2 nouvelles balades très nature dans Le Nouvel Obs de ce matin
Voici la première, consacrée aux grands lacs pyrénéens, du côté du Néouvielle, en plein Parc national.
Papier paru dans TéléParisObs daté du 7 au 13 mai :
Voyage en altitude dans la réserve du Néouvielle
Faune étrange et flore rarissime attendent le randonneur autour des grands lacs d’altitude, dans la réserve du Néouvielle, en plein Parc national. Les Pyrénées à l’état sauvage et beau.
La forêt de pins à crochets, aux alentours du lac de Cap de Long, c’est Brocéliande revue et corrigée à la manière des estampes japonaises. Rares sont les oiseaux. Tous se taisent. Des branches craquent ici et là et sous nos pieds. Et toujours ce bruit torrentiel de cascades qui dialoguent d’une paroi l’autre…
Le massif du Néouvielle expose ses grandes eaux : lacs d’Orédon, d’Aubert, d’Aumar, de Cap de Long et de l’Oule. Et ses laquettes. La plus grande conduit au barrage d’Aubert. Le décor est vaste et planté de pins à crochets pluricentenaires. Nous sommes au pays des marmottes. Les rhododendrons et les raisins d’ours, les gentianes, les anémones couvrent les landes aux airs de pelouses rasées de frais. Tout autour, des chemins sont des invitations à grimper. Les grands pics, de 3000 et plus, ou moins, qu’importe (lorsqu’on aime la montagne, on ne compte pas), semblent s’être donné rendez-vous. Néouvielle, Ramoun, Campbieil, Lustou, Batoua. Depuis le col d’Estoudou, via le GR10, le lac d’Orédon à ses pieds, le randonneur se sent pousser les ailes de Zarathoustra. Magie de la réserve du Néouvielle. Laquettes enchâssées. L’insouciance des paysages. Leur rudesse. Ces troncs tordus –certains très vieux pins à crochets des bords du lac d’Aubert ressemblent à des aussières aux torons serrés, nerveux, torturés à mort. Gris scintillant, presque métallisé. Massif granitique. Aiguilles de pierre. De la Hourquette d’Aubert, une forêt antique cache à peine le pic du Néouvielle. Aumar et Aubert sont à nos pieds. L’expression « grands espaces » saute comme un lapin, du stylo au carnet.
Projet. Aller voir le Gourg de Rabas. Pour son nom étrange. Et rien d’autre. Lac d’Aubert, col de Madamète. Le Gourg est décrit poétiquement comme « un petit lac lové dans une cuvette de granit. » Le crapaud accoucheur y bat son record d’altitude : 2400 mètres. Deux bonnes raisons de serrer les lacets et de repartir. Arrivé dans la grande Réserve, par Orédon, un sentiment Canadien étreint le voyageur. La brume répugne à se dissiper, de surcroît, sur la nappe d’Orédon, augmentant ainsi ses mystères de Grand Ouest devenant Grand Nord. Le bruit sourd d’une cascade rappelle l’océan déchaîné, la nuit. Un vent tempétueux à la cime d’une forêt de plaine. Dans cette espèce d’obscurité blanche, un lac –deviné-, devient une fosse aux secrets, un abîme insondable. Une invitation au voyage au centre de la Terre.
Euprocte. Et aussi desman, cincle plongeur... Les lacs engendrent du bizarre. À côté de cette faune rare qui se cache, la truite fario et la bergeronnette des ruisseaux deviennent des passants ordinaires. On prête moins attention au moucheté des flancs de l’une et au ventre jaune de la seconde. Nous recherchons l’exceptionnelle rencontre avec ces étranges petites traces de la Préhistoire, à ces jolis cadeaux endémiques. Un lac d’altitude est prodigue, exotique, surprenant, généreux. À ses abords, les cadeaux abondent. C’est un Cabinet de curiosités. Un cadeau de Noël peut surgir à chaque pas.
Ici des renoncules à feuilles capillaires et des laiches des rivières. Là des grassettes, des droseras et des sphaignes, signalent la présence de tourbières près des grands lacs. Il est étrange de marcher sur le sol meuble, mouvant par endroits, des prairies tourbeuses « qui sont le résultat de la décomposition de déchets et de restes végétaux accumulés au fil du temps », lit-on sur un panneau du Parc. Nous passons du Canada à l’Irlande. De l’immensité du lac évoquant une mer intérieure à la spongiosité, à la sensation du gorgé d’eau qui happe le pied. Magie des lacs d’altitude. Prairies tourbeuses, végétation éponge, tourbières lacustres qui comblent peu à peu les lacs de faible profondeur. La tourbe gagne par le fond. Il ne manque que des bécassines égarées au bord de cette laquette. Envie légitime d’une Guinness pression…
Montée vers Cap de Long. Tout à coup, le ciel s’ouvre, débarrasse la table, tire la nappe à lui, les nuages se dispersent plus vite qu’un troupeau de moutons effrayés, ils ouvrent la voie, découvrent en contrebas le lac d’Orédon et la forêt de pins à crochets aux troncs bandés comme des arcs, qui l’environne. Fourrure protectrice. Le mauve et le jaune des fleurs illuminent un paysage qui sort de l’ombre. Phares. Fleurs sauvages, granit sec, pentes anguleuses et coupantes. Comment ce pin-ci peut-il rester planter là ? Escarpement, hostilité, paysage en rasoir.
Un grand corbeau traverse, royal, de part en part, le paysage suspendu au-dessus du lac, comme un funambule qui danserait sur son fil au-dessus d’un grand Canyon.
Le brouillard nous enveloppe à nouveau, nous caresse, nous humecte les cils ; nous noie enfin. Englouti, nous devenons avion plongé dans un bain de nuages. Les phares blancs, cette fois, de pâquerettes tout autour, tremblent légèrement au passage d’une bise timide. Le soleil persiste à vouloir percer, qui plante la fine lance d’un rayon dans nos yeux.
Une fenêtre de ciel bleu dans la brume, pointe Cap de Long du doigt. Il est tour à tour gris granit des origines, minier, et gris souris, puis gris étain, ou plomb fondu, gris noir enfin, de cette teinte trop mate pour un Pantonier que seuls les dieux pourraient dessiner, avec le recours de la lumière. Et la facétie de ses jeux et ballets incessants.
La surface du lac, vue d’en haut, à toucher presque Cap de Long, et un léger clapot provoqué par des langues de vent râpeuses, figurent un toit de grange ariégeoise, aux reflets d’ardoise, qui n’aurait pas de fin, comme on en trouve, assoupies par le temps, nichées au fond de la vallée de Bethmale, en Couserans ; leurs ailes grises étendues comme celles d’un albatros mises à sécher.
Même mieux caché qu’un trésor par une épaisse purée de pois blanchâtre, un lac demeure une présence grande. Un quai des brumes. Nous l’entendons bruire, clapoter, couler, sourdre, cogner à ses bords. Bateau à quai. Alors nous le sentons, ce lac, nous éprouvons sa vérité de monstre assoupi. Nous le guettons en silence, par crainte d’éveiller sa tension en mode pause. Deviner le lac relève de la chasse à l’approche.
©L. M.
Texte & photos.
Pratique :
- Y aller : Paris-Tarbes en TGV via Bordeaux. 5 h environ. Puis prendr el aroute des lacs, jusqu’à celui d’Orédon.
- Manger et dormir : A Luz-St-Sauveur : Hôtel-restaurant le Montaigu, 0562928171
Auberge du Lienz chez Louisette, à Barèges 0899022096
Hôtel restaurant Le Viscos à St-Savin (gastro), 0562970228
Refuge, sur place (aux portes du Parc, à 1820 m d’altitude) : celui du Lac de l’Oule, proche de Saint-Lary et sur la route d’Espiaube 0562984862
- Carte IGN TOP 25 1748 ET
- Lire : Lacs et barrages des Pyrénées, Privat, textes : ma pomme. Aquarelles de Philippe Lhez.



... Pas l'autre, qui se tire la bourre avec Lévy (Marc) pour être le plebiscité le plus niais du moment.

la rentrée. Le voilà enfin! 

21 ans après sa disparition, voici un nouvel inédit de René Char. Oh, il s'agit de peu, mais Le Trousseau de Moulin Premier, qui paraît ce mois-ci à La Table Ronde, est un ravissant petit livre-objet sous emboîtage, une sorte de fac-similé d'un carnet de cartes postales anciennes de l'Isle-sur-la-Sorgue (point d'ancrage dans le monde durant toute la vie du poète), rehaussé d'une poignée de vers aphoristiques, d'amorces de poèmes (tous manuscrits) publiés l'année d'avant![jabès [edmond] 03.jpg](http://leonmazzella.hautetfort.com/media/00/01/470231279.jpg)
Le livre de Jabès ne ressemble pas au « Livre de sable » de Borgès, c’est-à-dire au « livre-légende », au livre mémoire, au livre anonyme comme un proverbe, même si, comme Jabès le disait lui-même, « mon livre est fait sur du sable et avec du sable. Ce n’est pas non plus tout à fait « Le livre à venir » dans le sens où l’entendait Maurice Blanchot : « Mon livre », m’a dit Jabès, « se projette toujours dans un autre livre, c’est un nouveau commencement, pas un recommencement. Le livre, c’est la durée. Un projet d’avenir. Un mouvement perpétuel, en somme. A l’instar de ceux qui, comme le poète Yves Bonnefoy, pensent que « l’imperfection est la cime », Edmond Jabès pensait que l’inachevé est la fin et que les chemins qui ne mènent nulle part (chers à Heidegger), valent mieux que ceux qui ont une destination certaine. Citant Valéry : « L’essentiel est de ne jamais arriver », Jabès montrait combien il était convaincu que les seules limites du livre sont nos propres limites. Au fond, cet homme viscéralement incapable de tout enracinement, avait finalement trouvé ses racines dans le livre –en tant que lieu.
Et voilà, et c'est merveilleux : l'ami Patrick Espagnet (1950-2004), qui fut un très brillant journaliste (sportif) à Sud-Ouest et un trop bref écrivain (La Gueuze, Les Noirs, XV histoires de rugby), a son Festival! A Grignols (Gironde) où il naquit. Cela se passe à la fin du mois. Demandez le programme : http://arpel.aquitaine.fr/spip.php?article100002304








