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  • Ischia


    "Finalement ils s'aimèrent. Ils ne s'aimèrent pas sexuellement. Mais ils s'aimèrent vraiment. Ils s'aimèrent comme deux enfants de six ans se seraient aimés.

    Aimer aux yeux des enfants c'est veiller. Veiller le sommeil, apaiser les craintes, consoler les pleurs, soigner les maladies, caresser la peau, la laver, l'essuyer, l'habiller.

    Aimer comme on aime les enfants c'est sauver de la mort.

    Ne pas mourir c'est nourrir.

    Sur ce dernier point il l'aima plus encore qu'elle ne l'aima jamais."

    Pascal Quignard, Villa Amalia (Gallimard)

    Photo (prise à travers la vitre du bus) d'un balcon, sur les hauteurs d'Ischia, qui surplombe San Angelo. 

     

  • Attendre

    « J’aimerais que ma vie ne laissât pas après elle d’autre murmure que celui d’une chanson de guetteur,
    d’une chanson pour tromper l’attente.
    Indépendamment de ce qui arrive, n’arrive pas, c’est l’attente qui est magnifique ».

    André Breton, L’Amour fou.

  • Le chien

    J'aime cette photo, prise sur le bateau qui assure la liaison entre Naples et Procida : le chien, imprimé sur le tee-shirt de la jeune fille debout, semble regarder l'objectif. Et tous les humains ont le regard ailleurs.

  • Villa l'autre

    Picoré dans" Villa Amalia", le dernier Quignard (Gallimard), qui se passe à Ischia, où Anne Hidden fuit et se reconstruit...
    Allez, un petit peu de réclame :

    CHAUVES! LISEZ "VILLA AMALIA", VOS CHEVEUX REPOUSSERONT!

    (Photo : Ischia en janvier).

    "Ceux qui ne sont pas dignes de nous ne nous sont pas fidèles. (...) Leur engagement à nos côtés n'entraînait pas leur peur ou leur fainéantise, leur incurie, leur désoeuvrement, leur régression, leur bêtise. Nous observons assis dans nos fauteuils, étendus dans nos baignoires, couchés dans nos lits, des êtres engourdis pour lesquels nous n'avons plus d'existence. Ce n'est pas eux que nous trahissons en les abandonnant".
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    "Le docteur Leonhardt Radnitzky hélas était aussi généreux dans ses inquiétudes somatiques, dans l'obsession de ses difficultés familiales, à l'égard de ses problèmes professionnels, qu'il était prodigue de ses joies, de ses envies subites, de ses gourmandises impromptues, de ses randonnées improvistes, de ses plongées soudaines" (à Procida).
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    "Confier à l'autre son sommeil est peut-être la seule impudeur.
    Laisser se regarder en train de dormir, d'avoir faim, de se tendre, de s'évaser, est une étrange offrande".
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  • Le livre à peine paru

    Je me précipite dans un bar wifi pour l’écrire. Dans une urgence déplacée ; voire inutile.
    (Preuve que ce blog devient un journal, au sens premier du terme).
    « Le jour à peine écrit » à peine arrivé sur les tables des librairies, Gallimard
    Claude Esteban (évoqué dans une note précédente : « Fulgur »), meurt. Subitement. 70 ans, il y a trois jours. C’est dans « Le Monde » de cet après-midi (daté 14).
    Il a évoqué ses amis peintres dans « Veilleurs aux confins ».
    Je pense au dernier livre de Kenneth White, qui emprunte à je ne sais plus qui la belle expression, voisine, de « Rôdeur des confins ». Esteban était les deux à la fois. Un poète de la frontière animale et de la sensualité féline. Lire Esteban comme on reprend Char, Jaccottet ou Dupin. Avec ferveur et appétit.

    (encre d'evelyne berdugo)

  • Dans "metro" d'aujourd'hui

    L’HOMME DESCEND DU METRO


    Et parfois du songe. Pas toujours rêveur, le songe. Plutôt simiesque justement : lorsque la pub et le marketing se mettent à singer la réalité masculine en la caricaturant, cela donne des créations qui ressemblent davantage à des vues de l’esprit qu’à des reflets du réel.
    Exemples : de l’homme, « Y » donc, on a décidé qu’en ville, il était devenu « métrosexuel », il y a environ trois ans : soit un hétéro affirmé, mais assumant clairement sa part de féminité, à la faveur de l’acceptation générale du phénomène gay. Rien à voir avec les obsédés de ce beau journal qui m’accueille ! Son icône était David Beckham, pour faire court. Il pouvait donc se maquiller, faire du shopping, et rester un vrai mec.
    Puis, l’ « ubersexuel » a surgi. Icône : George Clooney. Très mâle. Cela a rassuré les hemingwayens. La virilité de chacun s’en trouva réconfortée.
    Entre temps, j’ai personnellement créé le néologisme de « métrosensuel» (pour titrer l’essai éponyme d’une auteure), histoire de rappeler que l’homme pense d’abord avec sa tête.
    Un nouveau concept, préfabriqué –à l ‘intention de l’industrie, ne nous leurrons pas (des produits de beauté et du prêt-à-porter notamment), détrônera vite Clooney.
    Notre époque en perte de foi, néanmoins explosée par des guerres de religions planétaires, a besoin de démiurges, d’icônes générationnelles palpables.
    Savez-vous par exemple que, lorsque le mythe vivant Beckham dort avec sa femme dans un hôtel au Japon, l’hôtel vend ensuite aux enchères et par petits bouts, les draps –non lavés, bien sûr !..
    Et l’homme dans tout çà ? Muséifié, en plein déclin, comme le souligne un essai sur le sujet. La presse qui lui est dédié, après une embellie, commence à battre de l’aile. L’homme traverse une crise d’identité certaine. Objet, convoité, vampirisé, dévirilisé, il devient « une femme comme les autres ».
    Mais il demeure, qu’il soit homosexuel, hot célibataire, jeune père, papy, quadra en rupture de ban, un mec qui n’aime pas être étiquetté. Alors contre tout cela, une seule valeur-refuge. Aragon. Louis Aragon. Lequel disait : « La femme est l’avenir de l’homme ». Yeah ! L.M.

    Retrouvez ce "point de vue" dans la page "Paroles" de Metro de ce 13 avril.

  • Rob l'a vu

    Café stretto dans un bar de L., tandis que C. prend son long bain rituel et sacré. Je repense à l’Ivoirienne qui a jeté par la fenêtre de son appartement en feu de la rue du Roi Doré, au 4ème étage, son enfant de six ans. Pour le sauver des flammes. Il est mort dans l’ambulance qui le conduisait à l'hôpital Necker. Je pense au geste désespéré, à l’enfant jeté, à sa conscience avant de mourir -des mains de sa mère et du vent de la chute. Je pense au feu, à la nuit. Je pense au geste maternel. À cette brève existence dans un squatt honteux. En plein Marais (à Paris). La mère est morte aussi. C’est mieux ainsi. Je me risque à le penser.

  • Chez le libraire, six

    6
    Le hasard existe-t-il ? Je pose le stylo, prends l’air glacé, reviens avec une brouette de bûches, saisis un livre que je ne connais pas.
    Et je tombe sur cette parole de Salomon, placée en exergue du second chapitre du « Salon du Wurtemberg », de Pascal Quignard : « Il y a quatre choses que je ne sais pas : le chemin de l’aigle dans le ciel , le sentier du serpent sur le rocher, le chemin du navire en haute mer, le sentier du nom d’un homme dans le cœur d’une femme ».
    Je m’assois. Comme je me trouve dans une maison que mes amis J.P. et G. m’ont prêtée, sur l’île de Ré, je sors, enfourche un vélo et file à la librairie du port (l’homme est un vrai amoureux des livres, un délice, et il m’est toujours agréable de discuter avec lui), l’espoir chevillé aux pédales et aux poignets, qu’il aura ce livre en Folio dans ses flancs. C’est plus fort que moi : il me faut l’acquérir immédiatement, thésauriser (ah! le thésor des pirates!), l'ajouter au trésor que constitue ma bibliothèque (c’est elle qui m’a toujours empêché d’acheter une maison –mais j’habite en elle, et je finirai peut-être enseveli sous eux).
    Je dispose pourtant du livre –en collection blanche de surcroît-, et j’ai le temps de le lire ici : une semaine va se dérouler lentement comme un tapis volant, devant moi!
    Mais non : il me faut interrompre immédiatement cette lecture naissante, et lire mon exemplaire.
    Pouvoir l’annoter au crayon. Le tatouer de mes émotions...
    Avec les livres, je suis possessif comme on peut l’être avec ceux que l’on aime.
    Et c’est aussi pourquoi, chez le libraire, j’acquiers.

    (fin)

  • A palo seco

    Le cante jondo (hondo), le chant profond, exprime le génie dramatique, l’essence même du flamenco. Il peut jaillir n’importe où, souligne Michel del Castillo, qui écrit notamment : « Le flamenco est un style, une manière de se tenir debout, les reins cambrés, le menton relevé (…). C’est une posture de défi ironique, une attitude d’indifférence et de mépris. On feint d’ignorer le danger, on s’amuse avec lui »…
    Lorsqu’on a l’esprit du flamenco dans la tête, même parler, réfléchir, marcher dans la rue, boire ou manger, et à plus forte raison écouter de la musique, monter à cheval et séduire ou tenter de le faire, procède de ce mimétisme avec une certaine philosophie de la vie. Etre flamenco. Comme on naît torero. Que devient-on alors? (rien, sinon "celui que l'on est", chuchote Nietzsche). « L’être flamenco », éprouve des sensations rares, comme la correspondance (au sens baudelairien du terme) entre deux êtres. La grâce. C’est un être fondamentalement libre.  C’est un bandit.

    ¡Vaya!



    Photo © nicolson


  • Duende

    Au cours d’une conférence que Federico Garcia Lorca donna sur le sujet : « Jeu et théorie du duende », il cita un ami qui lui dit ceci en écoutant la musique de Manuel de Falla : « Tout ce qui a des sons noirs a du duende ».
    C’est un beau résumé.
    Lorca ajoute : « Ces sons noirs sont le mystère, les racines (…) le duende aime le bord de la blessure et s’approche des lieux où les formes se fondent dans un désir qui brûle…».
    Le duende a quelque chose à voir avec l’orgasme.

  • Chez le libraire, cinq

    5

    Chez le libraire, je suis berger. Je compte les moutons qui appartiennent à mes patrons. Je visite. Passe. Fait passer.
    Et puis je m’en vais. Jamais sans avoir pris au moins une brebis ou un agneau. Question de principe. Absurde, donc. Et de respect du métier de libraire, de la chose écrite, de solidarité avec mes sœurs et frères d’armes. Je ne puis me résoudre à sortir d’une librairie sans avoir au moins acheté un poche. C’est plus fort que moi. Je me sentirais coupable, sans cela. Voleur de mots à la sauvette. J’ai prélevé des choses, pris du plaisir : cela se paye. Alors j’achète. Souvent pour offrir : je rachète. Afin de partager mes émotions textuelles, anciennes ou récentes.
    Chez le libraire, je n’existe pas. Je vis. A fond. Un ami pourrait arriver et feuilleter à côté de moi, je ne le verrais pas. Mon regard, mon être, sont concentrés sur les livres. J’ai alors l’esprit en entonnoir vers eux. Je ne vois absolument rien d’autre. Un vrai photographe au moment délicat de la mise au point.
    C’est parmi les livres et dans la nature, lorsque bat la migration d’octobre, que je me sens le mieux habiter cette terre. J’écris cette phrase en pensant à Albert Camus, qui a écrit que les deux seuls endroits où il se sentait réellement bien, étaient un stade de foot et les planches d’un théâtre. Deux scènes où l’existence se joue. Ma vie se situe résolument entre livres et oiseaux.
    (Les femmes? -une pomme de discorde). Et la librairie, ma trousse d’urgence.

  • Silice


    "Nul pouvoir,

    un peu de savoir,

    un peu de sagesse

    et le plus de saveur possible".

     

    Roland Barthes

  • Zou!

    « J’AIME QUI M’ÉBLOUIT

    PUIS ACCENTUE L’OBSCUR

    À L’INTÉRIEUR DE MOI »

    René Char

  • Chez le libraire, quatre

    4

    Dans ma querencia (Bayonne), c’est différent : je fais la tournée des libraires (la plupart sont des potes), les samedi matin que je peux , et comme c’est jour de marché, après les poules, les fromages et les foies gras sur les quais de la Nive, j’achète la presse et je fais ma tournée. J’ai le sentiment étrange que les livres y ont l’accent. C’est un peu comme le pigeon ramier : c’est un grand migrateur qui ne fait que passer au-dessus du Sud-Ouest, or ici, nous l’avons baptisé palombe et nous la tutoyons parce que nous nous sommes un peu approprié l’oiseau : il est sédentarisé dans notre affection. Pareil pour les bouquins (un terme qui désigne les lièvres mâles en période nuptiale : le lièvre bouquine au printemps. Le bouquinage désigne cette période de reproduction. J’aime assez l’idée sémantique qui confond faire l’amour et lire. Et lièvre n’a qu’un « e » à l'accent grave, de plus que livre).
    À l’étranger, je commence par m’enquérir des auteurs français nouvellement traduits. C’est du sport. C’est comme de lire les résultats des matches du week-end dans « L’Equipe » du lundi. La littérature n’échappe pas aux changements de Poules. Ni aux transferts. C’est assez peu intéressant. J'ai perdu la manie d'acheter les éditions étrangères des livres de Gracq. Moins groupie, moins systématique. Je ramollis...

    (à suivre)

  • L'animal-totem

    Un jour, un lion, un regard, une éternité, une minute, un échange plus fort que la parole, un jour un lion, dans la brousse, entre les pailles, un lion dont j'ai croisé le regard, m'a dit.

    Il m'a dit ma vacuité, ma fatuité, mon insignifiance d'homme.

    J'ai été forcé de le croire, il disait vrai. Puis il s'est retourné et m'a planté là. Comme un con. Comme un homme. Le regard de ce lion me dure. Je suis hanté par lui.

    Je sais que ce lion est devenu mon animal-totem : je peux compter sur sa force en moi, en cas de danger. Je sais aussi que je dois me méfier de lui. Il reste un fauve imprévisible.

    As-tu cherché ton animal-totem? Le chamanisme apprend cela. C'est l'animal qui te choisit. Pas l'inverse. Le trouver est une démarche.

    L'animal-totem est un allié. Selon les chamans du Mexique ancien, rapporte Carlos Castaneda, il t'aide dans la voie du guerrier : "Un guerrier est un chasseur impeccable qui chasse le pouvoir; il est sobre et calme, et n'a ni le temps ni le désir de bluffer, de se mentir à lui-même ou de commettre une erreur. L'enjeu est trop important. L'enjeu c'est sa vie, qu'il a mis si longtemps à renforcer et à parfaire. Il n'a pas l'intention de gâcher tout ce soin et cette discipline à cause d'un mauvais calcul stupide, ou par manque de discernement".(Voyage à Ixtlan).

    "Le guerrier cherche l'impeccabilité à ses propres yeux et appelle cela humilité".(Histoires de pouvoir).

    "Le chamanisme est un voyage de retour. Le guerrier remonte victorieux vers l'esprit, après être descendu en enfer. Et de l'enfer il rapporte des trophées. La compréhension est l'un de ses trophées