Premières délibérations du Prix Paul-Jean Toulet 2026

Cela se passait hier soir à Lapérouse, un restaurant mythique des quais de Seine à Paris*, à l'angle de la rue des Grands-Augustins pour être précis, non loin du Quai Conti, soit de l'Institut de France, et qui fut vraisemblablement relié jadis au Sénat par un tunnel secret afin que les sénateurs puissent rejoindre à leur train, en catimini et en profondeur leurs péripatéticiennes favorites, auxquelles ils offraient des bijoux dont elle vérifiaient la pacotille ou bien la valeur en striant les glaces sans tain des alcôves de ce lieu baroque et envoûtant lorsqu'on s'y promène mal éclairé par une lumière étudiée, soit d'époque - avec leurs pierres montées... Nous étions à la cave pour délibérer. Un lieu magique prolongé d'infinis couloirs couverts de centaines de bouteilles de rêve (je me suis contenté de photographier le copieux rayon de la Romanée-Conti), en me récitant des mots de Pierre Veilletet à propos de l'esprit de la cave justement, qu'il donna à l'un des tous premiers numéros de la revue de Jean-Paul Kauffmann, L'amateur de Bordeaux, en 1984 je crois (flemme de plonger dans mes archives). De mémoire, cela donne : c'est dans les caves que s'ourdissent les complots. Le jury quasiment au complet du prix Paul-Jean Toulet, enrichi de Fanny Ardant, n'eut pas à ourdir quoi que ce soit hier, mais à se contenter de fêter la littérature touletienne, en tous cas à la flairer, à la repérer parmi de nombreux ouvrages tous talentueux, correctement rédigés, riches de sens et avant tout pourvus d'un style singulier, de mâche comme on le dit de certains vins tanniques, voire de puissance. Sous les voûtes, nous étions bien, couverts comme pour une clandestine traversée de Paris à l'abri des drones, la volaille aux morilles, le cabillaud rôti, le soufflé au chocolat, la syrah qui suivait le chardonnay et un honnête champagne de vigneron dont j'ai oublié le nom se maintinrent au garde à vous. L'humour et l'autodérision furent de mise entre chaque fourchettée, et nous consignèrent au tamis puis au tapis sept ouvrages - dont certains sont à découvrir, pour une seconde séance de délibérations, la remise du prix au lauréat ayant lieu à Guéthary le 30 mai prochain. Qu'on se le lise ! L.M.
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* Lorsque j'étais directeur des rédactions de GaultMillau (magazine et guides) j'avais ambitionné en 2002 de lancer un prix littéraire à cette enseigne, gourmand en diable (avec Gérard Oberlé et Jim Harrison en première ligne de mire) et je m'étais assuré le partenariat de Lapérouse pour nos délibérations. Le projet tourna court hélas.
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La première liste met en lumière sept ouvrages aux tonalités diverses :
Les Explorateurs, Iegor Gran (P.O.L)
Combat toujours perdant, Michel Houellebecq (Flammarion)
New York City Inferno, Simon Liberati (Stock)
Les Tendresses de Zanzibar, Thomas Morales (Le Rocher)
Underdog, Bruno Marsan (Séguier)
Ma Gloire, Florent Oiseau (Gallimard)
Rapport d'activité, Florence Orokieta (Zoé)
Une sélection qui mêle figures installées et voix contemporaines, dans un esprit fidèle à l’éclectisme revendiqué du prix.

