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  • Black Cahors is back!

    La James Beard Foundation vient de décerner le prix de la meilleure vidéo  à  « The Scent of Black », film réalisé en 2010 par Graperadio.com (Californie) avec le soutien de l’Union Interprofessionnelle du Vin de Cahors. 

    Ce film (cliquez=> http://www.graperadio.com/archives/2010/12/26/the-scent-of-black/évoque à la fois le vin de Cahors et la truffe noire : un même terroir, une même culture gastronomique, un imaginaire mystérieux en commun. Et une couleur en partage : le noir. 

    Pour qui aime comme moi les petits matins dans la campagne cadurcienne, les dégustations chez les vignerons de caractère comme Arnaldo Dimani au Domaine du Bout du Lieu, ou Fabrice Durou, du château de Gaudou, les balades dans les truffières avec Pierre-Jean Pébeyre ou, il y a quelques années, avec Marthe Delon et son cochon numéroté (annuel),  les rituels du Marché aux truffes de Lalbenque, après la dégustation de la fameuse omelette au Lion d'or (servie toute l'année, 28€ : des truffes aux oeufs!), le marché sous la Halle de Cahors le samedi matin, et tant d'autres souvenirs, ce film rameutera la poésie du Lot, la puissance de ses vins issus de Côt (Malbec) et bien entendu le parfum de Tuber melanosporum..

    « The Scent of Black » pourrait encore être primé, car il figure parmi les finalistes du Born Digital Wine Awards (18 mai, Londres)  et du festival Oenovideo (2 -5 juin, Arbois, dans le Jura). 

     

     

  • l'oisiveté, oiseau d'été

    L'oisiveté est mon occupation préférée, se plaisait à dire Montaigne

    Kundera écrit ceci (dans L'art du roman) à propos de la mère de tous les vices : Tant pis si en français, la sonorité de ce mot me paraît tellement séduisante. C'est grâce à l'association corésonnante : l'oiseau d'été de l'oisiveté.

    J'adore. 

  • Cioran en Pléiade

    images (1).jpegLes dix livres écrits en français (les autres le furent en roumain) entre 1949 (Précis de décomposition) et 1987 (Aveux et anathèmes) par le plus jubilatoire de nos pessimistes, le plus ironique de nos philosophes apocalyptiques et sceptiques, paraîtront en un seul volume de la Pléiade en novembre prochain. Voilà qui donne envie de relire en picorant, sans attendre, les milliers d'aphorismes décapants, au style somptueux, et qui agissent comme une vitamine, un tonique sur nos coups de blues, de l'auteur des Syllogismes de l'amertume, de La tentation d'exister, de De l'inconvénient d'être né ou encore de Ecartèlement. Il y avait déjà, outre chaque livre principal disponible en poche, un gros volume de la collection Quarto intitulé Oeuvres. Ce sera là "juste" une consécration posthume pour Emil-Michel Cioran, en même temps qu'une édition fétiche de lecteur bibliophile.

     

     

     

  • mon10mai

    mitterrand2.jpg

    Je n'oublierai jamais cette soirée-là. Je devais me coucher tôt car le lendemain matin, je commencais les épreuves d'examen de fin d'études à Sciences-Po par la matière la plus importante : culture générale. Avec mes potes, nous étions devenus incollables sur le mitterrandisme car il apparaissait très probable que le sujet puisse tomber. A l'annonce du résultat de l'élection, la liesse s'empara du pays comme de mon studio d'étudiant. Nous avons aussitôt bu du rouge, du champagne, puis nous sommes partis dans ma vieille 4L pleine comme un oeuf avec Béné, ma soeur Muriel (je me souviens d'Hervé sur le toit et de je ne sais plus qui accroché au capot, peut-être Roudil) pour faire la fête à quelques centaines de mètres, Place de la Victoire, à Bordeaux (chacun sa Bastille). La nuit fut longue et belle. Le lendemain à 8h, le sujet de l'épreuve écrite fut les nouveaux pauvres. C'était aussi d'actualité... La suite? Mes années tonton, mes années actives, mes années d'homme. La marque de la plus importante tranche d'une vie. Une génération, pas une vénération. Mais une association quand même entre une France enfin à gauche et quinze ans de construction personnelle, intérieure et extérieure. Du coup, trente ans après, mon 10 mai 81 demeure le point de départ d'une existence dans le réel. Char dit : le poème est l'amour réalisé du désir demeuré désir. Je ne sais comment, mais il y avait un peu de ça, le lendemain...

    Photo : le 11, au Panthéon. 

    Le lendemain, elle était souriante...

    P.S. : J'ajoute qu'il est salutaire de relire l'édition du Monde de ce jour-là, offerte en fac-similé avec le journal daté du 12 mai (disponible dès cet après-midi). L'éditorial de Jacques Fauvet d'une part, et les analyses de Noël-Jean Bergeroux et d'André Laurens d'autre part, sont des modèles du genre.

  • Bayonne m'attache

    Voici un extrait de mon livre Philosophie intime du Sud-Ouest (Les Equateurs, 14€ : c'est pas la mort), qui évoque ma ville d'adoption. Parce que ce soir, à Paris, elle me manque comme une femme. Comprenne qui voudra bien essayer de piger le truc.

    51gZyoUWwYL._SL500_AA300_.jpgOuverte au vent océanique et aussi à Aïce Hegoa, le vent du Sud, à la montagne douce, à la campagne mamelonnée, à l’Espagne complice, Bayonne se fout des métropoles. Elle est mon aimant. Paris est loin, Bordeaux davantage. Certaines cités se donnent des airs. Bayonne n’en manque pas. Il souffle les nuits de Fêtes jusqu’aux aurores qui hésitent entre Nive et Adour, à l’heure du partage des eaux et des dégâts collatéraux, des bleus à l’âme et  des pansements distribués par l’amitié. Bayonne partage le pain et le vin avec l’inconnu. Bien sûr s’il franchit avec succès l’initiation infligée par tout Bayonnais. Il faut avoir l’accent, connaître le surnom du nouveau président de l’Aviron, le résultat des matches dominicaux.

    Le Bayonnais est partout. En sous-sol, où l’on conspire à l’aise et préfère cru le jambon, à la lumière : club, peña, cave garnie. En surface : zinc, resto, à la maison. À l’air libre mais circonscrit : terrasse, arènes, stade, plage proche, marché. Enfant, la rue Thiers me semblait plus large et l’Adour figurait le Mississipi de mes lectures. J’accompagnais ma mère Aux Dames de France, devenues Galeries Lafayette, Biarritz Bonheur aussi. Les toreros descendaient au Grand-Hôtel. Les Madrilènes venaient en limousines. Les frontaliers de « San Seba » sortaient par demi-douzaines de Fiat 500 blanches arquées sur roulettes. La cage d’ascenseur du hall de l’hôtel grinçait –j’en entends encore le cliquetis. À l’accueil, l’énorme Monsieur Léonard l’était vraiment. Il n’y avait pas trop de monde aux Fêtes. On ne s’habillait pas en rouge et blanc. Devenu Bayonnais du dimanche, je reviens sur mes années d’enfance et d’adolescence aux écoles Sévigné, Albert-1er, puis au Lycée, à Marracq. Les années surf et mobylette. Mon Bayonne est gris comme les remparts, vert comme les langues d’herbe un peu partout, marron de feuilles de platane en bouillie.

    IMG_0042.JPGEnfant, le jeudi était jour de coiffeur, au Parfum de Paris. Mario m’asseyait face à un meuble en bois sombre orné d’une plaque cuivrée à l’adresse du 11, rue Jean-Goujon. La glace sans tain. Le cuir pour aiguiser le rasoir qui raidissait la nuque en remontant. Je serrais les dents. Les flacons de parfum Old Spice sur l’étagère, voilier bleu dessiné sur fond blanc, bouchons à vis crantée rouge. Ça piquait.

    Avec mon père, nous gobions des huîtres sous les arceaux rue Port-Neuf, le dimanche matin, Le Su’Ouess plié sous le bras. On ne parlait pas encore de (bons) vins du pays –les irouléguy blancs de Brana, de Peïo Espil. On ne trouvait qu’une piquette rouge baptisée Makila, du nom du bâton basque en néflier. Il fallait se cogner du muscadet pour faire passer. Et ça passait.

    Le bonheur d’apercevoir le cloître de la cathédrale chaque mercredi de cours de dessin, chez Madame Chaudière, l’année du bac, avant de jeter le vélo contre le mur.

    Les goélands et les vanneaux se posaient innocemment sur la pelouse maigre et gelée du stade Saint-Léon, rebaptisé Jean-Dauger, les après-midi d’hiver, à l’entraino, un de ces jours glacés où il fallait se pisser dans la combi en se jetant sur la planche de surf, à la Chambre d’Amour.

    Bayonne, c’est se garer au plus près des Arènes à cinq heures, les après-midi de corrida, boire un demi avant et une manzanilla après, sur le montón du Cercle Taurin.

    La subtilité des accents désigne le rang social, le quartier d’habitation, la marque de voiture. Les origines de chacun sont identiques. Chaque gorge racle un fond de terroir. C’est  mas o menos pointu, traînant, sur le S ou sur le R. Avec des Bah ! Pareil ! Sûr ! Signes de distinction affirmés haut et rouge, l’air de rien : chemise Paseo, polo 64, tee-shirt Kukuxumusu. C’est dîner à La Grange, chez Diharce et l’abono aux arènes de Lachepaillet. Ou bien un taloa au xingar, casse-croûte à la ventrèche, un rosé rue Pannecau et chanter avec les copains jusqu’à plus soif. Ou encore lancer une ligne depuis le pont Saint-Esprit et rêver de louvines grosses comme ça en remontant un muge, puis aller taper le carton rue Maubec.

    Bayonne possède un port sensuel à la courbe de l’Adour. Un croissant de lune s’y perd en étendant le bras au-delà de Blancpignon, « au soufre », la SNPA. Au soufre, j’accompagnais mon père, les yeux protégés par un masque de ski noir acheté chez le shipchandler. Il y en avait toujours deux paires sur le tableau de bord de la DS.

    IMG_0044.JPGLe pont Grenet rouge vif ne laisse plus passer les cargos. Côté Boucau, le port prend des allures de vieux jeune homme bien mis. Quais pavés, grues arquées, pontons de bois et cormorans qui sèchent leurs ailes, juchés sur des bouées, tandis que le sillage de la vedette du Pilotage leur offre une danse du ventre. Ça sent le mazout, la peinture au minium, l’aussière salée. Les moineaux ont toujours été nombreux à picorer tout ce qui échouait au creux des rails désaffectés. Sans jamais entamer ce que le port a gardé de mystères marseillais, d’histoires biscayennes, de légendes russes et de fantômes de complaisance.

    Bayonne, c’était les jouets d’Armada, les habits d’enfants à la mode chez Mamby, le faux-filet chez Bourdalès, la vraie Jacqueline au comptoir du Perroquet, la fraîcheur de la rue Gosse, l’attitude noble du paysan de pierre adossé à un bœuf, au Monument aux morts. La crampe menaçante du Cardinal Lavigerie statufié, entre les deux ponts qui partagent les eaux comme Dieu les coups de cornes. Pas toujours équitablement. L’étroite Nive n’est pas rancunière. Je lui suis reconnaissant de n’avoir pas été basse, lorsque j’ai plongé en elle depuis le pont Pannecau, au cœur d’une nuit de Fêtes.

    Le cinéma s’appelait La Feria, nous achetions des Batna à l’entracte. La librairie c’était Mon Livre rue Thiers. Marcel Dangou s’y rendait chaque soir en claudiquant pour ramasser la caisse. La boulangerie des sœurs Lascoutxs –étaient-elles nées vieilles, rue d’Espagne, sentait le Zan. Je revois leur nez maigre avec une goutte au bout. Elles vendaient bonbecs et chocolatines. Après l’école, on y chipait oursons en guimauve et carambars par poignées. À côté, farces et attrapes ne valaient rien. Émile tenait le magasin Tixit. Nous passions des après-midi à écouter des 33 tours à Disco Shop. Un jour d’octobre, tout le monde leva la tête : un vol de palombes mit l’éternité à passer, couvrit le ciel et le bruit de la ville. Un vieux crachait sans cesse de sa fenêtre du premier, en face de chez Campistron l’épicier. « Chez Campistron, tout est bon ! ».

    Aucun Bayonnais ne peut oublier son premier chocolat chez Cazenave. La mousse, les demi-toasts beurrés à chaud, la vaisselle fleurie, le petit plateau, le tablier blanc à dentelles des dames en noir.

    Mon Bayonne du ouiquende commence par le plaisir de faire la tournée des popotes, les librairies. Je traîne au marché ouvert où l’on ne trouve plus de volaille vivante, grignote une entame de fromage, feuillette le journal en buvant un coup au Mastroquet des Halles, picore un morceau de jambon Ibaï Ona tendu par Georges devant la boucherie Montauzer, passe à la librairie de La rue en pente. Je m’y sens chez moi.

    IMG_0046.JPGLa nuit, les brouillards sur l’Adour étouffent nos pas dans les rues sombres qui bordent la Villa Chagrin, la prison.

    Le sportif à la démarche montée sur ressorts, se plie au rituel des courses en ville avec sa  femme, les veilles de match. Bayonne, c’est une partie de pelote au Trinquet moderne, une volaille rôtie à l’Asador, un jaune au Clou ou au Machicoulis, un footing sur le chemin de halage depuis l’Aviron jusqu’aux contreforts d’Ustaritz et retour. Puis c’est l’heure du txakoli et des tapas à Ibaïa ou à Txotx, quai Jauréguiberry. Suivent, au choix, la pipérade chez Joséphine, au Bar du Marché (elle aura peut-être des cèpes pour l’omelette et nous nous calerons au fond, tranquilles), ou les huîtres chez Joël Dupuch, lunettes de soleil sur le nez.

    Revoir un petit Dürer au Musée Bonnat. Traîner sans raison un après-midi pluvieux. Fumer un havane à l’ombre des remparts proches de la cathédrale. S’ennuyer peut être délicieux dans les rues mortes de la ville, si on sait éprouver jusqu’au vertige le silence du désert, rue Orbe, un après-midi de match, entre deux essais. En contrepoint, le souvenir du cliquetis de la machine à faire les cartouches de Bernizan, rue des Basques, derrière le long comptoir en bois fatigué, relève de la musique.

    Bayonne, c’est se moquer de Biarritz et ignorer Dax (trop loin). Affecter l’indifférence à l’égard de la politique locale et de ses collusions séculaires avec le sport.

    Penser à revenir à Bayonne. Pour de bon. 

     

    © L.M. (texte et photos prises pendant la rédaction de ce truc)

  • Terrasses du Larzac

    pas-de-escalette.jpgImpressionnante appellation méconnue et puissante comme les plus belles AOC du grand Languedoc, décidément de plus en plus riche en bons flacons. Le Domaine du Pas de l'Escalette, notamment, de Julien Zernott et Delphine Rousseau, goûté récemment (Les Clapas, un rouge 2009, 12,80€), est un miracle de fraîcheur, de minéralité, de fruité et de densité. C'est du vin bio (dernière année de conversion ECOCERT), ça passe dix mois sous bois, c'est composé de grenache (40%), carignan (30), syrah (20) et cinsault (10), ça perche à 350 m d'altitude, les vignes sont en terrasses et c'est gourmand, généreux, "sur le fruit", et formidable avec les viandes à la plancha. 

    Goûté par ailleurs Le Vignoble des 2 terres, un autre rouge des Côteaux duexcellence-saint-michel-grandmont.jpg Languedoc Terrasses du Larzac, en 2008, cuvée Excellence de Saint Michel de Grandmont (12€), élaboré par la Cave coopérative Les Vignerons de Saint Félix - Saint-Jean : c'est soyeux, épicé, à la fois puissant et raffiné. Retenez cette AOC...

  • Balade ensorcelante à Zugarramurdi

    Papier paru dans TéléParis Obs (Le Nouvel Observateur)

    de cette semaine (7-13 mai) 

    Observez cette étrange et belle façon qu'ont les villages basques – à l'image parfaite d'Ainhoa –, de faire d'un accotement de maisons typiques un vrai village. Pour notre bonheur, Zugarramurdi n'échappe pas à la règle. Ici, le mot immeuble doit être rarement prononcé et l'etxe (la maison basque) vit épaule contre épaule. Autrement dit, chacune d'elles pourrait aussi bien vivre sa vie en plein champ. Zugarramurdi, au-delà de Sare et aux portes de la vallée du Baztán, est célèbre pour sa grotte (qui se visite) appelée Akelarren-leze et qui fut réputée comme refuge de sorcières jusqu'aux 7 et 8 novembre 1610, dates funestes qui virent trois cents personnes inculpées par le sieur de Lancre pour délits de sorcellerie dont une douzaine brûlées sur un bûcher.

    Akelarre désigne l'aire plane située devant la grotte de Zugarramurdi. Le mot vient du basque ake : bouc et larre : pré et signifie réunion de sorcières. Zugarramurdi est donc le village des sorcières comme Lourdes est la ville de la Vierge. À chacun sa grotte. Celle de Zugarramurdi possède une sorte de fenêtre, d'où Aker, le diable à forme de bouc, convoquait sorciers et sorcières, soit ses dévots. Au bout d'Akelarren-leze, se trouve Sorguinen-leze : la grotte des sorcières proprement dite, un havre de fraîcheur au creux duquel coule un ruisseau, Infernuko Erreka (le ruisseau de l'Enfer) ; un lieu propice au laisser-courre de l'imagination.

    À la venta-bar-tabac-épicerie et bricoles en tous genres située au centre du village, on évoque avec ravissement le calme de son village. Une sérénité certaine se lit sur le visage du « taulier ». Elle exprime un esperanto du regard et des traits : il suffit de regarder le taulier pour comprendre que la paix l'habite comme elle habite les lieux, même si l'on ne comprend pas un mot de son espagnol prononcé du bout des lèvres, car Pepe n'a plus de dents.

    Et les sorcières, aujourd'hui, que sont-elles devenues ?

    Pepe rit, dit qu'il n'y en a plus depuis longtemps, évoque ces agapes étranges du 15 août célébrées par les anciens du village, au cours desquelles deux moutons sont tués dans la grotte, puis grillés et mangés sur place, puis il réfléchit en silence, se ravise, sourit et lâche : les sorcières ? Chaque femme en est une, mais ce sont de bonnes sorcières, des fées ensorcelantes !

    Son brujas de suerte, des sorcières de bonheur.

    Nous marchons doucement jusqu'à sa maison. La vie paisible coule à Zugarramurdi comme le ruisseau de la grotte. C'est à peine si un écho parvient à troubler la surface des choses et l'enveloppe de l'atmosphère. On se prend à rêver d'un passage de sorcières comme d'un vol de palombes, pour réveiller les esprits et mettre le village en émoi. Le poulailler, plongé dans une obscurité à faire frémir les pinceaux d'un Georges de La Tour navarrais, sent le chaud et la paille usée par le cul des poules. Un âne bascule son long museau par-dessus les planches, souffle bruyamment et couche ses oreilles. L'oeil de Pepe s'éclaire soudain. Il se tait. Rêve.

    À l'intérieur, sa sorcière de femme est en train d'achever de préparer le déjeuner. Una cocina de bruja buena. Me revient à l'esprit le nom d'une excellente table de San Sebastian, tenue de main de maître par un certain Pedro Subijana et qui s'appele «Akelare» (avec un seul r ). Y voir un signe n'est pas sorcier.

    © L.M.

     

    Si la visite des grottes de Zugarramurdi et de Sare ne vous suffit pas, faites une balade cool à pied (ou à cheval) autour de ces deux villages, et suivez une partie du long sentier des contrebandiers jusqu’aux cols de Lizarietta et de Lizuniaga, au cône de l’Ibanteli, en pensant à « Ramuntcho », le roman de Pierre Loti. Durée à la carte : 1, 2, 4 heures et plus. Carte IGN TOP25 n° 1245OT.

    Autre rando possible : jusqu’à Etxalar, visite de la palombière aux filets verticaux (pantières), et halte à la « venta » Halty, en revenant vers Zugarramurdi, pour reprendre des forces à base de charcuterie espagnole et de vins de Navarre…

    Y aller :

    TGV jusqu’à Bayonne (env. 5 h depuis Paris-Montparnasse), puis route de Sare. Zugarramurdi est à 4 km du fameux village des contrebandiers.

    Manger et dormir :

    À Sare : Hôtel restaurant Arraya. Une institution au cœur du village. Formidable cuisine basque « reloaded », chambres cosy. Achetez leur gâteau basque en partant. Tél : 05 59 54 20 46.

    À Zugarramurdi : auberge (hôtel-restaurant) Graxiana : belles chambres spacieuses, cuisine navarraise rustique et généreuse. Tél : +34 675 711 498 (Espagne).