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  • flem, deuxième

    Ma fille aura vingt ans demain, 2 mars. Emotion. Loin des deux chansons de Reggiani, plus près de la vérité. De la mise en lumière, de l'exposition à la lumière, de l'existence; l'unique. De l'expérience, prodigieuse, de la mise au monde par paternité.


    podcast
    ombra mai fu, haendel (difficile à dépasser...)

    Extrait, encore : "Largués par nos parents qui disparaissent et par nos enfants qui quittent la maison,c'est le plus souvent au même moment de la vie que nous sommes confrontés à ces séparations : nos parents meurent, nos enfants grandissent. Coincés entre deux générations, ceux à qui nous devons l'existence, ceux à qui nous l'avons donnée, qui sommes-nous désormais? Les repères vacillent, les rôles changent. Comment faire de cette double perte une métamorphose intérieure?
    Longtemps j'ai été la "fille" de mes parents, puis je suis devenue une "maman". Cette double expérience, je l'ai vécue avec ses tensions, ses lassitudes, ses émerveillements. Mais qui suis-je désormais? Quel est mon nom?
    Fille, j'ai fini de l'être. Mais cesse-t-on jamais d'être l'enfant de ses parents? Notre enfance s'inscrit dans nos souvenirs, nos rêves, nos choix, nos silences; elle survit en coulisses. Ne devenons-nous des adultes que lorsqu'il n'y a plus d'ancêtres pour nous précéder, nous protéger? Suis-je encore maman alors que mes enfants ne sont plus des enfants? La langue manque de mots pour désigner toutes les nuances de notre identité.
    Comment me situer aujourd'hui dans ma généalogie? Ne faudrait-il pas un mot particulier pour nommer les parents dont les enfants ont quitté la maison? Suis-je une "maman de loin"? Une maman à qui l'on pense, à qui l'on téléphone pour un conseil, une recette, de l'argent, un encouragement, dont on a parfois la nostalgie, mais une maman avec qui on ne sera plus jamais dans le corps à corps premier." ©Lydia Flem et Le Seuil, pour "Comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils".

    Ce mot de Primo Lévi, prélevé sur le blog de l'auteur : http://lyflol.blog.lemonde.fr

    “J’écris ce que je ne pourrais dire à personne.”

  • merveilleuse lydia flem

    elle nous a donné "comment j'ai vidé la maison de mes parents", puis "lettres d'amour en héritage", dont ce blog parla abondamment.

    voici "comment je me suis séparée de ma fille et de mon quasi-fils" (seuil).

    un nouveau bijou de sensibilité qui parle à chacun, de "la danse fragile de l'existence".

    "la littérature permet d'échapper à la vie -celle qu'on croit, à tort, la vraie- pour en inventer une autre, bien plus exaltante...

    "de la littérature on ne sort jamais indemne. on y parcourt la planète dans son ombre...

    "l'art nous transforme. on se surprend à n'être plus tout à fait pareil en lisant, page après page, ces histoires qui deviennent notre intimité extrême, épousant les plis de nos pensées...

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    par ailleurs, voici un chouia d'éluard, qui soutient man ray (les mains libres, poésie/gallimard), pour aérer un peu la fenêtre de ce gentil dimanche premier mars qui nous chuchote le printemps, avec une délicatesse comparable aux adieux lents, monstrueusement émouvants, d'Alain Bashung et au vol des oies des moissons qui strient le ciel de leurs "V" renversants en revenant d'Afrique, là-haut, très haut, si près si l'on sait voir ou mieux : les regarder -sans les entendre-, fendre l'air.

    le don

    elle est noyau figue pensée

    elle est le plein soleil sous mes paupières closes

    et la chaleur brillante dans mes mains tendues


    elle est la fille noire et son sang fait la roue

    dans la nuit d'un feu mûr.

     

  • le chien maigrit

    Délaisser le chien. Ne plus le nourrir. KallyVasco est mon chien. Là, à force de reportages, en Catalogne notamment, et de mille trucs inutiles à faire, on lui voit les côtes à mon chien. Et ce ne sont pas celles que les marins espèrent.

    Tiens, mange çà, Kally...
    En attendant des pâtées meilleures, car je repars.

     

    Pasajes, ou Pasaia, pueblo basque espagnol.

    C'est un village de pierre ocre qui a les pieds dans un bras de mer et que nous nous refuserons à comparer à Venise, même si la ressemblance y est frappante par endroits. Ou bien alors, Venise est le Pasajes italien et n'en parlons plus.
    Passée la zone industrielle et le port maritime hérissé de grues monumentales, par Lezo, le contraste est aussi saisissant que lors du passage inespéré d'un nuage sur le soleil de midi : on tombe  littéralement sur un petit bijou tout en longueur -on aperçoit sa hauteur qu'après- nommé Pasajes, ou Pasaia, comme la montagne change soudain de stature et de statut en s'achevant de manière abrupte sur la côte. Nous parlons alors de falaises et le regard, de montagnard, devient étrangement atlantique même si l'on est au sommet du Jaizkibel.
    Le petit village de Pasajes est, dans cette zone - au sens où l'entendait Apollinaire-, une sorte de jardin intérieur, de territoire secret, d'oasis, de femme élue dans la foule grise. D'ailleurs, la réticence naturelle et délicieuse avec laquelle le passant ne vous indique pas directement le chemin mais plutôt le détour : «Pasajes, lequel?» authentifie ce sentiment jaloux. Il y a plusieurs Pasajes. Pasajes San Juan, le port industriel, les faubourgs (faux bourgs?) bref,  le paysage tourne autour du pot et, à l'espagnole, parle  avec beaucoup de bruit et de gestes amples -les bretelles d'autoroute, les ponts, les bateaux, la colline à flanc, les grues- et, au fond, c'est maternellement que le paysage entoure le village pour mieux le préserver des blessures d'un tourisme qui ne serait plus local et convenu. C'est une perle avec, à gauche, des ruelles en pente qui finissent à l'eau et, à droite, des escaliers étroits en guise de ruelles et munis de  rampes, qui montent jusqu'aux arbres, où le village s'achève. D'un côté, cela sent le figuier et la marée, de l'autre l'hortensia et le tilleul. L'atmosphère est présalée, elle hésite entre la mer et la terre. Le village est adossé à la montagne comme un enfant colle  à sa mère, mais il regarde l'océan. Il est entre deux chaises...
    Le partage du village a été fait au couteau : une rue, une seule, Donibane kalea (rue Saint-Jean) qui est un réservoir de fraîcheur et un conservatoire d'odeurs familières, parallèle au bras de mer, ouvre le village. Tous les cinquante mètres environ, une arche enjambe Donibane kalea, car ici les maisons ont des membres et on passe dessous avec le regard gourmand que l'on porte à une danseuse de flamenco lorsqu'elle retrousse ses lourds volants à dentelles.
    Par bonheur, la rue est conçue pour la semelle et par pour le pneumatique. On entre à Pasajes en rangeant son véhicule comme on ôte ses chaussures sur la margelle d'un lieu saint.
    A cause des balcons au-dessus de l'eau, des nombreuses terrasses de restaurants où le merluza en salsa verde  est roi, à cause des goélands, du triple alignement de barques bleues et du retentissement énorme de la sirène des bateaux qui prennent la mer, Pasajes est un port qui oublie les Pyrénées. Mais à cause des vieux coiffés de bérets qui se chauffent sur les bancs, à cause de la belle place aux balcons débordant de géraniums et de linge mis à sécher, qui donnent l'impression que les maisons, elles aussi, peuvent mettre les voiles ,Pasajes est un village hybride. A cause de ces escaliers-rues qui serpentent dans le village en desservant les maisons, qui sont bordés d'herbes folles, qui finissent dans la verdure et qui grimpent sec, et parce qu'on tourne le dos à la mer lorsqu'on les gravit, Pasajes est pyrénéen.
    Ce singulier village a l'audace d'imposer au voyageur son église principale, celle du rez-de-chaussée  du village, tout au fond (il y en a une autre à l'étage  et une troisième à l'entrée) : Donibane kalea profite de son statut de rue unique et donc incontournable pour finir par l'entrée de l'église! Autrement dit, son intention ou son but est, ma foi, obligatoire, sauf à virer de bord vers la gauche, juste avant le perron, jusqu'à une placette habillée de bancs propices à l'attente et aux bavardages.
    Cette église possède, au bout de son porche, outre une immense grille noire qui semble, paradoxalement, en interdire l'entrée, une grande maquette de goélette sous verre et une porte de sortie latérale, côté mer, où l'on retrouve la placette, les bancs, l'attente et les médisances de bon aloi que l'on murmure sous le clocher.
    Comme Pasajes est un village avec un étage, il faut s'insinuer et parvenir à son balcon pour contempler son crâne de tuiles et sa chevelure d'antennes. Le chemin étroit en ciment, rigole. Les hortensias sont bouffis d'aise. L'église du sommet côtoie le sémaphore et l'épaule dans sa fonction d'avertisseur des âmes.
    D'en haut, tout s'éclaircit. Ce petit joyau de village jalousement tenu à l'écart des flots humains, offert chichement avec une parcimonieuse réserve, mais cependant franche, est comme un quartier d'orange retourné. Il fait le gros dos à la manière d'une gondole à re-goudronner, comme un hérisson en boule. Sa vocation de préservation se lit de là comme une évidence. Et  la cicatrice ou la plaie, je ne sais pas, que déroule le ruban de Donibane kalea, fait soudain figure de porte ouverte à l'outrecuidance. Mais passons.  ©L.M.