Chez le libraire, trois
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Feuilleter les nouveaux-nés de la littérature dans leur pouponnière est un plaisir insatiable. Où tout est prévu. Sexe, poids, nom sont connus longtemps à l’avance. Livres Hebdo ne cache rien, m’avertit du mauvais comme du bon, du su comme du vérifiable, sans oublier ce qu’il faudra découvrir sur place, à la faveur du hasard. Il n’y a donc pas de « livre à venir » comme il existe une femme à venir dans la vie d’un homme qui les aime. Ou comme il existe un taureau à venir dans la tête de chaque aficionado torista –le toro qui tutoiera la perfection en la frôlant.
(à suivre)
Retrouver avec une avidité animale l'odeur de l'autre : aisselles, sexe, cou, souffle. Garder un vêtement -qui enferme son odeur-, en cas d'absence. Nous le faisons depuis notre premier amour. C'est chien. Mon chien avait aussi besoin d'un de mes vêtements lorsque je partais en voyage. Il m'aimait.
L'imagination tient une si grande place dans l'amour que quelquefois nous sommes pressés de voir partir l'aimée : elle nous gêne pour penser à elle...
Sa voix au téléphone. La voix, c'est ce que nous avons de moins charnel. C'est presque l'âme.
Le "ping" (un pet de couteau sur du cristal) qui m'annonce un nouveau mail. Et toujours l'espoir de lire son nom sur l'écran.
Cela s'appelle le fading, l'étrange et irrésistible chute, lourde, lente, au sein de la mélancolie amoureuse, cette vénéneuse...
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Dès que j’y suis, je soupire d’aise, gonfle le torse et me frotte mentalement les mains. Je me sens soudain d’humeur militaire : j’inspecte mes troupes. Je m’affaire immédiatement, replace, reconnais, inspecte, range, découvre, interroge, mets enfin au rapport un élu. Je les connais, je les aime, je leur rends souvent visite. À certaines périodes, c’est quotidien. Maladif. La librairie est ma pharmacie. Mon souffre-douleur, mon passe-temps, mon chasse-spleen, mon remède à l’ennui, à la ville, à l’errance urbaine, mon élixir de longue-vue sur moi-même et sur l’écriture, les pannes de sens, la page blanche, le silence oppressant de la table de plaisir (écrire n’est pas travailler)...
(à suivre)
"Il faut s'endurcir mais jamais se départir de sa tendresse"
Ernesto Che Guevara
Photo : le Che vu par Andy Warhol
Pendant des années, la seule vue d’une trace blanche d’avion dans le ciel bleu de l’aube en montagne, au marais, suffisait à lui déchirer le cœur. Loin des hommes, près de la vie sauvage, il apprenait les saisons et le végétal. Chaque jour augmentait sa connaissance du monde animal. La psychologie des femmes lui était étrangère. Il savait ramper, grimper. Pas encore embrasser ni caresser. Il savait le mimétisme et l’approche. Mais il ignorait tout du tact et des préséances…

Ce doit être le printemps. Je sens monter en moi une faim taurine. C'est aussi la saison des fiestas qui s'annonce...

J’ai toujours eu un faible pour ces chiots fous qui rêvent de se faire un nom tandis que leurs copains d’école –celle qu’ils ont abandonnée pour l’autre, qui enseigne le toreo- les hèlent encore de leur prénom, et à côté desquels James Dean est un risque-tout pour papier glacé, comme Malraux fut paraît-il un Nicolas Hulot de l’aventure.
Je n’aime rien comme ces corridas du matin « qui sentent le café », comme le dit le chroniqueur Jacques Durand et j’en arrive à les préférer aux corridas de l’après-midi, « qui sentent le cigare » . C’est le matin que les choses importantes de la vie se passent, si l’on excepte les siestes insolentes et le « baisser » de lumières, l’été, qui annonce l’apéro et les tertulias infinies.
J’aime voir ces adolescents minces comme des stock-fishs, habillés de lumières et habités de peurs primitives. Ils récitent parfois les passes apprises la veille, comme leurs mères un chapelet de prières : les yeux fermés. Ils peuvent être gauches. Si c’est en tirant une naturelle, nous les applaudissons.
Les regards aigus des aficionados les jaugent, les soupèsent comme ils sélectionneraient des vachettes pour les tientas ; cela n’a donc rien de déshonorant. La voix des novilleros est frêle, pas finie. C’est que ces machos prématurés sentent encore le lait et c’est pour ça que la mère rôde. Comme l’animal.
Le novillero est un aventurier des temps modernes, qui engage sa vie plus pour son propre salut que pour la victoire, comme l’aventurier dont Roger Stéphane brossa le Portrait. Le jeune torero est un irréductible solitaire qui ne pense qu’à Dieu et à la vache qui a mis au monde ce novillo noir et dur contre lequel il se bat à présent, en suant, et en tâchant de ne pas perdre ses outils et ses moyens. C’est un être anachronique de pied en cape et jusqu’au bout de ses doigts qui ont encore caressé si peu de femmes, faute de temps et à cause de tout le tremblement. Ce sera pour plus tard, après les toros.
¡Si Dios quiere ! Dieu et ta mère…
Tout se joue le matin, aux alentours de onze heures et dans le rond, même les passes de cape plus que parfaites : celles que la cuadrilla d’occasion effectue juste après le paseo, avec des toros imaginaires pourtant tenus derrière la porte, et qui jailliront un par un, là, maintenant (ça sonne).
Le drame qui se joue sur le sable est peut-être plus sérieux que celui qui sera donné a las cinco de la tarde, car il possède l’ingénuité des premiers textes et la perfection de l’inachevé qui joue son propre rôle. La mère ne va en général pas voir ça. Elle s’y refuse, mais se résout à accepter la folie des hommes, même si elle a cessé de vivre depuis que la chair de sa chair, le fils de son homme, a décidé d’aller à l’inconnu comme d’autres vont au bureau, chaque jour qu’il peut. En face de bestias sur la tête desquelles il ne pourrait même pas manger la soupe qu’elle lui fait.
Pour tous ces fils, le combat est un pain quotidien, et c’est un mysticisme naissant qui leur tient lieu de guide et de compagnon d’infortune ou de fortune ; c’est selon.
J’aime encore ces rapports ambigus de la planète des toros, qui font d’Œdipe un torero de légende, un comédien pour tragédies exclusives.
Le novillero est le spectacle des matins d’été, quand les martinets sifflent leur poursuite effrénée dans les ruelles et que les filles boivent, seules, une orange pressée aux terrasses ombragées des cafés.


Le flamenco se découvre vers l’âge de trois ans, en disant, regard froncé, à ses géniteurs : "je serai torero, plus tard" ("ou chirurgien pour sauver des vies humaines"). Le gamin n'a alors de cesse de toréer les voitures du bout du chandail, du bout d’une voix frêle et du bout des rêves. Il n’a jamais cessé de le faire, depuis. C’est plus fort que lui, il faut qu'il fasse des passes aux voitures avec un journal, n’importe quoi. Il "flamenquise" sa vie avec une suite de "desplante" qui frisent le ridicule.
Aujourd’hui, pour être cohérent avec ses désirs, il apprend à danser le flamenco. Avec une grande professionnelle : Eva Luna. C’est son professeur de flamme. Son bonheur du lundi matin : il approche alors la danse absolue, l’art total, l’épreuve de vérité.
Avec elle, il apprendra aussi la « honra », le sens de la dignité et de l’honneur –intérieur- de soi.
Et il tentera d’atteindre le fameux « nada », soit le détachement, la mélancolie heureuse ; la volupté de toucher le sentiment profond du renoncement. A tout…
Le dépouillement extrême, le cri tu. La solitude sonore, le silence sonore aussi. Le hiératisme du mot seul, à côté duquel un haïku fait figure d'élégie grasse.
Y parvenir.
3h45 du matin. Le thé vert à la menthe est brûlant. Je reprends « Vie secrète », de Pascal Quignard dans la bibliothèque, comme on casse une barre de chocolat aux noisettes –en appuyant fermement sur la tablette, puis en ôtant le papier aluminium déchiré.
y a sa désertion. Il y a l’ivresse, l’apnée et le vertige. Il y a l’incomplétude et la vulnérabilité. Il y a la fascination et il y a la patience. Il y a le plaisir –pulvérisateur du désir, et il y a la fulgurance : le coup de feu ; de foudre. Il y a l’anagramme troublante : sidérée, désirée. Il y a le fond de ton ventre et la périphérie, où rôdent les fauves. Il y a l’espace et il y a la tanière. Il y a la connivencia et il y a l’ineffable. Il y a les nuages et il y a deux amoureux –forcément coupés du monde. Il y a le silence sonore et il y a la solitude sonore, aussi. Il y a une haie tout au bout du pré, et des grives dedans qui jailliront à ton approche. Mais il en restera toujours une ou deux pour fuir du buis et du roncier, dans un fracas de plumes et de peur, lorsque tu seras à les toucher. Ce sont tes frères d’émotion. Tes compagnons de l’aube. Toujours recommencée. Veille sur eux.
« Il n’est de vraie révolution que longue,
douce,
amoureuse ».
Le sommaire est ambitieux, les signatures prestigieuses (ph claudel, j semprun, n grimaldi, f marmande), mais la "promesse au lecteur" (la couv) affligeante.
et je ne parlerai que d'elle.
le visuel d'abord : un mec, genre top model dans la haute finance, en costume smalto, impeccablement bien sûr lui, un tiroir façon magritte en plein dans la gueule, les mains posées bien à plat (j'assure!), sur la pierre (philosophale).
conceptuel, coco... il soutient le titre du dossier : "un autre monde est-il possible?" (là, je dis bravo! un tel titre, c'est sûr, personne ne la fait ce mois-ci, même pas "jésuite hebdo", qui n'existe pas).
le cadeau, ensuite : à l'instar de fiches horoscope ou des recettes minceur, on a un morceau de l'ethique de spinoza, avec un dessin le montrant, en colette glamour,regard ingénu un chouia lolita, revue par un infographiste de la presse féminine djeune...
Puis, la titraille : "rencontre : nicole garcia et michel onfray, dialogue inattendu" -c'est , oui, le titre!...
(moi, là, je lis : même les femmes peuvent piger quelque chose à la philo, en tout cas celle d'un mec brillant/branché comme onfray, et en plus elle est actrice! c'est-à-dire limite miss france... allez-y, gueulez les filles!).
et puis, au fond, pourquoi pas, "rencontre : loana-michel serres, à botox rompu". ou bien "bhl-darty, le contrat de confiance est-il un mythe américain?" au moins, ça poserait question, con!..
puis, pêle-mêle : "débat, sylviane agacinski-marcela iacub, la fin de la domination masculine" (ça sent le scoop, moi je vous dit que ça sent le scoop).
puis : "entretien : la leçon de sagesse de marcel conche" (sans véronique et davina, non! on y a échappé quand même. et c'est même pô du bodybuilding).
enfin, "cinéma" (ah bon, ça philosophe au 7ème?) ":être sans destin", vu par jorge semprun. dak...
(rideau)
La nuit dernière, j'ai écouté en boucle Tryo, Miossec, Bénabar, Tracy Chapman...
J'ai tiré sur un grand havane en écoutant les goélands qui jacassaient sous un ongle de lune (je me serais cru à Douarnenez).
Je n'avais pas d'armagnac.
Alors je suis allé chercher ce papier dans la cave du mac, et je l'ai rouvert.
décorez-moi : j'ai vu basic instinct, deux (comme d'autres lisent deception point, ou d'autres encore vont à lourdes -pfff! les deux, à côté du grand cloué, ils sont même pas sur la photo!). sharon est toujours la plus belle blonde du monde, celle qui, par surcroît, préfère relire tout garcia marquez que se rebronzer le coeur ("car à la fin il faut que le coeur se brise ou se bronze", n'est-ce pas?), celle qui a oublié d'être tarte (et rien dans ma cuisine, hélas... mais "la chair est triste et j'ai lu tous les livres"). elle a du botox plein les nibards, une garde-robe de tarée, une coupe de cheveux qui va faire jurisprudence, un regard dévastateur ayayaye, elle fume comme un gainsbarre, conduit comme un fangio, séduit comme un don juan, mectonne les hommes, et elle possède une nonchalance attractive (genre : bon, c'est fini, ce tournage, je n'ai vraiment pas que ça à faire, moi), des plus délicieuses, au fond = elle se fout carrément du film, sharon, j'en suis convaincu. et ça, c'est vraiment fort! non, pas de décoration, finalement...