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  • Le rosé du jour

    C'est un Cabernet-Sauvignon 2010, signé Domaine de la Grande Courtade, une propriété de la famille Fabre depuis 1763, à Béziers, et dont les vignes se trouvent sur l'oppidum d'Ensérune. C'est frais, fruité et gourmand, c'est en IGP Pays d'Oc, mais c'est un chouia trop acidulé, façon bonbon anglais Quality Street, ou bien français de La pie qui chante à la cerise, vous voyez le truc? Du coup, et malgré une robe saumonée qui n'annonce pas une telle sucrosité, les accords sont réduits, et à l'apéro, ça plastifie un peu la langue et ses papilles. La contre-étiquette nous vante un nez de fraise tagada. Mais c'est précisément cela qui pose problème. 4,90€. A fiancer avec du melon peut-être, ou bien avec des framboises nature. 

  • L'art du roman selon Kundera

    L’actualité Kundera m’a poussé à reprendre L’art du roman (essai) plutôt qu’un de ses romans, car c’est un recueil de formules salutaires, et de bon sens, sur le sujet. Par un romancier qui avoue n’être attaché à rien sauf à l’héritage décrié de Cervantès.

    Extraits :

     

    Le romancier n’est ni historien ni prophète : il est explorateur de l’existence (p.59, en folio).

     

    Si le roman doit vraiment disparaître, ce n’est pas qu’il soit au bout de ses forces mais c’est qu’il se trouve dans un monde qui n’est plus le sien (p.28).

     

    Mais l’esprit de notre temps est fixé sur l’actualité qui est si expansive, si ample qu’elle repousse le passé de notre horizon et réduit le temps à la seule seconde présente. Inclus dans ce système, le roman n’est plus œuvre (chose destinée à durer, à joindre le passé et l’avenir) mais événement d’actualité comme d’autres événements, un geste sans lendemain (pp.30-31).

     

    Le roman n’est pas une confession de l’auteur, mais une exploration de ce qu’est la vie humaine dans le piège qu’est devenu le monde (p.39).

     

    Tous les romanciers n’écrivent, peut-être, qu’une sorte de thème (le premier roman) avec variations (p.159).

     

    Je rêve d’un monde où les écrivains seraient obligés par la loi de garder secrète leur identité et d’employer des pseudonymes. Trois avantages : limitation radicale de la graphomanie ; diminution de l’agressivité dans la vie littéraire ; disparition de l’interprétation biographique d’une œuvre (p.169).

     

    D’après une métaphore célèbre, le romancier démolit la maison de sa vie pour, avec les briques, construire une autre maison : celle de son roman (p.174).

     

    Le romancier est celui qui, selon Flaubert, veut disparaître derrière son œuvre. Disparaître derrière son œuvre, cela veut dire renoncer au rôle d’homme public. Ce n’est pas facile aujourd’hui où tout ce qui est tant soit peu important doit passer par la scène insupportablement éclairée des mass media qui, contrairement à l’intention de Flaubert, font disparaître l’œuvre derrière l’image de son auteur (p.185-186).

     

     

  • Flacons du lundi

    Château d’Or et de Gueules est un Costières-de-Nîmes (2008) d’une grande douceur. Très fruité, ce rouge planté en Syrah (45%), Carignan (35%) et Grenache (20%) s’appelle Cimel, ce qui signifie bouquet de fleurs en Occitan.  Son nez est de fruits noirs frais et mûrs. En bouche, c’est l’adjectif soyeux qui s’impose d’emblée. Des notes de fruits noirs reviennent, avec une agréable touche confite. Il vaut 8,50€ et c’est une sorte de rouge d’été, pour accompagner magrets, côtelettes et tartes aux fruits.

    Le Canon du Maréchal. Ce célèbre vin en IGP Pays des Côtes Catalanes doit son nom aux vignes ayant appartenu au Maréchal Joffre, enfant de Rivesaltes. Nous avons goûté le rosé 2010 du Domaine Cazes qui l'élabore avec une précision d'horloger helvète (et le propose également en BIB de 3, 5 et 10 litres). Il s'agit d'un vin élevé en biodynamie depuis bientôt 15 ans. 40% de Syrah, 40% de Merlot, 20% de Grenache noir lui donnent robustesse et souplesse, fraîcheur et générosité. Fruits des sous-bois, touche légère d’agrumes sont aisément perceptibles, tant au nez qu’en bouche. Pour 6,50€, la bouteille surfe tranquillement sur la charcuterie et les poissons grillées, même s’ils ne sont pas bio ! Le Maréchal n’est pas sectaire. Il existe aussi en rouge (2010, Syrah-Merlot à 50/50) : c'est doux, tendre gourmand et printanier : pas compliqué, quoi!

    1688. Ce rosé pétillant sans alcool est un pur produit marketing : Bouteille stylée, lourde, à l’ancienne, elle évoque le champagne rare. 1688 fait forcément rêver. Le nom semble avoir été trouvé pour le marché chinois : Maison Honoré du Faubourg. Une légende (faut-il y croire?) raconte l’aventure d’une lettre datant de 1688, contenant la recette, qui fut perdue puis retrouvée chez un bouquiniste parisien… Bref, si ce breuvage, appelé Grand Rosé, issu de raisins rouges et blancs quand même, avec un nez muscaté agréable, n’était pas bon, on vous le dirait. Or, on en oublie qu’il y a 0% d’alcool (et ni additifs, ni sucres ajoutés) dans cette sorte d’apéritif étrange et doux, qui ressemble à un effervescent champenois et qui est capable de séduire, et pas que les filles ! 10,55€ le flacon, quand même.