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  • Portos et Minervois

    Image 2.pngMichel Portos ouvre (enfin) son restaurant à Marseille (où il est né) le 18 septembre prochain. Malthazar, 19, rue Fortia -plein centre! (une institution locale rachetée en juillet dernier). On brûle d'envie d'y foncer (ça ne tardera pas). Nous l'avons connu au Saint-James à Bouliac (Bordeaux), où il passait après Jean-Marie Amat. A l'époque, je dirigeais les rédactions de GaultMillau, la découverte de sa cuisine (A/R spécial dans la journée au moment de son ouverture) fut un choc. A chaque plat, la sensibilité du bonhomme explosait tranquillou en bouche. Nul doute qu'avec ses formules marseillaises décontractées -a bisto de nas-, à 22€ et à 31€, augmentées de l'accent méditerranéen  posé sur les versions tout brasserie et tout signature, il va vite oublier les pesanteurs amphigouriques bordelaises. Son bras droit au piano s'appelle Vincent Poette -ça promet! Et en plus il servira les huîtres de mon pote Joël Dupuch. Alors à vite, garçon!...

    En attendant, juste un mot sur un Minervois de haute tenue, château Millegrand Millegrand fut copyright bonfils.jpg(Vignobles Bonfils à Capestang, 34). Syrah pour moitié et le reste équitablement partagé (comme les coups de corne par Dieu à chaque tarde de toros) en carignan, grenache et mourvèdre. 18 ha plantés près du Canal du Midi. Vendangé à la main -on ne pose pas la question. Belle robe profonde, limite noiraude, nez puissant de fruits noirs, de sous-bois humide et de cuir sec. Bouche élégamment boisée comme la fin de trace (le soir venu) d'un parfum de Serge Lutens dont j'ai oublié le nom et que je retrouve dans le cou d'une. Cela possède -non : cela envoie de la classe comme une femme flamenca à la démarche unique sur le Paseo Cristobal Colon (Séville) par une après-midi d'avril vers cinq heures moins le quart. Et (au risque d'être vulgaire, mais en l'occurrence une touche de vulgarité a licence de frayer son chemin mûletier), cela vaut moins de 4€. ¡Olé!

  • Lectures fortes

    images (5).jpegLectures fortes, importantes, de l'été : Le village de l'Allemand, de Boualem Sansal (folio), courageux, passionnant, vertigineux, superbement écrit, captivant; envoûtant même. Ce "Journal des frères Schiller", issus d'une mère algérienne et d'un père allemand dont ils ignoraient qu'il fut nazi avant de refaire sa vie dans le bled algérien est si émouvant qu'il en devient dérangeant. Il est de ces romans qui, une fois leur lecture achevée, continuent de nous parler des jours durant. Et réflechissez : ce n'est pas si courant.

    Le nom de trop. Israël illégitime? de Jacques Tarnéro (Armand Colin), chef-d'oeuvre d'érudition et de réflexions sur Israël depuis les origines, sa images (6).jpegperception par une certaine gauche, le danger islamiste (admirablement décrit aussi par Sansal -tant en Algérie que dans nos "cités"), l'assimilation dangereuse entre Israël et le régime nazi et beaucoup d'autres sujets qui devraient faire davantage débat (les menaces réitérées de l'Iran d'effacer Israël de la carte du monde, par exemple) et qui, curieusement, n'émeuvent pas outre mesure les opinions française et internationale... M'est avis que ce livre fera date. 

    Les pissenlits, de Yasunari téléchargement (1).jpegKawabata (Albin Michel), roman inachevé et d'une grande poésie où percent l'ellipse, la cécité, la folie heureuse ou bien naïve, les beautés de la nature, l'approche sereine de la mort.

    Total Kheops, de Jean-Claude Izzo (folio policier), premier volume de la trilogie marseillaise de Fabio Montale : il était temps que je m'y images (8).jpegplonge! -Quel plaisir, nom d'un p'tit bonhomme... On circule dans ses pages (et dans un Marseille dont on tombe forcément amoureux) comme dans un grand Fred Vargas : L'homme à l'envers par exemple, relu avant l'été just for pleasure). Je suis d'ailleurs en immersion dans Chourmo, le second volet de la trilogie qui s'achève avec Solea, du regretté Izzo. 

    Le garçon qui voulait dormir, d'Aharon Appelfeld (Points), l'immense écrivain s'autodécrit à travers les traits du jeune Erwin, 17 ans, recueilli en Palestine (encore sous mandat images (7).jpegbritannique) après la guerre, et qui commence une seconde vie déjà, au moment de bâtir Israël. L'adolescent ne trouve l'apaisement que dans le sommeil. Il semble vouloir oublier, tandis qu'il cultive inconsciemment les souvenirs. En réalité, la fuite inexorable et prégnante dans le sommeil lui permet de retrouver ses parents morts dans les profondeurs de la nuit, lui qui doit aussi désapprendre sa langue maternelle pour apprendre l'hébreu. C'est puissant et tendre à la fois, prodigieusement onirique et tendu, et à la fois accroché au réel. Un livre aussi bouleversant que l'inoubliable Histoire d'une vie, du même Appelfeld (Points).

  • Fissa

    images.jpegPêle-mêle, j’ai moyennement aimé Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck (Minuit) un rien "je m’écoute écrire comme on écrit dans la maison Minuit depuis Beckett jusqu’à Echenoz" –mais bon l’histoire tient debout et elle est (comme il se doit) froide comme images (1).jpegun serpent d’acier. Le plus gênant est peut-être (pour en avoir discuté avec d'autres lecteurs) l'emploi de la deuxième personne : vous avez fait ceci et vous allez faire cela... Au lieu du je ou du elle classique. Mais aucunement le meurtre du psychanalyste à l'arme blanche ou le quotidien (banalement) ordonné d'une femme (banalement) larguée par son mari avec un bébé dans les bras.

    J’ai préféré Le sermon de la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud), à la belle écriture tendue et qui ne cède jamais, en dépit de nombreuses divagations bien contrôlées et parce que c’est une belle métaphore de la roue de la vie doublée d'une saga familiale et tout cela gravite autour d'un bar paumé en Corse, tenu par deux jeunes amis frais émoulus de leurs études de philo.

    Oui, vous savez, ce sont des livres qui n’ont rien à voir entre eux mais dont tout le monde parle, avec une poignée d’autres ("le" Olivier Adam : bof, "le" nouveau Harrison : à lire dans la foulée, "le" Angot : laisse béton, "le" Djian : mouais), dans le maquis de cette rentrée protéiforme, pauvre pour une fois en autofiction nombriliste (qui s'en plaindra?) et qui s’appuie volontiers (panne d'imaginaire?) sur des faits de société servis chauds par les écrans de notre quotidien comme ce n’était plus le cas depuis des images (2).jpeglustres.

    D’ailleurs, j’entame Rue des Voleurs, de Mathias Enard (Actes Sud) qui a choisi le Printemps arabe pour toile de fond -entre deux friandises (et en attendant octobre qui nous apportera le dernier Quignard que nous souhaitons moins déçevant que le précédent et un Modiano que l'on dit exceptionnel) :


    Sur l’oisiveté, de Montaigne, adapté en images (3).jpegfrançais moderne par André Lanly. Débat : images (2).jpegcette adaptation (très récente, des Essais dans la collection Quarto/Gallimard -et il s'agit avec Sur l'oisiveté d'un extrait) est-elle supérieure à celle, admirable, de Claude Pinganaud (pour Arléa)? Il nous faudra comparer les deux textes (à suivre, donc). Ce petit
    2€ - Montaigne, Sur l'oisiveté.jpgrecueil reprend les chapîtres sur l'oisiveté, le pédantisme, la cruauté, la fénéantise et la colère.

    Replonger au hasard dans les  Maximes de La Rochefoucauld est un plaisir gourmand comme celui de chiper des bonbons l'après-midi. Nul ne peut se lasser d'ouvrir un tel livre et d'y trouver à chaque fois une perle d'intelligence, un trait d'esprit d'une acuité redoutable sur la nature humaine.

    Autre mini-poche : Un voyage érotique (anthologie) : Antiquité, Renaissance italienne, libertinage, érotologie arabe, le sexe sacralisé dans la liitérature asiatique et quelques pépites modernes glanées chez Wilde et chez Lawrence. Jamais sulfureux, toujours littéraire. Ces trois minces mais denses sont disponibles en folio 2€ et j’adore cette petite collection !

    images (4).jpegIl y a également des petites choses intéressantes à parcourir : Marilyn Monroe à 20 ans (« les secrets de ses débuts », sous-titre l’éditeur Au Diable Vauvert) de Jannick Alimi, car il y est question d'avant Hollywood : l'orphelinat, la pauvreté, un passage en usine comme ouvrière, des débuts inavouables de call-girl, de pin-up, les poses pour un photographe comme modèle low-cost, le premier divorce (Jim Dougherty)...  Et c'est donc touchant.

    Je relis Une autre jeunesse, de Jean-René Huguenin que Points a la bonne idée de reprendre dans sa collection images (4).jpegimages (5).jpegchic intitulée Signatures (et dans sa collection tout aussi élégante intitulée Grands romans, un fort et beau livre peu connu il me semble, maritime, ample, humain, exotique, cru, âpre de Yasushi Inoué, Rêves de Russie). Huguenin ou la voix d'une génération perdue, trop tôt flambée, qui faisait écho aux Hussards. Huguenin ou la fougue romantique d'une prose élégante et audacieuse (souvenez-vous de La Côte sauvage, et de nombreux passages admirables de son Journal).

    Je musarde entre les pages du Dépaysement, images.jpegsomptueux recueil de voyages en France signé Jean-Christophe Bailly (Points), qui partagea le Prix Décembre avec l'ami Olivier Frébourg (lire ici le compte-rendu de Gaston et Gustave daté du 14 novembre 2011).

    Jimages (1).jpege m’apprête à découvrir Exils, pièce de théâtre de James Joyce (folio), parce qu'un chassé-croisé amoureux entre deux couples pour sujet excite immanquablement, qu'il s'agit de la seule pièce de Joyce qui ait été sauvée et que l'éditeur affirme que c'est le laboratoire de toute son oeuvre, avec pour outils la tromperie, la dispute, la franchise, la jalousie, la cruauté, le vertige...  

    Je relirai enfin (de longues années après) Paris est une fête detéléchargement.jpeg Papa Hemingway dans une jolie édition collector (folio) revue et augmentée notamment d’un catalogue de « vignettes inédites » (d'autres fins possibles, car l'auteur hésitait et souffrait comme un chien pour achever ses livres!). C'est le Paris des années 20, vu par Hemingway (donc la plupart du temps depuis les comptoirs de La Closerie des Lilas et d'innombrables bars). On y croise des personnages comme Gertrude Stein ou Ezra Pound mais c'est un Paris aussi dépaysant que le fameux Piéton de Léon-Paul Fargue.

    Comme toujours sur ce blog -on l'aura compris-, le format de poche est privilégié. Comme sont mis en avant les bons flacons pas trop chers et les curiosités gastronomiques :

    L'IBERIQUE_FOIE GRAS AU JAMBON SERRANO.jpegEN LISANT, EN DEGUSTANT

    A l'aide d'une bonne lame, entamez L'Ibérique, un foie gras de la Comtesse du Barry enroulé dans une tranche de jamon serrano et parfumé (un peu trop à mon goût) de vinaigre balsamique. C’est un mi-cuit de 200g (30€).

    Je l’ai fiancé, non pas à un champagne ou à un blanc tranquille (sec) mais à un, puis deux excellents petits vins (rouges) par leur prix mais grands par leurs goûts : COSTIERES CHAT. DE CAMPUGET copyright costières de nimes.jpgVAUGELAS PRESTIGE copyright bonfils.jpgchâteau Campuget tradition 2010, un Costières-de-Nîmes à 3,60€ qui ne s’en laisse pas compter : il est puissant et rond, vif et long, épicé (poivre) et soyeux. L’autre est château Vaugelas, Cuvée Prestige 2010, un Corbières magnifique, modeste et richissime (fruits rouges et noirs, vanille, poivre, soyeux lui aussi et même velouté) qui coûte 4,5€ ! Deux vraies affaires en ces temps de Foires aux vins où les gens font du yoyo avec leur calculette entre les rayons, jusqu'à en oublier l'usage du tire-bouchon... Lisez et buvez.