Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Honneur

  • L'Oublié!

    IMG_8095.jpeg

    Je me savais hanté par cette peinture que j’avais gommée de ma mémoire, avec le temps, et voilà qu’elle resurgit à la faveur d’une première visite au nouveau musée Bonnat-Helleu bayonnais – somptueux à tous égards. Elle s’intitule « L’Oublié ! », son auteur est un peintre bayonnais, Émile Betsellère (1846-1880). Il évoque la guerre franco-allemande de 1870-1871, et le souvenir d’un soldat bayonnais, Théodore Larran. Le peintre a lui-même vécu ce meurtrier conflit. Son œuvre figure un hommage à toutes les victimes – oubliées ou pas – de toutes les guerres qui saignent nos âmes et l’Histoire. Betsellère romantise en figurant la scène en hiver tandis qu’elle se passa en été. La neige ajoute au drame et renvoie immédiatement à la terrible campagne napoléonienne de Russie de 1812. Nous ne lui en voulons aucunement d’avoir ainsi accentué le tragique abandon – sans doute involontaire – d’une ambulance que l’on aperçoit sur la gauche, en partance, hors champ de vision du mourant qui se cambre pourtant de toutes ses ultimes forces afin d’attirer l’attention ; mais en vain. Il y a – il le fallait depuis Villon – les corneilles noires pour oiseaux de mauvais augure charognard, et le rouge du sang versé sur la neige pour rappeler l’horreur de tout conflit entre êtres humains. Le visage du soldat a lui aussi été « embelli » afin de lui donner une apparence universelle – et résolument esthétique, car mourir au champ d’honneur pour la France lorsqu’on est beau, ajoute au drame national. L’issue sera cependant heureuse : Marie-Thérèse Jacquet, infirmière de son état, surgira à temps par miracle et sauvera Théodore. Puis, ils convolèrent en justes noces et enfantèrent à quatre reprises. Mais la dimension tragique de cette peinture perdure, qui m’évoque la Grande Guerre d’abord, puis la Seconde guerre mondiale, celle du Vietnam, les rues de Kiev, et tous les conflits qui gangrènent notre morale humaine. Je retournerai souvent, ou plutôt parfois au musée Bonnat-Helleu afin de rendre visite à « L’Oublié ! ». L.M.

  • Boualem libéré. Danke !

    Capture d’écran 2025-11-12 à 15.02.35.png

    Honte à l'Elysée et au caniche Barrot, et gloire à l'Allemagne, où Boualem est considéré depuis son premier livre comme un demi-dieu, où il est archi lu (bien davantage qu'en France), où il est adulé, honoré et récompensé par les plus grandes distinctions nationales. Vive sa liberté, et croisons les doigts pour sa santé considérablement mise à mal. Enfin, je vomis sur l'abject régime dictatorial de Tebboune, et sur l'urticaire qui se développe déjà sur la peau de tous les LFIstes.

    (Quelle joie ! Mais quelle honte ! La démocratie allemande a fait montre de fermeté intelligente; efficace. La « pleutrocratie » macronienne a chié dans son froc devant un minus : Tebboune). L.M.

  • Neuhoff en habit vert

    Capture d’écran 2025-11-06 à 20.16.59.png

    Eric Neuhoff en habit vert, ça a de la gueule ! Je commence à comprendre pourquoi il fut porté pâle lors des premières délibérations du jury du prix François Sommer il y a environ trois semaines (nous y siégeons tous deux). Il devait peaufiner sa campagne auprès des immortels. Je plaisante, bien sûr. Je l’avais rêvé au fauteuil de Michel Déon, auteur du Jeune homme vert... Il avait échoué de peu il y a deux ans pour occuper celui de Jean-Loup Dabadie, ç'eut été du sur-mesure ! Il hérite de celui de Gabriel de Broglie. Pas commode comme sujet pour torcher un éloge comme l’exige la tradition, avec l’esprit vif et claquant d’Éric Neuhoff. Florian Zeller, autre académicien du jour, aura l’exercice plus fastoche en occupant le fauteuil laissé vacant par Hélène Carrère d’Encausse. Il suffira au dramaturge rendu célèbre par sa coupe de cheveux étudiée pour la télé, de pomper quelques extraits de Kolkhoze, prix Médicis 2025. Quelques jours après le centenaire de la naissance de Roger Nimier, fêté par un Quarto (Gallimard), « la Pléiade du pauvre » à l’instar de Bouquins (Robert Laffont), l’élection de Neuhoff ne manque pas de panache. Nous sommes ravis ! L.M.

  • Prendre et reprendre Christine de Pizan

    J'exhume un texte du ventre de KallyVasco parce que je suis retourné parmi les sensibles Ballades de Pizan, et que cela fait un bien fou que j'ai, comme d'habitude, envie de partager.

    Capture d’écran 2025-10-14 à 18.19.25.png

    Savez-vous - mais qui peut prétendre savoir ce qui suit, aujourd'hui? - savez-vous donc que dans la théorie courtoise, le baiser représente le quatrième degré de l'amour dans une hiérarchie qui en compte cinq, selon le modèle des cinq sens? Le baiser correspond à celui du goût. Et cela nous est déjà si délicieux de l'apprendre. C'est Jacqueline Cerquiglini-Toulet (un lien de parenté avec Paul-Jean? - J'ai demandé, elle l'ignore), fervente préfacière et éditrice de ces ballades de Christine de Pizan, qui l'écrit. L'ouvrage, Cent ballades d'amant et de dame, est d'importance (Poésie/Gallimard, 10€). D'une part nous lisons un homme d'une loyauté sans faille, quoique, et d'autre part, les réponses d'une femme aimante mais infiniment prudente. Les amants dialoguent au fil de cent poèmes, ce qui n'est pas rien lorsque le désir attise. Ce sont des lettres, des messages, des hommages, des envois, des plaintes parfois, de fougueuses adresses, des reproches aussi, des invites, un faux dialogue peut-être, la distance entretient l'absence en tentant de la dissoudre, le choix du mot fait le reste, maintient, magnifie, tient droit tout cet édifice d'une intense fragilité. À l'époque de Christine de Pizan (1364, Venise - 1430, Poissy), la ballade est une forme à trois strophes avec un refrain d'un ou deux vers. Dans ces Cent ballades d'amant et de dame, si pressantes, la longueur des strophes est délicieusement écourtée parfois, et la taille des vers varie au gré de la disposition des rimes... Les 336 pages du recueil nous offrent ainsi un bouquet de retenue, l'expression parfaite de l'amour courtois cher aux troubadours : Que votre doux amour soit vers moi tourné / Car mon coeur est déjà plus noir qu'une mûre, lit-on dès le premier envoi. Ce qui fait délice, c'est la nomination de l'alternance : L'Amant, La Dame, L'Amant, La Dame se répondent et nous suivons un ping-pong amoureux d'une fine délicatesse, un échange d'une stupéfiante modernité : Le dard d'amour qui, comme il se doit, / T'enverra des pensers / Pleins de désir, par divers sentiers, / Tantôt joyeux, tantôt douloureux... La ballade 20 exprime une affirmation féministe de bon aloi. À laquelle la Dame ajoute, quelques pages plus loin, des vers à nos yeux définitifs :  À rien ne sert de résister, / Amour est mon adversaire, / Je ne peux m'y soustraire. Car, il s'agit là, au détour de quelque strophe, d'une joute jouant sur le désir de l'autre : Car je ne veux que votre doux vouloir. / Votre volonté seule est la mienne... dit-il, tandis qu'elle semble, semble seulement, lâcher prise : Je suis vôtre, vous m'avez justement conquise, / Il n'est plus besoin que j'en sois requise, / Amour le veut; vous avez trouvé le chemin /Pour prendre mon coeur / Sans mauvaise ruse, par une très loyale quête. / Je le sais en vérité, je m'en suis bien enquise, / Et puisqu'il me plaît ainsi, en toute guise, / Du bien en résultera pour moi. Ce à quoi répond tardivement, et c'est agaçant, l'amant balourd mais lucide et d'une belle patience - à sa décharge, ainsi que d'une capacité à accepter les coups portés : Vrais amants courtois, sachez qu'il n'est dureté / Que de se séparer de sa dame et maîtresse. L'Amant se déclare, sans forfaiture aucune, comme étant un serviteur lige, et cela est d'une admirable rareté. Il entre en merencolie, terme désuet, d'époque, pour désigner la mélancolie. La Dame, infiniment romantique avant l'heure, confesse une fièvre (Ballade 100), qu'une réalité va corroborer : Je m'y fiai : mon coeur se fend en deux / Car sa parole séduisante, trompeuse, / Et son maintien courtois et aimable / M'affirmaient qu'il disait vérité, / Et tel n'était le cas, c'est bien prouvé : / Il a déshérité mon coeur de la joie. Tout est déjà dit, là, sur la légendaire lâcheté masculine. Le cuir me part (Mon coeur se brise), déclare la Dame. Le lecteur est subjugué par tant de droiture sans ambages, de franchise intérieure sans détour. L.M.