Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Visiter la Grèce avec 49 écrivains prestigieux

    IMG_9638.jpeg

    Merveilleuse idée (merci Alice...) que cette anthologie littéraire remplie d’hommages tous plus enchantés et enchanteurs les uns que les autres. Il faut dire que le sommaire est d’une grande richesse, avec quarante-neuf noms prestigieux (photo), de Vassilis Alexakis à Virginia Woolf. Figurent bien sûr les grands poètes grecs, Constantin Cavafy, Odysseus Elytis, Yannis Ritsos, Georges Séféris... Des chantres éternels de la Grèce, à commencer par Jacques Lacarrière, Gérald Durrell, Lawrence Durrell, et bien sûr le regretté Michel Déon, qui évoquait « la facilité d’être » à propos de la Grèce où il vécut, notamment à Sptesai. Il y a de belles surprises que l'on doit à Chateaubriand, Morand, Jaccottet, Barthes, Cocteau, Fraigneau, Gautier, Yourcenar, Nerval... Le découpage du livre est géographique, ce qui aidera le voyageur avide de plaisir du texte avant tout. Les intermèdes du livre sont subtils, qui offrent des textes ayant trait à boire, manger, chanter, danser, nager, naviguer. Je ne résiste pas au désir de reproduire ces lignes de Déon qui donnent le ton de ce précieux florilège de 528 pages, et l’esprit du voyage sur la terre de l’Iliade et l’Odyssée. « N’avoir besoin que du nécessaire, ne pas quitter d’un pouce l’être que l’on aime, voir chaque jour le soleil se lever et se coucher, manger quand on a faim, écrire sur une table même boiteuse, se répéter que ce qui est beau c’est la mer, le ciel, un olivier retroussé par le vent, que l’amitié est partout où l’on franchit un seuil, que, déracinés, sautant d’un bateau dans l’autre, une anthologie de poètes remplace tous les livres, voilà un peu ce que je cueillais en Grèce ». Voici un anti-guide bien plus indispensable qu’un guide bleu ou vert pour notre prochaine échappée dans les Cyclades ou à travers le Péloponnèse. L.M.

    ---

    Visitez la Grèce avec... Un guide littéraire de la Grèce, La Table Ronde, 26€

    IMG_9637.jpeg

  • Humble pêcheur

    IMG_9296.jpeg

    Je faisais une tentative de tri dans mes photothèques éparses, en fin de journée, et deux photos argentiques, tirage papier couleur, ont ravivé ma mémoire : j’ai eu un timide passé de pêcheur, étiré paresseusement au fil des ans, conspué qu’il fut, voire phagocyté par ma passion immense - passée depuis vingt-six ans déjà, pour la chasse. Outre par omission, j’ai aimé pêcher de deux manières : le thon à la ligne avec les professionnels du sujet depuis Saint-Jean-de-Luz (à bord de L'Aventurier), et la truite à la mouche dans les torrents et les lacs pyrénéens, normands, irlandais, écossais. J’ose alors fourbir ci-joint deux images. Sur l’une je ferre un thon rouge au grand large de St-Jean (on aperçoit La Rhune au fond, dans une lueur diaphane) qu'un marin gaffe afin de m'aider à le hisser à bord. Sur l’autre, je tente de choper une belle fario écossaise (et l’instant d’après – mais je n’ai pas la séquence photo, je disparaitrai dans un trou profond et ne surnagea que ma casquette ornée de mouches artificielles imitant la sauterelle et quelques nymphes, soit des leurres acérés et emplumés à la main. Ça avait beaucoup rigolé sur la rive). « Tendre comme le souvenir », dirait Apo. L.M.

    IMG_9297.jpeg

  • Cahiers GLM

    IMG_9546.jpeg

    J’aime chiner les vieilles revues littéraires, la NRF, les Cahiers du Sud, La Délirante... Je retombe sur un numéro des Cahiers GLM (Guy Levis Mano) daté de l’automne 1956, et je suis ébloui par la richesse du sommaire. Les lecteurs de cette époque en étaient-ils conscients ? René Char sur Arthur Rimbaud, Maurice Blanchard, André du Bouchet, Yves Bonnefoy, des dessins inédits de Giacometti, Yves Battistini, Andrée Chédid, Jacques Dupin, Hölderlin et l’un de ses plus fameux poèmes, Pierre Torreilles, Guy Levis Mano... 78 pages de petits trésors poétiques. J’avais acheté cette revue le 18 octobre 1978 chez un bouquiniste de la rue Bonaparte, ou de Seine, à Paris, je me souviens. J’étais fébrile en le feuilletant dans le bus. Le relire cet après-midi dans le petit jardin sous un ciel en bleu adorable (in lieblicher bläue) fait un bien fou. Les vagues et le sable attendront. L.M.

    IMG_9547.jpeg

  • De Gaulle, premier volet

    Capture d’écran 2026-06-05 à 09.24.09.png

    Mercredi dernier, je me suis précipité dans une salle obscure afin de voir « L’Âge de fer », le premier volet du diptyque « La Bataille de Gaulle » signé Antonin Baudry, avec un Simon Abkarian magistral dans le rôle du général, et je fus ébloui. Par la mise en scène, par la rigueur des plans, par le faste d’un film démesuré à gros budget, par le jeu impeccable d’Abkarian – les gestes, la voix, les attitudes, les regards, les silences, les tremblements, sont confondants de mimétisme, et par les dialogues. D’emblée, le fraîchement promu général, interpellé par un officier craignant le pire tandis que leur colonne de chars s’enlise à Montcornet : « Mon colonel, c’est la débandade ! – Ai-je l’air de débander ? » répond le grand Charles. J’adore. L’orgueil sans limites de De Gaulle, la certitude d’incarner la voix et la voie de la France, d’en être son sauveur messianique, son serviteur suprême et dévoué corps et âme, sont palpables à chaque plan. En Afrique près de Leclerc (tendre Niels Schneider), on prévient le général des dangers du moustique, « les moustiques ne piquent pas De Gaulle ! » répond le général. Plan suivant, l'homme providentiel fanfaron est alité, saisi d’une crise de paludisme. Mais il se relève sans tarder, bien entendu. Nous sourions au fond de notre fauteuil. La mise en scène grossit ainsi le trait, par endroits, mais ça ne gêne pas. Le surlignage du réalisateur est-il trop fluorescent lorsque de Gaulle exprime avec une fermeté inflexible sa détermination rude, sa certitude arrogante face à un Churchill (superbe Simon Russell Beale plus Winston que nature) tout aussi dur sur ses positions coulées dans le béton armé, son obstination obsessionnelle... – Non. Le combat des chefs, associés rivaux parfois, déjà de vieux sauriens de la politique, de la stratégie et de l'honneur, n’en est que plus âpre et par conséquent renforcé d’une admirable épaisseur. De même, la couardise repoussante de l’amiral Darlan (Mathieu Kassovitz) ne fait que rendre le personnage encore plus abject. La douceur des jeunes résistants parisiens, incarnés par le touchant Florian Lesieur dans le rôle héroïque de Fernand Bonnier de La Chapelle – lequel assassinera Darlan à Alger (un moment d’énorme soulagement dans le film) et de Anamaria Vartolomei, sa complice dans les rues de Paris, figurent un contrepoint salutaire dans le déroulé du film. Je veux souligner que l’épisode, long mais je l’aurais bien rallongé, de la bataille de Bir Hakeim dans le désert libyen avec un général Koenig incarné par un prodigieux Benoît Magimel, est déjà à mes yeux un morceau d’anthologie du cinéma de guerre. Un film dans le film. Je regrette que l’anéantissement de la flotte française par l’aviation britannique dans le port de Mers el-Kébir n’occupe que deux ou trois minutes. Ce qui m’a gêné en revanche, ce sont certains propos hurlés par De Gaulle, comme « un Français ne tire pas sur un Français ! ». Vingt ans plus tard, le 26 mars 1962, « la Grande Zohra » fera ordonner aux soldats présents de tirer à la mitrailleuse, rue d’Isly à Alger, sur les Français, les Pieds-Noirs, venus manifester contre les accords d’Évian signés une semaine plus tôt. Bilan du massacre : 80 morts, 200 blessés. On n’oublie pas. Reste que ce film est un grand film pour tout un chacun, les Gaulliens surtout. Quant aux Gaullistes, ils sont forcément acquis à la cause. Vivement le 3 juillet pour aller voir la suite, au titre éluardien : « J’écris ton nom ». L.M.

    P.S. : J'aurais tant aimé que mon père regarde ces deux films, puis en discuter avec lui...

    Capture d’écran 2026-06-05 à 09.25.18.png

     

     

  • Toulet dans Match

    Et voici le jury du prix Paul-Jean Toulet épinglé dans Paris Match...

    Capture d’écran 2026-06-04 à 09.18.38.png

  • Armand Robin, une salutaire réédition

    IMG_9545.jpeg

    Armand Robin (1912-1961) est un immense poète pour – comme souvent, une confrérie qui se passe ses poèmes en chuchotant de plaisir. Je l'ai découvert en novembre 1978, le mois de mes vingt ans en achetant « Ma vie sans moi » et je ne l’ai plus laissé hors de portée de mon plaisir quotidien à relire de la poésie en picorant, en musardant. Cette première édition de « Ma vie sans moi » dans la précieuse collection Poésie/Gallimard date de 1970. Elle contient un recueil capital à mes yeux, « Le monde d’une voix », lequel fut sauvé après la mort du poète anarchiste (d’une embolie ? sous les coups de la Police ?). Sauvé car, gravement malade et accablé de dettes, ses créanciers sans scrupules (pléonasme) et peu amateurs de poésie, chargèrent les employés de la ville de Paris de saisir ses livres et ses manuscrits – plus de mille pages jetées dans une décharge. Il ne reste alors rien, à l’exception d’une précieuse compilation de textes publiés en 1968 sous le titre « Le monde d’une voix » dont je donne quelques extraits plus bas. Une somme qui fut sauvée in extremis par Claude Roland-Manuel, Gilberte et Georges Lambrichs qui s’introduisirent dans l’appartement du poète et remplirent à la hâte trois valises (Françoise Morvan, préface – très éclairante - à l’édition de 2026) sous le nez de l'administration. Cette nouvelle édition est, elle, suivie de « Fragments » qui sont « les vestiges d’un grand livre perdu » (Françoise Morvan). Et c’est magnifique.

    Armand Robin était polyglotte – il connaissait une trentaine de langues. Il n’a eu de cesse de traduire les poètes chinois, russes, hongrois, arabes, italiens, espagnols, mongols, finlandais... afin de faire circuler les mots. C’était aussi un féru des radios étrangères, qu’il écoutait obsessionnellement. Cela donnera un livre, « La fausse parole », lequel dénonce notamment la propagande stalinienne, le silence totalitaire via les ondes par des « éperviers mentaux ».

    Il publia un seul roman, « Le temps qu’il fait », véritable épopée en l’honneur des paysans bretons, leur misère, leur ignorance, leur touchante simplicité. Il en était, Breton lui-même ayant connu la faim. « Le poète sauve tout un monde anéanti dans son ensilencement » (Alain Bourdon, préface à l'édition de 1970).

    Revenons à sa poésie. Bien que je préfère la première édition car elle contient ce long recueil magnifique, « Le monde d’une voix », je découvre les « Fragments » avec beaucoup de bonheur, et qui recèlent finalement une belle surprise – lire plus bas. Reste que le mince recueil intitulé « Ma vie sans moi » renferme la quintessence de la poésie de Robin, et selon les deux éditions que je possède, la somme de poèmes diffère. Elle est plus copieuse, enrichie d’une seconde partie, dans la toute nouvelle édition (mai 2026), dédiée à quelques traductions par Robin, qui précise d’emblée : « Traduire un poème c’est conclure une alliance avec un premier traître... ». Il y a là de poèmes d’Essénine (auquel le recueil « Ma vie sans moi » doit beaucoup...), Maïakovsy, Rilke, Poe, Tchekhov pour les plus connus d’entre eux. Armand Robin travaillait sans cesse, évoquait « l’opium de la fatigue ».

    Le mieux est de livrer ici des mots, des vers, des bribes, puisque la poésie est avant tout le mot avant d’être la phrase ou la strophe, afin de donner un avant-goût à ceux qui sont à la veille d’un grand bonheur : découvrir Armand Robin, sa poésie tendre et mélancolique, parfois désespérée, amoureuse toujours, intimement liée à la nature, à l’égarement aussi, sachant chasser le mot juste afin de produire la sensation idoine, le frisson que le lecteur attend.

    Florilège :

    « Ma vie sans moi » s’ouvre sur ces vers : « O souvenirs sautant de glaçons en glaçons / tels des corbeaux criards sur les champs de l’hiver ! ». Autres extraits : « Écoute le temps dur se dépouiller de nous / Et nos oublis mourir dans les plis de la nuit ». « J’écoute, fier veilleur, sous mon soleil vieillir / L’avril mouillé de pleurs de ton premier baiser ». « Je marcherai sur moi, meurtrissant la rosée de mes songes... ». « Printanière, toujours la même, / Je t’aimerai, puisque je t’aime ». « Élan plié, brisé, qu’un sort fait d’onde entraine, / Tout ce hasard d’eau frêle étonnant de silence / C’est l’abîme en mes bras passant de peine en peine (...) L’éternité, toute semblable à quelque enfance (...) Roule tout contre moi ses hanches d’algue immense ».

    Extraits de « Le monde d’une voix » : « L’avant-aube où je vis est affairée ». « Je serai dans le monde à partir de minuit / Avec les ronces et le travail de la rosée ». « Depuis longtemps je cherchais une aube / Où poser mes plumes d’oiseau » (poème intitulé « Ma femme »). « Et sobrement dans mes deux mains / Je buvais dans le grand bol de l’aube ».

    Extraits de « Fragments » (dans lesquels nous retrouvons finalement la plupart des poèmes figurant dans « Le monde d’une voix », augmentés de nombreux inédits. Aussi, les extraits qui suivent relèvent de ces derniers, mais ne touchent pas aux nombreuses notes évoquant divers écrivains et une sorte de journal intime) : « Un peu de bruit subsiste après nous : / Bruits de roseaux penchants, d’herbes hésitantes ». « Sous l’oiseau qui chante se tait la branche, / La rosée ne demande pas à briller / Je suis soumis aux nuits étoilées, / Ma parole me vient des joncs remués ». « Je serai pour toute ère un étrange étranger / J’aurais passé mes jours à supprimer ma vie ». « Là, fatigué, je ne sentais que de la rosée, / Là, fatigué de moi, je me sentais reposé ». « Je suis sobre d’aube / Mais un hêtre suffit / Pour que je sois ivre ». « Tellement d’amour sur tant de clairières ; / Tous mes rendez-vous, c’est toujours de tige en tige ».

    Armand Robin écrit par ailleurs : « J’aime à rêver d’une poésie qui serait une grande chose simple ; il ne peut sans doute être bon que la beauté ait honte d’être humaine ». Nous rêvons tout à trac d’un Quarto/Gallimard rassemblant son œuvre éparse. La collection a sans doute d’autres auteurs à fouetter. Rêvons quand même de pouvoir continuer de vivre sa poésie... avec lui. L.M.

    IMG_9551.jpeg

    IMG_9552.jpeg

    IMG_9553.jpeg

    IMG_9554.jpeg

    IMG_9555.jpeg