Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Des fragments inédits du fanatique de l'éventualité

IMG_20191118_172426_resized_20191118_052451526.jpg

Que les sceptiques soient rassurés : ces deux livres inédits, traduits du roumain, rédigés entre 1944 et 1945, et qui paraissent, sont du meilleur Cioran. Ce sont deux ouvrages publiés par Gallimard dans la collection Arcades : Fenêtre sur le Rien, et Divagations, qui peuvent d'ailleurs se lire indifféremment, de l'un à l'autre, d'un aphorisme l'autre, en toute liberté, tellement leur cohérence n'a pas lieu d'être, et tant leur incohérence n'existe pas. Tout le Cioran du Précis de décomposition, du Mauvais démiurge, d'Ecartèlement, et même celui des Carnets est déjà là, pour notre plus grand bonheur. Tranchant, glaçant avec sucrosité, drôle, lucide, implacable, pénétrant, gaiement nihiliste, lumineux dans sa noirceur, tonique dans le toxique. Lui, quoi. Certains traits ont été repris par l'auteur dans ses livres postérieurs. Exemple : Ma traversée des jours ressemble à celle d'une prostituée sans trottoir. (dans Fenêtre sur le Rien). Qui deviendra : Je vadrouille à travers les jours comme une putain dans un monde sans trottoirs (dans Syllogismes de l'amertume). Ces 134 + 234 pages acquises cet après-midi, à peine entamées, figurent un grand bonheur de lecture à venir. Qu'on en juge, avec cette toute petite brassée saisie au hasard, et jetée là comme une poignée de sable, avec empressement, pour vous recommander une visite chez le libraire :

La tombe est la seule pharmacie de la mélancolie. 

Les pensées devraient avoir la perfection impassible des eaux mortes ou la concision fatale de la foudre.

Rien n'est plus profond ni plus authentique en nous que notre bassesse.

Dans les villes, j'ai rencontré la mort dans les yeux des passants; en pleine nature : dans le bruissement des feuillages. Mais je l'ai rencontrée plus souvent encore dans les silences du coeur.

Une chose est sûre : la vie n'a aucun sens; mais une autre l'est plus encore : nous vivons comme si elle en avait un.

L'imbécile fonde son existence sur ce qui est. Il n'a pas découvert le possible, cette fenêtre sur le Rien...

À l'extrémité de chaque désir, un noeud coulant.

La vie étant une insomnie, le sommeil est une divinité.

Les coeurs trop mûrs pourrissent dans des vers.

Les peuples gais ne connaissent pas la tristesse, mais l'amertume. C'est le cas des Français. La gaieté est l'écume de la joie; l'amertume, le poison superficiel de la tristesse. 

Bon, j'y retourne. L.M.

Traduction du roumain et avant-propos de Nicolas Cavaillès, auquel nous devons déjà l'édition en Pléiade des Oeuvres (écrites en français) de Cioran.

 

Écrire un commentaire

Optionnel