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Monsieur Paul préférait son calibre 12

Capture d’écran 2018-01-20 à 17.18.21.pngJe me souviens bien d'une poularde de Bresse, et avec davantage de précision du son que fit la croûte qu'il me fallut casser avec l'épaule d'une cuiller afin de découvrir et commencer d'absorber un petit lac circulaire : la soupe VGE à la truffe, ou plutôt le grouillant salmigondis d'une colonie de truffes en déroute, en morceaux et en soupe... Cela se passa à Bocuse-ville... Je me souviens surtout du regard gras, valisé, lippu même, mais palpitant comme un oiseau que l'on tient avec peine et délicatesse entre nos paumes juste jointes et pas serrées... Du regard - appuyé - de Monsieur Paul. Je me trouvais là plus ou moins pour GaultMillau comme on dit, dont j'assurais alors la direction des rédactions (du magazine et des guides), mais justement et délibérément sans aucune obligation, soit sans carnet de notes à noircir, décontracté du stylo; à la fraîche de surcroît... Pourvu du seul plaisir d'une errance mycologique choisie. En ouiquende, aurait écrit Roger Nimier, ou bien luxueusement en visite. Et aussi (car, même en roue libre j'ai un angle d'attaque en tête, c'est plus fort que moi) pour l'ineffable plaisir d'échanger avec la sensibilité vive et qui bouillait sous une longue toque blanche (coiffant une tête bien faite ayant toujours préféré la bonne vieille casquette en tweed qui renifle la sauvagine), à propos des sarcelles rebelles et des bécassines tellement furtives de la Dombes - oiseaux vénérés que j'ai toujours adoré décrocher du plus loin que je le pouvais avec mon léger calibre 20 et à contre vent, tandis que Monsieur Paul confessait sans ambages préférer son calibre 12, afin d'assurer, appuya-t-il de sa voix rétablissante. C'était son côté saucier. Celui que nous regretterons ce soir et à l'instar d'une épaule, au creux d'une époque light et rabougrie, pleutre et en manque de sel. L.M.

Commentaires

  • Perte inestimable.
    Celle d'un vrai renouveau de la cuisine française.
    Celle d'un homme qui a porté la haute cuisine française à son apogée partout dans le monde tout en lui conservant un petit côté franchouillard.
    Je l'ai connu à la fin des années soixante-dix. Il avait beaucoup d'humour.
    Dans les années 80 — l'année des B pour les animaux —, j'avais appelé mon chien Bocuse et lui avait appelé sa chienne Blandine (la sainte patronne de Lyon). Ça nous avait fait beaucoup rire. Et en 2001, alors que je travaillais pour le magazine GaultMillau dont tu étais le rédacteur en chef, il a préfacé mon livre « La morue entre sel et mer ». RIP Monsieur Paul.

  • Merci de ces savoureuses anecdotes, chère Blandine. Oui, "Monsieur Paul" disparu, ce n'est pas une page qui se tourne, mais un livre qui se referme.

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