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Impudeur, narcissisme, vacuité, vanité, degré zéro de la politique

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J’ignore pourquoi je commence à regarder la toujours plus pathétique cérémonie des machins, des quoi déjà, enfin de Cannes, les palmes, le festival de l’entre-soi érigé en pestacle décomplexé du narcissisme stratosphérique qui s’autocongratule sans honte ni limites, « sin verguenza » dirait ma mère, avec trémolos et larmes et silences calculés, répétés (les lauréats ont été prévenus à l’avance), le cinéma toujours, mais indigent, avec le mot « merci » répété ad nauseam, car ils remercieraient jusqu’à la concierge du Carlton qui leur a monté leur smoking repassé, et je me dis que le monde du cinéma ne doit plus aujourd’hui étudier à la Fémis ou à l’Actor studio mais à Sciences Po - enfin, à l’école de mes belles années (et dont je suis fièrement diplômé), laquelle avait de la teneur, du sens, de l’épaisseur, mais qui a été violemment et soudainement remplacée par une officine islamiste et antisémite, comme chacun sait. Juste pour dire qu’il n’est question que de bons sentiments politisés à mort et systématiquement, avec de gros sabots souvent ineptes et inconsistants, du niveau des slogans de ces « mutins de Panurge » pour citer le regretté Philippe Muray, et ce dans chaque discours assorti d’affligeantes déclarations sur l’oppression, les guerres injustes (sic), les minorités massacrées, l’abomination qui gouverne le monde, les souffrances dont on nous a fait le résumé afin que nous soyons au courant, nous les acteurs, réalisateurs qui lévitons au-dessus du monde, occupés que nous sommes à continuer de réaliser obstinément des films dont le sujet tourne toujours et seulement autour de notre petit univers : les problèmes de la création, les interrogations d’une actrice ménopausée, les angoisses d'un réalisateur vieillissant, bref, leur nombril encore et encore – c’est d’un fatigant. Et puis la Palestine bien sûr mais pas seulement, et j’en passe par pudeur. Tout cela devant un micro, fondu dans des toilettes de « créateurs » hors de prix, face à un amphithéâtre empli d’un microcosme ayant l’impudeur d’accepter de se faire filmer par France Télévisions afin de distraire, voire de fasciner la France d’en bas devant son poste, la ménagère et la coiffeuse, le chauffeur de taxi et le docker, et ça s’embrasse, et ça s’applaudit à tout rompre, et ça hurle même à l’annonce d’un palmé (le ridicule ne tuera hélas jamais), avec une musique forte de péplum en fond, et ça continue de se dire je suis la plus belle, je suis le plus inventif, nous sommes incroyables, inncraidibeule, et ça persiste à faire semblant, le cinéma toujours. La sincérité est l’immense absente de ce genre de pitoyable cérémonie (je n’évoquerai pas les Molières et autres grossièretés nauséabondes rendues publiques elles aussi ces temps-ci)... Alors il est temps de zapper. Je revois, histoire d’augmenter si cela est encore possible mon dégoût, ces coudes articulés par dizaines cette quinzaine, comme des chats dorés pour le Nouvel An chinois, qui font s’agiter une main paralytique vers un public avide que l’auteur du geste s'applique à ignorer, ne voit même pas, mais auquel il sourit très bêtement, ces gestes d’une idiotie maximale que l’on tolère lorsque seuls le Roi d’Angleterre et le Pape les exécutent. Et encore. Mais, avant, je m’installerai ces prochains jours dans une salle obscure – mon plaisir inouï et intact depuis mon enfance : le noir se fait enfin, le rideau s’étire, le logo d’un producteur majeur apparaît, la stéréophonie frappe mes tympans à les faire vibrer, je m’enfonce, me cale mieux au fond de mon fauteuil et j’ouvre très grand mes yeux et mon âme et mon corps au film qui commence -, ma liste est longue car j’ai pris du retard et certains ne sont pas encore en salle, mais je note, car je ne veux en rater aucun : Les rayons et les ombres, L’Abandon, La Bola Negra, L’Être aimé, La Vénus électrique, La Bataille De Gaulle (1 et 2), Hamlet, Paper Tiger, Notre salut, Fatherland. Liste non exhaustive. L.M.

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P.S. : Je sais, c'est parce que, après un excellent déjeuner au Bar du Marché, afin de rendre hommage à Josette, alias Joséphine (lire plus bas l'article dédié à sa disparition),  j'ai vu cet après-midi sur grand écran, dans un charmant pub irlandais bayonnais, Katie Daly's, le match époustouflant de l'UBB contre Leinster en finale à Bilbao, soit un rugby d'anthologie, de respect face à un pack irlandais hélas absent. Et que ce match, partagé avec quelques pintes de Guinness, mon vieil ami Benoît Lasserre et le seul Irlandais présent, m'a galvanisé. Alors oui, les affligeantes autosatisfactions cannoises qui devraient être interdites par la loi, ce fut non. Na.

Commentaires

  • Je n'ai pas écrit, mais j'ai pensé . A peu de choses près mes réflexions rejoignaient les vôtres. Donc, pas de redites inutiles ou bien, alors, ce serait comme un barrage se rompant...
    Juste, cependant, souligner que, au delà des évènements eux-mêmes et de la qualité ou non des personnes, le monde en général -et dans tous les domaines- parle trop. Un raz-de-marée d'analyses et d'études inutiles se déverse inlassablement de tous les canaux d'information possibles. Je ne peux m'empêcher de penser, au moins pour le titre, à "Amédée ou Comment s'en débarrasser" . Sur 24 heures d'une chaîne de télévision, une ou deux heures suffiraient largement. Comme un discours de remise des Oscars à Simone Signoret en 1960: moins de deux minutes entre sa montée sur scène, son "discours" et sa redescente dans la salle. Et tous les domaines sont à l'aune de cette frénésie d'étalement. Comme dans les foires et fêtes foraines dans lesquelles les bateleurs rivalisaient d'inventivité afin d'attirer le gogo.
    Rien qu'hier -et je ne parle pas des évènements dramatiques qui se déroulent autour de nous- sur les chaînes publiques, Roland Garros, Rugby et Césars.....Césars, c'est vu. Roland c'est, maintenant, une tribune permanente qui débute désormais aux qualifications, et Rugby, au moins une heure avant et une heure après...Tout quasiment sans aucun intérêt si ce n'est celui d'attirer la chaland et de rapporter des sous, je suppose.
    Andy Warhol et son 1/4 d'heure de célébrité mondiale pour chacun, "La société du spectacle" pour Guy Debord, nous y sommes. Et ce n'est pas encore fini!

  • Je viens de lire le résumé Wikipédia à propos de Philippe Muray que vous citez: "les mutins de Panurge". A ma grande surprise -vu son pedigree et son âge (le mien à un an près) - je suis surpris d'être totalement passé à côté de cet écrivain, alors que tout ou presque aurait dû nous rassembler d'une manière ou d'une autre. Merci donc pour cette nouvelle référence.

  • Il y a une solution simple pour échapper totalement à cet entre-soi insupportable : ne pas regarder ces cérémonies de remises de prix quels qu’ils soient…

  • Mes chers amis (de KallyVasco) André et Jean-Jacques, Tout à fait d'accord avec Jean-Jacques : ne pas allumer le poste nous préserve de tant et tant de choses néfastes et nauséabondes, propres à tarir notre bonne humeur et à nourrir les mauvaises, lesquelles déteignent de manière hépatique sur le teint pâlichotte de nos journées. Muray, cher André, est in-dis-pen-sa-ble ! Ces "Exorcismes spirituels" publiés en plusieurs volumes aux Belles Lettres, sont des bréviaires à brandir, et pour commencer, prenez donc à bras l'esprit "L'empire du bien" (Tempus), un quasi classique. "Le festival de Cannes, disait Coluche, c'est à cause des croulants qui ont besoin de s'appuyer... sur des cannes". Sans décanner ?..

  • C'est exact.
    Mais toujours une sorte d'attirance vers un art majeur.... et puis, le soir, vers 23 heures, un peu de zapping.... et vision d'Isabelle Huppert parlant sobrement -ce qu'elle sait faire- et puis, rapidement, le désintérêt me gagne....Quoi? 5/10 minutes pour atteindre l'insupportable! Insupportable, d'ailleurs, dans pratiquement tous les autres domaines: de la littérature à la politique en passant par le sport Trop de parlottes, de bavardages inutiles. Et l'émotion?! Partout et tout le temps cette émotion à "l'américaine". Un point au volley et tout le monde doit taper dans les mains de tous les autres jusqu'à plus soif. Et ainsi de suite. Sur les plateaux littéraires tout le monde est intelligent et parle à la perfection...Je parle de télévision, bien entendu. Pour le reste, la radio, les journaux, les spectacles, le contact humain....tout reste possible. A la télé, obliger de sérier, de contrôler en permanence....Un vrai combat....Et je ne parle pas de la publicité! Que reste-t-il? Et bien, la choses elle même: comme le match, par exemple, entre les deux coups de sifflet d'ouverture et de clôture. Voila.

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