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  • Crucifiction

    IMG_0633.jpgC'est un lumineux jeu de mots. Nous devons cette touchante faute d'orthographe (l'auteur en commet plusieurs sur ses toiles, en écrivant par exemple détrese pour détresse), à Louis Soutter (1871-1942), peintre autodidacte étonnant dont j'ai vu l'oeuvre (ses peintures "aux doigts" de personnages en mouvement perpétuel sont particulièrement frappantes) à la Maison Rouge (Boulevard de la Bastille à Paris). Crucifiction... Cela fait réfléchir, non?

    (photos volées avec mon téléphone : la toile et le détail).IMG_0632.jpg




  • Joseph Anton et les oiseaux

    9782259214858.gifJe n'ai pas encore lu Joseph Anton, Une autobiographie, de Salman Rushdie qui paraît ces jours-ci chez Plon, mais j'ai lu avec beaucoup d'intérêt les trois pages du Monde des Livres daté d'hier consacrées à son auteur, rencontré le 12 septembre dernier à Londres. L'entretien avec Jean Birnbaum (par ailleurs responsable du meilleur supplément littéraire de la presse quotidienne nationale française), est complété d'éclairages, notamment celui de l'historienne Lucette Valensi.

    Je veux juste reproduire ici quelques extraits de cet entretien et les livrer à votre réflexion  :

    (A propos du 11 septembre 2001, de l'assassinat du cinéaste Théo Van Gogh, de images.jpegl'affaire des caricatures de Mahomet et de l'incendie des locaux de Charlie-Hebdo) : Tout cela fait partie de la même histoire, du même récit fondamental, affirme Rushdie. Mais, en 1989, il était trop tôt pour comprendre de quoi il s'agissait. Personne n'a vu la fatwa comme le début d'un conflit plus large, on y percevait une anomalie farfelue. C'est comme dans Les Oiseaux, d'Hitchcock. Il y a d'abord un oiseau qui apparaît, et vous vous dites : "C'est juste un oiseau!" C'est seulement plus tard, quand le ciel est rempli d'oiseaux furieux, que vous pensez : "Ah, oui, cet oiseau annonçait quelque chose, il n'était que le premier..." Cette comparaison est omniprésente sous la plume de Rushdie, dont le livre bâtit une "onithologie de la terreur".

    images (1).jpeg(...) Vers le milieu de Joseph Anton, Rushdie évoque en particulier une "mouette aux ailes mazoutées qui ne pouvait plus voler". Le mazout, ici, représente la visqueuse tolérance à l'égard de l'intolérance, l'idéologie sirupeuse du compromis et l'accusation paralysante d'"islamophobie".

    (...) Salman Rushdie : L'islamophobie, c'est un mot qui a été inventé récemment pour protéger une communauté, comme si l'Islam était une race. Mais l'Islam n'est pas une race, c'est une religion, un choix. Et dans une société ouverte, nous devons pouvoir converser librement au sujet des idées.

    Lucette Valensi (à ce sujet) : Prenons l'exemple du blasphème contre le Prophète : il est
    passible de la peine de mort dans les pays musulmans, mais ça ne concerne normalement pas les autres pays. Or, ce que demandent, à l'occasion du film
    L'Innocence des musulmans, Rached Ghannouchi, du parti Ennahda, au pouvoir en Tunisie, ou les manifestants d'Europe, c'est qu'on applique une législation musulmane dans des pays qui ne le sont pas. C'est inouï dans la tradition juridique islamique! 

  • Syrah du South

    crozeshermitagebio2011cavedetainlhermitage_resized.jpgC'est un Crozes-Hermitage (rouge 2011) de la Cave de Tain (sise à Tain L'Hermitage, dans la Drôme et dont je ne me lasserai pas de dire du bien). Syrah à 100%. Cuvaison courte et mise rapide afin de préserver le fruit dans sa pureté : bon point. Robe profonde, sombre comme la nuit tombante. Nez de fruits des sous-bois et des haies dont on fait des confitures ce mois-ci, suivi d'arômes plus durs de cuir et de tabac à pipe blond légèrement poivré. Bouche ravissante de fraîcheur, belle structure, longueur plus que correcte. Finale doucement épicée. J'ai accompagné ce vin issu de raisins biologiques (10€ le flacon et ça les vaut bien) et qui s'inscrit sans forfanterie mais avec une réelle conviction dans la démarche de la Cave de Tain en faveur du Développement durable, avec -ne riez pas-, d'un côté une simple pizza margharita de belle facture, rehaussée d'huile pimentée et de l'autre l'âpreté des Croquis de la Nouvelle-Orléans brossés par William Faulkner (in Coucher de soleil, folio 2€). Et bien la syrah s'en est sortie la tête haute. téléchargement.jpegLes croquis  du Deep South circonscrivent en trois ou quatre phrases à peine un personnage saisi sur le vif aussi efficacement qu'un portrait exécuté par un peintre leste et sur lequel nous portons un coup d'oeil puis un regard appuyé. Tout est là, dit ou (dé)peint. Cela s'appelle le talent et Faulkner n'en manquait pas. Ses sujets d'écriture sont les humbles. Mendiants, cabossés de la vie, simples d'esprit, alcooliques, tous sont avides de reconnaissance et lancent des appels à l'autre comme on jette une bouteille à la mer. Ce crozes-hermitage n'a pas besoin de cela, car c'est lui qui envoie des signes où l'on reconnaît l'évidence de la syrah lorsqu'elle s'épanouit dans les côtes-du-rhône septentrionales, rive gauche bien sûr et qu'un travail à main d'homme a fait consciencieusement le reste; soit l'essentiel. A la manière de l'écrivain ou du peintre devant le motif. Et comme j'étais en appétit, j'ai enquillé en feuilletant les poèmes hiératiques d'Erri De Luca tout en picorant des baies de raisin noir (lire Solo andata, juste dessous). En lisant, en croquant, en prenant une gorgée par-ci, par-là, ce rouge d'une distinction franche m'a soufflé une idée : désormais, je me livrerai au jeu charmant des alliances vins-mets-livres. Parce que ça marche.  

  • Solo andata

    Quand nous serons deux nous serons veille et sommeil,

    nous plongerons dans la même pulpe

    comme la dent de lait et la deuxième après,

    nous serons deux comme sont les eaux, les douces et les salées,

    comme les cieux, du jour et de la nuit,

    deux comme sont les pieds, les yeux, les reins, 

    comme les temps de la pulsation

    les coups de la respiration.

    Quand nous serons deux nous n'aurons pas de moitié

    nous serons un deux que rien ne peut diviser.


    Erri De Luca, Aller simple (Gallimard).

  • Faites passer!

    images.jpegRaphaël Poulain, ex rugbyman pro du Stade Français surnommé un temps le Lomu frenchie, se confesse à fond dans Quand j'étais Superman (Robert Laffont) et c'est infiniment attendrissant. Le beau bébé de 100 kg de muscles, issu du terroir Picard (around Beauvais) aura connu (de manière par trop fulgurante) les ors, la gloire, l'argent facile, le champagne, les filles en veux-tu en voilà autant que des bagnoles décapotables et de la dope et tout ce que tu voudras. Résultat : une jolie dépression en cours de fausse-route, une décheption (déchoir, se décevoir peut-être, remettre les compteurs à Z surtout -et c'est ça qui compte aujourd'hui) : au présent et à l'avenir, Raph s'est engagé dans le métier dur, âpre, pas gagné de comédien comme on s'engouffre dans la Légion. Histoire d'oublier, de se refaire surtout -le gamin a la trentaine tout juste dépassée et un talent à revendre comme Matthias Schoenaerts dans Bullhead, un film puissant et retournant de Michael R. Roskam; vu hier soir (il me fait beaucoup penser à cet acteur belge si physique et au regard identique -le pendant, une sorte de jumeau même, d'un autre acteur-phare : Michael Fassbender. De rouille et d'os de Jacques Audiard, a révélé Schoenaerts au "grand" public). J'ajoute que Bullhead est un film dur mais infiniment humain, aussi violent que tendre, aussi coupant que touchant. Rapprochement : j'ai lu le bouquin de Poulain d'un trait et je me suis marré; j'ai eu les larmes aux yeux aussi. Je l'ai aussitôt passé à mon fils, vingt ans, qui ne pense qu'à ses potes, qu'à ses études d'architecte-paysagiste (en Belgique à présent) et au rugby. Je n'ai donc plus mon exemplaire annoté sous la main. Qu'importe! Je l'ai en tête. Car le bonhomme, même s'il se raconte avec un excusable narcissisme (être sous les feux de la rampe ébrèche) donne une belle leçon à tous les jeunes sportifs attirés par les sirènes d'Ulysse de la gloire éphémère, celle qui -à la fin, plus ou moins vite : c'est selon la cuisson-, a la peau de toutes les Marilyn du monde, à Paris itou. Son bouquin en devient une leçon. A faire passer aussi vite qu'un ballon ovale, mais après l'entraino et sur tous les stades de France et de Navarre (surtout de Navarre). Alors lisez cette confession d'une rare sincérité car c'est une adresse à l'Autre doublée d'un message de détresse et d'espoir confondus. Chapeau.