure".
Ainsi commence Comment j'ai vidé la maison de mes parents, de Lydia Flem (Seuil), un livre très émouvant et recommandable entre tous. En de telles circonstances ou pas, d'ailleurs. Que philosopher c'est apprendre à mourir, nan?!!...
Le sonnet ci-dessous date de 1621. Cherchez, au fond, la ride...
Je songeais que Phyllis des enfers revenue,
Belle comme elle était à la clarté du jour,
Voulait que son fantôme encore fit l'amour
Et comme Ixion j'embrassasse une nue.
Son ombre dans mon lit se glissa toute nue
Et me dit : cher Tircis, me voici de retour,
Je n'ai fait qu'embellir en ce triste séjour
Où depuis ton départ le sort m'a retenue.
Je viens pour rebaiser le plus beau des Amants,
Je viens pour remourir dans tes embrassements.
Alors quand cette idole eut abusé ma flamme,
Elle me dit : Adieu, je m'en vais chez les morts,
Comme tu t'es vanté d'avoir foutu* mon corps,
Tu te pourras vanter d'avoir foutu mon âme.
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*baisé, dans une autre traduction.
José Bergamin, in La Solitude sonore du toreo (Seuil) : "Le torero désabuse le taureau comme le torerissime don Juan la femme : en l'abusant. En lui jouant un tour de vérité. Le torero ne joue pas plus avec la mort que don Juan avec l'amour puisqu'ils jouent leur vérité. Aucun d'eux ne la simule. L'un et l'autre la masquent d'une transparence lumineuse".
Frédéric Musso, dans son bel essai sur Camus (Albert Camus ou la fatalité des natures, qui paraît chez Gallimard/essais -et avalé cette nuit), prend le Meursault de L'Etranger pour le comparer au Bartleby de Melville et à son fameux : "I would prefer not to". Je préfèrerais ne pas. Et nous éclaire avec le dictionnaire Lalande (?) de 1926, lequel définit la nolonté comme le "vouloir ne pas". "Bartleby ou la nolonté de puissance", ajoute Musso avec humour...
Oui, le livre de Michel Onfray (Grasset), condensé de ses trente livres précédents, subtile "compil" de l'essence de la philosophie hédoniste qu'il construit, est un bouquet d'énergie solaire, de lucidité terrestre et d'appétit épicurien. J'aime sa façon d'être philosophe -le taon qui agace le cul de l'âne-, de démasquer, en Socrate du XXIème, et de déstructurer 2000 ans de philosophie officielle, bâtie sur l'exclusion, l'hostilité, l'ordre, l'enfermement, et sa déclinaison ou son relais par les pouvoirs (Eglise, Etat, Ecole; à la suite du magistère platonicien). Ses réflexions sur l'historiographie -tronquée à la serpe rouillée par les historiographes autoproclamés-, la perversité de l'Eglise, et surtout la philosophie dominante (celle qui sépare le corps et l'esprit, pis! qui vilipende le corps, rejette les plaisirs comme le Malin, et la femme avec), sont plus que salutaires. L'envie, au sortir de ce livre qui compte, est immédiate, de se jeter sur tous ces philosophes parfaitement inconnus, qui parsèment les deux premiers volumes -décapants- de sa "Contre-histoire de la philosophie", et puis les fétiches : Montaigne, Epicure, Spinoza, Nietzsche (qu'il faut savoir lire, et pas jeter aux orties au prétexte qu'il fut récupéré par les Monstres du XXè siècle). D'ailleurs, j'ai eu le bonheur de retrouver, à Bayonne, mon Zarathoustra de classe terminale (au parfum moisi d'un Lucky Luke de la même époque) et je ne connais pas de meilleur viatique pour un trajet en tgv de 4h30; désormais. Oui, Onfray nous parle, car il parle du plaisir de vivre, de la vie sur cette terre, avec un athéisme vigoureux, là où tout se passe et se passera, et rejette violemment tout l'Ordre (pétri de névroses séculaires) qui vomit le bonheur, prône la souffrance au prétexte que le plaisir viendra dans l'au-delà (des cathos aux islamistes en passant par Hegel et bien d'autres serviteurs des Princes). L'hédonisme selon Onfray n'est rien moins que la jouissance (en conscience) des plaisirs de la vie, bâtie sur une morale inflexible, du souci de l'autre. Et sur une confiance donnée sans entraves, donc libre, jamais dictée par un sacrement ou une promesse sociale : seul l'individu fait confiance à un autre individu, pour un temps déterminé, sans contrat aléatoire. (Rien à voir avec un épicurisme si souvent mal interprété, perçu bêtement comme un égoïsme et une débauche). Son érotique solaire repose ainsi sur le respect et donc le don, l'amour authentique et libre (voir l'éros léger, par opposition à l'éros lourd). Onfray est dans le concret, le matériel, le corps, la parole, l'exemple pris dans le quotidien, sa philosophie se fonde sur l'existence (comme Montaigne a bâti ses Essais sur sa propre vie et rien d'autre), et jamais dans le propos nébuleux, désincarné, éthéré, excluant, élitiste, d'une philosophie (volontairement) absconse, et dégoûtante (qui dégoûte d'y aller voir).
Patron! Remettez-nous çà... Ouais, tournée générale!
Elie Wiesel, in Un désir fou de danser :
« Pour que l’homme s’accomplisse, dans l’extase ou la chute, il lui faut s’accrocher au présent.
Bien que fugace, l’instant conserve sa propre éternité, tout comme l’amour et même le désir conçoivent leur propre absolu. »
Michel Onfray, dont je vous invite à lire le magnifique dernier opus, "La puissance d'exister. Manifeste hédoniste" (Grasset), écrit ceci, à la fin de son émouvante préface en forme d'aveu tranquille, intitulée "Autoportrait à l'enfant" :
"On devient vraiment majeur en donnant à ceux qui ont lâché les chiens contre nous sans savoir ce qu'ils faisaient le geste de paix nécessaire à une vie par-delà le ressentiment - trop coûteux en énergie gaspillée. La magnanimité est une vertu d'adulte. (...) Serein, sans haine, ignorant le mépris, loin de tout désir de vengeance, indemne de toute rancune, informé sur la formidable puissance des passions tristes, je ne veux que la culture et l'expansion de cette "puissance d'exister" -selon l'heureuse formule de Spinoza enchâssée comme un diamant dans son Ethique. Seul l'art codifié de cette "puissance d'exister" guérit des douleurs passées, présentes et à venir".
sans rire, lire kant, c'est jouissif.
je le croyais seulement compliqué et rébarbatif, et je le (re)trouve limpide et tonique.
révolutionnaire (sa théorie sur les Lumières, son invitation, sincère, faite à chacun à trouver -en soi-, l'énergie, la volonté de s'affranchir de toute tutelle...).
tout cela donne la pêche.
lisez kant, l'original, pas la glose (très récente) de luc ferry!
pas même celle de michel onfray -quoique plus lucide, plus critique et plus moderne, plus rentre-dedans comme d'habitude (onfray est un mec nécessaire).
lisez des passages ici et là, au hasard de ses oeuvres majeures, et vous sentirez l'effet paradoxal d'une lampée d'aphorismes de cioran : loin de vous attrister, la lecture de cioran, comme celle de kant, vous emplit le corps et l'esprit d'énergie.
yeach!
C'est un petit Folio à 2€, il s'intitule "1,2,3... bonheur! Le bonheur en littérature", c'est une petite anthologie de textes sur le sujet. On y trouve Le Clézio, Giono, Andersen, Hugo, Saint-Matthieu (les Béatitudes), Gide, Alain, Tolstoï, Maupassant, Pirandello, Voltaire... Et c'est le plein de vitamines, comme l'aurait dit Raymond Carver. 124 pages à offrir et à offrir, et surtout à lire en bus, aux feux rouges, en métro, chez soi, au bistro. Le plein d'énergie. Mieux qu'un comprimé de vitamine C à croquer le matin. Il fait grand soleil aujourd'hui. Le ciel est bleu, l'été Indien, et Paris souriant. Vive la vie et Buongiorno Bella!..
Bon, d'accord, nous sommes des dizaines de milliers de fans. Mais moi je viens de vous rejoindre! Bonjour le retard. "Dans les bois éternels" m'a scotché de plaisir. Je viens d'avaler "L'homme à l'envers", je commence à dévorer "Pars vite et reviens tard", et j'ai, en attente, sur la table de chevet, "Un peu plus loin sur la droite" et "Sans feu ni lieu". Après, je piquerai "Debout les morts", offert à mon fils, qui a aimé immédiatement. Bonjour l'avance!![]()
Nan! Franchement c'est du haut talent. De la haute voltige rayon humour, construction (échafaudage même), étude de caractère et sensibilité. Bref, Vargas Présidente!
Femmes de soie et autres oiseaux de passage, un beau bouquin de poésie de 200 pages, rehaussé d'un dessin de Francine Van Hove, est l'anthologie de mes meilleurs poèmes publiés en plaquettes -et inédits pour la plupart, depuis vingt ans et des poussières. Ils sont tous dédiés à LA femme. Séguier, son éditeur depuis décembre 1999, ne l'exploîtera plus. J'ai acquis ses derniers exemplaires. Je les cède, ici, pour 12€ port compris. Sommaire : Femmes de soie, Désert provisoire, L'ortie, L'aube, Nuit siamoise, L'harfang, L'oiseau, Chair et feu, Corrida, Azka...
leon.mazzella@wanadoo.fr
4 de couv. : "Du haïku amoureux au poème érotique, de l'éloge au cri, de l'envoi à la copla pour dire l'amour ou pour chuchoter la mort, de la femme croisée dans la rue à celle que l'on a aimée longtemps, de l'amante éphémère à la mère -entre toutes les femmes-, tous ces textes, écrits entre 20 ans et 40 ans, disent toujours l'émotion avec une sensibilité à fleur de peau, et décrivent les sensations avec une extrême justesse. Femmes de soie rend amoureux. Du texte, de l'amour, de la vie. Et donne envie de vivre pour aimer."
Achetez ce livre, ses droits sont reversés à l'association "Vaincre le cancer".
Il s'agit de haïkus taurins qui disent les dernières heures de la mère de l'auteur.
Par métaphore, il s'agit d'un vrai combat.
Les poèmes sont illustrés d'aquarelles originales de Catherine Delavallade.
Atlantica en est l'éditeur depuis 1998, mais il ne l'exploite plus, alors j'ai acquis 100 des derniers exemplaires avant pilonnage, il y a quelques jours.
je le cède pour 10€ port compris.
leon.mazzella@wanadoo.fr
EXTRAITS (4 de couverture) :
"C'est la recherche du si lent silence du geste. C'est une danse profonde et noire, c'est une écriture, une calligraphie d'ombres. A chaque passe, le torero gagne un surcroît de soleil. La mort le frôle en signant le sable, le froid monte en lui et ligote sa parole... Le torero conjure cinq cents kilos de vent noir. Chaque passe est esquive et la mort n'est jamais feinte. Elle est blanche comme le lait maternel..."
C'est l'histoire d'une pelea mise en mots et en lumières. Le toreo, ou plutôt la chorégraphie du combat tauromachique, habite l'auteur. "La Corrida du 19 avril", c'est un bouquet de coplas désordonnées, une corrida douloureuse, la musique crue, et noir carmin, d'une danse particulière. La corrida comme métaphore de la mort d'un être cher, en somme. Un livre d'une force peu commune, d'une émotion extrême."
PAGE 18/19 :
"La peur est un vent de malheur,
un tremblement inaudible.
Il a peur de la peur et ça passe,
ça froisse bruyamment
comme les draps séchés
longtemps au soleil,
il voit le sourire de sa mère
les bras chargés de linge blanc
et ça passe et ça froisse, le long toro long
passe, longtemps il passe. Long.
Rouge et noir est le sourire de celle qui part.
Silence blanc.
Fils : no llores."
A mettre dans le sac : le "Ravel" de Jean Echenoz (Minuit), le dernier Fred Vargas : "Dans les bois éternels" (Viviane Hamy), "Un peu de désir sinon je meurs" de Marie Billetdoux (Albin Michel), "La dernière nuit" de Marie-Ange Guillaume (Points/Seuil), et relisez "Fortune carrée" de Kessel (Pocket), la Correspondance de Flaubert (Folio), le "Quichotte" de Cervantès (Points/Seuil), "Ô Verlaine" de Jean Teulé (Pocket), et "Les Mille et une nuits"( en Phébus/Libretto).
Pour la rentrée, préparez-vous à plusieurs chocs : "Une si douce fureur" de Christian Authier (Stock) : SOMPTUEUX! "Ils s'en allaient faire des enfants ailleurs", de M.A.Guillaume (Panama) -un chef-d'oeuvre de délicatesse désenchantée. "Roger Nimier, trafiquant d'insolence", d'Olivier Frébourg (La Table ronde / La petite vermillon) -son premier livre. La réédition tonique de la rentrée. Et deux ou trois choses encore (comme le dernier Alice Ferney chez Actes Sud : "Les autres"). Moi, je file en Grèce lundi, avec "L'Eté grec" du regretté Jacques Lacarrière, dont on annonce le "Dictionnaire amoureux de la mythologie" (Plon) : bonnes feuilles dans "Le Monde" toute cette semaine, les poèmes de Yannis Ritsos, d'Odysseus Elytis et de Constantin Cavafy. Enfin, relire Proust et Dostoïevsky ne fait jamais de mal, surtout par cette chaleur : cela fait l'effet du thé à la menthe brûlant en plein désert : ça désaltère malgré l'apparence. Ouvrez-les sans frein!
Ca va s'arroser!
Et moi je suis content pour mon ami.
Son roman ("Les Liens défaits", Stock), le mérite.
Et ce prix va comme un gant à son auteur.
Nous avons bien eu raison de nous réciter, tous les deux, la semaine dernière en dînant, les premières et les dernières phrases des romans de Nimier que nous aimons : "Les Enfants tristes", "Le Hussard bleu", "Les Epées", "L'Etrangère", "D'Artagnan amoureux"...
A la manière des Tintinomanes qui s'envoient des bulles en forme de devinettes!
Et j'ai eu raison d'avoir l'audace de trinquer au finaliste!
¡Suerte y un abrazon fuerte, amigo!
ce printemps, une vague magnifique, en (format de) poche, propose quelques petits bijoux :
- le livre de poche d'abord :




le troublant "un secret", de philippe grimbert, qui invente un frère et découvre le mensonge historique...
"la consolation des voyages", de jean-luc coatalem -notre travel-writer le plus talentueux-, ou la bourlingue littéraire aux quatre bouts du monde.
le grave, (trop?) grave "les âmes grises" de philippe claudel, si juste et si puissant dans ses portraits.
et l'autobiographie épaisse de gabo (gabriel garcia marquez) : "vivre pour la raconter", foisonnante et truculente, bourrée d'anecdotes en marge de son oeuvre, qui nous fait oublier ses affligeantes et faiblardes "mémoires de mes putains tristes"
- folio :
du critique d'art daniel arasse, disparu il y a peu, un coffret rassemble le célèbre "on n'y voit rien", et "histories de peintures" : l'art de regarder les peintures universelles avec la jubilation du gai savoir. lumineux.
au rayon succès posthumes mérités, "suite française" d'irène némirovsky, ou la peinture intraitable des petites lâchetés d'un france dans la débâcle...
d'alain jaubert, "val paradis" ou le roman d'un port mythique (comme l'écrirait olivier frébourg) : valparaiso. rouille, bordels, crasse, marins échoués... un univers envoûtant à la cendrars.
de jacqueline delange enfin, "arts et peuples de l'afrique noire" (introduction à une analyse des créations plastiques), avec une préface que michel leiris donna en 1967. ethno-lumineux.
- pocket :
"en douce" de karine reysset, ou la fuite d'une jeune femme avec son bébé sous le bras. par besoin de respirer. un air du gavalda de "je l'aimais"...
- 10/18 :
de la célèbre lucia etxebarria (elle fait un carton avec son nouvel opus), la reprise de "aime-moi, por favor!" : quinze tableaux d'une justesse incroyable sur l'état amoureux, côté femme, dans l'espagne contemporaine. drôle et émouvant à la fois.
c'est sans doute l'un des plus graves romans de big jim (harrison) : "de marquette à veracruz" renoue avec les mythiques "dalva", "la femme aux lucioles", "la route du retour"... une épaisseur et une amplitude de grand vin : jim se bonifie à l'identique. vieillis, jim! vieillis, c'est si bon ! (il publie simultanément des nouvelles chez bourgois : "l'été où il faillit mourir", dans la veine des "légendes d'automne"; c'est dire...).
- points :
ça y est ! ça y est ! (lemondelemonde) : points/seuil s'est lancé dans la poésie : un choix énorme de l'oeuvre de senghor, un précieux aimé césaire (avec "cadastre" et "moi, laminaire"), et une très précieuse anthologie du haïku, ouvrent le bal sous une couv. élégante. à suivre de près.
- double (minuit)
"les géorgiques", l'un des grands romans de claude simon (lequel fait son entrée dans la pléiade) en format de poche, c'est un cadeau merveilleux, une somptueuse pâtisserie (la même collection propose déjà "l'herbe", "la route des flandres" et "l'acacia". attendons "le tramway", son dernier et peut-être son plus subtil ouvrage)...

Aimer comme on aime les enfants c'est sauver de la mort.
Ne pas mourir c'est nourrir.
Sur ce dernier point il l'aima plus encore qu'elle ne l'aima jamais."
Pascal Quignard, Villa Amalia (Gallimard)
Photo (prise à travers la vitre du bus) d'un balcon, sur les hauteurs d'Ischia, qui surplombe San Angelo.