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  • Afaria! A table!

    A la faveur d'un banc d'essai "foies gras" co-réalisé hier matin pour le magazine Régal (j'y reviendrai car il était surprenant), j'ai découvert une table basco-landaise, nichée dans le 15ème à Paris (rue Desnouettes), où l'on se sent comme là-bas : un peu comme à la maison, sur les bords de la Nive ou de l'Adour.

    Tapas somptueuses à la table d'hôte qui trône à l'entrée comme dans une ferme : chipirons grillés d'une fraîcheur idéale (servis dans un sabot fabriqué à St-Etienne d'Orthe), coeurs de canards à l'ail (je publierai un jour la liste des restos parisiens qui en servent, comme Le Volant, dans le 15ème également, car ils sont rares et qu'attendre les fêtes de Dax pour en manger, m'est trop douloureux), gambas à la sauce aux épices douces...

    Puis la parillada de canard, servie sur une ardoise : croupion (ou Demoiselles), coeurs, magrets, langues, avec de grosses frites maison (servies dans un pot de résine), est un bonheur paysan.

    Vins (carte judicieuse) à prix normaux. Accueil et service sérieux et sympas.

    Au piano : Julien Duboué, natif de St-Lon-les-Mines, Landes, près des barthes (j'y ai passé tous mes week-ends et mes vacances, adolescent, dans la maison de campagne...), qui joua au rugby à Peyrehorade, fit ses classes chez Dutournier au Carré des Feuillants, chez Daniel Boulud à New York, au Georges V de Philippe Legendre et chez Drouant, avant d'ouvrir cette première "affaire" avec sa femme Céline; il y a tout juste un an.

    Du sûr, du très bon terroir avec l'accent et sans chichis : pas mal de poissons à la carte, actuellement (merlu salsa verde notamment), de l'échine de cochon Ibaïona...

    Je ne parlerai pas de son boudin en croûte de moutarde et pommes car : je ne l'ai pas goûté et parce que mes confrères l'ont tellement loué que la brigade en a assez d'en servir...

    Afaria (A table!, en Basque), 0148561536

  • Chaque femme sur un quai de gare me fait peur

    "Là, se dit-elle en fixant dans ce trou noir les traverses recouvertes de sable et de poussière, là, au beau milieu; il sera puni et je serai délivrée de tous et de moi-même." (...) "Elle eut le temps d'avoir peur. "Où suis-je Que fais-je? Pourquoi?" pensa-t-elle, faisant effort pour se rejeter en arrière. Mais une masse énorme, inflexible, la frappa à la tête et l'entraîna par le dos. "Seigneur, pardonnez-moi!" murmura-t-elle, sentant l'inutilité de la lutte. Un petit homme, marmottant dans sa barbe, tapotait le fer au-dessus d'elle. Et la lumière qui pour l'infortunée avait éclairé le livre de la vie, avec ses tourments, ses trahisons et ses douleurs, brilla soudain d'un plus vif éclat, illumina les pages demeurées jusqu'alors dans l'ombre, puis crépita, vacilla, et s'éteignit pour toujours".

    Ainsi disparait Anna Karénine à la page 810 du roman éponyme de Tolstoï. Depuis cette lecture, je ne peux m'empêcher d'avoir peur, lorsque j'aperçois une femme sur un quai de gare...

  • Racines

    "J'envie ceux qui ont une terre natale, un lieu d'attache. Moi, je n'ai pas de racines, sauf des racines imaginaires. Je ne suis attaché qu'à des souvenirs". JMG Le CLezio, interview donnée au Nouvel Obs de ce matin.

  • avant-garde

    "Etre d'avant-garde, c'est savoir ce qui est mort; être d'arrière garde, c'est l'aimer encore." (R. Barthes, "Réponses", Oeuvres complètes, Paris, Seuil, 2005, t. III, p. 1038).

    Barthes dit de lui-même qu'il se situe à l'arrière-garde de l'avant-garde.

    Merci, ami Saber, pour ces rappels salutaires...

  • Faux-père

    Le nouveau livre de Philippe Vilain, Faux-père (Grasset) dresse l'autoportrait sans concession d'un salaud désinvolte, libertin, cynique, vautré avec plaisir dans son ennui, son égoïsme (il y a du Drieu antipathique dans ce roman), agrippé à son oisiveté comme la moule au rocher, brandissant la peur du néant comme on agite un drapeau blanc au bout d'une baïonnette, qui engrosse une jeune turinoise amoureuse folle de lui, qui écrit dans son journal intime qu'il ne veut pas de cet enfant et souhaite une fausse couche, qui laisse trainer ce journal, que la pure et belle Stefania découvre... C'est le roman (écrit avec précision, au scalpel, et avec une économie de mots redoutablement efficace), de la peur de l'engagement, d'un affligeant manque de courage, de la frousse du bonheur peut-être, et de la trahison qui survient par négligence -avec la découverte du carnet-, lorsque la résignation a enfin gagné l'homme lâche... Cette femme allait faire du narrateur un homme et voilà que celui-ci fuit Turin, regagne Paris, abandonne une femme profondément disgraziata. Puis il regrette (comme c'est étrange!), retourne à Turin, mais trop tard : elle a avorté dangereusement, elle est à l'hôpital, la tendre et douce Stefania. Alors, oui, il écrit que: "Tout se passait comme si, en refusant d'être père, j'avais à jamais voulu rester un fils." Mais on s'en fout. On s'en fout complètement.

  • L'Italie pour écrire

    Dominique Fernandez, dans L'Art de raconter, somme érudite d'un grand lecteur percutant, à lire comme on boit une bière (Grasset et Livre de Poche), souligne que ce n'est pas un hasard si l'Italie sauva Stendhal de n'être fixé que sur lui : "Question : si les romanciers ont souvent été voyageurs, pourquoi l'Italie est-elle le pays romanesque idéal? Stendhal, lui, aurait la réponse toute prête : parce que l'Italie est le pays de la passion, le pays où l'action suit immédiatement la pensée, le pays du drame et du mélodrame. En France, on se regarde vivre; en Italie, on vit."

  • Cagnotte au coeur

    Avec son allure d’hidalgo, on l’imagine bien chevauchant parmi les toros, dans le campo andalou,une pique à la main, puis découpant un Jabugo pour les copains, au milieu d’une oliveraie. Vu du Carré des Feuillants, son fief parisien, où il exécute une cuisine de haut-vol depuis 22 ans : « on fait ce qu’on sait faire, mais on le fait bien !..», l’homme pense à Cagnotte ; Landes. C’est là que réside son bonheur sur la terre. À la maison. Une ferme qui jouxte l’Auberge familiale où il a grandi, en regardant sa mère et sa grand-mère paternelle faire une cuisine de bonne femme. Son père était charpentier… Et sa mère ne s’appelait pas Marie, mais Renée. Henri était aussi tonnelier l’hiver et faisait déjà le vin de l’auberge pour les clients avec les vignes de la maison. De cette « Maison des vignes », Alain Dutournier dit simplement : « ma maison, elle est chez moi! J’aime l’odeur unique de sous-bois de sa cheminée, c’est l’écho de son âme »....

    La suite du portrait d'Alain Dutournier en kiosque, avec quelques autres friandises, dans Maisons Sud-Ouest n°32