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  • De Gaulle, premier volet

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    Mercredi dernier, je me suis précipité dans une salle obscure afin de voir « L’Âge de fer », le premier volet du diptyque « La Bataille de Gaulle » signé Antonin Baudry, avec un Simon Abkarian magistral dans le rôle du général, et je fus ébloui. Par la mise en scène, par la rigueur des plans, par le faste d’un film démesuré à gros budget, par le jeu impeccable d’Abkarian – les gestes, la voix, les attitudes, les regards, les silences, les tremblements, sont confondants de mimétisme, et par les dialogues. D’emblée, le fraîchement promu général, interpellé par un officier craignant le pire tandis que leur colonne de chars s’enlise à Montcornet : « Mon colonel, c’est la débandade ! – Ai-je l’air de débander ? » répond le grand Charles. J’adore. L’orgueil sans limites de De Gaulle, la certitude d’incarner la voix et la voie de la France, d’en être son sauveur messianique, son serviteur suprême et dévoué corps et âme, sont palpables à chaque plan. En Afrique près de Leclerc (tendre Niels Schneider), on prévient le général des dangers du moustique, « les moustiques ne piquent pas De Gaulle ! » répond le général. Plan suivant, l'homme providentiel fanfaron est alité, saisi d’une crise de paludisme. Mais il se relève sans tarder, bien entendu. Nous sourions au fond de notre fauteuil. La mise en scène grossit ainsi le trait, par endroits, mais ça ne gêne pas. Le surlignage du réalisateur est-il trop fluorescent lorsque de Gaulle exprime avec une fermeté inflexible sa détermination rude, sa certitude arrogante face à un Churchill (superbe Simon Russell Beale plus Winston que nature) tout aussi dur sur ses positions coulées dans le béton armé, son obstination obsessionnelle... – Non. Le combat des chefs, associés rivaux parfois, déjà de vieux sauriens de la politique, de la stratégie et de l'honneur, n’en est que plus âpre et par conséquent renforcé d’une admirable épaisseur. De même, la couardise repoussante de l’amiral Darlan (Mathieu Kassovitz) ne fait que rendre le personnage encore plus abject. La douceur des jeunes résistants parisiens, incarnés par le touchant Florian Lesieur dans le rôle héroïque de Fernand Bonnier de La Chapelle – lequel assassinera Darlan à Alger (un moment d’énorme soulagement dans le film) et de Anamaria Vartolmei, sa complice dans les rues de Paris, figurent un contrepoint salutaire dans le déroulé du film. Je veux souligner que l’épisode, long mais je l’aurais bien rallongé, de la bataille de Bir Hakeim dans le désert libyen avec un général Koenig incarné par un prodigieux Benoît Magimel, est déjà à mes yeux un morceau d’anthologie du cinéma de guerre. Un film dans le film. Je regrette que l’anéantissement de la flotte française par l’aviation britannique dans le port de Mers el-Kébir n’occupe que deux ou trois minutes. Ce qui m’a gêné en revanche, ce sont certains propos hurlés par De Gaulle, comme « un Français ne tire pas sur un Français ! ». Vingt ans plus tard, le 26 mars 1962, « la Grande Zohra » fera ordonner aux soldats présents de tirer à la mitrailleuse, rue d’Isly à Alger, sur les Français, les Pieds-Noirs, venus manifester contre les accords d’Évian signés une semaine plus tôt. Bilan du massacre : 80 morts, 200 blessés. On n’oublie pas. Reste que ce film est un grand film pour tout un chacun, les Gaulliens surtout. Quant aux Gaullistes, ils sont forcément acquis à la cause. Vivement le 3 juillet pour aller voir la suite, au titre éluardien : « J’écris ton nom ». L.M.

    P.S. : J'aurais tant aimé que mon père regarde ces deux films, puis en discuter avec lui...

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