mardi, 12 juillet 2011

L'Express spécial Pau

images.jpegDans L'Express de cette semaine, je publie trois papiers sur le thème des grandes familles paloises : la saga des Biraben (foies gras éponymes et chevaux de course), des Escudé (sportifs de haut niveau : foot et tennis) et celle des Loustalan (presse quotidienne régionale). Il se trouve qu'en 1984, j'ai travaillé à Pau à Pyrénées Presse (La République des Pyrénées et L'Eclair des Pyrénées). Voici pourquoi je choisis de coller ci-dessous le papier qui évoque les Loustalan. Nota : ce dossier est uniquement diffusé en Béarn.

L'engagement au quotidien

Albert, Henri, François, Bruno. Quatre Loustalan, trois générations de patrons de presse, un titre emblématique : L’Eclair, et un fil d’Ariane : porter un vrai courant de pensée en faisant d’un quotidien beaucoup plus qu’un journal.

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En 1898, deux quotidiens palois, l’un royaliste et ultra catho, Le Mémorial, l’autre anticlérical, L’Indépendant,  poussent l’abbé Pon à quitter le Grand Séminaire et Albert Loustalan à quitter à 28 ans un poste confortable de banquier, pour fonder Le Patriote, journal d’informations démocrate chrétien, afin de créer un juste milieu dans un paysage béarnais qui compte encore aujourd’hui trois quotidiens (*). Le grand père Albert contribue rapidement à la prospérité financière du titre, qui affichait 25 000 exemplaires vendus chaque jour à la veille de la Seconde guerre mondiale. Modéré, Le Patriote comprend une majorité de laïcs dans son capital, et sa rédaction, d’obédience catholique, ne donne pas dans l’obscurantisme. La lutte est âpre et les lecteurs fidèles à chacun de ces titres. « Pau a toujours été une ville où l’on débat sur la place publique, au café comme au Zénith, lance François, petit-fils d’Albert, aujourd’hui âgé de 62 ans. » Quand Le Mémorial cesse de paraître en 1911, puis que L’Indépendant est happé par La Petite Gironde, ancêtre de Sud-Ouest, Le Patriote poursuit son aventure. Mais pendant l’Occupation –le grand-père Albert a disparu en 1936, le journal accepte la censure et la propagande, et voit un rédacteur en chef collabo continuer de noircir le journal… À la Libération, les « Rad-Soc » prennent le pouvoir et traînent Le Patriote en justice. Acquitté, il est déjà trop tard pour qu’il reparaisse, fut-ce nimbé d’une nouvelle virginité : La République des Pyrénées vient de naître, qui rafle un lectorat affamé de presse. Henri Loustalan, qui a appris le métier aux côtés de son père Albert, est un jeune docteur en Droit auteur d’une thèse sur le droit de la publicité dans la presse. Avec sa bande de potes : l’équipe des Chrétiens Sociaux de la Résistance, qui comptent à leur tête Louis Bidau, syndicaliste agricole qui sera à l’origine de la culture intensive du maïs et de la création de l’actuel consortium Euralys, ainsi que Mgr Annat, ils fondent L’Eclair des Pyrénées en octobre 1944. La ligne éditoriale du Patriote des belles années se retrouve : L’Eclair ne sera jamais un suppôt du clergé, mais il défendra des convictions, « un vrai courant de pensée » comme se plaisent à le souligner François et son frère cadet Bruno. L’Eclair étend rapidement son aire de diffusion aux « trois B » : Béarn, Basque, Bigorre et son lectorat demeure aujourd’hui encore rural et démocrate chrétien, tandis que La République est davantage située à gauche, et Sud-Ouest… au milieu sans être au Centre. Henri, qui a 35 ans à la création de L’Eclair dirige le quotidien (de directeur administratif, il deviendra vite PDG), et s’accroche, même s’il vend trois fois moins que « La Rép. » (7000 ex. contre environ 25000ex.). La Dépêche du Midi en Bigorre et La République en Béarn sont des concurrents sérieux du petit Eclair. Quant à Sud-Ouest, il est présent dans les « 3B » et au-delà. Le grand virage s’effectue au début des années 70, lorsque Henri se rapproche du groupe Sud-Ouest. L’empathie est immédiate avec le PDG Jean-François Lemoîne, qui soutient L’Eclair et garantit sa ligne éditoriale. Plus tard, Sud-Ouest rachètera La République pour ne pas la laisser au « papivore » Hersant ou, pire, à La Dépêche de la famille Baylet, et le Groupement d’Intérêt Economique Pyrénées Presse, qui englobe La République et L’Eclair, voit le jour en 1976. Ca se complique… On partage l’imprimerie, la régie publicitaire, deux journaux en guerre depuis toujours sont forcés de devenir des frères ennemis, les locaux sont communs, mais « au plomb », les ouvriers du Livre dressent des panneaux de séparation entre les tables de montage. François, ingénieur en électronique ayant déjà bourlingué, est appelé en 1984 par son père pour diriger le journal à ses côtés. Il en deviendra PDG, directeur de la publication par la suite (Henri meurt en 1998). Fidèle à la philosophie Loustalan, Henri et François développent les manifestations autour du journal, avec le Club des Amis de L’Eclair, l’Université de la Citoyenneté, le magazine Pyrène… Le jeune Bruno se destine à l’audiovisuel. Or, il effectue en 1978 un stage de 2 mois à L’Eclair, à la demande de son père, renonce à Sud Radio. Le « stage » durera 18 ans. Sa carrière se poursuivra jusqu’en 2009 au sein du groupe Sud-Ouest, à la direction du magazine Surf Session. C’est à la mort de J.F. Lemoîne en 2001 que les difficultés deviennent insurmontables : La République et L’Eclair sont désormais bonnet blanc et blanc bonnet avec une rédaction en chef commune. « Inconcevable! ». Bruno a déjà quitté le navire. François le fera en 2004. Aujourd’hui, les Loustalan brothers ont créé Valeurs du Sud qui édite un hebdo gratuit de 24 pages, L’Hebdo+, dont les caractéristiques sont d’être positif, « on ne parle jamais de ce qui fâche », d’être nourri d’infos qui remontent de la société civile et d’être alimenté  par un flux constant sur le Web. L’esprit citoyen, la circulation d’un courant de pensée désormais affranchi de connotations religieuses, se retrouvent « dans un média qui fait avancer le territoire, dans un contexte où la pluralité et la complémentarité, disparaissaient de la société française et renaissent sur la Toile », précise François. Et le fil d’Ariane est à nouveau tendu comme le zig-zag d’un éclair puisque, après les lancements de L’Hebdo+ Béarn et de L’Hebdo+ Pays Basque, L’Hebdo+ Bigorre a vu le jour en juin 2011. Revoilà  « les 3B » ! 

Léon MAZZELLA

(*) Sud-Ouest, La République des Pyrénées et L’Eclair des Pyrénées, propriétés du Groupe Sud-Ouest.

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