Le sport au front
Papier paru dans le hors-série Les POILUS, de L'EXPRESS, actuellement en kiosque (rédaction en chef : Philippe Bidalon, avec Léon Mazzella).
La Grande Guerre de position et ses longues plages d’ennui a développé les sports collectifs, véritables moteurs pour aider à monter à l’assaut. Et l’immédiat après-guerre a vu se développer naturellement le sport féminin et le handisport.
Par Léon Mazzella
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Ils jouaient au ballon pour tromper l’ennui. La guerre de position a favorisé la pratique du sport, car, contrairement à une idée reçue, si les combats furent tous d’une grande intensité meurtrière, ils furent rares et parfois brefs. Aussi, le poilu découvrit-il l’ennui dans les tranchées (lire par ailleurs dans ce numéro), immobile, à attendre tout le jour l’ennemi comme Piero Aldobrandi dans Le Rivage des Syrtes, roman de Julien Gracq ou Giovanni Drogo dans Le désert des Tartares, de Dino Buzzati. Ainsi le sport distrayait-il les troupes tout en les galvanisant et en leur infusant cette alchimie que seul l’esprit du rugby engendre, par exemple, en faisant « jouer le collectif » avec courage et détermination. Signalons que nombre de rugbymen de légende, notamment anglo-saxons, mais également de l’Aviron Bayonnais ou du Stade Toulousain, périrent au front. L’un d’entre eux, selon Michel Merckel, nommé Manguez, frappé d’une balle de mitrailleuse, déclara avant de mourir : « Allez dire que je n’ai pas encore reculé devant la mêlée ! », relate Michel Merckel, auteur d’un livre-clé sur le sujet (1).
Les jambes coupées
Encouragé par les officiers, la pratique du sport, notamment des sports collectifs :le rugby le fut sous l’impulsion des soldats anglais, les Tommies, le football (orthographié foot-ball à l’époque) connaîtra un essor formidable qui ne se démentira plus jamais, et l’athlétisme se développent sur tous les fronts dès 1915, lorsque les « pantalons rouges » deviennent les « poilus ». Car il fallait de sacrées doses de courage pour monter à l’assaut, baïonnette au clair. À ce propos, soulignons un paradoxe : si d’aucuns chauffaient leurs muscles en faisant du sport afin d’entretenir -par surcroît-, une forme physique indispensable pour combattre au corps à corps, il semble qu’avec l’usure du temps et la déprime qui s’installa au cœur des tranchées, les Poilus préférèrent au foot, boire le litre de pinard quotidien et la dose de gnole qui leur étaient distribuées, afin de se donner de la « gniaque », voire une forme d’inconscience provoquée par l’ivresse ; et il y a fort à parier que le saut hors de la tranchée s’effectua souvent les « jambes coupées » par l’alcool…
Une presse des tranchées dynamique
La presse des tranchées, d’un étonnant dynamisme, entretient cependant le moral des troupes qui choisissent de pratiquer certains sports pour tuer le temps. Au début, ils jouent en effet au ballon, puis ils s’organisent, forment des équipes, disputent des matches et même des compétitions ! Les journaux de soldats comme « Face aux Boches », « On les aura », « Boum voilà », « La Guerre Joviale », « Le Poilu », « La Fourragère », « La Revue Poilusienne », « Le Cri du Poilu », « L’Echo de la Mitraille et du Canon », « La voix du 75 » (en référence au canon emblématique de l’armée française), « L’Echo des Guitounes », « Le Périscope », « Le Canard du Boyau », « La Musette », « Brise d’entonnoirs », en relatant ces rencontres sportives improvisées, prennent leur part dans l’entretien du moral de troupes désoeuvrées. Les grands magazines : « Sporting », « Le Miroir des Sports », « La Vie au grand air », leur emboîtent le pas. « L’Illustration » du 26 août 1916, avec sa voix patriotique habituelle, énonce que la boxe développe l’amour-propre et le désir de triompher. La course, le football augmentent l’agilité des membres qui s’étaient un peu figés dans la boue des tranchées… Propagandiste, le discours évoque avec fierté les Jeux interalliés qui se mettent également en place. Les Poilus pratiquent l’escrime ou la boxe et nombre d’entre eux sont d’ailleurs de grands sportifs : Roland-Garros, Jean Bouin, Gaston Alibert, Bernard Bessan, René Fenouillère, Gustave Lapize… Figurent parmi les 424 champions nationaux et internationaux qui mourront au combat, et dont Michel Merckel dresse la liste précise. La fin du conflit connaîtra l’esssordu sport féminin et du handisport.
Des sportives émancipées
L’émancipation du sport féminin se fera à la malheureuse faveur du nombre de victimes au front. Ajoutons à cela une politique nataliste, comme le précise Michel Merckel, qui, « pour compenser les pertes en vies humaines, encourage les femmes à pratiquer des sports afin de concevoir de beaux enfants ! » Le premier match de football féminin disputé en France se tient dès le 30 septembre 1917, le premier cross-country féminin en avril 1918 dans le bois de Chaville et le 10 août 1922, sont organisés les premiers Jeux olympiques féminins au stade Pershing du Bois de Boulogne-Billancourt. Entre temps, la Fédération sportive féminine internationale a ouvert ses portes à l’Autriche et à l’Allemagne en 1921, faisant montre d’un remarquable esprit d’équité et de réconciliation.
La naissance du handisport
C’est également à la « faveur » de la Grande Guerre que les compétitions sportives d’envergure et réservées aux handicapés verront le jour. L’Ecole (normale militaire de gymnastique) de Joinville est en cela exemplaire qui, dès sa réouverture le 7 mai 1916, n’aura de cesse de vouloir remettre sur pieds nombre de soldats éclopés qui lui étaient présentés en masse. Mais sans attendre des organisations officielles dédiées, le nombre de gueules cassées et de blessés de guerre qui se sont illustrés est impressionnant, rappelle Michel Merckel, « de Jospeh Guillemot, sans poumon droit à cause des gaz mais qui sera champion olympique du 5000 m en 1920, au boxeur Eugène Criqui, qui eût la mâchoire fracassée, se fit poser une plaque d’acier, remonta sur le ring et devint champion du monde poids plumes. Ou encore Jean Vermeulen, agonisant et criblé d’obus, qui faillit perdre ses deux jambes et qui remporta le marathon aux Jeux interalliés de 1919. Sans évoquer ce match de rugby France-Ecosse du 1er janvier 1920 qui comptait cinq borgnes (énucléés au combat) sur trente joueurs ! ». Comme quoi, conclut Michel Merckel, « la Grande Guerre fut aussi un moyen de diffusion du sport dans les tranchées et elle servit même de tremplin au sport moderne français. »
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(1) « 14-18, le sport sort des tranchées » (éd. Le Pas d’oiseau, 2013).
CHIQUITO DE CAMBO : Le grenadier au chistera
Prononcez son nom n’importe où au Pays basque et vous verrez les regards s’allumer. Dans la mémoire collective d’un pays attaché à ses traditions et à ses champions, Chiquito de Cambo, de son vrai nom Joseph Apestéguy est une légende. Il naît le 20 mai 1881 à Cambo-les-Bains. Athlétique : 1,95 m pour 90 kg, il ne peut éviter, puisqu’il naît en terre basque, pêle-mêle : le sens de la fête, le rugby, la chasse à la palombe et la pelote. Cette balle en peau dure qu’on lance à main nue et à temps perdu sur un mur de fortune (ajoutons le surf, aujourd’hui à cette panoplie). C’est surtout la pelote qui captive très tôt le jeune Joseph. Le gamin costaud se révèle être un joueur surdoué qui brûle les étapes. Il devient champion du monde de pelote basque à l’âge de 18 ans en défiant et en battant largement le champion en titre Arrué, de Bidart, au cours d’une partie restée célèbre disputée le 23 septembre 1899. Il demeurera champion du monde de pelote basque sans discontinuer de1899 à 1914 et de 1919 à 1923. Un record absolu. Dans son livre sur la guerre de 14-18 comprise comme un formidable tremplin à l’essor du sport français : « 14-18, le sport sort des tranchées (éd. Le Pas d’oiseau), Michel Merckel rappelle un épisode insolite de la carrière de Chiquito de Cambo lorsque celui-ci fut mobilisé. Sur le front, le champion avait emporté avec lui un grand gant de chistera et il aurait eu l’ingénieuse idée de s’en servir pour lancer les grenades à une distance record depuis les tranchées françaises sur les lignes allemandes, tandis que le lancer de grenade, effectué par le poilu moyen, demeurait alors un geste approximatif et parfois malencontreux, voire foireux. « La légende raconte que les Allemands ne comprirent jamais quel surhomme pouvait lancer les grenades aussi loin », précise Michel Merckel. Mieux :
« Chiquito a réglé à sa façon l’un des points faibles de la grenade. En effet, sa distance de destruction est parfois trop près du lanceur. Pour lancer loin, la grenade à fusil fut inventée et cet engin va se perfectionner pendant toute la durée du conflit », ajoute l’auteur. Aucun document ne prouve cependant l’exploit réitéré du champion, mais la légende, tenace, en fait un grenadier hors pair qui fut d’ailleurs cité à plusieurs reprises à l’ordre de l’armée. Eric Mailharrancin, qui rend hommage dans son roman « Les Oubliés du Chemin des Dames » (Elkar) aux soldats basques, notamment ceux du 49ème régiment d’infanterie de Bayonne, s’interroge encore. Il a relancé le débat en mettant la main sur des photos montrant Chiquito en soldat avec son fameux gant de chistera à la main. Hypothèses… Mais qu’importe. Chiquito de Cambo finira paisiblement sa vie rue Augustin-Chaho à St-Jean-de-Luz. Il meurt le 30 mai 1950 à Guéthary et chaque année, en septembre, Cambo, où il repose, célèbre les Journées Chiquito. Un trinquet parisien, situé 8, quai St-Exupéry, porte même le nom du grenadier au chistera. L.M.
Photo ci-dessus : LA GRANDE GUERRE, l'indispensable mook de L'EXPRESS paru précédemment.
Papier publié dans le hors-série Pieds-Noirs de
Un travail de mémoire et d’entretien de celle-ci s’opère depuis cinquante ans, par le biais notamment d’associations et de revues. Capital, cette quête des origines qui anime certains « descendants » de pieds-noirs, est ravivée par la disparition annoncée d’une communauté –au sens strict -, à l’horizon 2062, centenaire du grand départ. Par Léon Mazzella
Papier paru dans le hors-série Pieds-Noirs de 
châteaux prestigieux comme Saint-Go, Sabazan, ou encore Cassaigne. La force de Plaimont est écrasante : 98% de l’AOC Saint-Mont, 55% de celle de Madiran et Pacherenc du Vic-Bilh, 50% de l’IGP Côtes de Gascogne. Avec des fleurons dans le giron : le célébrissime Colombelle (blanc nouveau, léger et légèrement perlant), l’excellente Madeleine de Saint-Mont (rouge puissant), issu d’une parcelle de la renaissance du vignoble, car plantée en 1880, immédiatement après le passage du phylloxéra. Le Passé authentique (St-Mont blanc sec).
Océanide (un St-Mont rosé de caractère). Et le fameux Pacherenc (blanc moelleux) vendangé à Viella dans la nuit de la St-Sylvestre – les premières vendanges de l’année ! Car Plaimont est la cave des coups médiatiques – elle propose depuis peu la confidentielle cuvée Les vignes préphylloxériques, issue de Tannat et de Pinenc « francs de pied » datant de 1871. Ainsi que des partenariats qui décoiffent, comme Jazz in Marciac. 



Papier paru cette semaine dans le spécial vins de L'EXPRESS, conçu et réalisé par Philippe Bidalon (photo : © Jean Brana) : 
Bibliographie :

J'ai le sentiment que Julien Gracq, en 1949 (année de la rédaction de l'increvable pamphlet intitulé : "La littérature à l'estomac"), avait déjà prévu la BéèFMisation de l'info...
Papier paru dans le hors-série "vins" de L'Express il y a quelques jours => allez, zou! tous au kiosque! Pour que vive la presse écrite!
DU VESOU AU FOUDRE
LE RUBAN MAGIQUE
Toit, destinée à venir en aide aux enfants de Colombie. Puis ce livre, pour évoquer les vins du Valais (Suisse) en invitant des stars du cinéma, du sport, de la littérature, de la mode ou de la musique à photographier le plus librement possible un verre de vin. Cela produit un livre estuaire, « dont les histoires se rejoignent comme des rivières qui se jettent à la mer ». De Paul Smith à Sandrine Bonnaire, d’Eric Neuhoff à Viggo Mortensen ou encore de Jacques Dutronc à Zinédine Zidane et Sarah Moon, 56 regards très personnels et redoutablement esthétiques pour la plupart composent un album singulier.
ODE EN BD À LA BOURGOGNE 
Avec de vieux films devenus des classiques, où les scènes de beuverie abondent, comme « Un singe en hiver », d’Henri Verneuil, interprété par Jean Gabin et Jean-Paul Belmondo (d’après l’inoubliable roman d’Antoine Blondin), nous pouvons nous laisser aller à choisir des bières toniques et à fort caractère, comme ces trois méditerranéennes : Cruzcampo pour l’Espagne, Moretti pour Italie, Sagres pour le Portugal, et ne pas hésiter non plus à ajouter une larme de Picon dans l’une de ces cervoises : « Le Picon-bière, ça pardonne pas. C'est de ça que mon pauvre papa est mort. Il n'y a rien de plus traître ! » Évidemment, cela reste une réplique. L’exagération est fréquemment de mise, au cinéma.
Morgan, expert en médecine légale et assassin de criminels, il y a cette sortie un brin brutale : « D'habitude, je viens ici pour balancer des corps par le fond. Pas des bouteilles de bière comme un gros dégueulasse. » Associons là d’emblée à des bières étrangères aux noms évoquant le septième art : Star, la bière du Nigeria, ou bien Stella, la bière égyptienne, et nous voici aussitôt propulsés sur la piste aux étoiles.

Béarnais pur manseng (petit et gros), Lionel Osmin, qui se définit comme un « passeur de vins » - la philosophie du rugby n’est pas loin -, a eu il y a quatre ans l’idée géniale de fédérer la palette des vins du grand Sud-Ouest, vaste région (aux 150 cépages quand même) en créant une société de négoce capable de proposer tous ses crus, de Marcillac à Irouléguy, de Jurançon à Cahors et de Gaillac à Bergerac en passant par Buzet et récemment l'Armagnac! Cette signature transversale fut une première régionale et devint vite un sacré booster pour l’ensemble de la profession, par trop éparpillée jusque là, avec un « chacun dans son coin » en guise de démarche déconcertante. L’idée germait dans la tête de Lionel Osmin depuis que le déclic s’était fait lors d’un stage chez le vigneron du
Voilà cinq générations et plus d’un siècle que la famille Perrin fait rayonner les vins de la Vallée du Rhône. D’abord dans son propre terroir et à présent dans plus de quatre-vingts pays. C’est d’une famille soudée, nombreuse, où chacun tient son rôle dans l’entreprise prospère qu’il s’agit. Jacques, le fondateur, avait initié une manière de faire et surtout une façon d’appréhender la nature et le travail de la vigne dans son ensemble qui semblent visionnaires, à l’heure du tout bio et du tout nature. Le magazine britannique spécialisé dans le vin « Decanter » a d’ailleurs élu en mars dernier la famille Perrin personnalité de l’année 2014, notamment pour son activité pionnière en termes d’agriculture biologique (depuis 1950) et biodynamique (dès 1974). Jean-Pierre et François Perrin, ses héritiers, poursuivent ce travail de respect sur ses terres de l’ensemble de cette merveilleuse vallée rhodanienne, côté sud, de Chateauneuf-du-Pape (avec le château de Beaucastel) à Tavel, de Vacqueyras à Cairanne, des Beaumes-de-Venise à Gigondas (avec le clos des Tourelles) en passant par Vinsobres, mais aussi en côtes du rhône septentrionales (côté nord) avec la gamme Nicolas Perrin. Partout, chaque cépage est non pas subi mais dompté et sublimé. « Suivre ses idées au mépris parfois de celles des autres, c’est affirmer son identité, c’est aussi prendre le risque d’être incompris, voire d’être considéré comme marginal », déclarent Jean-Pierre et François. Force est de reconnaître que la pugnacité de cette famille a fait par exemple de La vieille Ferme –l’un des étendards de leur gamme, l’image même des vins du Rhône pour de nombreux consommateurs étrangers. Parmi les dernières activités « successfull » de cette famille très nature, et bien présente en Provence également, notons la collaboration de Marc Perrin - l'homme qui monte, dans le clan, et qui s'occupe déjà de Tablas de Paso Robles, le vignoble californien familial -, avec Brad Pitt et Angelina Jolie à la conception et à l'élaboration de leur célèbre côtes de provence rosé Miraval, classé parmi les 100 meilleurs vins du monde par un autre magazine influent, "The Wine Spectator". L.M. 






C’est la plus grande hêtraie d’Europe. A cheval sur la France (province basque de Soule) et l’Espagne (Navarre), avec ses 17 000 hectares, c’est une forêt certes exploitée mais très sauvage, où la profondeur du silence n’est troublée à l’automne que par le brame du cerf et le craquement d’une brindille sous le pas d’un chercheur de champignons ou plus rarement sous celui d’un chasseur de bécasse, eu égard à la pente du terrain, qui en rebute plus d'un. Les cèpes d’Iraty se conquièrent car la montagne s’apprivoise, mais celle-ci est relativement douce et la forêt correctement balisée. En octobre, elle se pare d’un mantille rouge, or, mordorée et brune qui n’a rien à envier au manteau forestier québécois. La forêt résonne de cervidés, sangliers et toutes sortes d’oiseaux (palombes, pics, vautours fauves, milans noirs et royaux, grues cendrées, passereaux divers, du pipit à la grive draine) la survolent. L’hiver, lorsque la neige recouvre les cols et le sol de la forêt, Iraty propose 4 pistes de ski de fond (35 km au total) ainsi que des itinéraires balisés pour les randonnées en raquettes : un must ! Se promener une journée dans la forêt en raquettes à la recherche des traces laissées par les animaux sur « le livre de la neige » est un pur bonheur. Le reste de l’année, les sentiers de randonnées sont nombreux en forêt (80 km de pistes forestières au total) et sur les crêtes. Une balade classique mène au Pic des Escaliers, une autre conduit au majestueux Pic d’Orhy (2017m, le point culminant), via la route des cols de chasse à la palombe : Millagate, Odixar, Tharta ou encore Sensibil. On trouve également le GR10 au départ des Chalets d’Iraty. Non loin de là se trouve la crête douce d’Orgambidexka, le « col libre », qui sert de site d’observation privilégié
Ardi gasna (fromage de brebis des bergers du cru, achetez-le chez Mayté, le spécialiste du jambon Ibaïona, qui est excellent, à St-Jean-le-Vieux, avant de monter). Irouléguy (passez chez Jean et Martine Brana à St-Jean-Pied-de-Port et prenez aussi la prune ou la poire, pour la flasque). Pain (si vous montez par l'autre côté, prenez la fougasse -pas trop cuite- à Tardets, dans le virage à la sortie).
Lire : le must de la poésie de Philippe Jaccottet : L'encre serait
de l'ombre (Poésie/Gallimard), Aphorismes sous la lune, de Sylvain Tesson (Pocket), le dernier livre (deux novelas, genre où il excelle) de (Big) Jim Harrison, et qui arrive ce matin en librairie : Nageur de rivière (Flammarion), ou encore un ou deux classiques comme 


Lorsque Gargantua vint au monde, il s’écria : « A boire ! À boire ! ».Dans le jargon rabelaisien, un tel cri ne réclame pas un bol de Loire mais plutôt un verre de Chinon, en dépit de l’omniprésence bienfaitrice du fleuve-mère, à l’instar du Rhône dans d’autres vallées. Le Val de Loire englobe une grande mosaïque d’appellations plus prestigieuses les unes que les autres, qui courent du Pays Nantais au Centre-Loire, en passant par l’Anjou et la Touraine. Il n’est qu’à citer des noms magiques comme Sancerre, Savennières, Pouilly-Fumé, Côteaux du Loir, Muscadet, Vouvray, Montlouis-sur-Loire, Quarts de Chaume, Saumur-Champigny, Reuilly, Saint-Nicolas-de-Bourgueil et Quincy pour s’en convaincre. Quatre cépages se taillent la part du lion : chenin et sauvignon côté blanc, cabernet-franc et gamay côté rouge. Treize autres sont néanmoins utilisés.
Si « la Loire coule de source », selon un mot fameux, ou bien –selon un jeu de mots, si « Nul n’est censé ignorer la Loire », il faut encore savoir que sans son cheminement au gré du vallon qu’elle creuse en s’élargissant plus ou moins, et où elle sinue, s’insinue, irrigue, aère à qui mieux mieux, selon que l’on se situe dans le Val d’Anjou, ou vers Ponts-de-Cé et Angers, le vignoble ne serait pas ce qu’il est.
terroir : ce fleuve dont la largeur est légendaire, a creusé son lit pour mieux irriguer des sols d’une variété et d’une richesse rares, et pour donner naissance à une grande diversité de terroirs, sur lesquels une mosaïque d’appellations prospèrent, en élaborant des vins à partir d’une gamme de cépages unique au monde et pour la plupart vernaculaires. 

in L'EXPRESS hors-série La grande histoire du vin (en kiosque) :
L’HORREUR AU QUOTIDIEN


« Cela se passait aux Eparges, pendant une des attaques meurtrières du printemps 1915. On se souvient peut-être que sur cette butte des Hauts-de-Meuse, la bataille se prolongea deux mois. Une bataille sauvage, une suite presque ininterrompue d’attaques et de contre-attaques pour la conquête d’une colline de boue, dans des tranchées gluantes bouleversées par des milliers d’obus. Les havresacs, les armes, les cadavres s’enfonçaient lentement dans la glaise, des blessés perdus s’y noyaient. Chaque trou d’obus, les énormes entonnoirs creusés par l’explosion des mines devenaient autant de mares glacées, d’un jaune aigre et verdâtre empoisonné par l’hypérite (*). Et il flottait sur ce charnier une odeur fade et corrosive ensemble qui entrait loin dans la poitrine, semblait happer aux bronches comme la boue aux mains nues, aux genoux et aux reins.
(*) Gaz moutarde : « On nomme ypérite le plus atroce des gaz de combat de la Grande Guerre », écrit l’historien André Loez, dans « Les 100 mots de la Grande Guerre » (PUF / Que sais-je ?), « du nom de la ville belge d’Ypres où il fut utilisé pour la première fois par l’Allemagne en juillet 1917. Egalement nommé gaz moutarde en raison de son odeur, il brûle la peau et les muqueuses, rendant inopérantes la protection des masques. »

Papier introductif que j'ai écrit pour le hors-série (couv. ci-contre), en kiosque depuis cette semaine :
Papiers parus dans le mook (le gros hors-série de L'EXPRESS consacré à la GRANDE GUERRE (actuellement en kiosque) :
éponyme paru en 1939.
Papier paru dans L'Express / La Grande Guerre, un mook : (gros) hors-série, en kiosque depuis le 21.
« 14 » est le roman le plus dense et le plus fulgurant sur la Grande Guerre, paru ces dernières années. Jean Echenoz, dont la concision et la maîtrise atteignent ici leur paroxysme, circonscrit 14-18 en124 pages tendues, sobres, et d’une justesse pénétrante. L’histoire ? Cinq hommes simples se retrouvent au front, une femme, Blanche, attend leur retour : Echenoz écrit à hauteur d’homme, avec une acuité redoutable, sans emphase ni pathos, le quotidien d’une guerre avec sa boue, ses rats, ses horreurs. Anthime, Padioleau, Bossis, Charles, Arcenel, plongés à leur corps défendant dans les « boyaux » des tranchées, survivent à l’absurde comme ils peuvent. Deux épisodes possèdent la perfection de l’œuf : l’économie de mots pour décrire un éclat d’obus qui arrache un bras à Anthime, et le récit millimétré d’un combat aérien sont des bijoux d’anthologie.
l’écrivain Bordelais Jean de La Ville de Mirmont, tombé au Chemin des Dames, « sous un ciel sans dieu », le 28 novembre 1914 à l’âge de 28 ans. À travers le prisme romanesque de Garcin, Jean de La Ville, dont l’œuvre est aussi mince que capitale, devient un personnage incandescent et tendre, à la fois avide d’en découdre et pourvu d’une sensibilité d’enfant perdu. « Bleus horizons », à l’écriture impeccable, est le roman le plus touchant sur le sujet. On n’oublie pas Louis Gémon, le narrateur. Survivant à Jean, son ami « jumeau » disparu avec « de grands départs inassouvis » en lui, il connaîtra une inconsolable mélancolie plus douloureuse qu’une amputation – un thème cher à l’auteur d’« Olivier ».
Le plus poignant et le plus puissant des romans les plus récents sur la Grande Guerre est sans conteste l’ample et somptueux « Au revoir là-haut », de Pierre Lemaitre –Prix Goncourt 2013. Ce roman de la colère s’ouvre sur un épisode grave qui montre les amis Edouard et Albert, deux soldats envoyés au feu par l’inhumain lieutenant Pradelle : ces 60 pages ciselées comme une nouvelle, disent à elles seules la guerre sous un aspect tranchant. Lemaître, qui possède le talent de happer son lecteur, plante aussitôt les deux rescapés dans une France d’après guerre méconnue : celle qui n’eut d’égards que pour ses glorieux morts, et qui traita ses fantomatiques survivants comme des parias. L.M.
Matin », leurs propres journaux des tranchées, mais aussi Zola, Kipling, Loti, Laclos, Jammes, Tolstoï, Féval, Verne –et bien sûr « Le Feu » de Barbusse ! Ils lisent des romans afin de moins penser à l’horreur, et la presse afin de ne pas être coupé de l’arrière. C’est ce que traduit une étude historique passionnante, signée Benjamin Gilles : « Lectures de poilus » (Autrement, 2013). L.M.
Papier paru dans le "mook" consacré à la Grande Guerre, de L'Express
n’exclut cependant jamais l’admiration pour le Jünger écrivain. Tous deux décrivent admirablement la mort de près, la peur de la peur –celle qui coupe les jambes, les silences, l’angoisse, et les beautés apaisantes de la nature qui chante tout autour de l’enfer. Tous deux se rejoignent autour de cette phrase du premier, aujourd’hui gravée sur le monument aux morts des Eparges : « Ce que nous avons fait c’était plus que ce que l’on pouvait demander à des hommes, et nous l’avons fait ». Sauf qu’il ne s’agit pas, en l’occurrence, de surhumanité, mais de grandeur. L.M.
Dans Billebaude n°3, le magnifique "mook" des éditions Glénat consacré à la prédation cynégétique sous toutes ses formes : sensible, artistique, ethnologique, esthétique, historique, poétique, philosophique... Cet hommage : 


Il joue avec les textures, avec les matières, les contrastes, il choisit les teintes, il assemble, il connaît au quotidien le plaisir du toucher du chanvre, du coton ou de la plume. Matthieu Le Tessier (photo ci-contre), 37 ans, originaire de Paimpol, a eu la révélation sur un golf de Saint-Brieuc, en faisant une rencontre décisive avec Daniel Duminy, décédé en août dernier, qui était l’un des premiers teinturiers coloristes à l’échantillon établi à Paris. Un maître coloriste. Quelqu’un qui travaille la colorimétrie, qui mélange donc les coloris, tandis que, jusque dans les années 70, les teinturiers étaient individuellement spécialistes d’une seule couleur. « Il existe plus de 6 millions de coloris et j’arrive à en voir 1,6 million environ, afin de pouvoir les distinguer sur un dégradé. Cette quantité est la partie du spectre des longueurs d’ondes que nous sommes capables de voir avec l’œil humain, de l’infrarouge à l’ultraviolet, en somme ». La passion, le destin de Matthieu ont donc été scellés sur un green. Aujourd’hui, dans son atelier de Belleville, il travaille, secondé par Irudayathan Luther, pour des clients allant de la haute couture (Lacroix, Dior), à Reporters sans frontières (pour teinter un gilet pare-balle du noir au vert), en passant par Cuisine TV (pour étalonner des vêtements de cuisiniers). « Il m’est arrivé de teinter un jean de Lenny Kravitz à peau de poisson (mulet) via John Galiano et je bosse pour les Folies Bergère en teignant des plumes. Lorsque je reçois un tissu, la première chose que je fais est de le toucher, puis j’examine sa blancheur ». Il se crée une relation sensuelle avec la matière. Je fais constamment la cuisine avec mes colorants. C’est comme si j’évaluais la vigne, sa maturation. J’avance en équilibrant, au milligramme près, comme on goûte à la cuve ; plus tard ». D’ailleurs, il arrive à Matthieu Le Tessier de tremper un doigt dans un bain acide ou bien alcalin afin de vérifier son bon PH (potentiel hydrogène). Il y a deux sortes de bains, en effet, et l’on retrouve encore une analogie avec l’univers de la dégustation : le bain en milieu acide est réservé aux matières animales (soie, laine, plume), tandis que le bain en milieu alcalin est réservé aux matières végétales (paille, coton, lin).

Lalande dans le 14 ème à Paris), à l'occasion de la Saint-Gargantua (en réalité la Saint-Apollinaire, sur le calendrier), qui fut célébrée dans 28 bistrots parisiens. Et c'est dans celui "d'à côté" que le chapitre des intronisations eut lieu. Parmi les nouveaux chevaliers, il y a, de gauche à droite sur la photo ci-dessus : mes consoeurs Ophélie Neiman (blogueuse vins : Miss Glou Glou) et Anne-Victoire Jocteur Monrozier (blogueuse vin : Vicky Wine, à qui j'ai l'impression d'en coller une en prêtant serment et c'est dommage car elle est très mignonne, mais on peut la voir plus bas et des centaines de fois sur son blog), ma pomme, Charlie Darenne (illustrateur), Thierry Cap de Coume (dessinateur, photographe) et Laurent Cazaux (du Bistrot qui nous accueillait). Avouez qu'on a l'air un peu benêts avec nos bavettes, puis avec nos diplômes de chevaliers et nos grosses médailles, mais bon, c'est ainsi. On assume; cul-sec (le deal était de jurer de défendre les vins de Chinon en tous lieux, puis de vider le vase afin d'obtenir la médaille. Et à 17 h, c'est pas facile...).


« Drouant dérive du germanique drogo, qui signifie quelque chose comme le bon combat ». C’est Hervé Bazin qui parle. L’auteur de « Vipère au poing » qui fut un membre marquant de l’Académie Goncourt, savait de quoi il en retournait dans le salon du premier étage. Le bon combat demeure, qui fait triompher le livre, au restaurant Drouant, chaque année à l’heure du déjeuner, début novembre…
Des noeuds d'acier, par Sandrine Collette
Le spectre d’Alexandre Wolf, par Gaïto Gazdanov
L’armée furieuse, par Fred Vargas


Code 93, par Olivier Norek
Remonter la Marne, par Jean-Paul Kauffmann
L’étoile et la vieille, par Michel Rostain





Ignacio Ramonet (Le Monde diplomatique) livre une histoire synthétique de la presse écrite française et surtout des crises qu'elle traverse, dans son précieux essai intitulé
de la valeur du travail correctement fait ; car il en reste, de ces lecteurs. Ramonet dresse par ailleurs un tableau complet de l'univers de l'information reloaded : le Web, les sites d'info gratuits, les payants (aucun n'ayant encore trouvé un modèle économique qui pourrait être suivi), les pure players, le pari fait par certains groupes de presse sur la tablette comme outil miraculeux et garant de l'avenir de la presse "écrite", etc.
philosophe dans la cité. C'est à lui que revient le rôle d'éveilleur des esprits lorsque ceux-ci sont atteints des syndrômes du laisser-faire, de la banalité du mal (cher à Hannah Arendt); bref lorsqu'ils sont sous anesthésie sociale. L'aiguillon, la mouche du coche, l'empêcheur de penser en rond, c'est autant ce grain de sable qui dérange (le journaliste selon Edwy Plenel), que le philosophe. Socrate n'a-t-il pas un peu inventé une certaine forme de journalisme de qualité, avec la fameuse ironie qui
caractérise sa réthorique (lorsqu'il s'adressait aux Sophistes ou aux simples citoyens d'Athènes et qui séduisit tant le Camus journaliste*), et même l'art de conduire un reportage, avec la maïeutique, ou l'art d'accoucher les esprits?
La femme infidèle, de Philippe Vilain
Vénéneuse, de Patrick Eudeline

C'est un grand journaliste doublé d'un écrivain précieux, précis qui vient de quitter ce monde à l'âge de 69 ans, le 8 janvier dernier. A Bordeaux. Sa ville. Né à Momuy dans les Landes et d'origine flamande par ailleurs, Pierre Veilletet aura effectué une brillante carrière au journal Sud-Ouest, qu'il pilota, jusqu'à son éviction brutale en 2000 -qu'il ne digéra pas. Prix Albert-Londres 1976 pour ses reportages sur l'agonie de Franco, il préféra rester le premier à Bordeaux au lieu d'être un numéro à Paris. C'était un maître à l'écriture rigoureuse, au ton singulier, hiératique et profond. Un styliste. Un observateur d'une finesse désarçonnante. Un taiseux au sourire rare aussi. Un personnage un rien intimidant mais toujours prompt à lancer un trait d'esprit pour détendre une atmosphère qu'il savait avoir rendue pesante, dans son bureau au journal ou ailleurs par hasard dans les rues de la ville. Veilletet avait le tact inscrit en lui. Et une délicatesse parfois gauche mais jamais empruntée. Il n'était pas d'accès libre. Ce n'est qu'à l'âge de 43 ans qu'il publia son premier livre, le court et dense roman La pension des nonnes, chez Arléa, maison cofondée avec ses amis Jean-Claude et Catherine Guillebaud et à laquelle il restera aussi fidèle que Julien Gracq le demeura à José Corti. L'allusion vaut rapprochement : le choix scrupuleux de l'adjectif, l'usage de l'italique pour appuyer comme on adresse un clin d'oeil entendu, rendent l'écriture de Veilletet voisine, sinon cousine de celle du grand écrivain de Saint-Florent-le-Vieil. Si Querencia et autres lieux sûrs peut faire penser à La première gorgée de bière de Philippe Delerm pour sa thématique, mais avec une autre tenue, une exigence altière, 








génie disparu en 2005. Ou bien en s’allongeant en pleine forêt sur un tapis d’aiguilles de pins et de fougères, le regard planté à la cime des arbres qui dansent. Il suffit alors de fermer les yeux pour confondre, comme le faisait François Mauriac, le bruissement permanent du vent dans les branches avec celui de l’océan. Le 
Bordelais Mauriac n’aimait rien comme planter ses fictions dans l’âpre lande : le village d’Argelouse est à jamais marqué par « Thérèse Desqueyroux », l’un de ses plus célèbres romans(Livre de poche). Montaigne, qui voyageait à cheval, a nourri ses « Essais » (Arléa) de centaines de chevauchées à travers les Landes. Il vante même les mérites des sources thermales de Préchacq-les-Bains dans son œuvre-vie. Jean-Paul Kauffmann a donné un livre magnifique, « La maison du retour » (folio), qui raconte comment il choisit justement de s’établir de temps à autre en forêt, à Pissos. Plus bas, on peut se promener du côté d’Onesse-et-Laharie, à la recherche de la maison des sœurs de Rivoyre, échouer à la trouver et relire « Le petit matin » (Grasset), de Christine, « la Colette des Landes », au café du coin. Les Landes, c’est la place centrale de Mont-de-Marsan à l’ouverture du premier café que l’on prend en pensant aux frères Boni : Guy et André Boniface, rugbymen de légende. Un stade porte leur nom à Montfort-en-Chalosse. Denis Lalanne, qui donna comme son ami Antoine Blondin des papiers « de garde » à « L’Equipe », écrivit un livre hommage 
aux frangins : « Le temps des Boni » (La petite vermillon). Il vit aujourd’hui paisiblement à Hossegor. Le lire, c’est retrouver le rugby rustique de village, où les déménageurs de pianos sont plus nombreux que les joueurs du même instrument. Un autre écrivain journaliste parti trop tôt (en 2004), Patrick Espagnet, de Grignols (plus haut dans les Landes girondines), possédait une plume forgée à l’ovale. Ses nouvelles : « Les Noirs », « La Gueuze », « XV histoires de rugby » (Culture Suds), sont des chefs-d’œuvre du genre. Les Landes, ce sont ces belles fermes à colombages avec leurs murs à briquettes en forme de fougère, qui se dressent
grassement sur leur airial. La plus emblématique se trouve au sein du Parc régional de Marquèze, à Sabres, où l’ombre tutélaire de Félix Arnaudin, l’écrivain photographe un brin ethnographe, plane comme un milan royal en maraude. Les clichés d’Arnaudin sont aussi précieux que ses recueils de contes (Confluences). L’un d’eux montre un 
jeune berger, Bergerot au Pradeou, dressé dans l’immensité plate comme la main. Et évoque le tendre roman de Roger Boussinot, « Vie et mort de Jean Chalosse, moutonnier des Landes » (Livre de poche).
enfin les inoubliables passages de Julien 
A la terrasse d'un café, je feuillette des magazines. Les pages de rédaction consacrées à la mode et les pages de publicité pour des marques de prêt-à-porter ne montrent que des personnages à la plastique parfaite, mais qui transportent avec une étrange ostentation une morgue terrifiante, au fond de leurs regards vides. L'absence totale du moindre sourire me fait froid dans le dos. Ces robocops de studio-photo semblent nés sans muscles zygomatiques. Ces visages profondément apathiques sont le reflet de notre temps, qui peine à jouir, voire à rire; à peine. Et de la météo du jour aussi -il ne fait pas froid que dans le dos. Malgré nous, le goût de vivre, et celui même d'exister s'amenuisent. Cela sèche imperceptiblement comme flaque au soleil. L'esprit d'innocence s'étiole, la fraîcheur de l'enfance fait la brasse coulée en chacun de nous, l'humour est en berne et la joie d'être au monde m'apparaît en jachère commandée par un moisi ambiant. Je reprends un quotidien que je n'ai pas eu le temps de lire. J'y trouve une phrase lumineuse, sertie dans l'adresse donnée par François Hollande à Libé, le 3 janvier, comme on tombe sur un bouquet de primevères au jaune pâle mais éclatant en cherchant des cèpes dans un sous-bois : L'espérance : je veux retrouver le rêve français. Celui qui permet à la génération qui vient de mieux vivre que la nôtre. Ces mots simples me bouleversent, sans doute parce que ma sensibilité se trouve ponctuellement (hy)perméable. Je souhaite tant que mes enfants connaissent le bonheur simple et l'insouciance solaire de leurs grands-parents. Je voudrais tant qu'ils vivent la jeunesse radieuse de mes parents, comme je l'ai seulement ressentie, gamin, plein d'une immense joie contemplative. Je repense au poème Ressouvenir, de Hölderlin (photo) -Apprendre, c'est se ressouvenir de ce que l'on avait oublié, me chuchote au passage Socrate-, car il s'achève par ces mots "en bleu adorable" : 


Retour de Procida...
jamais compter. Il a oublié que Mick Jagger s’est marié ici avec Bianca en 1971, il se souvient en revanche qu’il a une autre affaire à faire tourner à Courchevel, en relais de celle-ci sur le port, en deçà ou sur une plage de Pampelonne. Car aujourd’hui, il convient de suivre le VIP à la trace, dans les sillages uniformément blancs comme la fameuse Soirée –et de son yacht et de son avion privé. Le nouveau visage de St-Trop’ est davantage cosmopolite, plus exigeant, plus arrogant aussi. Les maîtres du monde, s’ils possèdent encore, parfois, le tact et l’intelligence effacée, exposent plus fréquemment des attitudes d’enfants gâtés qui veulent tout tout de suite. « Le risque est qu’ils fichent le camp ailleurs, puisque les côtes de la planète leur sont ouvertes », dit Kaled, inquiet militant de l’avenir des plages de Ramatuelle. En attendant les suites d’un éternel imbroglio (
Gates, mais transparent avec son tee-shirt imprimé et ses Havaïanas aux pieds, et dans une moindre mesure un Jean-Michel Jarre ou un Alexandre Jardin croisés ce 5 juillet au fil des quais et aux bras de leur dulcinée, fabriquent le Saint-Tropez d’aujourd’hui. Celui-ci tient du zoo, lorsqu’on se trouve devant ces yachts dont on ne sait pas qui sont les singes : ceux qui les occupent, là-haut, ou bien les humbles qui,
menton dressé et appareil photo prêt à tirer, guettent leurs occupants et se photographient devant des pavillons de complaisance évoquant les îles lointaines ? Il relève de la réserve d’Indiens : les Bateaux Verts proposent pour 9€ une balade en navette à la découverte des « villas de célébrités ». St-Trop’ tient encore du hameau charmant, lorsque l’on emprunte, depuis les quais et jusqu’à la Place des Lices, cette ravissante ruelle Etienne Berny chargée du parfum des figuiers qui dégringolent, et où deux piétons ne peuvent se croiser. Le village magique tient de l’inaltérable enfin, lorsque, devant soi, au cœur de la nuit, à l’heure où l’on quitte hagard les Caves du Roy, un nanti indien proche de la famille Mital (propriétaire dans les environs), évoquant en Anglais son dîner au Polo Club (la cuisine, italienne, y est remarquable), achète, pour se refaire, un panini à 5,40€, ni vu ni reconnu. Record absolu.
Dans L'Express de cette semaine, je publie trois papiers sur le thème des grandes familles paloises : la saga des Biraben (foies gras éponymes et chevaux de course), des Escudé (sportifs de haut niveau : foot et tennis) et celle des Loustalan (presse quotidienne régionale). Il se trouve qu'en 1984, j'ai travaillé à Pau à Pyrénées Presse (La République des Pyrénées et L'Eclair des Pyrénées). Voici pourquoi je choisis de coller ci-dessous le papier qui évoque les Loustalan. Nota : ce dossier est uniquement diffusé en Béarn.


Voilà un beau cadeau de derrière les fagots, ou les tiroirs, c'est comme on voudra. Les éditions Finitude (magnifique catalogue comme on les aime, façon Le temps qu'il fait ou le dilettante des débuts, 
