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  • En relisant Esteban

    Claude Esteban, poète essentiel.

     

    Ta langue, tes seins, ton sexe. Je te retrouve en deçà des feuilles, sous le pollen. Je me glisse dans l'écartement des pétales. Je te surprends, toute neuve d'avoir gémi. Tu trembles, tu me retiens, tu me déracines. Je bois le sel qui se répand de chaque lèvre. Je m'enfuis.

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    Je m'éloigne de l'aube. Je

    rejoins

    ce puits d'ombre qui dure sous les étoiles.

    Rien n'a bougé. Les phrases

    du désir

    habitent la mémoire.

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    Extraits de : Le jour à peine écrit (Gallimard).

     

  • Secret Wine

    logo_fre-FR.pngL'agence de communication lyonnaise www.clairdelune.fr a eu la bonne idée d'organiser une dégustation à l'aveugle, de 3 bouteilles de vins, à l'intention de blogueurs oenophiles. 85 ont accepté de jouer à www.secret-wine.com. (Et ainsi de mentionner l'initiative sur leur blog, ce qui est fait !). Chacun a reçu par courrier 3 flacons numérotés avec un bouchon synthétique vert, le tout parfaitement anonyme. En les débouchant, un air de famille se dégageait nettement : nous étions a priori dans le Sud de la France, dans le Sud-Est, voire dans les Côtes du Rhône septentrionales pour la bouteille portant le numéro 390. Les flacons partageaient une robe profonde presque noire, un nez de fruits rouges et noirs, épicé, herbacé la n°390, plus léger la 714. En bouche, l'affaire se compliqua puisque le voisinage des appellations troubla à nouveau ma dégustation. Il s'agit vraisemblablement de vins jeunes : 2007 ou 2008. A la rigueur d'un 2005 pour la 079, ma préférée car la plus charpentée, la plus charnue, la plus complexe, la plus soyeuse et la plus séduisante en somme. Je ne me risquai sur aucun nom de domaine. Je finis par voter sans grande conviction car je ne parvenais pas à trancher entre Saint-Chinian, Côtes du Roussillon et Costières de Nîmes pour la première. Entre Saint-Chinian, Crozes-Hermitage et Vinsobres (Côtes du Rhône) pour la seconde (j'ai même pensé un instant à Cahors, mais le côt ne me semblait pas franc du collier), et entre Gigondas, Chateauneuf-du-Pape et Vacqueyras pour la troisième. Pour un peu, je me risquais -non sur du bizarre, mais sur du réputé meilleur : Rasteau, Cornas, Côte Rôtie, en gardant à l'esprit que je faisais peut-être fausse route et que les flacons pouvaient venir d'ailleurs (Af'Sud, Californie, Chili...). Je votais finalement ceci (résultats le 12) :

    714 : Costières de Nîmes.

    390 : Crozes-Hermitage.

    079 : Vacqueyras.

  • Deux poids, deux mesures : Vargas Llosa et Marilyn Monroe

    Mario Vargas Llosa Prix Nobel, cela m'évoque l'expression si poétique du médecin pour désigner un excès de poids : surcharge pondérale... L'écrivain péruvien devenu espagnol, notoirement de droite, récompensé pour sa cartographie des structures du pouvoir et ses images aiguisées de la résistance de l'individu, de sa révolte et de son échec, laisse à penser que, déjà tellement plombé de prix et récompenses en tous genres, il devra s'acquitter d'une taxe lorsqu'il prendra l'avion pour Stockholm. (Je pense aussi à l'image sinistre de ces généraux argentins et autres russes à la poitrine cuirassée de médailles). Reste que MVL est un excellent romancier. Et que l'Académie suédoise aurait été mieux inspirée en récompensant une découverte, ainsi qu'elle l'a fait, avec des bonheurs inégaux certes, ces dernières années.

    IMG_1529.jpgJe préfère penser, en feuilletant les Fragments inédits de Marilyn Monroe, que les histoires oiseuses sur les blondes vont pouvoir prendre leur revanche. (Etait-il nécessaire de déguiser la publication de ces textes intimes qui disent un amour pour la littérature et des qualités littéraires évidentes, en réhabilitation?..). Antonio Tabucchi, dans sa préface, souligne un signe dans l'existence d'une femme trop belle et réduite au statut encombrant de bombe sexuelle absolue. A l'intérieur de ce corps qu'à certains moments de sa vie Marilyn porta comme on porte une valise, vivait l'âme d'une intellectuelle et d'une poétesse dont personne n'avait le soupçon. Est-ce exagéré? En tout cas, cela explique sans doute pour partie la mélancolie de Marilyn, voire sa dépression. MM rêvait de se réincarner en papillon. Cette légèreté ne manque pas de grâce. Et m'émeut.

    (Et j'adore cette photo, infiniment sensuelle, dont la charge érotique dépasse en puissance tous les nus de M.M.).

     

  • L'enterrament a Sabres

    Pour moi c'est un événement : la reprise dans la si précieuse collection Poésie/Gallimard de la chanson de geste hugolienne, de l'ode à la lande, de ce poème homérique et tsunamique, de cette élégie gasconne d'une belle force tellurique et d'une douceur d'aile de papillon, de cet Office des Ténèbres à la houle majestueuse, de ce chant de grâce et de beauté, de ce poème d'amour à la mort, donc à la renaissance, à la Nature, aux femmes, aux humbles, à la puissance du regard, à l'humus, à l'énergie sourde du silence, à l'oiseau migrateur, à la sagesse des vieux, à l'alios et à la grande forêt de pins, de cette Légende ensorcelante, ensorcelée et  mystique -est, oui, à mes yeux, un événement. Annoncé il y a plus de six mois, je le guettais -un peu inutilement, puisque j'ai l'original paru d'abord chez Ultreia en 1989, puis sa réédition parue chez Mollat en 1996. Et puis sa parution fut repoussée plusieurs fois au cours de l'été et à index.jpgla rentrée. Le voilà enfin! (et d'ailleurs, je ne l'ai finalement pas racheté dans sa troisième version...). Il s'agit du livre le plus essentiel, peut-être, de Bernard Manciet (1923-2005), auteur un-peu-beaucoup-ours que j'eus le plaisir de rencontrer à Trensacq, dans sa retraite de la Haute Lande, et avec qui j'ai partagé le bonheur de publier -chacun son petit bouquin- dans la même collection : lui Les draps de l'été -poème en prose sur la sieste sensuelle des après-midi de l'été landais... et moi Je l'aime encore, long poème en prose, ou journal sans date d'une passion amoureuse torride, sexuelle, donc imprégnée d'érotisme et qui finit mal, forcément, (et dont Manciet me dît, dans une lettre : c'est tellement beau que je ne sais pas ce que vous allez pouvoir écrire après! Purée, ça marque un homme, ce genre de paroles!). Cela vit le jour aux éditions Abacus en 1995, dans l'éphémère collection "Quatre auteurs pour quatre saisons" (les deux autres étaient Michel Suffran et Marie-Louise Haumont. Et les quatre ouvrages étaient emboîtés dans un joli coffret -et j'ignore s'il est encore disponible). L'enterrement à Sabres (titre originel gascon : L'enterrament a Sabres), donc, est paru en format de poche et en bilingue (Occitan-Français) comme la plupart de ses nombreux livres. J'aime profondément l'idée de cette édition à vocation populaire. C'est l'oeuvre poétique majeure de Manciet, qui a beaucoup écrit, d'autres poèmes d'une émotion forte (Un hiver, Accidents, entre autres), des essais brillants (précieux Triangle des Landes, et Golfe de Gascogne), des romans bouleversants et d'une splendide concision (Le Jeune Homme de novembre, La Pluie, Le Chemin de terre). Je sais, je suis certain qu'un jour, dans des années, Manciet sera reconnu comme un immense poète, comme un René Char gascon. Je prends les paris.