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le chaland quand on signe

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L’ingrate attitude à tenir (bon) de l’auteur assis devant un courant humain qui passe à hauteur respectable devant lui assis tout petit devant une tablette... Il y a une typologie du chaland, au cours d’une séance de signature, où qu’elle ait lieu – salon du livre, librairie... Le plus courant tire aussitôt la gueule en tombant sur le sujet, jette un bref regard (très) gêné sur vous comme si vous étiez un singe inconnu de Buffon et de ses disciples, et se pince le nez en apercevant vos ouvrages empilés comme si vous étiez un représentant en étrons frais fumants d’origine humaine garantie. C’est, allons, 70% du trafic. Il passe vite en général, celui-là, soudain saisi d’un sentiment trouble où s’entremêlent la surprise, une espèce de mal à l’aise mâtiné d’une indifférence feinte : moi-je-n’écris-pas-mais-ce-n’est-pas-pour-autant-que-tu-m’impressionnes, ce qui lui refile aussitôt un coup de turbo : On voit vite son dos, il s’échappe. De toute façon il est en haut, il domine, debout. Intérieurement, l’auteur rigole. Passons. Il y a celui qui se contente d’un « bonjour », c’est très sympathique, courtois, et assorti d’un regard en coin qui trahit une timidité irrémédiable – il hâte le pas, craignant peut-être d’être happé par un filet à provisions géant. Drôle de poisson... Il y a celui qui, désinhibé, feuillette, lis, prend ses quartiers, pose mille questions auxquelles on répond en espérant sourdement qu’il raflera un échantillonnage, même si on s’en fout pas mal, car au fond, cela ne rapporterait que de quoi s’offrir un café sans croissant (si jamais l’éditeur pense à le payer une fois l’an). Il tchatche, raconte sa vie, commence à ennuyer l’assis plume en main assigné à résidence, masque le passage, empêche donc, insiste avec des détails insignifiants sur ses vacances en Bretagne et sur son grand-oncle qui voudrait écrire ses mémoires terribles de guerre dans le djebel algérien. Au bout d’une interminable logorrhée, ce spécimen tourne les talons plus vite qu’un vol d’étourneaux dérangé par une détonation, lors qu’il semblait vaguement intéressé par votre troisième roman, là, sur le bord extérieur droit de la tablette. « Les larmes méprisent leur confident », René Char. Idem pour les malades ayant besoin de s’épancher devant n’importe qui. Il y a celui – souvent celle – qui vous dit d’emblée « j’aime beaucoup ce que vous faites » (façon de parler) : j’ai lu celui-ci, je l’ai d’ailleurs racheté et offert à ma maman, que me conseillez-vous, là ?.. On pense tenir un poisson rare. Or, elle ou il se gargarise d’un échange fluet et l’achève par un, au choix (j’ai tout entendu) : je repasserai, je vais faire des courses avant ; je n’ai pas de monnaie ; j’ai oublié ma carte bleue ; je reviendrai chez ce libraire pour le commander ; etc. Finalement, rester assis, là, est un luxe de sociologue urbain du dimanche qui permet d’observer une frange très marginale de la société, celle que le livre attire encore, un tant soit peu. C’est déjà bien, ce n’est pas rien, c’est trois fois rien, donc beaucoup. L.M. (à suivre, car la typologie est longue).

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Photos : Signature ce matin à la librairie L'esprit du large, rue Port de Castet à Bayonne, tenue par Cécile et Cyrielle, que je remercie chaleureusement pour leur accueil délicieux. 

Commentaires

  • Bonsoir Léon...
    Mais si je me doute que L'exercice promotionnel n'est pas nouveau pour vous, je sens quand même poindre, derrière l'humour féroce, une certaine lassitude... J'espère quand même pouvoir venir vous saluer lors d'une hypothétique séance sur Paris, j'essaierai d'éviter les tares citées plus haut, et surtout je me présenterai...
    Bien à vous !

  • Je sacrifie à ce rite depuis 1979. C'est dire... J'étais alors en culottes courtes, avec mon premier recueil de poèmes, "L'Aube froissée". Depuis, j'ai sacrifié à des dizaines et des douzaines de signatures en effet. Et, oui, la lassitude me gagne. Bien vu. Mais, pour vous, je ferai exception, et me tiendrai droit et digne !

  • Merci beaucoup, je serais ravi de pouvoir échanger avec vous. Une pensée amicale au moment de me plonger dans "Parthenope". Bonne soirée cher Léon.

  • Immense film ! Il me faut le revoir d'urgence, merci du rappel. Bonne projection. L

  • Encore un gaucher...

  • Léon, le voyage fut en effet d'une sidérante beauté. L'inéluctabilité du temps qui passe et ne reviendra plus, la sensualité à fleur de peau de l'actrice principale et, à l'instar de La Grande Bellezza pour Rome, l'utilisation démente de l’architecture de Naples, tout concourt dans Parthenope à enchanter et à émouvoir.

  • Oui. Totalement d'accord. Un chef-d'oeuvre de plus sur le beau compte de Paolo Sorrentino (La Grazia est également un grand film).

  • Oui, j'ai vu votre texte à ce sujet, il me tarde de le découvrir.

  • A l’inverse, il y a l’auteur qui n’attire pas le lecteur, pourtant bien disposé. C’était au Festival Étonnants voyageurs de Saint- Malo. Denis Tillinac signait son livre sur Chateaubriand. Relégué dans un coin du hall, il était très visiblement en colère. Venu avec mon lu et relu « Spleen en Corrèze » comme passe-partout, j’ai préféré ne pas l’approcher pour acheter son livre et le faire dédicacer.

  • En effet... Denis en colère était un fauve qu'il valait mieux ne pas approcher. Vous avez peut-être bien fait de vous abstenir, encore qu'il eut été également capable de changer radicalement d'attitude dans l'instant. Il était imprévisible, en somme.

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