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  • Comme un gamin

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    En cette saison, chaque matin ou peu s’en faut je marche le long de l’océan, de la plage de la Petite Chambre d’Amour à celle de La Barre qui donne accès au port de Bayonne aux cargos vraquiers et autres minéraliers, puis je retourne à la Petite, je me baigne, je nage si l’océan l’autorise, je rêve sur le sable, je lis des poèmes emportés dans le sac, éventuellement je griffonne quelques phrases dans un carnet, je rentre, je me douche, je me restaure, je lance un disque de musique baroque, un verre de rosé couronne le tableau, e la nave va. Ce matin, la Méditerranée s’étant invitée à l’angle gascon de l’Atlantique depuis deux ou trois jours comme si la canicule avait anesthésié les vagues, je savourais le silence, l’eau était translucide comme en Grèce, des bancs de muges allaient et venaient, je plongeais avec délice, puis je m’allongeais sur le rivage, remué par un flot tendre. La plage était déserte, à l’exception, au loin, d’une femme seins nus – cela devient si rare - jouant avec ses deux chiens, et d’un couple lisant en parallèle sous un parasol. Devant, un bateau blanc que je rêverais de posséder (passe ton permis d’abord, bourrique !) faisait des allers-retours. Pêchait-il à la traine, ou promenait-il une poignée de curieux ? Me prit alors l’envie de caresser du bord de la main le fin gravier visité par le flot à chaque molle vague, histoire de tenter de trouver un œil de Sainte-Lucie, ce coquillage réputé porter bonheur, et que ma mère cherchait – et elle en trouvait tant – sur cette même Petite Chambre d’Amour, il y a longtemps. J’étais gamin et je ne pensais qu’à surfer ou bien à faire du « body » dans les vagues. Le sable, le gravier m’indifféraient, mais ce matin du 23 juin, il m’appela. Ma fille en trouve régulièrement, elle a ce don, sans doute hérité de Ma, sa grand-mère. Mon fils en a constamment un avec lui. Alors je me risquais. Je balayais le gravier du bord de la main sans discontinuer, au point de perdre patience, et après avoir prélevé huit petits cailloux aux tons et rayures chatoyants comme des peaux de fauves, plus un autre en forme de cœur, je tombais sur mon premier œil de Saint-Lucie. Quelle ne fut pas ma joie. Je lâchais un petit cri et embrassais aussitôt le trophée salé. Je possédais soudain un porte-bonheur comme Karen Blixen une ferme en Afrique. Muni de mon minuscule trésor que je pinçais fort entre mes doigts, je plongeais, nageais sous l’eau et en ressortais enrichi. Je regagnais le sable, la serviette, je photographiais mon petit coquillage orné d’une spirale en forme de vague qui donne envie de la prendre, de la surfer. J’étais heureux comme un gamin. Et j’écrivis ceci. L.M.

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