La même en mieux (à fond, donc)
http://fr.youtube.com/watch?v=6JgIIGgxymU
réveillez vos voisins ou, mieux! invitez-les (le partage, le partage...)
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réveillez vos voisins ou, mieux! invitez-les (le partage, le partage...)
Benoît Jeantet -célèbre blogueur souvent présent, ici-, signe « Short Stories » (Atlantica), un bouquet de portraits, « une poignée d'historiettes » élégantes, qui rappellent Kléber Haedens lorsqu'il ovalisait. Vingt textes (préfacés par Richard Escot –on reste en famille), qui disent tous que le rugby réunit et invente une morale, que les hommes qui y touchent ont le regard plus franc qu'ailleurs, car « au café des sports et de l'amitié », écrit l'auteur, « il expliqua pendant des heures sa passion dévorante pour ce jeu, où chaque équipe passait à ses yeux pour un condensé d'humanité... ». Au final, ces « Short Stories » sont un concentré de tendresse, une Geste douce pour dire un sport dur au cuir, décrit avec dérision au détour d'une nouvelle, comme « un truc à peu près incompréhensible pour gladiateurs rustauds, la Rome antique en moins, le rhum agricole en plus... ». Car le Jeantet a le calembour qui perle constamment au bout du stylo. Et il a l’émotion à fleur de peau, qu’il rameute ses années culottes courtes à Quillan, puisque « le rugby ennoblit les souvenirs » (Blondin), ou qu’il dépeigne Malo au chevet de son maître Jean-Pierre, parti « au pays des brumes », et auquel il « faisait la conversation comme on enverrait des balles molles. A l’aveuglette. » Il n’est donc pas nécessaire d’aimer le rugby, ni d’en connaître les règles, pour lire ces « dernières nouvelles d’Ovalie » -leçons d’humilité et de vérité humaine-, comme on prend un blanc limé en lisant le « Midol », au zinc du Café des Sports et de l’Amitié, le seul qui n’ait jamais viré de bord, mais-vi-ré de-bord…
L'air ambiant est à la flatterie.
Jeu de mots :
Le discours de la flagornerie : sujet, verbe, compliment...
(Avec cela, nous voilà bien).
Platon : l'éloge (par la voix de Diotime*, dans Le Banquet) ne vaut que s'il dit la vérité sur son sujet.
Aujourd'hui, la vérité est une espèce rare, chassable, mais qui se terre.
Et elle a raison, du fond de son trou.
Bon, voilà. Ce soir : Platon, Zweig, Mamoulian (La Reine Christine) quand même... Et salade de pousses d'épinards au magret fumé, champignons, tomates cerises, puis riz aux coquilles St-Jacques, parce que quand même.
Quand même.
* La vérité pour elle est qu'Eros n'est pas un grand dieu, car tout désir est manque; mais, parce qu'Eros est plein de ressources pour se procurer ce dont il manque, Eros est un démon, un intermédiaire entre le divin et l'humain, comme la prêtresse Diotime l'est entre les dieux et les hommes. Elle fait office de passeur, allant du mythe au discours philosophique et poussant l'âme à dépasser son appétit de multiples choses belles pour accéder à une Beauté unique qui peut seule satisfaire le désir... (Monique Dixsaut, spécialiste de Platon).
Je respirais, délivré, en toute sérénité; et, avec une volupté neuve, je savourais sur mes lèvres, comme un pur breuvage, l'air moelleux, clarifié et légèrement enivrant qui portait en lui l'haleine des fruits et le parfum des îles lointaines...
S.Zweig, Amok
Le narrateur se trouve alors dans le port de Naples, à bord d'un navire, l'Océania.
ta sauce, c'est simple : huile de sésame + gingembre coupé fin + l'ail pareil + le jus d'un citron vert et du soja japonais.
le thon rouge, tu le vautres dans des graines de pavot.
tu saisis aller-retour le thon, la croûte noire s'est formée.
tu tranches fin avec un bon couteau, façon magret.
et la sauce? dessus, té.
déco : alfalfa ou germes de soja, ou cogollos (coeurs de laitue).
une autre, avec du saumon :
le saumon, tu le vautres dans du sésame préalablement grillé sur une poêle sèche, aller-retour pareil.
la sauce : crème légère + gingembre coupé très fin + soja.
la déco? riz basmathi.
La morale bourgeoise, c'est l'introduction de la discipline dans la vie privée (définition donnée par D. Fernandez dans "L'art de raconter"', magnifique livre de lectures).
Le pied de cochon pâné et la daurade piquée à l'ail sur sa galette de maïs de Gorka Roblès, restaurant Xakuta à Bayonne, sont magnifiques.
De même, les chipirons simplement poêlés, et ce merlu grillé accompagné de girolles, champignons des bois divers, pois gourmands et moules, l'ensemble d'une fraîcheur absolue -chez Diharce, restaurant La Grange, à Bayonne.
Les deux adresses sont devant la Nive, chacune d'un côté.
Allez-y les yeux fermés, mais attention quand même (à la Nive, té!).

Connaissez-vous le principe de la randonnée littéraire ? Cela consiste à marcher en montagne –Basque, en l’occurrence, avec des randonneurs lecteurs, amateurs (une centaine, dimanche dernier), des gens de bonne compagnie qui aiment le texte et le sentier, qui vont, « caminando », deviser avec quelques auteurs invités et pilotés par deux couples de libraires lumineux : sortes de Platon en chaussures de montagne dirigeant leurs Socrate à la voix et au geste. C’était bien…
Avec « Elles » (folio), J B Pontalis se livre, ouvre le catalogue de ses conquêtes, convoque ses rencontres au soir de sa vie, et consulte le carnet des femmes qui lui ont échappé. Il cite Valéry : « Ni vu ni connu / Le temps d’un sein nu / Entre deux chemises », Toulet. Reprend des « cas » épanchés dans son cabinet d’analyste, évoque le vide des don juan de sous-préfecture qui cachent le creux d’une avidité ; l’inconsistance intérieure. Il dit la lâcheté des libertins qui se considèrent fidèles à leur femme. Mais à eux-mêmes ?..
Evoque les éconduits qui se sentent soudain « exportés », les jeunes filles qui attirent un JB prenant les traits –à la lecture- d’un Balthus libidineux devant ses modèles. Invoque Proust, le souffle coupé lorsque Albertine s’en va, car « une séparation subie coupe non seulement de l’autre mais de soi ». JB rêve, car rêver de ses amis disparus les rend présents. « Le rêve est notre mémoire vive », écrit-il. I
l arrive même à Pontalis d’avoir le style de Dumas, selon Stevenson; en moins riche : « léger comme une crème fouettée, résistant comme de la soie, prolixe comme un conte villageois, concis comme la dépêche d’un général. »
Et puis il y a l’opéra (napolitain surtout) dans le discours littéraire de Dominique Fernandez : « Où étudier le mieux les mœurs latines ? À l’opéra en Italie, à la corrida en Espagne. » À suivre, donc….