Angora
http://musique.fluctuat.net/alain-bashung/angora-t8522.html
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Quand même, Aragon, parfois, c'est pas si mal, non...
Chanson du miroir déserté
Où es-tu toi dans moi qui bouges
Toi qui flambes dans moi soudain
Et ce mouvement de ta main
Pour mettre à tes lèvres du rouge
Où es-tu plaisir de ma nuit
Ma fugitive passagère
Ma reine aux cheveux de fougère
Avec tes yeux couleur de pluie
J’attends la minute où tu passes
Comme la terre le printemps
Et l’eau dormante de l’étang
La rame glissant sur sa face
Dans mon cadre profond et sombre
Je t’offre mes grands secrets
Approche-toi plus près plus près
Pour occuper toute mon ombre
Envahis-moi comme une armée
Prends mes plaines prends mes collines
Les parcs les palais les salines
Les soirs les songes les fumées
Montre-moi comme tu es belle
Autant qu’un meurtre et qu’un complot
Mieux que la bouche formant l’o
Plus qu’un peuple qui se rebelle
Sur les marais comme à l’affût
Un passage de sauvagines
Et battant ce que j’imagine
Anéantis ce que tu fus
Reviens visage à mon visage
Mets droit tes grands yeux dans tes yeux
Rends-moi les nuages des cieux
Rends-moi la vue et tes mirages
Allez voir La journée de la jupe, film bêtement boudé par les grands réseaux de distribution en salles parce qu'il a été diffusé sur Arte en avant-première (en clair, il a osé paraître en poche avant de sortir en grand format, du coup ça boude, en haut), car c'est une oeuvre cinématographique qui transcende les genres. Cinéma, théâtre (une tragédie)... Huis-clos, unité de lieu et de temps, circonscription des personnages et contrôle strict du texte, arborescence des sujets, intensité dramatique tenue bride serrée, poupée gigogne des sentiments, alternance des styles, confusion lucide des procédés, interprétation extraordinaire d'Isabelle Adjani... Un bijou, cette jupe, signée Jean-Paul Lilienfeld. Ni leçon de morale, ni film à thèse, mais plutôt exposition sensible de cet essentiel qui touche, un jour, à l'improviste, au plus profond de l'histoire d'une poignée d'êtres, plongés d'un seul coup d'un seul dans le même bain. Celui de l'existence dans son tissu le plus fragile.
Voici la fin du papier que je consacre à Noël Labourdette (cigare le Navarre), dans le dernier n° de "Maisons Sud-Ouest" (le reste en kiosque, avec notamment un portrait d'Ivan Levaï et un compte-rendu de visite-test au SPA du Grand-Hôtel de St-Jean-de-Luz. La vie est dure) :
"..Noël Labourdette voulait que la terre choisisse la variété du tabac. Ainsi, plusieurs furent travaillées à l’aveugle. Au fil des ans, Labourdette et son commando de choc travaillèrent les techniques de séchage, de fermentation, avant de trouver un endroit pour installer la manufacture, proche des plants, pour ne pas faire « voyager » le tabac. À Navarrenx, seize personnes travaillent, dont neuf rouleuses de cigares. Quatre sont Cubaines : Olga, Daymi, Greta et Maory. Christophe, tabaculteur, ou « veguero », vit sur la plantation –dont il est propriétaire-, et veille, avec quinze autres personnes, aux séchoirs et aux « tapados », ces voiles de mousseline qui filtrent 17 à 20% du rayonnement solaire et protègent ainsi les précieuses et fragiles feuilles de cape. Comme à Cuba. « Mieux ! Mes capes sont parmi les meilleures du monde, selon certains acheteurs mondiaux, dit Noël. Mes méthodes de fermentation sont uniques, bien qu’inspirées du travail de la vigne. Je tiens à diriger la fermentation afin de contrôler parfaitement la qualité de chaque feuille de cape. Je définis les degrés d’humidité et de chaleur nécessités par chaque type de feuille : capes, hautes (pour la force), basses (pour la combustion), moyennes (pour les arômes). Les capes ne sont jamais en contact avec l’eau, fut-ce en micro gouttelettes. » Cuba a commencé de s’inspirer de la méthode, « pour améliorer leur production, pas pour m’imiter ! », précise Noël, modeste.
L’eau qui descend de la Pierre Saint-Martin en devenant la Mielle, rivière d’une pureté rare, arrose le tabac. L’absence de culture intensive et la très faible utilisation d’engrais chimiques autour de la plantation de Moumour sont avérées. La plantation a minoré par quinze les engrais nécessaires au tabac. Le taux de substances cancérigènes y est dix fois inférieur à la moyenne nationale. Nous pouvons écrire que Noël a inventé le cigare bio. Le cigare français bio. Mieux : le cigare béarnais bio.
En dix ans, Labourdette a réussi le pari difficile de l’élégance, dans un monde de brutes où la subtilité devient rare. Il pourrait faire des cigares « markettés », virils, comme un vigneron peut faire du vin sur concentré, façon confiture de mûres, pour plaire à un Parker au goût étrange mais terriblement prescripteur. Non. Labourdette donne dans le cousu main, il fait naître, élabore, élève des cigares pourvus d’une belle progression de fumage, dotés d’une suavité et d’une complexité étendues. Le Navarre n’est pas un cigare racoleur. Il exige une attention particulière. Sa palette aromatique a même élargi le vocabulaire dédié : on parle de figue fraîche, de châtaigne, à propos du seul Navarre, cigare synonyme de raffinement ; pas le luxe. Labourdette est d’ailleurs tout sauf un homme ostentatoire. C’est un hédoniste discret qui n’entend pas dévier du chemin de la qualité extrême."