Le bec dans l'eau
Papier paru dans Le Nouvel Observateur/CinéTéléObs du 7 avril dernier.
Eau de Champagne
La Champagne humide offre un patchwork de lacs qui constituent autant de sanctuaires pour les oiseaux migrateurs. Le bonheur ornithologique en famille.
Il n’y a pas que du vin en Champagne. Il y a aussi de l’eau. Il n’est qu’à citer le fameux lac du Der-Chantecoq, près de Saint-Dizier, l’un des plus grands lacs artificiels d’Europe avec près de 5000 ha en eau qui constitue un formidable réservoir de stockage des eaux de la Marne. Mais les lacs stars de Champagne, situés grosso modo entre Troyes et Saint-Dizier, occultent quelquefois des lacs et des étangs périphériques situées dans l’Aube, moins connus mais tout aussi riches en particulier d’une avifaune migratrice. Ainsi des lacs de la Forêt d’Orient et ceux du Temple-Auzon et d’Amance appartiennent-ils à ce patrimoine naturel exceptionnel. Cette « Champagne humide » a permis de constituer d’importants réservoirs de stockage de la Seine et de ses affluents, l’Aube et la Marne, afin de permettre aux Parisiens ne jamais manquer d’eau. Et lorsqu’ils manquent d’air, le Lac du Der et le Parc Naturel Régional de la Forêt d’Orient, avec sa maison du parc située à Pinay, les attendent. La chance de ces sites est de se trouver sur l’un des plus importants couloirs migratoires de France et de permettre à de nombreuses espèces d’oiseaux d’eau, à commencer par les grues cendrées (la star des lacs de Champagne est surtout présente d’octobre à fin mars. Une « Ferme » lui est même dédiée, près du Lac du Der, à St-Rémy en Bouzemont), et à quantités d’anatidés et de limicoles, de stationner en toute tranquillité dans un sanctuaire d’une beauté saisissante à l’aube, en particulier au printemps. Les concerts de grenouilles sont relayés par les cris des poules d’eau et des canards dissimulés dans les herbes, et par les sauts des carpes, sandres et brochets. Le spectacle le plus saisissant est offert par les centaines, voire des milliers de grues cendrées en migration de retour. Avec la zone d’Arjuzanx, dans les Landes, celle du Der et de la Forêt d’Orient sont les plus grands sites d’accueil de ce grand échassier dont le passage fracassant est bruyant (la grue craque, comme la mésange zinzinule). À l’aube et au crépuscule, assister à leur déplacement vers les zones de gagnage dans le bocage est féerique. Parmi les endroits propices à leur observation, dans l’Aube, outre les grands lacs d’Orient, du Temple et Amance, il y a des étangs tout autour qui réservent bien des surprises, lorsqu’on part en famille, avec bottes, vêtements camouflés et jumelles. Les étangs du Beaudet, de Beaumont, Saint-Nicolas, ou plus loin, ceux des Apargnes, des 15 Deniers, de Beaurepaire, du Prompt, Neuf, de la Verpile, du Parc aux Pourceaux et de Fort en Paille autour de cette belle Forêt d’Orient, riche encore d’autres promenades, à la recherche de cerfs, chevreuils et sangliers. Mais il n’y a pas que les grues et leur silhouette d’estampe japonaise. Autour des lacs du Der et de la Forêt d’Orient, au bord de leurs nombreuses anses, on aperçoit d’autres raretés comme la cigogne noire, le cygne de Bewick, le pygargue à queue blanche, le garrot à œil d’or, l’oie des moissons, le harle piette. Un observatoire spacieux et sur pilotis, à Chantecoq (lac du Der), près du « Gros Chêne » qui symbolise le lieu (Der vient d’un terme celtique signifiant chêne), permet d’observer confortablement. Mais rien en vaut une approche discrète et respectueuse, parmi les roselières des étangs proches du Der : ceux du Voisin, du Moyen, des Cloyes, des Banchets, de Bonnevais, et plus loin, d’Outines, d’Arrigny, des Landres, du Grand Coulon ou de la Forêt, ou bien depuis une digue aménagée à cet effet, afin d’éviter tout dérangement intempestif. La Maison de l’Oiseau et du Poisson et d’autres observatoires permettent avec de la chance, d’observer des hérons rares comme le butor étoilé et le blongios nain.
L.M.
Les Palombières, de Rigal (château St Didier-Parnac) est un Côtes de Gascogne, 100% cabernet franc d’une franchise et d’une légèreté confondantes. Belle vinosité. Un rosé marqué par une grande fraîcheur aromatique. Nez délicat de petits fruits rouges. Jolie souplesse en bouche (2,90€ !).
Chez
Vallée de l’Aude. Rosé de pressurage direct subissant une fermentation très courte à 15° (pour les curieux). Belle robe pâle, nez de framboise et de cerise, bouche légèrement grasse. Fraîcheur intense.
Pour l’apéro avec du jambon espagnol.
Le Jurançon de Cauhapé Noblesse du temps 2009 est une merveille de douceur et de vivacité, signée Henri Ramonteu. Le petit manseng s’exprime ici avec droiture et élégance, la palette aromatique va des fruits confits au miel et aux agrumes, c’est vigoureux et très long en bouche. La quintessence du jurançon comme nous l’aimons. Ni trop gras, ni trop liquoreux, juste vif et nerveux; équilibré en somme (28,50€).
de nos Alsace préférés. Il est ici présenté dans le millésime 2007. Puissance, épices, sècheresse, radicalité et finesse, harmonie, compoté, fleurs blanches, fruits croquants (poire) sont les mots qui viennent pêle-mêle à l’esprit en goûtant ce gewurztraminer d'une grande noblesse, assurément (15,70€).
Etonnants Cahors de la Maison Cantury ! Ils ne sont pas vraiment à la mode light, ces vins noirs d’une robe d’encre, profonde et d’une texture consistante, épaisse, capiteuse, voire lourde pour la cuvée Parenthèse. Les cuvées Paradoxe et Révélation sont à peine moins denses. Toutes expriment la richesse extraordinaire du malbec, sa plus pure expression, dans un souci de classicisme évident. Les trois terroirs –complémentaires- sont parmi les meilleurs de l’AOC. Les rendements sont faibles (le nombre de bouteilles est très limité) et la vinification millimétrée. Les tanins sont d’une rare finesse, le nez de ces trois vins est d’une grande expression : fruits noirs, moka, poivre, tabac, réglisse. L’identité minérale (délaissée) du malbec se révèle comme jamais sur Révélation. Quant à Parenthèse, cuvée ni collée ni filtrée, elle exprime avec vibration la puissance d’un vin vivant, mais jamais brutal. Une expérience (env.16€).
Le Mas Amiel Vintage Blanc 2009 est d’une délicatesse confondante. Ce vin doux naturel remet le grenache gris au goût du jour. Sa robe blonde, son nez d’agrumes doux, sa bouche fraîche et minérale (sols schisteux), en font un vin qui a du claquant (16,50€).
Le VDN (vin doux naturel) de Rasteau Signature 2007, avec sa robe grenat, son nez de fruits rouges confits, de cacao, d’épices comme la cardamome et la muscade, exprime la grenache (100%, vieilles vignes) avec vigueur et douceur à la fois. C’est à la fois soyeux et frais (11,70€).
l’Hermitage (Drôme), exprime d'exceptionnelles syrah. Nez frais, épices douces, tabac blond, olive noire, réglissé leger, puissance et souplesse et léger cacaoté en arrière-bouche (15,40€).
Le Crémant brut rosé de la Cave des Vignerons de Pfaffeinheim, 100% pinot noir, doit être fier d’avoir été confondu avec des champagnes bruts dont nous tairons le nom, ici. C’était pour jouer, comme nous aimons le faire souvent avec des amis. Belle robe saumon, mousse fine, cordon délicat, fruits rouges frais en bouche, belle longueur, assez persistante. Une réussite (10€).
légèrement moutardée, voici un vin surprenant et d’une fraîcheur magique : le Muscat première mise 2011 de la Cave de Pfaffeinheim (Haut-Rhin). Un miracle de fraîcheur, en effet, et de fruité délicat. Parfait, donc, sur de grosses asperges blanches des Landes, comme sur des petites vertes sauvages, maigres et tordues. Une alliance imprévue et efficace (7,20€).
De Nicolas Bouvier, L’Usage du monde (PBP) est devenue la bible, le bréviaire du voyageur et du travel-writer. Voici que Payot nous donne des voyages inédits, avec un titre magnifique : Il faudra repartir, dont Cendrars aurait pu être jaloux. J’y ai retenu les pages admirables sur l’Algérie, que Bouvier traverse en 1958. Sa perception fine du petit peuple d’Oran, très Espagnol, très Juif aussi, constamment mêlé aux Arabes, laisse à penser que d’aucuns, dans ces années-là, auraient été bien inspirés d’écouter un observateur comme l’auteur du Journal d’Aran, dire qu’ici, les choses peuvent s’arranger, à cause des sangs mêlés justement. Mais il s’agit de melting-pot davantage que de métissage. En cela, Jules Roy avait raison de dire que là-bas, on était tous frères, mais rarement beaux-frères… Très belles pages également sur la Chine, la Nouvelle-Zélande, le Canada et l’Indonésie.
Dans la même veine de ces écrivains-reporters-observateurs, capables de décrire un simple fait divers, une scène de rue a priori ordinaire et d’en faire un moment de littérature, prenez Vu sur la mer, de Jean Rolin (La Table ronde / La petite vermillon), recueil de reportages donnés à Lui, Libération, Géo… L’auteur nous embarque sur le fleuve Congo et nous pensons au Cœur des ténèbres de Conrad, bien sûr, il nous propulse à Singapour parmi des pirates, nous fait voyager à bord d’un port-conteneur depuis St-Louis-du-Rhône, Camargue, ou bien d’un autre bateau semblable, le Ville de Bordeaux qui croise en Mer Rouge, il nous décrit « les voyageurs de l’amer »; et c’est chaque fois un ravissement. La prose de grand vent -salé, cette fois- de Rolin sonne juste, car elle est forte comme un rhum cul-sec.
Cela n’a rien à voir, mais le Guide de poche des oiseaux de France (Seuil / Points2) est un microscopique ouvrage d’ornithologie très précisément illustré et qui est extrêmement fiable, car fondé sur les données irréprochables contenues dans les fameux guides du naturaliste des éditions Delachaux & Niestlé. 200 espèces d’oiseaux des jardins, des forêts, des bords de mer… y sont habilement décrits. Indispensable (à glisser dans le jean d'un gamin dont vous ne voulez plus qu'il vous dise : tous les oiseaux se ressemblent)...
Relire Voltaire : le Dictionnaire philosophique (Actes Sud / Thesaurus) présenté par Béatrice Didier, l’inoxydable Candide ou l'optimisme –illustré par Quentin Blake (folio, édition anniversaire) est un bonheur auquel on ne s’attend pas. Génie, virtuosité, pensée leste et fine, phrase profonde et « enlevée », notre penseur des Lumières –à l’heure où l’on fête Rousseau- demeure un homme de polémique, de réflexion et de combat philosophique inévitable, encore aujourd’hui. Il faut lire son Dictionnaire comme un manifeste de la liberté de pensée. Il n’a pas pris une ride et si, par endroits, certains faits et commentaires semblent dater quelque peu, il faut les prendre comme on lit Saint-Simon ; en déconnectant le fil historique pour projeter le fait dans l’éternel. Jouissives lectures.
Homère ! Points nous offre l'édition en poche d'une nouvelle traduction de L’Iliade, absolument moderne. Replonger dans nos lectures (obligées) de l’enfance, avec un œil un brin vieilli, est un coup de fouet, un coup de jeune, un plongeon dans l’eau glacée de Biarritz un matin de décembre. L’immersion dans cette épopée unique de 15 500 vers en 24 chants, d’une architecture admirable, d’une immortelle poésie et d’un souffle romanesque à côté duquel même les grands auteurs Russes semblent avoir attrapé l’asthme de Proust -apparaît même nécessaire. Philippe Brunet est l’auteur de cette adaptation salutaire. Grâce lui soit rendue.
Parmi les classiques modernes, citons les rééditions « collector » du Gatsby de F.S.Fitzgerald (dans la traduction inédite de Philippe Jaworski qui figurera dans l’édition de La Pléiade) et d’Exercices de style, de Queneau, dans une nouvelle édition enrichie d’exercices plus ou moins inédits (folio), parce qu'elles nous obligent avec tact et délicatesse à reprendre des textes enfouis dans notre mémoire. Idem pour La route, de Kerouac, sauf qu’il s’agit du « rouleau » original 
(adapté au cinéma : sortie le 23 mai), donc non censuré, que nous découvrons, histoire de se refaire un trip beat generation en essayant de retrouver des passages clés de ce gros road-novel mythique (folio) enrichi d'une floppée de textes de présentation (le roman ne débute qu'à la page 154!). A lire aussi Visions de Gérard, du même Jack Kerouac (folio), car il s’agit d’un texte très émouvant, qui évoque la mort du propre frère de l’auteur à l’âge de neuf ans. Méconnu et précieux.
Enfin, une note poétique avec les Chants berbères de Kabylie (édition bilingue, Points/poésie) qui fut concoctée par Jean Amrouche, poète algérien disparu en 1962. Il évoque avec justesse une parenté de cette poésie souvent anonyme, avec le chant profond (le cante jondo) andalou : l’appartenance ontologique à un peuple, une solidarité étroite de destin, et par conséquent une poésie forte. Essentielle. 



