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  • Tchanel numero cinco

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    Balade en moto au centre de Biarritz, ce mardi 28 avril. On ne pouvait échapper au défi béchamel – pardon, au défilé Chanel (baptisé Croisière) à la faveur de la réouverture de la boutique mythique de Coco, villa Larralde, rue Gardères. L’événement est décalqué sur les réseaux par des centaines de smartphones voyeurs, ça dégueule de partout. Pluie tiède de stars sur le retour posant comme des bœufs gras à Bazas, masquant - en se tenant à distance - les dérives de leur charcutier esthétique respectif derrière de longues mèches ou des lunettes noires gigantesques. Au Casino, des mannequins en file indienne tirant toujours la gueule et revêtant des fringues impossibles allaient de leur risible démarche croisée comme des esclaves au marché devant un parterre de fats suffisants. Dehors, une noria infinie de corbillards noirs faisait office de taxis entre le Palais et le Casino – 400 mètres à tout casser. Et un service d’ordre trumpien, des dizaines d’hommes lugubres en costard noir – l’impression, face à eux, d’être dans une boutique Nespresso en quête de ristretto. Et l’océan par-delà, calme, plein, sans vagues pour une fois, apaisa mon humeur. On critiqua Blanco le nouveau maire pour son accoutrement – le seul pourtant à être digne d’intérêt, car libre. La veille, la princesse Charlotte signa son indigente « Fêlure » d’élève de terminale au Bookstore. Biarritz renoua avec le strass sans trace. Le développement non durable colle à la peau exagérément bronzée comme une banquette en skaï de TER de cette ville, et cela la distingue des cités voisines à l’authenticité... autre. L.M.

  • Le cul de Nora

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    Je m'autorise une incursion à la page 103 de mon livre composé de fragments intitulé Le Bruissement du monde (Passiflore, 2021) à la suite de la note précédente consacrée à la lumineuse et galvanisante correspondance entre Maria Casarès et Albert Camus (autour de laquelle je tournais depuis sa publication), car il est question de la même pudeur, de la même hésitation. Doit-on, devons-nous, oser ou bien renoncer... L.M.

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  • Camus/Casarès

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    Je lis leur correspondance amoureuse avec beaucoup d'appréhension, celle du voyeur, celui qui a dérobé des lettres dans une boîte dédiée en y glissant sa main - avec un fort sentiment de culpabilité ; me sentant mal. C'est ainsi. J'adore le genre épistolier, autant que lire des Journaux intimes devenus extimes, mais demeure en moi cette résistance devant la porte que l'on ne peut de toute façon pas ouvrir sans frapper. Mais, bon. Elle est belle, cette correspondance entre deux scorpions - j'affectionne les méandres de ce signe (je suis né un 7 novembre comme Albert Camus, et Maria Casarès un 21 novembre), car elle est incandescente, jalouse, impatiente, pressante, gorgée de désir, de feu, de verbe. Dès le début, je tombe sur ceci (A.C. à M.C., vendredi 7 juillet 1944, 23 heures), qui me bouleverse. Je poursuis la lecture, j'ai déjà avalé cent pages. L.M.

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  • Vivifiant

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    Plage de la Petite Chambre d’Amour, hier après-midi. Premier bain de mer. Vivifiant. L’expression m’évoque Paul Morand. Le clapot apaisant d’un océan méditerranéen – une fois n’est pas coutume – ajoute à la sensation d’être au bord des lèvres de la mer tyrrhénienne, laquelle me manque. Y remédier rapidement. Le sable est désert ou peu s’en faut. Quelques rares chercheurs d’yeux de Sainte-Lucie, ce ravissant petit coquillage rond réputé porter bonheur, avancent plus lentement que des escargots, tête baissée, caressant le gravier d’un pied nu dans un mouvement d’essuie-glace, mains dans le dos, seuls à la lisière du monde. Quatre pétasses à la peau immaculée et aux faux-cils démesurés, serrées comme des sardines sur leurs serviettes étalées au milieu de nulle part, écoutent un rap assourdissant aux paroles violentes. Je me déplace quinze mètres plus loin. Il convient de renoncer à affronter une telle outrance ; tant d'incivilité banalisée. Je perçois mieux le murmure océanique. La drague rouge Hondarra clape devant. Une vedette de la Marine croise au large. La chaleur tape. 30°C. Un vent salutaire caresse ma peau. Les goélands affalent sur la plage à la manière des pigeons de ville dans une flaque de soleil. Sérénité. Je lis un livre pour la sélection du prix Paul-Jean Toulet. Du sable se glisse entre les pages. Je les secoue. L.M.

  • Un vin contre

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    Je dînais hier dans un nouveau restaurant italien bayonnais après avoir vu le film espagnol « Romería », et je choisis ce vin des Pouilles. Que penser du manifeste de sa contre-étiquette ? Au recto, le A de l’anarchie annonce la couleur, le vin se nomme Anarkos, et se définit en anglais comme « un vin contre » - j’aime beaucoup l’idée, pensant, et je l’ai déjà écrit, qu’il faut toujours boire contre. Au verso donc, il est question de sacrifice, de colonisation capitaliste, d’exploitation, de migration forcée, de complicité partisane, d’oppression culturelle, d’annihilation de toute typicité, de la domination du marché et autres poncifs idéologiques répétés ad libitum depuis Proudhon. J’ai vite tranché l’affaire en la mettant sur le compte de l’humour... politique, chose assez rare sur les étiquettes foldingues qui fleurissent depuis quelques années sur les bouteilles – et c’est heureux (en plus, il se défend pas mal ce vin). L.M.

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  • Sa corrida du dix-neuf

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    Il y a vingt-huit ans jour pour jour, le 19 avril à deux heures du matin, ma mère rendait l’âme et je tenais ses deux mains. J’écrivis trois ans plus tard, habité par la mémoire de cet instant unique de l'existence « Morbidezza », le récit qui ouvre mon livre « Les Bonheurs de l’aube ». Puis j’écrivis un roman, « Flamenca » dont elle est le personnage principal (les deux à La Table Ronde). Mais auparavant, treize jours après que j'ai fermé ses yeux avec une fébrilité inédite (aucun fils ne peut imaginer qu'il donnera la nuit à celle qui lui a donné le jour), je n’écrivais pas mais vomissais à l’encre noire en trois heures, de douze à quinze, ce premier mai-là, un livre de haïkus taurins comme des coplas, « La Corrida du 19 avril » (Atlantica, les droits d’auteur ont été versés à Vaincre le Cancer, hôpital Paul Brousse, Villejuif). La métaphore du toreo s’est imposée à tout mon être sans que j’aie le temps de lui poser question. Je fus comme sous hypnose je me souviens. J’ai rédigé ces poèmes tranchants l’un après l’autre avec l'adresse ferme d'un cavalier de rejón, une  imparable fluidité métallisée, armé d’un torrent de mots écorchés, impeccablement précis, sûr de moi au point de ne jamais me retourner, me relire. Maman tenait sans doute ma main gauche prolongée de mon fidèle Mont Blanc. J’ai écrit sous sa dictée d'outre-rien, j'ai décrit à ma manière les deux dernières heures de son passage sur Terre. Sa dernière pelea, son ultime et noble combat, huit quarts d’heure de vérité au cours desquels elle fut tantôt toro, tantôt torera. Il m’est apparu un instant que j’écrivais ces poèmes secs rouges et noirs depuis le callejon, carnet posé sur le burladero, jambes coupées, dans l’impossibilité d’un espontaneo salvateur, peut-être. Le barrage ayant lâché, il me restait à esthétiser au plus près de la vérité son départ, comme on pousse délicatement une nacelle sur le fil de l’eau avec à son bord une nymphe soyeuse ou une sphynge irradiante, vers la porte du néant. A quinze heures ce premier mai, j’étais Jake LaMotta tuméfié du coeur après un combat colossal. Je posais la plume, me jetais sur le canapé du salon et dormais des heures, exténué de chagrin, de soulagement, de verbe, de sang et de sable, d’amour et de morphine, de soleil au zénith et de nuit abyssale. Mon amie Catherine Delavallade, à qui je donnais à lire les feuillets quelques jours après, les rehaussa, gagnée par l’émotion, de splendides aquarelles. Je confiai cet ensemble frémissant à un éditeur ami et proche géographiquement, sans chercher plus loin, qui décida de publier immédiatement l’ouvrage (du rarement vu dans l'édition, qui va d'ordinaire à un rythme de sénateur). Quatre mois après la mise en terre de Maman, je déposai le premier exemplaire sur le caveau familial où son nom avait été fraîchement gravé. Je savourais enfin mon premier vrai, profond soupir en m’allongeant de tout mon long sur le marbre et m’endormais les bras en croix sous une soudaine pluie fine et tiède, bienfaisante et envoyée du ciel, qui figura les larmes qu’elle avait su retenir avec tant de classe ce soir-là. L.M.

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  • Premières délibérations du Prix Paul-Jean Toulet 2026

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    Cela se passait hier soir à Lapérouse, un restaurant mythique des quais de Seine à Paris*, à l'angle de la rue des Grands-Augustins pour être précis, non loin du Quai Conti, soit de l'Institut de France, et qui fut vraisemblablement relié jadis au Sénat par un tunnel secret afin que les sénateurs puissent rejoindre à leur train, en catimini et en profondeur leurs péripatéticiennes favorites, auxquelles ils offraient des bijoux dont elle vérifiaient la pacotille ou bien la valeur en striant les glaces sans tain des alcôves de ce lieu baroque et envoûtant lorsqu'on s'y promène mal éclairé par une lumière étudiée, soit d'époque - avec leurs pierres montées... Nous étions à la cave pour délibérer. Un lieu magique prolongé d'infinis couloirs couverts de centaines de bouteilles de rêve (je me suis contenté de photographier le copieux rayon de la Romanée-Conti), en me récitant des mots de Pierre Veilletet à propos de l'esprit de la cave justement, qu'il donna à l'un des tous premiers numéros de la revue de Jean-Paul Kauffmann, L'amateur de Bordeaux, en 1984 je crois (flemme de plonger dans mes archives). De mémoire, cela donne : c'est dans les caves que s'ourdissent les complots. Le jury quasiment au complet du prix Paul-Jean Toulet, enrichi de Fanny Ardant, n'eut pas à ourdir quoi que ce soit hier, mais à se contenter de fêter la littérature touletienne, en tous cas à la flairer, à la repérer parmi de nombreux ouvrages tous talentueux, correctement rédigés, riches de sens et avant tout pourvus d'un style singulier, de mâche comme on le dit de certains vins tanniques, voire de puissance. Sous les voûtes, nous étions bien, couverts comme pour une clandestine traversée de Paris à l'abri des drones, la volaille aux morilles, le cabillaud rôti, le soufflé au chocolat, la syrah qui suivait le chardonnay et un honnête champagne de vigneron dont j'ai oublié le nom se maintinrent au garde à vous. L'humour et l'autodérision furent de mise entre chaque fourchettée, et nous consignèrent au tamis puis au tapis sept ouvrages - dont certains sont à découvrir, pour une seconde séance de délibérations, la remise du prix au lauréat ayant lieu à Guéthary le 30 mai prochain. Qu'on se le lise ! L.M.

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    * Lorsque j'étais directeur des rédactions de GaultMillau (magazine et guides) j'avais ambitionné en 2002 de lancer un prix littéraire à cette enseigne, gourmand en diable (avec Gérard Oberlé et Jim Harrison en première ligne de mire) et je m'étais assuré le partenariat de Lapérouse pour nos délibérations. Le projet tourna court hélas.

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    La première liste met en lumière sept ouvrages aux tonalités diverses :

    Les Explorateurs, Iegor Gran (P.O.L)

    Combat toujours perdant, Michel Houellebecq (Flammarion)

    New York City Inferno, Simon Liberati (Stock)

    Les Tendresses de Zanzibar, Thomas Morales (Le Rocher)

    Underdog, Bruno Marsan (Séguier)

    Ma Gloire, Florent Oiseau (Gallimard)

    Rapport d'activité, Florence Orokieta (Zoé)

    Une sélection qui mêle figures installées et voix contemporaines, dans un esprit fidèle à l’éclectisme revendiqué du prix.

     

    Les jurés présents lors du dîner de délibérations :

    Fanny Ardant, Florence Chataignier, Aude Lancelin, Frédéric Beigbeder, Fabrice Gaignault, Jean Le Gall, Léon Mazzella, Frédéric Pajak et Frédéric Schiffter.

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  • Biltzar des écrivains, Sare, lundi prochain

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    Lundi de Pâques ? - C'est un « huitième jour » destiné à durer toute une semaine de « sept dimanches » et à préfigurer une éternité paisible et radieuse. Par ailleurs, auprès de l'Église catholique, le lundi de Pâques se qualifie aussi comme lundi de l'Ange, selon un texte biblique (Évangile selon saint Mathieu 28, 1 - 15). J’y signerai, à Sare (64), quelques ouvrages récents. Venez, on boira au moins un coup.

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