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humeurs - Page 2

  • Le Camus philosophe de Michel Onfray

    téléchargement.jpegOnfray a des ennemis et j’aime ce qu’il écrit, donc je n'aime guère ses ennemis. Certes, il se répète beaucoup, à l’envi, comme un distributeur de litanies, dans le présent livre aussi, et si  je me livrais à un exercice journalistique classique, celui du SR (secrétaire de rédaction), je saisirais les ciseaux de Sainte-Anastase et je taillerai là-dedans, je veux dire dans son dernier gros opus : « L’Ordre libertaire. La vie philosophique d’Albert Camus » (Flammarion) pour ôter  environ 150 pages de redondances aux 600 que j’ai cependant dévorées avec un immense plaisir  et sans en sauter une demi-ligne.

    C’est un grand livre. Certes un chouia hagiographique, certes un poil anti-sartrien bichrome (c’est black or white), voire manichéen par endroits, avec force flot de citations à charge. Certes c’est également une espèce d’autobiographie (Nietzsche : « Toute philosophie constitue une autobiographie masquée ») :

    PARALLÈLES

    Camus et Onfray ont, il faut le préciser, un parcours comparable. Mêmes origines sociales -pauvres-, même mépris pour les paillettes germanopratines, mêmes inspirations nietzschéennes, voire gramsciennes (pas convaincu par le chapitre ad hoc, et je pense bien connaître mon Gramsci), même énergie solaire (sauf que Onfray n’est pas Méditerranéen, que l’on sache), même accueil par une certaine dictature du savoir et du pouvoir éditorial (laquelle vire peu à peu à l’endogamie mentale à force de manquer d’air –mais c’est tant pis pour elle. Même cette civilisation, par ailleurs mortifère, est mortelle!).

    Même destinée libertaire aussi, voire anarchiste… Onfray n’a pas publié de fictions comme Camus, cependant. Et nous savons, à la lumière de cet essai brillant, combien « Noces », « L’Eté », « La Peste », « La chute », « L’Exil et le Royaume », etc., contiennent dans leur ventre une portée philosophique, à côté de laquelle nous étions passés jusque là, en nous attachant exclusivement à la prose sensuelle, solaire, méditerranéenne, hédoniste, algérienne, salée, profondément libre de notre Camus préféré. (Relire aussitôt « Noces », et « L’Eté », au sortir de la bio d’Onfray, fut un bonheur frais et comme neuf : garanti pièces et main d’oeuvre).

    OBSCURES RANCOEURS

    Mais il s’agit d’abord d’une biographie philosophique. Après avoir flingué Freud à la mitrailleuse lourde (« Le crépuscule d’une idole », Grasset), voici Michel Onfray en verve pour réhabiliter, car cela semblait nécessaire, le Camus philosophe pour classe d’agrég. (et non pas pour classes Terminales, pour paraphraser le titre d’un pamphlet qui m’opposa constamment à son auteur et ami, feu Jean-Jacques Brochier).

    L’Ordre libertaire est un grand bouquin parce qu’il règle les comptes avec une certaine société parisienne nombriliste, étriquée, auto-intelligentisalisée et propriétaire (putschiste) du droit de dire, de publier, de faire et de défaire, mais dans un cercle tellement restreint qu’il semble (à le renifler et tant il est nauséabond au fil du temps), avoir oublié les structures élémentaires de la parenté. Autrement dit, la prohibition (métaphysique) de l’inceste (mental) ne semble pas avoir cours dans ce marigot-là. La suffisance semble gouverner sa morgue. Ainsi que la reproduction entre soi, façon « Les héritiers » selon Bourdieu & Passeron.

    Du coup, Albert Camus le pied-noir, fils d’un père ouvrier mort au front en 14 et d’une mère analphabète (elle n'a jamais lu son fils!), n’ayant fait ni "H. IV", ni Ulm (Normale Sup), ne fait pas partie du Club Mickey, donc du sérail, de la famille bourgeoise bien-pensante. D’où leur haine, leur jalousie lorsque l’auteur de « L’étranger » obtint le Nobel en 57 (« Devant ma mère, je sens que je suis d’une race noble : celle qui n’envie rien », in « Le Premier homme »). Entre autres exemples.

    Sur cet aspect de l’homme et du ressentiment parisien, Onfray excelle. Nous sentons un Camus décidé à ne pas s’approcher trop près de ces virus, qui préfère la compagnie de l'ami absolu et total, René Char, et la perspective de vivre à Lourmarin (où il repose d’ailleurs) plutôt que rue de Chanaleilles, même si c’était bien, le temps passé là-bas.

    UN HOMME SIMPLE ET SOLAIRE

    Ce qui séduit d’emblée dans le livre d’Onfray, c’est de retrouver un Camus absolument solaire (et c’est la première fois que je lis cela, car ni Emmanuel Roblès pourtant, ni José Lenzini, et même Frédéric Musso, ni Morvan Lebesque, ni Abdelkader Djemaï, ni Jean Daniel, Jean Grenier à peine, Macha Séry un tout petit peu, n'étaient parvenus à retranscrire cela avec autant de talent et d’exactitude), un Camus résolument hédoniste et tout entier tourné vers la sensualité de la vie intellectuelle, avec le corps et l’esprit.

    Onfray fait de Camus un Zarathoustra venu d’Algérie. Et le prouve (le bonhomme connaît son Nietzsche sur le bout des doigts), mais on pourrait être tenté de lui reprocher de forcer le trait pour nous persuader de ses convictions. C’est le jeu. On le joue. 

    Plus intéressante est la manière dont Onfray souligne l’attachement inaliénable de Camus à la pauvreté dont il est issu et qui l’a forgé (les livres lui furent une conquête et pas un héritage, comme cela fut le cas pour un Sartre), ainsi qu'aux humiliés, aux taiseux comme sa mère, et donc au courage, à la noblesse humaine la plus nue, à la loyauté, au courage d’être un homme, au sens de l’honneur, à la dignité de son modeste rang ;  à la philosophie d’une morale vraie, en somme.

    UNE BIO EN EMPATHIE

    Avec ce livre, nous sommes loin des gros pavés qui font autorité, comme le Herbert R. Lottman (monumentale enquête biographique à l’anglo-saxonne, irréprochable, totale, et d’une précision d’horloger genevois croisé avec une entomologiste teutonne), ou le Todd (Olivier), que j’aime moins, mais passons. Ici, avec Onfray, tout fait bonheur, poésie, liberté, détachement, regard vers le soleil les yeux ouverts, appel à Diogène et volonté de jouissance…

    Onfray combat la légende : Non, Camus n’est pas un philosophe pour futurs bacheliers, ni un romancier à la prose douce et facile. Oui, Camus est un philosophe profond dans ses essais fameux comme « L’homme révolté » et dans ses œuvres de fiction. Oui, Camus est un anticolonialiste engagé mais mesuré, singulièrement consensuel dans une époque radicale (« la radicalité de la nuance », c’est de lui, et je n’ai pas retrouvé la formule dans le livre d'Onfray).

    Oui Camus est un païen pragmatique, un homme droit qui se souvient de l’unique leçon de son père disparu trop tôt : « un homme, ça s’empêche ». C'est encore un homme fidèle aux siens –même contre la Justice. Fidèle à sa mère d’abord, fidèle à son instituteur Louis Germain (le « Discours de Suède » rappelle cela avec superbe) fidèle à cet espèce de père de substitution.

    Fidèle aussi au maître absolu que fut Jean Grenier, son prof de philo et auteur des « Îles » et de « Inspirations méditerranéennes », qui lui fit lire aussi « La douleur », d’André de Richaud, lecture décisive. Mais avant tout parce que le professeur Grenier déclencha en Camus le désir d’écrire!..

    Camus est un disciple du « Gai savoir » et du précepte nietzschéen fameux : « Deviens celui que tu es », il est un homme qui ne cessera de faire savoir qu’il faut faire en sorte que ne doivent exister ni bourreau, ni victime.

    AU-DELA DU BAEDEKER

    Bien sûr, il est aussi question dans ce livre de Belcourt, d'Alger, de la tuberculose à dix-sept ans, des femmes, du séducteur, de son look Bogart, des clopes, de Maria Casarès, du foot, du théâtre, de Francine après Hélène, d'« Alger Républicain », de « Combat », de Paris, de l’accident fatal dans la Facel-Vega conduite par Michel Gallimard, du manuscrit du "Premier homme"... tout cela que l'on sait déjà (peu ou prou), du succès de « La Peste », de l’arbre "Etranger" qui cache la forêt d'une oeuvre puissante et protéiforme (« Meursault c’est moi », eut pu dire "Albert Flaubert", à cause du soleil), de Tipasa enfin, et du retour à. Etc.

    Tout le Baedeker Camus est forcément dans ce livre, mais par petites touches délicates. Onfray s’attachant à démontrer (avec talent et superbe) la dimension philosophique de Camus, son livre est un bréviaire indispensable. Cette dimension, incontestable pourtant, un certain Paris vétilleux, pincé du nez, coincé des neurones, refuse toujours de la reconnaître à l’auteur de « L’envers et l’endroit ». 

    Camus nous apparaît sous les traits d’un philosophe artiste –et adepte d’un art de vivre en temps de catastrophes, à l’aise dans son corps qu’il laisse s’exprimer en plongeant, en nageant, en faisant l'amour, en écrivant, en transpirant, en jouant, en lisant, en déclamant des auteurs grecs, en shootant dans un ballon rond, en chuchotant, en observant en silence l’horizon méditerranéen depuis la plage...  

    Car Camus possède le « castizo » espagnol, cette fierté si bien décrite par Michel del Castillo ici et là, ce cran donquichottesque qui n’ignore pas sa folie douce. Camus est un être charnel, exposé à la brûlure du soleil, au sel, à la cuirasse d’argent de la mer. Il n'est pas un de ces anémiés du 6ème arrondissement, perclus de rancoeurs, de jalousies et de comptes à régler avec ceux qui pourraient pisser peut-être plus loin qu'eux! –d’où les névroses auxquelles Albert est fondamentalement étranger, surtout vues depuis Alger ou Oran. Car tout cela manquerait un peu d'horizon. (Les natifs d’Oran -dont je suis- pardonnent à Camus de n’avoir pas aimé cette ville, cadre de sa "Peste", et de lui avoir préféré Alger). 

    UNE PULSION DE VIE SPINOZIENNE

    Camus nomme imbécile "celui qui a peur de jouir parce qu’il n’éprouve pas de honte à être heureux"

    Son hédonisme, avec les événements historiques dont il sera le témoin durant sa courte vie, est un antifascisme. La pulsion de vie, quasi spinozienne, de Camus, forge sa force. Celle qui lui fera éviter les pièges du communisme aveugle et ses haines recuites, sans oublier son cruel désir de vengeance.  Nul ressentiment chez Camus, souligne avec bonheur Onfray. Juste un jugement mesuré. Antimarxiste, soit anti-obtus. Il estime qu'il serait encore possible de faire cohabiter les cultures arabes et européennes sur le sol algérien,  aux premiers moments durs des « événements », qu’il ne connut qu’à peine.

    Camus est enfant du melting-pot pied-noir, enfant d’un bouillon de culture sain, vivant, prodigieusement débarrassé de l’acnée parisienne et des remugles racistes ayant largement cours bien au-dessus de Gibraltar. Il est fils de l’ouverture, de l’écoute, de l’altérité, du soleil et des bonheurs simples.

    Il se choisit Grec. Il appartient de toute façon –qui le contesterait ?- à la gauche dionysienne et laisse sur le bas-côté du chemin la gauche apollinienne, chichiteuse, pluvieuse, grisâtre, revancharde, aigrie toujours, et aussi exsangue du corps comme du cerveau.

    Camus est un homme placé de naissance du côté de l’hospitalité et du cosmopolitisme, de la fierté castillane, de la loyauté, de l’héroïsme hérités de Cervantès.

    L’armée et l’université ont refusé son admission lorsqu’il était jeune. A cause de sa santé faible. Camus taillera sa sculpture solaire dans ces refus aux relents métropolitains. Onfray circonscrit cela avec une grand justesse : Camus est un philosophe qui privilégie la sensation, l’émotion, la perception, sur le concept, l’idée, la théorie. Et c’est pourquoi il nous est si proche, si tutoyant, si populaire, si accessible aussi. Ce que d’aucuns lui reprochent, car il ne reproduisit aucun de leurs codes moisis.

    UN TROPISME LIBERTAIRE

    A commencer par le tropisme arriviste du Rastignac de sous-préfecture -ce que Camus n'est pas : il n’envie pas Paris. Comment pourrait-il avoir le désir de sa conquête ? Paris lui fera payer très cher ses origines modestes, son existence de petit pied-noir qui défendit même ceux-ci –ce qui constitua un crime de lèse-pensée-unique à l’époque des porteurs de valises, , et de France Observateur, des livres (admirables, d’ailleurs) publiés clandestinement par les éditions de Minuit (et qui ressortent ces jours-ci)… Même son insolence politique, ses prises de position méfiantes face à un Parti communiste avaleur et destructeur à l’époque, furent inscrites au débit de son compte…

    La grandeur de Camus se trouve là aussi. Comme dans les métaphores de sa vie que sont ses pièces (« Caligula », « Les Justes », ou ses adaptations dramaturgiques diverses). Onfray souligne que Camus n’est pas un contre-révolutionnaire, mais un révolutionnaire contre. La nuance est de taille.

    Je relisais hier « Misère dans la Kabylie », après avoir refermé le Onfray et avoir lu qu’il y neigeait en ce moment, comme souvent d'ailleurs. Les récits de Camus (ou reportages à rendre jaloux jusqu’à la torture, un BHL, mais certainement pas un J. Littell à propos de la Syrie –admirable série dans « Le Monde » de la semaine dernière), rappellent les journaux africains de Gide. Le talent narratif est là, profondément tourné vers l’Autre, ce qui est salutaire, et l'on trouve aussi une dimension lyrique qui fait souvent défaut dans les textes de ce genre.

    Sur la Guerre d’Algérie (elle touche ma mémoire familiale), je juge utile de citer seulement ceci, de Camus : « Quatre-vingt pour cent des Français d’Algérie ne sont pas des colons, mais des salariés ou des commerçants ». Camus ne souscrivit jamais à la justice sélective, ni à la « justice française » de la torture, pas plus qu’à la « justice nationale » des massacres.  

    Il considèrera jusqu’au bout que les Pieds-Noirs, eu égard à l’histoire de l’Algérie (ses invasions successives depuis l'Antiquité l’ayant construite) étaient des indigènes (provisoires) comme tous les autres. Camus paiera cher pour cette loyauté-là, pour sa rectitude, son bon sens, ses fidélités (ma mère contre la justice des terroristes...).

    Même des esprits réputés éclairés (Bernard Frank par exemple) le traînèrent dans la boue, suivant sûrement un courant de pensée comme on monte dans un train en marche : nous pardonnerons par conséquent beaucoup au ventriloque Frank de ce « mundillo » en mal d’espace et d’horizon...

    A la sortie de ce monument à la gloire d’un philosophe négligé, nous n’avons qu’un désir : le relire, et donc le prolonger. "Le faire passer", encore et toujours. Sans oublier les Sartre et autres bâtisseurs de lotissements d’une tenue autre, certes.

    Mais surtout de faire passer cet hédonisme de la jouissance du corps et de l’esprit mêlés, qui font trop souvent défaut au centralisme intellectuel de notre république des lettres.

     

     

  • Nicolas Dernier

    9782246794707.jpegQue n'ai-je découvert plus tôt la chronique saint-simonienne et d'un sarcasme drôle, talentueux et très documenté, que Patrick Rambaud (Prix Goncourt pour La Bataille en 1997, mais aussi et entre plus de quarante ouvrages, auteur du Roland Barthes sans peine, et de Virginie Q., signé Marguerite Duraille...), distille avec succès chez Grasset : j'ai avalé cette Cinquième chronique du règne de Nicolas Ier avec gourmandise (les quatre précédentes ont déjà été reprises au Livre de Poche, et je sens que je vais m'y précipiter). C'est hilarant, mais il est tristement affligeant de relire l'actualité politique des mois passés, car derrière ce pastiche magnifique, écrit dans une langue ancienne et désuète, où la télé est un fenestron, tel minsitre (qui n'est point M. d'Hortefouille) un grand flandrin et où une gazette satirique ne relâche pas ses mâchoires du fessier de telle autre ministre en grande difficulté, il y a une bien triste réalité, intérieure et internationale : le livre retrace toute l'actualité de manière originale, de sorte que nous tenons là une chronique condensée par surcroît de l'année 2011. Les pages consacrées à l'affaire du Sofitel (et M. de Washington), celles consacrées à la Libye (et M. de Béhachel, Vicomte de Saint-Germain), celles touchant au voyages privés chez le Sultan Ben Ali (où apparaît la duchesse de Saint-Jean-de-Luz), entre autres succulences, sont à relire à haute voix tant elles ont du claquant. Patrick Rambaud déteste Nicolas Ier et il le répète avec, je le redis, un grand talent. Je me suis amusé à relever ses façons de nommer Sa Majeté, ou Le Prince, elles sont nombreuses, mais les voici, en guise d'apéritif. Après il vous suffira de courir en librairie et d'acquérir le volume. Mais avant, voici l'Adresse à notre Déprimante Majesté afin qu'elle prenne ses dispositions et la porte, qui fait office de préliminaire à ce cinquième volume : Incommensurable Seigneur, voyez avec clarté les choses comme elles sont, jusqu'à quels excès, quels malheurs, quels périls vous ont poussé votre penchant naturel, la satisfaction de vous-même. Gémissez-en utilement, courageusement, et sauvez votre Etat en embrassant, par une pénitence également juste, le remède unique à tant de calamités présentes et à venir : dégagez, Sire.

    Notre Verbeux Leader - Notre Prince Vigoureux  (les appellations varient en fonction de l'agitation dudit Prince et selon les circonstances, on l'aura deviné) - Notre Frivole Monarque - Notre Trépidant Tyranneau - Notre Versatile Majesté - Notre Souverain Ravi - Notre Ferme Leader - Notre Misérable Prince - Notre Intense Monarque - Notre Luminescent Souverain - Notre Explosive Majesté - Notre Roublard Souverain - Notre Turgescent Despote - Notre Leader Enflammé - Notre Prince Exalté - Notre Electrique Potentat - Notre Rageur Souverain - Notre Martial Souverain - Sa Majesté Omnipotente - Notre Enfantin Monarque - Notre Implacable Monarque - Notre Malicieux Souverain - Notre Merveilleux Leader - Notre Mirobolant Monarque - Notre Oncutueux Souverain - Notre Mobile Monarque - Notre Catastrophique Leader - Notre Souverain Sourd - Notre Sauveur Auto-Proclamé - Notre Intraitable Monarque - Notre Prince Pusillanime - Notre Reconnaissant Souverain - Notre Turpide Leader - Notre Jaloux Monarque - Notre Prince Immaculé - Notre Monarque Sanctifié -  Nicolas Le Pieux - Notre Souverain Modeste - Notre Miraculé Monarque - Notre Eclectique Leader - Notre Prince Chicaneur - Notre Rutilant Timonier - Notre Vaillant Leader - Notre Souverain Sapiens - Notre Artificieux Souverain - Notre Roublard Suzerain - Notre Rapide Monarque - Notre Pauvre Souverain - Notre Facétieux Monarque - Notre Impassible Leader - Notre Prince Furibard - Notre Majesté Immature - Notre Piètre Monarque - Notre Sulfureux Souverain - Notre Fougueux Timonier - Notre Etincelant Potentat - Notre Naïf Souverain - Notre Sagace Souverain - Notre Cupide Monarque - Notre Discret Despote - Notre Moelleux Monarque - Notre Nerveux Prince - Notre Méfiant Monarque - Notre Narcissique Leader - Notre Prince Crapahuteur - Notre Belliqueux Monarque - Notre Pugnace Leader - Notre Foudroyant Monarque - Notre Leader Va-t-en-guerre - Notre Prince Incertain - Notre Brouillon Despote - Notre Atomique Monarque - Notre Luminescent Autocrate - Notre Jacassante Majesté - Notre Oublieux Despote - Notre Impavide Leader - Notre Bouleversant Monarque - Notre Utile Monarque - Notre Pimpant Leader - Notre Guide Serein -  Notre Prince Ebloui - Notre Velléitaire Monarque - Notre Satisfaite Majesté - Notre Bancal Souverain - Notre Altesse Attendrie - Notre Vipérine Majesté - Notre Mielleux Monarque - Notre Satanique Leader - Notre Leader Belliqueux - Notre Monarque Assouvi - Notre Prince Avenant - Notre Délétère Suzerain - Notre Foutresque Tyranneau - Nicolas Le Névrosé - Notre Malin Souverain - Notre Turbulent Monarque - Notre Goulu Tyranneau - et Notre Envieux Souverain, enfin.

  • Are you so crate?

    images (4).jpegSocrate toujours. Comment se passer d'air? De sang? D'électricité dans les veines du cerveau et de l'âme/corps? Sans Socrate, tu meurs! Laisse Platon, son exégète, son scribe. Prends Socrate, et re-sache que tu ne sais rien. Sache que tu sais nada. Et va nu. Sois. Deviens (si tu veux) celui que tu es, ou pense être. Deviens sage : sois ouverture, rigueur, courage, endurance, engagement, humilité. Ne déçois plus jamais. Apprends à comprendre ton être de tout ton être. Tu sais qu'être riche, c'est n'avoir rien à perdre. Même si ce que j'ai dit est mon maître, et ce que je n'ai pas encore dit est mon esclave, je me sens avant tout tissé de l'étoffe dont sont faits les rêves dont je ne me souviens pas.

    C'est pourquoi je regarde la lune la nuit, et pas son reflet dans l'étang ou la flaque. Je crois au réel, de moins en moins au moisi des mots consignés dans les livres.
    Même les plus beaux, les plus séduisants d'entre eux, je m'en méfie à présent. Je regarde la lune, donc. Et je rigole en voyant l'autre, à côté de moi, qui ne regarde que mon doigt pointé vers elle. La vie c'est ça un peu, non?
    Socrate, again and again : "La seule chose que j'ai comprise est que je ne sais rien". Arme-toi pour dépasser cela.

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    podcast

    T’en penses quoi, de ça, So Crate ? : Pour se compléter, pour devenir sage et fort, c’est simple, il suffit de s’ouvrir, de laisser venir ce qui manque, l’autre moitié essentielle de soi-même. Cette recherche de la complétude, demande de l’attention et de la persévérance. Apprendre à céder est un problème d’attention, et d’amour. (C’est un peu le fameux : être vaincu parfois, soumis jamais).


    Si elle savait qu’on peut toujours plus que ce que l’on croit pouvoir !.. Et toi, Socrate, qui me redit : « Ceux qui désirent le moins de choses sont le plus près des Dieux ». Yes, but…
    images.jpegEt Diogène, ton pote par-delà les siècles, qui me tire par la manche en me rappelant que là, on lui dit qu’il était interdit de cracher par terre, et par conséquent il cracha au visage de celui qui venait de le lui interdire. Diogène ajouta : c’est le seul endroit sale que j’ai trouvé.».
    J’aime, j’aime. Comme l’anecdote célèbre : L’empereur, du haut de son cheval, flanqué d’une armée de gardes du corps, se penche sur Diogène, à moitié avachi dans son tonneau, et lui dit : « J’ai beaucoup entendu parlé de toi. En bien. Demande-moi ce que tu voudras et tu l’obtiendras : Palais, or, terres, femmes, ce que tu veux ! ».
    Et Diogène de répondre, après un long silence observateur : « Oui. Ôte-toi de mon soleil ! » (Ce que je veux, c’est que tu t’en ailles, car tu me caches du soleil…).
    Le cynisme à l’état pur est une vitamine de bonheur. Et Diogène, un Socrate devenu fou (selon Platon). Mais comme dit Liebniz le coincé, « les lendemains de fête sont rarement des parties de plaisir ». Dommage pour lui : il n’a connu ni les Rolling Stones ; ni les boîtes de nuit. C’est con.

    Look at Socrate : c’est celui qui réagit. Donc le philosophe à l’état pur, du tungstène métaphysique trempé.

    Car il réagit sans se soucier du reste. De tout le reste. Il réagit. A corps et âme perdus. Son arrogance philosophique nous dure, comme l’éclair d’Héraclite, répercuté par Char, via (le douteux Heidegger), et Hölderlin. C’est bon. Ca fait un bien fou, le matin, d’y penser. Socrate ne s’inclinera jamais devant aucun pouvoir, fut-ce celui de la douleur ou encore celui de la mort (seule la ciguë aura raison de lui, mais parce qu’il aura consenti a l’absorber lui-même, en portant –seul- le poison à sa bouche). Ce type préférait mendier que demander la faveur de vivre. Une telle fierté n’est que flamenca, de nos jours. Nietzsche l’avait perçu, qui parlait du bout des
    moustaches, de philosophes fiers comme des toreros.

     

    Moi j’y vois la fierté de la parole donnée, la fierté de l’absence de mensonge : tu ne te respectes pas si tu ne dis pas la vérité –ta vérité, d’abord-, et si tu acceptes d’agir autrement que tu ne penses. Si tu feins de respecter le pouvoir que ta compétence n’a pas légitimé, t’es qu’un gros naze et oublie la glace, brise le miroir, ça t’évitera la honte (et encore).

     

    Socrate ce héros, dit (tant de belles choses pour agir sur notre quotidien, qu’il devrait être mis en flacon avec vaporisateur et distribué gratuitement à la sortie des bus, des trams, des métros, des trains, des avions, des vélos et des pigeons voyageurs !) : il dit = ne manque jamais à ta parole, un homme vrai ne se dément pas, il ne renie jamais ce qu’il a affirmé. Il n’a peur de rien, pas même de la mort (Brel : « un homme qui n’a pas peur n’est pas un homme »). Il est affranchi de toute lâcheté, rien ne l’effraie comme l’injustice, mais il consentira même à s’y plier, pour prouver que la mort n’est rien. Son sacrifice me dure davantage que l’autre sur sa croix (et les deux autres qui sont même pas sur la photo!), lequel ne m’émeut pas, parce que le gore me fait gerber et que … « Il se venge sur nous depuis deux mille ans de n’être pas mort sur un canapé » (Cioran). 

     


    La seule chose que je reproche à la pilule quotidienne nommée Socrate, c’est de ne pas contenir dans sa formule (j'ai vérifié sur le papier), un anti-douleur fondamental, réputé apaiser les frustrations d'enfants gâtés que nous sommes tous un jour ou l'autre : Nicolas Grimaldi, (dont je buvais les paroles lorsqu’il enseignait « Le désir et le temps » à la Fac de Lettres de Bordeaux, il y a quelque temps déjà), le résume ainsi, dans « Socrate, le sorcier » (Puf) : « Cette mélancolie qui vient de ce que tout nous est échec. Comme par une sorte de malédiction, notre désir n’est jamais satisfait. Jamais nous n’obtenons ce que nous attendions. Il nous suffit même de parvenir à ce que nous désirions pour qu’il ne soit plus désirable. La déception est notre lot. Cela est sans exception. Puissance, amour, plaisirs, tout tourne à dérision ». (Plus on possède plus on désire ; de sorte qu’on se trouve comme dépossédé de tout ce qu’on a par le désir de ce qu’on n’a pas). Traînons-nous comme une casserole la mélancolie de l’inaccompli ?

     
    podcast
     

    Personnellement, j’aimerais en finir avec l’aporétique, l’aporie, soit ce qui est sans issue. Les sans issue me gavent ! Je ne me sens pas l’âme du poseur qui s’interroge (avec un plaisir douteux) sur « le sans-issue, l’absence de conclusion positive », mais plutôt celle d'un (modeste) passeur -d'émotions, pas d'idées … Merde ! Socrate, c’est gai ! Socrate, c’est de la vitamine S ! C’est de l’agrume concentré. Croque ! Bon, d’accord, il est chiant parce qu’il dit toujours : « Non ! » avant de commencer. (J’en connais un autre, l'immense Julien Gracq –j’y reviendrai encore souvent-, qui commencait chacune de ses phrases, ou chacune des réponses à mes questions, lorsque je lui rendais visite à Saint-Florent-le-Vieil, par : « Non… ». C’était d’un chiant ! Mais je m’y suis fait, à force et par admiration : « vous êtes un lecteur militant », m’a-t-il dit une fois)... Socrate : le réfutateur te pousse à t’interroger d’emblée, sur ce que tu viens de dire. Prends ça ! Tiens, réfléchis, no repos ! Moi j’aime ça, la mouche du coche, l’empêcheur de tourner en rond, en carré, en bourrique. Enfin, bon…

    Je reviendrai sur Socrate (parce qu’on revient toujours à lui, t’y peux rien et c'est si bon, ça!).

     
    Nota Bene : note parue ici même en avril 2006, mais fermée aux commentaires.
    Photos : Socrate m'a piqué mon Mac.
    Diogène dans son tonneau avec des chiens.
    Zik : Abed Azrié : Alchimie, Royaume.
  • Vite lu

    Le Dernier des Mohicans, de Bernard Frank (Les Cahiers Rouges, Grasset, avec un avant-propos fort intéressant de Charles Dantzig), n'a pas vieilli, parce que le style de Frank est imprégné d'anti-rides. Le9782246788720.gif sujet, lui, date un peu : il s'agit d'un pamphlet à l'adresse de Jean Cau, alors secrétaire de Sartre, à propos des querelles qui agitaient le mundillo littéraire de l'époque : l'existentialisme, l'avant-garde, le Nouveau roman contre les Hussards... C'est même un libelle  pour relire l'histoire littéraire parisienne des années 50 (je possède déjà le livre dans son édition originale de 1956 : il est paru chez Fasquelle dans la collection Libelles, justement), et aussi l'occasion de relire la prose charnue et fluide de Frank. Il s'en prend avec brio aux Mandarins, le Goncourt de Simone de Beauvoir. Mais il excelle dans sa réponse à l'éreintement de son roman Les Rats (qui vilipendait les romanciers engagés), par Jean Cau dans la revue Les Temps modernes. C'est un régal de diatribe. Le "Nimier de gauche" n'y est pas méchant. C'est pire : il assène à Cau une réplique avec un style(t) fait de venin indolent plus efficace qu'une verve insolente. 

    9782070439157FS.gif

    Petit éloge de la joie, de Mathieu Terence (folio 2€) m'est apparu d'emblée dans son sujet, mais passées les premières pages, ce tout petit livre s'essouffle et se révèle être une collection distendue de pensées molles, dotée d'une philosophie faible et, tous comptes faits, il est assez barbant. En tout cas pas joyeux, or le moins qu'on attende de cet ouvrage, c'est qu'il le soit. Dommage.

    9782710368595.gifLe Bottin des lieux proustiens, de Michel Erman (La Petite vermillon, La Table ronde) fait suite au Bottin proustien, du même auteur aux mêmes éditions. Exclusivement réservé aux  familiers de la Recherche, ce petit annuaire re-situe chaque lieu évoqué dans l'espace et dans l'oeuvre, certes, mais sans plus-value. Je veux dire de manière assez administrative et donc froide. Au point de penser, si l'on ne s'est pas encore frotté à l'oeuvre de Proust, qu'elle n'est guère réjouissante (c'est le témoignage que j'ai recueilli en prêtant l'ouvrage). 

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    Premier bilan après l'apocalypse (Grasset) de  Frédéric Beigbeder m'a plu parce que je me suis retrouvé en affinité avec certains bonheurs de lecture que je partage avec l'auteur : Paul-Jean Toulet, Gide, Blondin, Echenoz, Larbaud, Harrison, Blixen, Bouvier. J'estime le livre utile, car il permet de mieux connaître l'anthologiste. Un genre littéraire nait et chaque écrivain un peu connu, curieux et altruiste peut y aller de son anthologie personnelle. Pourquoi pas...

     

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    Côté miam-glou, le chef pâtissier Christophe Felder donne un livre de plus, que Points (Seuil) publie dans sa nouvelle collection en tout (trop?) petit format : ".2" (Point Deux). Gâteaux et tartes rassemble 60 recettes illustrées, et surtout il donne d'abord tous les tuyaux de base et les tours de main pour réussir une pâte, à la manière dont on donne un cours de cuisine. Indispensable.

     

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    Le Petit Dico des vins naturels, du sommelier Jean-Charles Botte (Le courrier du livre, préface de Michel Onfray), est une mine. Formidablement documenté, ce bouquin fait le point avec talent et science sur un vocabulaire encore nouveau. Les vins naturels commencent à pénétrer nos cavistes et donc nos caves et c'est tant mieux, mais le monde du bio a son jardon, que ce livre nous aide à décrypter. Un carnet d'adresses de vignerons et de cavistes complète le livre. Précieux.

     

  • Nefertiti

    VU.  Le profil d'une inconnue croisée dans ma rue, et qui m'a aussitôt évoqué celui -indépassable de beauté- de la déesse Nefertiti. Lorsque j'ai croisé la copie de ce dernier (la sculpture originale est toujours à Berlin), au Musée du Caire en décembre 1987, je suis resté paralysé une demi-heure durant, devant, et à la fin j'en étais tombé amoureux (comme je tombais amoureux, bien des années auparavant, de la Danaïde, de Rodin, au musée parisien à son nom). L'inconnue disparut dans une bouche de métro, avalée par le hasard tiède d'un après-midi d'août.

    NU.  Le quotidien nous envoie plus souvent qu'avant, me semble-t-il, l'expression de l'antipathie à la gueule, de la part de nos congénères. Je fuis autant que faire se peut cette soeur jumelle de la suffisance (pour le dire à la manière de Unamuno). Aussi ai-je décidé de partir en guerre contre cette antipathie ambiante, mais à ma manière : en me préservant. La stratégie de l'évitement ! Change de trottoir lorsque tu aperçois le toxique au loin. Contre un virus, tu ne feras jamais le poids. Et ton plus sûr salut sera le demi-tour. Pour d'autres causes véritables, saines, franches et non couardes, celles qui ont de l'épaisseur et possèdent du caractère, tu trouveras d'autres forces et choisiras l'affrontement, ou bien le mimétisme, l'immobilité, l'affût, l'approche, des ruses autrement plus subtiles même. Mais là, fuis. Sans honte, car tu n'as pas à en éprouver.

    Nue, aussi, la vérité droite des mots de l'enfance, à l'instar de la peau d'une femme aimée.

     

  • DSK, Panurge, Deloire

    Un lynchage dont la presse est responsable : merci confrères!

    Une dictature aveugle de l'humeur, propagée à la vitesse de la lumière : sympa la Toile!

    L'omnipotence du préjugé.

    La propagation de la rumeur en toute impunité -pire : relayée par une opinion qui se moque de n'entendre qu'une version de prétendus faits.

    L'indécence.

    L'oubli fondamental de la circonspection, de l'observation silencieuse, de la patience, de l'écoute, de l'enquête, de la froideur nécessaire aussi. 

    Quid de la présomption d'innocence, aux USA, avec un tel ramdam?

    Le règne d'une pudibonderie nauséabonde.

    L'inintelligence, au fond.

    La bêtise qui s'assume.

    L'aplomb des cons qui jugent, aboient, bêlent.

    Et qui n'ont même pas conscience de la honte qui les fige.

    Nous voilà revenus au temps des tribunaux expéditifs et fantaisistes de l'Inquisition, aux procès en sorcellerie, au tabassages de rue : lynchage, ratonnade. A l'esprit Dupont la joie, le film.

    Au réflexe insensé du groupe animal en migration : gnous, étourneaux.

    Au chien abattu par son maître qui l'accusait de la rage...

    Panurge.

    Sans parler d'un possible complot, ou réglement de compte, en provenance de la droite française ou des ennemis de DSK au FMI -il en a tant.

    (Et si je puis me permettre, en pleine politique-fiction, un voeu totalement subjectif : Vivement que cet homme brillant qui aime les femmes qui l'aiment -et alors?- soit blanchi, que d'odieux coupables soient menottés à leur tour et qu'il ambitionne de présider un jour la France).

    Je recommande l'opinion libre de Christophe Deloire, directeur du CFJ (Centre de formation des journalistes, à Paris) et auteur de Sexus politicus (Albin Michel), que publie Le Monde et lemonde.fr, cet après-midi. Extrait :

    "Se garder de propager les rumeurs, tel est notre devoir. Les laisser se propager sans avoir la curiosité de les vérifier est une erreur. Nous devons avoir la décence commune, comme dans le poème de Rudyard Kipling, Tu seras un homme mon fils, de recevoir d'un même front "deux menteurs", le triomphe et la défaite, et ne pas mentir d'un seul mot. Le rôle des journalistes ne consiste pas plus à accabler Dominique Strauss-Kahn qu'à faire office de témoins de moralité, il consiste à approcher au plus près de la vérité, sans jamais considérer qu'un procès-verbal même avec un tampon officiel, est une parole d'Evangile, sans jamais nous autoriser non plus à ne pas savoir faute d'avoir cherché."

  • Un jour, j'ai mouru

    Je porte le prénom de mon père, qui lui même portait celui de son père. Autant dire que j'ai bien fait de prénommer mon fils Robin, non? A la mort de mon père (lire ici around fin 2006), un avis de décès parut dans Le Figaro et dans Sud-Ouest. J'ignorais que cela me ferait mourir, aux yeux de certaines personnes à la lecture hâtive. Des relations, des collègues, me crurent mort. Ma fille reçut même une lettre émouvante de la part de celle qui fut ma secrétaire sept années durant, lorsque j'étais rédacteur en chef de magazines de chasse. D'autres, me rapporta-t-on, membres de mes équipes de rédaction d'alors, et avec lesquels je m'étais parfois accroché, me trouvaient tout à trac si plein de qualités à titre posthume, que cela ne me fit même pas sourire. Puisque j'étais au-delà... Le grotesque de la situation me fit réfléchir. J'en parlais même à un psy, en séance. Je tirais quelques leçons de cette expérience. L'an passé encore, un attaché de presse spécialiste en vins, m'avoua qu'il ne m'adressait plus aucune info car il me pensait mort depuis quatre ans, et m'affirma avoir même lu une nécro, hélas perdue, soit un papier sur mon parcours! Je réalise du coup que je n'ai pas encore apuré tous les mystères sur ma mort par procuration. Je me demande d'ailleurs si je ne vais pas tenter d'écrire une nouvelle sur le sujet... Ainsi, et pour solde de tout compte, je pourrai enfin sortir vivant de ma torve peur d'être pris pour moi par un autre. 

  • Succès en marge

    Le lecteur s’émancipe. A l'instar de l'amateur de vins, il est de moins en moins buveur d'étiquettes. Il va au fond en faisant fi de la forme. C'est merveilleux! Fini les repères obligés, les canaux en dehors desquels toute circulation conduit à une impasse. Deux succès actuels montrent une fois de plus cette belle maturité, cette intelligence affranchie.

    Celui de Stéphane Hessel, « Indignez-vous ! » (lire plus bas), plaquette à 3€ (on en acquiert plusieurs d’un coup, on l'offre à tout va… et on se rémunère au passage en s’achetant une bonne conscience généreuse), est placé sous les auspices de la Résistance et il flingue Israël sans sommations, mais bon. Je l’offre, moi aussi… L’article (13 pages sur 20) a dépassé les 500 000 ex. en deux mois (enfoncés, les Houellebecq, Lévy –Marc-, Pancol et autres pavés), et atteindra 800 000 sous peu. Il est en voie de traduction dans plus de trente langues. Un phénomène est né. Personnellement, je me réjouis pour son petit éditeur montpelliérain au nez creux !

    L’autre phénomène est comparable, toutes proportions gardées : « Crise au Sarkozistan », de Daniel Schneidermann (l’ex-chroniqueur ne signe que la préface, mais il semblerait qu'il ne trompe personne sur les 96 pages de ce pamphlet…), est « sorti » sur Internet peu avant Noël chez un éditeur Béarnais (d'Orthez) à peu près inconnu, LePublieur.com Résultat : 20 000 ex. déjà vendus (10€+port) exclusivement sur le Net donc ! (J'ajoute que je ne l'ai lu que les extraits disponibles sur le site dédié).

    Je trouve sains ces phénomènes d’édition : foin des codes traditionnels et par trop poussiéreux : gros éditeurs du village parisien (2,5 arrondissements) suffisants car confits dans la graisse de leur incontournabilitude, dirait Ségolène (les best-sellers évoqués sont publiés en province), circuit exclusif des libraires, promotion/prostitution à la télé…

    Dans ces deux cas, il y a certes la notoriété irréprochable d’un sage, M. Hessel. Et de l’autre, le si salutaire engouement pour l’antisarkozysme. Un papier ici ou une note sur un blog influent là, ont certes boosté un processus déjà enclenché. Car c’est le bouche à oreille qui a fait le boulot pour la plaquette de Hessel, relayé -d'accord! d'accord..., par la mise en place juteuse pour tout le monde du libelle aux caisses de toutes les librairies. (Même si certains libraires amis, comme Michèle Ignazi par exemple, ont pu se plaindre que la crise avait conduit le lecteur a se contenter d'offrir un bouquin à 3€ pour les étrennes...). Rappelons qu'il y a l'inconsciente sensation d'agir bien, si utile à notre moral en ces temps de neige sociale, ainsi qu'un certain investissement dans la confiance (à bas prix, ça fonctionne mieux).

    Et enfin (surtout?) l’envie d’en découdre, puisqu’il ne s’agit pas de fictions, mais de coups de gueule contre une France moisie


     

  • Un voeu? -Indignez-vous!

    Couvindignez-vous200.jpgVoilà ce que je souhaite à tous pour 2011 :

    de vous indigner, comme Stéphane Hessel l'a brillamment fait, en prônant une insurrection pacifique contre l'indifférence à tous les dérèglements du monde et face à toutes les injustices (indigène éditions).

    Et aussi de méditer cette phrase :

    Et si je n'avais pas besoin de ce qui me manque.

    Car il faudra bien que le coeur se brise ou se bronze...

    Voeux à Volonté!

  • France Inter et Le dernier ours

    La romancière italienne -d'expression française- Simonetta Greggio (*), auteur notamment de Dolce vita (Stock), a eu la délicatesse de lire des extraits de mon article paru dans Le Monde du 12 novembre sur Le dernier ours (lire plus bas, ici même) au cours de l'émission 5 7 Boulevard, sur France Inter hier après-midi vers 18h47.

    Sur le podcast du site http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/cinq-sept-boulevard/, c'est, vers la fin de l'émission, entre les minutes 11'43" et 10'35" (à rebours donc) que vous pourrez entendre la jolie voix d'une romancière qui compte. Merci Simonetta. Puissent ces témoignages éveiller les consciences sur la disparition d'une part de notre patrimoine naturel et culturel.

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    (*) Lire la note récente ici même sur l'Interallié, qu'elle a injustement raté... A cause de la sénilité des jurés qui ont voulu faire un cadeau (d'adieu?) au vieux -et néanmoins infiniment respectable dénicheur de livres, et proustien de talent- Bernard de Fallois, éditeur par ailleurs d'un journaliste suisse inconnu -mais je n'ai pas lu le bouquin de ce dernier; alors je me tais... 

     

  • Le dernier ours

    227189_14699069_460x306.jpgJe publie, ce 12 novembre, une tribune dans

    Le Monde

    uniquement lisible sur le site du journal,  à propos du dernier ours de souche pyrénéenne...  (cliquez sur le lien ci-dessus pour la lire directement sur le site. Son titre :  Le dernier ours, dans la rubrique Débats, pages Idées. Je le reproduis également en annexe de cette note, ce 16 novembre, car il disparaîtra du site en lecture gratuite à la fin du mois).

    J'attends vos réactions sur la disparition de ce Grand cru classé, laquelle semble laisser indifférents la majorité d'entre nous...

    J'ajoute -je ne l'ai pas précisé dans l'article, que la maladie de peau dont l'ours Camille était atteint, trouverait sa cause dans le stress, lequel était dû à son manque de femelle. Célibataire obligé, eu égard à l'extrême rareté de ses congénères, "veuf" depuis des années, cet ours rongeait son frein.

    Sans anthropomorphisme aucun -je me défends à chaque instant contre ce chamallow-virus et je le combats chez l'autre, je suis sensible à l'image donnée par ce passage, ultime, d'un pan de notre patrimoine, devant une espèce de radar dissimulé... Et cela, tout cela, la cause de sa maladie de peau, son inéluctable disparition surtout, me laissent très songeur.

    Voyez-vous comme, sur cette ultime photo (un document!) de lui, prise le 5 février par un appareil à déclenchement automatique planqué dans la montagne aragonaise, sur une voie de passage habituelle du plantigrade, celui-ci semble s'éclipser, quitter ce monde de dingues, parce qu'il n'y a plus sa place? Sa démarche est celle d'un géant, d'un monument, d'un résigné aussi, et cela ne manque ni de classe ni de mélancolie. J'en suis bouleversé. C'est ainsi : les choses de la Nature parviendront toujours à m'émouvoir davantage que les choses d'un rapport plus direct au commerce humain, si couard, si décevant en somme.

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    POINT DE VUE

    Le dernier ours

    Camille, le dernier ours autochtone de souche pyrénéenne, serait mort. Avec lui disparaît une espèce présente dans nos montagnes depuis 250 000 ans. Et donc une part de notre patrimoine.

    Point de vue

     

    Le dernier ours

    LEMONDE.FR | 12.11.10 | 08h21  •  Mis à jour le 12.11.10 | 11h23

    Âgé d'une trentaine d'années, atteint d'une maladie de peau, la sarna, la dernière photo de l'ours Camille, prise le 5 février dans la vallée d'Anso en Aragon, où le plantigrade avait établi ses quartiers depuis quelques années, avec la vallée voisine de Roncal en Navarre (il évoluait auparavant en vallée d'Aspe), le montre l'échine pelée. Les appareils à déclenchement automatique éparpillés dans la montagne prenaient jusqu'à plusieurs dizaines de clichés de lui chaque année. Eu égard à la faiblesse de Camille, il est peu probable qu'il se soit déplacé. D'où la funeste conclusion qui s'impose peu à peu. S'il en est ainsi, avec lui c'est le dernier vrai ours des Pyrénées qui s'efface.

    C'est bien de l'extinction d'une espèce, présente de façon permanente depuis plus de 250 000 ans qu'il s'agit. La vingtaine d'autres ours qui ont été lâchés dans les Pyrénées depuis une dizaine d'années provient de Slovénie. La souche slovène est identique à la souche pyrénéenne. D'un point de vue biologique, c'est le même ours. Mais le symbole, lui, s'éteint comme un pan de culture se trouve pulvérisé.

    Les associations françaises et espagnoles à l'unisson, le Fonds d'intervention éco pastoral (FIEP), le Fonds pour la protection des animaux sauvages (FAPAS), ou encore Ecologistas en Accion, déplorent l'inertie des pouvoirs publics des deux côtés des Pyrénées.

    Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat à l'écologie annonçait en juillet dernier à Toulouse que le plan de réintroduction systématique avait vécu et qu'il y aurait désormais des lâchers ciblés visant à remplacer les ours tués accidentellement. Une nouvelle ourse slovène devrait ainsi être relâchée dans une vallée du Béarn au printemps prochain. Trop tard pour sauver l'identité pyrénéenne de l'ours brun. Cannelle, morte le 1er novembre 2004, était la dernière ourse de souche autochtone.

    Avec Camille, c'est un peu comme si l'on arrachait les dernières vignes d'un Grand cru classé ou si l'on brûlait la dernière toile d'un maître. Nous avions pourtant fini par nous habituer à une forme d'interventionnisme que d'aucuns peuvent encore condamner, au nom d'un respect absolu de la vie sauvage. Ainsi qu'à une forme d'anthropomorphisme, voire d'une certaine zoolâtrie dans de rares propos ultra.

    Il est question d'un animal mythique dont la charge affective est immense. Nommer les ours avec des prénoms portés par nos enfants peut surprendre. Mais force est de reconnaître qu'il fallait bien agir et ranger certains états d'âme. Le risque de transformer le massif pyrénéen en parc d'attractions est encore loin. Les ours de souche comme les ours slovènes ont su garder leur sauvagerie intacte, malgré les colliers émetteurs et les équipes de surveillance. Cependant rien n'y fit. Voilà l'ours des Pyrénées au musée. Bientôt classé.

    Deux nouvelles naissances, suite au dernier lâcher de cinq ours slovènes en 2006 (deux ont péri depuis), ont été authentifiées au printemps dernier. "L'ours semblable" parvient à se reproduire correctement, par ici. C'est un immense espoir. Il n'aura pas sauvé notre ours local, mais gageons que dans vingt, trente ans, il prospèrera sur les deux versants, de l'Atlantique à la Méditerranée. Et qu'un solidemodus vivendi aura été trouvé avec les bergers, dont les brebis subissent de fortes déprédations. Slovènes ou Pyrénéennes, les griffes d'ours ont la même force : européenne.

    Léon Mazzella tient un blog.

    Léon Mazzella, journaliste et écrivain

     

     

  • Je le verrais bien en Prix Médicis

    41X6Wq0VPEL._SL500_AA300_.jpgParmi les curiosités des sélections de ces grands prix littéraires d'automne, il y a le bouquin de Nabe, auto-édité, disponible sur le Net seulement... Mais bon, l'auteur a une réputation nauséabonde et le défendre, comme le fait FOG, me semble étrange... Non, moi je préfère voir figurer le magnifique petit livre de Jean Rodier, en remontant les ruisseaux, publié à L'Escampette, admirable éditeur poitevin animé par Claude Rouquet (livre déjà évoqué sur ce blog, le 16 février dernier), car il y est question de pêche à la mouche et de nature aride de l'Aubrac et du Haut-Gévaudan, d'observations subtiles sur la faune et la flore, les nuages et surtout l'eau, la rivière, que l'auteur sait lire, mais également de silence et d'alouette, de Gracq et de Buffon, de Lucrèce et de Whitman, de cincle plongeur et de circaète Jean-le-Blanc, de solitude heureuse et de truites sauvages comme à l'aube de l'humanité. Et surtout d'une prose somptueuse, précise et jamais emphatique. L'auteur aime pratiquer "la pêche à rôder". Nous aimons, nous, les pêches de Rodier. C'est un non-guide pour se perdre dans le vertige de la littérature, un guide pour ne pas y aller. Un livre littéraire en diable. Donc un bon Médicis, non?.. Nous verrons bien si les jurés sont ou non d'indécrottabes parisiens et s'ils sont capables d'audaces...  Réponse à la mi-journée.

  • Sardegna a tavola

    IMG_1531.JPGMon restaurant italien préféré à Paris est Sarde. Et il m'écartèle. Sardegna a tavola (1, rue de Cotte dans le douzième) est un miracle de bonheurs gastronomiques. Des produits d'une fraîcheur et d'une qualité époustouflante, des cuissons parfaites, des associations audacieuses et réussies (*), une générosité rabelaisienne, une subtilité rare et une inventivité désarmante, des plats splendides, et inoubliables certains, tous inspirés d'une terre âpre et de ses rudesses paysannes reloaded, et aussi de la mer, de la nécessité du pêcheur -poétisée par celle qui attend son retour. Et enfin des vins excellents, issus notamment d'un cépage enchanteur, le cannonau (grenache sarde).

    Tutto bene. Molto bene.

    Ma...

    Mais : les prix se sont envolés depuis deux ans et ils sont aujourd'hui en orbite : de 20 à 30€ le plat de pâtes, entrées jusqu'à 40€ (cèpes crus, mais bon), plats idem...

    Mais, surtout, l'accueil et le service du boss sont devenus absolument exécrables, il n'y a pas d'autre mot. Tonino est aujourd'hui aussi imbuvable qu'un sale gros gosse gâté qui tape du pied en braillant quand ça lui chante ou qui fait la gueule et appuie à fond sur son air bougon mal dégrossi. Cela fut, il y a quelques jours, à la limite de l'inconvenance affichée comme un principe et de la grossièreté automatisée, à prendre ou à laisser car je t'emmerde. Et moi, ça, je n'aime pas du tout. Si certains Parisiens adorent se faire houspiller, qu'ils aillent là.

    Néanmoins, c'est tellement bon que je parviens à fermer les yeux sur ces deux énormes barrières et à retourner dans ce resto depuis des années! C'est simple, je vais encore y réserver une table -là.

    Allez comprendre...

    (*) Dans Buca e mari (l'une des entrées "du jour" : le marché, presque aussi long que la carte, vaut à lui seul un poème d'amour et plusieurs repas) j'ai pu trouver entre autres : endives émincées, oignons confits, raisins secs macérés, pignons grillés, haricots verts croquants, fenouil al dente, artichaut confit, thon fumé, poutargue fondante, citron et huile d'olive!..

     

    Photo de Anna Maria Maiolino (Fondation Tapies, Barcelone, 15/10/10 - 16/01/11), peintre et performeuse brésilienne d'origine italienne.

  • Deux poids, deux mesures : Vargas Llosa et Marilyn Monroe

    Mario Vargas Llosa Prix Nobel, cela m'évoque l'expression si poétique du médecin pour désigner un excès de poids : surcharge pondérale... L'écrivain péruvien devenu espagnol, notoirement de droite, récompensé pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec, laisse à penser que, déjà tellement plombé de prix et récompenses en tous genres, il devra s'acquitter d'une taxe lorsqu'il prendra l'avion pour Stockholm. (Je pense aussi à l'image sinistre de ces généraux argentins et autres russes à la poitrine cuirassée de médailles). Reste que MVL est un excellent romancier. Et que l'Académie suédoise aurait été mieux inspirée en récompensant une découverte, ainsi qu'elle l'a fait, avec des bonheurs inégaux certes, ces dernières années.

    IMG_1529.jpgJe préfère penser, en feuilletant les Fragments inédits de Marilyn Monroe, que les histoires oiseuses sur les blondes vont pouvoir prendre leur revanche. (Etait-il nécessaire de déguiser la publication de ces textes intimes qui disent un amour pour la littérature et des qualités littéraires évidentes, en réhabilitation?..). Antonio Tabucchi, dans sa préface, souligne un signe dans l'existence d'une femme trop belle et réduite au statut encombrant de bombe sexuelle absolue. A l'intérieur de ce corps qu'à certains moments de sa vie Marilyn porta comme on porte une valise, vivait l'âme d'une intellectuelle et d'une poétesse dont personne n'avait le soupçon. Est-ce exagéré? En tout cas, cela explique sans doute pour partie la mélancolie de Marilyn, voire sa dépression. MM rêvait de se réincarner en papillon. Cette légèreté ne manque pas de grâce. Et m'émeut.

    (Et j'adore cette photo, infiniment sensuelle, dont la charge érotique dépasse en puissance tous les nus de M.M.).

     

  • Sétif 45

    Pierre Nora : Il faut distinguer la Mémoire et l'Histoire.

    (La première est porteuse d'affect, l'autre de faits.)

    La repentance, l'empathie, bêler en choeur sans savoir, moutonner, ou bien hurler avec les loups... Tout cela suscite la honte. L'Etat français réprima durement une manifestation pacifique de nationalistes décidés à fêter la Victoire à leur manière, en arborant le drapeau algérien. Cela se passa dans les rues de Sétif, dans le Constantinois, le 8 mai 1945, jour de liesse mondiale. Quoi de plus naturel, en somme? L'humeur était au plus jamais ça et à l'éradication du mot racisme dans chaque esprit. Or, l'interdiction de hisser d'autres couleurs que celles du drapeau français faisant loi, le premier débordement dégénéra comme nous le savons. Surtout les jours suvants, dans d'autres zones sinistrement célèbres de la région de Constantine : Guelma et Kherrata. Et le film (si polémique et donc révélateur d'un passé qui ne passe pas et d'une mémoire que la France entendrait encore occulter) de Rachid Bouchareb, Hors-la-loi, que je n'ai pas encore vu, est d'emblée une fiction à mes yeux. Il est donc dispensé de la rigueur historique d'un documentaire. Toute polémique relève par conséquent, et intellectuellement parlant, de la subjectivité et du traitement artistique d'un événement inscrit dans le temps.

    Mais j'ai envie de rappeler que le même Etat français, policé, ne leva pas l'arme, ni le petit doigt, gardé sur la couture du treillis, pour défendre sa population civile dans les rues d'Oran, un certain 5 juillet 1962 lorsque les mêmes nationalistes, une guerre intestine plus tard, fortifiés par leur victoire, bravèrent outrageusement (aux yeux au moins du code de l'ONU) les règles d'une indépendance proclamée et donc d'une obligation de ranger les armes,  et se livrèrent à un massacre (toujours aussi peu connu) dans les rues d'Oran -et dont je suis, à mon corps défendant, un rescapé.

    Le coupable est le même, en dépit d'un bouleversement sociologique, car de 1945 à 1962, les données furent bien évidemment profondément modifiées. Nous sortions d'une guerre contre les nazis d'un côté. Nous sortions d'une autre -vraie- guerre, celle d'Algérie de l'autre. Mais il s'était passé 17 ans, dont 8 d'affrontements règlementaires, puis terroristes et enfin sauvages.

    Le FLN massacra par la suite les harkis, ses frères jugés collabos, lâchement abandonnés par ce même Etat français -alors qu'ils avaient servi (sous le Drapeau...), ces indigents Indigènes... De chair à canon aux premières lignes des combats les plus âpres du second conflit, comme celui de Cassino.

    La réalité est double : d'une part, l'Etat français a agi en aveugle sans mémoire, et sa couardise, tant à l'égard des harkis qu'à l'égard de ses propres ressortissants pieds-noirs, l'ont rendu infiniment, définitivement détestable. Notre méfiance permanente est désormais à son comble (et c'est pourquoi nous devons relire régulièrement Le Prince, de Machiavel).

    D'autre part les ferments nationalistes algériens n'ont démontré, sitôt proclamée l'Indépendance et dans les jours qui ont suivi le départ d'un million de Français, qu'ils étaient, déjà, définitivement immatures pour mener à bien une politique de réelle autonomie, fondée sur une idéologie empruntée au Grand Frère, mais assez peu importable; au demeurant...

    Est-ce le lot des populations insulaires comme celui des populations côtières, envahies par des civilisations diverses depuis l'invention de la communication des hommes d'un pays l'autre, à l'aube de l'humanité ?..

    Selon toute vraisemblance, cette tentative d'importation est aujourd'hui un échec avéré. Et il m'a été rapporté d'Oran, il y a quelques jours,  par l'une de mes deux soeurs, qui effectuait son premier retour aux origines (sur son lieu de naissance), que d'aucuns, toutes générations confondues, regrettaient encore le grand départ de juillet 1962.

    Comme quoi, le mot fraternité est à redéfinir dans Le Robert comme dans le Larousse, car il semble, parfois, correspondre à des valeurs solaires, camusiennes ai-je envie de risquer, qui ont l'intelligence de transcender les conflits les plus violents de l'Histoire. Même si Jules Roy avait au fond raison de préciser avec subtilité que : Là-bas, on était tous frères, rarement beaux-frères...

    Relire à ce propos les Chroniques algériennes qu'Albert Camus publia dans L'Echo d'Alger (reprises en folio/Essais).

    *

    Il nous faut penser aux barbares des invasions qui tuaient puis faisaient pénitence, la pénitence devenant tout à coup une technique qui permettait le meurtre. Sigmund Freud, préface aux Frères Karamazov, de Fédor Dostoïevski (folio)

  • Deux manuels fondamentaux

    Longtemps je me suis levé de bonne heure. Pour aller à la rencontre de l'aube. Et de la nature la plus sauvage possible. Pour être en contact avec ce qui subsiste de nature animale au fond de moi et qui fait battre mon coeur plus fort qu'à n'importe quel autre moment de la vie (à une exception près, que chacun vient de deviner). Croiser le regard d'un grand mammifère, tutoyer les oiseaux, approcher, toujours, me fondre, déjouer les ruses, devenir soi-même animal au point de pouvoir reléguer le Sioux au rayon Folklore, tenter de toucher un gros animal de la main -ce que je suis parvenu à faire, tout cela a toujours constitué l'une des plus grandes joies de mon existence, depuis l'âge de dix ans et des poussières. Pour parfaire mes connaissances, notamment celle des oiseaux, que je voulais sans faille, j'avais toujours avec moi un exemplaire en poche, puis dans la boîte à gants de la voiture et un autre au pied de mon lit, du "Peterson". J'ai nommé Le Guide des oiseaux de France et d'Europe, de R. Peterson, G. Mountfort, P.A.D. Hollom et P. Géroudet (éd. Delachaux et Niestlé). Ma bible (avec la poésie de Char dans le registre du mot et la prose de Gracq dans celui de la phrase). Puis, vers l'âge de quarante ans, j'ai commencé à m'intéresser de près à la psychologie de mes congénères directs, les êtres humains. Et au-delà des rencontres quotidiennes que nous faisons tous lorsque nous ne vivons pas sur le Mont Athos, rencontres devenues plus récurrentes car le cours de ma vie m'obligea à fréquenter avec moins d'assiduité que je l'eus voulu, et le monde animal et le Sauvage dans son entier, j'ai trouvé un manuel à mes yeux indépassable de la psychologie humaine : A la recherche du temps perdu. Car tout est dans Proust, s'agissant des sentiments. Absolument tout. La magie opère chaque fois que j'ouvre n'importe lequel des trois volumes, déjà usés, de ma Recherche en Pléiade, par bonheur dispensés du roboratif attirail critique dont les éditions postérieures à la mienne ont été plombées jusqu'au grotesque. (Je ne redirai jamais assez que l'Université a partie liée avec la chirurgie et son manque singulier, voire affligeant, de poésie). Ainsi, d'une page l'autre, toujours au hasard -à l'instar du feuilletage qui convient au Journal de Jules Renard, j'affine chaque jour davantage ma connaissance de ce drôle d'oiseau qu'est l'homme lorsqu'il est en société, en picorant seulement Proust à la manière d'une poule (suivant en cela un précepte de lecture indiqué par Montaigne). Et si le Peterson ne m'a pas quitté, je ne l'ouvre plus guère car je pense le connaître par coeur, sans forfanterie. Le second manuel cité m'est un bréviaire, un viatique, une source de plaisir aussi précieuse à mes yeux de néophyte du sujet, encore, que peuvent l'être le blanc du givre et le bleu du ciel, un matin de novembre, afin qu'une aube devienne un chef d'oeuvre, pour peu qu'un bouquet d'oiseaux ou un sanglier solitaire jaillissent devant moi, surpris.

  • Freud, Rimbaud, In treatment, Le Roi Lear, etc

    Une nouvelle photo de Rimbaud à trente ans, prise à Aden, vient d'être découverte. So what? En plus, elle n'est pas terrible, c'est un portrait de groupe (ci-dessous : le détail agrandi), et Arthur n'a pas l'allure du poète voyant que l'on préfère relire, mais plutôt les traits d'un Proust sortant de chez le coiffeur... L'image, toujours l'image...139860.jpg

    Onfray déboulonne la statue Freud dans son nouvel ouvrage, Le crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne (Grasset). 600 pages pour tuer le père de la psychanalyse. Freud n'aurait fait que projeter sa propre névrose en l'érigant en dogme et en tentant de l'imposer au monde. A la manière de saint Paul, qui aurait pu faire de sa secte une religion planétaire, à la faveur des facilités accordées pour faire prospérer ladite secte par l'empereur Constantin, qui s'enticha des thèses saint-pauliennes, pures projections, donc, de la propre névrose de leur auteur... On sent là le procédé d'Onfray. Et du coup, à la lecture seule de ses premiers détracteurs (Sylvain Courage dans L'Obs, Elisabeth Roudinesco dans Le Monde des Livres, sur Mediapart et ailleurs aussi, car la papesse du freudisme se déchaîne et semble vouloir la peau d'Onfray), je n'ai guère envie de me plonger imméditatement dans l'épais volume qui trône à côté de mon Mac -tandis que je me défends constamment de me laisser empêcher par d'autres jugements que le mien propre (mais je le ferai, bien vite quand même). Le préjugé, toujours le préjugé...

    Au sujet de la psychanalyse, connaissez-vous la série In treatment? On en devient vite accro. L'empathie opère, tant avec l'analyste (interprété par Gabriel Byrne) qu'avec ses patients, que l'on suit semaine après semaine, puisque nous participons de l'impossible voyeurisme par la magie de l'idée de cette série, soit aux séances!..

    Face à ces questions, car la série américaine, version d'une série originelle israélienne, Betipul, réalisée par Hagai Levi, passe en revue le catalogue de tous les poncifs de la psychanalyse, en particulier le sentiment de culpabilité et la mort symbolique du père, sans oublier les sujets  périphériques inévitables comme le coup de foudre de la patiente pour son analyste, mais justement cela permet de se remettre à jour et même de faire un point avec soi-même, je pense au Roi Lear, de Shakespeare. Et notamment à Cordélia, celle des trois filles du vieux roi qui résiste à l'aliénation de son désir dans celui du père, celle qui se tait, ne demande rien, tandis que ses deux soeurs deviennent de pitoyables et néanmoins talentueuses hypocrites lorsque le père annonce sa décision de partager son royaume en trois parts égales. Cordélia est dans l'être, jamais dans le paraître. Elle aimera son père devenu fou, quand ses soeurs l'auront trahi et humilié. Là, ce n'est pas My Kingdom for a horse! (Richard III) que nous entendons, mais : quelques mots d'amour, s'il vous plaît, en échange d'une part de mon royaume, afin d'assurer ma descendance. Lear achète son don, maintient sa descendance sous sa coupe en l'aliénant. Cordélia part, sans héritage, silencieuse et pure, enrichie d'un manque. Mais reste fidèle au père. Et son désintérêt matériel mâtiné d'un amour originel font sa grandeur.




     

  • 74

    74 Sans Domicile Fixe sont morts en France depuis le début de cette année.

    21 au cours des 11 derniers jours, dont 2 enfants de 8 et 9 ans. Cela en fait 4 depuis le 1er janvier.

    22 mars, le printemps déplie ses quartiers, sa nappe, ravive nos sourires; une décontraction générale pointe son oublieuse mémoire, e la nave va...

     

  • Lisez-le, cessez de le regarder!

    Lisez-le, cessez d'évoquer, de ressasser sa gaucherie à l'oral, les phrases qu'il n'achève pas, ses bras qui fendent l'air comme une éolienne, son regard qui résume l'angoisse permanente et forte : lisez Modiano! Et cessez de juger, de gloser sur le mal être évident d'un homme lorsqu'il passe à la télé et pas*, ou si peu, l'écrivain qui écrit à la main, en silence, chez lui, depuis quarante-cinq ans.

    Pas forcément L'Horizon, paru ces jours-ci, mais les vingt précédents, et surtout Un pedigree (et Dans le café de la jeunesse perdue), afin de comprendre tous les autres, même s'il s'agit (attention poncif) à chaque fois du même livre éternellement recommencé, à l'instar d'une douleur lancinante, ancrée très profond et qui ne passe pas.

    Un pedigree a cette dimension autobiographique et sans concession qui permet d'éclairer l'oeuvre, depuis La Place de l'Etoile, son premier roman.

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    *Dois-je répéter encore qu'un auteur n'est -ou ne devrait être- que ce qu'il écrit? Et que ce ne sont pas les séances de brushing-choucroute d'un Zeller ou le choix du décolleté d'un BHL, qui doivent laisser à penser d'une part que l'un écrit blond et romantique et l'autre imberbe et chic. A propos du second, certains passages de l'énorme confession inclassable de Marie Billetdoux, C'est encore moi qui vous écris! sont d'une refoutable acidité pour le jeune futur nouveau philosophe, tout entier obsédé par la construction minutieuse de son personnage, comme une midinette avant un casting...

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    Tiens, par exemple, j'ai vu Charles Juliet -immense auteur, poète précieux d'Affûts, diariste profond à la langue forte et ancienne (le tome VI de son Journal vient de paraitre), l'auteur de récits et nouvelles subtils comme Lambeaux, L'année de l'éveil, Attente en automne..., signer dans une librairie, vendredi soir. Déjà, il est étrange qu'un tel ours se plie à ce genre de singerie. Et bien il était comme il doit être chaque jour, ailleurs : simple, humble, presque timide, économe de paroles, tout entier écrivain. En dépit de son profil anguleux, d'aigle en observation, il m'évoquait un bernard-l'hermite hors de sa coquille : l'abdomen frêle et fragile, infiniment vulnérable, replié sur sa fine peau, avec des pinces hypertrophiées et davantage encombrantes qu'utiles à une quelconque défense. Une sorte d'albatros baudelairien. Je me suis dit qu'il perdait son temps et qu'en étant là, il n'écrivait pas. Et que, comme souvent, nous n'avons rien à dire à un auteur assis derrière un rempart de livres, ni un auteur à un lecteur debout et tenant l'un de ces livres dans une main, il valait mieux qu'il abrège. Seul le stylo doit parler, non? Tout le reste est littérature.

  • La littérature a toujours de l'asthme

    http://www.etonnants-voyageurs.com/spip.php?article1668

    Cette tribune a été publiée il y a trois ans déjà, sur le site du Salon des écrivains-voyageurs, Etonnants Voyageurs, créé et dirigé par Michel Le Bris. Le hasard des alertes Internet me la renvoie ce matin. Je colle donc le lien.

  • Les soeurs de Marie-Madeleine

    IMG_2019.JPGPlus ça va (zambrek, soit mal) dans ce monde et plus j'ai envie de montrer du doigt les dégâts incalculables de cette secte qui a prosperé, comme la nomme Michel Onfray dans Le souci des plaisirs. Construction d'une érotique solaire (J'ai Lu) : le Christianisme.

    Cette religion gore, sadomaso et fondamentalement inhumaine, fondée sur la haine de la vie, du plaisir, du désir, de la femme, de l'amour, des sentiments positifs, des passions gaies, grâce à une maîtrise qui force le respect de l'hypocrisie, de la perversité, du leurre, de la violence instillée à la manière d'un poison, et de la dénégation aussi, pour masquer inconsciemment ses affligeantes névroses, dont nous payons les effets chaque jour  -me donne toujours une nausée fulgurante, comparable à une intoxication alimentaire pendant un match Aviron-Montpellier (Bravo les Ciel et Blanc! 22-16, 3 essais).

    J'ai revu The Magdalene Sisters *  en dvd hier soir. Un film indispensable. Histoire de me faire une piqûre de rappel, comme si j'en avais besoin!..

    * Marie-Madeleine a la liberté d'une légende, l'audace de l'amour. Elle s'élance, elle pleure, elle espère. Elle aime la vie et les parfums, l'immense et l'inouï. Elle vit dans l'étonnement et suscite le miracle. Elle est la soif et la fontaine, l'extrême nudité où mène la passion. Accablée d'insultes, traitée de prostituée, elle a le silence et les larmes pour réponse, quelques mots brûlés d'amour, et le parfum de beauté, d'insolence, qui demeurent jusqu'à nous... (Jacqueline Kelen, Offrande à Marie Madeleine, La Table Ronde).

    Le dernier album de Massive attack, Heligoland :

    http://www.deezer.com/en/music/massive-attack/heligoland-486301#music/massive-attack/heligoland-486301

  • les agressions indolores

    j'ai voulu prendre l'air et j'ai pris peur

    en sortant, j'ai pris des affiches plein les yeux, impossible de leur échapper, dans ce couloir, pour des films à la con, au coeur desquelles des gens braquent des armes de poing, bras tendu, regard étudié, noir, sur rien, enfin sur celui qui regarde l'affiche, puis j'ai pris le métro : des affichettes pendouillaient qui disaient : revendez vos cadeaux de Noël, signé Price Minister. Ca m'a fait froid. Alors, après mon achat, je suis rentré, vite, penaud, et j'ai fait du feu dans ma petite cheminée.
    Ca va mieux, là.

  • Ayatochocollah

    ban-CCM.pngAinsi qu'à celle du chocolat noir à 72% minimum!

    Ses amateurs sont des ayatollahs qui nous regardent de haut parce que nous aimons, aussi, le chocolat au lait!

  • La culture finit en volutes

     

    Doit-on laisser disparaître les ours des Pyrénées, Christian Lacroix et le seul cigare français ? Des ours slovènes ont volé au secours des derniers spécimens de souche pyrénéenne. Leur lent sauvetage est en marche. Lacroix a été lâché récemment, onze salariés sur cent vingt sont en sursis. Un repreneur aurait pu permettre au Comptoir des tabacs des Gaves et de l’Adour de continuer d’exister. La justice –si lente d’ordinaire, ne lui en a pas laissé le temps. Ce « comptoir » unique en Europe produit les cigares Navarre. En Béarn, à Navarrenx. Au cœur d’un bourg célèbre pour le saumon et l’artisanat mobilier, le bâtiment des Casernes –ancienne demeure du mousquetaire Porthos-, est devenu en 2004 le siège du Comptoir. C’est d’une singulière aventure, un peu folle, qu’il s’agit, et qui consiste à faire des cigares français aussi bons que des havanes. En y mettant le paquet : recherches longues du terroir le plus proche des conditions climatiques, géologiques cubaines. Personnel spécialisé venu de l’île du Che chez d’Artagnan. Le résultat, après dix ans de sueur, de phosphore et d’huile de coude : Navarre. Une marque, avec une gamme courte de cigares 100% français, reconnus pour leurs qualités dans le monde entier. À la tête, un entrepreneur connaisseur et audacieux : Noël Labourdette. La marque s’installe peu à peu, conquiert les esprits rétifs et acculturés au habanos. En trois ans, le Navarre se distingue dans les dégustations professionnelles. Seulement, la lutte, déjà serrée, découvre de nouveaux challengers : les lois anti-tabac et la crise mondiale. Noël Labourdette prend cela de plein fouet. Chute des ventes à un moment crucial, Noël, l’an passé. Premiers licenciements (seize en tout aujourd’hui), une année 2009 sur le fil. La société est placée en redressement judiciaire à la fin du mois d’avril dernier. Et en ce début du mois de décembre, le verdict tombe : le Tribunal de Commerce de Pau met fin à l’aventure, en prononçant la liquidation judiciaire du Comptoir, celui-ci n’ayant pas trouvé d’investisseur pour couvrir les 600 000 € nécessaires à la continuité de l’activité. Navarre produisait, sur quatre hectares situés à Moumour, soit à une encablure de Navarrenx, 200 000 robustos par an depuis 2005. Le robusto, de calibre moyen, est le cigare le plus demandé sur le marché français. Tous d’une qualité exceptionnelle, notamment pour leur fumage sans rupture, leur douceur raffinée et l’excellente texture de leur cape, enviée par La Havane. Dès lors, une question philosophique se pose : au-delà de considérations macroéconomiques, devons-nous laisser couler entre nos doigts, comme du sable ou de l’eau, un fleuron unique et représentatif de notre savoir-faire, au nom d’une glaciation des plaisirs, d’une politique européenne liberticide et devenue allergique à l’hédonisme ? Car c’est de cela qu’il s’agit. Fumer tue. Faire l’amour peut tuer aussi. À certaines conditions. Rire, aimer les fromages affinés, le gras, les odeurs corporelles et les poils sous les bras de l’aimé(e), deviendront-ils des actes répréhensibles, dans une société aseptisée où la pipe de M. Hulot et la gitane de M. Chirac sont des insultes à la nouvelle bienséance? Le cigare est un plaisir rare, un écho à l’adage peu mais bien. Un luxe aussi, comme la haute couture et les premiers grands crus classés. C’est aussi un produit en voie de disparition, à l’instar d’une espèce animale –condor de Californie, oryx de Libye, goéland d’Audouin. C’est encore l’expression de la beauté dans sa diversité. Une liberté jugée anachronique, enfin. Conscient de la nécessité irrationnelle de l’évanescent dans un monde matériel, j’invite les esprits tournés vers le plaisir à se mobiliser pour sauver le Navarre. Au moins pour la beauté du geste. J’ignore de quelle manière. Pétition, cotisation, manifestation. L’essentiel étant de s’élever contre, au lieu de se taire avec. LM

  • Laissons-le là!

    L'Eternité à Lourmarin

    Albert Camus

    tombecamus6.jpg"Il n'y a plus de ligne droite ni de route éclairée avec un être qui nous a quittés. Où s'étourdit notre affection? Cerne après cerne, s'il approche c'est pour aussitôt s'enfouir. Son visage parfois vient s'appliquer contre le nôtre, ne produisant qu'un éclair glacé. Le jour qui allongeait le bonheur entre lui et nous n'est nulle part. Toutes les parties -presque excessives- d'une présence se sont d'un coup disloquées. Routine de notre vigilance... Pourtant cet être supprimé se tient dans quelque chose de rigide, de désert, d'essentiel en nous, où nos millénaires ensemble font juste l'épaisseur d'une paupière tirée...

    Avec celui que nous aimons, nous avons cessé de parler, et ce n'est pas le silence. Qu'en est-il alors? Nous savons, ou croyons savoir. Mais seulement quand le passé qui signifie s'ouvre pour lui livrer passage. Le voici à notre hauteur, puis loin, devant. A l'heure de nouveau contenue où nous questionnons tout le poids d'énigme, soudain commence la douleur, celle de compagnon à compagnon, que l'archer, cette fois, ne transperce pas."

    René Char.

    in : La parole en archipel, Gallimard, 1962.

    Photo : la tombe d'Albert Camus à Lourmarin, © Sophie Poirier, avril 2008

  • Camus

    La France moisie, c'est encore la récupération d'Albert Camus par l'instigateur d'une politique on ne peut plus anticamusienne, et qui siège actuellement à l'Elysée. Il serait temps de relancer Combat, le journal de l'auteur de L'Etranger. La France moisie, c'est celle qui affecta une moue dégoûtée de grand bourgeois à la vue d'un pauvre dans son parc, lorsqu'un type du peuple, fils d'une mère analphabète et d'un père mort en 14, né en Algérie, lorsqu'un "petit pied-noir" devient Nobel de littérature à 44 ans. Aussitôt, la bien-pensance lui tourna le dos, ne souhaita pas l'admettre parmi les siens. Elle le déclara faible romancier à la prose facile (le Nouveau roman était alors dictatorial) et, plus douloureux encore, "philosophe pour classes terminales" -l'expression est de feu mon ami Jean-Jacques Brochier. (Sartre régnait alors sur la pensée hexagonale). Jean-Yves Guérin, qui signe un Dictionnaire Camus chez Laffont, a ce mot juste et assassin à propos de l'essayiste : "Camus est à BHL ce qu'Edith Piaf est à Vanessa Paradis" (piqué dans l'Obs paru hier). La belle revanche du fou de foot et de théâtre, c'est d'être plus connu et davantage lu dans le monde entier, que n'importe quel écrivain français depuis l'invention de la plume, ou presque (il faudrait vérifier pour Dumas et Hugo). Et, au risque de me contredire, si ce paramètre ne vaut rien à mes yeux lorsqu'il s'agit d'un Paolo Coelho, d'un Dan Brown, ou d'un Marc Lévy, il me semble posséder une teneur autre, pour Camus.

  • Langue de soie, commentaires, suite

    Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît.
    Réplique de Lino Ventura (Fernand Naudin) dans Les Tontons flingueurs.
    Dialogues de Michel Audiard.

    Ca ne vous rappelle rien?..


  • Langue de soie

    A la question : « Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?», posée par le magazine Les Inrocks d'août dernier (à lire sur lesinrocks.com), Marie NDiaye, Prix Goncourt 2009 (lire plus bas : A quel Prix, 4 novembre, et Rempart, 13 octobre), répond ceci : « Je trouve cette France-là monstrueuse. Le fait que nous (avec son compagnon, l'écrivain Jean-Yves Cendrey et leurs trois enfants -ndlr) ayons choisi de vivre à Berlin depuis deux ans est loin d'être étranger à ça. Nous sommes partis juste après les élections, en grande partie à cause de Sarkozy, même si j'ai bien conscience que dire ça peut paraître snob. Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux. Je me souviens d'une phrase de Marguerite Duras, qui est au fond un peu bête, mais que j'aime même si je ne la reprendrais pas à mon compte, elle avait dit : "La droite, c'est la mort". Pour moi, ces gens-là, ils représentent une forme de mort, d'abêtissement de la réflexion, un refus d'une différence possible. Et même si Angela Merkel est une femme de droite, elle n'a rien à voir avec la droite de Sarkozy : elle a une morale que la droite française n'a plus. »

    J'a-do-re!  -Et vous?


     

  • A quel Prix?

    images2.jpgCi-contre, le logo du grand vainqueur du Goncourt. Jérôme Lindon, fondateur des éditions de Minuit (que sa fille Irène continue de diriger dans le droit fil d'une haute exigence littéraire), avait découvert Marie Ndiaye et publié son premier roman (ainsi que neuf autres livres, dont Rosie Carpe, roman couronné par le Femina il y a huit ans), et Jean-Philippe Toussaint (consolé le lendemain de l'attribution du Goncourt par le Prix Décembre et ses 30 000 €), comme Laurent Mauvignier (j'ai fini par arriver à bout de ses Hommes poussifs et lents à se dire), publient toujours à l'enseigne de la sobre étoile du mitan de la nuit. (Je ne connais pas les livres de Delphine de Vigan, quatrième auteur -Lattès-, finaliste chez Drouant). Or (détail?) c'est Gallimard, éditeur du roman couronné de Ndiaye, qui remporte la mise. Je n'ai pas le coeur à commenter le Renaudot. Je me réjouis pour Pierre Michon, car son Grand prix du roman de l'Académie française couronne un auteur majeur et, indirectement et de manière posthume, le travail éditorial (comparable à celui des Lindon père et fille) de Gérard Bobillier, patron emblématique des éditions Verdier, disparu le 5 octobre dernier. Le Médicis m'indiffère un peu, cette année, même si j'aime la plume abrupte et acide de Dany Laferrière (mais je n'ai pas lu son dernier). Je verrais bien Brigitte Giraud décrocher le Femina, et Jean-Michel Guenassia ou bien Simon Liberati, l'Interallié. Ainsi, ce dernier prix ne serait pas à nouveau surnommé l'intergrasset. Je pense enfin à Jean-Marc Parisis pour le prix de Flore (*). Et après, qu'on nous fiche un peu la paix avec ces coquetèles, comme l'écrivait Roger Nimier, où tout le monde littéraire se déteste en se souriant, tout en grignotant des canapés. Et nous retournerons à nos lectures -n'ayant pas de prix-, du moment : Jorge Amado, Joyce Carol Oates, Michel Foucault, Baruch Spinoza toujours, Virgile (L'Enéide monumentale que publie Diane de Selliers est un chef d'oeuvre de l'édition d'art!), et Marguerite Duras. Des petits jeunes... qui nous aident à écrire. Merci à eux.

    (*) Je note en passant que certains grands favoris, comme David Foenkinos, sont passés à l'intraitable trappe des jurys...

    Et je voudrais enfin rappeler que Tristes tropiques, de l'immense Claude Lévi-Strauss, premier grand traité d'ethnologie moderne, structuraliste, humaniste, et qui commençait par cette phrase célèbre : Je hais les voyages et les explorateurs, avait fait partie de la sélection du Goncourt en 1955. Preuve qu'à l'époque, l'ouverture  au talent était large, puisque les jurés durent voir une sorte de roman dans cet essai majeur au style impeccable, qu'il est toujours tonique de relire.


  • Du grille-pain

    Ce matin, il y a deux choses que je ne parviens pas à m’expliquer : pourquoi le grille-pain, et lui seul, fait tout disjoncter chez moi ? Et : comment peuvent bien se supporter ceux qui se savent antipathiques ? S’agissant du grille-pain, je devrais trouver rapidement une explication. Pour la seconde, vous avez sans doute remarqué comme moi, que les gens qui s'estiment supérieurs (mais nous sommes tous > à et < à) utilisaient les outils modernes pour se donner de l'importance à bon compte. Par exemple, en ne répondant plus aux mails que les gens qu'il jugent inférieurs leur adressent. Le phénomène est relativement nouveau dans la « culture d’entreprise ». Ce nouvel habitus (dirait Bourdieu) m’afflige. L’impolitesse du silence, si elle frise parfois l’élémentaire manque de rigueur professionnelle, ne vaut ni approbation ni contestation, mais seulement mépris. C’est humiliant, donc grave;  intolérable. Que se passe-t-il lorsque l’on vient légitimement « aux nouvelles » : d'aucuns –encore jeunots, voire humains, prétendent ne pas avoir reçu le message. D'autres (les faux-culs, qui sont légion) anguillent en disant qu'ils n'ont pas (eu) le temps de vous répondre. Les vrais pros de la suffisance restent murés dans l’inox de leur silence sovietsuprêmiste. Cette attitude, sans doute inspirée d’un manuel de management croquemortel rédigé par un robocop du serrage de vis avec harcèlement indécelable sous carbone 14 prud’hommal, me fait rire. Sauf que je frissonne pour mes enfants, à la réflexion. Lorsqu’ils entreront dans la vie active, l’attirail, le fourbis, le carquois de ces manifestations de jeux de pouvoir (qui ne sont pas en voie de disparition), leur sautera dessus en faisceau. Et à l’idée d'avoir à les blinder, j’oppose dès aujourd’hui un devoir de résistance, voire de renversement de la méthode. Leur proposer de lire Sun Tzu, tiens ! « L’Art de la guerre ». Ainsi que « Les 36 stratagèmes. Traité secret de stratégie chinoise ». Puisque je veux leur paix, je dois les aider à préparer leurs combats.

  • J'adore l'ortolan!

    Allain Bougrain-Dubourg, pitoyable militant vieillissant, délaissé par une star de premier choix, Brigitte Bardot, laquelle assurait sa promo perso comme personne, désoeuvré en Médoc faute de ramdam à rejouer chaque premier mai aux pieds des pylônes de chasse à la tourterelle des bois, IMG_0466.JPGs’en prend désormais aux matoles à ortolans de quelques irréductibles hédonistes Landais, au nom d’un légalisme radical. Le scénario est invariable : le président de la Ligue pour la Protection des Oiseaux, bardé de caméras de grandes chaînes de télévision, convoquées pour l’événement planétaire, précédé et encadré d’une confortable escorte policière, fait sa promo, héraut du prime time, en se livrant à un acte d’héroïsme des temps modernes. Et c’est affligeant.

    Par provocation bien sûr, je me définis comme dégustateur d’ortolans sur ma carte de visite. Et je n’aimais rien, un temps, comme aller relever les matoles avec certains amis Landais. J’adore en manger un, voire deux si cela est possible (de plus en plus rare) : le premier me fait la bouche et le second me monte au ciel. Je revendique mon appartenance à la Confrérie de l’Ortolan, qui m’intronisa un soir de novembre 1996 dans la salle des fêtes de Tartas, aux côtés d’autres impétrants : Me Jacques Vergès, Alain Juppé, Pierre Durand (le cavalier), et une ou deux autres personnes de gourmande compagnie.

    Et j’en ai parfois assez de cette hypocrisie : avez-vous « lu » toute la fausseté, l’absence de sincérité dans les yeux de Bougrain à la télé ? Il me faisait penser à la passion qu’un Dechavanne ou un Lepers mettent à exécuter leurs animations débiles… Par ailleurs, les derniers des Mohicans landais, de nobles braconniers (ils ne font que braver la loi), attendent depuis deux ans une étude qu’on leur promet (bizarrement, elle tarde à être pondue), sur l’état réel des populations de bruants ortolans. Car si l’espèce était en danger, il va de soi que les matoles seraient aussitôt rangées.

    Et le nom de cette rue, il faudra le changer, aussi, pour infâme incitation au délit de bon goût?..


    podcast(musique : vino griego)

  • inquiétude

    Comment croire à une société, à une époque, dans lesquelles les prisons deviennent des refuges, parce qu'on y est logé et nourri (à la différence des églises, qui imposent la mendicité)?..

  • H1N1

    article_h1n1.jpgDécimera-t-elle,

    l'automne

    venu?

  • playa

    nous on trouve ça bien, la plage.

    IMG_0919.JPG

     

     

     

     

     

     

     

    ...nous aussi!

    IMG_0926.JPG

  • no comment (coton-tige)

    Un chômeur vole pour pouvoir manger à nouveau en prison

    Taïwan - Un demandeur d'emploi relâché de prison a volé des Coton-Tige juste pour se faire arrêter à nouveau car il " ne pouvait oublier les plateaux repas du département de police ".

    A peine a-t-il été relâché de prison pour avoir volé une paire de chaussures, qu'il a volé une boîte de Coton-Tige pour être arrêté à nouveau. L'homme sans domicile fixe a pris l'habitude de commettre régulièrement des vols afin de pouvoir se nourrir gratuitement. "Si quelqu'un ne va pas bien et vient aux alentours de l'heure du déjeuner, nous allons lui préparer quelque chose" déclare pourtant un officier. Ce chômeur n'est pas le premier à agir de la sorte. Il y a quelques mois, un autre homme a volé une moto et l'a conduite directement au bureau de police pour être emprisonné.`

    source : la page d'accueil de Yahoo.fr, cet après-midi. Qui a dit que nous étions devenus trop nombreux sur cette Terre? -Qui?.. Malthus?..

  • zou

    Il y a tant d'humilité forte et revigorante dans "Les Disparus", de Daniel Mendelsohn (J'ai Lu) que j'y passerai bientôt une bonne grande journée, et -pareil!-, tellement de talent dans "Petites épiphanies" de Caio Fernando Abreu (José Corti), mais, mais... Si peu de matière dans le raccoleur "J'aime" de Nane Beauregard (POL), une insipidité si confondante dans "Mon voisin" de Milena Angus (Liana Levi) -qui nous a habitués à mieux (relire "Mal de pierre", Poche), de l'humour tordant, chez la même éditrice, dans "Comment lui dire adieu", de la désinvolte Cécile Slanka, enfin, bon oui, d'accord, encore des choses à tirer des "Contrerimes" de Paul-Jean Toulet (Poésie/Gallimard ou GF), dont Frédéric Beigbeder m'a lu des extraits, chez lui, la semaine dernière (ça fait bien de l'écrire, nan?), et aussi une envie de relire, à haute voix, pour sa musique étrange, le mince et précieux "Archipel et Nord", de Claude Simon (Minuit) que quand même, ce soir, ce sera malgré presque rien, plateau-dvd. Zou.

  • again, chet

    http://www.deezer.com/#music/result/track/almost%20blue

    bouleversant Chet

    de retour du Panama (j'en parlerai ici, je collerai quelques photos -j'y étais en reportage pour un grand quotidien), je me suis retrouvé dans la tempête de mon Sud-Ouest, et là, je m'apprêtais à écrire des trucs sur cette dévastation, et aussi sur les Embera, au Panama, ou sur Chucho Valdès, rencontré au Jazz festival de Panama city, mais le coeur n'y est pas. Je pense, ce soir, davantage au Vaisseau des morts, de B.Traven, à Dans la lumière froide, de Pierre Mac Orlan aussi -des histoires de mer, crues. Au chenin (le cépage), aux vingt ans de ma fille (bientôt), à mes prochains départs pour des îles lointaines et chaudes, au subtil cigare Navarre, au feu de cheminée devant le lit, la nuit dernière, à l'amour, au ciel glacé ce matin, au riz basmati, à ma bagnole que je ne retrouve plus car j'oublie toujours où je l'ai garée. Et à Chet, bien sûr. Almost blue...

  • Voeux à Volonté!

    Il y a La Ballade de la geôle de Reading, poème difficilement dépassable d'Oscar Wilde, il y a Almost blue de Chet Baker et sa voix à pleurer, il y a aussi des oursins, un aller-retour à Versailles pour ne pas voir Koons (trop de queue). Un Magnum 46, habano tiré à la fraîche, entre trois et quatre heures du matin devant ma ligne de partage des eaux, soit là où l'Adour et la Nive se séparent. Le souvenir des voeux de Julien Gracq, dans ma boîte aux lettres creuse, ce matin et demain. Une rentrée copieuse qui se profile : des romans à gober vite, pas comme on avale les Quiberon n°3 de Joël D., des lentilles partagées avec les enfants : Lentilles le premier, des pesetas toute l'année, disait ma mère. La neige qui résiste au bord des routes de campagne, La lointaine petite tente de bleu / Que  nous prisonniers nommons ciel (Wilde), un besoin de soleil et de mer chaude (bientôt, au Panama), la trace d'un côte-rôtie (La Mouline 1978), un vol de grues qui craque dans la nuit; des matins magiciens.

    http://www.deezer.com/#music/result/all/almost%20blue%20chet%20baker%20let%27s%20get%20lost

  • Le plaisir aristocratique de déplaire

    L’expression est de Dominique de Roux.

    Donc, à la fin de cette note, je me serai fait deux ennemis de plus… Me reviennent en effet une parole fraîche et un souvenir durable.

    La première : j’ai interviewé Ivan Levaï, cette semaine, qui ne s’est pas caché de son aversion pour Jean-Pierre Elkabbach, son tueur à Europe 1. « Il est né le dos courbé », me dit-il. Tour à tour giscardien, mitterrandien, chiraquien, sarkozyen (who’s next ?), toujours là tandis que Levaï s’est fait virer sans cesse : la gloire de Levaï, homme debout, sa fierté de grande gueule intègre. De Juif absolu et de libre penseur.

    Le souvenir, maintenant : je déjeunais avec Julien Gracq à « La Gabelle », en bas de chez lui à Saint-Florent, au bord de la Loire, à l’issue d’une matinée passée à parler littérature, dans son salon, et à feuilleter (quel cadeau ce fut!) les « grands papiers » somptueux des éditions originales et limitées de certains de ses livres, comme « Les Eaux étroites », « Un Balcon en forêt »... Soudain surgit François Bon avec sa famille. Il vit le Maître, se précipita stupéfait, interrompit notre conversation, notre repas. Sans un regard pour moi, il ploya son dos, fit une grotesque révérence, gestuelle et verbale. Gracq lui coupa net la parole, étendit un bras vers moi et dit, tranchant : « Je vous présente Léon Mazzella. » Soit personne, sauf son invité, ce jour-là de janvier. Le grand écrivain savait vivre (ô combien), il avait cette élégance dont beaucoup –que nous savons apprécier par ailleurs pour leur vérité (je lis Bon avec plaisir, lorsqu’il publie chez Minuit et chez Verdier)-, ne possèderont jamais…

  • ¡ a ver !



    podcast

    The Moon, by Catpower.

     

    Ferme les yeux pour voir

    Parfois la vie est dure comme du plomb

    heureusement il y a la poésie

     

  • Goncourt

    Le bref et aéré roman de l'Afghan Atiq Rahimi, Syngué sabour (Pierre de patience), P.O.L, écrit directement en Français, est superbe, poétique, violent et tendre, bouleversant. L'abandon, l'amour, les dégâts du Coran sur le couple, l'abnégation de la femme, la douleur, la guerre, les secrets, la délivrance... Tout cela est dit sèchement, comme un feu qui craque. Rahimi écrit sans gras. Avec un regard  peut-être trop cinématographique (il a adapté lui-même au grand écran Terre et cendres, son premier livre) et pas assez littéraire : on a l'impression de lire des plans, un scénario, à certainses pages, et pas d'être embarqué par le souffle d'une histoire... Bon, en même temps, ce n'est pas un livre inoubliable : je l'ai repris, feuilleté, et j'ai pensé qu'il était apparu comme le moins mauvais des quatre en lice. Les Goncourt ont donc été bien inspirés. C'est rare... Une phrase, une seule, du livre : "Ma tante n'a pas tort de dire que ceux qui ne savent pas faire l'amour, font la guerre." A la relecture, il lui manque de l'épaisseur, au sens romanesque du terme.

    Je n'ai pas lu le Renaudot, du Guinéen Monémembo. Et vous?

    (C'est amusant, en discutant de ces deux lauréats avec des amis, la réflexion sur "l'effet Obama" est revenue dans la discussion. Qu'en pensez-vous?).

  • Zweig, Obama et la perruche à collier


    podcast

    Lhasa, La marée haute (The living road)

    La nouvelle inédite de Zweig, Le voyage dans le passé, déjà évoquée ici (splendide de délicatesse et de pudeur, dans ces retrouvailles de deux amoureux qui, malgré une séparation de neuf années et en dépit de la vie -une famille fondée par résignation, une tentative d'oubli iréciproque-,  des thèmes chers à l'auteur de Lettre d'une inconnue, retrouvent leurs sentiments intacts), avait pour titre originel La résistance de la réalité. Grasset aurait été mieux inspiré de le garder.

    A propos d'Obama, cette phrase d'une étudiante française d'origine camerounaise, citée par "Le Monde", résume à mes yeux le souffle qui caresse les continents depuis le 4 : "Jusqu'à hier, je ne mettais pas ma photo sur mes CV. Maintenant, je pense que je vais le faire. Je suis super fière d'être métisse aujourd'hui." Gageons juste que ce souffle ne se transforme pas, ici ou là, en vent arrogant et vengeur. La fierté se mettrait à singer ce contre quoi elle a si longtemps combattu.

    Enfin, la perruche à collier envahit les capitales européennes, car elle est homophile, comme la tourterelle turque, qui partit elle aussi à la conquête de nos parcs et jardins il y a plusieurs décennies. Le réchauffement climatique en est la cause. C'est sympathique, mais inquiétant, cette tiédeur qui bouleverse la migration et l'ensemble des comportements du monde animal. (Quant aux ours blancs, ils ne savent plus où se planquer, car la banquise fond et "la" Palin revient).

    Le rapport entre tout cela? Lorsque la réalité résiste, elle s'adapte avec effort mais sans douleur. La perruche à collier chante, à la cime des arbres fruitiers d'Europe. Et la beauté du métis demeure, je crois, ce qu'il y a de plus formidable au monde.

    L'espèce humaine et notre planète cabossée ont encore de beaux jours devant eux, va!..

  • Hausse d'épris

    Nietzsche à propos des Essais de Montaigne : La joie de vivre sur terre en a été augmentée.

    C'est magnifique. Cela me rend heureux, ce soir, en rentrant, malgré la nuit qui tombe vraiment trop tôt, vous ne trouvez pas? Té! Alphonse Allais, pour l'escalier : La nuit tombait. Je la ramassai...

  • La lumière de leur nuit

    J'ai écrit ceci dans une nouvelle, Morbidezza (elle ouvre Les Bonheurs de l'aube, La Table ronde) : Un fils ne pense jamais qu'un jour il fermera les yeux de sa mère, qu'il donnera la nuit à celle qui lui a donné le jour... Je venais de le faire. Ce soir, je tombe sur cette phrase d'Edmond Rostand, extraite de C'est dans la nuit qu'on croit à la lumière, citée par Boris Cyrulnik (dans Parler d'amour au bord du gouffre, Odile Jacob) : Il a cru à la lumière parce qu'il était dans la nuit. Moi qui vivais en plein jour, je n'avais rien su voir. Soyons vigilants. Surtout avec nos amis, nos proches. Imitons la lionne, qui dort toujours d'un oeil. La générosité, le partage, sont à la portée de notre attention. Ils n'en demandent souvent pas davantage. Le soutien, l'aide, l'accompagnement, le fortifiant intérieur, le turbo mental, tout cet attirail précieux, nous le possédons tous, mais nous le gâchons par paresse, négligence. Je ne veux pas tenir l'égoïsme pour responsable de l'obsolescence de ce merveilleux outillage, bien que la vie m'ait parfois démontré le contraire. (Ces aveugles-là sont riches sur la forme, mais pauvres, au fond. Ils ne sauront jamais voir, qu'eux. J'ai fini par les mépriser). Alors quand un pote est dans la merde, stoppez tout et allez-y. C'est l'essentiel de votre vie. Et de la sienne, à ce moment-là. (Faites passer).

  • compliment d'objet

    L'air ambiant est à la flatterie.

    Jeu de mots :

    Le discours de la flagornerie : sujet, verbe, compliment...
    (Avec cela, nous voilà bien).

    Platon : l'éloge (par la voix de Diotime*, dans Le Banquet) ne vaut que s'il dit la vérité sur son sujet.
    Aujourd'hui, la vérité est une espèce rare, chassable, mais qui se terre.

    Et elle a raison, du fond de son trou.

    Bon, voilà. Ce soir : Platon, Zweig, Mamoulian (La Reine Christine) quand même... Et salade de pousses d'épinards au magret fumé, champignons, tomates cerises, puis riz aux coquilles St-Jacques, parce que quand même.

    Quand même.

     

    * La vérité pour elle est qu'Eros n'est pas un grand dieu, car tout désir est manque; mais, parce qu'Eros est plein de ressources pour se procurer ce dont il manque, Eros est un démon, un intermédiaire entre le divin et l'humain, comme la prêtresse Diotime l'est entre les dieux et les hommes. Elle fait office de passeur, allant du mythe au discours philosophique et poussant l'âme à dépasser son appétit de multiples choses belles pour accéder à une Beauté unique qui peut seule satisfaire le désir... (Monique Dixsaut, spécialiste de Platon).

  • Corps

    C'est dans la maladie que nous nous rendons compte que nous ne vivons pas seuls, mais enchaînés à un être d'un règne différent, dont des abîmes nous séparent, qui ne nous connaît pas et duquel il est impossible de nous faire comprendre : notre corps.

    Proust, Le Côté de Guermantes

  • Vous avez dit "rentrée" littéraire?..

    "Tout en estimant qu'Anna devait rompre avec Vronsky, il était prêt, si tout le monde jugeait cette rupture impossible, à tolérer leur liaison, pourvu que les enfants demeurassent avec lui à l'abri des éclaboussures et qu'aucun bouleversement n'intervînt dans sa propre existence.
    Cette solution, pour vilaine qu'elle fût, valait pourtant mieux qu'une rupture, qui, tout en vouant Anna à une position honteuse et sans issue, l'eût privé, lui, de tout ce qu'il aimait. Mais il sentait son impuissance dans cette lutte, il savait d'avance qu'on l'empêcherait d'agir sagemment pour l'obliger à faire le mal que tout le monde jugeait nécessaire."
    (p.467, Pléiade)

    "Et cependant, dès qu'il fut hors de danger, Vronsky éprouva un esentiment de délivrance. Il s'était en quelque sorte lavé de sa honte et de son humiliation : désormais il pouvait penser avec calme à Alexis Alexandrovitch, reconnaître sa grandeur d'âme sans en être écrasé. Il pouvait en outre regarder les gens en face, et reprendre son existence habituelle, conformément aux principes qui la dirigeaient. Ce qu'il ne parvenait point, malgré tous ses efforts, à s'arracher du coeur, c'était le regret, voisin du désespoir, d'avoir perdu Anna pour toujours. Maintenant qu'il avait racheté sa faute envers Karénine, il était certes fermement résolu à ne pas se placer entre l'épouse repentante et son mari; mais pouvait-il échapper au souvenir d'instants de bonheur trop peu appréciés autrefois et dont le charme le poursuivait sans cesse?" (p.476, idem)

    Ces deux extraits ne sont pas dans le dernier Christine Angot, dont le célébrissime extrait : "Ne te trompes pas de trou", fait la joie de la presse... littéraire, ces jours-ci (il s'agirait, sur 320 pages, de ses coucheries avec Doc Gyneco...).

    Non, ces deux extraits, je viens de les piocher, en lisant, en écrivant,  dans Anna Karénine, de Léon Tolstoï.

    La classe...

    Mais je ne ferais pas le grincheux : certes, ne perdons pas de temps avec les histoires de cul des Millet, Angot et conso(eu)rts. Voyons les derniers Sylvie Germain, Marie Nimier, Jean-Paul Dubois (reçu ce matin, feuilleté : ça a l'air fort!), Régis Jauffret, Olivier Rolin, Richard Ford, Thomas Pynchon, Christian Oster... Car il ne faut pas désespérer nos contemporains.

     

  • ajetez-le!

    Une merde !..
    Je n’imaginais pas que l’on puisse laisser sortir un tel ramassis de lieux communs sirupeux, un discours de la bêtise qui se croit novateur en plus, sur
    la tauromachie ! : Une sous-espèce de présentation et d'éloge mou, sans relief, sans aucune âme, avec un vernis de connaissance pompé sur wikipedia et vu, vite, depuis des gradins...  Outre le fait que le livre soit rempli jusqu’à ras-bord d’inexactitudes, de platitudes et de fautes (même d’orthographe un peu partout !), qu'il soit à peine écrit en Français, ce parallélipipède de papier se veut avisé, fait l’intelligent. Or, c'est une aberration indépassable sur le sujet. J’ose à peine vous donner ses références –mais comme ce sont les seules qu’on puisse lui attribuer, les voici : Marine de Tilly, Corridas, De sang et d’or, Ed. du Rocher, 19,90€ Oubliez !


  • Fajardie


    fajardie.free.fr/

    L'un des pères du néo-polar vient de nous quitter. 60 ans. Cancer. Sale affaire pour ce compagnon de route de Daeninckx et Manchette. Auteur de nombreux polars à la française avec des héros à la manière de l'Inspecteur Harry, nobles et franchouillards, auteur d'un paquet de romans, parfois historiques, de quelques pamphlets, Frédéric H. Fajardie a aussi écrit presque autant de nouvelles que Maupassant.

    Je me souviens de l'avoir rencontré chez lui, dans sa ferme normande, une nuit d'ivresse, au cours des années 92 ou 93. J'avais commencé la soirée en compagnie de Denis Tillinac et de Françoise Blondin, de bar en bar (tous ceux qu'Antoine avait fréquentés). Pélerinage rude. Nous fûmes battus à plate couture par une veuve droite comme un I, après pas mal de canons descendus. Elle rentra néanmoins se coucher. Nous la raccompagnâmes. Là, Denis dit : on va voir Fajardie, t'as une bagnole? Mais c'est loin, sa Normandie! Qu'à cela ne tienne. Saint-Christophe fut du voyage, c'est indubitable, car nous arrivâmes sans tonneau à destination vers 3 heures du matin. Pleins phares, klaxon bloqué devant les grilles. Frédéric se réveilla, saisit son fusil de chasse et le pointa sur les hurluberlus depuis la fenêtre la plus haute de la ferme. C'est lorsqu'il reconnut Tillinac qu'il baissa son arme. Suivirent agapes. Trois jours d'amitié, de liesse et de littérature pourfendue. Souvenirs... Ciao, Bello! Je bois un thé vert à ton talent. Car c'est ainsi, désormais. Je te relirai souvent.

    Son oeuvre, partiellement reprise dans Le Livre de poche, Folio, La Petite Vermillon (LTR) et Babel (Actes Sud), est parue -essentiellement- chez Mazarine, Lattès, Fayard, Les Mille et une nuits, La Table ronde, Actes Sud et, pour les derniers ouvrages, aux éditions des Equateurs. 

     

     

  • Pestacle

    "Nargis s'est abattu sur la Birmanie. Découvrez en avant-première les photos de cette tragédie prises sur place par un internaute."

     

    Voici ce que je viens de lire, en frémissant - effroi et honte le disputent - sur la page d'accueil de Yahoo. De funeste mémoire, cela m'évoque le feu d'artifice quotidien que CNN offrait au monde en direct de Bagdad, au début de cette -très- sale guerre (sale guerre serait un pléonasme).

    Le spectacle de l'horreur... en avant-première. Bienvenue chez les chtis birmans...

    Cette sémantique est à vomir et le pire, c'est qu'elle ne cache plus son intention. 

    La Terre se réchauffe, la banquise fond mais l'âme humaine se glace. A grande vitesse.  

  • la voila

    1de867cb21a526bcb56beabef462ed65.jpeg

    Alain Robbe-Grillet, Robert Pinget, Claude Ollier, Claude Mauriac, Jérôme Lindon (M. Minuit, ça compte moins), Claude Simon, Samuel Beckett, Nathalie Sarraute, (Dondero, des éd. de Minuit, ça compte pas non plus) ... La photo date de 1959. Qui peut me dire si Claude Ollier est encore de ce monde? C'est la question du soir/bonsoir. Manque aussi, parmi les pontes du Nouveau Roman, Michel Butor.

    (bon, Marguerite Duras n'est pas sur la photo, elle est à tous points de vue hors-cadre, mais il n'empêche que!).
    En tout cas, leurs livres sont pour la plupart très chiants. D'évidence subjective. Sauf ceux de Claude Simon (immenses Route des Flandes, Jardin des PLantes, Acacia et ultime Tramway!) et de Marguerite Duras, pour les plus beaux (Le Marin de Gibraltar, Un barrage contre le Pacifique, Le ravissement de Lol V. Stein, et une poignée d'autres, plus tardifs, minces et précieux...).  Et Beckett, forcément. Beckett!!!...

  • Retour sur l'ours

    D’un côté, nous avons des écologistes purs et durs qui prônent une réintroduction massive, au mépris des usagers de la nature, comme les bergers qui se voient croquer pas mal de brebis, ou les simples promeneurs. Leur vision angélique et muséifiée de l’ours, icône intouchable sous aucun prétexte, fut-ce la survie d’une activité rurale en voie d’extinction, est celle d’un nounours emblématique. Leur thèse frôle la zoolâtrie, elle s’arc-boute sur une protection intégrale et sans concession. Ce discours, aux relents intégristes, fait peu cas d’une culture moribonde. Il la méprise, au nom d’une vision strictement esthétique d’une nature idéalisée, rousseauiste.  De l’autre, il y a les opposants de tous poils, qui entretiennent une peur ancestrale infondée : la cohabitation des hommes avec des centaines d’ours se passe  tranquillement dans d’autres pays Européens. Il y a aussi des scientifiques qui se frottent les mains à l’idée de pouvoir faire joujou avec les émetteurs dont on équiperait de nouveaux ours Slovènes ou autres : de réintroduction, nous assisterions à un désensauvagement grotesque du dernier grand fauve européen (et plus pyrénéen, au passage). Il y a encore des élus prédateurs. Et des entrepreneurs qui songent à tirer profit de la marque : les parcs d’attractions ne sont pas loin dans leur tête. Et il y a des chasseurs coléreux. Et assez peu de valléens qui perçoivent l’ours comme un fléau, au même titre que la grêle sur un vignoble une veille de vendange. Au milieu, il y a  la montagne, encore capable d’accueillir beaucoup d’animaux. Mais il est à craindre que les théoriciens d’une nature vierge et pure, où l’homme n’a plus droit de cité, n’aiment guère celui-ci pour lui contester en cas de danger, un droit de préemption sur leur vache sacrée. Ils n’aiment pas l’ours non plus, car refuser les frictions de terrain causées par sa réintroduction, c’est lui contester un droit de coexistence. Or, la réintroduction de l’ours passera forcément par la gestion d’une nature dénaturée.  C’est à la télé seulement, au zoo parfois, que l’écolo ultra appréhende les ours, et peu lui importe à la fin qu’ils bouffent du mouton ou du chevreuil, ou même qu’ils crèvent de n’avoir plus rien à se mettre sous les crocs, si d’aventure ils prospéraient trop. L.M.

  • Dépêchez-vous...

    ... De lire la tribune signée par l'avocat Alain Weber et que publie Le Monde daté d'aujourd'hui (page 19) sous le titre : "Amis Anglais, merci d'avoir gagné!", car elle est brillante et salutaire.

    Le chapô du papier, seulement (à vous de voir la suite) : "L'échec français met fin au hold-up de Sarkozy sur la Coupe du monde de rugby".

    Je me marre...

     

  • tir, suite

    Lesbre (excellent livre) çà changerait à tous points de vue.

    La Bayonnaise Darrieussecq est un sérieux challenger pour Claudel, Assouline et peut-être Salvayre.

    Adam l'aurait dévantage mérité avec "Falaises".

    Haenel va-t-il créer la surprise? Sinon, c'est un Médicis idéal.

    Je ne parle pas du ridicule qui ne tue pas : le-Nothomb-de-septembre.

    Ni de l'obstination de Poivre Bros à sortir un truc chaque année juste pour avoir le Goncourt, dirait-on...

    J'ignore ce que valent les autres, mais je vais aller voir de plus près le Leroy et le Rosenthal.

    En attendant, je déjeune demain chez Drouant tout à fait par hasard.

    Cuisine et littérature? -Ail, ail, ail!.. 

  • Les ours blancs et les zèbres

    Il n'y a que la banquise qui souffre du réchauffement climatique...

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  • Pétard!

    6dff6b5b7e1bfcb524ca1ebd82ba8575.jpg"Sur les 875 millions d'armes dans le monde, 650 millions sont détenues par des civils et 225 millions par les forces militaires ou de police."  Le rapport 2007 sur les armes légères, qui émane du Graduate Institute of International Studies de Genève, estime que les citoyens américains détiennent 270 millions d'armes à feu sur les 875 millions répertoriées dans le monde. Le Yémen est à la seconde place derrière les USA!

    L'avenir est au polar. Mais serai-je capable d'en écrire un? -Non.

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    Sinon, à propos de pétard, courez voir "La fille coupée en deux", le dernier Chabrol, notre Hitchcock balzacien. Il sent , comme les autres, toujours autant la naphtaline de nos provinces. On y ressent toujours autant de névroses petites ou grande-bourgeoise (en l'occurrence grande, et Lyonnaise en plus!). L'étude de moeurs et de caractères est franchement littéraire : du Mauriac sur le Rhône mis en pelloche, avec toute la modernité dont Chabrol sait si bien orner ses films. Glauque à souhait, pervers à la marge, le film est fidèle au fameux regard suraigü d'ethnographe que possède Chabrol. Et puis il y a la divine Sagnier, le très surprenant Berléand, le performant Magimel. Les autres acteurs sont exacts et précis dans leur rôle respectif. Soit menés, conduits de main de guide. Je le reverrai volontiers. Et çà, c'est un signe. (l'affiche est signée Miss-Tic, ma voisine. Et elle n'est pas bécassine).

  • Les cathos ultras sont toujours aussi tarés

    http://www.editions-verdier.fr/v3/lettre.php

    j'attends vos réactions, camarades...(*)

    moi je n'en peux plus d'écoeurement, ce samedi 25 août... 

    --- 

    (*) vous avez été 569 à visiter mon blog la nuit dernière -un record pour un 24 août?! Dans le lot, vous serez bien une poignée à lire cette lettre sereine et brillante des éditions Verdier, à Lagrasse, Aude et à réagir ici, si vous le voulez bien.  

  • Les Chants de Malodore...


    Plus nauséabond, tu meurs! Malodore est le nom d'un répulsif puant (dans tous les sens du terme!) qui va être utilisé par le Maire d'Argenteuil (Val d'Oise) pour éloigner les SDF, oui, les sans domicile fixe, pas les rats, non! Des êtres humains mais qui n'ont pas de maison!.. Du centre de sa commune.

    Je ne rêve pas en lisant cela ce matin (dépêche AFP d'hier soir reproduite sur la page d'accueil de Yahoo). Je me dis seulement, en enrageant en silence, que cette planète ne tourne vraiment pas rond.

    Le maire s'appelle Mothron (Ump) il a une gueule de vrai con, la société qui fabrique Malodore, "produits d'entretien"..., se nomme Firchim et les sdf qui vont s'en prendre plein la tronche sont bien sûrs anonymes, comme les chiens errants.

    Ce n'est pas scandaleux. C'est inqualifiable. Et à pleurer.

    Sinon, Barre est mort et il était temps, car ses neurones devenaient violemment racistes, sur le tard (souvenez-vous de ses déclarations odieuses, au printemps dernier).

    Et la rentrée "littéraire" est déjà dominée par une espèce de "roman" (Stendhal, Proust et Flaubert se sont bruyamment retournés dans leur tombe, en voyant les Une des magazines consacrés au sujet) signé Reza, dramaturge bien connue, sur la campagne de France du Nabot 1er qui nous gouverne presque seul.

    Rappel en forme de maxime apprise à Sciences-Po à l'époque du Plan Barre 2 et dont j'ai oublié la paternité : "Le pouvoir corrompt. Le pouvoir absolu corrompt absolument". 

    Second rappel (après je file me refaire du café. Je suis d'humeur passablement écoeurée, ce matin!) en forme de citation : "De moins en moins édition. De plus en plus poubellisation" (D. de Roux).

    Conclu : Relisez "Le Baron perché" du génial Calvino (Points/roman), dégustez le mince et si dense "Mal de pierres", de Milena Angus (Liana Levi), guettez le nouveau O.Adam (à L'Olivier) et le prochain P.Quignard (Flammarion, octobre) mais, de grâce! Ignorez l'opus-cule de Y.Reza, que d'aucuns et des plus bien-pensants (les pages Livres de grands quotidiens et news!) veulent nous faire passer pour de la littérature. 

    C'est Le Petit Robert qui n'en revient pas, à ses pages 1995/96... 

    Ciao, beurrk et à plus! 

  • photo-vie

    d8c4a57255907f052fe855862e19e1b3.jpega1785b751a6e327405d3cca9ecfd41ef.jpeg2867b1c73cadc8915ba156860802d824.jpeg
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Une photo en noir & blanc à côté de l'ordi :
    moi bébé dans les bras de mon père.
    Il est mort il y a quelques mois
    et j'ai aujourd'hui le double de son âge sur la photo.
    C'est quoi la vie?..

  • Les manies du débitant de cigares

    30707b1f96985b0e0a1afeb580d94c6b.jpegLe débitant de tabac a peur que le client lui abîme sa marchandise et il a raison. Le problème est que, par ses réflexes, il lui arrive de la détériorer, ou au moins de détériorer les termes de l’échange avec son client.
    Oublions d’emblée ceux qui n’autorisent pas que l’on choisisse nous même –fut-ce des yeux et en désignant du doigt le cigare désiré-, et avec lesquels la discussion est impossible. Ils tournent en général le dos au client en choisissant pour lui le ou les cigares demandés (le client ne peut rien voir), referment prestement l’armoire humidifiée et annoncent avec détermination le prix en caisse sans laisser le temps au client de respirer. Là, moi, je dis tout de suite « adieu et merci ».
    Il en va des havanes dans les civettes comme des Pléiades en librairie et des boîtes de crabe dans les supérettes : les secondes sont hors de portée, ou bien cachées derrière le caissier ; les premiers s’appellent « pas touche ! Lequel voulez-vous?». Normal, après tout. Mais notre ami, que nous souhaitons à chaque fois complice d’un certain amour du cigare, le débitant éclairé, avec lequel il est toujours agréable d’échanger quelques mots d’aficionados, tâte trop souvent lui-même le cigare en le pressant entre le pouce et l’index, ramollissant exagérément ses modules comme des camemberts ipso facto « bien faits », comme si je ne sais quel moelleux (ou craquant), suffisait à distinguer le bon cigare du moins bon. Parce que le choix, effectué à la place du client, se limite généralement à ce geste un rien brutal, réducteur et bien souvent inutile.
    Deuxième grief : l’impatience. Il est préférable de savoir ce que l’on veut avant d’entrer dans la civette ou dans l’humidificateur géant, puis d’acheter fissa, car l’impatience du débitant –surtout si personne ne le seconde en caisse pendant le temps que dure le choix des cigares-, grève quelque peu le plaisir de balader ses yeux sur les boîtes ouvertes, tout en stressant le client que nous sommes.
    Enfin, il y a le débitant qui s’offusque immédiatement lorsque nous refusons le cigare choisi par lui seul, ou bien celui que nous reposons (lorsque nous avons obtenu licence de toucher au module), pour des raisons de convenance personnelle.
    Le client est roi ? Il commence à le devenir lorsqu’il annonce qu’il entend acheter une boîte et pas quelques cigares à l’unité. Encore que : il arrive que nous nous heurtions à l’opposition ferme de se faire ouvrir une, voire plusieurs boîtes, comme cela se fait ordinairement dans les aéroports ou bien à l’étranger.
    Dommage.  L.M.


  • BlogBrillant

    J'invite à faire un tour sur ce blog recommandable : c'est brillant, claquant, iconoclaste, érudit et vertueux. Un brin grincheux et anti pas mal de choses, dont les idéologies idéalistes et verbales (qui croient à la magie de la formule et à son immédiateté, donc qui ne se gênent pas pour jeter de la poudre aux yeux du peuple, façon Sophistes), mais c'est avant tout un excellent blog littéraire. La note sur le magnifique livre de Philippe Muray, Le XIXème siècle à travers les âges, entre autres exemples, est salutaire à bien des égards.

    http://nouvellelanguefrancaise.hautetfort.com/

    Son auteur se dissimule derrière un pseudo voltairien (Arouet le Jeune). Après la NRF, voici la NLF...

    D'ailleurs, je l'ajoute à la colonne "blog amis".

  • C'est n'importe quoi, Daumal, parfois

    "Je suis mort parce que je n'ai pas le désir;

    je n'ai pas le désir parce que je crois posséder;

    je crois posséder parce que je n'essaie pas de donner;

    essayant de donner, je vois que je n'ai rien;

    voyant que je n'ai rien, j'essaie de me donner;

    essayant de me donner, je vois que je ne suis rien;

    voyant que je ne suis rien, j'essaie de devenir;

    essayant de devenir, je vis."

    René Daumal. 

  • Etonnants voyageurs

    Le site de l'écrivain et éditeur Michel le Bris et de son magnifique Festival des "travel-writers" "Etonnants voyageurs", lequel se tient chaque année (fin mai) à Saint-Malo, publie cette semaine mon texte "La littérature a de l'asthme", en réaction au désormais fameux "Manifeste pour une littérature-monde" (paru il y a peu en Une du "Monde des Livres")...

    Voir le site www.etonnants-voyageurs.net/spip.php?article1668

     

  • Le Politique et le Littéraire

    A la mémoire de Pierre Moinot.
     
    La tentation littéraire est une tendance récurrente chez nos hommes politiques. Rarement avec succès. Analyse du sujet
     
    N’est pas Malraux qui veut. Les hommes politiques  français ont toujours été tentés de faire une œuvre littéraire, en complément d’objet direct de leur destin politique. C’est plus fort qu’eux : laisser une si jolie trace de leur passage dans les Ministères ou dans les Chambres, semble être une habitude hexagonale, depuis Montaigne, tantôt maire de Bordeaux, tantôt auteur des « Essais ». Mais Dr Jekyll et Mr Hyde ne boxent pas toujours dans les mêmes catégories…Rarement avec talent, souvent avec peine, la plupart du temps, c’est en faisant seulement des livres que ces traces apparaissent. Et chacun sait que le livre ne fait pas la littérature, loin s’en faut. Les exemples fameux –contemporains seulement*-, se comptent sur les doigts de la main de Blaise Cendrars : André Malraux d’abord, Saint-John Perse, Paul Claudel, Léopold Sédar Senghor, Paul Morand. Et encore ! Parmi ceux-ci, les ambassadeurs sont-ils d’authentiques politiques ?Évidemment, nombreux sont ceux, parmi les ténors d’aujourd’hui, qui publient. Mais il est à noter que beaucoup s’adonnent à la biographie, d’un de leurs maîtres généralement. (Laissons de côté les ouvrages partisans, de programmes et d’entretiens).  Jack Lang, François Bayrou, Alain Juppé, Philippe  Séguin, Robert Badinter… Ils ont tous écrit « leur » Henri IV, leur François Ier, leur Montesquieu, leur Talleyrand. Des livres d’histoire. Certains excellents, d’autres hagiographiques, et d’autres encore tellement narcissiques que l’on se demande si ce ne sont pas des allégories du transfert. Des projections en forme de bio. D’où le fossé : Flaubert pouvait écrire : « Madame Bovary c’est moi ». Aucun homme politique, saisi par la tentation romanesque, n’a pu dire une chose pareille. Ils peuvent tout au plus laisser accroire que, François Ier, c’est (un peu) eux …Lorsque Valéry Giscard d’Estaing, amateur de Maupassant, s’essaye au roman, cela donne « Le Passage », et quand Alain Juppé se lance dans le Journal, façon « mes travaux et mes jours », cela produit « La Tentation de Venise » : deux ouvrages que la littérature n’a pas jugés bon de retenir.Autrement dressé, ce portrait de groupe revient à signifier que l’homme politique n’est pas littéraire, romancier, mais seulement essayiste ; si l’on excepte Malraux. Et il est rarement (grand) poète, comme Aimé Césaire.La tentation poétique fait de Dominique de Villepin un talentueux anthologiste. Pas un poète. (passer derrière l’incontestable Pompidou n’était pas aisé, sauf à moderniser le propos, ce qui fut fait), avec son « Eloge des voleurs de feu ». Citer René Char à tout bout de champ et de titre d’essai ne suffit pas pour être confondu avec un allié substantiel…L’exception vient peut-être de quelques esprits hors du commun, comme Jacques Attali, à la faveur du talent protéiforme et prodigieusement productif du sujet, lequel publie des essais remarquables et remarqués, et touche à presque tout, du traité d’économie au roman, de la biographie au théâtre… La tentation saint-simonienne a fait son succès avec les « Verbatim » élyséens. Depuis, chacun de ses livres se vend plutôt bien, y compris « La Vie éternelle, roman »...Autre cas à part et semblable au cas Attali  : celui de Régis Debray : brillant essayiste et romancier reconnu depuis « La Neige brûle », il est aussi un fin observateur critique de la sphère du pouvoir. Seulement, pouvons-nous considérer les conseillers du Prince comme des hommes politiques, au moins de l’ombre ? Si oui, nous observons alors certaines éminences grises effectuer un chemin à l’envers, qui va de la fiction à l’essai. Denis Tillinac, romancier employé à plein temps par la littérature dans tous ses états, est entré, sur le tard, dans le monde de la réflexion, en publiant des essais, parfois graves, « Elluliens »  –mais sans délaisser le roman pour autant! Cela se produisit peut-être à cause de (ou grâce à) son immersion en Chiraquie.Il y a le fantasme, aussi : le mythe Mitterrand est nourri par un amour immodéré des livres et de la littérature, qui en a fait un écrivain sans livres. Enfin : sans œuvre proprement littéraire. Un amateur. Un vrai grand homme politique à la française : cultivé et fin connaisseur de littérature classique. C’est la tentation colossale. Ainsi, chacun garde l’image de Tonton lisant « En lisant en écrivant », de Julien Gracq, dans l’avion présidentiel… Une image qui évacua l’auteur de « La Paille et le grain ». Normal ! Le patron de la politique française lisant « le patron des lettres françaises », comme l’a nommé un jour François Nourissier, ça en jette pour l’Histoire.Peut-on parler d’œuvres littéraires, enfin, à propos de certains ouvrages politiques ? Et en nous fondant sur quels critères ? Depuis Saint-Simon, que l’on peut prendre plaisir à lire en dehors du sujet qu’il traite, grâce à sa haute teneur littéraire, qui donc nous a émus ? Chacun possède sa « short list », selon sa famille politique et ses affinités.Les Mémoires valent généralement davantage pour leurs révélations, leurs secrets enfin dévoilés, que pour leur tenue littéraire. Font exception celles d’un De Gaulle (publiées dans la collection La Pléiade ! Mais l’Académie française, autre « collection » de luxe, a bien accueilli  l’un des successeurs du Général parmi les siens. Dans un cas comme dans l’autre, le soupçon de condescendance est de mise), ou celles d’un Pierre Mendès-France ou encore d’un Alain Peyrefitte. Chacun mes goûts !Et puis nous pouvons nous poser la question suivante : un homme politique s’étant retiré prématurément des affaires publiques, peut-il devenir un bon écrivain ? Il en a le droit. Mais le pouvoir ?.. Le cas de François Léotard, dont on commence à louer le talent, à l’occasion de la sortie de son troisième roman, « Le Silence », est relativement isolé. « La maîtrise du verbe s’acquiert », déclarait l’ancien ministre au « Monde des Livres », le 9 mars dernier. Huguette Bouchardeau, une fois ex-ministre, s’est essayée au roman. Elle est également devenue éditrice. Et elle nous permet ici, de parler, enfin, de femme politique, et plus seulement d’homme ! Les femmes de la trempe de Simone Veil sont rares. Encore plus rares celles qui font œuvre littéraire. Les Mémoires de Madame de Genlis sont là pour nous le rappeler, avec perfidie, tout en mettant en garde les femmes ayant des velléités d’écriture, « comme les hommes »…Le mundillo  littéraire demeure méfiant devant un produit comme le nouvel opus d’un François Léotard : l’auteur n’étant pas du sérail, il ne sera jamais « des nôtres »… L’attitude, corporatiste, exclusive et un brin hostile dans sa préciosité, est typiquement française. La méfiance du Littéraire est aussi  forte vis-à-vis de l’intrusion du Politique dans son pré carré, qu’envers celle du show-biz. Il a d’ailleurs une bonne raison de s’en méfier, le Littéraire : c’est lui, en principe, qui est sollicité pour faire office de « nègre » : le Littéraire tient la plume du Politique, comme il tient celle du chanteur ou de l’actrice. Alors, lorsque le premier tient tout seul sa plume, le Littéraire doute. Et hésite à l’accueillir  sur son terrain de jeu, où les règles d’appartenance et de maintien sont drastiques.On le voit bien, la tentation littéraire de nos hommes politiques est incontestablement plus fantasmatique dans le pays de Voltaire, que partout ailleurs, et c’est heureux. Nous vivons plutôt bien dans un pays qui parle de bouffe à table, se chamaille pour une sauce avec autant de virulence que pour un candidat à la Présidence, et adore débattre jusqu’à plus soif de la vénération de certains hommes politiques pour la chose littéraire. D’autant que cette bizarrerie, eu égard à la majorité écrasante de technocrates appelés à nous gouverner, aurait tendance à disparaître. À appartenir un jour au Musée, comme la cigarette de Pompidou, anthologiste de la poésie française, qui fut aussi Président de la République . Française elle aussi… L.M.
    ---- 
    *Laissons le Cardinal de Retz de côté pour nous attacher à la modernité, ainsi que les auteurs étrangers : les Mario Vargas Llosa, les Carlos Fuentes, les Octavio Paz (pour ne citer que des écrivains Sud-Américains-, ayant fait ou continuant de faire œuvre politique en marge de leur œuvre principale). Ces derniers sont des écrivains qui « donnent » dans le politique, et pas l’inverse. 
     
    Texte publié la semaine dernière dans Le Journal du Salon du Livre. 

  • Les bigoudis verts de Voltaire

    « Il faut cultiver son jardin »

    Candide n’avait pas raison : il a raison. La fameuse phrase de Voltaire résonne aujourd’hui comme une bouffée d’air frais chargé de chlorophylle. L’encre a toujours aimé la proximité de ce parfum-là. Le génie des Lumières est là. La riche idée de donner tant d’espace à l’allégorie du jardin ! De rappeler qu’il est un vrai sujet littéraire, une source d’inspiration, un lieu d’écriture, un puits de métaphores. L’art du jardin –une vraie science extrême-orientale-, enseigne, dans le Yuan Ye, qu’il faut borner les sentiers des Trois Bons Amis : le prunier, le bambou et le rocher, car il s’agit d’une œuvre qui doit durer mille automnes. Quid de la littérature aujourd’hui ? Son ambition n’est-elle pas, depuis l’invention de l’écriture, de durer, elle aussi, mille automnes ? Or, lorsqu’elle passe l’hiver, elle s’estime heureuse ; survivante… L’enseignement du jardin, celui de Voltaire, et de tout jardinier, sont bien là : planter pour durer, travailler pour laisser la trace. « La démarche créée le chemin », chuchote le poète Portugais Eugenio de Andrade. Suivre la leçon, ne pas succomber à la tentation des paillettes, rester sourd aux Sirènes de l’Ephémère. Air connu, c’est vrai. Mais qu’il faut malgré tout chantonner régulièrement. Oui, le jardin procède donc d’un authentique art de vivre. Le jardin ou le génie du lieu. Le jardin comme soupir. Comme pansement pour apaiser  l’asthme allégorique et chronique qui saisit tout amateur de littérature. Face à  l’anxiété récurrente du mundillo littéraire devant la mort encore annoncée du roman, il y aura toujours le recours salutaire au jardin. LM
    (Edito du Journal du Salon du Livre de Paris, 23 mars 2007).




  • Deux hommes à la mer

    Gallimard ressort en Folio le très beau "Un homme à la mer", de mon ami Olivier Frébourg. Cela me réjouit. Curieusement, le même éditeur annonce un recueil de poésie, dans la collection blanche, d'Emmanuel Merle (connais pas), intitulé... "Un homme à la mer". Les deux pour le même mois d'avril. Mais que fait la police?

  • des stars pour la liberté de la presse

    www.rsf.org

    Reporters sans frontières

    Pour la liberté de la presse, des stars, avec le studio Harcourt, s'engagent.

    Alors achetez le dernier album photos de RSF et donnez ainsi un peu de vous, avec quelques euros, pour la liberté de la presse dans le monde.

    medium_couv.jpgmedium_bouquet.jpgmedium_bardot.jpg

     

     

     

     

    Casta, Bouquet, Bardot.Trio de choc. 

  • Dans Le Monde de ce soir

    Le journal (daté du 5) publie une lettre que je lui ai adressé il y a trois jours, et qui figure partiellement sur ce blog (voir : la lutte continue, camarade), sous le titre Privilèges de classe (page 15). Je m'étais dit : à la réflexion, un truc aussi scandaleux mérite une audience autre que ce blog. Et hop! 

  • Mort d'un sunnite

    medium_images.2.jpg

  • L'ourse Mellba


    Un attentif m'indique ce site , "La Buvette des Alpages", http://www.loup-ours-berger.org/, à l'instant : j'en reviens.

    medium_ours.jpegIl y est question (c'est en première page, dite "d'accueil", en descendant un chouia), d'un article que j'ai publié dans Le Monde, en octobre 97!.. qui s'intitulait : "Un homme n'est pas un ours", et qui suscite encore des réactions. (A l'époque, j'avais même reçu une soixantaine de lettres, certaines de félicitations, mais beaucoup d'insultes, et de menaces, dont trois de mort, toutes anonymes bien entendu, émanant de ceux que je nomme les "khmers verts"...). Celle-ci date d'avant-hier. Elle est gentiment fielleuse, et avant tout caricaturale jusqu'au sourire (merci à l'auteur de ces "commentaires" sur mon papier, haché façon steak tartare, de me l'avoir procuré -ce sourire). 

  • Le goût de la baie

    Lorsque nous faisons l’amour, nous ne pensons pas gynécologie. Lorsque nous lisons des poèmes, nous ne supportons ni les notes en bas de page ni les annexes universitaires moins décortiqueuses qu’urticantes. Lorsque nous assistons à une corrida, nous avons envie de silence, pas de commentaires. La politique dans un roman, c’est comme un coup de feu dans un concert, disait Stendhal. C’est pareil pour le vin. Œuvre de l’homme dédiée au plaisir, le vin ne supporte pas le discours analytique que d’aucuns tiennent pour paraître savants. Le vin doit d’abord nous toucher, nous plaire ou nous déplaire, et sa dégustation ne devrait pas sacrifier à la recherche obstinée de tout, sauf du raisin ! Le sujet excite les papilles autant que les neurones, mais le discours, loin de se lover dans le sensible, se vautre ailleurs : il fait l’intéressant pour montrer qu’il en sait plus que toi, nananère ! C’est d’un ennuyeux. Au cours de dégustations chics, certains évoquent des vins « couillus » ou « qui ont du poil aux pattes ». Curieusement, les adjectifs féminins disparaissent, sauf à propos des « vins putes ». Avec de tels attributs, nous nous éloignons un peu de l’exposé abscons des chirurgiens du vin qui nous les cassent (les oreilles), et qui sont à des années lumières du principe de plaisir. Dans d’austères salons, on entend (avant de fuir) untel prétendre avec certitude, of course, que c’est la marque du verre qui assèche tel vin. Et l’autoproclamé connaisseur d’exiger tel autre verre dont nous tairons la marque… Laissons les prétentieux à leurs jeux tristes, et buvons un coup.  Je préfère le discours sensuel d’un vigneron un peu fêlé, charnellement épris de sa vigne, le parler fleuri d’un poète du vin, à un laïus de poseur en stage de compta. analytique. Beauté, mon beau souci, titrait Valery Larbaud sur un de ses livres. Plaisir, mon beau souci, mon unique souci, devrait être le credo de l’amateur. Et : j’aime ou j’aime pas, l’expression de la liberté la plus nue. Buvez si vous aimez, puisque la vie est courte. Tour le reste est mauvaise littérature.

  • Je suis mort?

    Comme je porte le même prénom que mon père, décédé samedi dernier, certains de mes proches ayant lu un faire-part dans la presse, m'ont cru -ou me pensent- mort. C'est lourd. Cela m'est rapporté, au fur et à mesure. Comme si j'avais besoin de cela, en plus! La vie ne nous épargne pas, ni son au-delà-de-lui-même...

    Et je résisterai à l'envie de réfléchir à ce phénomène. 

  • L'aventurier

    J'aime particulièrement cette définition que Roger Stéphane donne dans son Portrait de l'aventurier (Grasset/Cahiers rouges).

    Elle revient de façon récurrente frapper à mon esprit.

    La voici, ramassée (débarassée de ses digressions historiques sur Ernest Von Salomon, T.E.Lawrence et André Malraux) :

     

    "J'appelle aventurier celui qui s'engage au service d'une cause sans y adhérer : qui engage sa vie plus pour son propre salut que pour la victoire. (...) 

    L'aventurier : le contraire du militant; étranger par essence au fanatisme et même au manichéisme. L'aventurier : un irréductible solitaire".
  • Flamme

    medium_2latour.jpegL'attente est le titre

    que je donne

    à cette peinture, Madeleine à la veilleuse,

    de Georges de La Tour

    que René Char commenta

    si poétiquement, dans Fureur et mystère.

  • Dans "Le Monde des Livres" de ce soir (p.11)

    "Editis, via sa filiale Place des éditeurs, a vendu Fitway Publishing, une maison créée en 2004 par Léon Mazzella, à Silverback Books, un éditeur américain. Fitway a publié une quarantaine de livres destinés aux hommes qui ne lisent plus. Le but : offrir "une ligne de livres masculins comme il y a des produits de beauté" expliquait M. Mazzella. Le concept n'a pas rencontré son public et M. Mazzella a quitté le groupe."

    medium_DSC_0008.JPGFitway fut créée en 2003. Le catalogue, fort de six collections de "beaux-livres" traduits en 4 (voire 5) langues, et distribués dans une trentaine de pays, commençait à rencontrer son public. Et ce en un temps record pour le secteur. Seulement voilà, il existe des hommes pressés, de talent et de panache, seulement dans un roman de Morand et dans une chanson de Noir Dés'. Rarement dans les services dédiés au commerce de l'édition industrielle. Notre époque manque décidément de poésie, et de ce qui va nous manquer autant que l'air, bientôt : le temps. Qui, aujourd'hui, est encore capable de dire : je donnerai le temps au temps -et de le faire?..

    Détail : je n'ai jamais déclaré cette phrase cuculapraline sur les produits de beauté. J'ai une trèsmedium_DSC_0018.JPG haute idée du livre. Une autre des savonettes. En revanche, oui, j'ai quitté le groupe (qui ne m'a rien proposé d'autre), non sans avoir mis un pundonor à aider à "recaser", ma formidable, talentueuse, merveilleuse, dévouée et fantastique petite équipe féminine (je n'oublie pas notre Gégé national, le "d.a.", qui a sa propre boîte, Graph'm), et qui -je le sais-, regrette aujourd'hui encore que cette aventure éditoriale ait tourné court, pour de sombres raisons managériales que je ne dévoilerai jamais. En tout cas publiquement.

    Je m'autorise seulement -à la faveur de cette brève, parue dans le supplément fétiche de mon journal, et sortie de je ne sais où (la "dir-com" d'éditis, me chuchote-t-on à l'instant par texto)-, à medium_DSC_0212_1_1.JPGexprimer mon amertume. Car, après plus de vingt ans de journalisme, cette expérience, trop brève, manches retroussées et les mains dans le bouquin jusqu'aux coudes, avec une alegria et un plaisir aussi dévoués que jouissifs, me laisse un goût de fiel dans la bouche, après m'avoir procuré d'immenses joies créatives, ludiques, professionnelles. Et m'avoir permis de faire des rencontres... humaines inaltérables. Riches. Indéfectibles. Eternelles, j'espère.

    CQFD 

    pour mémoire : 

    www.fitwaypublishing.com


  • oups!

    hautetfort se modernise, c'est bien, mais nous ne pouvons plus insérer d'images pour illustrer nos textes, me semble-t-il. Comment faites-vous, vous? Au secours Alina!.. (Tu sais bien que je suis un manchot de l'informatique).

  • Dans "metro" d'aujourd'hui

    L’HOMME DESCEND DU METRO


    Et parfois du songe. Pas toujours rêveur, le songe. Plutôt simiesque justement : lorsque la pub et le marketing se mettent à singer la réalité masculine en la caricaturant, cela donne des créations qui ressemblent davantage à des vues de l’esprit qu’à des reflets du réel.
    Exemples : de l’homme, « Y » donc, on a décidé qu’en ville, il était devenu « métrosexuel », il y a environ trois ans : soit un hétéro affirmé, mais assumant clairement sa part de féminité, à la faveur de l’acceptation générale du phénomène gay. Rien à voir avec les obsédés de ce beau journal qui m’accueille ! Son icône était David Beckham, pour faire court. Il pouvait donc se maquiller, faire du shopping, et rester un vrai mec.
    Puis, l’ « ubersexuel » a surgi. Icône : George Clooney. Très mâle. Cela a rassuré les hemingwayens. La virilité de chacun s’en trouva réconfortée.
    Entre temps, j’ai personnellement créé le néologisme de « métrosensuel» (pour titrer l’essai éponyme d’une auteure), histoire de rappeler que l’homme pense d’abord avec sa tête.
    Un nouveau concept, préfabriqué –à l ‘intention de l’industrie, ne nous leurrons pas (des produits de beauté et du prêt-à-porter notamment), détrônera vite Clooney.
    Notre époque en perte de foi, néanmoins explosée par des guerres de religions planétaires, a besoin de démiurges, d’icônes générationnelles palpables.
    Savez-vous par exemple que, lorsque le mythe vivant Beckham dort avec sa femme dans un hôtel au Japon, l’hôtel vend ensuite aux enchères et par petits bouts, les draps –non lavés, bien sûr !..
    Et l’homme dans tout çà ? Muséifié, en plein déclin, comme le souligne un essai sur le sujet. La presse qui lui est dédié, après une embellie, commence à battre de l’aile. L’homme traverse une crise d’identité certaine. Objet, convoité, vampirisé, dévirilisé, il devient « une femme comme les autres ».
    Mais il demeure, qu’il soit homosexuel, hot célibataire, jeune père, papy, quadra en rupture de ban, un mec qui n’aime pas être étiquetté. Alors contre tout cela, une seule valeur-refuge. Aragon. Louis Aragon. Lequel disait : « La femme est l’avenir de l’homme ». Yeah ! L.M.

    Retrouvez ce "point de vue" dans la page "Paroles" de Metro de ce 13 avril.

  • Philosophie magazine...

    Le sommaire est ambitieux, les signatures prestigieuses (ph claudel, j semprun, n grimaldi, f marmande), mais la "promesse au lecteur" (la couv) affligeante.

    et je ne parlerai que d'elle.

    le visuel d'abord : un mec, genre top model dans la haute finance, en costume smalto, impeccablement bien sûr lui, un tiroir façon magritte en plein dans la gueule, les mains posées bien à plat (j'assure!), sur la pierre (philosophale).

    conceptuel, coco... il soutient le titre du dossier : "un autre monde est-il possible?" (là, je dis bravo! un tel titre, c'est sûr, personne ne la fait ce mois-ci, même pas "jésuite hebdo", qui n'existe pas).

    le cadeau, ensuite : à l'instar de fiches horoscope ou des recettes minceur, on a un morceau de l'ethique de spinoza, avec un dessin le montrant, en colette glamour,regard ingénu un chouia lolita, revue par un infographiste de la presse féminine djeune...

    Puis, la titraille : "rencontre : nicole garcia et michel onfray, dialogue inattendu" -c'est , oui, le titre!...
    (moi, là, je lis : même les femmes peuvent piger quelque chose à la philo, en tout cas celle d'un mec brillant/branché comme onfray, et en plus elle est actrice! c'est-à-dire limite miss france... allez-y, gueulez les filles!).

    et puis, au fond, pourquoi pas, "rencontre : loana-michel serres, à botox rompu". ou bien "bhl-darty, le contrat de confiance est-il un mythe américain?" au moins, ça poserait question, con!..

    puis, pêle-mêle : "débat, sylviane agacinski-marcela iacub, la fin de la domination masculine" (ça sent le scoop, moi je vous dit que ça sent le scoop).

    puis : "entretien : la leçon de sagesse de marcel conche" (sans véronique et davina, non! on y a échappé quand même. et c'est même pô du bodybuilding).

    enfin, "cinéma" (ah bon, ça philosophe au 7ème?) ":être sans destin", vu par jorge semprun. dak...

    (rideau)

  • Sharonanar

    décorez-moi : j'ai vu basic instinct, deux (comme d'autres lisent deception point, ou d'autres encore vont à lourdes -pfff! les deux, à côté du grand cloué, ils sont même pas sur la photo!). sharon est toujours la plus belle blonde du monde, celle qui, par surcroît, préfère relire tout garcia marquez que se rebronzer le coeur ("car à la fin il faut que le coeur se brise ou se bronze", n'est-ce pas?), celle qui a oublié d'être tarte (et rien dans ma cuisine, hélas... mais "la chair est triste et j'ai lu tous les livres"). elle a du botox plein les nibards, une garde-robe de tarée, une coupe de cheveux qui va faire jurisprudence, un regard dévastateur ayayaye, elle fume comme un gainsbarre, conduit comme un fangio, séduit comme un don juan, mectonne les hommes, et elle possède une nonchalance attractive (genre : bon, c'est fini, ce tournage, je n'ai vraiment pas que ça à faire, moi), des plus délicieuses, au fond = elle se fout carrément du film, sharon, j'en suis convaincu. et ça, c'est vraiment fort! non, pas de décoration, finalement...

  • Fable basque

    TRIBUNE

    Fable basque
    Par Léon Mazzella, journaliste et écrivain... (03/04/2006) Lire

  • Ours y es-tu?

    Metro

    Cliquez dessus pour lire les tribunes que j'envoie au fameux gratuit, notamment "La peur de l'ours", parue le 21 mars. Et réagissez ici!..

  • Lettre ouverte au canard sauvage

    Mon canard,
    Voilà des années que je n’aime rien comme aller t’observer, toi et tes nombreux congénères, sur les étangs et dans les marais du monde. Aujourd’hui, le regard que l’on te porte change. Tu n’es plus un enfant du Bon Dieu, ni un oiseau de bon augure. Ta liberté de traverser les ciels d’Europe a du plomb dans l’aile. Toi le migrateur, l’oiseau qui court après le soleil et devance le froid, traverse les pays sages et les pays en guerre, à la recherche de zones humides accueillantes, te voilà pestiféré. Si nous le pouvions, nous t’assignerions à résidence. Et nous déciderions de ton éradication. Tes migrations nocturnes colportent le mal. Pire : avec toi, c’est le sauvage qui contamine le domestique, et le nomade qui frappe le sédentaire. Au-delà du virus de la grippe aviaire que tu transportes à ton corps défendant, c’est le tort suprême qui est dans tes plumes : le virus de la liberté. Celle de ne te fixer nulle part et d’aller où bon te semble, en te méfiant constamment des prédateurs. On te regarde d’un œil torve et jaloux. Mon canard, tu es un paria, un déviant. Ta liberté dérange. L’errant a toujours mis mal à l’aise le claquemuré. Aujourd’hui, au lieu de continuer d’être représenté par les peintres animaliers et d’être préparé à l’orange, on se méfie de toi comme du Malin. Une nouvelle chasse a commencé dans l’esprit des humains, qui s’enfoncent plus profondément dans l’ère du soupçon. Ton faciès, d’admirable, est désormais redoutable. Alors réjouis-toi, mon canard ! Saisis cette chance d’inspirer la crainte, de faire renaître des peurs anciennes. T’approcher effraie ! Avant qu’il ne t’emporte un jour, ce virus te protège, puisqu’il te maintient à distance des grands prédateurs qui vivent debout. Et je vais te donner un conseil, mon canard : passe plus haut. Vole au-dessus des nuages. Evite les mares domestiques, même si tu as envie de fricoter avec le canard gras. Ne pense plus aux marécages périurbains. Préfère leur les marais immenses et inhospitaliers, où le danger s’annonce de loin. Ainsi chacun retrouvera la paix. Tu as été conçu pour rester libre. Sauvage et libre. Je respecterai toujours en toi le modèle de nomadisme qui te définit. Et quand ce satané virus t’emportera, j’irai raconter aux oies et aux cygnes des jardins publics, ainsi qu’aux canards à foie gras d’ici et là, le poète du ciel et des marais que tu fus. A présent échappe-toi, mon canard, le jour va se lever. Va, va !

    Léon Mazzella.
    Journaliste et écrivain (dernier livre paru : « Flamenca », roman, La table ronde).
    Tribune parue dans Metro du 17 mars dernier.