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sylvain tesson

  • Wanderer


    Les commentaires laissés par Aude, hier, m’ont donné envie de revenir à un livre de Sylvain Tesson ce matin. Mes annotations nombreuses me rappellent que j’avais consacré une bonne demi-heure à son Petit traité sur l'immensité du monde, sur les ondes de Sud-Radio (ainsi qu'à Anatomie de l'errance de Chatwin). Il cite Saint-Augustin : « le bonheur, c’est de désirer ce que l’on possède déjà ». Ceci pour la note récente consacrée au désir, qui a généré tant de commentaires.
    Tesson pense à la figure du wanderer, qui n’a pas d’amarres à couper puisqu’il n’en a aucune. Il s'en sent proche. Errant libre de toute entrave, le wanderer se distingue du voyageur classique : vagabond romantique, loup des steppes misanthrope, cavalier seul, ermite des taïgas, moine-mendiant, troubadour, hobos, trappeur, coureur de bois, errant. C’est un être « perpétuellement en état de poésie » (Novalis). Il ne supporte pas que le soleil, à son lever, parte sans lui, dit Tesson. Le nomade  « change le sable du sablier en poudre d’escampette, brise le cadran de l’horloge et se sert des aiguilles pour piquer sa propre croupe. (… ) Au tic-tac de l’horloge, le voyageur répond par le martèlement de sa semelle… » Lisez Tesson et partez (ou l’inverse : partez et lisez-le au bivouac).

  • Aphorismes sous la lune



     

    Nous avons évoqué ici même les deux précédents ouvrages de Sylvain Tesson, infatigable marcheur, travel-writer, loup solitaire constamment into the wild, sorte de Walden (de Thoreau), d'homme ayant recours aux forêts (selon Jünger), de Jack London de tous les horizons possibles, un écrivain du grand dehors, héritier de Chatwin, Théroux et Bouvier. Nous avions loué les qualités de son "Petit Traité sur l'immensité du monde" et de son "Eloge de l'énergie vagabonde". Paraissent ses "Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages" avec de délicates illustrations bleu nuit, noir et blanc de Bertrand de Miollis (les trois aux éditions des Equateurs). Ce sont des pensées ultra-courtes, entre le haïku et le mot d'humour, le calembour et le fragment à la Jules Renard (dans son Journal). Toutes ont trait à la vie sauvage, loin des hommes et de ce qu'ils (dé)font de la planète en jouant dangereusement avec elle.

    Le livre ouvre avec celle-ci : La mer : un coeur qui bat entre deux côtes. A chaque page, une trouvaille tendre, séduisante : Un paysan ignorant dans un champ cultivé... A quoi rêve un sage endormi dans un champ d'herbes folles?.. Idiot du bocage : sot de haies... Boire du thé fait pisser le temps... (c'est bien vrai!). Ce n'est pas en les coupant qu'on rendra meilleures les mauvaises herbes... Un fruit de la Passion rêvait de rencontrer un buisson ardent... La mer est la descente de lit des fleuves... Le courage n'existe pas : même le soleil se couche... Une régate de femmes voilées sur le trottoir d'une ville d'Islam... La ville : gueule de bois des hommes ivres de nature... Le Marais est un quartier chic où vivent les vanneaux huppés... On  ne rempote pas une jeune fille en fleur... Voyage organisé : oxymore... J'aimais flâner avec elle. Sans "L", je fâne...

    Et beaucoup d'autres comme celles-là, glânées au hasard. Lisez Tesson, et faites passer.