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  • Salon du livre d'Hossegor

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    J'y serai vendredi prochain 3 juillet, au stand des éditions Passiflore.

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  • J'écris ton nom...

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    CINÉMA. « J’écris ton nom », second volet de « La Bataille de Gaulle », du génial Antonin Baudry, est de loin bien meilleur que le premier volet, « L’Âge de fer », qui était déjà formidable et captivant (évoqué ici à sa sortie en salles). Magnifique réalisation, du grand cinéma avec de gros moyens, 70 millions d’euros (pour – étrangement - moins de 700 000 entrées la semaine dernière, c’est lourd à encaisser), un Simon Abkarian encore plus crédible dans le costume, la gestuelle, la voix, la diction, la stature arrogante, fanfaronne, pugnace d’un général qui ne plie jamais, qui « va vers son risque » et qui, à la fin, gagne, au nom de la France. Niels Schneider est impressionnant dans la peau d’un général Leclerc que nous nous prenons à aduler, la larme à l’œil, dans le désert de Lybie, et à son arrivée triomphale à Paris, Thierry Lhermitte impeccable dans le rôle du falot (pour ne pas écrire autre chose) général Giraud, Simon Russell Beale plus Churchill que Winston (je l’ai déjà écrit), Félix Kysil campe un très émouvant Jean Moulin, Anamaria Vartolomei splendide en résistante au charme fou, des scènes inoubliables de combat dans le désert des troupes de Leclerc contre une division de Panzer, ainsi que depuis l’hôtel de la Monnaie le jour de la libération de Paris, des émotions à la pelle dans les regards, les silences, les interrogations des soldats, la discrétion codée des résistants de l’ombre, les détails, l’atmosphère, tout procède d’un bonheur de plus de deux heures, mais je serais bien resté calé deux de plus cet après-midi, un peu comme lorsqu’on « enfile » les épisodes d’une série qui nous tient par le col et ne nous lâche plus. L.M.

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  • Lectures caniculaires en cours

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    L’émouvante déclaration d’amour à l’homme de sa vie, avec lequel elle partagea quarante-deux années, l’écrivain Paul Auster, par Siri Hustvedt, elle-même écrivaine accomplie, constitue un livre d’une pudeur, d’une sensibilité et d’une vérité rares, à la fois journal d’une maladie incurable et donc d’une lente descente aux enfers, et livre catharsis conçu de toute façon comme un impossible « travail » (littéraire) de deuil, d’une force admirable. Ghost stories (Gallimard) c’est mon cœur mon amour mis à nu, une adresse post-mortem à l’âme de Paul, qui habitera toujours l’appartement new-yorkais d’un couple littéraire devenu mythique, et où un possible dialogue perdure.

    Bernard Chapuis nous revient enfin après de longues années de silence, avec un roman drôle, d’une finesse stylistique envoutante, en nous faisant entrer dans l’univers de deux vieux amis d’une élégance surannée des plus délicieuses. Rémy Charvet, marchand de livres anciens et Carline Devel, dermatologue des beaux quartiers parisiens conversent, et nous restons bouche bée. C’est chic, c’est fin, c’est du Chapuis. Ça va si vite, Monsieur Charvet ! (Herodios) entraîne son lecteur et des femmes « saphiques à hétéros », dans un dédale aventureux sur fond de marché international de l’art. La satire des snobs et des mondains pathétiques y est par exemple tordante, car le regard suraigu de l’auteur démasque avec tact et talent. C’est gai, mélancolique, subtil, on y boit et mange bien, on y est toujours impeccablement vêtu, et l’agilité d’esprit des deux principaux protagonistes devient vertigineuse au fil des pages. Un régal.

    Il était temps que je plonge dans ce petit livre essentiel de Fabrice Gaignault, Un livre (Arlea), à peine quatre-vingts cinq pages d’une densité forte, au sujet d’un autre livre dans la vie de Primo Levi, en l’occurrence Remorques, du trop méconnu Roger Vercel (prix Goncourt 1934 pour Capitaine Conan) et dont l’incipit est « L’ouragan cernait la chambre »), trouvé dans le baraquement d’Auschwitz de l’auteur de l’inoubliable Si c’est un homme, et qui le maintiendra en survie, en quelque sorte, et renforça sa dignité en capilotade. Magie de la littérature, du livre, d’un seul livre représentant tous les autres livres, sans exception. L’auteur, précieux, ne puise-t-il pas depuis l’enfance « des élixirs de vie » dans la littérature, et déclare qu’un livre ne peut changer le monde mais il peut vous changer la vie. Un livre. N’importe lequel si vous avez l’impression qu’il a été écrit pour vous. Vrai. Dont acte.

    Joseph Brodsky est un prix Nobel (1987) étrangement oublié. Poète pourtant mondialement publié, est-il pour autant attentivement lu ? En tous cas, il était temps que la collection Poésie/Gallimard le « panthéonise » à sa manière, que nous aimons, avec Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires, Anthologie, 1961-1996 (les ténèbres peuvent-elles être rose bonbon ou bleu piscine?),  qui mêle la poésie politique (symbole de la dissidence du régime soviétique, Brodsky fut victime d’un odieux procès, interné dans un camp, poussé à l’exil), la poésie paysagère – avec des pages inoubliables sur Venise, où le poète russe est d’ailleurs enterré, et l’inévitable – et c’est tant mieux - poésie amoureuse. 470 pages à feuilleter au gré, sur le sable.

    Marc Bloch bien sûr. Étudié à Sciences-Po pour l’école des Annales et la drôle de guerre, L’étrange défaite (folio) m’a resauté à l’esprit à la faveur de l’actualité. Cette relecture salutaire d’un témoignage courageux et poignant de vérité, riche de formules d’anthologie, implacable sur la lecture des graves erreurs militaires et administratives de la part des chefs séniles et sans vision d’anticipation, sans réelle stratégie au fond, durant « la drôle de guerre », est une nécessité. Formidablement rédigé de surcroît, il est de ces livres (devenus classiques) de non-fiction, essais, témoignages, études de terrain, qui sont aussi des bijoux littéraires, et je pense aussitôt à Tristes tropiques de Claude Lévi-Strauss. Je me risque à rapprocher L’étrange défaite, sans qu’il y ait de parallèle, juste un air de famille, d’Un balcon en forêt, de Julien Gracq, et de La route des Flandres, de Claude Simon.

    Gary toujours... Maria Pourchet, pour la fameuse collection des Équateurs, « Un été avec », nous offre une longue lettre au ton agréablement tutoyant, car jamais désinvolte mais plutôt admiratif à Romain Gary, lequel fut la révélation choc de sa vie à l’âge de dix-sept ans, avec Un été avec Romain Gary donc (Équateurs parallèles/France Inter), et sa prose limpide nous embarque avec brio à travers la vie et l’œuvre d’un auteur majeur. De plus en plus majeur. Certes, les connaisseurs du bonhomme, de son œuvre dédoublée, de ses multiples vies si riches, n’apprendront pas grand-chose, mais c’est comme avec le fameux Un été avec Montaigne, d’Antoine Compagnon (qui fut un énorme succès au cours de l’été 2013) : on a beau être un lecteur assidu, familier des Essais, on lit Compagnon avec un plaisir de gosse qui projette Harry Potter pour la dixième fois, histoire de retrouver des citations fétiches.

    La légende, de Boualem Sansal (Grasset), « libres méditations d’un prisonnier encombrant », constitue le livre essentiel de cette année. Témoignage poignant, intraitable, juste, érigé comme une urgence socratique, un message de Cassandre meurtri mais debout, à l’adresse de tous les hommes de bonne volonté ayant le sens de l’écoute, un cri tendre, une leçon de courage, un récit humble qui n’oubliera jamais, qui ne pardonnera sans doute pas, une leçon de morale. Un livre de vie. Il ne s’agit pas du journal plus ou moins plaintif d’un écrivain libre injustement emprisonné dans les pires conditions d’humiliation, d’annihilation de la condition humaine. Ce récit sans ambages dénonce, accuse la bêtise insondable d’une dictature, fait montre d’une résistance à toute épreuve, poursuit le combat avec l'arme de la littérature, car « la vérité dérange, la justice inquiète, la liberté fait peur » écrit Boualem, qui semble devenu encore plus fort qu’avant sa funeste arrestation, le 16 novembre 2024. L’auteur n’oublie pas non plus ceux, ils sont légion, qui se prétendaient ses amis et qui non seulement le lâchèrent, mais le trainèrent dans la boue tandis qu’il croupissait. Aucun ressentiment chez Sansal, sans doute une déception historique qui ne l’étonna cependant guère.

    Enfin, je découvre une revue littéraire, Possibles, que pilote Pierre Perrin, avec son numéro 40 qui paraît, afin de lire les premiers textes publiés d’une poétesse on ne peut plus précieuse, qui s’exprime quotidiennement « sur les réseaux » comme on dit, pour le plus grand bonheur de ses aficionados. La prose infiniment poétique de Marianne Ginesta possède une grande sensualité au sein de laquelle un certain fading cher à Roland Barthes et l’ivresse des corps, le disputent à la caresse des éléments – surtout végétaux et aquatiques, soit de l'indispensable Nature, et cela produit un mélange incandescent et délicieux comme (inventons) du miel au piment d’Espelette dégusté sur la peau de l'amant(e) dans une forêt ariégeoise traversée par un ruisseau ; une litière amoureuse. Ses poèmes sont d’ailleurs réunis sous le titre L’herbe sous la peau. Un beau résumé. Lu également dans ce numéro, Envie de baiser de Laurence Paulmier, d’une franche poésie, d’une vérité douce sans trash, et un bel hommage à notre cher René Guy Cadou signé Marie-Christine Guidon. L.M. (A suivre).

     

  • Comme un gamin

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    En cette saison, chaque matin ou peu s’en faut je marche le long de l’océan, de la plage de la Petite Chambre d’Amour à celle de La Barre qui donne accès au port de Bayonne aux cargos vraquiers et autres minéraliers, puis je retourne à la Petite, je me baigne, je nage si l’océan l’autorise, je rêve sur le sable, je lis des poèmes emportés dans le sac, éventuellement je griffonne quelques phrases dans un carnet, je rentre, je me douche, je me restaure, je lance un disque de musique baroque, un verre de rosé couronne le tableau, e la nave va. Ce matin, la Méditerranée s’étant invitée à l’angle gascon de l’Atlantique depuis deux ou trois jours comme si la canicule avait anesthésié les vagues, je savourais le silence, l’eau était translucide comme en Grèce, des bancs de muges allaient et venaient, je plongeais avec délice, puis je m’allongeais sur le rivage, remué par un flot tendre. La plage était déserte, à l’exception, au loin, d’une femme seins nus – cela devient si rare - jouant avec ses deux chiens, et d’un couple lisant en parallèle sous un parasol. Devant, un bateau blanc que je rêverais de posséder (passe ton permis d’abord, bourrique !) faisait des allers-retours. Pêchait-il à la traine, ou promenait-il une poignée de curieux ? Me prit alors l’envie de caresser du bord de la main le fin gravier visité par le flot à chaque molle vague, histoire de tenter de trouver un œil de Sainte-Lucie, ce coquillage réputé porter bonheur, et que ma mère cherchait – et elle en trouvait tant – sur cette même Petite Chambre d’Amour, il y a longtemps. J’étais gamin et je ne pensais qu’à surfer ou bien à faire du « body » dans les vagues. Le sable, le gravier m’indifféraient, mais ce matin du 23 juin, il m’appela. Ma fille en trouve régulièrement, elle a ce don, sans doute hérité de Ma, sa grand-mère. Mon fils en a constamment un avec lui. Alors je me risquais. Je balayais le gravier du bord de la main sans discontinuer, au point de perdre patience, et après avoir prélevé huit petits cailloux aux tons et rayures chatoyants comme des peaux de fauves, plus un autre en forme de cœur, je tombais sur mon premier œil de Saint-Lucie. Quelle ne fut pas ma joie. Je lâchais un petit cri et embrassais aussitôt le trophée salé. Je possédais soudain un porte-bonheur comme Karen Blixen une ferme en Afrique. Muni de mon minuscule trésor que je pinçais fort entre mes doigts, je plongeais, nageais sous l’eau et en ressortais enrichi. Je regagnais le sable, la serviette, je photographiais mon petit coquillage orné d’une spirale en forme de vague qui donne envie de la prendre, de la surfer. J’étais heureux comme un gamin. Et j’écrivis ceci. L.M.

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  • Visiter la Grèce avec 49 écrivains prestigieux

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    Merveilleuse idée (merci Alice...) que cette anthologie littéraire remplie d’hommages tous plus enchantés et enchanteurs les uns que les autres. Il faut dire que le sommaire est d’une grande richesse, avec quarante-neuf noms prestigieux (photo), de Vassilis Alexakis à Virginia Woolf. Figurent bien sûr les grands poètes grecs, Constantin Cavafy, Odysseus Elytis, Yannis Ritsos, Georges Séféris... Des chantres éternels de la Grèce, à commencer par Jacques Lacarrière, Gérald Durrell, Lawrence Durrell, et bien sûr le regretté Michel Déon, qui évoquait « la facilité d’être » à propos de la Grèce où il vécut, notamment à Sptesai. Il y a de belles surprises que l'on doit à Chateaubriand, Morand, Jaccottet, Barthes, Cocteau, Fraigneau, Gautier, Yourcenar, Nerval... Le découpage du livre est géographique, ce qui aidera le voyageur avide de plaisir du texte avant tout. Les intermèdes du livre sont subtils, qui offrent des textes ayant trait à boire, manger, chanter, danser, nager, naviguer. Je ne résiste pas au désir de reproduire ces lignes de Déon qui donnent le ton de ce précieux florilège de 528 pages, et l’esprit du voyage sur la terre de l’Iliade et l’Odyssée. « N’avoir besoin que du nécessaire, ne pas quitter d’un pouce l’être que l’on aime, voir chaque jour le soleil se lever et se coucher, manger quand on a faim, écrire sur une table même boiteuse, se répéter que ce qui est beau c’est la mer, le ciel, un olivier retroussé par le vent, que l’amitié est partout où l’on franchit un seuil, que, déracinés, sautant d’un bateau dans l’autre, une anthologie de poètes remplace tous les livres, voilà un peu ce que je cueillais en Grèce ». Voici un anti-guide bien plus indispensable qu’un guide bleu ou vert pour notre prochaine échappée dans les Cyclades ou à travers le Péloponnèse. L.M.

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    Visitez la Grèce avec... Un guide littéraire de la Grèce, La Table Ronde, 26€

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  • Humble pêcheur

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    Je faisais une tentative de tri dans mes photothèques éparses, en fin de journée, et deux photos argentiques, tirage papier couleur, ont ravivé ma mémoire : j’ai eu un timide passé de pêcheur, étiré paresseusement au fil des ans, conspué qu’il fut, voire phagocyté par ma passion immense - passée depuis vingt-six ans déjà, pour la chasse. Outre par omission, j’ai aimé pêcher de deux manières : le thon à la ligne avec les professionnels du sujet depuis Saint-Jean-de-Luz (à bord de L'Aventurier), et la truite à la mouche dans les torrents et les lacs pyrénéens, normands, irlandais, écossais. J’ose alors fourbir ci-joint deux images. Sur l’une je ferre un thon rouge au grand large de St-Jean (on aperçoit La Rhune au fond, dans une lueur diaphane) qu'un marin gaffe afin de m'aider à le hisser à bord. Sur l’autre, je tente de choper une belle fario écossaise (et l’instant d’après – mais je n’ai pas la séquence photo, je disparaitrai dans un trou profond et ne surnagea que ma casquette ornée de mouches artificielles imitant la sauterelle et quelques nymphes, soit des leurres acérés et emplumés à la main. Ça avait beaucoup rigolé sur la rive). « Tendre comme le souvenir », dirait Apo. L.M.

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  • Cahiers GLM

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    J’aime chiner les vieilles revues littéraires, la NRF, les Cahiers du Sud, La Délirante... Je retombe sur un numéro des Cahiers GLM (Guy Levis Mano) daté de l’automne 1956, et je suis ébloui par la richesse du sommaire. Les lecteurs de cette époque en étaient-ils conscients ? René Char sur Arthur Rimbaud, Maurice Blanchard, André du Bouchet, Yves Bonnefoy, des dessins inédits de Giacometti, Yves Battistini, Andrée Chédid, Jacques Dupin, Hölderlin et l’un de ses plus fameux poèmes, Pierre Torreilles, Guy Levis Mano... 78 pages de petits trésors poétiques. J’avais acheté cette revue le 18 octobre 1978 chez un bouquiniste de la rue Bonaparte, ou de Seine, à Paris, je me souviens. J’étais fébrile en le feuilletant dans le bus. Le relire cet après-midi dans le petit jardin sous un ciel en bleu adorable (in lieblicher bläue) fait un bien fou. Les vagues et le sable attendront. L.M.

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  • De Gaulle, premier volet

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    Mercredi dernier, je me suis précipité dans une salle obscure afin de voir « L’Âge de fer », le premier volet du diptyque « La Bataille de Gaulle » signé Antonin Baudry, avec un Simon Abkarian magistral dans le rôle du général, et je fus ébloui. Par la mise en scène, par la rigueur des plans, par le faste d’un film démesuré à gros budget, par le jeu impeccable d’Abkarian – les gestes, la voix, les attitudes, les regards, les silences, les tremblements, sont confondants de mimétisme, et par les dialogues. D’emblée, le fraîchement promu général, interpellé par un officier craignant le pire tandis que leur colonne de chars s’enlise à Montcornet : « Mon colonel, c’est la débandade ! – Ai-je l’air de débander ? » répond le grand Charles. J’adore. L’orgueil sans limites de De Gaulle, la certitude d’incarner la voix et la voie de la France, d’en être son sauveur messianique, son serviteur suprême et dévoué corps et âme, sont palpables à chaque plan. En Afrique près de Leclerc (tendre Niels Schneider), on prévient le général des dangers du moustique, « les moustiques ne piquent pas De Gaulle ! » répond le général. Plan suivant, l'homme providentiel fanfaron est alité, saisi d’une crise de paludisme. Mais il se relève sans tarder, bien entendu. Nous sourions au fond de notre fauteuil. La mise en scène grossit ainsi le trait, par endroits, mais ça ne gêne pas. Le surlignage du réalisateur est-il trop fluorescent lorsque de Gaulle exprime avec une fermeté inflexible sa détermination rude, sa certitude arrogante face à un Churchill (superbe Simon Russell Beale plus Winston que nature) tout aussi dur sur ses positions coulées dans le béton armé, son obstination obsessionnelle... – Non. Le combat des chefs, associés rivaux parfois, déjà de vieux sauriens de la politique, de la stratégie et de l'honneur, n’en est que plus âpre et par conséquent renforcé d’une admirable épaisseur. De même, la couardise repoussante de l’amiral Darlan (Mathieu Kassovitz) ne fait que rendre le personnage encore plus abject. La douceur des jeunes résistants parisiens, incarnés par le touchant Florian Lesieur dans le rôle héroïque de Fernand Bonnier de La Chapelle – lequel assassinera Darlan à Alger (un moment d’énorme soulagement dans le film) et de Anamaria Vartolomei, sa complice dans les rues de Paris, figurent un contrepoint salutaire dans le déroulé du film. Je veux souligner que l’épisode, long mais je l’aurais bien rallongé, de la bataille de Bir Hakeim dans le désert libyen avec un général Koenig incarné par un prodigieux Benoît Magimel, est déjà à mes yeux un morceau d’anthologie du cinéma de guerre. Un film dans le film. Je regrette que l’anéantissement de la flotte française par l’aviation britannique dans le port de Mers el-Kébir n’occupe que deux ou trois minutes. Ce qui m’a gêné en revanche, ce sont certains propos hurlés par De Gaulle, comme « un Français ne tire pas sur un Français ! ». Vingt ans plus tard, le 26 mars 1962, « la Grande Zohra » fera ordonner aux soldats présents de tirer à la mitrailleuse, rue d’Isly à Alger, sur les Français, les Pieds-Noirs, venus manifester contre les accords d’Évian signés une semaine plus tôt. Bilan du massacre : 80 morts, 200 blessés. On n’oublie pas. Reste que ce film est un grand film pour tout un chacun, les Gaulliens surtout. Quant aux Gaullistes, ils sont forcément acquis à la cause. Vivement le 3 juillet pour aller voir la suite, au titre éluardien : « J’écris ton nom ». L.M.

    P.S. : J'aurais tant aimé que mon père regarde ces deux films, puis en discuter avec lui...

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  • Toulet dans Match

    Et voici le jury du prix Paul-Jean Toulet épinglé dans Paris Match...

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  • Armand Robin, une salutaire réédition

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    Armand Robin (1912-1961) est un immense poète pour – comme souvent, une confrérie qui se passe ses poèmes en chuchotant de plaisir. Je l'ai découvert en novembre 1978, le mois de mes vingt ans en achetant « Ma vie sans moi » et je ne l’ai plus laissé hors de portée de mon plaisir quotidien à relire de la poésie en picorant, en musardant. Cette première édition de « Ma vie sans moi » dans la précieuse collection Poésie/Gallimard date de 1970. Elle contient un recueil capital à mes yeux, « Le monde d’une voix », lequel fut sauvé après la mort du poète anarchiste (d’une embolie ? sous les coups de la Police ?). Sauvé car, gravement malade et accablé de dettes, ses créanciers sans scrupules (pléonasme) et peu amateurs de poésie, chargèrent les employés de la ville de Paris de saisir ses livres et ses manuscrits – plus de mille pages jetées dans une décharge. Il ne reste alors rien, à l’exception d’une précieuse compilation de textes publiés en 1968 sous le titre « Le monde d’une voix » dont je donne quelques extraits plus bas. Une somme qui fut sauvée in extremis par Claude Roland-Manuel, Gilberte et Georges Lambrichs qui s’introduisirent dans l’appartement du poète et remplirent à la hâte trois valises (Françoise Morvan, préface – très éclairante - à l’édition de 2026) sous le nez de l'administration. Cette nouvelle édition est, elle, suivie de « Fragments » qui sont « les vestiges d’un grand livre perdu » (Françoise Morvan). Et c’est magnifique.

    Armand Robin était polyglotte – il connaissait une trentaine de langues. Il n’a eu de cesse de traduire les poètes chinois, russes, hongrois, arabes, italiens, espagnols, mongols, finlandais... afin de faire circuler les mots. C’était aussi un féru des radios étrangères, qu’il écoutait obsessionnellement. Cela donnera un livre, « La fausse parole », lequel dénonce notamment la propagande stalinienne, le silence totalitaire via les ondes par des « éperviers mentaux ».

    Il publia un seul roman, « Le temps qu’il fait », véritable épopée en l’honneur des paysans bretons, leur misère, leur ignorance, leur touchante simplicité. Il en était, Breton lui-même ayant connu la faim. « Le poète sauve tout un monde anéanti dans son ensilencement » (Alain Bourdon, préface à l'édition de 1970).

    Revenons à sa poésie. Bien que je préfère la première édition car elle contient ce long recueil magnifique, « Le monde d’une voix », je découvre les « Fragments » avec beaucoup de bonheur, et qui recèlent finalement une belle surprise – lire plus bas. Reste que le mince recueil intitulé « Ma vie sans moi » renferme la quintessence de la poésie de Robin, et selon les deux éditions que je possède, la somme de poèmes diffère. Elle est plus copieuse, enrichie d’une seconde partie, dans la toute nouvelle édition (mai 2026), dédiée à quelques traductions par Robin, qui précise d’emblée : « Traduire un poème c’est conclure une alliance avec un premier traître... ». Il y a là de poèmes d’Essénine (auquel le recueil « Ma vie sans moi » doit beaucoup...), Maïakovsy, Rilke, Poe, Tchekhov pour les plus connus d’entre eux. Armand Robin travaillait sans cesse, évoquait « l’opium de la fatigue ».

    Le mieux est de livrer ici des mots, des vers, des bribes, puisque la poésie est avant tout le mot avant d’être la phrase ou la strophe, afin de donner un avant-goût à ceux qui sont à la veille d’un grand bonheur : découvrir Armand Robin, sa poésie tendre et mélancolique, parfois désespérée, amoureuse toujours, intimement liée à la nature, à l’égarement aussi, sachant chasser le mot juste afin de produire la sensation idoine, le frisson que le lecteur attend.

    Florilège :

    « Ma vie sans moi » s’ouvre sur ces vers : « O souvenirs sautant de glaçons en glaçons / tels des corbeaux criards sur les champs de l’hiver ! ». Autres extraits : « Écoute le temps dur se dépouiller de nous / Et nos oublis mourir dans les plis de la nuit ». « J’écoute, fier veilleur, sous mon soleil vieillir / L’avril mouillé de pleurs de ton premier baiser ». « Je marcherai sur moi, meurtrissant la rosée de mes songes... ». « Printanière, toujours la même, / Je t’aimerai, puisque je t’aime ». « Élan plié, brisé, qu’un sort fait d’onde entraine, / Tout ce hasard d’eau frêle étonnant de silence / C’est l’abîme en mes bras passant de peine en peine (...) L’éternité, toute semblable à quelque enfance (...) Roule tout contre moi ses hanches d’algue immense ».

    Extraits de « Le monde d’une voix » : « L’avant-aube où je vis est affairée ». « Je serai dans le monde à partir de minuit / Avec les ronces et le travail de la rosée ». « Depuis longtemps je cherchais une aube / Où poser mes plumes d’oiseau » (poème intitulé « Ma femme »). « Et sobrement dans mes deux mains / Je buvais dans le grand bol de l’aube ».

    Extraits de « Fragments » (dans lesquels nous retrouvons finalement la plupart des poèmes figurant dans « Le monde d’une voix », augmentés de nombreux inédits. Aussi, les extraits qui suivent relèvent de ces derniers, mais ne touchent pas aux nombreuses notes évoquant divers écrivains et une sorte de journal intime) : « Un peu de bruit subsiste après nous : / Bruits de roseaux penchants, d’herbes hésitantes ». « Sous l’oiseau qui chante se tait la branche, / La rosée ne demande pas à briller / Je suis soumis aux nuits étoilées, / Ma parole me vient des joncs remués ». « Je serai pour toute ère un étrange étranger / J’aurais passé mes jours à supprimer ma vie ». « Là, fatigué, je ne sentais que de la rosée, / Là, fatigué de moi, je me sentais reposé ». « Je suis sobre d’aube / Mais un hêtre suffit / Pour que je sois ivre ». « Tellement d’amour sur tant de clairières ; / Tous mes rendez-vous, c’est toujours de tige en tige ».

    Armand Robin écrit par ailleurs : « J’aime à rêver d’une poésie qui serait une grande chose simple ; il ne peut sans doute être bon que la beauté ait honte d’être humaine ». Nous rêvons tout à trac d’un Quarto/Gallimard rassemblant son œuvre éparse. La collection a sans doute d’autres auteurs à fouetter. Rêvons quand même de pouvoir continuer de vivre sa poésie... avec lui. L.M.

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