Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Le panache, selon Edmond Rostand

    Capture d’écran 2019-04-30 à 20.13.14.pngExtrait de son discours de réception à l'Académie française, prononcé le 4 juin 1903, et qui fit l'éloge du vicomte Henri de Bornier, dont il allait occuper le fauteuil.

    Ses personnages sont réellement grands, assez grands pour pouvoir se passer même de panache… Ah ! le panache ! Voilà un mot dont on a un peu abusé, et sur le sens duquel il faudrait bien qu’on s’entendit. Qu’est-ce que le panache ? Il ne suffit pas, pour en avoir, d’être un héros. Le panache n’est pas la grandeur, mais quelque chose qui s’ajoute à la grandeur, et qui bouge au-dessus d’elle. C’est quelque chose de voltigeant, d’excessif, – et d’un peu frisé. Si je ne craignais d’avoir l’air bien pressé de travailler au Dictionnaire, je proposerais cette définition : le panache, c’est l’esprit de la bravoure. Oui, c’est le courage dominant à ce point la situation qu’il en trouve le mot. Toutes les répliques du Cid ont du panache, beaucoup de traits du grand Corneille sont d’énormes mots d’esprit. Le vent d’Espagne nous apporta cette plume ; mais elle a pris dans l’air de France une légèreté de meilleur goût. Plaisanter en face du danger, c’est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l’héroïsme, comme un sourire par lequel on s’excuse d’être sublime. Certes, les héros sans panache sont plus désintéressés que les autres, car le panache, c’est souvent, dans un sacrifice qu’on fait, une consolation d’attitude qu’on se donne. Un peu frivole peut-être, un peu théâtral sans doute, le panache n’est qu’une grâce ; mais cette grâce est si difficile à conserver jusque devant la mort, cette grâce suppose tant de force (l’esprit qui voltige n’est-il pas la plus belle victoire sur la carcasse qui tremble ?) que, tout de même, c’est une grâce… que je nous souhaite. – M. de Bornier n’en manqua pas dans la vie ; mais, dans son œuvre, il semble avoir recherché de plus austères noblesses. Ce qui capricieusement palpite l’accommode moins que ce qui flotte avec majesté : il n’a pas le panache, il a la crinière.

  • J'exhume - À vos souhaits

    Mon vieil ami et complice Benoît Lasserre, grand reporter à Sud-Ouest, m'envoie ce papier retrouvé dans les archives de Sud-Ouest Dimanche, daté du 1er avril 1984, consacré à Dominique de Roux (purée! 35 ans, j'en avais 25 et encore 32 dents -certaines, dures -, et je donnais chaque semaine un ou deux papiers comme celui-ci à Pierre Veilletet). Il préfigure le long texte que je donnerai plus tard à L'Âge d'homme pour le gros livre collectif (un Dossier H dédié) intitulé sobrement Dominique de Roux. Content de retrouver celui-ci. Merci, Old Sport !

    Capture d’écran 2019-04-29 à 13.34.35.png

  • De l’Esprit français et des Saints

    Capture d’écran 2019-04-26 à 13.39.48.pngNous attendions beaucoup mais sans raison – sinon l’excitation suscitée par son titre – de ce Dictionnaire amoureux consacré à l’Esprit français (Plon/Grasset, 670 p., 25€). Metin Arditi y livre de belles pages, mais son abécédaire semble davantage tenir du fourre-tout intelligent, de l’auberge espagnole brillante tant il apparait davantage comme un collage façon puzzle, que d’un vrai projet cohérent, autant sur le fond que pour son style. Certaines entrées consacrées à des personnages célèbres figurent de sensibles mini portraits souffrant cependant d’être surchargés d’interminables citations. D’autres semblent bâclées (Gastronomie : une succession de recettes et de généralités, Cinéma : un florilège de résumés de films). D’autres encore campent là comme par erreur, ou bien leur propos n’apporte pas grand-chose (Exécutions capitales, Mauvais films, Solder la facture). Les entrées consacrées au panache, à Cyrano (via l’entrée Rostand) peuvent laisser sur notre faim, car on se prépare à lire un feu d’artifice. Le lecteur regrette au fond que les principes d’élégance, de séduction, de beauté, d’humour, de courtoisie, le goût de la conversation et du trait ne soient qu’évoqués comme ça, ne soient jamais claquants, convaincants. Sans doute voulions-nous à tout prix lire un bréviaire qui aurait assemblé les plumes de Jules Renard, Sacha Guitry, Pierre Desproges et Voltaire dans un Bic à 4 couleurs. Au lieu de quoi nous tombons sur d'étranges entrées comme celle qui est intitulée Victime exemplaire de l’obsession du panache, et dont le texte se résume à ces deux mots : Françoise Nyssen. Las... L’avantage de ce kaléidoscope est que l’on trouve en rayon à la fois Boulez, Fauré et Gainsbourg, Char, Grandes Écoles, de Gaulle et Montesquieu, les Guignols de l’info, Yves Montand et Saint-Simon, Jambon-beurre et Michelin (le guide), TGV et Jansénisme. Il y a aussi une entrée nommée Lourdeur.

    Capture d’écran 2019-04-26 à 13.40.20.pngCompagnons de l'invisible

    Plus jouissif, admirablement bien écrit, d’une rigoureuse cohérence en dépit de certaines entrées qui (d)étonnent – mais elles sont justement contextualisées et replacées dans l’esprit du sujet, le Dictionnaire amoureux des Saints que signe Christiane Rancé (Plon, 730 p., 27€), est un ravissement d’érudition et de sensibilité. Tenu bride serrée, le texte toujours dense et scrupuleux, riche et racé ambitionne de nous donner un avant-goût du paradis, et je crois qu’il y parvient. Les « incontournables » sont tous convoqués, de (saint) Jean-Baptiste à Thérèse de Lisieux (et d’Avila aussi), de François d’Assise à Saint-Louis, Padre Pio, Don Bosco, Saint-Augustin, Bernadette Soubirous, Jean-Paul II, Antoine de Padoue, Marie-Madeleine et Mère Teresa. D’autres saint(e)s moins connu(e)s comblent nos abyssales lacunes. Il y a aussi les anachorètes, les Innocents et les cénobites, les Rois Mages, Dante, Satan (qui « s’est réservé la haine des saints », Georges Bernanos), et l’Enfer. L’auteur ouvre son abécédaire à Mauriac, Claudel, Chateaubriand, J.-S. Bach, Léon Bloy, Jean Guitton, Saint-Exupéry, ce qui ne surprend guère, et – plus original, également à Cioran (des pages splendides), Baudelaire (fils de prêtre), Oscar Wilde, Pasolini, Nimier (et son Grand d’Espagne, essai sur Bernanos), Rimbaud et aux peu connus mais précieux Roger Judrin, Armel Guerne et Raymond Lulle. Figurent, non sans humour, saint Glinglin, saint Frusquin et autres saints imaginaires : Goulard, Lippard, Lambin, Lundi, Rechignoux, Couillebault... Et les méconnues saintes travesties (déguisées en hommes) : Thècle, Pélagie (reprendre La Légende dorée, de Jacques de Voragine), Marguerite, Gala, Paula, Eugénie, Marine et Jeanne d’Arc !

    Car, qu’est-ce qu’un saint au fond, sinon « un héros de la vie désintéressée », selon la formule d’Ernest Renan. Nous cheminons au flanc de l’auteur avec ces compagnons de l’invisible guidés par leur définition propre de l’amour, et qu’il ne faut pas réduire à la dévotion aveugle, l’abstinence et l’anorexie. Pas davantage qu’il ne faut confondre béatement une certaine littérature avec le mysticisme. Cependant, Christiane Rancé est capable de voir de la passion et du sacré entre les lignes, les vers, les êtres en portant son regard suraigu. Certaines pages sont exceptionnelles, comme celles qui sont consacrées à Saint Jean de la Croix, l’auteur du fameux Cantique spirituel. « De tous les saints que je suis impatiente de rencontrer, d’âme à âme, si je suis autorisée à monter au Ciel, il y a Jean de la Croix », écrit l’auteur, dont un aïeul fut le frère de l’abbé de Rancé (confie-t-elle avec une infinie pudeur), lequel initia la réforme de l’abbaye de la Trappe en 1660, et auquel Chateaubriand consacra l’un des plus beaux livres de prose française, Vie de Rancé. L.M.

     

  • et glou

    Capture d’écran 2019-04-18 à 17.57.57.pngÀ propos du syndicat des Bordeaux et Bordeaux Supérieur, les Oscars de Bordeaux de l’été qui vient ont sélectionné quelques perles en blanc, rosé, clairet et crémant. Nous avons retenu le charnu, l’expression, la teneur, la présence forte du clairet du château des Tourtes, un rosé vineux à souhait qui se mange, se croque, se mâche, se fiance à la hussarde avec une volaille landaise rôtie ou  - pourquoi pas - une sole-filets bien épaisse juste poêlée avec du beurre (2018, 5,30€ : cadeau).

    Les vignerons de Tutiac nous étonnent encore avec leur Carrelet d’Estuaire, un blanc de respect (2018, 4,50€Capture d’écran 2019-04-18 à 18.02.18.png). C’est rond, friand, sec et vif, nerveux et gras en fin de bouche : idéal à l’heure où le soleil se couche et que l’on picore une friture d’éperlans avec les doigts.

    À la cave béarnaise de Crouseilles, un modeste Pacherenc du Vic-Bilh sec (2017, 6€) nous a fait tenir l’arrêt devant le flacon comme un setter anglais devant une bécasse irlandaise : Lou Blanc (le blanc) est son nom. Bien trouvé, car le loup blanc est une rareté proverbiale, à l’instar du merle mêmement immaculé. Pour 6€, nous avons dans le bouteille LOU BLANC 2 2017 Détouré.jpgverre un concentré de ce que la région de Madiran sait faire lorsqu’elle tourne le dos aux rouges et aux légendaires blancs moelleux (de Pacherenc) issus de raisins passerillés (gros manseng et petit courbu). Voilà du claquant, du fouet en arrière-bouche, de la persistance gasconne : je gueule encore alors que tu n’es plus dans mon champ de vision. L’énergie cinétique de ce flacon se compte, ailleurs, en caudalies. Et, par chance, l’intensité aromatique ne nous déverse pas de l’agrume à pleins cageots. Le citronné sait demeurer discret - merci.

    Nous avons tous nos chouchous. Pellehaut en est un. Côté rouge,Chardonnay 2018.jpg je craque pour l’entrée de gamme avec une fréquence sans modulation. Côté blanc, et pour 6,90€, je fonds pour ce chardonnay bien acclimaté en terre gasconne. Le 2018 possède une profondeur aromatique Sans titre 1.jpgétonnante. Dégusté sur mon tartare de saumon au couteau, soja et wasabi, il releva le gant : chapeau! Le rosé 2018, en bouteille « givrée », Réserve Famille Béraut (c’est le nom de la cuvée, 8,50€), issu de pinot noir et de tannat, libère son opacité formelle au premier nez, et plus encore à la première gorgée. C’est gourmand et généreux, ample et équilibré. Un rosé qui a du tact.

    En AOC Bergerac, il existe un vin cyranien qui n’a pas retenu queCapture d’écran 2019-04-18 à 18.12.39.png notre appendice nasal, mais aussi nos papilles. Si j’avais un tel nez est son nom. Déjà ! C’est du merlot pur qui pousse sur de l’argilo-calcaire, passe en cuve inox, c’est en bio depuis 1999, et c’est livré sans soufre. Du fiable (2016, 12€). Puissant, charpenté, fruité (cassis, raisin) et frais comme une chocolatine à la sortie du four.

    Du côté du Marmandais, où la « cave coop » est exemplaire, voici Terra Vallona, un trio en trois couleurs, classé en IGP Comté Tolosan. J’affectionne, c’est acquis, les flacons modestes à prix ridicule mais qui en ont dans le ventre. KallyVasco s’en fait souvent l’écho. Voici Capture d’écran 2019-04-18 à 18.21.32.pngdonc trois vins à 3,40€ le flacon qui valent le déplacement. Le rouge (merlot, cabernet-sauvignon et cabernet-franc) est croquant, franc, il distribue fraise, cassis et épices douces sans chichis. Le blanc sec (colombard, sauvignon) est d’une fraîcheur avenante, mais je lui reproche son côté modeux, car trop axé sur l’éloquence de l’agrume (on s’éloigne du raisin). Le rosé est en revanche plus souple (merlot à 95%, un chouia de malbec et une pincée d’abouriou pour l’accent local). D’une franche fraîcheur à l’heure de l’apéro avec ou sans tapas, mais des amis pour rigoler franchement à la fraiche.

    Respect : Le Pinot Noir Sauvage (2017, 14€) duPINOT NOIR SAUVAGE.png château de la Terrière (face au Mont Brouilly, au cœur du Beaujolais, AOP coteaux bourguignons), est de ces vins nature qui, après Sauvage à Poil (évoqué ici même) magnifient le cépage dédié (gamay, ou pinot noir, le cas échéant) avec circonspection et méticulosité. L’élégance, l’expression précise, la structure sans le bodybuilding – bien au contraire, s’imposent avec naturel, et c’est le mot idoine. Pas de collage, une légère filtration, une délicatesse de A à Y donnent ces touches de fruits rouges et noirs, ce réglissé, ce soyeux tannique, cette puissance domptée qui ravissent lorsque nous investissons un magret de canard bichonné à basse température.

    Côté effervescence, les champagnes de vignerons m’ont obligé à une pause savoureuse avec celui de Claude Michez, qui crèche à Capture d’écran 2019-04-18 à 12.56.04.pngBoursault, dans la Vallée de la Marne. Il est certifié HVE (Haute valeur environnementale), ce qui alerte d’emblée. Les trois cépages y sont, comment... magnifiés avec modestie (45% de pinot meunier quand même). La cuvée Flore, joliment imprimée d’images de coquelicots et d’arums (BSA, Brut sans année, à peine 2000 bouteilles), découverte sur des langoustines pochées que je disposais délicatement sur des papardelle fraiches, résume l’expression de quatre hectares conduits à pas d’homme sachant marcher lentement entre les rangs. Coing, ananas, amande, mirabelle, poire, noisette fraîche, et puis du crémeux, de la pulpe suivie d’un citronné discret, de la mâche légère en arrière-bouche, une touche saline pour achever le voyage : superbe (22€).

    À Celles-sur-Ource, dans la Côte des Bar, le champagne DeCapture d’écran 2019-04-18 à 18.38.31.png Lozey blancs de blancs vinifié sous bois (32,40€) nous a surpris par belle charpente, sa rondeur, son côté vanillé, une pointe toastée aussi, ainsi qu’une touche miellée, voire confite de bon aloi. Il est minéral en finale, et soutenu par une acidité ayant le bon goût de ne pas flirter avec l’agrume gueulard. C’est assez vineux et pourvu d’une sapidité apte à escorter des ris de veau croustillants et crémeux.

    Capture d’écran 2019-04-18 à 18.39.46.pngEnfin, coup de chapeau à cette Réserve Exclusive Rosé de Nicolas Feuillatte (35€), dont la bouteille est d’une rare beauté, qui évoque à la fois les fleurs peintes par Van Gogh et ces estampes japonaises qui rehaussent les haïkus des maîtres du genre comme Bashô. Petits fruits rouges frais : groseille, framboise, myrtille, gariguette... explosent en bouche. C’est plein, très présent, immédiatement éclatant (pinot noir pour la rondeur, pinot meunier pour la souplesse), et résolument séduisant. L.M.

     

     

     

  • hors de

    C'est à la poésie qu'il revient de nous guider hors de ce continent où la folie rôde.
    Yves Bonnefoy

  • Êtres sensibles, lisez Christine de Pizan

    G01932.jpgSavez-vous - mais qui peut prétendre savoir ce qui suit, aujourd'hui? - savez-vous donc que dans la théorie courtoise, le baiser représente le quatrième degré de l'amour dans une hiérarchie qui en compte cinq, selon le modèle des cinq sens? Le baiser correspond à celui du goût. Et cela nous est déjà si délicieux de l'apprendre. C'est Jacqueline Cerquiglini-Toulet (un lien de parenté avec Paul-Jean? - J'ai demandé, elle l'ignore), fervente préfacière et éditrice de ces ballades de Christine de Pizan, qui l'écrit. L'ouvrage, Cent ballades d'amant et de dame, est d'importance (Poésie/Gallimard, 10€). D'une part nous lisons un homme d'une loyauté sans faille, quoique, et d'autre part, les réponses d'une femme aimante mais infiniment prudente. Les amants dialoguent au fil de cent poèmes, ce qui n'est pas rien lorsque le désir attise. Ce sont des lettres, des messages, des hommages, des envois, des plaintes parfois, de fougueuses adresses, des reproches aussi, des invites, un faux dialogue peut-être, la distance entretient l'absence en tentant de la dissoudre, le choix du mot fait le reste, maintient, magnifie, tient tout cet édifice d'une intense fragilité droit. À l'époque de Christine de Pizan (1364, Venise - 1430, Poissy), la ballade est une forme à trois strophes avec un refrain d'un ou deux vers. Dans ces Cent ballades d'amant et de dame, si pressantes, la longueur des strophes est délicieusement écourtée parfois, et la taille des vers varie au gré de la disposition des rimes... Les 336 pages du recueil nous offrent ainsi un bouquet de retenue, 20.jpgl'expression parfaite de l'amour courtois cher aux troubadours : Que votre doux amour soit vers moi tourné / Car mon coeur est déjà plus noir qu'une mûre, lit-on dès le premier envoi. Ce qui fait délice, c'est la nomination de l'alternance : L'Amant, La Dame, L'Amant, La Dame, se répondent et nous suivons un ping-pong amoureux d'une fine délicatesse, un échange d'une stupéfiante modernité : Le dard d'amour qui, comme il se doit, / T'enverra des pensers / Pleins de désir, par divers sentiers, / Tantôt joyeux, tantôt douloureux... La ballade 20 (photo jointe) exprime une affirmation féministe de bon aloi. À laquelle la Dame ajoute, quelques pages plus loin, des vers à nos yeux définitifs :  À rien ne sert de résister, / Amour est mon adversaire, / Je ne peux m'y soustraire. Car, il s'agit là, au détour de quelque strophe, d'une joute jouant sur le désir de l'autre : Car je ne veux que votre doux vouloir. / Votre volonté seule est la mienne... dit-il, tandis qu'elle semble, semble seulement, lâcher prise : Je suis vôtre, vous m'avez justement conquise, / Il n'est plus besoin que j'en sois requise, / Amour le veut; vous avez trouvé le chemin /Pour prendre mon coeur / Sans mauvaise ruse, par73.jpg une très loyale quête. / Je le sais en vérité, je m'en suis bien enquise, / Et puisqu'il me plaît ainsi, en toute guise, / Du bien en résultera pour moi. Ce à quoi répond tardivement, et c'est agaçant, l'amant balourd mais lucide et d'une belle patience - à sa décharge, ainsi que d'une capacité à accepter les coups portés : Vrais amants courtois, sachez qu'il n'est dureté / Que de se séparer de sa dame et maîtresse. L'Amant se déclare, sans forfaiture aucune, comme étant un serviteur lige, et cela est d'une admirable rareté. Il entre en merencolie, terme désuet, d'époque, pour désigner la mélancolie. La Dame, infiniment romantique avant l'heure, confesse une fièvre (Ballade 100.jpgLai.jpg100, jointe), qu'une réalité va corroborer : Je m'y fiai : mon coeur se fend en deux / Car sa parole séduisante, trompeuse, / Et son maintien courtois et aimable / M'affirmaient qu'il disait vérité, / Et tel n'était le cas, c'est bien prouvé : / Il a déshérité mon coeur de la joie. Tout est déjà dit, là, sur la légendaire lâcheté masculine. Le cuir me part (Mon coeur se brise), déclare la Dame. Le lecteur est subjugué par tant de droiture sans ambages, de franchise intérieure sans détour. L.M.