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  • Ivre de poésie

    « Il faut être toujours ivre, tout est là ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve. Mais de quoi ? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous ! » Baudelaire.

    imges.jpegA noter, la parution d'une précieuse petite anthologie concoctée par Zéno Bianu, orfèvre en la matière : Poèmes à dire, une anthologie de poésie contemporaine francophone, publiée par Poésie/Gallimard (6,90€) à l'occasion du Printemps des Poètes 2013 (du 9 au 24 mars). De Paul Claudel à Valérie Rouzeau, de Guillaume Apollinaire à Serge Pey, de Jean Malrieu à Bernard Manciet, de Georges Ribemont-Dessaignes à Dominique Sampiero, de Paul Eluard à André Velter, voici un florilège à déclamer au lit, assis tailleur sur les draps : Ecoute, amour, écoute!.. A proposer à l'inconnu, à lire, à dire, à crier, à chanter, à téléphoner, à laisser sur un répondeur, à reproduire dans une lettre -une vraie, avec une enveloppe et un timbre choisi et son adresse écrite à la plume; à textoer (pourquoi pas!), afin de révéler le cante hondo ou jondo, ce chant profond de la poésie viscérale andalouse, flamenca et plus largement, afin de voir fleurir, s'épanouir l'émotion qui se dégage et s'impose à partir de chaque poème francophone reproduit dans ce précieux petit bouquin, lorsque chacun d'entre eux est vécu et offert avec la voix; avec la voix seulement (sans malédiction), la voix qui vient du ventre qui bouillonne, celle qui vient aussi du coeur qui gonflonne... Aux seules fins de la jubilation du partage comme me l'écrit lui-même Zéno; dans la commune présence d'une fraternité essentielle, afin de tenir en échec les puissances environnantes du monde hostile...

    Extrait au pif : 

    Dormir avec toi.

     Ecoute le tonnerre, ce bûcheron, traverser la nuit. Entends ce délire. Ah! Serre-moi dans tes jambes nues. Inonde-moi de chaleur, de lumière. L'orage monte des draps froissés. Je ne suis qu'un homme dans les bras de la nuit (...)

    Dormir avec toi.

     Je dors en toi. Je dors toujours en toi, plus profondément en toi. Je t'enlace, tu me pénètres des dents, des bras. Tu as le râle des palombes. Les yeux fermés, je vois ouverts tes yeux. Y dérivent les rivières. (...)

    Jean Malrieu, extrait, page 78.


    Un dernier pour le chemin

    La main, en écrivant

    La main est le berger de l'ombre. L'ombre des mots. L'ombre de rien. Elle rassemble. Une île entre le visible et l'invisible. C'est par là qu'elle touche les morts, qu'elle les caresse et leur parle. Ils posent leur front glacé entre nos doigts. C'est la mémoire des outils, des courbatures. Des gestes vers la terre. Et l'on se surprend à tracer dans l'air des arabesques de semailles, à abattre des arbres de verre. A détourner des rivières muettes. La main sait tout. Le mouvement du pain. Les poutres sur l'épaule. Conduire les troupeaux. Cueillir, toucher, ouvrir (...) 

    Dominique Sampiero, extrait, page 156. 

     


  • Pascale Arguedas

    image003.jpgJe suis tombé là-dessus il y a quelques minutes en (je confesse) "googlisant" les mots chasses furtives :  http://calounet.pagesperso-orange.fr/resumes_livres/mazzella_resume/mazzella_chassesfurtives.htm

    Je ne connais pas l'auteur de cet article juste qui m'émeut. 

  • Comte-Sponville, quand même

    images.jpegBon, le gars ne m'émeut guère, j'ai lu ses principaux bouquins (tous des best-sellers comme ceux de Onfray mais je préfère Onfray et je me réjouis de toute façon tellement de ce que des livres de philo, même softs, se vendent comme des chocolatines!...), mais bon, voilà. Sauf que là, dans un avion, j'ai lu un entretien tout simple, voire simpliste, avec André Comte-Sponville à propos de la simplicité je crois; ça devait être dans une revue de compagnie aérienne, était-ce Air France mag?.. Je ne sais plus (et j'aurais aimé pouvoir citer au moins le confrère qui a réalisé l'interviouve (j'ai arraché une page du mag, mais elle est tronquée). En tout cas, voici ce qu'il fallait en retenir, car c'est bluffant ce qui suit, même si parfois le gonze enfonce des portes ouvertes à deux battants larges -mais bon, vous allez aimer j'en suis sûr, ou bien alors je me fais moine (enfin... Oupoupoup... On verra, hein).

    Citations :

    "La simplicité n'est pas de l'ordre de l'avoir, mais de l'être (...) La simplicité c'est d'abord le naturel. C'est la vie réduite à sa plus simple expression. La vie insignifiante.

    Le contraire du simple n'est pas le complexe, mais le faux. Etre simple, c'est ne pas faire attention, ne pas calculer, être sans ruser et sans secret, sans idées de derrière, sans programme, sans projet... La simplicité est oubli de soi, c'est en quoi elle est une vertu : non le contraire de l'égoïsme, comme la générosité, mais le contraire du narcissisme, de la prétention, de la suffisance. Le simple n'a rien à prouver, puisqu'il ne veut rien paraître, ni rien à chercher, puisque tout est là. Quoi de plus simple que la simplicité? Quoi de plus léger? Quoi de plus difficile? C'est la vertu des sages et la sagesse des saints.

    Quant à la sérénité, ce qu'Epicure appelait l'ataraxie, elle est peut-être le plus simple et le plus rare de nos états d'âme... (...) Les plaisirs de la promenade (exemple) : c'est le corps qui se promène. Mais c'est l'esprit qui en jouit. 

    A propos du plaisir simple et du présent : Le passé n'est pas, puisqu'il n'est plus. Ni l'avenir, puisqu'il n'est pas encore. Donc il n'y a que le présent. Mais le plus souvent, nous en sommes séparés par le regret ou la nostalgie, ou bien par l'espoir et la crainte... Nous ne sommes plus dans la simplicité de vivre, mais dans la dualité, dans la distension de l'âme, comme disait Saint-Augustin, comme écartelés entre le passé et l'avenir... Vivre simplement, c'est donc vivre au présent. C'est en quoi la simplicité nous ouvre au monde et aussi à l'éternité.

    Le présent, contrairement à ce qu'on dit souvent, ne disparaît jamais. Les événements changent : le présent demeure.

    Il ne faut pas confondre la simplicité et le bonheur. Quand vous êtes malheureux, soyez simplement malheureux. Cela vaut mieux que vouloir à tout prix le bonheur, quand le réel s'y oppose. Et quand vous n'êtes ni heureux ni malheureux, ce qui est le cas le plus ordinaire, soyez simplement dans l'entre-deux... La simplicité est une vertu. Le bonheur une chance. Ce qui est vrai, en revanche, c'est qu'il est difficile d'être heureux quand on ne sait pas apprécier les plaisirs simples de l'existence. Non qu'ils suffisent toujours au bonheur, hélas, mais parce que le bonheur, sans eux, n'est qu'un rêve ou un mensonge.

    Il y a de grands plaisirs (dans l'amour, l'art, la sexualité, la philosophie, la spiritualité ou l'action), qui sont plus précieux que les petits. Ils sont souvent moins simples? Soit. C'est pourquoi la simplicité est une vertu nécessaire et difficile. Etre simple, ce n'est pas chercher la petitesse. C'est refuser les fausses grandeurs."

  • 603 / 1226

    Je ne pige pas le truc. Hier, vous avez été 603 visiteurs uniques sur ce fucking blog et vous avez regardé 1226 pages d'içelui. Et combien de commentaires? -Z. Pourquoi. Je ne pige toujours pas le truc. Le truc de la participation, de l'interactivité, tout ça, cela m'échappe. Alors oui j'ai eu 2-3 mails directs. Mais bon... Je pige aussi, un peu, le truc de la conso d'un blog, en passant, je musarde -ça oui (la preuve). Mais bon, un blog c'est aussi fait pour lui donner de la vie, du sang, de la chair, des frottements, des frictions, du peps, non?.. Ou alors je me trompe...  ¡A ver!

  • bruits

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     Vietnam ©L.M.

  • viral

    IMG_8047.JPGEnseigner la philosophie, pour Nicolas Grimaldi, c'est tenter de rendre la pensée aussi contagieuse que l'émotion.


    Lorsque je jouis seul d'un paysage merveilleux, que je ne peux donc pas partager mon émotion, ce que je ressens alors est étrange : c'est comme si j'en étais privé.

    Ce qui n'est déjà plus l'ombre et pas encore la proie (André Breton, à propos du chien-et-loup).

    Etrangeté du manque. Et de l'imagination, qui tient une si grande place dans l'amour que quelquefois nous avons hâte de voir partir la personne aimée : elle nous gêne pour penser à elle.

    Photo : Pêcheur sur l'eau, Hanoi, ©L.M.

  • Fond d'écran

    Photo prise au nord du Vietnam en janvier dernier. Fond d'écran, depuis. Partage.

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  • gloûté pour vlous

    images.jpgTrès belle prestance pour ce rouge de la région de Béziers. Roqua Blanca est un vignoble d'une trentaine d'hectares sur des sols schisteux ici et argilo-calcaire caillouteux là. Le vin s'appelle La Croix Chevalière et il est réalisé par les vignobles Laroche à Chablis. Nous avons goûté le 2009, un vin de garde assurément. Sa robe obscure, son nez un rien torréfié avec des dominantes de cassis mûr et sa bouche ample et opulente en font un rouge idéal sur une côte de boeuf (ce fut le cas). La syrah, fiancée au merlot et à la grenache, s'assouplit en conversant avec ses copines. Belle bête. 23€

    Family Reserve Hautes-Terres 2004, du château Fourcas-Dupré (Listrac) est aussi splendide mais pourvu de plus d'élégance, si l'on Image 4.pngpeut comparer les deux flacons sur la même côte de boeuf (ce qui fut fait). Vin de garde, prestigieux, il exprime le meilleur de cette propriété emblématique de l'appellation médocaine, pilotée par Patrice et Ghislain Pagès. Attaque douce, montée en puissance au nez et en bouche avec une belle longueur. Flaveurs épicées, toastées, de sous-bois, giboyeuses même, avec un rien de réglissé. Un chouia plus de cabernet-sauvignon que de merlot, un peu de cabernet-franc et un soupçon de petit verdot, un tiers de fûts neufs, une conduite raisonnée de la vigne... En bouche, cela donne une belle fraîcheur mi-poivrée, mi-chocolatée. La finesse est là et la force aussi, mais discrète, pas trapue. L'élégance, quoi. 14€

    Le gagnant (sur la côte de boeuf) fut Coin Caché, cuvée très concentrée et issue de vieilles vignes - 85% grenache et le reste en syrah, du mas de la dame, un rouge en appellation Les Baux de Provence 2008 capiteux, riche, à la robe noire, au nez franchement expressif de fruits rouges mûrs en soupe (fraises) ou même à l'eau de vie (cerises) et d'épices douces. La parcelle qui le produit est la plus ancienne de ce domaine conduit en bio (Qualité France). Simone de Beauvoir évoque les vins du mas de la dame dans La Force de l'âge; ceci pour l'anecdote. Ce sont cependant deux femmesimmmages.jpg ex-journalistes, Anne Poniatowski et Caroline Missoffe qui pilotent le mas bien nommé : elles ont repris la propriété familiale il y a bientôt vingt ans et se sont entourées des conseils de Jean-Luc Colombo (dont les Cornas sont légendaires). Néanmoins, Coin Caché n'a rien d'un vin féminin -qualificatif ridicule à la vérité, chacun en convient aujourd'hui. Sauf que cette cuvée, qui titre d'ailleurs 14,5°, possède vraiment du poil aux pattes. Dominent ce nez de fruits macérés et surtout cette bouche charnue, ample, avec une longueur remarquable et d'une puissance à faire trembler la daube de sanglier la plus sauvage. Env. 20€

    image1.jpgTrès intéressante gamme d'Ackerman (Saumur) : Secret des Vignes. Le blanc, un Saumur (2010) 100% chenin, est d'une grande fraîcheur et pourvu d'une belle matière. Nez explosif de fleurs blanches et légèrement miellé, voire exotique. Bouche structurée, fruitée, épicée légèrement et d'une remarquable persistance. Parfait pour un poisson blanc à la crème ou bien une viande blanche grillée. 8,90€

    Le rouge de la gamme, un Saumur Champigny 2010, est surprenant de force. Ce 100% cabernet-franc (sélection de vieilles vignes à faibles rendements), exprime une concentration, un soyeux, une structure franchement notables. Très beau nez de fruits rouges et noirs mûrs, bouche épicée. Bien sur un jamon pata negra avec juste du pain aux céréales. 9,90€

    A noter, le Pinot Gris 2010 Ancestrum, de la Cave des vignerons de index.jpgPfaffenheim. Ce diamant jaune d'Alsace possède un joli nez d'agrumes confits, de poivre blanc et de raisin pas tout à fait sec. Bouche vive, épicée et longue. Un plateau de fromages de chèvre lui imaes.jpgva bien. Le Gewurztraminer 2011, de la même cave, est très floral avec des notes complexes de fruits à chair blanche et jaune. Belle minéralité en bouche, concentration appuyée, longueur remarquable. Bien sur un fromage à pâte persillée un peu gras (gorgonzola) ou bien une tarte à la pâte d'amande, de type galette des rois. 16€ chaque flacon.

    idex.jpgBelle surprise, enfin, que cette Mondeuse (Savoie) 2011 de La Cave du Prieuré (Barlet Raymond & Fils) à Jongieux. Ce rouge d'une grande franchise surprend par sa puissance, son équilibre remarquable et sa complexité, assez peu courants pour l'appellation (et le cépage mondeuse), en tous cas dans nos souvenirs. Remarquable. 7,20€