Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Incipit

    IMG_20180829_214518_resized_20180829_094706672-1.jpgJe vois paraître un livre sur les incipit semblable à celui que j'ai publié en 2004 chez fitway publishing et qui fut traduit en anglais, en espagnol et en italien.

    L'ouvrage est signé Elsa Delachair (Points/Seuil). Alors je me dis ressors ton petit bouquin des Premières phrases de romans célèbres !

    Oh, celui-ci comporte 128 pages  à peine, comme un Que sais-je? et ilIMG_20180829_214510_resized_20180829_094705823-1.jpg n'apprendra pas grand chose à l'amateur féru de littérature pourvu d'une bonne mémoire.

    Mais, passées les phrases classiques auxquelles nous pensons immédiatement : Proust, Camus, Céline, et aussi Nabokov, Hemingway, Stendhal, Garcia Marquez, il peut surprendre... L.M. 

    IMG_20180829_214613_resized_20180829_094705043.jpg

    IMG_20180830_073623_resized_20180830_073634660.jpg

    La première version du livre était ainsi découpée

    (et s'inscrivait dans la collection intitulée ABC, qui fut rebaptisée Minimust en 2006).

     

  • Champagne Frerejean Frères

    Capture d’écran 2018-08-29 à 06.11.25.pngVV26 Vieilles Vignes, cuvée d'exception de la maison Frerejean Frères, établie à Avize, est issue à  100% de chardonnays sélectionnés de manière drastique, et c'est immédiatement gourmand. Provenant des plus anciennes parcelles du domaine (1926), cette cuvée quasi confidentielle (8 000 bouteilles), vieillie huit ans durant (150€), est d'expression pâtissière, beurrée, crémeuse, mais en même temps grillée, confite, épicée, avec ce soupçon de marrons ouverts d'un coup de canif, et jetés doucement à la cheminée au retour d'une passée aux canards de novembre...

    Signe distinctif qui frappe l'amateur : le flacon est agrafé, et non pas muselé comme la plupart. Ce qui procure une sensation, comment dire... médiévale.

    Robe dense et solaire. Bulle discrète, rapide à l'envol mais fine. Nez  sapide, fruité sec, avec des soupçons plus ou moins osés de coing, de poire et de rhubarbe mûre. En bouche, le régal provient de la densité du liquide, du citronné léger, et d'un sentiment d'écorce, de sous-bois à l'aube, avec des primevères au sol et une migration de grives au ciel...

    Aussi, ce 100% chardonnay (récoltes 2008 et 2009 en Côte des Blancs), crémeux en diable, donc, et néanmoins doté d'une minéralité exacte, nous propulse t-il à la fois entre les pages virilement toniques du Gueuloir de Flaubert (Livre de Poche), et vers celles, chargées d'adrénaline à l'envers, des Syllogismes de l'amertume, de Cioran (folio)

    Capture d’écran 2018-08-29 à 06.10.46.png

    Un mot également du Brut Premier Cru (50% Chardonnay, 50% Pinot noir, 49€), qui constitue l’une des cuvées iconiques de la maison Frerejean Frères, car il vous prend directement par le col avec des flaveurs épicées, miellées, briochées surtout (ça sent incroyablement l’absence du Pinot meunier !..), de pommes au four un rien oubliées, de poire pas encore mûre, de raisin sec et de noisette aussi. Sacré cocktail pour un Brut... peu ordinaire. Faible dosage, dégorgement tardif, lis-je. Le résultat est là : un brut singulier qui donne envie de relire les sages poèmes de Jules Supervielle, Les Amis inconnus, Naissances, La Fable du monde (Poésie/Gallimard). L.M.

    frerejeanfreres.com

     

  • Helena ou la mer en été

    Capture d’écran 2018-08-28 à 10.50.40.pngCe ne peut être le hasard, puisqu’il n’existe pas. J’ai lu hier soir un bref roman, Helena ou la mer en été, de l’Espagnol Juliàn Ayesta, paru en 1952 à Madrid, et seulement en juin dernier en France, directement en format de poche (traduit et postfacé par Xavier Mauméjean). Il y a un air de famille littéraire avec la touchante Gioconda précédemment évoquée ici, du Grec Nikos Kokàntzis. Mêmes émois adolescents, même tendresse, une poésie méditerranéenne en partage avec, au menu : mer, sel, sable, soleil, sieste, rires, et onirisme aussi, mais surtout un fin moins tragique chez Ayesta que dans le récit grec. Le roman est cependant décousu : la première partie a des allures de comédie italienne : un repas dominical au jardin décrit avec talent car, en peu de mots laIMG_20180828_110213_resized_20180828_110239837.jpg joie, les hommes avant la corrida de l’après-midi, les verres de Marie-Brizard, les cigares au bord des lèvres, les enfants qui posent des questions et qui agacent les adultes, puis qui s’échappent, crient, s’amusent, les miettes sur la nappe, les bouteilles de cidre vidées, le soleil qui perce entre les branches, les tantes qui pérorent et médisent par bonté, les cousins de Madrid qui surgissent, la fiesta simple qui se poursuit... Le ton du souvenir de l’enfance est donné sans compter, avec force détails, et nous ressentons le plaisir que l'auteur a eu à écrire ces 36 premières pages. Puis, une partie austère évoque la religion catholique et ses méandres, un IMG_20180828_110139_resized_20180828_110240209.jpgpensionnat, le tabou sexuel, qui nous fait tourner les pages en soupirant. Enfin, une troisième partie tonique et un rien débridée, voit revenir Helena, aperçue dans la première, chargée d’amour retenu pour un narrateur débordant d’amour lyrique et sensuel. C’est tendre, ingénu, sans excès, limpide et ensoleillé. La lecture idoine pour rentrer en douceur. L.M.

    ---

    Le Livre de Poche, 6,40€

     

  • Gioconda

    IMG_20180824_153539_resized_20180824_033646264.jpgTrès en marge de cette rentrée littéraire, notre regard s’est inexorablement porté vers un fulgurant et tendre récit (paru en juin) d’une désarmante vérité, limpide comme une source de montagne, fragile comme ta peau au lit à l’aube, touchant tant il est habité par une bouleversante sincérité. Oh, vous lirez en une heure à peine cette centaine de pages empreintes de délicatesse et d’une impudeur paradoxale. Son auteur n’était pas écrivain. Nikos Kokàntzis (1930-2009) a simplement vécu à Thessalonique une histoire d’amour, la première, la fondatrice, la fondamentale à l’âge de treize ans avec Gioconda, une juive de son âge qui sera déportée et gazée à Auschwitz une poignée de mois après leur rencontre. Leur idylle possède les charmes subtils et écorchés vifs, mais si délicieusement douloureux de la découverte des sentiments et des corps, que la lecture de Gioconda en devient admirablement suffocante. Et cela est dit, décrit, avec une infinie beauté, une immense ingénuité surtout, qui donnent à ce récit toute sa saveur primale. Les scènes des premiers émois, des premiers frissons, des premières pénétrations sont un long tremblement détaillé comme par souci entomologique – il fallait sans doute à l’auteur marquer profondément ce départ double dans la vie, vers un bonheur coupé net.

    Cela pour dire que, n’étant donc pas un professionnel de l'écriture, Kokàntzis ne se la joue jamais, et donne par conséquent à lire une sorte de texte d'une pureté cristalline, situé à des années-lumière de tout calcul littéraire, fourbe souvent, faux trop fréquemment. Nikos rédige avec le sang de son cœur à jamais tranché, haché. C’est seulement en 1975, âgé de 45 ans et lesté de 45 tonnes de charge d'âme a minima, qu'il se décida à écrire cette fébrile histoire inoubliable, tant la belle Gioconda aux yeux envoûtants, atrocement assassinée par la barbarie nazie à l’âge de quatorze ans, est désormais faite, construite pour nous habiter et nous poursuivre longtemps après que nous ayons refermé ce petit livre précieux entre tous. Faites passer, c’est une sorte de talisman comme le sont Laissez-moi, de Marcelle Sauvageot, Lettre d’une inconnue, deIMG_20180824_160709_resized_20180824_040828796.jpg
    Stefan Zweig, ou encore La boîte en os, d'Antoinette Peské. De sacrées références, vous ne trouvez pas? Car, ce qui est magique à l'intérieur de ces livres-là, c'est moins l'atrocité de leur issue que l'insoutenable, la douloureuse beauté du lent, langoureux déroulement de leur non-histoire... L.M.

    ---

    Nikos Kokàntzis, « Gioconda », récit, éd. de l’aube (8,90€).

     

    Photo ci-contre : lectures estivales.

  • L'ESPRIT DU HAÏKU

     

    Capture d’écran 2018-08-24 à 10.59.28.pngIl y a quelques jours, n'ayant pas l'esprit mercantile, je me suis radicalement défait de 18 m3 d'un garde-meubles coûteux sans chipoter, puisque j'ai quasiment tout donné à Emmaüs (non sans inviter les déménageurs à se servir copieusement avant de livrer), et ce malgré la facétieuse mise en garde de Pierre Desproges : Je ne donne plus aucun vêtement à l'abbé Pierre - Il ne les porte jamais!.. Il s'agissait surtout de meubles, puis d'objets de décoration, de vaisselle, de linge de table et de chambre en tout genre (je n'ai gardé que le plus précieux à ma mémoire familiale et personnelle, soit le volume d'une malle des Indes ou peu s'en faut).

    Capture d’écran 2018-08-24 à 11.01.53.pngCela fait plusieurs mois que je m'efforce de me débarrasser d'environ cinq à dix livres chaque jour en les éparpillant devant ma porte, dans le porte-bagages des vélos, sur le capot des jolies voitures (rare), sur les lattes des bancs publics... Je réponds juste à cette question : le relira(i)s-tu? - Oui, je le garde. - Non, je le sors des rayons.

    Ce matin, j'ai supprimé 300 (sur 500) de mes "amis"Capture d’écran 2018-08-24 à 11.02.41.png présents sur Facebook (*).

    Faire de la place dans son esprit comme dans son environnement fait un bien fou. Il faut s'efforcer d'aller toujours vers l'épure, l'essentiel, l'os. Vers les vertus du vide presque parfait. Cultiver l'esprit du haïku. 

    D'aucuns penseront que ranger ses affaires de la sorte signifie s'apprêter à quitter le monde de façon involontaire ou non. L'idée me semble davantage convenue que convenable. Au moins mes confrères pourront-ils s'adonner dès avant à l'exercice délicieux mais pervers de la rédaction d'une nécro, soit celle d'un charognard, dans le jargon (il y a alors seulement une date et éventuellement les conditions du départ à ajouter avant le BAT - le bon à tirer...).


    Capture d’écran 2018-08-24 à 11.03.44.pngEt je m'imagine (avec forfanterie), en Diogène lisant Cyrano - à côté - d'un tonneau de côte-rôtie. 
    Et toi, puissant, ôte-toi de mon... nombre! L.M.

    ---

    (*) Les autres attendront leur heure, car je ressors le peigne à myrtilles dans deux ou trois jours. Mais, surnager peut aussi signifier que j'élimine les meilleurs. Chi lo sa! Le bien, le mal, le bon, le mauvais, tout ça. Chacun mes goûts, lançait cet outrancier de Nabe.

     

  • Ça va signer!

    Capture d’écran 2018-08-09 à 23.40.00.png

  • piocs

    IMG_20180812_122457_resized_20180812_122538992.jpgCapture d’écran 2018-08-12 à 12.14.59.png

     

    IMG_20180806_105836_resized_20180812_122833640.jpgIMG_20180806_175942_1_resized_20180812_122548999.jpgIMG_20180808_202559_resized_20180809_114620048.jpgJean Rolin (*), auteur du « Traquet kurde » (POL) avoue à Pascale Nivelle, qui brosse (bien, comme d'habitude, depuis ses années Libé) son portrait pour "M/Le Monde", que sa « bible » est l’ouvrage de l’ornithologue James Bond au sujet des oiseaux des Antilles et des Bahamas (attaque et début du papier ci-dessus).

    La mienne (je me permets) est plus casanière, puisque c’est « le Peterson » comme on dit dans le milieu des barjots de piocs. : « Le Guide des oiseaux d’Europe », de R. Peterson, G. Mountfort, P. Hollom et P. Géroudet (photo).

    Mais, j’avoue que lorsque j’ai acheté le guide de James Bond sur l’île de Petit Saint-Vincent (archipel antillais des Grenadines) le 27 mars 1991 (celle de l’achat de mon premier Peterson – puisqu’il en faut également un dans la voiture, et un troisième au cas où... Quoi ? -Non, rien... date du 24 mars 1978 – j’avais dix-neuf ans et encore toutes mes dents), je n’ai pensé qu’à l’agent secret de Sa Majesté, et pas aux jumelles que ce J.B. là, à l'esprit sûrement blended, devait avoir pendues au cou à longueur de journée.

    Reste que le moineau ne piaille plus beaucoup aux terrasses parisiennes, où je me trouve pour trois jours depuis hier soir, mais qu'il prospère, joyeux, au bord de l'Adour, vers le petit port de plaisance avant La Barre, et les femelles y sont plus audacieuses que les mâles pour venir chiper à même les doigts les miettes que nous leur donnons au restaurant Le Poisson à voile...

    Je me suis néanmoins réjoui ce matin, tôt, d’apercevoir un faucon crécerelle en maraude au-dessus du Jardin des Plantes. Moins d’y observer l’arrogance grandissante de corneilles noires toujours plus nombreuses -et pour cause, comparable à celle des goélands argentés sur les plages atlantiques comme celle des Cavaliers, l'autre jour, aux abords des serviettes et au couchant, lorsque le monde s'en va (mais pas que). Car, l'évocation de ce James Bond là me donne l'occasion de dresser la liste des piocs vus ces derniers jours.

    J’y ai encore regretté le désensauvagement des étourneaux, lequel confine à celui des palombes (pigeons ramiers), grasses comme des notaires balzaciens, mais qui ne se mêleront jamais aux bisets, aussi dégénérés que bigarrés.

    J'ai enragé à la vue des cadavres de deux cigognes blanches, à Lasse (près de Saint-Jean-Pied-de-Port), sans doute flinguées par un petit (ou un gros) con avide de cartons faciles sur une espèce aussi protégée que gracile...

    Hier encore, en passant dans le Tarn-et-Garonne (du côté de Saint-Antonin-Noble-Val), puis aux abords du Quercy truffier (Lalbenque, etc), et avant-hier surtout, en montagne douce car basque (vers Iraty, et Valcarlos aussi), je savourais la vue de couples de milans noirs, de quelques royaux également, des vautours fauves se rassemblant pour une hypothétique curée sur une (désormais rare) brebis crevée - eu égard aux fulgurants progrès vétérinaires, je vis quelque perdrix - grise ! au bord de l’autoroute du retour, et rouge sur place, pas loin des Aldudes (lâcher?).

    De nombreuses buses variables, plantées sur des piquets de clôture, semblaient vouloir baliser la route de Roncevaux via le col d'Ibañeta. Sans doute digéraient-elles, repues, quelques mulots et autres rainettes, ou bien elles chassouillaient d'un oeil mi-vif et à faible hauteur.

    J’ai eu le bonheur d’observer un balbuzard pêcheur au-dessus de la Nive de Baïgorry, aperçu un seul martin-pêcheur, ai rêvé de voir un cincle plongeur - mais non, senti que les hirondelles de cheminée étaient pressées de partir, accrochées aux fils électriques d'Erratzu, en Navarre, vu de rares tourterelles des bois au vol traçant de sarcelle, en bifurquant vers Chiberta (Anglet).  

    Je ne pus (toujours pas) me résoudre à la vue devenue si banale de palombes partout, jusqu'ici, et là, lors que nous les attendions comme le Messie, que nous les espérions début octobre (du verbe espagnol esperar signifiant à la fois attendre et espérer), le coeur battant la chamade... Mais ça, c'était avant les bouleversements biologiques engendrés par le réchauffement de la planète, lequel aura la peau de toute migration, et de toute chose sensible.

    J'ai senti l’émotion de Jean Brana (une autre espèce de J.B.) lorsqu’il parlait des bouvreuils, des mésanges bleues et des chardonnerets qui fréquentent son vignoble pentu d’Irouléguy certifié HVE (Haute valeur environnementale), ou bien de ses pigeons voyageurs, qu’il s'en veut de négliger, tant le travail de la vigne l’accapare (ça débrouissaillait à tout va, avec son neveu Adrien, cette semaine).

    Les huppes fasciées semblent bien se porter. C’est bon signe. En « lisant » une rivière accorte - un affluent de l’Aveyron -, hier à l’heure du pique-nique composé de produits ibériques achetés dans une venta à taille humaine, à Dantxaria, et avant d’y plonger, je vis des ablettes. Elles figurent un marqueur écologique, comme les écrevisses vernaculaires, la sauterelle verte ordinaire, le phasme, certains papillons de nuit (mais je n'y connais rien en chasses subtiles nocturnes)... Leur présence signe une tranquillité naturelle, tant ces êtres sont fragiles et détestent à mourir la pimpante gamme des saloperies signées Monsanto (entre autres nuisances).

    Alors j’ai plongé de plaisir dans l'eau vivifiante, comme je le fis quelques jours plus tôt dans un torrent proche d'Estérençuby, après avoir copieusement déjeuné à l'auberge Carricaburu (père - ou plutôt mère : c'est elle qui officie en cuisine tandis que son époux agit, agile, en salle. J'avais somptueusement déjeuné la veille à l'Auberge d'Iparla, tenue par leur talentueux fils Stéphane, à Bidarray)...  

    Et plongeant, je criais le feu de mon bonheur d'être sur cette terre dans cette eau sous un ciel d'oiseaux. L.M.

    ---

    (*) Nous avons aimé lire son Journal de Gand aux Aléoutiennes, sa Ligne de Front, son Vu sur la mer, sa Frontière belge, ses Zones, et même son Dinard (avec des photos de Kate Barry), à leur parution.

    Autres photos : la Nive à Saint-Étienne-de-Baïgorry. Ligne de montagnes depuis le col d'Odixar (Iraty). Le vignoble de Jean Brana depuis la terrasse de l'Arradoy (Ispoure).